Noriko

Chapitre 38 : « Je dois le faire » (1)

1808 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 25/07/2025 13:34

    Les mains agrippées sur le rebord du lavabo et la tête baissée, Noriko se mordait la lèvre inférieure. Elle prit une grande inspiration et trouva enfin le courage de se regarder dans le miroir.


    Son reflet n’avait pas changé.


    Elle colla presque son nez à son image et observa ses yeux marron. S’ils pétillaient toujours depuis qu’elle avait un nouveau chez-elle, ils dégageaient une contrariété qu’elle seule pouvait déceler.


    D’un geste saccadé, elle passa une main dans ses cheveux pour dégager son visage. La journée avait été plus éprouvante qu’elle ne l’aurait pensé et la tâche qu’elle avait à faire lui demandait un courage qu’elle n’était pas sûre d’avoir. Ce n’était pas la peur d’avoir mal qu’elle appréhendait, mais celle du résultat attendu.


    Se servir de son pouvoir ne l’effrayait plus depuis des années, mais se transformer en eau était une étape supérieure qu’elle ne voulait pas assumer.


    Depuis qu’elle avait ingurgité son Fruit du Démon, elle n’avait cessé de refouler la malédiction qui la poursuivait et tentait désespérément de mener une vie normale.


    Elle poussa un profond soupir lorsque son menton trembla. Après avoir fait bonne figure toute la journée, la fatigue la rattrapait.


    Elle avait été soulagée de ne pas avoir été la cible de questions indiscrètes car l’apparition d’une inconnue à bord avait fait jaser l’ensemble de l’équipage.


    Une femme élégante dont les mots et les gestes avaient été soigneusement sélectionnés et étudiés avec parcimonie pour les mettre en confiance.


    Noriko avait eu beau se creuser la mémoire, aucun avis de recherche ne lui était revenu.


    Mrs Wednesday, le bras droit de Mr 0 selon Vivi.


    Passive, elle n’était pas venue se battre, mais n’avait pas manqué de provoquer la princesse en se vantant d’avoir tué Igaram.


    La colère de Vivi avait été forte, mais pas assez puissante pour effrayer l’invitée indésirable.


    Avec un sourire satisfait, cette dernière avait ensuite proposé un Eternal Pose aux Chapeaux de Paille – un Log Pose amélioré qui n’indiquait qu’une seule direction. L’équipage aurait pu aller à Alabasta en un rien de temps, mais Luffy avait préféré le détruire sous prétexte qu’il s’agissait d’un piège grossier.


    Mrs Wednesday avait salué son intelligence avant de s’échapper à bord de son navire en promettant qu’ils ne feraient jamais le poids face au Grand Corsaire.


    Vivi savait se défendre, mais était loin d’être forte. Les agents du Baroque Works chercheraient à la tuer par tous les moyens et cibleraient également l’intégralité de l’équipage en tant que complices.


    Les mains de Noriko tremblèrent lorsqu’elle s’assura que la porte de la salle de bain était bien fermée. Comme la princesse aux cheveux bleus, elle savait ce que signifiait être seule, mais contrairement à elle, elle l’avait souhaité.


    Tu la connais pas…


    Son regard se posa sur son bracelet à perles rouges. Elle-même avait reçu de l’aide quand elle s’y attendait le moins.


    Elle s’approcha de la douche et tourna le robinet à fond.


    Le désespoir qui habitait Vivi était pire que le sien car celle-ci ne souhaitait pas sauver sa propre vie mais toutes celles qui attendaient d’être secourues au sein de son pays.


    La manieuse d’eau souffla pour clarifier ses pensées. Si elle décidait de rester aux côtés de Luffy, elle rallongerait son voyage jusqu’à Alabasta et pourrait avoir la possibilité de faire escale sur différentes îles inconnues. L’idée de retrouver la trace de celui qui lui manquait le plus était tentante, mais cela signifierait également déclarer la guerre à un Grand Corsaire.


    Elle savait que son capitaine irait jusqu’au bout. Il avait seulement juré d’escorter Vivi, mais il ne quitterait certainement pas ses côtés tant qu’elle ne serait pas en sécurité. Comment s’y prendrait-il ensuite pour démanteler une telle organisation ?


    Les vaincre. Tous. Un par un.


    Grâce à Vivi, ils connaissaient leurs noms de code, mais n’avaient aucune idée de ce à quoi ils ressemblaient.


    Noriko pesta contre elle-même. Ses pensées l’avaient distraite une fois de plus.


    Elle se racla la gorge et ouvrit un placard pour sortir ce dont elle avait besoin. L’eau coulait toujours et la vapeur qui s’élevait rendait l’air moite. Elle se dénuda entièrement et s’assit sous le pommeau de douche. Ses cheveux collèrent instantanément à son visage. Être en contact avec une eau autre que celle qu’elle pouvait créer donnait cette vraie sensation d’être propre.


    Sa main trembla tellement que les perles s’entrechoquèrent. Elle serra son poing jusqu’à faire blanchir ses jointures et le métal des ciseaux mordit sa paume.


    Elle posa ses lèvres sur son bracelet.


    — Je dois le faire, murmura-t-elle. Je dois savoir. Je sais que tu n’approuverais pas, mais je dois être sûre.


    Le bruit de la douche assourdissait la pièce. Noriko serait tranquille. Ses amis devaient dormir pour la plupart.


    Par réflexe, elle serra la croix argentée qu’elle portait autour de son cou et se surprit à se demander ce que Mihawk trouverait à lui faire comme remarque dégradante.


    Elle jura intérieurement et s’ordonna de se concentrer. Elle remonta ses genoux contre son torse et posa son avant-bras gauche dessus.


    Le ruban orange imbibé d’eau sembla la narguer. Elle détestait toujours autant cette couleur. Bien que désolée pour Nami, elle l’arracha sans regret, puis passa ses doigts sur la fine croix incrustée sous sa peau depuis toujours.


    Ce dessin qui à la fois assurait et trahissait son identité.


    Elle tourna son poignet et regarda l’extérieur de son avant-bras. C’est ici qu’elle devrait frapper. Le seul endroit de son corps qu’elle serait susceptible de cacher sans éveiller les soupçons.


    Tout en s’empêchant de réfléchir davantage, elle leva les ciseaux et inspira. Le cœur menaçant de perforer son thorax, elle ferma les yeux. Inspira. Puis plongea la pointe acérée de toutes ses forces.


    La douleur fut si vive qu’elle dut se plaquer la main sur la bouche pour étouffer son hurlement.


    Le souffle court et le corps secoué de spasmes, elle avisa le liquide chaud qui coulait de son bras. Elle voulut de nouveau hurler. Mais pas de douleur.


    — Pourquoi ? souffla-t-elle les lèvres tremblantes. Pourquoi tu…


    L’eau se mêla au sang et le bac à douche se teinta rapidement d’une couleur écarlate.


    Elle ne s’était pas transformée. Pas cette fois. Et elle ignorait comment elle devait réagir : soulagée de savoir que son Fruit n’agissait pas de lui-même ou bien frustrée de constater qu’il ne lui obéissait pas ?


    Elle avala sa salive et renifla. De l’eau salée rejoignit sa bouche.


    Elle n’avait jamais voulu de ce pouvoir, elle n’en voulait toujours pas et elle n’en voudrait jamais, alors songeait-elle toujours à ses capacités lorsqu’elle était en danger ou qu’elle avait peur ?


    Le visage des deux soldats qui l’avaient agressée passa devant ses yeux. Leurs corps étaient trempés cette nuit-là. Mais elle n’avait pas le moindre souvenir de s’être servi de son pouvoir ou d’avoir essayé de se défendre tant elle avait été tétanisée.


    L’esprit embrouillé, elle secoua la tête et laissa les sanglots la submerger silencieusement.


    Si elle était capable de se servir de son Fruit sans s’en rendre compte au point de tuer quelqu’un, qu’arriverait-il le jour où elle cesserait de refouler ses pouvoirs ? Qu’arriverait-il si elle venait à blesser quelqu’un qu’elle aime ?


    Mihawk avait raison, je dois le maîtriser.


    La bouche tordue par la douleur, elle se martela le crâne pour ne pas penser à lui.


    Elle avait cru mourir quand le sabre de Zoro était ressorti de son ventre, tout comme elle avait cru mourir entre les mains de ces soldats.


    Elle siffla entre ses dents, puis passa ses doigts tremblants par-dessus son épaule pour enfoncer ses ongles dans les marques qui ornaient sa peau.


    Elle avait déjà été blessée, au corps, au visage, et en avait gardé des séquelles des semaines durant, mais c’était la première fois qu’elle recevait une blessure qui aurait dû être mortelle.


    Les larmes inondaient ses joues.


    Le Mizu Mizu no Mi.


    Le Fruit de l’eau.


    Un rare Fruit du Démon qui n’apparaissait qu’une fois tous les mille ans dans le monde.


    Involontairement en sa possession.


    — Je dois le maîtriser, souffla-t-elle pour elle-même sans y croire.


    Pour cela, elle devait d’abord l’accepter.


    Elle saisit de nouveau les ciseaux et, la mâchoire crispée, les planta de nouveau dans sa peau.


    Puis recommença.


    — Transforme-toi, implora-t-elle, transforme-toi, transforme-toi…

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