Noriko
Noriko se réveilla en sursaut lorsque sa tête glissa de sa main. L’esprit embrumé, elle leva les bras et étira son dos douloureux à cause de l’inconfort de la position gardée trop longtemps.
Son regard se posa sur l’énorme horloge accrochée au mur. Elle avait passé près de deux heures ici et le temps avait filé si vite qu’elle en avait oublié de déjeuner.
Elle écrasa un bâillement en avisant la table noyée sous une dizaine de livres, puis poussa un profond soupir de lassitude.
À quoi s’attendait-elle ?
Espérait-elle vraiment que chaque pirate qui passait par là aurait laissé un mot à l’encontre d’un potentiel enfant abandonné il y a presque vingt ans ?
L’idée d’avoir pensé qu’elle reconnaîtrait son père en voyant son visage parmi tous ceux imprimés sur papier était tout bonnement ridicule.
Des pirates célèbres arborant une cicatrice, il y en avait des tas, si ce n’était la quasi-totalité d’entre eux. Elle manquait cruellement d’informations et la seule personne capable de lui en donner était Mihawk.
Un sourire amer se dessina sur son visage quand elle se nota mentalement de lui poser des questions lors de leur prochaine réunion de famille.
Elle referma d’un coup sec le dernier livre consulté, se leva et replaça tous les ouvrages à leur place.
Ses bottes claquant sur le carrelage froid, elle songea qu’elle aurait dû s’en aller plus tôt : si la vieille acariâtre l’avait reconnue, elle serait capable d’appeler des secours. Elle fut donc soulagée de constater que celle-ci était occupée à sermonner des adolescents qui devaient certainement trop de bruit à son goût.
Sans demander son reste, Noriko sortit pour affronter le soleil éblouissant, presque étonnée de se souvenir qu’il faisait encore jour.
Dans la rue bondée, les noms et visages des criminels aperçus tantôt dansaient encore dans son esprit. Finalement, ses recherches n’étaient peut-être pas si inutiles que ça. Elle aurait au moins l’aubaine de connaître la plupart de ses ennemis dans l’éventualité où elle croiserait leur route.
Tout en supposant qu’il lui faudrait également connaître les pirates de la nouvelle génération, elle approcha d’une zone agricole. Elle tourna à l’angle d’une rue et s’engagea sur un pont de pierre qui surmontait des parcelles de terre, destinées à accueillir des animaux ou un potager.
Pressée par la foule, elle fut bousculée et sa tête heurta douloureusement quelqu’un qui l’obligea à faire deux pas en arrière.
Elle se confondit aussitôt en excuse en se frottant le front.
— Y a pas de mal, lui répondit une voix grave.
Noriko se crispa et baissa immédiatement le menton pour faire tomber ses cheveux devant son visage.
Un soldat de la Marine lui faisait face et la fumée qui se dégageait de son cigare lui piqua immédiatement le nez.
— Encore désolée, bredouilla-t-elle avant de continuer sa route.
Le cœur battant à tout rompre, elle se força à s’éloigner le plus calmement possible.
— Attends.
Tétanisée, elle obéit.
— Colonel Smoker ! interpella une voix lointaine.
Colonel !?
Elle jeta un œil par-dessus son épaule et constata que le plus gradé des deux lui tournait le dos. Elle saisit sa chance, enjamba la rambarde et se laissa tomber dans le champ.
— Nous avons rattrapé les pilleurs de la bijouterie au nord de la ville, ils s’apprêtaient à lever l’ancre.
— Beau travail, je…
La main sur sa bouche pour ne pas respirer trop fort et pataugeant dans la boue, Noriko était recroquevillée sous les pieds du Colonel. Si elle avait suivi la route, elle aurait pris le risque d’être repérée, la panique l’avait donc décidée à rester sur place.
Elle ignorait s’il l’avait reconnue, mais il était évident qu’il venait de s’apercevoir de son absence.
— Cette fille…
— Mon Colonel ? insista la deuxième voix.
— Elle portait les bottes d’un soldat Marine. Retrouvez-la moi.
— À vos ordres !
Des pas précipités s’éloignèrent et l’odeur du cigare disparut l’instant d’après.
Noriko s’autorisa enfin à reprendre son souffle.
Elle avisa ses bottes qui l’avaient trahie et plongea les mains dans la boue pour généreusement les enduire de terre.
Elle aurait dû accompagner Nami, les nouvelles chaussures promises s’imposaient désormais comme une urgence absolue et il fallait qu’elle se débarrasse de celles qu’elle portait aux pieds. Et vite.
Elle repoussa l’idée de rester pieds nus. Non seulement, elle attirerait encore plus l’attention, mais elle se retrouverait désavantagée en cas de fuite.
Une fois son travail achevé, elle se lava les mains à l’aide d’une bulle et rejoignit les rues animées.
Tout en ruminant, elle s’empêchait de courir et se forçait à agir normalement, tandis qu’elle errait parmi les civils qui parcouraient la ville.
Si Smoker faisait un signalement concernant une jeune femme aux cheveux blancs, nul doute que la bibliothécaire se manifesterait pour témoigner.
Que faire ?
Elle n’avait pas de quoi teindre sa chevelure, la boue n’aurait pas été assez discrète et aurait attiré tous les regards. Elle songea à voler une cape ou un manteau à capuche, mais se ravisa très vite et se maudit intérieurement. Chaque idée était plus stupide que la précédente.
Mais pourquoi avait-il fallu qu’elle tombe sur un Colonel ?
Smoker.
Elle ne connaissait pas son nom et n’avait aucune idée de ce de quoi il était capable, mais il semblait bien déterminé à avoir des explications concernant sa tenue.
Elle enfonça ses ongles dans les paumes de ses mains pour se forcer à rester calme.
S’il m’avait reconnue, il m’aurait arrêtée.
Cette pensée la rassura et éclaircit son esprit.
Pour le moment, le mieux à faire était de rejoindre Nami et si elle ne la trouvait pas, le Vogue Merry ferait parfaitement l’affaire pour s’y enfermer à double tour.
Elle souffla longuement et s’engagea dans une nouvelle ruelle. Plusieurs personnes couraient vers elle, toutes aussi paniquées les unes que les autres et hurlant à pleins poumons de ne pas rester là.
D’abord intriguée, elle laissa échapper un cri de douleur lorsqu’elle se retrouva violemment éjectée par terre.
— Désolé, vraiment désolé, implora un homme en se relevant.
Elle l’attrapa aussitôt par la manche.
— Dites-moi ce qui se passe !
Il tremblait et était dans tous ses états.
— Un affrontement de pirates sur la grande place… l’échafaud. Il… il va être exécuté !
Elle fronça les sourcils.
— Qui ça ? Eh, attendez !
Trop tard, son interlocuteur avait déjà pris la fuite.
Encore confuse, elle se releva en grimaçant en remarquant ses genoux écorchés, puis regarda dans la direction que tous fuyaient.
Une exécution ?
Ses yeux s’écarquillèrent quand elle fit le lien et ses jambes la propulsèrent dans une course folle.
L’échafaud. Là où se trouvait Luffy.