Noriko
Les bras en croix devant sa tête, Noriko peinait à respirer l’air brûlant. Autour d’elle, le tunnel de feu montait toujours plus haut, gagnant en puissance, s’intensifiant à mesure que les secondes s’écoulaient et se transformant en véritable labyrinthe. Portées par le souffle chaud, des braises volaient en tous sens et effleuraient sa peau avant de s’en éloigner au moment où elles auraient dû la brûler.
Elle tenta de faire apparaître des bulles, mais celles-ci s’évaporèrent à peine matérialisées dans ses paumes. À ses pieds, un petit cours d’eau l’encerclait et résistait à la chaleur. Dansant indépendamment de sa volonté, il repoussait les flammes trop curieuses et assurait ainsi le maintien de sa température corporelle à un niveau supportable.
C’est impossible…
Les yeux à moitié clos, elle toussa. Le champ de bataille ainsi que le vacarme qui en résultait étaient invisibles et inaudibles, et seul le crépitement incessant de l’incendie accompagnait ses pas qui foulaient le sol pavé d’où se dégageait une chaleur insoutenable.
Elle avançait à l’aveugle lorsque deux mains se posèrent sur elle.
Écrasée avec force contre un torse nu, une odeur boisée de pin envahit ses narines, la plongeant dans des souvenirs qui accélérèrent son rythme cardiaque et apaisèrent son esprit torturé. L’eau à ses pieds disparut à l’instant où elle se sentit enfin en sécurité.
Des doigts tremblants se calèrent sous ses oreilles pour la repousser en arrière.
— Qu’est-ce que tu fais là, Noriko !? explosa Ace avec colère.
Stupéfaite, elle ouvrit la bouche sans pouvoir prononcer un mot, se contentant de sonder le regard de son amant.
Il l’observa longuement, s’arrêtant sur la moindre petite coupure qui ornait son visage, la moindre bosse qui décorait la base de son cuir chevelu. Il repoussa ensuite l’une de ses mèches blanches en arrière et laissa glisser son pouce sur sa lèvre scindée en deux, à l’endroit où le sang avait déjà séché.
Des gouttes d’eau apparurent autour d’eux avant de disparaître aussitôt.
— Tu es vraiment là, gronda-t-il comme s’il n’était pas sûr de lui.
Les larmes inondèrent ses joues. Il renifla et serra plus fort sa mâchoire en la secouant légèrement.
— Pourquoi… Pourquoi t’es venue !? Pourquoi t’as fait ça !? C’est dangereux, t’aurais pu te faire tuer mille fois, et…
Sa voix se brisa, il baissa la tête. Les muscles de ses bras étaient contractés et son corps était parcouru de soubresauts.
— Ace…
De nouvelles gouttes virevoltèrent dans les airs, passant sur le visage du manieur de feu et chatouillant le bout du nez de la manieuse d’eau. Elles s’évaporèrent aussitôt, avant de recommencer le même spectacle.
Noriko fondit en larmes.
— Je suis… désolée, hoqueta-t-elle à travers ses sanglots. J’ai eu tellement peur, je pouvais pas… je pouvais pas… pas te laisser, je…
Il ne la laissa pas finir et posa brièvement ses lèvres salées sur les siennes avant de l’étouffer dans ses bras, l’enveloppant comme s’il ne désirait plus jamais la lâcher.
Les minuscules bulles s’unirent les unes aux autres, formant un filet d’eau qui tourna lentement autour de leurs tailles.
— Tu es vraiment là, répéta-t-il avec douceur en enfouissant son nez dans son cou pour le humer, j’ai cru que… que j’allais te perdre.
Le courant d’eau grossit et se mélangea aux flammes qui les encerclaient.
— Tout ce sang versé pour moi…, lâcha-t-il d’une voix étouffée. Je veux vivre Noriko. Je le veux vraiment.
Elle resserra son étreinte, cherchant à se noyer en lui.
Il la dévisagea de nouveau, passa ses mains dans ses cheveux sales et emmêlés et esquissa le premier sourire à son encontre. Sa paume descendit sur son flanc et la fit grimacer. Il fronça les sourcils quand il toucha son vêtement poisseux et dégoulinant, puis blêmit en avisant sa main ensanglantée.
— Je vais bien, se défendit-elle aussitôt en le forçant à la regarder dans les yeux.
Tantôt s’évitant, tantôt dansant entre eux, le feu et l’eau formèrent une tornade d’éléments qui tourna de plus en plus vite. Lorsqu’ils fusionnèrent, une vapeur brûlante mêlée à des milliers d’étincelles s’échappa avant de s’élever dans les airs. Ce mur impénétrable leur laissa un instant de répit, un moment volé qu’ils avaient à peine le temps de savourer.
Noriko remarqua que l’eau tentait de prendre le pas sur le feu et s’affola soudainement.
— Je contrôle plus rien Ace, je sais pas ce qui se passe !
Il sonda son regard avec une fierté non dissimulée et essuya les larmes de ses joues à l’aide de ses pouces.
— Tu es juste devenue forte.
Il plaqua sa bouche sur la sienne et Noriko le sentit sourire à travers son baiser.
— Allons-nous en, souffla-t-il en posant son front contre le sien.
Il enflamma une de ses mains et la tendit vers elle.
Muette d’incompréhension, elle ouvrit la bouche.
— T’as franchi ma barrière de feu, rassura-t-il.
Un souffle d’air chaud s’échappa de la colonne de vapeur. C’est à ce moment-là que Noriko comprit que leurs pouvoirs ne faisaient plus qu’un.
Elle observa les doigts enflammés, ferma les yeux et tendit une paume fébrile. Lorsqu’elle toucha les flammes, aucune douleur ne la fit tressaillir et aucune vapeur ne s’en dégagea. Seule la peau douce et chaude d’Ace glissait sous sa main. Elle pouvait même sentir ses veines palpiter au rythme effréné de ses battements cardiaques. Elle ouvrit les paupières et laissa échapper un hoquet de surprise.
Voir le feu d’Ace incapable de la blesser témoignait de l’amour qu’il lui portait.
Elle sursauta de terreur lorsque la peau de sa propre main se fissura et tenta de reculer en la voyant se changer en eau. Ace resserra son emprise pour l’empêcher de bouger et elle planta des yeux terrifiés dans les siens.
Un sourire en coin, son amant la cajolait du regard.
— Plus tard, tu m’épouseras, hein ?
La question fut tellement inattendue que Noriko s’étrangla avec sa propre salive avant d’exploser de rire à travers ses larmes de joie. Les joues rouges et les lèvres pincées, elle hocha timidement la tête, s’essuya le coin des yeux, puis somma finalement Ace d’ouvrir la voie.
Amusé, ce dernier la guida à travers le tunnel de feu et tous deux retrouvèrent Luffy en train de gifler Mr 3 pour le réveiller.
— Je pensais pas que faire une clé lui prendrait autant d’énergie, se justifia-t-il.
Il ouvrit de grands yeux lorsqu’il aperçut Noriko et lui sauta dessus, fou de joie. Les flammes s’intensifièrent, leur faisant gagner quelques précieuses secondes. Le sourire aux lèvres, la manieuse avait trouvé un infime regain d’énergie qu’elle ne soupçonnait plus posséder.
— On reste concentrés, ordonna Ace qui avait repris son sérieux, tandis que Luffy hissait l’ancien agent du Baroque Works sur son dos. Si on est séparés, chacun fonce vers le premier navire qu’il voit, compris ?
Les deux jeunes pirates hochèrent la tête.
— Noriko ?
Elle ferma les yeux et inspira profondément. Les mains tendues, elle fit disparaître l’eau qu’elle n’avait pas créée elle-même avec une facilité qui la déconcerta. La vapeur s’envola pour de bon et seules les flammes continuèrent de s’élever dans le ciel.
Ace leva les mains à son tour, le feu perdit en intensité et laissa parvenir le grabuge de la bataille qui continuait de faire rage. La Grande Place apparut par endroits, ainsi que les écrans géants qui diffusaient les torrents de flammes.
Au signal de son frère, Luffy se propulsa dans les airs. Noriko voulut le suivre, mais Ace la retint par le bras et la força à lui faire face.
— Promets-moi de rester en vie, murmura-t-il.
Elle n’eut pas le temps de répondre. Il posa ses mains sous ses oreilles et écrasa ses lèvres sur les siennes. Leurs deux langues se rencontrèrent au moment où la tornade explosa.
Un vent brûlant souffla violemment sur les alentours, forçant les Marines à reculer. Le feu se propagea parmi eux, balayant tout sur son passage.
Une clameur générale s’éleva parmi l’assemblée, tandis que les lèvres d’Ace se détachaient de celles de Noriko.
Il inclina le menton et tous deux se propulsèrent dans les airs.
— N’AYEZ AUCUNE PITIÉ ET TUEZ-LES TOUS ! ordonna la voix grave de Sengoku.
La fatigue rattrapa le corps de la manieuse d’eau au moment où elle toucha le sol du reste de l’esplanade. Elle pinça les lèvres pour contenir un gémissement de douleur et fit apparaître une bulle, prête à la lancer.
Des fusils furent braqués vers elle. Les balles fusèrent et rebondirent sur le corps de Luffy qui apparut juste à temps pour servir de bouclier humain.
C’est à ce moment-là que Mr 3 se réveilla.
— Mais c’est quoi ce bordel !? paniqua-t-il aussitôt en regardant autour de lui.
Luffy lui claqua le dos avec force, le remerciant ainsi de sa précieuse aide. Grâce à sa réplique en cire de la clé qui avait été brisée, il avait pu libérer Ace.
Noriko se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Elle fit apparaître un torrent autour de Mr 3 qui se débattit aussitôt et avisa les alentours, tentant de se rappeler du dernier endroit où elle avait vu Marco. Lorsqu’elle l’aperçut tenant encore debout, elle jeta l’ancien agent du Baroque Works dans sa direction en lui criant qu’il saurait quoi faire.
Son capitaine se gratta la tête. Il ouvrit la bouche pour protester, mais changea d’avis en voyant l’air déterminée qu’affichait Noriko. Deux Vice-Amiraux lui foncèrent dessus avant d’être repoussés par un mur de flammes.
Ace atterrit à ses côtés.
— Faut pas embêter mon petit frère, railla-t-il.
Noriko esquissa un sourire amusé et fit apparaître deux torrents qui s’élevèrent et restèrent en suspens autour d’elle, prêts à balayer ceux se trouvant sur son chemin.
Ils avisèrent la baie qui s’étendait au-delà de la Grande Place. Quelques navires alliés étaient toujours en état de fonctionner et le bâtiment serti de roues à eau reculait déjà tant bien que mal. Pour les atteindre, ils devaient encore traverser le champ de bataille.
Une secousse leur fit perdre l’équilibre. Le sol se brisa par endroits, laissant apparaître d’immenses crevasses sans fond qui avalaient pirates et Marines. Le ciel explosa sous une onde de choc mêlant glace, lave et lumière. Barbe Blanche luttait toujours contre les Amiraux et les dégâts qui en résultaient menaçaient de tout détruire.
— NE LES LAISSEZ PAS S’ENFUIR ! hurla Sengoku. IL FAUT ABSOLUMENT TOUS LES ABATTRE !
Ayant repris sa forme humaine, il se tenait perché sur les remparts menant vers la ville. Nul doute que s’il laissait exploser sa puissance, il tuerait la moitié de ses hommes.
À ses côtés, Garp se frottait toujours le crâne, affichant un visage souffrant et épuisé.
— Attention !
D’un coup de pied, Luffy dégagea violemment Ace et Noriko avant de se propulser plus loin. L’esplanade se brisa sous le coup d’un laser d’un Pacifista.
Protégée par les bras puissants de son amant, Noriko roula sur le sol avant de s’écraser au pied d’une bâtisse. Ace dégagea des gravats de son dos pour se redresser et l’aida à en faire de même, s’assurant qu’elle n’était pas blessée.
— Ils nous lâcheront pas, murmura-t-il en levant le nez.
Elle suivit son regard et remarqua que les écrans géants diffusaient continuellement leurs positions – ainsi que celle de Luffy.
Des Marines armés de fusils les interrompirent en leur tirant dessus. Ace s’interposa devant Noriko avant qu’elle n’abaisse son bras déjà flanqué d’une bulle d’eau et érigea un mur de flammes qui emporta les balles de ses ennemis.
— Tu es forte, mais laisse-moi te protéger encore un peu, sourit-il en la regardant du coin de l’œil.
Il transforma l’un de ses poings en flamme et l’envoya vers les soldats qui hurlèrent d’agonie l’instant d’après, courant et se roulant au sol pour éteindre leurs vêtements.
Trois Capitaines prirent le relais et se ruèrent sur Ace. Il n’eut pas besoin de réagir. Vista surgit de nulle part pour intercepter leurs attaques et les repoussa d’un coup de lame.
— ACE ! hurla-t-il avec un grand sourire en l’étouffant dans ses bras.
Le jeune homme toussa lorsque son dos fut compressé et tituba quand il fut relâché.
— Content de te voir aussi, grimaça-t-il en faisant craquer ses cervicales.
— On aura tout le temps pour papoter plus tard, avertit l’épéiste.
Il regarda Noriko avec un grand sourire compatissant.
— Fille de l’eau, je suis navré pour toi parce que je doute que tu apprécies ce qui va suivre.
Elle se crispa quand il croisa ses sabres devant lui pour élever une dalle qu’il envoya dans les airs en guise de signal.
— Accroche-toi à elle, Ace.
Obéissant, celui-ci passa ses bras sous les jambes et les bras de Noriko pour la soulever.
Se tenant à son cou, elle eut tout juste le temps d’apercevoir la silhouette de Jinbe qui ouvrait un poing dans sa direction. Le juron qu’elle poussa ensuite se perdit dans les airs quand elle fut aspirée en avant.
Ils atterrirent à bonne distance de l’échafaud, au moment où l’homme-poisson se hâtait de rejoindre Ivankov qui combattait les Pacifistas.
— Il fait souvent ça ? demanda Ace en retrouvant tant bien que mal son équilibre.
Noriko lui répondit par un soupir frustré.
Un froid glacial souffla violemment. L’instant d’après, Luffy s’écrasait lourdement près d’eux, à bout de force.
Ace le releva par les aisselles au moment où Aokiji se matérialisa devant eux.
— Le soleil ne se lèvera plus pour vous, marmonna-t-il en faisant apparaître une lame de glace. Votre vie va prendre fin ici.
— Reculez ! hurla Ace.
Noriko explosa le sol aux pieds de l’Amiral, de quoi donner le temps à son amant de lui envoyer Luffy dans les bras. Elle le réceptionna à l’aide d’une bulle et se propulsa en arrière.
Le feu rencontra la glace dans un terrible fracas.
— Ace ! se débattit mollement Luffy.
— Fais-lui confiance, rétorqua Noriko en posant un de ses bras sur ses épaules, tu connais sa puissance.
Elle le força à la suivre, luttant pour tenir sur ses deux jambes, tandis qu’elle esquivait les cadavres sur son chemin. Accroché à elle, Luffy menaçait de s’évanouir à tout moment.
Des pirates affluèrent vers eux, assurant qu’ils les aideraient à s’enfuir. Ils repoussèrent les attaques de Marines et prirent celles des Grands Corsaires de plein fouet, tout en ordonnant à Noriko de ne pas s’arrêter.
Doflamingo repoussa quatre hommes en tranchant l’air de ses doigts avant de se dresser devant elle. Avec un rire sinistre, il se décala de son passage et tendit une main vers la baie.
— Je vous laisse filer, ça rendra la suite encore plus intéressante.
Cet homme avait décidément le don d’horripiler la manieuse d’eau. Pourquoi ne cessait-il de l’aider ? Elle le gratifia d’un regard mauvais, il regarda au-dessus de sa tête et disparut en un battement de cils.
Elle comprit pourquoi lorsqu’elle se retourna.
— COMMENT PEUX-TU ÊTRE AUSSI INCONSCIENTE !? vociféra Mihawk en l’attrapant par le col.
La brutalité de son geste lui fit lâcher Luffy qui gémit faiblement suite au choc. Les pieds de Noriko touchaient à peine le sol, tandis que son oncle la regardait avec des yeux fous. Terrassée par la fatigue et ne comprenant pas de quoi il parlait, elle ne réussit qu’à bouger ses lèvres tremblotantes sans émettre le moindre son.
Sa réaction ne fit qu’accroître la colère du Grand Corsaire. Il avisa brièvement les alentours et se força à baisser d’un ton.
— Noriko, fulmina-t-il en la rapprochant de son visage. Ils étaient prêts à t’emprisonner et toi… toi, tu viens bêtement de leur donner la pire raison pour te mettre à mort !
Elle écarquilla les yeux. À quoi faisait-il allusion pour qu’il se mette dans un état pareil ?
Elle tomba à terre quand il la relâcha pour contrer l’attaque d’un des commandants de Barbe Blanche. Abasourdie, elle s’empressa de ramper vers Luffy qui luttait pour rester éveillé, tandis que son oncle repoussait des pirates qui leur étaient venus en aide. Les larmes roulaient sur ses joues alors qu’elle essayait de retrouver une respiration normale. Elle croyait avoir déjà connu la fureur de Mihawk, mais ne pouvait que constater qu’elle s’était lourdement trompée.
— Lève-toi, Luffy, gémit-elle.
Elle n’osa pas regarder le Grand Corsaire lorsqu’elle aida son capitaine à se remettre debout, et elle ne se retourna pas lorsqu’elle reprit sa route.
Elle ravala ses larmes, retint un sanglot dans sa gorge, puis claudiqua avec peine en supportant le poids de Luffy qui reposait sur son épaule.
Des cris résonnèrent au large : un deuxième navire à roues fonçait à travers la baie. Bravant les tirs des tri-canons, il passa par-dessus les restes des remparts d’acier et percuta violemment les quais qui se brisèrent sous le choc.
Le sol se fissura, agrandissant les crevasses déjà existantes. Deux tourelles s’effondrèrent sous leur propre poids et s’enfoncèrent dans les méandres de la terre. Des cris de terreur résonnaient tandis que de nombreux soldats étaient emportés avec elles.
Noriko s’accrocha à Luffy et se laissa emporter par un de ses torrents pour éviter de sombrer à leur tour.
Pirates et Marines étaient dépassés par la situation et le chaos était total.
Perché sur la proue du navire, proférant des injures envers Akainu, Squardo tenait fermement son arme brandie devant lui, bien décidé à se racheter de ses erreurs.
— FUYEZ TOUS ! ON VA PRENDRE LA RELÈVE !
Les hommes présents sur la Grande Place obéirent, tandis que ceux fraîchement débarqués engagèrent le combat contre les renforts des Marines qui arrivaient toujours plus nombreux.
Deux pirates vinrent porter secours à Noriko qui n’arrivait plus à se lever.
— N’abandonne pas ! cria l’un d’entre eux en l’aidant à soulever Luffy qui demeurait à moitié inconscient.
Des flammes s’élevèrent dans le ciel. Elle tourna la tête vers les écrans géants et aperçut Ace qui luttait toujours contre Aokiji.
— Ace est toujours là-bas ! hurla-t-elle, la gorge serrée par l’angoisse.
Le navire gronda et passa par-dessus les quais. En panique, les soldats tentèrent de se sauver, provoquant un mouvement de foule. Le pirate attrapa Noriko par le bras et la jeta avec force au-delà d’une crevasse pour leur éviter d’être emportés. Elle atterrit douloureusement sur le dos, les ongles plantés dans les vêtements de son capitaine pour le garder près d’elle.
Dirigé vers le bâtiment principal du Quartier Général, le bateau à roues pulvérisait les dalles sur son passage. Bien que lentement, il avançait sans s’arrêter dans un terrible grincement.
Hors de sa trajectoire, la manieuse d’eau se coucha sur le corps de son ami et le fit rouler pour éviter les gravats qui pleuvaient sur eux. L’élasticité de son capitaine le protégeait des coups, mais elle ne pouvait pas risquer qu’il se retrouve coincé ou qu’il soit entraîné vers le fond d’une crevasse.
Son sang se glaça dans ses veines quand elle remarqua qu’il respirait à peine.
Épuisée, elle s’agenouilla près de lui et le secoua vigoureusement.
— Réveille-toi, Luffy ! Je t’en supplie, c’est pas le moment !
Quelqu’un atterrit près d’elle.
— Écarte-toi ! somma Ivankov en faisant apparaître une aiguille au bout de son index.
Les yeux de Luffy s’écarquillèrent lorsque la pointe fut profondément plantée dans son cœur. Il se releva en hurlant et en gesticulant si fort que Noriko dut le retenir pour l’empêcher de se blesser.
— De l’adrénaline, expliqua fièrement le révolutionnaire comme s’il répondait à une question.
— Vous êtes tous tarés, c’est pas possible !
Un sourcil levé, il la détailla de haut en bas.
— C’est toi qui dis ça ?
— Où est Ace !? haleta Luffy qui transpirait à grosses gouttes.
Un brasier s’éleva du côté de l’échafaud avant de se propager dangereusement vers les bâtisses. Noriko jeta un œil aux écrans, mais ne vit rien d’autre qu’un nuage de fumée sur celui qui projetait l’image du manieur de feu.
Reviens-nous vite, Ace…
Elle s’aida de la main tendue du révolutionnaire pour se lever et invita Luffy à en faire de même.
Un Pacifista partiellement détruit manqua de les écraser. L’humanoïde fut rejoint par Jinbe et Hancock.
— Je vous ai dégagé une voie sur la gauche, prévint l’impératrice. Suivez les statues de pierre et vous trouverez un cuirassé prêt à lever l’ancre.
Elle jeta un regard inquiet à Luffy, rougit légèrement quand il lui sourit, puis disparut pour contrer une horde de soldats.
Le Chapeau de Paille poussa Noriko vers l’homme-poisson.
— Je retourne chercher Ace !
Elle protesta aussitôt.
— Je viens avec toi !
Luffy planta ses talons dans le sol et lui fit face.
— Hors de question, toi, tu restes avec Jinbe et tu dégages !
— Tu crois que je vais vous abandonner maintenant !? s’emporta-t-elle.
— S’il te plaît, Noriko, tu t’es bien battue, mais je me le pardonnerai jamais si tu meurs…
Jinbe les attrapa tous les deux au moment où le sol s’écroula sous leurs pieds, explosé par un laser de Kizaru. Obligés de s’éloigner, ils atterrirent toujours plus loin de la baie.
— Je vais le retenir, cria l’homme-poisson en poussant brutalement les deux jeunes pirates vers Ivankov.
— Il faut trouver ces visio-escargophones de malheur, s’emporta le révolutionnaire en toussant, sans eux, vous aurez plus de chance de vous enfuir.
Il pointa sa propre réflexion sur l’écran géant alors qu’il se trouvait près de Luffy qui secouait Noriko.
— Oui, c’est à toi que je parle !
Ivankov disparut. Quelques secondes plus tard, une onde de choc résonna et l’image se coupa.
Noriko se redressa. Luffy plaqua une main derrière son crâne et la força à lui faire face. Elle resta interdite quand il sonda son regard.
— Un dernier ordre, Nori : reste en vie.
Il n’attendit pas sa réponse et la traîna derrière lui. Tous deux repartirent vers l’échafaud.
De partout, les pirates continuaient à lutter contre les Marines. De temps à autre, ils apercevaient les hauts gradés qui ravageaient tout sur leur passage.
Noriko détourna le regard lorsqu’elle aperçut une onde verte trancher le ciel. Mihawk savait où elle se trouvait, elle pouvait ressentir son aura et son Haki de l’Observation qui tentait de venir s’emparer d’elle. Du sable vola autour de ses pieds, indiquant que Crocodile était toujours sur place. Les lasers fusaient au-dessus de leurs têtes et des cris de terreur et d’agonie résonnaient dans les airs. Elle trébucha, mais se força à rester debout. Devant elle, Luffy ouvrait la voie. Nul doute qu’il s’écroulerait dès l’instant où le pic d’adrénaline quitterait son organisme.
Elle souffla de soulagement lorsqu’Ace atterrit finalement devant eux.
— Qu’est-ce que vous fichez encore ici !?
Comprenant qu’il n’aurait pas de réponse, il serra les dents et les repoussa dans le sens inverse. Un incendie se propagea brusquement au niveau des bâtisses, forçant Aokiji à intervenir.
Plusieurs explosions et bruits stridents fracassaient les tympans. Les boulets des tri-canons et les tirs de laser continuaient de pleuvoir de manière aléatoire, et le terrible grincement du navire à roues déchirait le ciel.
Noriko respirait difficilement alors qu’elle courait. En plus de l’odeur insoutenable de mort et de sang qui brûlait la gorge, sa hanche la lancinait à chaque pas, et elle devait puiser au plus profond de son énergie pour ne pas sombrer. Malgré sa force surhumaine, son corps la trahissait peu à peu.
Plusieurs ondes de choc rendaient également leur avancée difficile. Les Marines qui tentaient de s’interposer étaient rapidement repoussés par les commandants, mais les crevasses ne faisaient que les ralentir, les forçant à rallonger leur route pour rejoindre la baie.
Du coin de l’œil, elle aperçut Marco – sa menotte toujours accrochée à son poignet – qui, avec l’aide de ses hommes, tentait désespérément de réveiller Mr 3 qui demeurait à nouveau inconscient.
Elle chercha leurs ennemis les plus puissants : Akainu luttait toujours contre Barbe Blanche, Kizaru demeurait introuvable après avoir interrompu son duel avec Jinbe et Aokiji risquait de débarquer d’un moment à l’autre pour reprendre son combat avec Ace.
Simultanément, les autres hauts-gradés luttaient contre les alliés aux côtés des Grands Corsaires.
Elle jeta un œil par-dessus son épaule. Garp et Sengoku se tenaient toujours immobiles.
Son regard se posa sur l’écran géant qui la montrait aux côtés d’Ace et Luffy, courant à perdre haleine pour regagner la baie.
Un fracas assourdissant résonna, réduisant la Grande Place au silence.
Noriko se cogna contre le dos de Luffy quand il arrêta sa course. Ils tournèrent la tête d’un même mouvement : le bateau à roues s’était brutalement immobilisé à quelques mètres d’eux.
Planté devant ce dernier, Barbe Blanche l’empêchait d’avancer à l’aide d’une seule main. Son thorax saignait abondamment et sa respiration rauque vrombissait.
— Les fils veulent mourir avant le père, hein ? Ne soyez pas si arrogants. On doit tous partir un jour… mais votre heure n’est pas encore venue. Moi en revanche… mon époque est révolue et je compte bien laisser place à la nouvelle ère.
Il toussa grassement et cracha du sang.
— On n’a plus rien à faire ici, continua-t-il. Je vais vous donner mon dernier ordre de capitaine, alors écoutez-moi bien…
Noriko retint Ace par le bras lorsqu’il fit un pas vers son père et glissa sa main dans la sienne.
Barbe Blanche éclata son bisento sur le sol. Il leva finalement la tête et hurla à s’en arracher la gorge.
— C’EST ICI QUE NOS ROUTES SE SÉPARENT, TÂCHEZ DE RESTER EN VIE ET DE RETOURNER DANS LE NOUVEAU MONDE !
— PÈRE !
Les incendies s’intensifièrent lorsqu’Ace cria en même temps que tous les autres pirates.
Pour toute réponse, l’Empereur ancra ses doigts dans le ciel et ferma ses poings.
Dans un réflexe à peine perceptible, Ace força Luffy et Noriko à s’écraser au sol et protégea leurs têtes en repliant ses bras dessus.
— RESTEZ PAS LÀ ! tonna la voix de Sengoku. IL VA ANÉANTIR L’ÎLE !
Seuls les plus puissants de la Marine purent s’enfuir à temps lorsque Barbe Blanche ouvrit ses poings.
Le bruit de l’explosion fut semblable à une dizaine de coups de tonnerre réunis. La violence du choc qui suivit obligea tous les pirates à se jeter à terre. D’énormes vagues s’écrasèrent sur les extrémités de la baie et l’île entière se souleva.
Lorsque le calme revint, Noriko ouvrit les yeux et constata avec horreur que l’intégralité des soldats qui étaient sur la Grande Place jusqu’à présent avait disparu. Seuls les pirates gisaient au sol avant de se relever fébrilement.
— VOUS DÉSOBÉISSEZ !? explosa de colère Barbe Blanche.
Ses hommes eurent un léger moment d’hésitation. Puis tous lui obéirent. Courant à perdre haleine, ils se dirigèrent d’un seul mouvement vers la baie.
Ace força Noriko et Luffy à se relever et les pressa pour qu’ils se mêlent aux pirates.
De toutes parts, les hauts gradés hurlaient des ordres à leurs subordonnés. Certains prétendaient que Barbe Blanche allait envoyer Marineford par le fond maintenant qu’il n’avait plus à se soucier d’Ace, tandis que d’autres ajoutaient qu’il allait sombrer avec.
Les pirates, quant à eux, avaient le visage rongé par le chagrin, mais aucun d’entre eux ne s’arrêta pour discuter les ordres.
La voix de Sengoku résonna à travers un haut-parleur, ordonnant de ne laisser personne s’enfuir et d’appliquer la sentence de mort sans aucune exception.
L’incendie terrassant les bâtisses avait été maîtrisé par Aokiji, permettant à des milliers de nouveaux soldats cachés jusque-là d’envahir la Grande Place. Sous les ordres du chef de division, ils se déployèrent de manière stratégique.
Au même moment, les Grands Corsaires et les Pacifistas reprenaient le combat.
Noriko fut soulagée d’apercevoir Marco voler dans les airs. Ses menottes retirées, il avait enfin pu se régénérer. Ses ailes bleues déployées, il atterrit devant Joz qui était grièvement blessé après avoir été gelé et ordonna à une division de le prendre en charge.
Ivankov retrouva Luffy et indiqua qu’il avait repéré le chemin de statues menant au cuirassé.
Ce fut à ce moment-là qu’Akainu, Aokiji et Kizaru se matérialisèrent au centre de la Grande Place. Après avoir esquivé la dernière attaque de Barbe Blanche, ils tentaient d’empêcher quiconque de rejoindre la baie.
Ils n’eurent pas le temps de faire beaucoup de victimes : une onde de choc les força à reculer.
— C’EST MOI VOTRE ADVERSAIRE ! hurla l’Empereur en se plantant lourdement devant eux.
Ace s’immobilisa, les yeux rivés sur son père, réalisant qu’il allait se sacrifier pour eux.
— Ace…, supplia Noriko.
— Il a fait son choix, murmura le révolutionnaire, nous devons le respecter.
— Je sais, répondit Ace. Je le déshonorerai pas.
Il fit apparaître deux immenses murs de flammes qui vinrent couper la route de Barbe Blanche. Il tomba ensuite à genoux et s’inclina.
L’Empereur regarda par-dessus son épaule et esquissa un sourire.
— Les mots sont inutiles, souffla-t-il. Peux-tu seulement me dire… si j’ai été un bon père ?
Ace explosa en sanglots.
— Bien sûr que oui !
Barbe Blanche afficha agrandit son sourire, puis reporta son regard vers son destin. Il leva son bisento et franchit le mur de flammes afin de rejoindre ses ennemis.
Ace essuya rageusement ses yeux, puis rejoignit Luffy et Noriko. Ensemble, ils coururent le plus vite possible derrière Ivankov qui ouvrait la voie.
— Que tous les survivants partent vers le Nouveau Monde, hurla Marco en survolant le champ de bataille, courez sans vous arrêter !
Derrière eux, la lutte faisait rage tandis que des explosions de magma et de glace leur barraient parfois la route.
Des soldats armèrent leurs fusils en direction de Noriko qui envoya un torrent d’eau pour les balayer. Pantelante, elle continua son chemin.
Ace laissa exploser sa colère à l’aide d’une colonne de feu qu’il laissa retomber sur un autre groupe d’ennemis.
Ils croisèrent Jinbe qui aidait ceux qu’il pouvait en manipulant des murs d’eau de mer.
— Perdez pas votre temps à combattre, clama-t-il, le paternel veut le plus de survivants possible !
Des cris d’agonie résonnèrent lorsqu’une pluie de météorites s’abattit sur la Grande Place.
Émergeant d’une flaque de magma, Akainu se matérialisa. Furieux, il proclama que personne ne partirait d’ici, arma son poing et abaissa une vague de lave.
Ivankov s’immobilisa en constatant que ses hommes se trouvaient sur la trajectoire de l’attaque. En un éclair, il se propulsa dans les airs et fit apparaître une onde de choc qui sauva ses compagnons.
Le souffle brûlant qui s’en dégagea força Noriko, Ace et Luffy à se protéger le visage de leurs bras. Une météorite s’écrasa à leurs pieds, les éjectant tous trois en arrière.
Ce fut le bruit strident d’un acouphène qui fit reprendre conscience à Noriko. Autour d’elle, des formes floues se découpaient tandis que le sol pavé tremblait sous ses mains. L’atmosphère étouffante empêchait de respirer correctement et donnait la sensation d’être au cœur d’un volcan.
Elle laissa échapper un cri de douleur quand elle voulut se relever et retomba sur son ventre.
Au loin, elle aperçut la silhouette de Luffy. Les jambes tremblantes, il crachait du sang et peinait à se mettre debout.
Le bruit d’une lame dégainée activa l’instinct de survie de Noriko. Elle fit immédiatement volte-face et eut juste le temps de voir une boule de feu repousser le Marine qui lui fonçait dessus.
— Noriko ! hurla Ace en dérapant à ses côtés.
Il attrapa son visage, s’assura qu’elle était saine et sauve, puis releva brièvement la tête vers Luffy qui titubait, donnant l’impression qu’il ne savait plus où il était.
Ace ancra son regard dans celui de Noriko.
— Promets-moi de rester en vie, murmura-t-il de nouveau.
Il posa ses lèvres sur son front et elle siffla de douleur quand il la leva brusquement.
Traînée de force, Noriko peinait à suivre la cadence. Son corps était arrivé au bout de ses limites et son esprit n’aspirait qu’à dormir pour ne plus jamais se réveiller.
Une éruption attira son regard. Akainu s’éleva un peu plus, hurlant aux pirates qu’ils étaient tous des lâches à fuir le combat, avant de les abattre sans retenue.
Ace resserra sa main sur la sienne et des flammes tressautèrent autour de lui au moment où il arriva près de Luffy.
— Juste un peu secoué, rassura le capitaine en frottant son crâne ensanglanté.
Armés jusqu’aux dents, des Marines tuaient ceux qu’ils croisaient sans aucune pitié.
Noriko serra les dents et tenta de faire apparaître de l’eau qui retomba aussitôt à ses pieds sous la forme d’une flaque.
Ace la tira en arrière, prétextant que se battre dans son état était tout bonnement suicidaire.
— Tel père, tels fils, n’est-ce pas, Ace !? hurla la voix d’Akainu.
Le manieur de feu s’immobilisa, le souffle coupé.
— Il fallait s’attendre à cette débâcle, continua l’Amiral avec un grand sourire, après tout, Barbe Blanche est ce qu’il a toujours été : un lâche et un perdant.
— Retire ce que tu viens de dire ! fulmina Ace en enflammant ses poings.
— Arrête, coupa Luffy.
— Il a insulté le paternel.
— Je t’en prie, Ace, implora Noriko, laisse-le dire et allons-nous-en.
— Tu devrais les écouter, railla Akainu, ça ne fera que confirmer ce que Barbe Blanche vous a enseigné : fuir avec sa famille.
— Il nous a donné un lieu où vivre, rétorqua Ace, tu ne sais rien de sa grandeur d’âme.
— Me fais pas rire. Du temps de Roger, il a toujours été second, incapable de le battre ; et même après sa mort, il n’a jamais prouvé sa valeur, se contentant de faire trembler les plus faibles avec un nom, mais sans aucun exploit à son actif.
Les poings d’Ace tressautèrent.
— Ne rentre pas dans son jeu, supplia Luffy.
Ace attrapa Noriko et son frère par le bras, puis les poussa sur un énorme bloc de pierre. Avant qu’ils n’aient eu le temps de réagir, il fit apparaître une boule de feu dessous et les propulsa au loin.
Luffy gonfla son ventre pour amortir leur chute, mais ne put contrôler leurs trajectoires et tous deux furent éjectés chacun de leur côté.
Noriko secoua la tête pour reprendre ses esprits et aperçut Ace se jeter sur Akainu.
— NON !
L’Amiral para facilement l’attaque.
— Ose me dire que j’ai tort ! tonna-t-il en le repoussant. Barbe Blanche n’est qu’un pirate de pacotille, se contentant de voguer sur les mers et de recruter les premiers imbéciles venus qu’il fait passer pour ses fils. Tout ça pour se faire planter par l’un d’entre eux !
— La ferme ! vociféra Ace.
Le souffle causé par la boule de feu balaya Noriko. Les sens en alerte, elle chercha Luffy du regard et l’aperçut au loin, suppliant son frère d’arrêter.
— Ace ! hurla-t-elle d’une voix brisée.
Un cri enragé lui fit faire volte-face et esquiver de peu une lame qui se planta dans le sol. Son cœur bondit dans sa poitrine : les Marines qu’elle avait aperçus tantôt l’avaient rattrapée.
La montée d’adrénaline lui permit de se mettre sur ses jambes. Face à elle se trouvait désormais une vingtaine d’ennemis. Leur chef de section fit un geste et la moitié d’entre eux se dirigea vers Luffy.
Le sol trembla. De la lave s’en éleva et fusa vers Ace.
Noriko voulut se précipiter vers lui, mais un des soldats trancha l’air dans sa direction, la forçant à reculer. Elle serra les dents et ouvrit les paumes. Deux bulles d’eau compactes apparurent aussitôt. Une balle frôla son bras, arrachant sa chair et lui faisant échapper un cri de douleur.
— Rends-toi, aboya un Marine, on t’achèveras rapidement si tu te laisses faire !
Les sourcils froncés, Noriko compta sur sa force surhumaine pour se redresser et laissa exploser sa colère.
— C’est vous qui allez mourir, cracha-t-elle en élevant une immense vague.
Derrière elle, la lave rencontrait le feu, le détruisant sur son passage et n’en laissant aucune trace.
Noriko tendit une main pour envoyer un torrent mortel vers l’amas de flammes, mais ne parvint qu’à le voir s’évaporer à cause de la chaleur.
Un coup de pied dans les côtes l’envoya rouler au sol. Le souffle coupé, elle éclata ses paumes ensanglantées sur les dalles et se propulsa en arrière.
Autour d’elle, des murs de flammes et de lave empêchaient quiconque d’intervenir. Elle aperçut brièvement Luffy lutter contre plusieurs soldats avant de disparaître derrière un nuage de fumée.
— Ace, arrête ! hurla-t-elle sans savoir où regarder.
L’endroit était une véritable fournaise ; la chaleur brûlait ses rétines, la forçant à plisser les yeux.
— Il joue les héros, mais il n’est même pas capable de venir secourir l’un d’entre vous par ses propres moyens, gronda la voix d’Akainu.
— Je te laisserai pas insulter l’homme qui m’a sauvé ! rétorqua Ace.
Noriko fonça vers un rideau uniquement composé de flammes qui s’affaissa quand elle le franchit. Un Marine tenta de la suivre et se retrouva brûlé vif.
Elle s’écroula malgré elle pour reprendre son souffle et ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’elle aperçut enfin Ace asséner un coup vers Akainu. Elle ne chercha pas à se relever et rampa vers eux avec peine.
L’amiral attrapa le poing du jeune pirate et transforma le sien en lave. Ace rugit de douleur, et s’écroula en arrière, la main partiellement brûlée.
— Tu peux rien contre moi, assura fièrement le manieur de lave. Tu as beau être un Logia, le Magma consume le feu.
Il décocha une droite dans la mâchoire d’Ace qui roula sur le sol.
— Et dans ton état, c’est pas ton Haki qui te sauvera, avertit Akainu.
Son poignet serré contre son torse, Ace remarqua Noriko qui se traînait vers eux en hurlant. Il se mordit la lèvre inférieure, ferma les yeux et éleva un mur de flammes qui la rejeta en arrière.
Noriko tendit une main vers lui juste avant qu’il ne disparaisse de son champ de vision.
Elle grogna de douleur et de frustration quand elle planta son poing dans une dalle pour se redresser. Un Marine encercla brutalement sa gorge de son avant-bras. Elle attrapa la lame de son sabre avant qu’elle ne s’enfonce dans son cou et hurla lorsque la peau de ses doigts fut tranchée.
AIDE-MOI !
Son pouvoir resta silencieux, aucune douleur ne se manifesta à l’arrière de son crâne ou de ses yeux.
Elle bascula son torse en avant, fit passer le soldat par-dessus sa tête et roula sur lui pour se dégager de son étreinte. Elle tendit ensuite sa paume et lança une bulle qui s’enfonça dans son nez et sa gorge.
— Il mourra comme il a vécu : en perdant !
— Cette ère est et restera celle de Barbe Blanche !
Noriko fut tirée en arrière par un nouveau Marine qui l’attrapa par les cheveux, tandis qu’un autre lui faisait face. Elle dégagea le deuxième assaillant d’un coup de pied dans l’entre-jambes, puis attrapa le poignet du premier pour réduire la pression sur sa chevelure avant de tourner sur elle-même en le maintenant de toutes ses forces. L’homme hurla lorsque l’os de son avant-bras perça sa chair.
Elle se redressa et l’assomma d’un coup genou dans nez.
Le cri de rage de Luffy perça ses tympans une seconde avant qu’une rafale de coups de poing ne provoqua un appel d’air. Elle le vit enfin de dos, terrassant le dernier Marine qui lui bloquait le passage.
Elle se crispa lorsqu’un soldat surgit devant elle, un fusil pointé vers sa poitrine. Par instinct de survie, elle se jeta sur lui et attrapa l’arme pour dévier sa trajectoire. Ses paumes poisseuses de sang glissèrent le long de la crosse et du canon. L’homme était fort, trop fort pour ses muscles qui menaçaient de se déchirer à chaque mouvement. Elle tint bon et lutta contre lui dans l’espoir de lui faire lâcher prise.
— Ceux qui ne vivent pas droitement ne méritent pas de vivre ! hurla Akainu. Le sang de Roger, le sang de Dragon : leur descendance seule est un crime !
Le cœur de Noriko se serra. Sifflant à travers ses dents, elle posa un genou à terre tandis que le Marine prenait le dessus. Les bras repliés contre sa poitrine, le fusil s’enfonçait lentement dans sa gorge. Elle ne tiendrait plus très longtemps.
— Regarde bien, sale vermine, parce qu’aucun d’entre vous n’ira nulle part !
Sur ces paroles, Akainu s’éleva dans le ciel en brandissant un poing de lave.
Les sens de Noriko se décuplèrent quand elle entendit Ace hurler de désespoir. Les flammes s’intensifièrent, projetant une lumière aveuglante. Elle poussa sur ses bras en grognant de fureur, se releva, enfonça son talon dans le thorax du soldat pour lui arracher le fusil des mains et pointa le canon vers son front.
Agenouillé, celui-ci ne put qu’ouvrir bouche lorsqu’elle appuya sur la détente en criant de rage.
— LUFFY !
La voix d’Ace déchira le ciel au moment où la cervelle du Marine explosa en un geyser de sang qui éclaboussa le visage de Noriko.
Le corps inanimé retomba mollement sur le côté, l’énorme incendie s’évapora en un souffle. Marineford et tous ceux présents sur la Grande Place furent de nouveau visibles. Un silence pesant s’abattit sur l’assemblée.
Haletante, Noriko abaissa son arme avant de faire volte-face.
Elle cessa de respirer. Son estomac tomba dans ses talons. Le fusil glissa de ses mains tremblantes et s’écrasa à ses pieds. La gorge sèche, elle tentait d’avaler sa salive, tandis que ses yeux s’écarquillaient d’horreur.
Luffy était à terre. Ace se tenait face à Luffy. Akainu se tenait derrière Ace, un poing de magma traversant intégralement le thorax du jeune commandant.
La respiration de Noriko fut secouée par un spasme incontrôlable qui contracta sa trachée.
— Ace…, déglutit-elle faiblement.
Akainu recula et sortit son bras couvert du sang de son amant.
Tétanisée, elle attendit que le corps d’Ace se change en feu pour se reconstruire.
Réagis, réagis, réagis… Pitié, Ace… Réagis !
Il toussa une quantité importante de sang. Elle s’effondra sous son propre poids, comprenant à ce moment-là que son Fruit du Démon ne lui viendrait pas en aide.
Ace tituba, le visage crispé par la douleur. Luffy le regardait avec effroi, totalement immobile.
Incapable de bouger, Noriko ouvrit et referma plusieurs fois la bouche. Sa vision se brouilla.
— Ace, gémit-t-elle.
Sa respiration s’accéléra. De plus en plus vite. Incapable ne serait-ce que de cligner des yeux, elle se plia en deux, tentant de reprendre le contrôle de son corps qui refusait de lui obéir.
— Ace…, s’étrangla-t-elle à travers ses larmes qui inondèrent les pavés.
Akainu grogna qu’il n’était pas encore tout à fait mort. La chaleur que dégageait la lave se fit sentir. D’une voix brisée, Luffy le supplia d’arrêter.
Le sang de Noriko ne fit qu’un tour. Elle planta des ongles dans le sol et releva la tête.
— AAAAACE !
Une onde de choc balaya les airs quand elle s’élança.
Tout en se vidant de son sang et sans pouvoir détacher son regard d’Ace, elle courut.
Une ombre atterrit à ses côtés. Sa course fut brusquement arrêtée par une main puissante qui s’enroula fermement sur son ventre.
— Lâche-moi ! hurla-t-elle avec hargne.
— Calme-toi, imposa Mihawk.
— LÂCHE-MOI ! répéta-t-elle en tentant de tordre ses doigts.
— Arrête, souffla-t-il en la plaquant contre son torse, c’est trop tard, tu ne peux plus rien faire pour lui.
— Non… NON, NON… !
Ses pieds ne touchaient même plus le sol tant elle se débattait. Elle voulut ouvrir ses paumes, mais Mihawk, plus rapide, refermait inlassablement ses poings. Elle hurlait, s’égosillait, griffait furieusement les manches de son manteau, essayait de le mordre, et ne put qu’assister, impuissante, à la scène qui se déroulait devant ses yeux.
Ace tomba à genoux, Luffy le rattrapa dans ses bras avant qu’il ne s’effondre.
De son côté, Akainu préparait un nouveau poing de magma.
Ce fut l’intervention de Jinbe qui les sauva. D’un puissant coup de pied, il repoussa l’Amiral de plusieurs mètres, hurlant qu’il ne le laisserait pas faire.
Les pirates de Barbe Blanche profitèrent de l’instant de confusion et réengagèrent férocement le combat pour aider l’ancien Corsaire, tout en hurlant le prénom de leur camarade.
Le carnage qui suivit fut un véritable bain de sang.
Noriko planta ses ongles dans la peau de Mihawk. Il encercla finalement ses bras le long de son corps et la tira en arrière pour l’emmener de force.
Elle tenta de résister, ne cessant de répéter de la lâcher jusqu’à se casser la voix.
Ace tourna faiblement la tête vers elle. Ses lèvres remuèrent. Elle parvint à cerner le dernier message qu’il lui laissait.
« Je t’aime. »
Ses pupilles se contractèrent. Son souffle se coupa et son cœur se déchira dans sa poitrine.
— NON, ACE ! NON !
Ace laissa retomber sa tête sur l’épaule de son frère. Luffy tremblait, cherchant désespérément une aide autour de lui.
Ivankov atterrit près d’eux, mais resta immobile, la mine abattue. Luffy le supplia d’intervenir, mais le révolutionnaire se contenta de baisser tristement la tête.
Complètement hystérique et gesticulant dans tous les sens, Noriko s’époumonait à travers ses larmes. Elle jeta violemment sa tête en arrière. Mihawk eut un léger mouvement de recul pour l’éviter. Elle en profita pour dégager l’un de ses bras et tendit désespérément une main vers Ace, le visage déformé par la douleur.
Le Grand Corsaire la traîna sur plusieurs mètres, puis la laissa reposer brièvement sur ses jambes avant d’enfoncer un pied derrière son genou pour la déséquilibrer.
Ses dents claquèrent lorsqu’elle tomba brutalement à plat ventre.
Luffy réajusta le bras de son frère sur son dos pour l’empêcher de s’écrouler, le mouvement permit d’apercevoir l’étendue des dégâts.
Maintenue au sol, la main toujours tendue, Noriko constata avec effroi que l’emblème de Barbe Blanche tatoué dans le dos de son amant avait entièrement disparu, remplacé par un énorme trou bordé de lambeaux de peau fondue et de chair carbonisée.
Elle se figea d’horreur.
Ace agonisait. Il allait mourir.
Elle était venue le sauver. Elle avait échoué.
Anéantie, elle hurla une dernière fois son prénom.
Il ne releva pas la tête.
Tout devint silencieux lorsqu’il ferma ses paupières et qu’il s’écroula définitivement.
Noriko cessa de respirer.
Ses doigts s’arquèrent dans le vide.
Une migraine explosa l’arrière de son crâne et ses yeux s’embrasèrent.