Noriko
— Il en rate vraiment pas une !
Noriko râlait à voix haute envers son capitaine en même temps qu'elle se frayait un passage entre les habitants de la ville qui fuyaient la grande place. Ignorant quelle direction prendre, elle se contentait d'aller dans leur sens inverse, espérant arriver bientôt à sa destination.
D'énormes nuages avaient fait leur apparition et le ciel s'était soudainement assombri.
Ce n'était pas normal.
Grand Line était réputée pour avoir une météo capricieuse qui pouvait alterner entre un soleil d'été et une tempête de neige en quelques instants, mais Logue Town se trouvait sur East Blue. Ce phénomène était donc tout sauf naturel.
Lorsqu'elle arriva enfin au bout de sa course, Noriko s'immobilisa. Devant ses yeux se déroulait un spectacle terrifiant. Des civils couraient par dizaines, hurlant de terreur et tentant de se mettre à l'abri, tandis que des pirates pillaient et saccageaient tout ce qu'ils voyaient.
Le souffle de Noriko se coupa quand elle aperçut l'échafaud.
Érigé au centre de la place, on y distinguait Luffy perché à son sommet, les bras et la tête coincés dans un carcan en bois. Au-dessus de lui, un homme habillé en clown tenait un sabre et riait à gorge déployée.
Comme s'il s'agissait d'un signal, les pirates présents s'immobilisèrent, levèrent le nez et se mirent à scander le nom de celui qui était vraisemblablement leur capitaine.
— Ba-ggy ! Ba-ggy ! Ba-ggy !
Baggy le Clown, l'homme avec Luffy avait eu un différend, était revenu réclamer vengeance.
Mue par un réflexe protecteur, Noriko ne perdit pas un instant et joua des coudes pour se rapprocher.
Des gouttes de pluie s'écrasèrent et noircirent les dalles de part et d'autre tandis qu'elle continuait à pousser ceux qui entravaient son chemin.
Personne ne lui prêta attention, tous étant trop occupés à acclamer leur supérieur et à encourager la mort du Chapeau de Paille.
Suffisamment proche, elle ouvrit sa paume et fit apparaître une énorme bulle d'eau qui fusa vers Baggy. Elle serra les dents, espérant que son attaque soit suffisamment puissante pour le faire tomber.
Ses yeux manquèrent cependant de sortir de leurs orbites au moment où le clown se coupa littéralement en deux pour esquiver le projectile.
Les pieds toujours collés au sol, le torse de l'homme flottait dans les airs, un mètre au-dessus de sa taille.
— Qui a fait ça !? hurla-t-il en balayant rageusement la foule du regard.
Noriko tenta de se faire toute petite. Nami ne lui avait pas précisé qu'il avait mangé un Fruit du Démon et réitérer ses attaques ne servirait à rien.
Elle recula pour se faufiler entre les pirates qui avaient leurs regards rivés sur leur capitaine, et tenta de se faire passer pour une civile.
— Noriiiiiii ! l'interpella Luffy en agitant frénétiquement sa main de droite à gauche. Ce Buggy peut se couper en morceaux alors ne l'attaque plus de front !
Noriko se décomposa. Non seulement son idiot de capitaine venait de confirmer sa présence parmi ses ennemis, mais lui donnait en plus une information qu'elle aurait aimé connaître un peu plus tôt.
Quelques pirates la dévisagèrent, tandis que d'autres la pointaient du doigt.
Elle tressaillit et ouvrit sa paume, prête à se défendre.
— Eh ! La touchez pas ! hurla Luffy en se débattant.
Il se calma brusquement, l'esprit illuminé par une idée soudaine.
— Euh, non... Je me suis trompé. En fait, je m'en fiche, je la connais même pas !
Noriko bouillonnait intérieurement. Il était tout de même inconcevable qu'il soit aussi crétin, et pourtant, force était d'admettre que c'était le cas.
Les pirates l'encerclèrent mais sans oser agir. La prenait-il pour une civile malgré tout ou attendaient-ils les ordres de leur capitaine ?
— T'inquiète, ils te feront rien si tu dis pas que t'es avec moi !
— Tu fais exprès ou quoi !? explosa-t-elle sans le vouloir.
Baggy perdit patience et posa son sabre sur la nuque de Luffy.
— C'est fini, vous deux !?
— Dis, tu me libères ? lui répondit l'homme élastique. J'aimerais assister à l'exécution.
Le clown cilla plusieurs fois, puis regarda Noriko qui secouait la tête d'un air abattu, faisant comprendre qu'elle n'avait plus les mots.
— C'est toi qui va être exécuté, imbécile ! fulmina subitement Baggy.
— Hein !? réalisa Luffy. Mais non, j'ai pas envie !
Dépitée, Noriko avisa les pirates qui l'encerclaient tandis que les deux capitaines se disputaient. Comme elle, ils ne savaient quoi faire et étaient dépassés par la situation.
Si Baggy avait l'air très sérieux, l'affligeant spectacle donnait surtout l'impression d'assister à un règlement de comptes enfantin qui se solderait par une tape dans la main.
Étaient-ils vraiment ennemis ou s'amusaient-ils à se courir après pour savoir qui serait le plus fort ?
— Eh ? l'interpella un pirate. Comment tu fais pour rester sèche ?
Elle mit quelques secondes à comprendre et remarqua seulement à ce moment-là que la pluie tombait toujours.
Elle préféra esquiver la question et en posa une à son tour, la première qui lui vint bêtement à l'esprit.
— Votre capitaine, c'est son vrai nez ?
— COMMENT !?
La manieuse d'eau sursauta. Les yeux injectés de sang, Baggy la foudroyait du regard et elle se demandait comment il avait pu l'entendre à une telle distance. À croire que sa susceptibilité lui donnait un pouvoir divin.
— Mais... Il est malade ce type, bredouilla-t-elle pour elle-même.
— Qu'est-ce que tu viens de dire !? insista-t-il.
Elle se figea, puis écarquilla les yeux d'horreur et battit des bras comme si elle voulait chasser une guêpe lorsqu'elle aperçut une oreille voler à côté de sa tête.
Paniquée, elle envoya des bulles d'eau dans tous les sens, balaya trois pirates et fit décoller l'oreille qui retourna vers son propriétaire.
— Mais arrêtez-la, bande d'incapables ! ordonna celui-ci.
Le bras de Noriko fut fermement agrippé. Par un réflexe instinctif et au moyen d'une technique défensive enseignée par Mihawk, son assaillant bascula aussitôt par-dessus sa hanche.
Deux autres hommes tentèrent leur chance. Elle tenta de faire apparaître de l'eau, mais ses paumes furent rapidement fermées et ses mains tordues.
— Lâchez-moi !
On la força à s'agenouiller, un coup de crosse près de la tempe acheva de la mettre à terre et son menton cogna douloureusement une dalle. Sonnée, elle fut retournée sur le dos. Un sabre se posa sur sa gorge tandis que quelqu'un s'affairait à lui lier les poignets. La corde mordant violemment sa peau lui arracha un gémissement de douleur.
Luffy hurla son prénom, mais le ciel gronda au même moment, emportant sa voix dans un terrible vacarme. Une pluie torrentielle s'abattit sans prévenir et fit disparaître l'échafaud derrière un épais rideau d'eau.
Noriko plissa les yeux, la vision d'autant plus brouillée par le sang qui coulait de son cuir chevelu.
Quelqu'un la releva.
Elle n'arrivait plus à se tenir au sec et la pluie ruisselante sur elle se teinta rapidement d'un rouge carmin, imprégnant ses cheveux et ses vêtements.
Des nuages noirs obscurcirent le ciel, faisant épaissir davantage les trombes d'eau et empêchant de distinguer quoi que ce soit à plus de deux mètres.
— C'est quoi ce bordel !?
Autour d'elle, les pirates se posaient tous la même question en se bousculant. La situation météorologique était tout sauf normale.
Profitant de la confusion, Noriko bascula sa boîte crânienne en arrière. Une sensation dure, un bruit de cartilage broyé et un juron indiquèrent qu'elle avait réussi son coup.
Elle se dégagea d'un coup de coude et se précipita vers l'échafaud. En devinant le sommet de celui-ci, elle leva la tête et hurla aussi fort qu'elle le put.
— LUFFY !
En guise de réponse, un éclair déchira le ciel, illuminant brièvement la totalité de la place.
Les yeux écarquillés, elle put tout juste apercevoir son capitaine qui affichait un immense sourire.