Noriko

Chapitre 91 : Marineford (4)

9274 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 24/07/2026 17:38

    Une explosion fit tourner la tête de Noriko et ses yeux se posèrent sur Barbe Blanche. Une main sur son cœur, il avait un genou à terre et crachait du sang.


    — Père ! hurla Marco.


    Le capitaine en second atterrit près de l’Empereur en reprenant forme humaine. Kizaru, qui le combattait jusque-là, pointa un doigt vers lui.


    — La victoire, mon cher, se joue dans de brefs moments d’inattention.


    Le commandant rugit de douleur quand il s’écroula sous les coups du laser qui transperça son torse.


    Noriko se retint d’aller l’aider. Un phénix renaissait toujours de ses cendres, la douleur ne durerait pas longtemps.


    Par réflexe, Joz détourna son regard d’Aokiji pour aviser l’état de son camarade.


    — Grosse erreur, avertit l’Amiral.


    La manieuse d’eau frissonna lorsqu’un courant d’air glacial souffla sur la Grande Place. Un énorme bloc de glace apparut sur les dalles. Sans attendre, une dizaine de pirates fonça pour libérer la silhouette de Joz prisonnière à l’intérieur.


    Elle déglutit, puis aperçut Aokiji tourner ses attaques vers Luffy, Jinbe et Ivankov.


    Au même moment, Akainu abattait un poing de lave au milieu du thorax de Barbe Blanche.


    Concentre-toi. Ils sont forts, ils n’ont pas besoin de toi !


    Le cœur lourd, elle reprit sa course.


    L’échafaud était tout près désormais. Elle pouvait apercevoir les traits d’Ace défigurés par l’horreur et la culpabilité.


    Elle gonfla ses poumons d’air.


    — AAAACE !


    Il braqua son regard vers elle et se décomposa. Ses bras furent violemment tirés en arrière lorsqu’il força sur ses menottes.


    — NORIKO !


    Tremblante d’espoir en entendant le son de sa voix, la manieuse d’eau s’élança sans attendre, se frayant un chemin parmi les Marines et les pirates qui entravaient sa route. Sans ralentir, elle balayait les uns de vagues et écartait plus délicatement les autres.


    Des sanglots entravaient sa gorge et rendaient sa respiration difficile, son souffle était court et ses muscles menaçaient de la lâcher à chaque pas. Pour autant, elle ne s’arrêta pas pour achever ses ennemis, se contentant d’esquiver leurs attaques avec une agilité déconcertante.


    Rien ne m’empêchera de te rejoindre, Ace !


    Le cri de Luffy glaça son sang dans ses veines. Doté d’un surplus d’énergie qu’elle ne put expliquer, son capitaine fonçait droit vers l’échafaud à toute vitesse, cerné par Jinbe et Ivankov.


    Elle retint son souffle lorsqu’elle reconnut la silhouette se poster devant eux. Kobby. Celui qu’elle avait aperçu à Enies Lobby. Le garçon que Luffy avait sauvé à ses débuts dans le monde de la piraterie et qui était devenu son ami. Le garçon qui avait rejoint la Marine et qui était formé par Garp.


    Elle pinça les lèvres lorsque son capitaine le dégagea d’un coup de poing.


    — Il ne s’arrêtera pas non plus, souffla-t-elle avec espoir.


    Des Pacifistas entravèrent la route du Chapeau de Paille, mais Hancock le couvrit en se plaçant devant eux. D’un coup de pied agile, elle les transforma en pierre avant de les laisser chuter et se briser en morceaux.


    Un nuage de fumée barra la route de Noriko et lui fonça dessus. Elle l’évita de justesse, puis roula au sol avant de se réceptionner sur ses pieds. Elle esquiva un coup de sabre qui surgit de nulle part, puis lança une bulle pour faire reculer son assaillante.


    Déterminée, la Capitaine qui lui faisait face l’attaqua de nouveau.


    — Reste en arrière, Tashigi !


    Smoker se matérialisa entre deux soldats qu’il poussa hors de son chemin. Il fit décoller son poing qui fonça vers la manieuse d’eau en laissant une traînée de fumée sur son passage.


    Noriko fit instantanément de même vers la Marine qui lâcha son sabre sous l’effet de la surprise lorsqu’elle fut violemment attrapée par la gorge.


    — N’approche pas ! cracha-t-elle à l’intention du Colonel.


    Ce dernier fit immédiatement évaporer son poing qui s’arrêta à deux mètres d’elle.


    Noriko souleva Tashigi – les mains sur le cou et les pieds ne touchant plus le sol, elle suffoquait déjà. Elle pouvait sentir son eau s’infiltrer profondément dans ses sinus et sa trachée.


    Avec un calme déconcertant, Smoker fit disparaître toute trace de fumée autour de lui et s’approcha.


    — Relâche-la.


    — Si j’atteins ses poumons, elle mourra, menaça la manieuse d’eau.


    Une veine battit furieusement sur la tempe du Colonel. Le cigare qu’il avait en bouche se consuma de moitié.


    — Si tu la tues, je te jure que je ne trouverai pas de repos avant d’avoir réclamé justice.


    Noriko détestait sa manière d’agir, mais n’hésiterait pas une seule seconde : si la fumée de Smoker l’effleurait juste, elle ne s’en sortirait pas.


    Le visage de la Capitaine virant désormais au bleu, le Colonel leva finalement les mains et un soulagement envahit Noriko.


    Elle ressortit l’eau du système respiratoire de Tashigi qui aspira une bouffée d’air frais en s’étranglant et retrouva ses couleurs. Sans attendre, Noriko l’enveloppa ensuite dans un torrent qu’elle envoya le plus loin possible.


    Instantanément, Smoker disparut dans un nuage de fumée et suivit la trajectoire de sa subordonnée.


    La manieuse d’eau étouffa un gémissement plaintif en pinçant les lèvres et se força à chasser cet horrible chantage de son esprit.


    Elle braqua son regard vers Ace et retrouva sa vigueur.


    Les pirates hurlèrent lorsque le sol se déroba sous leurs pieds et qu’une crevasse dont le fond était invisible à l’œil nu apparut. Par instinct, Noriko se jeta sur le sol et fit apparaître un torrent pour sauver les plus chanceux d’entre eux. Elle ne put se sauver elle-même cependant et bascula dans le vide avant de se rattraper juste à temps à la corniche.


    Le souffle court, elle se hissa avec peine et aperçut Barbe Blanche luttant toujours contre Akainu et Aokiji. De son côté, Kizaru repoussa une énième attaque de Marco avant de se replier vers des soldats et d’appeler un Vice-Amiral à la rescousse.


    L’intéressé prit la relève et fonça vers le Phénix. Des pattes serties de pinces sortirent de son corps, rappelant grossièrement celles d’une araignée. Trois d’entre elles immobilisèrent le commandant, tandis que deux autres tenaient deux piquets en bois entourant des menottes.


    L’un des anneaux métalliques se referma sur le poignet du Phénix et il put heureusement se dégager juste avant que son deuxième bras ne soit entravé. Il roula sur le côté, avisa la menotte et jura à voix haute.


    Du Granit Marin.


    Ses pouvoirs annulés, Kizaru en profita pour lui tirer dessus. Marco retint un cri de douleur lorsque le laser traversa son abdomen.


    — Ça doit faire mal, se moqua l’Amiral.


    Il leva un bras et l’abaissa devant lui. Obéissants, les soldats se ruèrent non pas sur le médecin, mais sur Barbe Blanche.


    Une main sur son ventre pour arrêter l’hémorragie, Marco ordonna à ses hommes d’intervenir.


    Un affrontement brutal en résulta.


    Noriko obligea son esprit à se détourner des hostilités. Elle écrasa sa poitrine sur les dalles, força sur ses bras, puis roula sur elle-même avant de tousser grassement. De fines particules de sang s’étalèrent sur le dos de sa main qu’elle essuya sur son pantalon.


    Concentre-toi.


    Elle voulut se redresser, mais retomba sur le ventre et se cogna le menton. Épuisée, son corps ne répondait plus à ses supplications.


    Les sabres des soldats transpercèrent le torse de l’Empereur qui recula à peine. Voyant ceux qu’ils considéraient comme ses fils combattre pour lui, il balaya l’air de sa hallebarde.


    — Éloignez-vous ! gronda-t-il d’une voix puissante.


    Dans une incompréhension générale, les pirates s’immobilisèrent.


    — Vous croyez que leurs attaques minables auront raison de moi !? Je suis Barbe Blanche, je n’ai pas besoin de votre aide ! Concentrez-vous sur votre vie et entraidez-vous !


    Il attrapa l’air et le brisa sous ses doigts. Les soldats furent repoussés par une vague invisible. Ils décollèrent du sol, s’agitèrent comme s’ils étaient pris dans une tornade et furent envoyés valser aux quatre coins de Marineford. Seuls les deux Amiraux campèrent leur position.


    Barbe Blanche respirait bruyamment. Essoufflé, il s’étrangla presque quand il toussa.


    — J’ai conscience de ce que ma mort apportera, haleta-t-il. Ce serait la fin de toute une génération, alors… J’ai des responsabilités…Un avenir à assurer à mes enfants.


    Il cracha des glaires ensanglantées et afficha un sourire machiavélique.


    — Croyez-moi quand je dis que j’ai pas le droit de mourir.


    Un souffle chaud balaya l’assemblée lorsqu’Akainu fondit férocement sur lui, un poing changé en magma.


    Les paroles de Barbe Blanche résonnèrent dans l’esprit de Noriko. Même à l’article de la mort, l’Empereur ne comptait pas faiblir. Une énième fois, elle se releva en sifflant de douleur.


    La crevasse s’étendait toujours devant elle. Ne souhaitant pas prendre de risque de tomber dedans, elle se dépêcha de la contourner.


    Les commandants de Barbe Blanche se regroupèrent. Contrairement à leurs subordonnés, ils ignorèrent les ordres de leur père et l’encerclèrent pour le défendre.


    L’un d’entre eux s’affairait à crocheter la serrure de l’entrave de Marco. Celui-ci avait un genou à terre, le visage pâle comme un linge. Il était évident que s’il ne se régénérait pas très vite de ses blessures, il en mourrait.


    Une force phénoménale frappa le ciel. Une vague de froid suivit, accompagnée d’une pluie diluvienne de grêlons. Au centre d’un brouillard gelé, Aokiji se débattait contre Jinbe et Ivankov.


    En contrebas, Luffy courait toujours vers l’échafaud. Lorsqu’il s’aperçut que Noriko était plus proche que lui, il étendit son bras vers elle.


    — NORI !


    Elle réagit au quart de tour, referma sa main sur celle de son capitaine et tira de toutes ses forces en poussant un râle d’effort. Le Chapeau de Paille la heurta douloureusement. Ils roulèrent un court instant et Luffy planta son poing dans le sol pour arrêter leur course folle.


    — Lance-moi ! ordonna-t-il.


    Elle laissa une vague se glisser sous les dalles de pierre à ses pieds et en décrocha plusieurs pour former un bloc. Au moment où son capitaine sautait dessus, elle passa une bulle en-dessous et la fit exploser pour le faire décoller.


    Luffy fila à une allure folle vers l’échafaud en poussant un cri de rage.


    Un torrent de magma illumina le ciel. En désespoir de cause, Noriko envoya un courant d’eau sur son capitaine. Par miracle, elle le toucha avant la lave, l’enveloppa intégralement et le ramena vers elle.


    Le Chapeau de Paille émergea de l’eau en hoquetant au moment où la lave retombait autour de l’échafaud, se déversant sur l’esplanade et empêchant quiconque de s’en approcher.


    — Ace ! hurla Luffy.


    Sengoku leva de nouveau son bras en direction de deux autres bourreaux qui avaient dégagé les corps des premiers et l’abaissa.


    Noriko tendit une paume, mais fut emportée par son capitaine qui encercla sa taille. Tous deux évitèrent de justesse le laser d’un Pacifista. Ils se redressèrent, cernés de soldats.


    Les lames s’apprêtèrent à s’abaisser sur le cou d’Ace.


    — Non…, s’étrangla Luffy en trébuchant vers l’échafaud. Non, arrêtez !


    Il serra les poings et hurla à pleins poumons.


    — ARRÊTEZ !


    Sa voix déchira le ciel et la puissante onde qui se dégagea de son corps réduisit la Grande Place au silence.


    Une main devant son visage pour se protéger, Noriko ouvrit de grands yeux en tentant de retrouver une respiration normale.


    — Luffy…


    Tous avaient les yeux rivés sur lui. Barbe Blanche lui-même s’était immobilisé et ses commandants échangeaient des regards effarés.


    Le corps d’un Marine tomba. Suivit d’un autre. Puis d’un autre. Sur toute la place dallée, les personnes dotées des esprits les plus faibles et les moins endurants s’effondrèrent un par un. Sur l’échafaud, les deux bourreaux s’étaient également évanouis.


    Ivankov atterrit lourdement aux côtés du Chapeau de Paille.


    — C’est toi qui as fait ça, Paille-Boy ?


    Luffy se retourna en fronçant les sourcils et demanda de quoi il parlait.


    Stupéfaite, la manieuse d’eau déglutit. Son capitaine avait hérité du Haki des Rois et il n’en avait aucune conscience.


    Le révolutionnaire coula un regard vers elle et secoua la tête.


    — Il aura tout le temps d’apprendre, souffla-t-il, mais faut d’abord le sortir de là.


    — QU’EST-CE QUE VOUS ATTENDEZ POUR LES ABATTRE !? explosa Sengoku.


    Hors de lui, l’Amiral-en-Chef pointait Luffy et Noriko du doigt.


    — Oubliez tous vos ordres et concentrez-vous sur eux deux ! Si on les élimine pas maintenant, ils deviendront une grande menace par la suite !


    Un vacarme assourdissant s’éleva. Des balles fusèrent en tous sens et des soldats se précipitèrent pour les encercler.


    Dans le ciel, Aokiji s’élevait déjà, ses mains changées en glace.


    Ce fut la voix de Barbe Blanche qui surpassa le bruit ambiant.


    — À partir de maintenant, faites tous ce que vous pouvez pour aider le Chapeau de Paille et la fille de l’eau ! Il en va de la survie d’Ace !


    Une secousse fit trembler la Grande Place. Ivankov attrapa Luffy par la taille et le serra contre lui.


    — On se disperse ! hurla-t-il à l’intention de Noriko.


    Le révolutionnaire cligna de l’œil. Le sol se brisa au moment où une vague glacée gela les alentours sans différencier les pirates des soldats.


    Projetée en arrière, Noriko fut rattrapée par Ivankov qui s’était déjà débarrassé de Luffy. Il ne se soucia pas de ses remontrances et la balança de nouveau dans le vide.


    Déboussolée, elle fut finalement rattrapée par les bras puissants de Jinbe.


    — Content de te voir saine et sauve, petite. Il faut croire que nos chemins sont éternellement amenés à se croiser.


    — Vous êtes tous cinglés ! s’égosilla-t-elle tandis qu’il la reposait à terre.


    Il afficha un grand sourire puis reprit son sérieux pour s’enquérir du pouvoir caché de Luffy. Agacée, Noriko lui fit tout de même part de ses connaissances et assura que son capitaine n’avait pas remarqué ce qui s’était passé.


    Des pirates s’approchèrent pour les interrompre.


    — Jinbe ! hurla l’un d’eux. Les ordres du paternel sont clairs : laisse-nous la Nièce de Mihawk et va aider le Chapeau de Paille, on veillera sur elle.


    — J’ai pas besoin de chaperon, protesta vivement Noriko, je veux être un fardeau pour personne !


    — Sois réaliste, la rabroua l’ancien Corsaire. Dans votre état, vous passerez jamais les Amiraux et…


    Elle perdit le fil de la conversation lorsqu’elle aperçut avec horreur Mihawk attaquer Luffy. Sans le vouloir, un torrent apparut à la place de ses jambes et la propulsa vers son oncle.


    Jinbe la somma férocement de revenir.


    Noriko perdit le contrôle de sa trajectoire et fut violemment projetée sur le côté. Elle heurta douloureusement le sol et s’explosa une épaule contre une pierre quand elle rebondit dessus.


    — T’es malade ou quoi !? hurla un pirate à l’encontre de l’homme-poisson avant de courir dans sa direction.


    L’ancien Corsaire se précipita également vers elle au moment où deux pirates l’aidaient à se relever. Folle de rage, elle les repoussa violemment et avisa Luffy, tout juste sauvé par les alliés de Barbe Blanche. Il s’enfuit ensuite avec Ivankov tandis que Mihawk terrassait les gêneurs d’un seul coup d’épée.


    L’esprit en ébullition, Noriko fonça vers Jinbe. Un pirate cercla fermement ses deux bras avant qu’elle ne pose la main sur lui.


    — Qu’est-ce que tu m’as fait !? vociféra-t-elle en battant des jambes dans le vide.


    — Je suis désolé, lâcha sincèrement l’ancien Corsaire. Les gens ne sont généralement pas entièrement faits d’eau.


    Voyant qu’elle ne comprenait pas, il mentionna rapidement le karaté des hommes-poissons, un art martial difficile à maîtriser. L’essence de cette technique consistait à contrôler l’eau présente autour de lui, celle composant l’atmosphère en passant par celle dans les corps.


    Noriko resta muette. Contrairement à Jinbe, elle ne contrôlait que l'eau qu'elle créait.


    Concentre-toi.


    S’en prendre à l’homme-poisson ne ferait pas avancer la situation. Elle essuya rageusement ses yeux lorsque le pirate la relâcha et tenta de reprendre le contrôle de sa respiration. Elle massa son épaule. Ses membres tremblaient et la faisaient souffrir, mais les douleurs associées à son pouvoir restaient toujours silencieuses. Avait-elle réellement dompté son Fruit du Démon ?


    Un tintement de lame qu’elle ne connaissait que trop bien hérissa les poils de son échine. Mihawk avait repris la traque de Luffy.


    — Ne vous avisez pas de vous mettre en travers de mon chemin, cracha-t-elle à l’attention de ses salvateurs avant de s’élancer.


    — Putain, mais elle fait exprès ! râla un des pirates dans son dos.


    Elle ne releva pas la remarque qui s’avérait vraie et courut vers son oncle avec peine.


    — MIHAWK !


    Au moment où il allait abattre sa lame sur Luffy, un nuage de sable se matérialisa devant lui et contra l’attaque.


    Déconcertée, Noriko se retrouva face à Crocodile.


    — Me fais pas regretter mon geste, grommela-t-il en la menaçant de son crochet.


    La main tremblante, elle fit apparaître un torrent qui le contourna et fusa sur son capitaine. Ce dernier cria de surprise et fut emporté au loin.


    Mihawk jeta un coup d’œil furtif par-dessus son épaule et foudroya sa nièce du regard. Il ne prit pas la peine de lui parler et reporta son attention sur son nouvel opposant.


    — Pourquoi les aider ?


    — La Marine est mon ennemie, lâcha Crocodile avant de siffler entre ses dents. Fais gaffe à toi, Œil de Faucon, je suis vraiment de sale humeur.


    Il repoussa férocement la lame noire et disparut dans un nuage de sable.


    Noriko n’attendit pas que son oncle se tourne vers elle et s’enfuit en courant. Un laser la frôla de peu. Son corps se souleva dans les airs, puis fut vivement aspiré en arrière.


    Elle atterrit avec stupéfaction dans les bras du commandant Vista qui lui souriait chaleureusement. Elle n’eut pas besoin de demander des explications. Jinbe se tenait à ses côtés et refermait ses poings. Elle lui lança un regard assassin et descendit de son perchoir.


    — Ma chère, les ordres sont les ordres, assura l’épéiste en posant une main sur son épaule, que tu le veuilles ou non, on te protègera tous.


    — Sauf que j’appartiens pas à l’équipage de Barbe Blanche, rectifia Jinbe, j’ai pas à lui obéir.


    D’un ton sans appel, il ordonna malgré tout à Noriko de rester en vie et se dirigea aux côtés de l’Empereur pour lui prêter main forte dans sa lutte contre Akainu. Barbe Blanche l’invectiva en le voyant, mais combattit finalement avec lui lorsque l’homme-poisson l’envoya paître.


    Vista força Noriko à lui faire face.


    — Si tu veux pas être un fardeau, arrête de te mettre en danger inutilement.


    Il ne la laissa pas répondre et la poussa pour contrer une attaque d’Aokiji.


    Les pirates s’agitèrent aussitôt et encerclèrent la manieuse d’eau.


    Elle jeta un œil vers Ace qui attendait toujours. Par deux fois, il avait frôlé la mort. Il n’aurait certainement pas de troisième chance. Elle déglutit. Les pirates de Barbe Blanche la haïraient certainement, mais elle s’en moquait. Sans les prévenir, elle fit apparaître un torrent d’eau et s’éjecta dans les airs, aussi loin qu’elle le put.


    Elle évita une salve de boulets de canon, atterrit parmi des Marines qui prenaient le dessus face à des pirates et les balaya d’une vague. Lorsqu’elle leva la tête, ses yeux croisèrent ceux d’Ace. Elle ne put empêcher les larmes de brouiller sa vision et esquissa un sourire encourageant.


    D’un air dépité, il secoua lentement la tête.


    Noriko reprit sa concentration et esquiva une nouvelle attaque de soldats lorsque des éclairs illuminèrent la Grande Place. Des cris de douleur la firent tressaillir. Elle fit volte-face et aperçut Kizaru qui s’en donnait à cœur joie. Du bout de son doigt, il lançait des lasers qui se plantaient directement dans le crâne de ses victimes, ne leur octroyant ainsi aucune chance. Le seul qu’il laissait en vie et qu’il s’amusait à blesser au niveau du torse était Marco.


    Dans l’incapacité de se régénérer, celui-ci agonisait à chaque attaque qui le transperçait et le brûlait de l’intérieur.


    La respiration de Noriko se coupa avant qu’elle ne s’élance. Dans sa course, elle supplia son pouvoir de lui venir en aide, mais sa migraine habituelle ne lui répondit que par un silence pesant.


    Essoufflé, une main sur ses blessures qui saignaient abondamment, Marco se tenait debout, dégoulinant de sueur et les jambes tremblantes. Autour de lui, des dizaines de cadavres l’entouraient. Tous faisaient partie de son équipage. Tous avaient été sa famille.


    Le regard empli de haine, il ne baissa pas les yeux lorsque Kizaru le visa au niveau de la tête.


    Un sourire étira les lèvres de l’Amiral et son index s’illumina.


    Une fraction de seconde. C’est tout ce qu’il fallut au laser pour exploser les dalles au moment où Noriko resserrait ses bras autour de la taille de Marco.


    Tous deux roulèrent dans le sang et la poussière.


    La manieuse d’eau se releva la première et s’agenouilla aux côtés du Phénix qui demeurait presque inconscient, les dents serrées. Elle hurla son prénom en posant l’un de ses bras sur ses épaules. Les jambes flageolantes, elle força sur ses muscles douloureux en gémissant pour le soulever.


    — Lève-toi ! ordonna-t-elle avec hargne. Si tu meurs maintenant, tout ça n’aura servi à rien !


    Marco ouvrit enfin les yeux.


    — Noriko… ?


    Les sens en alerte, il se redressa avant d’être rattrapé par ses blessures. Il tomba à genoux, l’entraînant dans sa chute, et cracha du sang.


    Des applaudissements forcés attirèrent leur attention. Kizaru traversa un écran de fumée et leur fit face.


    — Toujours aussi touchant tes petits sauvetages, mais jusqu’à quand vas-tu m’empêcher de faire mon travail ?


    Noriko serra la mâchoire.


    — On se trompe sur toi depuis le début, soupira Kizaru. Mihawk nous a bien roulés à nous faire croire que tu étais inoffensive – tout ça pour qu’on te laisse tranquille.


    Il se massa les yeux et souffla bruyamment.


    — Sengoku l’a dit lui-même : autant en finir avant que tu ne deviennes une menace pour tous.


    Les pupilles de Noriko se rétractèrent. Elle serra ses bras autour du cou de Marco et se jeta à terre.


    Le laser explosa l’endroit où ils se trouvaient un instant plus tôt.


    Cette fois, le Phénix se leva le premier.


    — Je te laisserai pas la toucher, menaça-t-il.


    — Tu n’as pas besoin de tes pouvoirs pour être redoutable, reconnut Kizaru, mais je doute que tu puisses faire quoi que ce soit avec des entrailles brûlées.


    Les muscles parcourus de spasmes, Noriko réfléchissait à toute vitesse. Si elle n’avait pas pu faire face à Kizaru sur l’archipel Sabaody, elle ne pourrait rien faire ici. Elle sursauta lorsque l’Amiral dégagea Marco d’un coup de pied dans les côtes et se leva pour lui faire face.


    — Prête à mourir ? demanda-t-il.


    Marco hurla en tendant une main vers elle.


    Noriko colla ses deux paumes et usa de toute sa puissance pour faire apparaître le torrent le plus dense qu’elle put au moment où le laser fonça vers son cœur.


    La lumière l’aveugla. Le choc la repoussa. Ses pieds glissèrent sur plusieurs mètres, mais son corps resta debout. Sentant une force monstrueuse retourner ses poignets, elle s’autorisa à ouvrir ses yeux.


    Ce qu’elle vit la tétanisa.


    De son côté, partant de ses mains, un torrent d’eau fusait vers l’Amiral. À mi-chemin cependant, un halo lumineux transformait l’eau en laser et rejoignait l’index de Kizaru.


    Celui-ci laissa un voile de surprise passer sur son visage.


    — La lumière ne traverse l’eau que jusqu’à une certaine profondeur, devina-t-il avant de sourire. Voyons combien de temps tu maîtriseras la densité de celle-ci.


    Il ouvrit sa paume, le rayon s’élargit et repoussa le halo lumineux vers Noriko.


    Celle-ci hurla de douleur en forçant dans ses bras. Ses bottes crissèrent sur les pavés et son corps recula. Le cercle de lumière s’immobilisa. Elle puisa dans sa force surhumaine et fit un pas en avant en grognant de rage.


    À l’écart, Marco se redressait avec difficulté.


    Kizaru le visa de son autre main et un laser explosa près de lui pour le dissuader d’intervenir.


    Noriko était en proie à une véritable fureur. Ses yeux ne la brûlaient pas, son mal de tête l’avait définitivement quitté, et elle contrôlait intégralement son pouvoir.


    Le torrent qu’elle créait en continu bougea de moins en moins à mesure qu’elle y ajoutait de l’eau et la densité était telle qu’elle ne laissait passer aucune lumière et noircissait à vue d’œil. Petit à petit, elle sentait le liquide devenir solide et opaque.


    Kizaru, qui ne faisait pas le moindre effort pour lutter, colla ses deux paumes ensemble.


    Noriko posa un genou à terre. Le halo lumineux se rapprocha si près de ses mains qu’elle sentit sa peau chauffer. Le visage d’Ace passa dans son esprit. S’il assistait à toute la scène, elle ne pouvait pas mourir devant ses yeux.


    Il ne se le pardonnerait jamais.


    Un hurlement sortit du fond de ses entrailles quand elle réajusta son torrent.


    Kizaru haussa les sourcils de stupéfaction.


    — Impressionnant, reconnut-il, mais résisteras-tu au Haki ?


    Les yeux de la manieuse d’eau s’écarquillèrent. Le laser de Kizaru devint noir, explosa le halo lumineux et fonça vers ses mains.


    Dans un ultime réflexe, Noriko abaissa ses paumes sur le côté. Elle ne put cependant pas éviter le laser qui arracha la chair de sa hanche droite.


    Paralysée de douleur, elle s’écroula. La voix de Marco hurla son prénom.


    Kizaru soupira de déception puis leva de nouveau son index. Son arrogance l’empêcha de voir une onde de choc accompagnant un tremblement de terre qui traversa une partie de la Grande Place avant de venir s’écraser sur lui. Du sang s’échappa de sa bouche lorsqu’il fut emporté par le souffle de l’attaque.


    L’Amiral hors de portée, Noriko s’affaissa sous son propre poids. Une main posée sur sa hanche, incapable d’émettre le moindre son, des spasmes nerveux parcouraient l’ensemble de son corps. La douleur était telle qu’elle s’évanouit, avant d’être réveillée par celle-ci qui revint de manière fulgurante. En proie à un cercle vicieux, elle ouvrit la bouche pour remplir ses poumons d’air, mais sa gorge contractée par ses nerfs en feu obstruait sa trachée. Ses yeux se révulsèrent une nouvelle fois, elle sentit son esprit sombrer.


    — NORIKOOO !


    La voix d’Ace brisée par le désespoir trancha le ciel et la ramena à la raison.


    Elle inspira brusquement. Son thorax se gonfla et un long cri d’agonie s’échappa de ses poumons. Sa vision brouillée devint nette. Marco était penché sur elle, ses deux mains comprimant fermement sa hanche à l’aide d’un linge. Autour de lui, des pirates tentaient de suivre ses directives.


    Le médecin était pâle. Du sang s’échappait de sa bouche et des innombrables perforations qui parsemaient son torse. Néanmoins, il restait concentré, les dents serrées et un pli creusé entre ses deux sourcils.


    Noriko ne remarqua qu’à ce moment-là la présence de Jinbe qui maintenait ses bras en l’air pour contenir un dôme d’eau protecteur au-dessus de leurs têtes. Autour d’eux, le bruit de la guerre ne leur parvenait plus.


    — Pourquoi est-ce qu’elle souffre autant !? rugit Marco. C’est pas normal qu’elle réagisse comme ça !


    — Elle n’est pas seulement brûlée, devina l’homme-poisson d’un air grave. Elle est faite d’eau, son corps a dû se transformer en vapeur.


    Le commandant jura puis écrasa davantage le tissu imbibé de sang sur la blessure, tout en pestant à voix haute contre la menotte qui entravait son poignet.


    Noriko baissa son regard et constata avec horreur qu’une partie de son débardeur fumait encore, tandis que les mains du Phénix disparaissaient dans un sang presque noir tant il était épais.


    Ses yeux se posèrent sur une forme orange qu’elle aperçut à travers le rideau d’eau. Le chapeau d’Ace se trouvait hors de sa portée. Elle tendit faiblement les doigts, espérant l’attirer à elle.


    — Ace… souffla-t-elle dans un murmure inaudible.


    — Tais-toi, ordonna sèchement Marco, surtout ne parle pas.


    À l’extérieur du dôme. Des Marines tentaient de briser la pellicule d’eau qui les protégeait. En retour, une onde trancha le sol sous leurs pieds et les repoussa.


    Des larmes roulèrent sur les joues de Noriko. Pourquoi fallait-il qu’elle soit si faible ?


    — Il faut trouver Ivankov, aboya Jinbe, lui seul pourra la guérir !


    — Regardez ! hurla un pirate.


    Tous se crispèrent en apercevant Doflamingo s’approcher du dôme.


    Le Grand Corsaire griffa l’air : cinq tranchées découpèrent l’eau, permettant au vacarme extérieur de percer les tympans.


    Jinbe fit disparaître la bulle creuse et fit face au nouveau venu qui levait innocemment les mains près de son visage avec un grand sourire.


    — Je peux l’aider, prétendit-il en désignant Noriko du menton.


    Les pirates se resserrèrent autour d’elle et Marco le fusilla du regard.


    — Approche-la et je te tue.


    Doflamingo étouffa un ricanement et resta immobile. Les mains toujours levées, il fit danser ses doigts.


    Noriko siffla de douleur lorsque des fils se plantèrent profondément dans sa peau autour de sa plaie. Elle cria quand ils piquèrent plusieurs fois le même endroit et finit par hurler lorsque les bords de sa chair brûlée s’étirèrent pour se rapprocher entre eux.


    Aidé de ses camarades, Marco la maintenait au sol, tandis qu’elle se cambrait dans tous les sens pour faire cesser la torture.


    — Ça suffira à la garder en vie pour le moment, précisa sournoisement le Grand Corsaire avant de disparaître.


    Le Phénix écarta des mèches blanches du visage de Noriko pour ancrer son regard dans le sien.


    — Tu vas t’en sortir, souffla-t-il, mais il faut que tu t’accroches.


    En réponse, la manieuse d’eau agrippa sa main pour y enfoncer ses ongles et laissa échapper un cri rauque.


    — Je vais l’emmener, prévint Jinbe en repoussant des soldats à l’aide d’un torrent d’eau de mer.


    — N… non…, grogna fébrilement Noriko.


    Elle savait que seule sa force surhumaine lui permettait d’être toujours consciente et l’en remercia intérieurement. Soutenue par un pirate, elle se redressa avec peine. À ses côtés, à l’article de la mort, Marco faiblissait à vue d’œil, et pourtant, il tenait bon. Elle n’avait pas le droit de flancher. Elle était blessée, mais pas encore morte. Elle leva son regard vers l’échafaud à moitié dissimulé derrière un rideau de fumée, inspira longuement et se racla la gorge.


    — Ace m’attend, déglutit-elle en tentant de faire un pas.


    Elle chancela et Jinbe la rattrapa avant qu’elle ne touche le sol.


    — Tu tiens même plus debout, gronda-t-il.


    Le laser d’un Pacifista qui explosa près d’eux l’empêcha de répondre.


    Le corps de Noriko se vida de toute force. Le courant manié par Jinbe la protégea juste à temps avant de la relâcher en douceur. Au bord de l’évanouissement, elle cracha de l’eau de mer ensanglantée et aspira une bouffée d’air pollué par la poudre qui la fit aussitôt tousser. Une déchirure lancinante traversa sa hanche qu’elle agrippa en sifflant.


    Elle retira sa main tremblante de sa plaie et l’observa. Arrachée, brûlée, déchirée, ce qui restait de sa peau était uniquement tenue par des fils invisibles – et bien que moins abondamment, le sang coulait toujours.


    Une véritable boucherie.


    — Lève-toi ! ordonna une voix lointaine.


    Les oreilles bouchées par un acouphène strident, elle vit l’un des hommes qui avait assisté Marco lui agripper le bras, ses mains recouvertes de son propre sang. Elle pleura presque quand il l’obligea à se mettre debout.


    — Faut pas rester là ! hurla-t-il de la même voix lointaine tout en la traînant derrière lui.


    Une onde de choc suivie d’un vent brûlant balaya le ciel au-dessus de leurs têtes, tandis que de la grêle se mit à pleuvoir. Quelque part, Barbe Blanche luttait toujours contre Akainu et Aokiji.


    Le sol tremblait, des bruits sourds résonnaient de part et d’autre et Noriko devait redoubler d’efforts pour comprendre ce qui se passait autour d’elle.


    Elle aperçut brièvement Marco, toujours privé de ses pouvoirs, qui se démenait pour sauver ses camarades. Non loin, Jinbe terminait d’achever des Pacifistas.


    Le reste du champ de bataille était quasi inexistant, masqué par les vestiges d’une guerre sans merci où les tirs de fusils et de canons déchiraient les tympans.


    Où es-tu, Ace ?


    Elle chercha des yeux l’échafaud dissimulé derrière l’épais nuage de fumée.


    Non…


    Avec aisance, le pirate ouvrait une voie parmi les innombrables Marines qui accourraient toujours vers eux et réussit à rejoindre quelques-uns de ses compagnons.


    Concentre-toi…


    La manieuse d’eau cligna plusieurs fois des yeux en les regardant sans les voir et en les entendant sans les écouter.


    Concentre-toi.

    Son corps la faisait tellement souffrir que son cerveau ne savait plus quels nerfs il devait activer.


    CONCENTRE-TOI !


    Elle fronça les sourcils et secoua la tête. Elle n’avait rien à faire ici. Elle perdait du temps qu’elle n’avait pas.


    Profitant d’un moment d’inattention de ses protecteurs, elle joignit ses paumes meurtries et fit apparaître une bulle d’eau qu’elle fit grossir avant de l’élever pour la faire tourner sur elle-même.


    — Qu’est-ce que tu fais !? s’étrangla brusquement le pirate qui l’avait guidée jusqu’ici.


    La bulle s’élargit jusqu’à devenir une tornade de brume qui s’agita – suffisamment conséquente pour ne pas passer inaperçue, mais assez fine pour ne faire aucun dégât.


    L’homme tenta d’intervenir.


    — T’es folle ou quoi !? Tu vas tous nous…


    Noriko claqua des mains. La tornade explosa. La fumée qui se trouvait sur son passage fut balayée et l’assemblée forcée à baisser la tête.


    Le silence pesant ne dura qu’un court instant avant que la bataille ne reprenne.


    Le pirate critiquait l’inconscience de la manieuse d’eau, mais celle-ci ne l’écoutait déjà plus. Elle venait d’apercevoir Luffy courant à perdre haleine, couvert de sang et de sueur.


    Il est à bout de forces.


    Elle voulut lui apporter son aide, mais s’étala au sol.


    Les hommes de Marco la relevèrent.


    — Emmenez-la à bord ! ordonna l’un d’eux avec colère. Elle va nous crever dans les bras si elle continue.


    Non. Non, Non…


    Noriko résistait mollement, sans pouvoir détacher son regard de son capitaine. Escorté par Ivankov et les alliés de l’Empereur, ils avaient presque atteint l’échafaud. Elle ouvrit de grands yeux lorsqu’une personne qu’elle ne reconnut pas sortit de la masse de cheveux qui ornaient le crâne du révolutionnaire.


    S’il semblait blessé, l’homme s’élança malgré tout aux côtés de Luffy en faisant apparaître d’immenses et longues pinces coupantes à la place de ses mains. Il découpa le sol dallé et créa une passerelle de plusieurs centaines de mètres qui s’éleva jusqu’à atteindre l’échafaud.


    Essoufflé, les poings serrés, le Chapeau de Paille s’élança sans attendre.


    Sengoku ordonna une nouvelle fois de l’abattre.


    Un tir de mortier fit dangereusement trembler le pont de fortune et explosa aux pieds de Luffy.


    Une montée d’adrénaline chemina jusqu’au cœur de Noriko. Oubliant toute douleur, elle repoussa les pirates d’une vague et traîna sa jambe pour foncer vers son capitaine qui se relevait en hurlant, le visage en sang.


    Les paumes ouvertes, elle planta ses pieds dans le sol et fit apparaître deux immenses colonnes d’eau. Les piliers tombèrent de part et d’autre de la passerelle et s’élevèrent en deux murs épais qui montèrent jusqu’au ciel.


    Les bras tremblants, Noriko grognait de douleur et puisait dans son mental pour tenir bon.


    Vice-Amiraux, Colonels, Capitaines, soldats, tous s’acharnaient à percer sa défense. Les plus coriaces d’entre eux parvenaient à passer à travers le rideau d’eau, mais étaient immédiatement repoussés par Luffy.


    Autour de Noriko et aux pieds des deux murs, les hommes de Barbe Blanche ainsi que ses commandants se mirent à contrer les Marines qui tentaient d’intervenir.


    Suivant les ordres de l’Empereur, ils les protégeaient tous deux.


    Noriko aperçut les Grands Corsaires. Loin d’être au bout de leurs peines, ils s’avéraient redoutables dans leurs combats. Elle avisa brièvement Mihawk qui évitait soigneusement son regard et se força à le chasser de ses pensées.


    Kizaru apparut dans les airs, arborant cette fois un air non pas fatigué, mais déterminé. Barbe Blanche fissura le ciel sous ses pieds juste à temps et l’empêcha de faire la moindre attaque.


    Noriko eut un hoquet de stupeur, laissant ses murs d’eau s’évaporer malgré elle : Garp venait d’atterrir devant son capitaine et lui barrait le chemin.


    — Je ferai pas d’exception ! hurla le Vice-Amiral d’une voix brisée.


    — Papy ! implora Luffy en pleurant.


    Il n’hésita pas, arma son poing, et le lança à une vitesse folle dans la pommette de son grand-père. Le Héros de la Marine ne tenta même pas d’éviter l’attaque et se retrouva expulsé de la passerelle.


    Une bulle d’eau fusa pour le rattraper avant qu’il ne s’écrase sur l’esplanade. Noriko savait son geste inutile, mais ne pouvait s’empêcher de témoigner sa reconnaissance envers le Vice-Amiral. Lorsqu’il se releva, les larmes coulaient sur ses joues et Sengoku apparut à ses côtés pour l’invectiver férocement.


    Un éclair attira l’attention de la manieuse d’eau. Kizaru luttait avec peine contre Barbe Blanche qui ne retenait pas ses coups. Aokiji et Akainu, quant à eux, fonçaient vers le Chapeau de Paille. Une onde de choc explosa. Malgré la blessure à son thorax qui avait été agrandie par la lave, l’Empereur repoussait leurs offensives, les empêchant inlassablement de s’approcher de l’échafaud.


    Une salve de boulets de tri-canon déchira le ciel.


    — ACE ! hurla Luffy au moment où le pont de pierres fut détruit.


    Noriko lança une bulle d’eau qu’elle solidifia, permettant à son capitaine d’y enfoncer son talon et de rebondir vers son frère.


    Les genoux de la manieuse d’eau se dérobèrent sous son poids et les larmes coulèrent sur ses joues lorsqu’il atteignit enfin le sommet de l’échafaud en affichant son éternel sourire.


    — Il a réussi… Il a réussi, il a réussi…


    Les paumes enfoncées dans ses yeux, elle pleurait et riait en même temps, envahie par le soulagement. Elle prit une profonde inspiration et se releva.


    — LUFFY ! hurla-t-elle de joie.


    Sans qu’elle ne le décide, un torrent d’eau apparut à ses pieds, tourna autour d’elle, s’éleva dans les airs et disparut aussitôt. Troublée, Noriko regarda ses paumes abîmées par les combats qu’elle avait menés jusqu’ici et fronça les sourcils.


    Elle sursauta lorsque l’échafaud trembla après le lourd atterrissage de Sengoku à son sommet. Exaspéré, il brandissait un poing menaçant. Sa chemise se déchira et laissa apparaître une montagne de muscles lorsque son torse se mit à gonfler. Une lumière dorée illumina la Grande Place.


    Noriko ouvrit une bouche tremblante. Sengoku avait désormais l’apparence d’un Bouddha géant, prouesse due à son rare Fruit du Démon de type Zoan mythique.


    Au pied de l’échafaud, les Marines prirent la fuite, connaissant certainement la puissance de leur supérieur.


    Elle ne réfléchit pas et s’élança à contre-sens. Elle joua des coudes, fut poussée à terre, tomba sur sa hanche endolorie, hurla, enfonça ses ongles dans la poussière et se releva. Le visage crispé par une hargne non dissimulée, elle continua de boiter vers l’esplanade.


    Les trois écrans géants se rallumèrent, laissant apparaître la même image : Luffy sortant fébrilement la clé de sa poche, tandis que les lèvres de Sengoku remuaient avec colère.


    Il va les abattre !


    Un laser tiré par Kizaru manqua de brûler la main de Luffy lorsque la clé fut réduite en cendres.


    Au sol, les Marines ayant pris assez de recul armèrent leurs fusils et les pointèrent vers le sommet de l’échafaud, tandis que les tourelles dirigeaient les tri-canon vers l’esplanade.


    — Je t’en prie, fais quelque chose ! supplia Noriko à l’encontre de son Fruit du Démon qui resta inactif.


    Elle trébucha, arma une bulle qu’elle transforma en torrent et balaya les soldats dans son champ de vision.


    Simultanément, les commandants et les hommes de Barbe Blanche repoussaient de plus en plus difficilement les plus hauts gradés.


    Elle ignora sa fatigue et leva les yeux vers l’échafaud. Flottant dans les airs, Sengoku abaissait un poing doré gigantesque juste au-dessus des deux frères.


    Luffy attrapa les épaules d’Ace et le serra contre lui malgré ses remontrances, refusant de l’abandonner.


    Un cri resta coincé dans la gorge de Noriko au moment où elle aperçut l’un des bourreaux se relever et retirer son casque.


    Un fol espoir entrava son estomac.


    Mr 3.


    Comment…


    Un dôme de cire couvrit les deux frères au moment où le poing géant s’abattit sur eux.


    Le fracas épouvantable qui en résulta fut assourdissant. La moitié de l’esplanade ne résista pas au choc des barres d’acier s’écroulant dessus et explosa en morceaux. Le souffle d’air brûlant qui s’en échappa emporta tout dans un rayon d’une trentaine de mètres.


    Le mur d’eau érigé devant Noriko s’abaissa, la laissant pantoise quand elle comprit qu’elle n’avait pas commandé cette défense. Derrière elle, les hommes de Barbe Blanche qui avaient également été protégés se mirent en position, parés au combat.


    Haletante et tétanisée d’effroi, elle observait la fumée dense et noire qui se dégageait de l’endroit où se trouvait l’échafaud. Le cœur battant à tout rompre, elle avisa les écrans géants qui ne diffusèrent rien d’autre que de la poussière.


    Un cri de Luffy transperça les airs, hérissant ses cheveux.


    Une énorme tornade de feu souffla brusquement la fumée et s’éleva dans le ciel jusqu’à perte de vue. La chaleur ardente qui s’en dégagea força les pirates à reculer.


    Le cœur de Noriko cessa de battre un bref moment. Jamais elle n’avait été aussi heureuse de voir des flammes danser devant elle.


    — ACE ! hurla-t-elle en s’élançant.


    — Arrête, protesta un pirate, tu vas brûler vive !


    Elle n’écouta pas et fonça. Ignorant les Marines qui faisaient feu sur elle, elle remarqua à peine les torrents qui dansaient à ses côtés pour la protéger. Les balles de fusils furent déviées sans qu’elle ne soit à l’origine de la moindre goutte d’eau.


    Une onde de choc brisa le ciel pour repousser les Amiraux. Des ordres fusèrent. Des Marines hauts gradés tentèrent de s’interposer, mais rien ne l’écarta de son objectif.


    Derrière l’immense colonne de feu qui tournoyait dans les airs se trouvait Ace. Luffy l’avait libéré et ses pouvoirs trop longtemps maintenus se déchaînaient violemment. La Grande Place était en proie à un incendie contrôlé, dévorant les Marines, les tourelles, les tri-canons, tout en évitant soigneusement les pirates.


    — T’écoutes jamais ce que je dis, c’est toujours pareil avec toi, pesta soudainement la voix d’Ace quand elle fut tout près. T’as toujours été borné !


    L’éclat de rire de son capitaine résonna dans les oreilles de Noriko qui souriait à travers ses larmes.


    Sa peur et sa souffrance n’existaient plus. Une main tendue devant elle, ne voyant rien au-delà du mur incandescent, elle ne faiblit pas lorsque son sang perça l’un de ses points de suture, elle ne ralentit pas sa course lorsqu’elle sentit la chaleur du brasier dévorer ses doigts, et elle n’eut pas le moindre mouvement de recul lorsque son visage s’enfonça dans les flammes.

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