Noriko

Chapitre 31 : Whisky Peak (1)

2305 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 12/07/2025 12:32

    Lorsque le Merry passa l’embouchure du canal, un immense brouhaha résonna.


    — Qu’est-ce qu’on entend ? demanda Usopp.


    — On dirait des acclamations, proposa Sanji.


    Ce ne fut qu’après un énième virage que la ville principale fut enfin visible ainsi que ses innombrables habitants, postés de part et d’autre des rives. Tous accueillaient chaleureusement les nouveaux venus.


    — C’est quoi tout ça ? bougonna Zoro.


    — Un comité d’accueil, rétorqua Noriko.


    — Ils acclament les pirates ? s’étonna Nami.


    — Oui, c’est bien nous, merci ! Merci pour tout ! cria Usopp qui s’en donnait à cœur joie.


    — Trop génial ! hurla Luffy.


    — Il y a tellement de jolies filles ! chantonna Sanji en courant de part et d’autre du pont.


    La foule était aux anges. L’équipage débarqua pour en savoir un peu plus. Un homme s’approcha immédiatement d’eux et se présenta comme le maire de la ville.


    — Je me nomme Igaram. Bienvenue parmi nous, ici nous adorons les pirates.


    — Merci pour l’accueil, répondit Luffy d’un ton enjoué, je suis le capitaine !


    — Et moi, je suis Usopp, le plus valeureux de tous les grands guerriers des mers.


    — Et moi Sanji, mesdames, si vous avez besoin d’un cuisinier, vous pouvez faire appel à moi.


    — Bande de crétins, marmonna Nami qui les suivit à contre cœur.


    Méfiants, Zoro et Noriko descendirent les derniers.


    — Une ville qui adore les pirates, on aura tout vu.


    — Ça ne dit rien qui vaille, répondit distraitement la manieuse d’eau.


    Son ventre déjà noué se contracta encore plus.


    Nami héla Igaram sans attendre.


    — Pourriez-vous me dire combien de temps je dois attendre pour que mon Log Pose se recharge ?


    — Vous n’avez pas à vous en faire pour de telles banalités, s’amusa-t-il. Venez, nous allons organiser un grand banquet en votre honneur !


    Le maire s’éloigna en rigolant, puis ordonna aux habitants de préparer alcool et nourriture à volonté pour leurs invités.


    Fous de joie à l’idée de manger de la viande, de chanter et de rencontrer des femmes, Luffy, Usopp et Sanji le suivirent joyeusement.


    Mal à l’aise, Noriko pinça les lèvres. Si elle avait appris à ne faire confiance à personne, elle était surtout habituée à être invisible aux yeux de tous. Décontenancée, elle chercha de l’aide auprès de Zoro.


    — S’il y a de l’alcool, autant en profiter, assura celui-ci avant qu’elle n’ait pu prononcer le moindre mot.


    Il donna une tape amicale sur l’épaule de Noriko et celle-ci serra douloureusement les dents en l’invectivant à voix basse.


    Tous fous et inconscients…


    Nami lui attrapa la main et se pencha vers son oreille.


    — Pitié, dis-moi que tu as les pieds sur terre contrairement à ces quatre idiots.


    Noriko hocha la tête, soulagée d’avoir une alliée dans cette situation grotesque.


    — Les civils portent rarement les pirates dans leur cœur.


    — Reste sur tes gardes, lâcha nerveusement la navigatrice avant de s’éloigner.




    Bien après le coucher du soleil, l’ambiance était très festive et ce fut dans un bar crade et plein à craquer que Noriko se retrouva rapidement avec deux énormes chopes vides devant elle.


    À ses côtés, Zoro et Nami faisaient un concours pour savoir lequel des deux finirait ivre avant l’autre et la musique assourdissante empêchait de comprendre distinctement les insultes qui fusaient entre eux. Luffy s’était endormi depuis longtemps après avoir ingurgité plusieurs kilos de viande, Usopp n’avait pas supporté une eau-de-vie qu’il avait absolument tenu à goûter après avoir chanté des heures durant et Sanji n’avait pas su refuser le rhum offert par deux jolies demoiselles.


    De vrais pirates…


    Loin d’être sereine à l’idée de ne plus avoir le moindre contrôle sur son corps, Noriko avait tenté de refuser les boissons proposées, mais n’avait pas eu le choix face à l’insistance des habitants. Elle était désormais prise de vertiges.


    Un homme qui buvait avec Nami s’écroula brutalement sur la table.


    — Un de moins ! cria joyeusement la navigatrice.


    — Tu m’auras pas à ce jeu, railla Zoro en se servant un nouveau verre.


    — Parle pour toi, maugréa-t-elle en l’imitant.


    Noriko comprit que la nuit promettait d’être longue lorsque quelqu’un proposa de mettre en jeu de l’argent et que son amie redevint sobre en s’imaginant déjà gagner.


    Un autre verre lui fut servi et elle sut au même instant qu’il serait de trop. Elle avisa la porte du bar et remarqua aussitôt les deux hommes qui se trouvaient devant avec une attitude qui indiquait qu’ils ne laisseraient passer personne. Elle sentit une bouffée de chaleur envahir son corps.


    Fuis…


    Elle inspira pour garder un visage impassible tandis que son estomac se tordait d’angoisse jusqu’à lui donner un haut-le-cœur. L’idée s’implanta d’elle-même dans son esprit.


    Elle se leva brusquement.


    Zoro la regarda en arquant un sourcil et laissa échapper un rire narquois lorsqu’elle assura ne pas se sentir bien.


    — Tu me déçois, Noriko ! brailla Nami.


    Les deux hommes près de la porte fixaient la manieuse d’eau et une femme qui se tenait près de la navigatrice venait de faire disparaître sa main sous son manteau.


    Prise de court, Noriko esquissa un sourire en coin, puis attrapa sa chope et la vida intégralement en plusieurs gorgées.


    Elle fut acclamée lorsqu’elle posa bruyamment son verre sur la table et qu’elle laissa échapper un râle de satisfaction.


    — Je tiens mieux l’alcool que vous tous réunis, se vanta-t-elle.


    Il n’en fallut pas plus pour qu’une autre tournée soit servie.


    Noriko posa sa main sur sa bouche lorsque son corps se pencha en avant sous le coup d’un réflexe. Elle leva un index pour indiquer qu’elle allait bien et inspira profondément.


    Une bulle apparut discrètement dans sa paume. Elle laissa l’eau s’infiltrer dans sa bouche et la recracha aussitôt en faisant mine de s’étouffer.


    Les personnes qui se tenaient à ses côtés eurent un mouvement de recul et elle en profita pour tituber jusqu’à la porte. Certains la regardèrent avec dégoût tandis que d’autres se moquaient grassement d’elle.


    Arrivée près des deux énergumènes qui bloquaient le passage, elle ne réfléchit pas davantage, les dégagea avec une facilité déconcertante et se précipita dehors.




    Agenouillée dans la ruelle qui longeait le bar, Noriko continuait de cracher bruyamment de l’eau qu’elle ne cessait de faire apparaître dans ses mains.


    Une voix résonna derrière elle.


    — On a trop bu, ma belle ? T’avais l’air sûre de toi, pourtant.


    Connard.


    Sans se retourner, Noriko leva un pouce dans sa direction.


    Une deuxième voix rejoignit la première.


    — Elle est là ?


    — Je la surveille.


    La manieuse d’eau resta prostrée. L’alcool de son dernier verre lui montait dangereusement à la tête et la nausée qu’elle avait feinte jusque-là devenait réelle.


    Merde.


    Elle eut un vertige lorsqu’elle voulut se redresser.


    Une main se posa sur son épaule et la serra douloureusement.


    — Lève-toi, j'ai pas que ça à faire.


    N’ayant plus le choix, Noriko se pencha en avant et enfonça deux doigts au fond de sa gorge. L’instant d’après, elle vomissait alcool et nourriture ingurgitées au cours de la soirée.


    L’homme se redressa en poussant un juron et se détourna pour ne pas assister à l’affligeant spectacle.


    La manieuse cracha une dernière fois et, sans prendre la peine de s’essuyer le menton, se releva avec un immense sourire.


    — C’est à moi que tu parles ? s’amusa-t-elle en s’approchant de lui.


    Elle tituba. Repartit en arrière. Voulut faire un pas. Puis tomba contre un mur avant de s’affaisser sous son propre poids et de rouler sur le dos.


    — Qu’est-ce que vous foutez ? s’impatienta la deuxième voix.


    — Elle est complètement ivre.


    — Laisse-la là, elle ira pas loin dans son état, on s’occupera d’elle plus tard.


    Les deux hommes s’éloignèrent. La musique du bar perça les tympans, puis ne devint qu’un bruit étouffé lorsque la porte fut refermée.


    Noriko redressa la tête. Certaine d’être seule, elle la laissa retomber au sol en soupirant de soulagement. Elle regretta vite son geste quand elle frotta l’arrière de son crâne douloureux.


    — Putain, bougonna-t-elle.


    Dans un effort qui lui parut interminable, elle réussit à se mettre à genoux. Haletante, elle concentra son pouvoir et s’hydrata pour contrer les effets indésirables de l’alcool qui atteignait déjà son sang.


    Les esprits plus clairs, elle se débarbouilla le visage, se gargarisa pour oublier le goût atroce dans sa bouche et nettoya son propre vomi qui avait imprégné ses vêtements. Elle grimaça lorsqu’une remontée acide brûla son œsophage, puis se força à se mettre debout.


    Elle jura à voix haute et réitéra le mensonge qu’elle se disait à elle-même : à l’avenir, elle ne boirait plus autant.


    Plus ou moins sobre, elle s’enfonça dans l’obscurité de la ruelle et disparut.




    Dans quel monde une fête aussi grande était-elle organisée pour des pirates ? Crocus les avait pourtant prévenus : Mr 9 et Mrs Wednesday n’étaient que des roublards.


    Noriko fronça les sourcils. Elle ne les avait pas revus depuis qu’ils avaient débarqué ici. Avaient-ils seulement réussi à rejoindre le rivage ? Elle haussa les épaules et continua son chemin, bien décidée à découvrir ce qui se passait sur cette île.


    En se perdant dans les routes de la ville pour s’éloigner le plus possible des voix indistinctes perçues, elle s’était retrouvée sans le vouloir non loin de ce qui s’apparentait à des cactus géants.


    Poussée par la curiosité, elle continua, uniquement éclairée par la pleine lune qui se levait doucement.


    Elle crut que l’alcool faisait encore effet et se figea quand elle comprit que ce n’était pas d’épines dont il s’agissait, mais de pierres.


    Le souffle court, elle se décomposa quand elle vit les centaines de milliers de pierres tombales se dresser face à elle.


    Y avait-il eu un massacre sur l’île ?


    Elle serra les poings et s’avança dans le cimetière géant. Certaines tombes étaient plus récentes que d’autres et chacune portait un nom, accompagné d’une date et d’une série de chiffres.


    Perplexe, Noriko s’approcha de l’une d’elles.


    Un frisson parcourut son échine lorsqu’elle reconnut le nom.


    Elle accéléra ses pas et s’approcha d’une nouvelle tombe.


    Tous ces noms. Elle les connaissait pour les avoir lus dans la bibliothèque de Logue Town.


    Son sang se glaça dans ses veines lorsqu’elle remarqua que les séries de chiffres correspondaient aux montants des primes.


    Noriko et son équipage avaient tout bonnement atterri sur une île de chasseurs de pirates.

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