Noriko

Chapitre 82 : Post Enies Lobby

10677 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/03/2026 17:55

Complètement affalée sur le rebord de la fenêtre, Noriko regardait distraitement des mouettes traverser le ciel sans réellement les voir. L'oreille tendue, son esprit était surtout concentré sur la porte de sa chambre.



Lorsque cette dernière s'ouvrit, elle bondit vers celui qui n'avait même pas eu le temps de s'annoncer : Chopper.



Le jeune renne sursauta, puis posa un sabot sur son cœur pour se calmer.



Voilà une semaine que Noriko était enfermée sous les ordres stricts du médecin de bord à qui elle avait juré d'obéir. Elle trépignait d'impatience, si bien que quand il lui annonça qu'elle était remise de ses blessures et qu'elle pouvait sortir, elle le serra dans ses bras jusqu'à l'étouffer puis détala à toutes jambes.



Elle l'entendit vaguement lui crier de faire attention alors qu'elle manquait de renverser Chimney qui se trouvait sur sa route – cette dernière suivant Chopper partout où il allait.


— Madame la pirate, tu vas te faire gronder si tu vas par-là !


— Alors fais comme si tu m'avais pas vue, rétorqua malicieusement Noriko sans s'arrêter.



Si son envie la plus forte était de retrouver son équipage, elle savait qu'elle devrait encore s'armer de patience. Comme elle, tous étaient recherchés activement par la Marine après le vacarme causé à Enies Lobby et il avait donc été convenu qu'ils passeraient leur convalescence séparément.



Ils avaient bien évidemment manifesté leur désaccord car il n'y avait aucune base militaire située à Water Seven mais Icebarg avait été formel : les récents évènements risquaient fortement de bouleverser cette habitude.



Les Chapeaux de Paille n'avaient donc pas eu le choix. Désormais privés de navire, ils ne pourraient plus fuir et seraient coincés ici s'ils se faisaient repérer.



Faute de place à la Franky House reconstruite à la va-vite, Noriko fut cachée au sein de la Galley-La Company ; Luffy chez Tilestone ; Nami chez Kokoro ; Robin dans l'ancien appartement de Kalifa ; Sanji chez Lulu et Zoro chez Pauly.



Chopper, lui, dormait tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre, s'assurant de leur prodiguer les meilleurs soins possibles tout en donnant des nouvelles de chacun. Il leur avait expressément ordonné de ne pas bouger – non seulement pour obéir aux indications d'Icebarg, mais surtout pour ne pas risquer d'aggraver leurs blessures.



Quant à Ussop, il avait disparu aussitôt après avoir été soigné et plus personne ne l'avait revu depuis.



Si Noriko avait des doutes concernant l'obéissance de certains membres de son équipage à rester caché, elle s'était engagée à tenir sa promesse envers Chopper par reconnaissance qu'il n'ait jamais mentionné ce qu'elle avait traversé à Jaya.



Ce fut donc avec un grand sourire aux lèvres qu'elle respira enfin l'air frais à plein poumons en s'imaginant qu'il était différent de celui perçu par sa fenêtre. Se sentant enfin libre, elle étira ses bras au-dessus de sa tête puis traversa le petit jardin qui la séparait de l'immense mur d'enceinte du chantier naval, sachant pertinemment le risque énorme qu'elle prenait.



Avec précaution, elle se faufila derrière un mur et passa uniquement sa tête pour voir ce qui se passait. Si elle se savait parfaitement indiscrète, l'énorme remue-ménage qui avait pris place au milieu du chantier la ferait passer inaperçue.



À une vingtaine de mètres, un spectacle hors du commun se déroulait devant ses yeux. Des centaines de charpentiers allaient et venaient, s'entraidant entre eux. Ils soulevaient quantités de planches de bois, lisaient des plans pour s'assurer que tout était en ordre et surtout, travaillaient avec un professionnalisme sans nom.



Des effluves de bois coupé se faisaient sentir mais c'était surtout le grabuge provoqué qui interpella Noriko. Que ce soit les bruits de perceuses qui s'activaient, les coups de marteaux, les va-et-vient des scies ou les planches qui se cognaient les unes aux autres : la cacophonie qui en résultait était quasiment assourdissante.



La jeune femme siffla silencieusement d'admiration. Jamais elle n'avait vu autant de personnes s'activer en même temps et surtout, être d'une efficacité redoutable.



Ne voyant pas ce qui l'intéressait, elle changea de cachette pour s'accroupir derrière une grosse caisse en bois.



Son objectif n'était plus très loin et grâce à la poussière ainsi qu'à la sciure de bois qui emplissaient l'air, personne ne l'avait vue. Elle avisa donc de s'avancer un peu plus lorsqu'une présence dans son dos se fit sentir et la figea de terreur.



Elle se retourna vers l'homme qui la regardait avec stupéfaction, puis lui sourit poliment en lui faisant signe de se taire. Se relevant ensuite comme si de rien n'était, elle baissa la tête et repartit vite en sens inverse.



Pas assez vite, cependant : son cœur bondit dans sa poitrine quand l'homme en question héla son supérieur qui fut immédiatement sur le qui-vive.


— Qu'est-ce que tu fiches ici, toi !?


Noriko sursauta et, tout en maudissant intérieurement son bienfaiteur pour cette merveilleuse trahison, se mit à courir.



Elle ne put malheureusement aller bien loin. Une corde venait de s'enrouler autour de sa cheville et de l'avait fait s'étaler de tout son long sur le sol, sous les ricanements des charpentiers qui avaient assisté à la scène.



L'hilarité fut ensuite générale lorsque Noriko fut traînée dans la poussière en direction de son assaillant, malgré ses ridicules tentatives de s'agripper à ce qui lui tombait sous la main.



Les rires s'étouffèrent peu à peu et chacun retourna à son poste tandis qu'elle tentait en vain de se débarrasser de son lien.



À l'extrémité de celui-ci, enroulant la corde au fur et à mesure de ses pas, Pauly s'avançait vers elle et la veine contractée au milieu de son front promettait qu'elle allait passer un sale quart d'heure.



Assise par terre, Noriko s'appuya sur ses coudes, adoptant instantanément un air faussement décontracté. Elle s'adressa à lui avec un grand sourire.


— Pauly, quelle bonne surprise !


— Qu'est-ce que tu fous là ? s'exaspéra-t-il. On vous a interdit de venir voir le chantier !


— Je passais voir si Chopper t'avait bien rendu ta veste, je l'ai lavée et...


— Celle que j'ai sur le dos ?


Elle cligna plusieurs fois des yeux à cette réponse évidente.


— Euh... Oui ?


Le charpentier la toisa en silence, attendant certainement de voir jusqu'où elle s'enfoncerait.



N'ayant pas d'autre argument, Noriko se releva penaude tout en prenant bien soin de se pencher sur le côté dans le but d'apercevoir ce qu'il y avait derrière lui.



Loin d'être dupe, ce dernier tira sur la corde pour la faire retomber par terre.



Ne s'avouant pas vaincue, la manieuse d'eau frotta son coude douloureux et tenta un sourire narquois en levant un index.


— Dis-moi, est-ce que je t'ai remercié de me l'avoir prêtée ?


— Oui, à peu près quatre fois, souffla-t-il avec indifférence.


Il fit un geste du poignet, la corde obéit et le nœud se détacha seul.



Noriko regardait encore sa cheville avec étonnement lorsqu'elle décolla du sol pour se retrouver perchée sur l'épaule du charpentier tel un sac de pommes de terre.


— Non, attends ! Promis, je dirai rien !


Pauly ne prit même pas la peine de lui répondre et traversa le chantier en sens inverse.



Comme une enfant, Noriko gigotait pour tenter de profiter de la vue dégagée avant d'enfoncer ses doigts dans un mur pour empêcher Pauly d'avancer davantage. Cependant, ce dernier fut plus fort et la porte qu'ils franchirent se referma rapidement sur eux.



Une fois dans la bâtisse qui contenait les bureaux et les vestiaires, la jeune femme lâcha un souffle dépité avant de reprendre un air naturel.


— Bon, eh bien... merci de m'avoir gentiment raccompagnée jusqu'ici.


Elle tenta de descendre de son perchoir, mais Pauly resserra son emprise et se dirigea vers la sortie principale de la Galley-La Company.


— Parce que tu crois que je vais te laisser filer et passer mon temps à te surveiller ? Tu vas aller faire un tour à l'extérieur, ça te rafraîchira les idées.


— Hein !? s'affola-t-elle en se tortillant pour capter son regard. Mais j'ai pas le droit de me balader en ville !


— C'est pas mon problème. Je suis sûr que tu trouveras rapidement tes copains, vu comment vous passez inaperçus, et j'ai mis ton capitaine dehors il y a même pas une heure.


— Luffy est venu ? s'étonna-t-elle.


— Bien sûr, qu'est-ce que tu crois ? On est en train de construire votre prochain navire, il voulait aussi voir où en était l'avancement des travaux.


Noriko ne put s'empêcher de rire. Si elle avait obéi aux ordres de Chopper, il n'en était pas de même pour ceux d'Icebarg, et elle n'était assurément pas la seule.



Pauly remarqua qu'elle s'amusait de la situation et s'agaça un peu plus.


— Quand je pense qu'on t'héberge ici parce que tu es soi-disant la plus sérieuse, tu parles, bougonna-t-il, pas un pour rattraper l'autre. Il aurait mieux valu y mettre le sabreur, même s'il cause pas beaucoup, au moins il est discret.


— C'est pas de ma faute si Robin voulait rester seule et que Nami voulait comprendre comment fonctionne le Train des Mers, rétorqua Noriko avec malice, haussant légèrement les épaules avant de lui jeter un regard en coin. T'aurais voulu que Zoro soit à ma place ici et moi à la sienne chez toi ?


— La ferme ! pesta le charpentier en devenant tout rouge.


La minute d'après, Noriko se retrouva douloureusement les fesses par terre. Face à elle, Pauly la pointait d'un doigt menaçant.


— Je veux plus te voir dans les parages, c'est bien compris ?


— Mais j'habite ici !


— Alors reviens à la nuit tombée !


Les immenses portes se refermèrent sur la dernière réponse agacée de Pauly qui, en s'allumant un cigare, laissa Noriko toute seule en plein milieu de la rue.


— Quel rabat-joie, pesta-t-elle en se levant avant d'épousseter ses vêtements.


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Allongée sur un toit, les jambes dans le vide, les nuages passaient lentement au-dessus de Noriko.



Elle avait finalement croisé l'intégralité de son équipage dans les rues, révélant qu'aucun d'entre eux ne se souciait réellement d'être vu. Par la suite, elle s'était réfugiée en hauteur pour échapper aux journalistes qui arpentaient la ville. Les habitants de Water Seven les considéraient comme des héros – le fait que Luffy ait sauvé Icebarg s'étant rapidement su – et toute version de ce qui s'était réellement passé était bonne à prendre.



Noriko posa sa main sur son ventre, les boulettes de poulpe achetées par Sanji lui restant sur l'estomac à cause de la contrariété. Si elle se doutait que la Marine arrangerait la vérité pour ne pas les faire passer pour les sauveurs du maire face à l'unité secrète du CP9 qu'ils avaient fini par vaincre, une autre nouvelle répandue la faisait cependant cogiter : de nouveaux avis de recherches allaient apparaître.



Avec la guerre qu'ils avaient déclarée, ce n'était pas une surprise, mais les Chapeaux de Paille ignoraient encore à combien s'élevaient les nouvelles primes et avaient donc convenu de se retrouver en fin d'après-midi afin de le découvrir tous ensemble.



Apercevant justement le soleil décliner, Noriko se redressa et ses doigts glissèrent machinalement sur ses côtes. Si elles ne la faisaient plus souffrir, la cicatrice qu'elle arborait désormais lui rappelait sans cesse qu'elle avait failli y passer.



Chopper avait manqué de devenir fou en voyant l'état de sa blessure, aggravée par l'agrafe mise en place par Franky. Le tout s'étant finalement infecté, le jeune médecin avait dû rouvrir la plaie, la nettoyer puis faire des points de suture internes et externes pour la refermer.



L'attaque de Moira avait été plus profonde que Noriko ne l'avait pensé et selon son ami, elle avait eu de la chance que ses organes internes aient été épargnés.



Elle sauta avec habileté sur le toit du bâtiment se trouvant légèrement plus bas.



Quelques mètres sous ses pieds, la vie avait repris son cours après le passage de l'Aqua Laguna et les habitants de la ville s'occupaient de réparer les derniers dégâts causés par la tempête. S'ils avaient l'habitude de le faire tous les ans, on pouvait malgré tout voir la fatigue sur les visages et l'aide d'une partie des charpentiers de la Galley-La Company leur avait été plus que nécessaire.



Noriko fit apparaître une bulle d'eau dans une ruelle déserte et sauta dedans pour amortir sa chute.



Tout en recoiffant quelques mèches rebelles derrière ses oreilles, elle prit la direction du chantier naval numéro 3 : lieu de rendez-vous de son équipage – qui se trouvait surtout être le plus éloigné de l'endroit où était secrètement construit leur futur navire. Noriko avait appris qu'Icebarg leur avait mis à disposition un de ses nombreux bureaux afin qu'ils puissent s'y regrouper en toute discrétion, sachant pertinemment que les amis feraient tout pour se retrouver malgré ses avertissements.



Un passant détourna le regard lorsque la jeune fille passa à côté de lui. Elle s'efforçait encore d'ignorer la crainte qu'elle avait lue dans ses yeux quand il la rattrapa pour l'aborder. Si elle s'attendait ce qu'il lui pose des questions sur les récents évènements, elle tomba des nues lorsque, le corps tremblant de tout son long, il s'inclina. Il s'excusa longuement de l'avoir soupçonnée d'avoir voulu porter atteinte à la vie du maire et surtout, de lui avoir jetée une pierre dessus quelques jours auparavant.



Noriko cligna plusieurs fois des yeux avant de faire le rapprochement. L'homme était terrifié de sa présence, mais avait eu le courage d'avouer ses fautes.



Si elle n'avait pas apprécié d'être traitée de la sorte par les habitants de Water Seven, elle se refusait cependant à demander justice. Elle était une pirate et de par sa réputation et son passé, elle avait l'habitude de faire peur.



Même si nombre de civils l'avaient trahie ou avaient tenté de la vendre pour sa prime, elle avait un principe : jamais elle ne s'en prendrait à eux.



Sans un mot, elle remercia en inclinant le menton et mit fin à ses supplices en tournant les talons.


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Si les Chapeaux de Paille pensaient tous se retrouver, ils se trompaient lourdement. Sans compter Usopp qui n'était pas réapparu, Chopper et Zoro manquaient à l'appel : le premier étant allé soigné qui le désirait et le second s'étant certainement perdu en ville en tentant de les rejoindre.



Tandis que Luffy continuait inlassablement de manger dans son coin pour combler les repas manqués après avoir dormi deux jours, le reste de l'équipage rangeait leurs affaires restituées dont ils avaient fait étalage sur les nombreux fauteuils qui parsemaient la pièce.



Accusés de tentative de meurtre envers Icebarg, ils avaient fui l'hôtel sans prendre le temps d'emporter quoi que ce soit. S'ils avaient d'abord pensé que l'Aqua Laguna avait tout emporté, il s'était avéré que les habitants avaient fait main basse sur leurs possessions. Ils étaient donc venus leur rendre pour les remercier et s'excuser du malentendu.



Surexcitée, Nami ne tenait plus en place. Elle enlaça ses deux mandariniers qu'elle ne pensait plus jamais revoir avant de se jeter sur le sac contenant le restant de leur argent échangé contre l'or récupéré à Skypiea – rassurée de constater que le compte y était. Elle fouilla ensuite dans un sac que Noriko venait de ranger à la recherche d'habits et parsema de nouveau la pièce de ses trouvailles.



Après leur victoire face au CP9, la Galley-La Company leur avait prêté des vêtements flanqués du logo de l'entreprise. S'ils étaient confortables, force était de constater que les femmes de l'équipage flottaient dedans, ce que Nami s'empressa de rectifier en voulant se changer. Elle flanqua quantité de vêtements sur le sol sous le regard amusé de Robin et, enfin satisfaite de sa trouvaille, alla dans la pièce voisine, sans manquer d'empêcher Sanji de la suivre.



Tout en remettant de l'ordre pour la deuxième fois, la manieuse d'eau bougonna quelque chose d'inaudible à l'encontre de son amie, bien que cette dernière avait déjà filé dans les toilettes.



Franky fit son apparition à ce moment-là et Noriko remarqua immédiatement qu'il avait meilleure mine. Même si contrairement aux autres, son corps ne portait aucune séquelle de la dernière bataille – son côté robotique lui ayant permis de se remettre rapidement – c'était surtout de la disparition de la contrariété quant à la sécurité de ses hommes qui le rendait radieux.



En effet, contrairement à lui-même ainsi qu'à l'équipage des Chapeaux de Paille, Icebarg avait pu sauver l'intégralité de la Franky Family en faisant passer ces derniers pour ses employés.



L'influence que le maire de la ville avait auprès de la Marine quant à la construction de la flotte navale de cette dernière avait finalement eu un avantage. Si pendant toutes ces années il s'était allié au Gouvernement Mondial dans l'unique but de les tenir éloignés des plans de Pluton, nul doute qu'aujourd'hui, il en tirait une faveur incommensurable.



Bien qu'aucun journal ne le mentionnait, tous avaient compris ce qu'il en résultait. Les hommes de Franky avaient ainsi pu échapper au statut de pirate – ou de complice – de Monkey D. Luffy quant à sa déclaration de guerre contre le Gouvernement Mondial.



Au moment où la navigatrice réapparut, Franky s'assura d'avoir leur attention et il leur fit une confidence. Les 200 millions de Berrys volés à leur rencontre lui avait permis d'acquérir un bien rare et précieux : du bois d'Adam.



Il leur raconta que quelque part dans le monde, une île avait été ravagée par les guerres. Si tout avait été détruit, une seule chose était cependant restée debout malgré tout : un arbre gigantesque, l'espèce de ce dernier ne poussait que très difficilement. De par la rareté de ces végétaux, leur bois était donc très prisé.



Il précisa ensuite que le seul navire ayant fait le tour du monde, à savoir l'Oro Jackson du défunt Roi des Pirates Gol D. Roger, en était constitué.



Face aux réactions stupéfaites des pirates, le cyborg continua, imperturbable. S'il avait proclamé ne plus vouloir construire de navire car il se sentait responsable de la mort de son mentor Tom, le bois d'Adam trouvé au marché noir l'avait amené à changer d'avis et à réaliser son rêve : bâtir un vaisseau capable d'affronter toutes les mers du monde.



Franky conclut donc son histoire en expliquant sa présence. La base du navire était terminée, mais le plus gros du travail restait à venir. Il était donc officiellement venu leur demander l'autorisation de continuer ainsi que leur accord pour naviguer avec.



Si les filles et Sanji comprirent tout de suite, il fallut expliquer à Luffy que la construction de leur futur navire n'était pas à l'initiative d'Icebarg, comme il le croyait, mais de Franky.


— Je comprends pas, intervint Sanji en s'allumant une cigarette, pourquoi ne pas nous l'avoir dit plus tôt ?


— Je veux vous donner ce navire, répondit l'homme aux cheveux bleus. En principe, il vous appartient déjà étant donné que c'est avec votre argent que j'ai payé le bois et...


— On s'en souvient, bougonna Nami à voix basse.


— À ce stade, il y a prescription sur notre passé commun, rassura Noriko.


— Il me semble que cet argent devait dans tous les cas être dépensé pour un nouveau navire, songea Robin.


— J'ai confié mes directives et surtout mes plans à Pauly pour qu'il les étudie en attendant votre accord, reprit le cyborg. Si vous me laissez faire, je construirai ce navire de mes propres mains, enfin... avec l'aide d'Icebarg et de ses hommes pour aller plus vite. Ils tiennent à vous remercier aussi donc ils me laissent pas trop le choix. Mais ce serait moi le chef du chantier, le moindre détail serait donc validé par mes soins.


— Tu serais prêt à mettre ton rêve entre nos mains ? s'étonna Sanji.


— Bien sûr, le refiler à un équipage que j'apprécie, quoi de mieux ? Faites-moi confiance, les loulous, je vais vous construire un navire du tonnerre.


— Mais c'est génial ! s'extasia Nami en sautant de joie, tandis que Robin riait de bon cœur.


— Je n'y vois pas d'inconvénient, au contraire, ce serait un honneur. Mais c'est au capitaine de décider, rappela gentiment Noriko.


— Elle a raison, qu'est-ce que t'en penses, Luffy ? interpella Sanji.


Tous se retournèrent vers un coin de la pièce où se trouvait le jeune homme au chapeau de paille, toujours attablé devant son assiette et n'ayant pas bougé d'un pouce.


— Mais dites-moi que je rêve !? hurla soudainement le cuisinier. Cet abruti s'est endormi !




Malgré de nombreux coups, Luffy avait été impossible à réveiller et laissé à son sort.



Considérant Franky comme un allié depuis qu'il les avait aidés à sauver Robin, le reste des Chapeaux de Paille lui avait donc donné leur autorisation de continuer son œuvre en promettant qu'ils expliqueraient tout à leur crétin de capitaine.



Avec un sourire entendu, le cyborg était ainsi retourné sur le chantier principal, laissant l'équipage à leur discussion – cette dernière portant sur le temps de recharge du Log Pose, approximativement une semaine.



Les compagnons étaient impatients, une fois leur navire prêt, ils pourraient enfin mettre les voiles et continuer leur aventure.



Cependant, leur joie fut de courte durée. Une partie du mur du bureau dans lequel ils se trouvaient vola subitement en éclats, provoquant un énorme vacarme accompagné d'un nuage de poussière.


— MONKEY D. LUFFY ! QUELQU'UN VEUT TE PARLER !


Sur le qui-vive, les Chapeaux de Paille se mirent en position défensive face à l'inconnu qui venait d'apparaitre.


— Un Marine !? hurla Nami lorsque l'uniforme du visiteur fut visible.


— C'est un Vice-Amiral, rectifia Noriko en apercevant les épaulettes décorant le manteau du nouveau venu, faites att...


La réactivité du Sanji fut telle qu'il se propulsa sans plus attendre vers le visiteur faisant plus de la moitié de sa taille et Noriko dû se protéger le visage à cause de la rafale de vent qu'il venait de créer.



La jambe du cuisinier rencontra néanmoins le vide, son adversaire s'étant déplacé aussi vite que s'il s'était téléporté.



Impuissants, tous eurent le temps de le voir réapparaitre au-dessus de Luffy dans un grand cri de rage.


— ON SE RÉVEILLE !


Le poing de l'homme s'enfonça si fort dans le crâne de son propriétaire que ce dernier passa à travers la table sur laquelle il s'appuyait jusque-là.



Noriko venait de faire apparaître des bulles d'eau dans ses paumes quand son attention fut attirée par l'extérieur.


— Sanji !


Son ami suivit son regard et fronça ses sourcils, comprenant qu'ils étaient coincés.



Désormais visibles depuis que la poussière était retombée, une horde de soldats de la Marine attendait, les mains derrière le dos, parfaitement immobile.


— Ils... Ils sont pas armés ? se méfia Nami.


— Bien sûr que si, pesta Noriko en se tournant vers le Vice-Amiral, ils attendent juste l'ordre de leur chef.


Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle reconnut ledit supérieur.



Impossible...



Un hurlement de douleur venant de leur capitaine coincé sous les décombres de la table résonna dans la pièce, indiquant qu'il était parfaitement réveillé.



Sans attendre, l'équipage se précipita pour le défendre sans prendre le temps de s'inquiéter de la puissance de leur ennemi.



Les voyant s'approcher, Luffy roula sur le côté, puis, apercevant son agresseur, tonna sévèrement un ordre qui les figea tous.


— Restez tous en arrière, vous pourrez rien contre lui !


Les larmes aux yeux tout en continuant de se frotter le crâne, le jeune Chapeau de Paille se redressa en affichant un air surpris.


— Pé... Pépé ?


— Pépé !? répétèrent les compagnons d'une seule voix.


— Je peux savoir ce qui te prend !? hurla Luffy. Ça va pas de réveiller les gens de cette façon !?


Pour toute réponse, un nouveau coup de poing l'envoya à l'autre bout de la pièce, sous les cris d'effroi de son équipage.


— Parce que t'as quelque chose à me dire, espèce de sale ingrat !? hurla l'homme.


Luffy gémit de nouveau de douleur en rampant lamentablement hors du mur dans lequel il avait atterri.


— Il... il lui a fait mal ? releva Nami d'une voix blanche.


— Comment tu peux avoir mal !? s'emporta Sanji. T'es en caoutchouc !


— C'est vraiment son grand-père pour le traiter comme ça ? demanda Noriko en faisant disparaître son eau.


— Ça doit être sa manière de lui dire bonjour, supposa Robin avec calme.


— Mais c'est pas une raison !


— Laissez tomber, haleta le capitaine en se relevant avec peine, il m'a déjà balancé dans un gouffre pour m'abandonner dans une jungle, alors pour ce qui est de dire bonjour...


— N'exagère pas, grogna son aïeul, je suis pas aussi terrible que tu le racontes.


— Tu m'as attaché à des ballons pour que je m'envole ! hurla Luffy en brandissant un poing menaçant.


— C'était pour faire de toi un homme ! rétorqua le Vice-Amiral en imitant son geste.


Tous deux se fusillaient du regard tandis que le reste des compagnons observait la scène avec étonnement.


— Cet homme, déglutit Noriko, c'est...


— Le Vice-Amiral Garp, poursuivit Robin, c'est bien lui.


— Le Héros de la Marine !? s'étrangla Nami.


— C'est le grand-père de Luffy !? continua Sanji sur le même ton.


Le jeune pirate au chapeau de paille tourna subitement la tête vers eux.


— Bah oui, Monkey D. Garp, mon pépé. Pourquoi vous dites que c'est un héros ? Vous le connaissez ?


— Mais bien sûr que oui, espèce de crétin, est-ce que tu sais au moins ce qu'il a fait !? s'emporta le cuisinier.


— J'en sais rien moi, j'ai jamais rien compris à son boulot.


— Il tient ce titre parce qu'il a vaincu l'un des pirates les plus puissant de sa génération du temps de Gol D. Roger, expliqua Noriko.


Accaparé par Garp qui le réprimandait toujours, Luffy n'eut pas le temps de répondre.


— Alors comme ça, t'es parti écumer les mers !? Si je vous ai confiés à une amie pour qu'elle s'occupe de vous, c'était pas pour rien ! Elle va m'entendre celle-là quand je la reverrai !


— J'écume pas les mers, je les parcours !


— Te moque pas de moi, Ace et toi deviez devenir des fiers soldats de la Marine !


Le souffle de Noriko se coupa brièvement, suivi d'un soupir réprobateur envers elle-même.



Si Ace lui avait bel et bien parlé de Garp comme étant son grand-père de cœur, elle n'avait pas pensé qu'il pouvait être également celui de Luffy – et biologique de surcroît.



Ceci dit, elle n'avait pas pu dire qui était Luffy lors de leur rencontre car elle avait été incapable de retenir son prénom la seule et unique fois où Ace avait mentionné ses petits frères – dont l'un était depuis longtemps décédé.



Fichue bouteille de rhum.



Elle haussa ses sourcils et reporta son attention sur la querelle familiale.


— Mais moi, je voulais être pirate ! Je te l'ai toujours dit !


— C'est le rouquin qui t'a bourré ta cervelle d'idiot !


— Shanks m'a sauvé la vie, tu dis pas de mal de lui !


Shanks le Roux ?



Une veine palpita dangereusement sur le front de Garp et l'une de ses paupières tressauta nerveusement.


— Je rêve ou tu viens de me donner un ordre ? fulmina-t-il en faisant craquer ses doigts.


— Je suis désolé, je suis désolé ! paniqua Luffy en devenant livide.


— Comment tu parles à ton grand-père !?


Pas assez rapide pour éviter la poigne du Marine, il se retrouva de nouveau soulevé du sol, battant des jambes dans le vide et appelant à l'aide autour de lui.


— Vous... vous croyez qu'il faut intervenir ? demanda Nami à l'attention de ses amis.


— Laissons-les régler leurs histoires de famille, répondit Sanji en s'allumant tranquillement une cigarette.


Robin laissa échapper un souffle amusé et eut même le culot de s'asseoir paisiblement sur un des fauteuils tandis que Noriko peinait encore à croire ce à quoi ils assistaient. Sa mâchoire se décrocha un peu plus lorsque Luffy et Garp s'endormirent brusquement, debout.


— Mais c'est une blague !?


— Ils sont vraiment pas parents pour rien, lâcha laconiquement le cuisinier.


Le Vice-Amiral se réveilla avant son petit-fils et frappa ce dernier pour qu'il en fasse de même, l'envoyant s'écraser au sol.


— Je suis en train de te passer un savon et tu trouves le moyen de pioncer !?


Comme si leur dispute n'avait jamais eu lieu, Luffy se redressa tranquillement en remettant son chapeau en place et afficha un grand sourire.


— Au fait, pépé, comment ils vont, Shanks et les autres, tu as des nouvelles ?


Garp bougonna dans sa barbe, n'appréciant certainement pas de parler de la personne qui a incité Luffy à devenir pirate.


— Tout comme Barbe Blanche, il fait partie des plus puissants et est devenu un véritable Empereur.


— Luffy connait Shanks le Roux ? s'étonna Noriko, désormais certaine de savoir de qui il parlait.


— Il lui a offert son chapeau de paille, expliqua Nami avant de froncer ses sourcils d'incompréhension. Étonnant qu'il t'ait jamais raconté cette histoire.


— Je sais juste que c'est son trésor le plus précieux, mais je me suis jamais demandé d'où il le tenait.


— Il faut croire que c'est devenu une sacrée pointure ce gars, tu le connais aussi ? s'enquit Sanji.


— De réputation, répondit vaguement la jeune femme.


— Les Quatre Empereurs sont les pirates les plus puissants du monde et résident sur la deuxième moitié de Grand Line appelée le Nouveau Monde, reprit Garp. Les seuls en mesure d'arrêter ce quatuor sont les forces du Quartier Général de la Marine et les Grands Corsaires. Si l'équilibre entre ces trois venait à être rompu, la paix mondiale volerait en éclat. Tu saisis la force du rouquin ?


— Bon bah, ils vont bien, s'enjoua Luffy qui n'avait pas l'air d'avoir conscience de l'ampleur de la situation. Aaah que de souvenirs !


— Il n'a rien compris, pas vrai ? marmonna Nami.


— Tu sais bien que non, confirma Noriko sur le même ton.


— Tu m'écoutes, oui !? pesta Garp à l'attention de son petit-fils.


Un nouveau coup de poing s'enfonça dans le crâne de ce dernier, rapidement accompagné d'un cri de douleur.



Le Vice-Amiral se frotta ensuite ses mains l'une contre l'autre d'un air satisfait et s'adressa à ses hommes.


— Bon, les gars, réparez-moi ce mur.


— Et puis quoi encore !? s'indignèrent plusieurs voix en même temps.


Garp cligna plusieurs fois des yeux d'un air abasourdi, réalisant que ses hommes lui tenaient tête.


— Mais... ? C'est un ordre, quand même.


— Pourquoi l'avoir démoli si c'est pour le réparer ensuite ?


— Je voulais faire une entrée remarquée, expliqua-t-il fièrement en croisant les bras.


— C'est pas une raison pour tout casser ! On va le faire, mais mettez-y du vôtre aussi !


— Hein !? s'étrangla-t-il presque. Mais je suis votre chef !


— On veut rien savoir !


— Ça, c'est la meilleure, bougonna-t-il comme un enfant.


Perplexe, les Chapeaux de Paille le dévisagèrent comme s'il ne s'agissait pas de la même personne qui venait de s'énerver.


— Eh bah. Ça a l'air d'être quelqu'un, ton grand-père, remarqua Sanji.


— Un sacré phénomène, ajouta laconiquement Noriko, à moitié perdue dans ses pensées.


C'est maintenant ou jamais.


— Je suis sûre qu'il est gentil, s'amusa Robin.


— Il a plutôt bon cœur quand il s'agit de ses hommes, compléta Nami. Toi qui prétends que c'est un tortionnaire, il...


— Mais c'est un tortionnaire ! s'emporta Luffy.


— COMMENT !? tonna Garp, les yeux immédiatement enflammés par la colère.


Plus personne n'osa parler et Luffy perdit toutes les couleurs de son visage avant de déglutir bruyamment.



Alors que le Héros de la Marine affichait un sourire sadique en se craquant de nouveau les doigts, des cris d'indignation se firent entendre de l'extérieur, incitant les soldats à se mettre en position de défense.


— Qu'est-ce qui se passe encore, vous jouez à quoi ? Je vous avais dit que je voulais pas de grabuge, rappela le Vice-Amiral à l'intention de ses hommes.


— C'est Roronoa Zoro, il nous attaque !


— Sacré Zoro, rigola Luffy avant de sortir, je vais lui dire d'arrêter.


Il profita de cette interruption pour échapper à une énième correction et passa en trombe devant son grand-père.


— Un membre de ton équipage ? ricana ce dernier. Ça doit être un furieux pour s'attaquer seul à une garnison. Eh, les petits, tentez de l'arrêter.


— À vos ordres, répondirent en chœur deux hommes concernés en se détachant du groupe de soldats.


Le premier, un blond doté d'une paire de lunettes noires, sorti deux kukris et se précipita vers le bretteur à trois sabres.



Tout en criant que le combat n'avait pas lieu d'être, Luffy tenta d'intervenir en vain, le deuxième homme – qui possédait une chevelure rose – venait de le faire vivement reculer en l'attaquant à mains nues.



Surpris, le capitaine jeta un regard réprobateur à son grand-père qui observait la scène en rigolant avant de décider à se défendre.



Les deux affrontements furent de courte durée car les deux pirates mirent leurs adversaires à terre sans difficulté et surtout sans leur faire de mal pour ne pas envenimer la situation.



Contre toute attente, le deuxième homme félicita Luffy comme s'il s'agissait d'un vieil ami et se mit à rire. Devant l'incompréhension du Chapeau de Paille, il lui dit son nom, ainsi que son grade : Kobby, Sergent Chef.



Constatant que Sanji, Robin et Noriko ignoraient de qui il s'agissait, Nami leur expliqua qu'il avait été enlevé par des pirates sur East Blue et que Luffy l'avait sauvé avec l'aide de Zoro. Le capitaine lui avait même proposé de rejoindre son équipage mais Kobby n'avait qu'un rêve à l'époque : devenir Marine. Force était donc de constater qu'il était sur la bonne voie.



Tandis que Luffy sautait de joie de revoir son ami, l'homme blond – qui gisait toujours aux pieds de Zoro – se redressa à son tour. Avec un sourire assuré, il prétendit être également heureux de les revoir et qu'en tant que Sergent, lui aussi avait gagné en puissance.



Malheureusement pour lui, ni Zoro, ni Luffy ne se souvinrent de sa personne malgré son nom qu'il répétait inlassablement : Hermep.




Le calme revenu, quelques soldats réparaient le mur tandis que les autres attendaient toujours à l'extérieur, observant avec une lassitude évidente leur chef qui clouait deux planches ensemble.


— Dis-moi Luffy, qu'est-ce que t'as pensé de ton paternel ?


— Pourquoi tu me parles de lui ? Je l'ai jamais vu.


— Il s'est pas présenté ? s'étonna Garp. Il m'a pourtant dit qu'il t'avait sauvé la peau à Logue Town.


— Il était en ville ? s'étonna Sanji.


— Il a fallu me sauver ? répliqua Luffy en faisant des yeux ronds.


— Tu as failli y passer sur l'échafaud, rappela Noriko en soupirant.


— Ah oui, c'est vrai ! s'esclaffa le jeune pirate.


— Tu nous avais pas dit que ton combat avec Smoker avait été interrompu ? intervint Nami.


— Je m'en souviens pas... Dis, pépé, il ressemble à quoi mon père ?


— Son nom est Monkey D. Dragon, le révolutionnaire, lâcha Garp en se curant le nez.


Un lourd silence s'imposa, la bouche bée de tous ceux ayant entendu le Vice-Amiral empêchant quiconque de réagir.



Une vague de clameur s'éleva ensuite dans l'assemblée, mêlant soldats de la Marine et l'équipage des Chapeaux de Paille.


— DRAGON A UN ENFANT !? tonna un homme.


— DONC DRAGON EST LE FILS DU VICE-AMIRAL GARP !? s'exclama un autre.


— Personne connaissait son nom complet, souffla Noriko d'une voix brisée, mais c'est quoi cette famille de surhommes ?


— Qu'est-ce qui se passe ? bougonna Luffy en se tournant vers elle. Pourquoi vous réagissez tous bizarrement ?


— Andouille ! l'invectiva Sanji. T'as jamais entendu parler de Dragon ou quoi !?


— Bah non, je le connais pas.


— Mais enfin, c'est pas n'importe qui, ton père ! renchérit Nami.


Perdu, Luffy se tourna vers la seule personne capable de lui apporter des réponses.


— Robin ?


Cette dernière se gratta le menton, prenant soin de réfléchir à ses prochaines paroles.


— Comment t'expliquer ? Normalement, les pirates n'attaquent jamais la Marine ou le Gouvernement Mondial directement, mais ces derniers temps un groupe appelé l'Armée révolutionnaire essaie de les renverser. Ils propagent leurs idéaux à travers le monde entier et encouragent les peuples à se rebeller. De ce que je sais, la révolution a déjà touché quantité de royaumes et de nombreux pays se sont déjà effondrés à cause d'eux.


Ses amis suspendus à ses lèvres, l'archéologue continua.


— Naturellement, le Gouvernement mondial est en colère et proclame leur chef, Monkey D. Dragon, comme le plus grand criminel du monde. Ils le traquent sans relâche depuis des années mais n'ont jamais rien pu trouver à son sujet ; cet homme est un véritable mystère, on n'a aucune info sur son identité. Enfin... jusqu'à aujourd'hui.


Tous suivirent le regard de Robin qui se posa sur Garp.



Contre toute attente, ce dernier explosa de rire.


— Ah bah, je m'en doutais : j'aurais pas dû en parler. Dans ce cas, oubliez tout ça.


— COMMENT !? hurlèrent ses hommes.


— Pas la peine d'en faire tout un plat, j'ai juste fait une boulette !


Une nouvelle clameur accompagnée de cris d'indignation résonna tandis que le Vice-Amiral riait aux éclats.




Le mur fraîchement réparé, Luffy faisait face à son grand-père qui faisait ses adieux à l'équipage après avoir décidé de retourner vaquer à ses occupations.


— Bon, je vais quand même pas coffrer mon petit-fils, alors soyez tous tranquilles. Vous pouvez vous balader librement en ville, j'expliquerai ça au QG de la Marine que je vous ai pas vus.


— Ça ne passera jamais, Vice-Amiral, intervint l'un de ses hommes d'une voix indiquant qu'il avait l'habitude des lubies de son supérieur, on dira qu'ils nous ont échappé.


— Balivernes, ça passera si je dis que ça passera. De toute façon, j'étais venu pour les petits, ils voulaient absolument vous voir, s'amusa-t-il tandis que son subordonné levait les yeux au ciel. Prenez le temps pour rattraper le temps perdu, j'attendrai sur mon navire.


— Cool, salut ! s'enjoua Luffy en lui faisant un signe de la main.


Un coup de poing fracassa son crâne.


— Espèce de sans-cœur, c'est comme ça que tu me dis au revoir !? Je t'avais pas manqué ou quoi !?


— Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse !? T'arrête pas de me frapper, t'étonnes pas si je te serre pas dans mes bras !


— Et alors !? Cache ta joie surtout, j'ai quand même envie que mon petit-fils m'aime !


Inlassablement, ils continuèrent de se disputer sous le regard consterné de leurs deux camps respectifs.


— Pas de doute, ils sont de la même famille, releva Sanji, toujours à démarrer au quart de tour.


— C'est un ouragan ce vieux, lâcha Zoro.


— Je suppose que ça ne changera rien pour Luffy, soupira Nami.


— Effectivement, répondit Noriko avec un sourire amusé, il n'a pas eu l'air contrarié d'apprendre qu'il avait un père connu.


— Quelle famille hors du commun, songea Robin. Dragon... Ça m'a surprise, je m'y attendais pas.


Lorsque Garp leur tourna le dos pour s'éloigner une bonne fois pour toutes, Noriko sentit une boule se former dans son estomac, la faisant instantanément regretter de ne pas avoir posé la question qui lui brûlait toujours les lèvres.




Même si les Chapeaux de Paille arpentaient déjà la ville malgré les réticences d'Icebarg, ils furent soulagés de savoir que la Marine ne risquait plus de leur tomber dessus à tout moment.



Chopper manquant toujours à l'appel, ils décidèrent de reporter la découverte de leurs nouvelles primes au lendemain et de profiter de leur après-midi.



Nami et Robin cherchèrent des maillots de bain dans leurs affaires en prévention de se détendre au bord de la piscine réservée aux employés de la Galley-La Company.



Sanji sauta évidemment sur l'occasion de leur servir une boisson fraîche – bien que l'idée de les voir en maillot dût être plus intéressante.



Content de revoir Kobby, Zoro laissa cependant Luffy discuter tranquillement avec lui et partit s'entraîner en assurant les rejoindre plus tard.



Voyant l'opportunité de se retrouver seule, Noriko prétexta vouloir revoir le centre-ville et promit également de les retrouver plus tard. Pour prouver ses dires, elle prit le maillot que Nami lui tendait et alla l'enfiler sous ses vêtements avant son départ.



Une fois dehors, elle prit la direction opposée du centre et partit au pas de course vers les quais.


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Garp l'observait avec un air renfrogné après s'être retourné vers Noriko.



Tout en soutenant son regard, les mains posées sur ses genoux, elle reprenait son souffle après l'avoir rattrapé avant qu'il n'embarque pour rejoindre ses quartiers. Si elle ne ressentait aucune crainte quant aux Marines autour d'elle, elle savait néanmoins que la présence d'une pirate de renom à bord d'un navire de Vice-Amiral aurait été mal vue. Sans compter qu'elle n'aurait non seulement jamais osé franchir cette limite, mais que les soldats ne l'auraient certainement pas laissée faire.


— Avez-vous des nouvelles d'Ace ? répéta-t-elle en se redressant.


Les subordonnés restèrent silencieux, préférant sans doute attendre la réaction de leur supérieur.



Noriko inspira en tremblant légèrement. Pas à cause de la prestance de son interlocuteur cependant, car elle savait pertinemment que ce dernier ne lui ferait rien. Par respect pour son engagement envers Luffy, il avait assuré de laisser temporairement son équipage hors de danger, ce qui l'incluait elle, peu importe comment allait tourner la conversation.



Ce n'était pas la présence du Vice-Amiral qui lui faisait peur, mais plutôt son absence de réponse. Elle n'avait pas su comment l'interpeller, hésitant à l'appeler effrontément par prénom, par son lien de parenté avec Luffy ou, de manière moins téméraire, en le nommant tout simplement par son grade.



Car malgré tout, si elle se trouvait face au grand-père de son capitaine, elle n'oubliait pour autant la réputation qui s'étendait au-delà de l'homme qu'il était.



Garp, le Héros de la Marine. Les exploits qu'il comptait à son actif étaient tels qu'il avait acquis ce titre. Elle lui devait le respect, même s'il appartenait au camp ennemi.


— Hmm ? finit-il par marmonner. J'ai l'impression de te connaître, tu serais pas apparentée à quelqu'un de mon entourage, par hasard ?


Sa réaction laissa Noriko pantoise. Avait-il réellement manqué sa présence quand il corrigeait Luffy ?


— Monsieur, intervint le même homme que tantôt avec son air fatigué, il s'agit de la nièce du Grand Corsaire Dracule Mihawk. Vous avez certainement déjà vu son avis de recherche la représentant plus jeune, elle était déjà connue avant de rejoindre l'équipage de votre petit-fi... de Monkey D. Luffy.


Garp se mit à rire bruyamment laissant planer le doute quant à son écoute de la fin de la phrase, au grand désespoir de ses hommes et à la stupéfaction de la manieuse d'eau.


— Sacré gamin, on peut dire qu'il choisit bien ses compagnons !


Il s'approcha de Noriko avant de se pencher vers elle, qui, impressionnée malgré elle, eut un mouvement de recul.


— J'espère que t'es pas aussi casse-pied que l'autre taciturne, parce qu'il a vraiment le don d'irriter tout le monde avec ses caprices !


Mihawk ? Des caprices ? Cela ne lui ressemblait pas.


— Je... Il... Il n'est pourtant pas du genre à discuter, déglutit-elle en sentant que la situation lui échappait dangereusement.


— À qui le dis-tu ? T'imagines même pas tout ce qu'il a fait pour te retrouver. Faire des avis de recherche pour une gamine qui n'est même pas pirate, on aura tout vu. Tout ça pour une querelle de famille. Non mais franchement, s'emporta vivement Garp, il croit quoi ? Que je vais te ramener fissa parce qu'il a menacé d'abandonner son statut si on l'écoutait pas ?


La poitrine de Noriko se comprima si douloureusement qu'elle fut incapable de respirer. Mais de quoi est-ce que Garp parlait, bon sang ? Pour rien au monde Mihawk n'abandonnerait son statut de Corsaire, il aspirait beaucoup trop à sa vie tranquille et sans histoires.


— Monsieur, reprit de nouveau le subordonné rejoignant son supérieur, j'attire votre attention sur le fait qu'elle est désormais activement recherchée pour piraterie et non pour une simple fugue. Sa prime vient justement d'augmenter depuis l'anéantissement du CP9.


Le cœur de Noriko battait à un rythme effréné. Garp évitait soigneusement d'aborder le sujet d'Ace et voilà que le sujet de Mihawk venait d'être mis sur le tapis. Si son oncle avait coutume de lui cacher beaucoup de choses, elle ignorait que ses avis de recherches avaient un potentiel rapport avec son statut de Capitaine Corsaire. Quel était ce lien exact ? À moins que Garp ne fabule ? Il avait bien involontairement balancé à qui voulait l'entendre le nom du criminel le plus recherché du monde et qui plus est, celui de son propre fils.


— Voilà qui change tout, maugréa le Vice-Amiral en la fusillant du regard.


Sortie de ses pensées, la manieuse d'eau se ratatina sur elle-même. Il n'oserait tout de même pas la frapper comme il le faisait avec Luffy, si ?


— Non mais qu'est-ce que vous avez à tous vouloir devenir pirate !? gronda-t-il sans prévenir. Tu pouvais pas suivre les traces de ton oncle, qui, pour une fois a fait quelque chose de censé dans sa vie ? Tu peux contrôler l'eau, non ? Pense à ce que tu pourrais faire si tu la maîtrisais vraiment avec un entraînement de soldat digne de ce nom !


Si Noriko ne se mettait pas rapidement à respirer, elle allait s'évanouir : voilà qu'elle se faisait réprimander par une Vice-Amiral et qu'en prime, il parlait sans aucune gêne de son Fruit du Démon.



Il parlait de maîtrise, mais à quoi faisait-il allusion ? Ignorait-elle réellement de quoi résultait son pouvoir ? Elle lui avait bien découvert une nouvelle facette durant son dernier combat et ses capacités en avaient considérablement augmenté, mais Garp ne semblait pas inquiet pour autant. Soit, il la considérait encore comme faible et il se moquait royalement de son sort, soit son engagement envers Luffy l'empêchait d'agir. Compte tenu de la situation, elle pencha plutôt pour la première option.


— Enfin non, oublie ce que j'ai dit, rectifia rapidement Garp en levant un index, vu que tu es devenue pirate, vaut mieux pas que tu fasses de grabuge car ça irait à l'encontre même du marché avec Mihawk.


Un... marché ? Quel marché ?


— Il assure avec certitude depuis belle lurette et que tu sais pas te servir de tes pouvoirs, continua l'homme comme s'il avait lu dans ses pensées. Vu que t'es pas considérée comme une menace, il a été décrété qu'on devait te ramener à lui sous escorte si on te trouvait. C'est pourtant simple, non ?


Un sourire narquois se dessina sur son visage.


— Mais si tu fais parler de toi et te montres dangereuse, reprit-il, il pourra plus rien faire pour ton cas et tu seras arrêtée, peu importe ses menaces !


— C'est déjà le cas, Monsieur, soupira le second Marine, il a récemment été décidé en haut lieu que l'influence de Mihawk ne pouvait d'ores et déjà plus rien faire pour elle. C'est-à-dire, plus depuis qu'elle est officiellement affiliée au Chapeau de Paille et qu'ils ont déclaré la guerre au Gouvernement Mondial.


Les pensées se bousculant dans son esprit tandis que les deux hommes se faisaient face, la jeune femme avait l'impression d'assister à son propre jugement sans pouvoir en placer une. Elle avait toujours supposé que Mihawk était à l'origine de ses avis de recherche parce qu'il n'avait pas apprécié sa fuite, mais de là à avoir un moyen de pression sur le Gouvernement Mondial, c'était tout simplement grotesque. En quoi sa fugue avait-elle été aussi importante alors qu'elle n'était qu'une simple adolescente à ce moment-là ?


— Eh bah voilà, j'avais bien dit que ça allait arriver, pesta le Vice-Amiral en balayant l'air de sa main. Un Logia qu'on ne prend pas au sérieux sous prétexte qu'il n'est pas dangereux, n'importe quoi ! Maintenant, on va devoir se coltiner sa mauvaise humeur et gérer ses menaces.


— Faudrait savoir, vous venez de dire que peu importait ses menaces, s'agaça le subordonné.


— Oui, mais ça voulait pas dire que j'avais envie de les gérer !


— Quelles menaces ?


Les deux hommes baissèrent simultanément la tête vers Noriko qui avait dû se mordre la langue pour sortir de sa stupeur.



Elle cilla en réalisant que l'attention était sur elle et leva le menton pour se donner de la contenance. Lorsqu'il était question d'en apprendre davantage sur Mihawk ou que quelqu'un manquait de respect à ce dernier, elle avait tendance à ne plus mâcher ses mots – quel que soit l'interlocuteur qui lui faisait face. Malgré tout, il restait l'homme qui l'avait élevée et la seule personne au monde pouvoir répondre à ses questions.


— Quelles menaces ? répéta-t-elle d'un ton sec. Vous aviez dit qu'il abandonnerait son statut de Grand Corsaire, mais je connais Mihawk mieux qui quiconque et je sais que jamais il ne ferait une chose pareille.


Garp prit le temps de l'observer de haut en bas avant de fermer ses yeux une seconde de trop. D'un signe de main, il congédia son second qui s'éloigna en invitant le reste des soldats à le suivre.



Pour la première fois depuis son apparition, le Vice-Amiral afficha un air sérieux.


— Tu connais sa puissance, n'est-ce pas ?


— J'ai grandi avec lui.


— Comme je l'ai dit, les Grands Corsaires sont capables de rivaliser avec les Empereurs, tu saisis ce que ça veut dire ?


Les yeux de Noriko s'écarquillèrent légèrement et son estomac se contracta instantanément tandis que les mots sortaient de sa bouche.


— Que s'il se retournait contre vous, vous auriez la force d'un cinquième à gérer, devina-t-elle d'une voix blanche.


— Tu comprends comment ce gringalet a réussi à faire son tour de force avec ceux d'en haut ? Avec ses inlassables duels contre l'autre rouquin, tout le monde connaît sa force ; c'est pas pour rien que le Gouvernement Mondial lui a demandé de s'allier à la Marine.


La jeune femme resta silencieuse, parfaitement au courant de l'ancienne rivalité entre son oncle et Shanks le Roux, devenu l'un des Quatre Empereurs.


— C'était pas pour lui faire plaisir, mais pour qu'il nous fiche la paix et se tienne tranquille, assura Garp. En échange de sa loyauté, tes avis de recherche ont vu le jour.


Mais pourquoi ?


— Et maintenant que tu fais parler de toi, va savoir comment il va réagir si quelqu'un décidait de t'envoyer à Impel Down. Tu te rends pas encore compte des conséquences de ta décision d'être devenue pirate. Si tu continues, tu risques bien de provoquer un déséquilibre mondial. Alors suis mon conseil : reste tranquille et fais-toi discrète.


Estimant que la conversation était terminée, le Vice-Amiral salua Noriko d'un signe de tête et tourna les talons.


— Je n'abandonnerai jamais Luffy, rétorqua aussitôt la jeune femme avec un calme forcé. Il veut être Roi des Pirates et je veux l'aider à y parvenir ; il est donc inutile de compter sur ma discrétion.


Garp s'immobilisa.



    Elle s'attendait à ce qu'il s'énerve ou se mette à rire du rêve de son petit-fils. Le fait même que ce dernier ait voulu devenir pirate semblait déjà être la cause de leur différend, alors clamer haut et fort qu'il comptait devenir Roi des Pirates relevait d'une audace folle.


— Dans ce cas, fais en sorte que Mihawk reste à sa place, soupira-t-il avant de la regarder par-dessus son épaule. Libre à toi de rester pirate, mais si par tes actes, il décide de se rebeller contre nous dans l'unique but de te protéger, tu seras tenue pour responsable et devra en assumer les conséquences ; parce que je peux t'assurer que si ça devait arriver, le Gouvernement Mondial ne prendrait plus la peine de vous garder en vie, toi comme lui. Tu étais recherchée vive, mais maintenant que tu ne bénéficies plus de son influence, la Marine ne plaisantera plus avec toi. Continue sur cette voie : elle te tuera dès que l'occasion se présentera.


— Je crois que vous ne mesurez pas l'ampleur de vos paroles, répondit-elle en s'efforçant de maîtriser son rythme cardiaque, Mihawk n'irait jamais jusque-là, il n'est pas fou. Il m'a élevée par devoir, mais ne se soucie absolument pas de moi.


Il esquissa un sourire en ancrant son regard dans le sien.


— Alors pourquoi avoir fait des avis de recherche ?


Sans attendre de réponse, il reprit sa route pour rejoindre son navire et laissa Noriko en proie à quantité de questions.



Dès que le Vice-Amiral fut assez loin, la manieuse d'eau se pencha en avant pour reprendre bruyamment son souffle, manquant de rendre ce qu'elle avait avalé dernièrement.



Les mains posées sur ses genoux, elle tremblait de tout son long et haletait avec difficulté, tentant de faire le tri dans sa tête.



Garp venait-il réellement de lui demander de tenir Mihawk en laisse ? Était-il complètement fou ?



Elle était devenue pirate pour parcourir Grand Line et retrouver son père, pas pour être reconnue comme tel et encore moins pour être la source d'un conflit ! Si son oncle avait voulu se retourner contre eux, il l'aurait fait depuis longtemps. Son mode de vie lui convenait, il ne l'avait jamais modifié pour elle et ce n'était pas maintenant qu'il allait commencer.



Mihawk aurait menacé le Gouvernement Mondial pour assurer sa protection ? Ça n'avait aucun sens. Garp se fourvoyait lourdement. Si le Grand Corsaire se souciait vraiment d'elle, il aurait mieux valu la laisser tranquille dès le début, elle aurait construit une vie paisible et n'aurait pas été par traquée par le premier venu.



Elle tira nerveusement son col pour y insérer sa main, puis enfonça douloureusement ses ongles dans les cicatrices qui ornaient le haut de son dos.



S'il l'avait laissée tranquille, elle n'en serait pas là aujourd'hui.



Mais elle n'aurait pas rencontré Ace... Ni son équipage.



Elle lutta intérieurement quelques secondes avant de laisser retomber lentement sa main.



Mihawk était indirectement responsable de ses malheurs mais surtout de sa situation actuelle. Sa vie ne valait-elle pas toutes les tortures subies depuis qu'elle avait trouvé des gens pour qui elle comptait vraiment ? N'était-elle pas prête à se sacrifier pour eux ?



Elle soupira en se recroquevillant sur elle-même. Sa colère envers son oncle n'avait même plus lieu d'être car elle n'échangerait cela pour rien au monde.



Ses bras tenant ses genoux, elle resta prostrée un instant.



Garp avait fait allusion à la bêtise du Gouvernement Mondial de ne pas prendre son Fruit du Démon de type Logia au sérieux. Craignait-il réellement sa puissance ?



« Pense à ce que tu pourrais faire si tu la maîtrisais vraiment... »



Contrôler l'eau était une chose, mais la maîtriser en était une autre et bien que la nuance soit à peine perceptible, elle était bel et bien présente.



Il avait eu l'air de croire qu'elle aurait pu être redoutable si elle avait été du côté de la Marine. Cependant, son Fruit n'apparaissait qu'une fois tous les mille ans, s'il était précieux, il n'en restait pas moins étranger. Personne ne pouvait donc affirmer avec certitude de quoi elle pourrait être capable.



Était-ce pour la même raison que Mihawk avait voulu qu'elle s'entraîne ? Qu'avait-il à gagner dans cette histoire ? Savait-il ce qu'il faisait le jour où il l'a forcée à le manger ? Si c'était le cas et qu'il avait besoin d'elle pour son pouvoir, pourquoi l'avait-il laissée partir lors de leur rencontre fortuite sur East Blue ? Pourquoi menacer d'ébranler le monde dans le but de mettre la main sur elle si ce n'était pas pour le faire lui-même quand il avait eu l'occasion ?



— Au fait, petite...


Elle redressa vivement la tête vers le Vice-Amiral qui, au loin, avait fait demi-tour et lui faisait désormais un grand signe amical de la main avec un grand sourire.


— Je sais pas d'où tu le connais, ni comment tu sais que c'est aussi mon petit-fils, mais Ace va bien ! Si je jamais le croise, je lui passerai ton bonjour.


Elle manqua de s'étrangler avec sa propre salive, tandis que Garp s'éloignait déjà en riant. Mais où donc s'arrêtait la folie de cet homme ? Il venait d'assumer haut et fort être affilié à Portgas D. Ace en personne !


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Les mots de Garp hantaient encore l'esprit de Noriko, lorsque, le cœur lourd, elle rejoignit ses amis.



Un sourire se dessina cependant sur ses lèvres lorsqu'elle les aperçut, réunis autour de l'énorme piscine mise à leur disposition.



Le bassin – tellement immense qu'il pouvait accueillir l'intégralité de Galley-La Company – devait avoir été pensé pour les utilisateurs de Fruits du Démon car son sol était incliné. Il offrait ainsi un côté où l'eau permettait de s'asseoir sans risque, tandis que l'autre permettait à qui le voulait de nager sans toucher le fond.



La promesse du Vice-Amiral de ne pas être embêtés par la Marine avait vraisemblablement libéré l'équipage d'un poids car leurs visages affichaient un air apaisé. Après les combats qui avaient manqué de leur coûter la vie, ils profitaient enfin de leurs retrouvailles.



Prenant soin de ne pas s'aventurer trop loin, Robin était assise sur une marche dans l'eau, tandis que Sanji et Zoro, engloutis jusqu'à la taille, se battaient déjà à propos d'un ballon que l'un n'était pas fichu de d'envoyer correctement à l'autre. Nami, quant à elle, était en train de lui faire signe pour qu'elle se dépêche de la rejoindre à la table où elle sirotait une boisson fraîche.



Noriko regrettait presque de ne pas avoir attendu que son amie soit dans l'eau après s'être installée à ses côtés. La jeune femme aux cheveux roux lui parlait tellement vite qu'elle comprenait à peine ce qu'elle déblatérait.



Elle avait mis un escargophone près de Luffy et Kobby pour espionner leur conversation et avait ainsi appris que la Marine se déplaçait sur Calm Belt en enduisant la coque de leur navire de Granit Marin. Ce dernier ayant les mêmes propriétés que la mer, les monstres marins ne pouvaient donc pas les détecter. La Marine n'avais donc pas besoin de passer par Reverse Mountain et gagnait ainsi un temps précieux. Cette découverte ingénieuse était due aux scientifiques travaillant pour le Gouvernement Mondial. Le meilleur d'entre eux – un certain Vegapunk – était actuellement en train d'élucider certains mystères concernant les Fruits du Démon et le dernier en date concernait le fait d'en faire manger à des objets.



La navigatrice avait donné un mal de tête à Noriko en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire et tout ce qui passa dans l'esprit ce celle-ci fut l'épée de Spandam ayant la forme d'un éléphant géant.


— Et pour finir, Luffy a dit à Kobby que son équipage deviendrait plus fort et plus redoutable, conclut Nami en tapotant son mini-escargophone. Je pense qu'il ne devrait plus tarder, ils viennent de se dire au revoir.

La manieuse d'eau tentait encore d'assimiler les dernières informations données par son amie lorsque celle-ci, affichant un grand sourire, la prévint qu'elle allait se baigner.



Au même moment, Chopper fit enfin son apparition, complètement lessivé après tous les soins apportés à qui en avait besoin selon ses dires. Ayant à peine la force de répondre à l'interpellation enjouée de Noriko, il traina des pattes tout en laissant tomber son sac au sol et s'approcha d'un pas déterminé vers le bord de la piscine. Sa fatigue était telle que lorsqu'il voulut se baigner pour se rafraîchir, il se laissa simplement tomber à l'eau sans vérifier s'il avait pieds et Sanji dut le récupérer en urgence pour ne pas qu'il se noie.



Lorsque ce dernier se redressa, le renne dans ses bras, il afficha un sourire soulagé et le félicita pour tout ce qu'il avait accompli avant de gentiment le rappeler à l'ordre quant à son inconscience.



Ce fut bien évidemment à ce moment-là qu'un grand cri de joie – suivi d'un bruit d'immersion accompagné d'une vague géante – résonna dans les airs. Luffy les avait finalement rejoints et venait à son tour de se jeter à l'eau, sans penser à vérifier de quel côté du bassin il devait aller.



Cette fois, ce fut Zoro qui le repêcha, qui, contrairement au cuisinier, ne mâcha pas ces mots pour parler de la stupidité du capitaine.



Noriko ne put s'empêcher de rire face à ce spectacle. Ses amis avaient vraiment le don de l'empêcher de cogiter trop longtemps.



Une voix familière la fit faire volte-face et elle se retint de sauter de joie lorsqu'elle aperçut Ussop affublé de son masque se précipiter dans l'eau.



Si Luffy et Chopper étaient heureux de retrouver Sniperking, le reste de la bande se garda bien de faire la moindre remarque pour ne pas gâcher les retrouvailles.



L'équipage fut ensuite rejoint par les membres de la Galley-La Company ; la Franky Family avec les deux King Bulls ; Kokoro et sa famille, accompagnés de Yokozuna ; les géants qui s'étaient liés d'amitié avec tout le monde et même Franky et Icebarg finirent par se montrer.



Si certains se remettaient encore de leurs blessures, aucun d'entre eux n'esquissa le moindre signe de faiblesse et tous furent en joie de ce rassemblement improvisé.



Voulant elle aussi profiter de cette parenthèse de bonheur qui leur était offerte, Noriko se leva pour tous les rejoindre.



En temps normal, elle aurait imité Robin quant à sa prudence de ne pas trop s'immerger dans l'eau – surtout qu'avec ou sans Fruit, elle ne savait pas nager – mais aujourd'hui, l'heure était à la joie et elle avait besoin de se décharger de toute contrariété.



Elle se mit donc à courir et, sous les hurlements de protestation des nageurs ainsi que les rires et encouragements des détenteurs de Fruits du Démon, elle sauta toute habillée dans la partie la plus profonde de la piscine en poussant un grand cri victorieux.

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