Noriko
Fermement maintenue par Franky qui nageait aussi vite que possible, Noriko cracha l'eau avalée. À ses côtés, se trouvaient Nami et Robin, également portées par le cyborg.
— On s'accroche les filles !
Une torpille folle furieuse qui n'était autre que Sanji les suivait de près.
— Reviens ici enfoiré, c'était à moi de sauver les demoiselles en détresse !
Les trois jeunes femmes furent éjectées sans le moindre ménagement à bord du Merry et Robin fit apparaitre des bras pour les rattraper en douceur.
Le cuisinier émergea près d'elle à toute vitesse et s'assura qu'elles n'avaient rien avant de s'insurger contre le cyborg qui montait à son tour pour son manque de délicatesse à leur égard.
De l'autre côté de la rambarde, Gonbe fit son apparition en miaulant de bonheur. Si Noriko crut qu'il flottait dans les airs, elle se rendit vite compte qu'il était perché sur la tête de Chimney, elle-même perchée sur les épaules de Zoro qui, sous son bras, tenait toujours Chopper à demi-inconscient.
Une fois ce dernier au sol, le cyborg posa son pied sur la fourrure qui ornait son poitrail pour faire sortir toute l'eau ingurgitée tandis que le bretteur tentait vainement de faire descendre la petite fille qui se tortillait dans tous les sens en réclamant de recommencer le tour de manège qu'ils venaient tous de faire.
Ussop, qui grimpait à son tour, fut finalement aidé par Sanji qui le fit tomber sur le pont sans réellement se soucier d'être tendre, ce qui ne manqua pas de provoquer une dispute entre eux deux.
Cependant, ayant plus urgent à faire, le cuisinier s'éloigna pour faire le tour du Merry et le tireur d'élite s'empressa de remettre son masque pour reprendre son rôle de Sniperking lorsque Luffy fit son apparition, posé sur l'épaule de Kokoro.
— J'ai récupéré la dernière enclume, s'amusa-t-elle en faisant allusion aux utilisateurs des Fruits du Démon avant de jeter le capitaine sur le pont.
— Avis à tous les cuirassés : diriger vos canons vers le navire des Chapeaux de Paille, mais ne le coulez pas, Nico Robin doit rester en vie !
Noriko enfonça son pouce et son index dans ses yeux après la nouvelle annonce.
— On dirait qu'on risque rien si j'ai bien compris : s'ils nous tirent dessus, ils nous coule tous.
— Ils ne doivent plus savoir où donner de la tête, rétorqua Zoro, tourner les canons prendra quelques secondes, il faut en profiter pour dégager et...
— LES AMIIIIIIIIIIS !! hurla la voix de Luffy alors qu'il était allongé sur le sol. Je peux toujours pas bouger mais je suis bien content de tous vous voir en un seul morceau ! On a même récupéré Robin, elle est des nôtres et le sera toujours !
— Oui, souffla cette dernière avec les larmes aux yeux, merci... Merci à tous.
—Gardez ces niaiseries pour quand on se sera tirés d'ici, reprit Zoro en râlant plus fort, il faut qu'on bouge et...
— Comment oses-tu interrompre un moment comme celui-là, maudit bretteur !? s'indigna Sanji en tenant de le frapper. Tu n'as donc aucun cœur ?
Chopper se jeta également sur lui pour lui mordre le mollet.
— Oui, tu n'as donc aucun cœur ? répéta-t-il.
Une veine apparut sur le front du jeune homme aux cheveux verts qui était sur le point de les envoyer valser avant de se raviser lorsqu'il regarda le jeune médecin avec un grand sourire.
— Chopper ! Tu peux bouger !
Le petit renne s'extasia face à cette nouvelle et hurla de joie en retrouvant la sensation perdue de son corps sous les cris d'extase de ses amis. Il prit soudainement sa forme Heavy Point et attrapa les jambes de Zoro avant de le mettre au sol et de l'écraser.
— Maintenant, excuse-toi auprès de Robin !
— Mais il faut qu'on parte, insista Zoro en suffoquant douloureusement bien que plus personne ne l'écoutait.
— Je n'ai trouvé personne à bord, expliqua le cuisinier en tentant d'allumer une cigarette mouillée.
Gêné, il la tendit à Noriko avec un regard désespéré et la remercia vivement lorsque cette dernière la recouvra de son eau pour ensuite mieux la sécher.
— Je comprends pas comment le Merry a pu arriver là tout seul, reprit-il en aspirant de la fumée.
— Moi ce que je comprends pas, c'est comment il peut encore tenir sur les flots, rétorqua Franky je l'ai pourtant vu partir à la dérive quand il s'est fait emporter par l'Aqua Laguna.
Il s'approcha du mât et posa sa main dessus avant de se racler la gorge.
— J'arrive pas à y croire, vu son état, il devrait déjà être au fond de l'eau.
— On verra ça plus tard, vociféra Zoro qui se redressait avec peine, faudrait d'abord penser à se tirer d'ici. Vous voulez peut-être crever ici, mais pas moi. Nami ! Donne-nous les instructions.
Cette dernière s'arracha à la contemplation de Robin qu'elle tenait serrée contre elle avec un sourire béat et reprit son sérieux avant de se regarder de part et d'autre la mer qui les encerclait.
— Oui, il est temps de mettre les voiles ! Tout le monde à son poste ! Chopper, à la barre ; Uss... Sniperking, rectifia-t-elle avec rage en le voyant agiter ses bras pour lui dire de se taire, occupe-toi des voiles ; tous les autres, vous repoussez les éventuelles attaques et toi Franky, prépare-toi à faire ton truc.
— Quel truc ?
— Ce qui t'a servi à assommer Chopper !
— QUOI !? s'étrangla ce dernier.
Le cyborg passa devant lui pour se diriger vers la poupe du Merry.
— Crois-moi petit renne, t'as pas envie de savoir.
— Je veux vous aider aussi ! hurla Luffy.
— Aide-nous en restant où tu es, ordonna la navigatrice tout en scrutant l'horizon ainsi que la direction des vents à l'aide d'un petit appareil, et surtout en tenant ta langue, j'ai besoin de me concentrer pour trouver le bon cap.
Luffy bougonna dans son coin tandis que tout le monde s'afférait à suivre les ordres de la rouquine.
— Ok, poulette, je suis en place, héla Franky de l'autre bout du navire en levant son pouce, j'attends ton signal.
— Je m'appelle Nami ! rugit-elle en guise de réponse.
Au-dessus de leurs têtes, les cuirassés venaient enfin d'ajuster leurs canons.
— Ils vont tirer, prévint Noriko en ouvrant ses paumes de mains au moment où Robin croisait les siennes devant elle.
— T'as dit qu'ils le feraient pas ! hurla Ussop en donnant une tape dans l'épaule de la jeune femme aux cheveux blancs comme si c'était de sa faute.
— T'avais pas des voiles à gérer, toi !? s'emporta-t-elle en brandissant un poing menaçant vers lui. J'ai dit qu'ils nous couleraient s'ils touchaient ! Rien ne les empêche de tirer à côté pour nous faire chavirer ou bien détruire notre mât, tant que Robin est vivante, ils se moquent bien du reste !
— Quand on sait pas, on parle pas !
— Mais je vais te me le...
— Ce que vous pouvez être soulants, les interrompit Zoro en dégainant ses sabres, suffit de détourner les boulets.
Une secousse fit violemment tanguer le Merry, obligeant l'équipage à s'accrocher fermement à ce qu'il pouvait.
Imperturbable, seul Sanji ne bougea pas et en profita pour s'allumer une nouvelle cigarette.
— Eh voilà, annonça-t-il, encore mieux que prévu.
Autour d'eux, les cuirassés s'entrechoquèrent, créant une grande confusion au sein de la Marine et rapidement, des tourbillons apparurent de part et d'autre dans la mer, faisant résonner de grands cris de terreur de la part de leurs ennemis.
— C'est toi qui a fait ça ? demanda Zoro avec de grands yeux.
— Se battre avec nos tripes risquaient de pas suffire avec eux, expliqua le cuisinier en expirant lentement sa fumée, alors j'ai refermé la Porte de la Justice pour remettre les tourbillons en place. Il m'a fallu du temps, mais j'ai fini par trouver le levier dans le troisième pilier et vu qu'ils l'ont détruit, ils ne pourront plus rien faire. Fallait juste patienter avant que la porte ne se décide à bouger.
La fumée opaque causée par le Buster Call les avait empêchés de s'en rendre compte, mais maintenant qu'elle se dégageait, les Chapeaux de Paille aperçurent distinctement la Porte de la Justice, bel et bien refermée.
— Sanji, s'émerveilla Noriko, tu es un véritable génie, tout comme la fois où tu avais endommagé l'arche Maxim d'Ener pour...
— Ne mentionne plus jamais s ce fou furieux en ma présence, trancha soudainement le cuisinier avec hargne.
La manieuse d'eau déglutit, sans réellement comprendre ce qu'elle avait dit de mal avant de songer au fait qu'il avait failli y passer à cause des pouvoirs du prétendu Dieu.
Son ami fit soudain une pirouette sur lui-même et fonça vers elle avant de s'agenouiller à ses pieds. Sans prévenir, il la serra contre lui et se mit à pleurnicher.
— Il avait décidé de t'épouser et je voulais t'épouser avant lui d'abord, alors non, je refuse qu'on parle de lui, gémit-il comme un enfant à qui on aurait arraché son jouet préféré. Nori-jolie, ton compliment me fait chaud au cœur !
Noriko lui tapota le crâne avec un sourire compatissant, choisissant ainsi de s'amuser de la situation qu'elle trouvait mignonne tandis que Zoro le regardait avec dégoût.
— Il est ravagé du système, c'est pas possible...
— Sanji, t'es trop fort ! hurla fièrement Ussop en ajustant une voile. Il n'y avait que toi pour avoir une telle idée !
— N'espère pas un câlin parce que tu me complimentes ! aboya le cuistot en le pointant d'un doigt menaçant après s'être levé d'un seul bond.
— Vous réjouissez pas trop vite, reprit le bretteur, on risque d'être aspirés, nous aussi.
Le menteur invétéré se claqua les mains sur les joues en prenant compte sa remarque et hurla.
— C'est pas vrai ! T'as raison, on va mourir !
— Mais taisez-vous ! s'indigna Nami qui s'affairait dans tous les sens. Il n'existe aucune mer qu'on ne puisse pas affronter, il faut juste tenir bon le temps que je trouve une route.
Des coups de canon se firent entendre et aussitôt, l'équipe défensive s'activa.
Noriko envoyait des torrents d'eau pour les faire dévier ou moins ralentir leur course, ce qui permettait à Robin de créer des filets de sécurité et empêcher ainsi des dégâts considérables sur le Merry. Zoro les repoussait à l'aide de ses sabres quand il ne te contentait pas de les trancher tandis que Sanji les dégageait avec la seule force de ses jambes.
— S'ils tirent tous en même temps, ils nous couleront à coup sûr, remarqua le bretteur en reprenant son souffle. Ce qui veut dire qu'ils feront feu chacun leur tour et que ça laissera le temps au précédent de recharger en attendant. On n'aura aucun répit, ce sera long, mais il faudra tenir la cadence.
— MAIS ENFIN, QUELQU'UN VEUT BIEN M'EXPLIQUER CE QUI SE PASSE !?
Noriko, Sanji, Zoro, Robin et Ussop, baissèrent la tête en même temps.
À leurs pieds, s'aidant de son menton qu'il planta dans le sol pour trainer son corps, Luffy rampait désespérément.
— C'est moi le capitaine et je veux participer !
— Puisque tu y tiens.
Zoro l'attrapa par les poignets et incita Sanji à en faire de même avec ses chevilles. Tirant chacun de leur côté, ils étendirent Luffy tel un drapeau immense en se positionnant de part et d'autre du navire. Ils récupérèrent ainsi tous les boulets de canon qui pleuvaient sur eux en se servant de leur capitaine comme d'un bouclier avant de faire jouer l'élasticité caoutchouteuse du jeune homme et de renvoyer les projectiles à leurs expéditeurs avec une force phénoménale.
— MAIS VOUS ÊTES COMPLÈTEMENT TARÉS, MA PAROLE !! cria Ussop qui avait assisté à toute la scène tandis que les deux complices lui présentaient leurs majeurs et index levés pour le remercier et que Luffy riait aux éclats.
— C'est bon, je sais comment nous tirer de là ! rugit Nami. Chopper, barre à tribords !
Obéissant au geste du jeune médecin, le Vogue Merry s'engagea sur le côté d'un tourbillon et fut projeté sur un courant qu'il suivit à grande vitesse. De justesse, il se faufila entre deux cuirassés qui se cognèrent l'un contre l'autre et se retrouva enfin hors de la ligne de mire des canons.
— JE TE RETROUVERAI, NICO ROBIN !!
Les Chapeaux de Paille dévisagèrent leur amie qui s'était mise à trembler. Tous avaient parfaitement reconnu la voix de Spandam qui résonnait dans le ciel – le chef du CP9 s'étant certainement emparé d'un des mégaphones d'un cuirassé pour transmettre son message.
— Cette raclure est toujours en vie, marmonna Sanji en serrant des dents.
— TU AURAS BEAU T'ENFUIR À L'AUTRE BOUT DU MONDE, JE TE TRAQUERAI JUSQU'À CE QUE TA MORT OU LA MIENNE S'EN SUIVE !
— Noriko, héla Robin en croisant ses bras, peux-tu faire apparaitre de la pluie ?
La manieuse d'eau ne comprit pas tout de suite, mais finit par hocher la tête en tendant les paumes de ses mains afin de faire apparaître des gouttes d'eau qu'elle envoya dans le ciel. Lorsqu'elles furent en place, elle écarta ses doigts et les fit toutes grossir jusqu'à leur faire atteindre la taille d'une orange.
— Je ne tiendrai pas longtemps, prévint-elle en contrôlant difficilement le tremblement de ses bras.
— Quelques secondes me suffiront, rétorqua l'archéologue.
Elle inspira longuement et fit apparaître des centaines d'yeux sur chacune des bulles d'eau avant de les tourner dans tous les sens à la recherche de son bourreau.
— Robin ! pressa Nami en tentant de faire maintenir le cap au Vogue Merry. Il faut qu'on parte !
Leur amie serra des dents et ferma plus fortement ses yeux. L'eau de Noriko n'était pas suffisamment dense pour soutenir les membres apparus et le liquide s'infiltrait sous les paupières de ces derniers, ce qui devait s'avérer douloureux pour l'archéologue.
Dans le ciel, la voix de Spandam résonnait toujours, promettant à Robin les pires tortures possibles et lui jurant que son équipage y passerait aussi pour avoir osé défier le monde.
— Les loulous, rugit Franky qui avait ses deux avant-bras gonflés au point de risquer d'exploser à tout moment, je vais pas tenir plus longtemps !
— Je le vois, indiqua Robin d'une voix calme.
Au moment où elle ouvrit les yeux, Noriko tituba en faisant évaporer sa dernière attaque et la voix de Spandam qui tonnait toujours dans les airs fut brusquement transformée en de terribles halètements de douleur. Des voix de soldats qui devaient se tenir à côté de lui se joignirent à la sienne et de ce que les Chapeaux de Paille comprirent de leurs cris de panique, le dos de Spandam était en train de se plier à l'envers à cause de bras qui tentaient de faire toucher l'arrière de sa nuque contre son bassin.
Le bras de Robin se mit à saigner sans qu'elle ne cille, signe qu'un de ses ennemis tentait certainement de lui faire lâcher prise.
Elle inspira et, sans prévenir, resserra ses poings avec force.
Le mégaphone se tenant toujours près de Spandam, un horrible craquement sec d'os brisé retentit à travers le ciel, suivi d'un long silence.
Sans plus attendre, Nami profita de cette stupeur générale pour donner le signal à Franky qui, en retour, hurla à tous de s'accrocher.
L'instant d'après, le Vogue Merry décollait de la mer avant de fuser vers le ciel en emportant tout l'équipage avec lui.
Les Chapeaux de Paille se relevèrent tous péniblement après l'énorme secousse causée par l'amerrissage de leur navire. Autour d'eux, le champ de bataille d'Enies Lobby avait disparu, tout comme les cuirassés ainsi que le gouffre sans fin, et le ciel bleu accompagné d'une mer calme s'étendait désormais à perte de vue.
Le Vogue Merry avait filé à une vitesse phénoménale grâce à l'intervention du cyborg et la Marine n'avait pas pu les suivre. Manœuvrer des cuirassés de plusieurs tonnes parmi les tourbillons géants qui repoussaient n'importe quel navire était perdu d'avance, sans compter qu'Ussop avait lancé une dizaine de fumigènes derrière eux afin de masquer leur trajectoire.
Tous étaient désormais hors de danger.
— La coque a sacrément morflé, remarqua Franky en regardant par-dessus la rambarde pour observer l'extérieur de ce dernier, pardonne-moi Merry, je voulais pas te faire de mal.
— Faut pas le prendre pour le premier venu, le rassura Ussop, il est déjà monté à plus de dix mille mètres d'altitude le bougre !
Franky lui posa une main sur l'épaule, sans préciser si c'était pour lui signaler son accord ou le fait qu'il se voilait la face, puis se tourna vers Luffy qui peinait à tenir debout en s'appuyant sur Noriko.
— Brûler le drapeau risquer de vous coûter très cher, ce que vous avez fait est de la pure folie.
— Faut pas en faire un plat, on s'est contentés de délivrer une amie prisonnière, c'est tout, marmonna le capitaine avant de lui faire un immense sourire dont lui seul avait le secret. D'ailleurs, merci à toi de nous avoir aidés !
Les joues de Franky s'empourprèrent légèrement lorsqu'il détourna le regard en se grattant l'arrière de la tête.
— Oh tu sais, pour moi c'est une promenade de santé, rien de bien glorieux.
— En tout cas, s'enthousiasma le capitaine en s'éloignant de Noriko pour marcher seul, ce combat, c'est nous qui l'avons remporté, pas vrai les gars !?
Tous hurlèrent en même temps pour manifester leur joie d'être de nouveau réunis et loin de leurs ennemis tandis que Robin pleurait silencieusement en les remerciant chaleureusement de ne pas l'avoir abandonnée.
Chacun d'entre eux était épuisé, à bout de forces, les jambes ou les bras tremblants à cause des intenses efforts qu'ils avaient demandé à leurs muscles, sollicités plus que de raison. Couverts des séquelles de leur bataille, leurs vêtements étaient déchirés par endroit, tandis que des plaies saignaient et que des bleus et bosses commençaient lentement à apparaître.
Appuyée contre le mât principal en se tenant les côtes, Noriko fit apparaitre de l'eau pour sécher ses compagnons et leur permettre de nettoyer le surplus de sang tandis que Chopper s'afférait péniblement à les soigner grâce à son matériel qu'il conservait toujours dans son sac.
De son côté, Luffy entreprit de fouiller le navire à la recherche d'Ussop, persuadé de l'avoir vu sur le Pont de l'Hésitation.
Sanji avisa le menteur invétéré qui se cachait toujours sous le masque de Sniperking et lui donna un coup de coude.
— Tu te rends compte que c'est toi qu'il cherche ?
— Ne t'en fais pas, brave Luffy, répondit le menteur invétéré comme s'il n'était pas concerné, il m'a dit de te dire qu'il allait bien et qu'il était reparti en chaloupe !
Si le Chapeau de Paille fut rassuré par ce propos, il n'en fut rien pour le cuisinier qui tenta d'étrangler son ami masqué, uniquement arrêté par l'intervention de Nami qui leur donna un coup de poing à chacun.
— Commencez pas, vous deux !
— J'aimerais bien savoir qui a amené le Merry ici, interrompit Zoro. Je suis pas fou, j'ai entendu une voix nous appeler.
— Je crois qu'on l'a tous entendue, précisa Noriko.
— Vous êtes vraiment nuls, c'était justement la voix de Merry ! se moqua Luffy qui avait regagné son emplacement favori sur la tête de proue. Pas vrai, Merry ? Allez, dit quelque chose !
Tandis qu'il caressait le bois du navire pour l'encourager, Nami poussa un soupir de lassitude.
— Un bateau ne parle pas, voyons.
— Pourtant, j'ai eu cette impression aussi, assura Sanji en s'allumant une cigarette, même je sais bien que c'est impossible.
Ussop resta inhabituellement silencieux tout en cherchant Franky du regard et bien que de manière très subtile, ce dernier hocha la tête en croisant ses bras.
— Ce que vous avez entendu, c'est le Klabautermann, expliqua le cyborg tandis que tous rivèrent de grands yeux vers lui, c'est l'esprit même de votre bateau. Selon la légende, il apparaît quand on prend bien soin de lui. Je l'ai déjà expliqué à votre ami long-pif mais il a dit que vous ne l'aviez pas cru la fois où il l'avait vu. Un spectre qui a réparé votre navire quand vous visitiez les îles célestes, ça vous parle ?
Les regards se tournèrent vers Ussop, qui, sous les traits de Sniperking, demeurait imperturbable.
Noriko caressa le mât du bout des doigts.
Leur ami n'avait donc pas menti ce soir-là lorsqu'il avait prétexté avoir vu une silhouette vêtue d'un manteau de marin avec un petit marteau de bois en main. Même si ce n'était qu'une légende, elle avait désormais la preuve qu'elle était vraie.
Elle se promit à elle-même de s'excuser auprès de lui car elle n'aurait pas dû mettre sa parole en doute. Après tout, ce qui se passait sur Grand Line était tout bonnement extraordinaire donc elle pouvait très bien y ajouter la présence d'un esprit secourable, qui plus est celui de leur navire – sans compter qu'elle avait clairement entendu sa voix dans sa tête.
L'esprit de Noriko s'éclaira. Elle avait enfin son explication quant au fait que le navire avait retrouvé son apparence d'antan après les améliorations de Montblanc Cricket et que personne d'autre qu'eux ne se trouvait à bord en ce moment même.
— Il est vraiment venu nous sauver, souffla-t-elle timidement en se tournant vers Franky.
— C'est une légende, répéta ce dernier en haussant les épaules. Moi, j'y crois mais libre à vous d'en faire de même ou non.
Un silence s'abattit, rapidement brisé par des cris de joies qui résonnèrent en écho.
— Navire en vue, indiqua Zoro en pointant l'horizon du doigt.
— C'est papi Glaçon ! hurla Luffy lorsque que le maire de Water Seven fut à portée de vue.
Le navire sur lequel Icebarg se trouvait était si énorme qu'il avait pu amener tous les charpentiers de la Galley-La Company. Tous leur faisaient de grands signes en souriant, rassurés de les savoir sains et saufs.
Cependant, les Chapeaux de Paille n'eurent pas le temps d'exprimer leur joie : ils tanguèrent et perdirent l'équilibre lorsqu'un bruit effroyable de craquement retentit. La proue du Vogue Merry venait de s'effondrer vers l'avant, brisant la coque en deux.
Sans attendre et après avoir été éjecté de son emplacement de fortune, Luffy se précipita vers Icebarg et ses hommes avant de s'agenouiller et de s'incliner.
— Faites quelque chose, je vous en prie ! C'est notre compagnon de voyage, il nous a transportés jusqu'ici et il vient encore de nous sauver !
Une autre secousse fit trembler le pont. Nami poussa un cri de terreur lorsqu'elle tomba à travers le plancher, retenue de justesse par les bras de Robin, et Sanji sauta sur le côté pour éviter un bout de vergue qui céda sous son propre poids.
Le calme revenu, le patron de l'entreprise de constructions navales baissa la tête en soupirant.
— Laisse-le partir en paix. J'ai déjà fait tout ce qui était en mon pouvoir pour lui.
Le Chapeau de Paille déglutit si fort que son équipage l'entendit clairement.
— Je l'ai retrouvé en triste état après qu'il se soit fait emporté par l'Aqua Laguna, raconta Icebarg, il m'a demandé de l'aider à reprendre la mer pour pouvoir vous retrouver ; il m'a supplié de l'aider à naviguer une dernière fois, alors... j'ai accepté. Une vague l'a emporté hors de ma vue et je dois avouer que je ne pensais pas qu'il tiendrait jusque-là.
— Tu... Il t'a... demandé ? balbutia Luffy qui luttait contre un sanglot.
— Votre ami est condamné, répondit le maire avec autant de délicatesse que possible, et il le sait très bien. Je savais qu'il ne pourrait pas vous ramener jusqu'à Water Seven alors je suis venu à votre rencontre.
— Je croyais que l'Aqua Laguna empêchait quiconque de naviguer, releva Sanji en expirant de la fumée d'une cigarette fraîchement allumée.
— C'est le cas. Mais après tout ce que vous aviez fait pour moi, je ne pouvais pas vous laisser tomber. Mes hommes ont tenté de m'en empêcher et comme je n'ai rien lâché, ils ont décidé de m'accompagner.
— Je te reconnais bien là, bougonna Franky.
Icebarg lui esquissa un petit sourire en coin après cette remarque, mais reprit son sérieux en s'adressant à Luffy.
— J'ai devant moi un véritable miracle, celui d'un navire qui a surpassé ses limites depuis très longtemps, trop longtemps. De toute ma carrière, je n'ai jamais vu un bateau de pirate aussi fabuleux, il a un destin hors du commun.
Les Chapeaux de Paille détournèrent le regard, comprenant où le charpentier voulait en venir, bien qu'aucun d'entre eux n'ose le dire à voix haute.
— Il est temps de lui dire au revoir, conclut le maire à leur place.
— Je comprends, trancha Luffy en se relevant lentement avant de réajuster son chapeau, je vais faire ce qu'il faut.
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— Tout le monde est prêt ?
Debout à bord d'une petite embarcation et entourée de ses compagnons, Noriko les imita en hochant la tête de haut en bas en direction de leur capitaine.
Un peu plus loin, seul à bord d'une autre barque, ce dernier se trouvait collé au Merry, une torche enflammée en main.
Tous faisaient face à celui qui avait été leur compagnon de route depuis East Blue, retenant leur souffle et restant respectueusement silencieux.
Derrière eux, sur le pont de leur navire, Icebarg et ses hommes demeuraient en retrait en observant la scène, accompagnés de Kokoro, Chimney et Gonbe qu'ils avaient fait monter à bord.
Seul Franky se trouvait parmi les Chapeaux de Paille, Luffy ayant insisté sur ce point.
— On reste avec toi jusqu'au bout, souffla le jeune pirate en approchant la torche de la coque du Vogue Merry. C'est peut-être mieux qu'Ussop soit pas là, je crois pas qu'il aurait supporté ça.
— T'en dis quoi toi ? demanda Zoro.
Il n'eut pas besoin de tourner la tête vers la personne concernée pour que cette dernière lui réponde.
— Qu'il n'en est rien, lâcha Ussop avec douceur, toujours masqué et faisant allusion à lui-même. Quand vient l'heure des adieux, les hommes doivent se montrer dignes. Il n'aurait pas versé une larme. Il le savait, il s'y était préparé.
Les bras croisés sur sa poitrine, il prit une longue inspiration pour garder le contrôle de sa voix.
— Au fond de lui, il le savait... Il refusait seulement de l'admettre. Il ne pouvait pas l'abandonner.
Les yeux rivés face à elle, Noriko pinça ses lèvres pour s'empêcher de céder à la tristesse de ces propos.
La flamme toucha la coque et rapidement, le feu dévora l'intérieur du navire avant de remonter vers le pont pour ensuite s'attaquer au mât ainsi qu'aux voiles et enfin à sa totalité, brûlant chaque parcelle de celui qui les avait sauvés d'une mort certaine.
Le cœur battant à tout rompre, le menton de la manieuse d'eau se mit à trembler. Une fois encore, ce qui avait été son foyer partait en fumée. Si elle avait fait son deuil du premier, elle savait que cela s'avèrerait tout aussi difficile pour la perte du deuxième et qu'elle ne s'en remettrait pas de sitôt.
Le Vogue Merry l'avait vue dans tous ses états, que ce soit triste, en colère, fatiguée, agacée, blessée, et surtout, heureuse. Il avait été là, l'observant silencieusement dans chacun de ses gestes, chacune de ses paroles, la soutenant sans jamais intervenir. Elle se maudissait de ne s'en rendre compte que maintenant. Elle savait qu'elle avait fait de son mieux pour prendre soin de lui, le nettoyant de fond en comble dès qu'elle en avait l'occasion ou en le remerciant inconsciemment de la protéger des intempéries ; cependant, elle aurait aimé pouvoir le lui dire de vive voix. Elle aurait aimé pouvoir lui répondre lorsqu'il s'était immiscé dans sa tête.
La voile principale était désormais réduite à l'état de cendre et au même moment, Nami enfouit son visage dans ses mains pour tenter de garder le contrôle de ses émotions.
Impuissants, l'équipage vit leur capitaine revenir lentement vers eux, porté par le dernier élan qu'il avait pris juste après avoir embrasé le navire, tout en continuant de lui faire face.
— Tu nous auras transportés pendant un sacré bout de temps, assura-t-il malgré la peine qui se dégageait de sa voix, merci à toi Merry.
Le mât craqua dans un bruit assourdissant avant de tomber et de sombrer dans l'océan en emportant une partie du pont avec lui.
Noriko essuyait les larmes qui inondaient ses joues lorsqu'une voix douce et angélique retentit.
— Pardon.
Elle ouvrit de grands yeux en laissant échapper un petit hoquet de stupeur silencieux. Cette fois, la voix ne résonnait pas dans sa tête, mais dans le ciel.
— J'aurais voulu vous emmener bien plus loin. Pardon... J'aurais tant aimé poursuivre l'aventure à vos côtés, mais je...
— ARRÊTE, C'EST NOUS QUI SOMMES DÉSOLÉS MERRY !
Luffy avait hurlé, sa voix transcendée par une tristesse mélangée à de la rage.
— J'ai été nul comme barreur : je t'ai fait heurter des rochers, je t'ai arraché ton mât et j'ai déchiré ta voile !
Le capitaine reprit son souffle malgré sa respiration saccadée par d'innombrables sanglots. Il renifla bruyamment et s'agenouilla pour s'incliner.
— Zoro et Sanji n'ont pas fait mieux, comme tous les autres ! On t'a tous fait morfler d'une manière ou d'une autre ! Ussop te retapait à chaque fois même s'il était pas doué ! Il faisait tout pour t'assurer une longue vie, il faisait tout pour que tu restes au meilleur de ta forme ! C'est à nous de nous excuser !
Ne tenant plus, Luffy éclata en sanglots sans pouvoir s'arrêter ; Nami s'effondra à genoux ; le masque d'Ussop se trempa à cause de ses pleurs ; les poings de Robin se serrèrent si fort que ses jointures devinrent blanches ; Chopper hurla de désespoir ; les paupières de Zoro cessèrent de cligner, tant le point qu'il fixait était perdu dans le vague ; le visage de Noriko s'inonda instantanément de larmes qui se mélangèrent au sang qui s'échappait de sa lèvre inférieure qu'elle mordait ; Franky ajusta ses lunettes de soleil pour mieux cacher ses yeux humides et Sanji écrasa une cigarette neuve entre ses doigts sans avoir eu la force de l'allumer.
— Mais non, reprit la jolie voix, j'ai été ravi de voyager avec vous ! Vous avez toujours pris soin de moi et je ne vous remercierai jamais assez. Ma vie entière n'aura été qu'un immense bonheur, et cela grâce à vous, mes amis !
Pleurant à chaudes larmes, les Chapeaux de Paille assistèrent au dernier souffle de celui qu'ils considèreraient toujours comme l'un des leurs. La voix se tut ensuite ; c'était fini.
Par-dessus le brasier, ce fut celle de Luffy qui transperça le ciel, hurlant une dernière fois le nom de leur ami désormais perdu pour toujours : Merry.