Noriko
Assis sur un débris d’une maison en pierre, les coudes posés sur les genoux, Zoro se rongeait l’ongle de son pouce jusqu’au sang. Après avoir marché en long, en large et en travers, il avait réussi à calmer son rythme cardiaque et à se poser quelques instants, mais une de ses jambes continuait de tressauter.
À ses côtés se trouvait Noriko, toujours inconsciente. Il l’observa. Incapable de se pardonner de l’avoir transpercée avec son sabre, il ne cessait de se demander quand elle allait se réveiller.
Si elle se réveille…
Il l’avait d’abord transportée avec eux, tandis que Luffy ne prononçait plus le moindre mot et que Vivi tentait d’arrêter de pleurer.
Noriko était en vie et respirait, mais aucun d’entre eux n’avait été en mesure de dire si elle aurait des séquelles.
Ils avaient fini par se calmer. Jusqu’à l’arrivée de Nami.
Dès lors que cette dernière avait constaté l’état déplorable des garçons, les larmes de Vivi et l’inconscience de Noriko, elle n’avait cessé de réclamer en hurlant qu’on lui explique la situation.
S’en était suivie une discussion interminable qui lui avait donné mal au crâne et ils avaient finalement convenu d’attendre que Noriko se réveille avant de la déplacer.
Désormais seul avec elle, Zoro ne savait pas comment agir et se passa nerveusement une main sur le visage.
Il cessa de respirer lorsque Noriko gémit faiblement et se précipita auprès d’elle.
*****
Ressentant jusque-là une sensation agréable de flotter, Noriko grimaça lorsque de vives courbatures la réveillèrent. Elle gémit et ouvrit péniblement les yeux. Éveillée l’instant d’après, elle se redressa en sursaut.
Par réflexe, elle tâta sa poitrine pour s’assurer que son collier était toujours en place et jeta un bref coup d’œil sur le bandeau qui recouvrait son tatouage. Son regard se posa ensuite sur son bracelet à perles rouges, mais la présence de celui-ci ne la rassura pas. Prise d’un élan de panique, elle s’affaira ensuite à regarder son ventre, mais ne trouva aucune trace de la moindre blessure.
Elle ne remarqua qu’à ce moment-là Zoro agenouillé à ses côtés qui tentait de la calmer.
— Tu n’as rien, c’est…
— Où est ton sabre ? Je l’ai vu, il m’a traversé et…
— Noriko !
Il l’attrapa par les épaules et la força à le regarder dans les yeux.
— Tu n’as rien eu, insista-t-il.
Ses traits étaient tirés par la contrariété et un soulagement intense l’envahit quand elle s’affaissa sous son propre poids.
— Je… j’ai pas rêvé, assura-t-elle.
De grosses larmes coulèrent sur ses joues sans qu’elle ne puisse les en empêcher. Elle posa ses mains sur celles de son ami et baissa la tête.
— Tout va bien, répéta-t-il en la frictionnant maladroitement.
— J’ai eu si peur…
— Je suis tellement désolé, je voulais pas…, coupa-t-il. Tout est arrivé tellement vite, tu t’es jetée sur nous à une telle vitesse que j'ai pas pu retenir mon attaque.
Surprise, elle redressa la tête. Depuis quand était-elle plus rapide que lui ? Elle se dégagea doucement de son emprise et retira sa chemise avant de lever son débardeur. Rien. Pas la moindre égratignure et seulement le tissu nettement tranché.
— Je suis toujours en vie, souffla-t-elle. Vous… vous m’avez soignée ?
— Justement…
— Il y avait du sang partout, interrompit-elle en continuant de s’inspecter, je sais ce que j’ai vu.
— Arrête, ordonna-t-il en posant la main sur son avant-bras. Il n’y a jamais eu de sang.
Elle resta un bref moment stupéfaite.
— Mais… Je l’ai vu, et…
— Non, Noriko.
— J’en avais sur les mains et même dans la bouche ! s’agaça-t-elle. Quand j’ai retiré le sabre, il y en avait encore plus, tu m’as même dit que c’était une mauvaise idée, mais je t’ai pas écouté !
Il fronça les sourcils, comme s’il ne savait pas de quoi elle parlait, puis secoua la tête.
— T’as jamais saigné. On le croyait nous aussi, mais c’était de l’eau, uniquement de l’eau.
Le menton de Noriko trembla lorsqu’elle blêmit.
— La lame t’a traversée, reprit Zoro.
Impossible.
— Je peux pas me…
— T’es un Logia. Bien sûr que tu peux.
— J’ai jamais réussi ! s’emporta-t-elle.
Le bretteur la fixa silencieusement.
Noriko pinça les lèvres pour se forcer à arrêter de pleurer. Elle renifla et essuya négligemment ses yeux.
— Je peux pas, répéta-t-elle.
Déboussolée, elle laissa retomber sa tête entre les mains et enfonça ses ongles dans son cuir chevelu.
Zoro soupira longuement.
— Tu n’étais pas toi-même à ce moment-là, murmura-t-il.
Elle le regarda avec effroi.
— T’es apparue de nulle part avec une force surhumaine, tu… tu nous as arrêtés tous les deux en même temps. À mains nues.
Noriko tremblait désormais.
— Je voulais juste vous empêcher de vous entretuer…
— À quel prix ? gronda-t-il sévèrement. J’ai failli te tuer, putain.
Elle ne réalisa qu’à ce moment-là qu’il était très mal à l’aise et ne put qu’imaginer ce qu’il ressentait. Si elle avait manqué de tuer un de ses proches, elle ne se le serait jamais pardonné.
Elle refusait donc de lui faire porter un tel fardeau.
— Je suis la seule fautive, assura-t-elle en détournant le regard. Tu m’as dit de dégager et… je t’ai pas écouté.
Il se releva prestement.
— Je le pensais pas.
Connaissant sa manière abrupte de s’excuser, elle resta silencieuse.
— Je vais bien, souffla-t-elle, faut croire que je sais maîtriser mon pouvoir en fin de compte.
Loin d’être dupe, Zoro la dévisagea.
Elle haussa les épaules et se releva à son tour avec son aide.
— Tu t’es transformée après que la lame a traversé ta chemise.
Elle tressaillit, instinctivement sur la défensive.
— Et alors ?
— Les vêtements des Logias ne sont pas impactés par les attaques, tout comme le corps.
Noriko crispa la mâchoire.
— Tu t’es transformée au dernier moment. Par réflexe. Pas par volonté.
— Tu dis n’importe quoi.
Les dents serrées, il attrapa son débardeur et le tira pour laisser apparaître la déchirure.
— Et ça, c’est n’importe quoi ?
Elle voulut se dégager, mais il l’en empêcha.
— C’est vraiment ça le problème ? pesta-t-elle en évitant son regard insistant.
— Arrête de faire celle qui ne comprend pas, asséna-t-il.
Noriko resta muette de stupeur. À quoi jouait-il ?
— Je sais que ça te fait peur, devina-t-il d’une voix plus douce. T’es plus forte que tu crois et un jour…
— Je veux pas en parler, coupa-t-elle avec fermeté. C’est une malédiction pour moi et tu sais très bien ce que j’en pense.
Il la relâcha en sifflant entre ses dents.
— Faudra bien que tu saches te défendre un jour où l’autre si tu veux rester avec nous.
Noriko se retint de rétorquer avec une remarque acerbe. Son voyage avec eux avait touché à sa fin dès l’instant où elle avait posé un pied sur Red Line et elle n’avait pas tenté de trouver un navire depuis.
Elle baissa finalement les yeux et hocha la tête.
Zoro la relâcha sans douceur.
— Tu peux marcher ?
— J’ai juste dormi.
— Je te porte si tu veux.
Elle l’assassina d’un regard noir et ouvrit la voie pour rejoindre le Merry.
Zoro sur ses talons, elle se perdit dans ses innombrables pensées tout en tentant de contrôler les tremblements de ses mains.
Ce soir…
La décision fut prise en un éclair : lorsqu’elle serait seule, elle vérifierait ses soupçons.