Noriko
Le vent giflait le visage de Noriko et emmêlait ses cheveux. Les muscles de ses jambes en feu, elle devait tenir bon.
En apercevant les remparts d’Arlong Park à travers les arbres, elle sentit un immense soulagement : un attroupement de civils s’y trouvait, le village de Nami était sauf pour le moment.
Elle joua des coudes parmi eux et trouva Johnny et Yosaku qui barraient le chemin à quiconque tentait d’avancer. Derrière eux, une brèche dans le mur menait à la bâtisse principale.
Ils firent un point auprès de la manieuse d’eau : Zoro et Sanji luttaient contre Arlong et Luffy avait été envoyé dans l’eau de mer au-delà des murs après avoir vaincu un Monstre des Mers.
Elle dut perdre quelques teintes de couleur, car ils précisèrent aussitôt que si le corps du capitaine était bloqué sous des gravats, sa tête avait été étirée hors de l’eau par Nojiko et Genzô – le maire du village. Tous deux tentaient de le réanimer depuis.
— Où est Usopp ? s’enquit-elle.
— Il s’est enfui quand l’homme-poisson qui l’a capturé s’est mis à le poursuivre sous prétexte de vouloir finir le travail, expliqua Yosaku.
— Reculez ! pesta Johnny en repoussant les habitants. Vous voulez mourir ou quoi !?
— Laisse-nous passer, le rabroua quelqu’un. Nami se bat toute seule depuis trop longtemps, c’est à nous d’agir !
Des cris d’encouragement s’élevèrent. Noriko fut bousculée et en profita pour se faufiler parmi les deux chasseurs de prime.
— Servez-vous de la force s’il le faut, mais protégez-les, lâcha-t-elle en passant par la brèche.
— Sois prudente, répondit Johnny.
Dissimulée derrière l’angle d’un mur, la manieuse d’eau fixait l’immense portail menant à l’embarcadère. Désormais détruit, elle devina que c’était ici que Luffy avait été jeté à la mer. Ne pouvant rien faire pour lui pour le moment et le sachant entre de bonnes mains, elle le chassa de ses pensées.
Elle quitta sa cachette et tressaillit lorsqu’elle aperçut Sanji et Zoro à moitié prostrés au sol. Leurs corps ensanglantés et la respiration saccadée laissaient croire qu’ils ne tiendraient plus très longtemps.
Près d’eux se tenait un homme-poisson immense, plus grand que ceux aperçus tantôt et qui était certainement Arlong. Il riait aux éclats, dévoilant d’immenses dents pointues. Il ne faisait aucun doute qu’il était un homme-requin, en confirma l’aileron dépassant de sa chemise quand il se tourna.
Il ne semblait nullement préoccupé par les membres de sa bande, qui gisaient un peu partout au cœur des remparts Assommés pour certains et morts pour d’autres : les compagnons de Noriko n’avaient fait preuve d’aucune pitié à leurs égards.
Zoro tenta de se relever fébrilement et le souffle de la manieuse d’eau se coupa. Sous sa chemise, le pansement de son torse avait été retiré et la blessure infligée par Mihawk s’était rouverte.
Elle se retint de crier quand il s’effondra pour de bon.
Fais quelque chose.
Ses jambes refusèrent de lui obéir et elle se contenta de trembler de tout son long.
Si son oncle la voyait, il ne manquerait certainement pas de la gratifier d’un commentaire acerbe.
Sa peur était malheureusement incontrôlable. Se battre contre plus fort qu’elle l’avait toujours terrorisée et les seules fois où elle avait été amenée à le faire étaient lorsqu’il avait été question de survie.
Ses amis avaient pourtant besoin d’elle et elle ne pouvait pas les regarder mourir sans rien faire.
Elle inspira profondément, enjamba un homme-pieuvre dont le front était marqué d’un soleil rouge, et s’avança vers Arlong d’un pas mal assuré.
Au même instant, Sanji posa un genou au sol pour se relever.
Noriko inclina la tête lorsque leurs regards se croisèrent, il eut la bonne idée de ne pas réagir pour ne pas trahie sa présence et invectiva son adversaire pour garder son attention.
En représailles, l’homme-poisson balaya l’air de sa main et le cuisinier fut aussitôt envoyé valser à plusieurs mètres.
Noriko écarquilla les yeux au moment où son sang se glaça dans ses veines.
Elle n’avait pas rêvé. Grâce à une capacité inconnue certainement liée à sa race, Arlong faisait apparaître des minuscules bulles d’eau qu’il transformait en puissants projectiles contre ses ennemis.
De la pluie ?
L’attaque devait imperceptible à l’œil nu pour quiconque, mais pas pour elle.
Lorsque le cuisinier rampa faiblement, elle leva sa paume et se tint prête.
Dans un nouvel éclat de rire sinistre, Arlong abattit sa main vers sa victime. Sa bonne humeur s’envola bien vite cependant lorsqu’il s’aperçut que Sanji demeurait intact. Agacé, il s’offusqua à voix haute et tenta une nouvelle attaque qui se solda par le même échec. Comprenant que cela ne venait pas de lui, il se retourna.
Un frisson parcourut l’échine de Noriko lorsqu’il plongea ses yeux fous dans les siens. Les doigts tendus et arqués vers lui, elle eut un bref mouvement de recul, mais se força à tenir bon.
— C’est quoi ce merdier ? maugréa-t-il.
Arlong la détaillait des pieds à la tête, tentant certainement de comprendre comment elle avait pu arrêter son attaque. Sans la quitter des yeux, il fit de nouveau apparaître de l’eau qu’il envoya sur Sanji tandis que ce dernier se relevait.
Aussitôt, Noriko abaissa sa paume et l’attaque fut interrompue.
— Un Fruit du Démon, conclut l’homme-poisson en pouffant de rire. Faut que je te balance à l’eau, toi aussi ?
— Ne t’approche pas d’elle, haleta le cuisinier en lui assénant un coup de pied latéral.
Avec une facilité déconcertante, Arlong para l’attaque et riposta par un coup de genou dans les côtes.
Noriko étouffa un cri. Sanji s’effondra.
— Tu veux jouer les héros, se moqua cruellement l’homme-poisson en la toisant, mais seras-tu assez rapide pour les protéger ?
Noriko fronça les sourcils et retint son souffle.
Sans prévenir, son ennemi enchaîna plusieurs fois la même attaque, abattant quantité de projectiles sur Sanji, mais également sur le corps de Zoro.
Suivant son instinct, la jeune femme ne laissa pas une seule goutte les toucher. Inlassablement, elle faisait apparaître des bulles qui fusaient vers celles envoyées par Arlong. Une fois celles-ci englouties, elles étaient déviées de leur trajectoire.
Noriko ne connaissait que trop bien cette technique dont elle se servait pour se tenir au sec lorsqu’il pleuvait. Il ne pourrait rien contre elle.
Frustré, Arlong se laissa porter par sa colère en dirigeant sa dernière et plus puissante attaque vers elle.
Essoufflée et surprise par sa rapidité, elle la dévia de justesse à ses pieds. Le sol se brisa à cause de l’impact et lui fit perdre l’équilibre. Le cœur battant à tout rompre, elle ne put que ramper à reculons lorsqu’il s’approcha.
— Vous autres humains êtes tellement pathétiques, soupira-t-il en levant ses mains d’un geste de désolation.
Muette d’effroi, Noriko déglutit. De près, Arlong était encore plus impressionnant. Ses dents de requin semblaient aussi tranchantes que des lames de rasoir et elle se sentit défaillir rien qu’en les imaginant déchirer sa peau.
Il s’accroupit soudainement à ses pieds et elle gémit de peur lorsqu’il attrapa sa cheville pour la tirer vers lui.
Elle lança une bulle d’eau par réflexe, mais celle-ci s’écrasa mollement sur son torse.
Arlong observa sa chemise déboutonnée et crispa la mâchoire.
Noriko se figea l’espace d’un instant : à côté de ce qui semblait être un soleil, le vêtement laissait très clairement apparaître un tatouage, identique à celui de Nami.
Elle fut tirée de ses pensées par la poigne de l’homme-poisson qui lui écrasa la gorge avant de la soulever dans les airs.
— Ta race est inférieure à la mienne, tu peux rien contre moi alors apprends à rester à ta place.
Il la jeta si brutalement en arrière qu’elle eut tout juste le temps de sentir son souffle se couper lorsque son dos rencontra violemment l’un des remparts.
— Noriko ! hurla Johnny en dégageant des débris.
Le thorax désormais libre, la manieuse d’eau prit une grande inspiration avant de s’étrangler avec une quinte de toux.
Penché vers elle, le chasseur de prime souffla de soulagement en constatant qu’elle était en vie. Il voulut l’obliger à rester allongée, mais elle le repoussa, assurant qu’elle allait bien.
— Putain, siffla-t-elle en posant une main sur son crâne douloureux.
Elle avisa sa main ensanglantée et serra le poing.
Tout en pestant intérieurement, elle entreprit de se relever et son souffle se coupa quand elle aperçut un des murs d’enceinte à plusieurs mètres d’elle.
Les pierres en morceaux, elle comprit qu’elle était passée au travers et qu’elle avait atterri non loin de la forêt. Johnny s’était ensuite précipité vers elle, tandis que Yosaku était resté avec les villageois.
La voix de ce dernier résonna, trahie par l’angoisse, et son ami lui fit part de l’état de la jeune femme.
Portée par une colère soudaine, elle se releva, non sans manquer de tituber.
Une fois de plus, Johnny essaya de la retenir.
— T’en fais pas, haleta-t-elle, j’ai connu pire.
Sans un regard en arrière, elle tituba vers l’endroit d’où elle avait été éjectée, bien décidée à ne pas en rester là.