Noriko
Noriko cligna plusieurs fois des yeux pour s'assurer de ne pas rêver. Certaine d'avoir été avalée par une baleine, elle se trouvait désormais face à une petite maison flottant sur une île et sous un magnifique ciel bleu.
Ses compagnons et elle-même étaient déboussolés. Ils n'eurent pas le temps de faire le moindre commentaire : un calamar géant surgit devant eux.
Zoro dégaina ses sabres, mais avant qu'il ne puisse faire le moindre geste, trois harpons géants sortirent de la maison et vinrent se planter dans la tête de la créature.
Les Chapeaux de Paille restèrent pantois. La personne à l'origine du tir venait-elle de les sauver ? Sur leurs gardes, seuls Nami et Usopp étaient paralysés de frayeur.
Un homme sortit de la maison. Il actionna un mécanisme relié à un système de poulies qui remonta doucement le calamar vers sa demeure. Les pirates l'observèrent en silence tandis que l'homme les fusillait du regard. Il longea son petit jardin, et très lentement, alla s'asseoir sur un petit fauteuil au pied d'un palmier. La tension était palpable et Sanji fut le premier à l'aborder.
— Je sais pas si vous nous avez vraiment sauvé la vie, mais merci à vous. Est-ce qu'on est bien à l'intérieur de la baleine ?
L'homme resta silencieux et le jeune cuistot s'en vexa.
— Vous pourriez me répondre quand je vous parle !
Zoro mit sa main sur l'épaule de son camarade afin de le calmer.
— Laisse-moi faire, je m'en occupe. Qui êtes-vous ? demanda-t-il à l'étranger.
Après un long silence, ce dernier soupira de lassitude et répondit à contrecœur.
— Il est d'usage de se présenter avant de demander le nom d'une personne inconnue.
— Vous avez raison, lui dit Zoro avec fierté. Je me nomme Roro...
— Je m'appelle Crocus...
— Noa...
— Je suis le gardien du Cap des Jumeaux.
— Faudrait savoir ce que vous voulez ! s'énerva Zoro.
— Je te laisse faire, tu t'en occupes, commenta Sanji.
Noriko pouffa de rire face à cette situation.
Crocus expliquait qu'ils avaient bien été avalés lorsqu'une énorme secousse ébranla tout le monde. Nami remarqua que la petite maison n'en était pas une et qu'il s'agissait d'un bateau avec une coque en acier. Elle comprit qu'ils naviguaient actuellement sur du suc gastrique et qu'à long terme, le Vogue Merry finirait par se dissoudre. Elle paniqua, criant qu'elle refusait d'être digérée vivante. Sanji la rassura et demanda à Crocus s'il existait une sortie. Pour toute réponse, ce dernier se jeta dans le suc et disparut sous la surface, laissant les Chapeaux de Paille perplexes face à ce geste. Ils furent sortis de leurs pensées lorsqu'une détonation retentit : trois personnes traversèrent le ciel en criant. Parmi elles se trouvait leur capitaine.
— Luffy !?
— Les gars ! Je suis content de vous revoir, mais vous pourriez pas m'aider ?
Bien que soulagée de le voir sain et sauf, Noriko soupira. Comment faisait-il pour se mettre dans des situations plus loufoques les unes que les autres ? Sans se soucier des deux inconnus, elle envoya une bulle d'eau sous le jeune homme, ralentit sa course et lui permit ainsi de prendre le temps d'étendre son bras vers la coque pour se hisser.
Avec son éternel sourire, Luffy partagea son expérience avec ses compagnons : il avait trouvé une trappe sur le dos de la baleine, puis avait traversé des couloirs, rencontré un gars bizarre et une fille, et pour finir, était tombé dans un trou.
Noriko le regarda avec des yeux ronds, puis cilla plusieurs fois.
Ce garçon est fou.
— Mais de quoi il parle ? murmura-t-elle.
— Va savoir, répondit Sanji. J'ai juste vu deux personnes atterrir dans l'eau, donc j'imagine qu'il dit vrai.
Au même moment, lesdites personnes appelaient à l'aide en se débattant dans le suc gastrique.
— C'est qui, ceux-là ? demanda Zoro.
— Est-ce qu'on doit les aider ? questionna Usopp.
— Ce serait pas correct de les laisser mourir noyés, lâcha Nami.
— Nous avons notre réponse, soupira le cuistot en allumant une cigarette.
Luffy étendit son bras et aida les deux inconnus à monter à bord.
Un peu plus tard, les Chapeaux de Paille n'étaient pas très avancés : le jeune homme et la jeune femme répondaient aux noms de Mr 9 et Mrs Wednesday, et malgré les questions qui fusaient à leur égard, ni l'un ni l'autre ne voulait y répondre.
Usopp coupa court à la conversation en faisant remarquer que la baleine s'était calmée.
Ce fut ce moment-là que Crocus réapparut, perché au sommet d'une échelle qui menait à une porte.
— Vous revoilà vous deux !? Je croyais pourtant avoir été clair : tant que je serai en vie, vous ne toucherez pas à Laboon !
Pour toute réponse, les deux inconnus rigolèrent, puis, à l'aide de mini-canons, tirèrent sur la paroi qui n'était rien d'autre que l'intérieur de l'estomac de la baleine.
Crocus poussa un grognement et se jeta sur les boulets afin de protéger le cétacé.
Mr 9 et Mrs Wednesday rirent de plus belle pour se moquer de l'obstination du gardien du Cap des Jumeaux.
Agacé, Luffy les envoya brusquement valser au sol à l'aide de ses poings.
— Luffy ! s'indigna Nami.
— Désolé, c'était plus fort que moi.
Les deux énergumènes furent finalement ligotés et Crocus remercia Luffy.
— Je ne l'ai pas fait pour vous aider, ils m'énervaient, c'est tout.
— Puis, si la baleine coule, elle nous emportera avec elle, surenchérit Zoro.
Crocus éclata d'un rire franc.
— Ces deux bandits vivent dans une ville près d'ici et veulent faire de Laboon leur proie. Il est vrai qu'avec un morceau de viande de cette taille, ils pourraient nourrir tout le monde pendant deux ou trois ans.
— Laboon ?
— C'est le nom de cette baleine, un des plus grands cétacés de ce monde et originaire de West Blue. Il s'obstine à taper sur Reverse Mountain pour rejoindre son équipage qui l'a abandonné.
Face à l'incompréhension de l'équipage, Crocus soupira et, avec émotion, raconta l'histoire de Laboon. Balaineau, celui-ci avait rencontré un équipage de pirates qu'il considérait comme sa famille. Trop jeune pour aller sur Grand Line, il avait reçu pour instruction de les attendre ici. Les années avaient passé et les pirates n'étaient pas revenus. Laboon n'avait depuis lors cessé de vouloir franchir Red Line pour les rejoindre.
— C'est triste, murmura Noriko lorsque le vieux gardien eut terminé son récit.
— Cinquante ans ! hurla Usopp. Mais comment c'est possible !?
— T'as rien écouté ou quoi ? répondit-elle en croisant les bras.
— J'ai le droit d'être étonné, non ?
— Ce sont des choses qui arrivent..., lâcha Crocus. Venez, il est temps de vous sortir de là.
Il s'invita à bord du Merry et les guida le long d'un canal, expliquant que c'était lui qui était à l'origine de tous ces changements à l'intérieur de Laboon. Ancien médecin d'équipage pirate, cela avait été un jeu d'enfant pour lui d'installer ce dispositif. Il avait rapidement compris qu'il ne pourrait plus soigner la baleine de l'extérieur, tant son mal-être était profond.
Il sauta sur une plateforme et actionna un mécanisme qui ouvrit une énorme porte en fer. L'instant d'après, les Chapeaux de Paille sortaient sains et saufs à l'air libre.
L'ancre fut jetée de l'autre côté de Red Line. L'équipage put mettre pied à terre et se rapprocha d'un énorme phare où Crocus vivait lorsqu'il n'était pas dans l'estomac de Laboon.
Noriko resta immobile tandis que ses amis s'extasiaient.
— Ça fait du bien de retrouver le vrai soleil, sourit Nami.
— Je pense qu'ils sont tous morts, songea Sanji en allumant une cigarette.
— De qui tu parles ?
Le cuisinier avisa Laboon en soufflant un nuage de fumée.
— Son équipage. Je pense qu'il attend pour rien.
— La réalité est parfois encore plus cruelle que ce que l'on imagine, intervint Crocus. J'ai appris que les pirates avaient pris la fuite et quitté Grand Line.
— Alors ils ont trahi leur promesse solennelle.
— J'ai tenté de lui expliquer, mais il n'a rien voulu savoir. Je veille sur Laboon depuis tout ce temps, sinon il se laisserait mourir.
Noriko délaissa ses amis pour se rapprocher du rivage. Les vagues venaient se fracasser à plusieurs mètres sous ses pieds et envoyaient des embruns se déposer sur son visage. Elle inspira longuement en laissant son regard se perdre à l'horizon. La mer était plus agitée que celle d'East Blue. Elle sourit. Grand Line lui avait manqué et elle était enfin chez elle.
Un grand cri la fit sursauter.
— C'est notre mât, hein ? demanda Zoro.
— Oui, affirma calmement Sanji.
— C'est même notre grand mât, s'indigna Usopp en s'arrachant les cheveux. Luffy, arrête de démolir notre bateau !
Courant au loin, Luffy s'époumonnait. D'un bond, il se propulsa sur le dos de Laboon et, sans prévenir, enfonça profondément l'énorme rondin de bois dans la chair du cétacé.
Un fracas épouvantable s'ensuivit.
Folle de rage, la baleine hurlait et se cognait violemment contre Red Line. Le remous créé faisait tanguer le Merry et menaçait de l'engloutir.
Les mains sur les oreilles, les membres de l'équipage échappaient de peu aux vagues folles tandis que Luffy hurlait à plein poumons en s'accrochant fortement à Laboon.
— Mais qu'est-ce qu'il fout, cet abruti !? s'égosilla Sanji.
De son côté, Crocus tentait de calmer Laboon en vain.
Après avoir trouvé un équilibre précaire, le Chapeau de Paille voulut écraser un poing rageur dans la chair, mais fut éjecté vers le phare et passa à travers la toiture.
— Il va tous nous tuer ! fulmina Usopp.
— Luffy ! Qu'est-ce que tu fiches, bon sang !? hurla Zoro.
Le capitaine sortit des décombres sans la moindre égratignure, inspira et hurla vers Laboon.
— MATCH NUL !
La baleine se calma aussitôt et son œil glissa vers le jeune pirate.
— Personne n'a gagné, s'amusa-t-il avec un grand sourire. Tu sais ce que ça veut dire ? Qu'on va devoir s'affronter à nouveau ! Donc, quand j'aurai fini d'explorer Grand Line, je reviendrai me battre contre toi : c'est une promesse que je te fais.
Le souffle court, Noriko observa Luffy avec attention. Sa générosité ne cessait de l'impressionner. Elle serra les dents et plaqua de nouveau ses mains sur les oreilles lorsque Laboon hurla de joie.
Putain...
— Voilà ! annonça fièrement le capitaine. Il pourra plus se jeter contre les rochers.
Avec l'aide d'Usopp, il avait peint son emblème sur le front de Laboon qui était couvert de cicatrices.
La baleine hurla de joie et tous tentèrent de garder le sourire malgré leurs oreilles qui saignaient.
Soudainement attiré par une nouveauté, Luffy s'éloigna pour s'accroupir et observer le sol.
— Dites les gars, interpella Usopp qui avait rejoint le pont du Merry, je crois que nos deux amis en ont profité pour s'enfuir.
— Quels amis ? interrogea Luffy en se redressant.
— Ceux qui ont attaqué Laboon et qu'on a ligotés, crétin.
— Ils doivent être repartis sur leur île, supposa Zoro, c'est pas une très grande perte.
— Dans ce cas, c'est réglé, s'enjoua le capitaine, il est temps de préparer notre départ et de partir à l'aventure !
— Je vais m'occuper de notre itinéraire, indiqua Nami en montant à bord.
— Et moi, du repas de ce soir, surenchérit Sanji en la suivant, je vais enfin pouvoir cuisiner le thon-éléphant que j'ai acheté à Logue Town.
— Je vais réparer le Merry ! ajouta vivement Usopp.
Noriko pinça les lèvres en détournant le regard vers le large. En principe, elle n'avait plus rien à faire avec eux et aurait déjà dû être repartie de son côté.
Et avec quel navire... ?
Elle soupira et se tourna vers Zoro.
— Et toi, tu comptes faire...
Elle cilla plusieurs fois, hébétée : le sabreur s'était endormi à même le sol.
Un cri aigu la fit grincer des dents. Elle jura intérieurement et posa une main sur son cœur pour calmer son rythme cardiaque.
Nami se pencha sur la rambarde l'instant d'après.
— La boussole est complètement détraquée !
Noriko fronça les sourcils tandis que Crocus rejoignit ses côtés, alerté par les hurlements de la navigatrice. À leurs pieds, Zoro – qui n'avait pas bougé – se paya le luxe de ronfler. Nami revint vers eux sans cesser de se lamenter sur son sort en criant de plus en plus fort et en gesticulant dans tous les sens. Simultanément, Sanji surgit avec des assiettes alléchantes dans les bras et Luffy tenta immédiatement de se jeter dessus.
— Tu dois en laisser aux autres, le rabroua-t-il en l'esquivant.
— Mais j'ai faim !
Usopp réapparut au même moment, essoufflé.
— Moi aussi, j'ai faim.
Noriko se pinça l'arête du nez et étouffa un rire.
Tous fous...
Elle reprit son sérieux et se rapprocha de Nami qui fixait sa boussole comme si elle était possédée. Puis comprit en voyant l'aiguille qui ne cessait de tourner sur elle-même.
— Elle est ordinaire, constata-t-elle, il faut un Log Pose.
— C'est quoi un Log Pose ?
La manieuse d'eau resta d'abord stupéfaite, cligna des yeux, puis finit par se décomposer.
Oh, bordel. Le retour des amateurs en puissance.
— Un Log Pose, intervint Crocus avant qu'elle ne s'évanouisse. C'est le seul moyen de se repérer sur Grand Line.
Il expliqua longuement le fonctionnement d'un petit orbe – généralement accroché à un bracelet – dans lequel flottait une aiguille qui ne pointait la destination suivante qu'après avoir passé un certain temps à enregistrer le champ magnétique de l'île sur laquelle il se trouvait.
— Donc notre route n'est jamais tracée à l'avance ? demanda Nami en fronçant les sourcils.
— Exact. Rien qu'à partir de Reverse Mountain, il existe déjà sept destinations possibles.
— Combien de temps faut-il attendre à chaque fois ?
— Tout dépend de l'île. Cela peut varier de quelques heures à quelques jours...
— Ce sera l'occasion de visiter les environs, assura la navigatrice en souriant.
— Parfois quelques années.
Le sourire disparut aussitôt.
Noriko resta pantoise. Comment des prétendus pirates pouvaient-ils s'aventurer sur Grand Line sans même se renseigner au préalable ?
Elle claqua sa langue au palais et porta son attention sur les garçons qui n'avaient cessé de se battre pour savoir lequel d'entre eux goûterait le thon-éléphant.
— Tu le savais ? lui demanda soudainement Nami.
Elle songea aux innombrables leçons de géographie enseignées par Mihawk.
— J'ai grandi sur Grand Line, rappela-t-elle simplement.
Elle se sentit brusquement minuscule face au regard assassin de la navigatrice.
— Et tu n'as pas jugé bon de m'en parler ?
C'est qu'elle ferait presque peur...
— Mais enfin, tenta la manieuse d'eau avec un sourire, je pensais pas que vous seriez incapables de...
— Pardon !? s'offusqua-t-elle en brandissant un poing menaçant.
Merde...
C'était donc de cette façon que Noriko allait mourir : sous les coups d'une navigatrice vexée. Elle songea brièvement à tout ce qu'elle ne verrait jamais et se demanda finalement s'il ne valait pas mieux se jeter à la mer.
— Eh, les filles ! interrompit Luffy avec la bouche à moitié pleine. C'est super bon, la trompe !
Noriko battit plusieurs fois des cils et retrouva aussitôt ses esprits. Venait-elle vraiment de se tétaniser devant Nami ?
— Elle fait toujours aussi peur ? chuchota Crocus qui était blême.
Elle réprima un frisson.
— Je sais pas, souffla-t-elle, et je veux pas savoir.
Luffy manqua de s'étouffer quand il avala de travers et elle dut lui taper dans le dos. Il se pencha en avant pour cracher. Un Log Pose tomba de sa poche.
La manieuse d'eau fut soulagée de voir que le capitaine de cette équipe de bras cassés avait au moins un semblant de bon sens.
— Tu en avais un, s'enjoua-t-elle avec soulagement.
— De quoi ?
— De Log Pose.
— C'est quoi un Log Pose ?
Elle s'affaissa sous son propre poids avec l'envie de pleurer.
Pourquoi moi... ?
Luffy lui enfonça un doigt dans la joue pour la sortir de sa léthargie. Elle se retint tout juste de le mordre.
— Où as-tu trouvé ça, Luffy ? intervint Nami en ramassant l'instrument de navigation.
— Par terre.
Noriko songea aux deux énergumènes qui s'étaient enfuis et comprit qu'ils n'iraient pas loin.
— Luffy ? interpella gentiment Nami. Tu avais ça sur toi et tu nous l'as pas dit ?
— Tu devrais courir, prévint discrètement la manieuse d'eau.
— Pourquoi ? paniqua-t-il. Qu'est-ce que j'ai fait ?
— Espèce de crétin ! s'insurgea la navigatrice en le frappant à l'arrière du crâne.
Le capitaine décolla si loin qu'il atterrit aux pieds de Sanji.
— Mais j'en savais rien, moi... se défendit-il mollement.
La manieuse d'eau resta ébahie. Comment Nami pouvait-elle être aussi faible et faire preuve d'autant de force quand il s'agissait de se mettre en colère ?
Celle-ci fulminait des paroles inaudibles en ajustant le Log Pose sur son poignet, tandis que Crocus, qui n'avait rien raté de toute la scène, riait grassement.
— Sacré caractère, souffla innocemment Noriko.
Elle fit aussitôt mine de s'intéresser à ses ongles lorsque Nami la fusilla du regard.
— Luffy, gronda la voix cinglante du cuisinier.
Le capitaine cessa de se frotter la tête et tressaillit en apercevant le visage de Sanji.
— T'as tout mangé... ?
Ses yeux s'illuminèrent.
— C'était trop bon, merc...
— T'as tout mangé !?
— Fallait pas ?
— Il a même bouffé les arêtes, remarqua Usopp, j'ai pas eu une miette !
— C'est pas la question, s'emporta Sanji, je voulais que les filles y goûtent, mais ce fou élastique ne pense qu'à lui !
Il envoya un magnifique coup de pied latéral dans le nez de Luffy qui fut envoyé valser dans le sens inverse.
La puissance de frappe fut telle qu'il passa en trombe devant Nami et Noriko, et l'appel d'air produit brisa instantanément l'orbe du Log Pose.
La navigatrice resta immobile à mesure que les couleurs de ses joues s'estompaient.
La manieuse d'eau recula prudemment.
Luffy se relevait déjà.
— C'était pas important ce truc ?
La veine qui apparut furieusement sur la tempe de Nami fut si grosse que Noriko crut qu'elle allait exploser. Elle n'eut pas le temps de réagir lorsque sa camarade attrapa Luffy par la peau du cou et qu'elle l'envoya vers Sanji en hurlant.
— Et si vous alliez vous rafraîchir les idées, hein !?
Noriko n'eut pas non plus le temps de se décaler. Plantée entre son capitaine et le cuisinier, elle fut volontairement emportée et tous trois atterrirent dans la mer.
Noriko rencontra la nageoire de Laboon et fut de nouveau projetée dans les airs l'instant d'après. Elle toussa pour chasser l'eau de ses poumons en maudissant Nami.
— Elle est souvent comme ça ? haleta-t-elle.
Luffy était allongé à ses côtés, peinant à reprendre son souffle.
— J'ai plus de forces...
— Ma Nami-chérie, toujours aussi imprévisible, minauda Sanji qui s'était déjà relevé.
Avec l'aide d'Usopp, Noriko se releva en tremblant et remercia gracieusement Laboon qui lui répondit par un cri aigu. Elle fit apparaître des bulles d'eau qu'elle remonta le long de ses jambes pour se sécher et en fit de même pour ses compagnons. Elle se figea de surprise en apercevant Mr 9 et Mrs Wednesday agenouillés un peu plus loin qui les observaient avec attention.
— Vous êtes encore là, vous ?
Ils se tendirent nerveusement.
Noriko sursauta lorsque Luffy surgit à ses côtés et jura intérieurement.
— Vous êtes encore là, vous ?
— Nous... Nous avons un service à demander, maugréa la jeune femme en ajustant sa longue chevelure bleue.
La manieuse d'eau fronça les sourcils.
— Vous avez tenté de tuer Laboon, rappela-t-elle amèrement.
— C'est à ton capitaine que je m'adresse.
Luffy posa une main sur l'épaule de Noriko pour l'inviter à se taire.
Face à son air sérieux, elle pinça les lèvres et détourna le regard. Elle n'avait pas pour habitude de donner le bénéfice du doute aux personnes hostiles, mais le jeune homme était le capitaine : tant qu'elle serait à ses côtés, elle devrait se plier à sa volonté.
— Emmenez-nous à Whisky Peak, s'il vous plaît. Notre navire a coulé sous les coups de la baleine et nous avons perdu notre Log Pose.
Les deux énergumènes s'inclinèrent pour appuyer leur demande.
— Donc vous pouvez plus vous repérer, ironisa Sanji en allumant une cigarette humide.
Ils serrèrent les dents face à la remarque acerbe, mais restèrent silencieux.
— Je l'ai trouvé, votre truc..., rétorqua Luffy.
Les deux jeunes gens poussèrent un soupir de soulagement.
— ... mais je l'ai cassé.
Ils se rembrunirent aussitôt.
— Imbéciles, vous ne nous êtes d'aucune utilité ! s'emporta-t-il en se levant.
— Tout est rentré dans l'ordre, interrompit Nami en se joignant à eux avec Crocus, il m'a donné un Log Pose.
Noriko coula un regard lourd de sens vers Mrs Wednesday.
Elle fut la première à se remettre à genoux.
— Nous avons grandement besoin de votre aide, insista-t-elle.
La manieuse d'eau se tendit.
— Tu vas quand même pas les écouter, ne put-elle s'empêcher de lâcher à l'intention de Luffy.
— J'aimerais d'abord savoir qui vous êtes, murmura Sanji en expirant une bouffée de fumée.
— Personne, cingla Mr 9.
— Menteur, grommela Usopp en croisant les bras.
Noriko arqua un sourcil.
— C'est toi qui dis ça ?
— Moi, je raconte des histoires, c'est différent.
Elle esquissa un sourire.
— Bon, alors, s'impatienta Mrs Wednesday, vous nous emmenez ?
— Vous m'avez pas répondu, insista Sanji.
— Mais parce qu'on peut pas le dire ! craqua Mr 9.
— Mais taisez-vous ! s'insurgea Mrs Wednesday en lui donnant un coup de coude.
— Notre organisation a une règle absolue, continua le jeune homme, c'est le secret ! Mais si vous nous ramenez, nous vous le revaudrons.
— Ce sont des roublards, intervint Crocus, ne croyez pas un mot de ce qu'ils racontent.
— D'accord, on les emmène, décida Luffy.
Les membres de l'équipage s'indignèrent tous en même temps, mais le capitaine se contenta de croiser les bras.
— C'est bon, ils chassaient parce qu'ils avaient faim, faut pas se prendre la tête avec ce genre de détails.
Tous le regardèrent avec stupéfaction.
— Bien, reprit Luffy en tournant les talons, j'ai donné ma parole à Laboon, alors plus vite nous partirons, plus vite nous reviendrons.
— Mais qui es-tu ? demanda Mrs Wednesday en fronçant les sourcils.
Il l'avisa par-dessus son épaule.
— Je suis le futur Roi des Pirates, répondit-il très sérieusement.
Les deux inconnus en perdirent leurs mots. Ils s'entreregardèrent et ne purent s'empêcher de rire.
Noriko les fusilla du regard en s'imaginant les étrangler.
Des ingrats, rien de plus.
— Le Log Pose pointe dans une direction, indiqua Nami.
Crocus suivit l'aiguille des yeux.
— Par là-bas, c'est Whisky Peak, vous avez de la chance.
Une fois à bord du Merry, les Chapeaux de Paille firent leurs adieux au gardien du Cap des Jumeaux ainsi qu'à Laboon.
L'ancre fut levée et les voiles dépliées.
Les cris de joie de la baleine résonnèrent dans leurs oreilles jusqu'à ce que sa silhouette et les montagnes de Red Line ne disparaissent à l'horizon.
Noriko continuait de fixer le large tandis que ses amis vaquaient à leurs occupations.
Zoro passa à ses côtés en écrasant un bâillement et elle se demanda comment il pouvait encore avoir envie de dormir.
Elle reprit la contemplation de la mer et se perdit dans ses pensées. Luffy l'avait emmenée sur Grand Line. Sa présence au sein de l'équipage avait toujours été temporaire et il était bientôt l'heure pour elle de partir de son côté.
Elle songea à Whisky Peak qu'elle ne connaissait pas.
Y trouverait-elle un navire ?
Son cœur s'accéléra et elle se passa une main sur le visage lorsqu'elle se surprit à espérer que ce ne serait pas le cas.