Noriko
— Noriko ! hurla Luffy lorsqu’elle tomba à genoux. Zoro, retire ton sabre ! Retire-le !
Le bretteur avait également suivi le mouvement et se tenait toujours derrière elle. Ses tremblements étaient plus violents.
— ZORO !
Le bretteur inspira quand il revint à la réalité.
— Je… Si je fais ça, elle se videra de son sang, je… je vais la découper de l’intérieur.
Sa voix était fébrile. Noriko ne l’avait jamais entendu aussi décontenancé.
Pourquoi ne ressentait-elle aucune douleur ?
L’adrénaline ?
— Elle est déjà en train de se vider ! s’alarma Luffy.
Il fit volte-face vers Vivi qu’il venait à peine de remarquer et l’interpella pour qu’elle trouve un médecin sur l’île. Les larmes ruisselant sur ses joues, celle-ci resta immobile, son regard pointé sur Noriko.
Le capitaine se pinça si fort la joue qu’il manqua de se l’arracher. Il s’agenouilla ensuite devant la manieuse d’eau et la saisit délicatement par les épaules.
Celle-ci toussa et du sang s’échappa de sa bouche pâteuse.
— En… Enlève…
L’affreux goût métallique se répandit sur sa langue.
— Enlève… enlève-moi ça, souffla-t-elle en attrapant la base de la lame qui s’enfonçait dans son dos.
— Qu… Quoi ?
Zoro l’en empêcha immédiatement en retenant son geste.
— Tu vas aggraver tes blessures, on peut pas…
Pour toute réponse, elle inspira un grand coup et, sans prévenir, se jeta au cou de Luffy pour que la lame sorte de son corps.
Zoro poussa un juron.
— Pourquoi t’as fait ça !? fulmina-t-il.
— Elle… elle va survivre, hein ? bégaya le capitaine qui la tenait dans ses bras en tremblant.
Noriko le sentit tressaillir contre elle lorsque son propre sang coula sur lui. Elle fut prise d’un vertige et vacilla. Les mots de ses amis ne l’atteignaient déjà plus.
Elle ne réagit pas lorsque Zoro prit la liberté de soulever ses vêtements pour observer la blessure, ni lorsqu’il poussa un soupir de soulagement, et remarqua à peine qu’il l’allongea sur le sol.
Allait-elle mourir ici ?
Le visage de Mihawk passa devant ses yeux une seconde avant qu’elle ne s’évanouisse.
*****
Luffy courait, l’esprit embrouillé. Le navire d’Igaram – le capitaine de la garde royale de Vivi qui avait infiltré le Baroque Works à ses côtés – venait de se faire couler et l’homme avait sombré avec. L’instant d’avant, Luffy lui avait promis de prendre soin de la princesse et de la ramener chez elle, mais en était-il seulement capable ?
Derrière lui, Nami et Vivi le suivaient et tous trois se dirigeaient vers le bar pour récupérer Sanji et Usopp tandis que Zoro s’occupait de Noriko.
Il serra les poings. À cause de sa bêtise, il avait manqué à sa parole : il lui était arrivé malheur et elle avait failli mourir dans ses bras.
Il était capitaine et donc responsable de la sécurité de ses amis. Il les avait embarqués dans son aventure, c’était son devoir d’assumer les conséquences de ses choix et de garder la tête froide en toute circonstance.
Même si l’angoisse rongeait son ventre de l’intérieur, il se mordit la lèvre jusqu’au sang et souffla pour rester concentré. Son chapeau vissé sur sa tête empêcherait quiconque de voir qu’il pleurait.
Il se retourna pour indiquer aux filles qu’il continuerait seul afin qu’elles puissent aller s’occuper du Merry et ne se rendit compte qu’à cet instant de l’état de Vivi.
Elle venait de perdre son protecteur et son ami le plus cher.
Noriko, quant à elle, était en vie.
Luffy n’avait donc pas le droit de se lamenter. Même intérieurement.
— J’irai plus vite sans vous, foncez au Merry !
Il n’attendit pas de réponse et accéléra son allure. Dans son esprit, le visage souriant de Noriko passait inlassablement.