The New Era
Chapitre 3 : Chapitre 03 : Le prix de la guerre
6122 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 27/12/2025 17:32
Une journée à peine s'était écoulée depuis les retrouvailles. Vingt-quatre heures depuis que Sohalia avait franchi à nouveau le seuil de cette famille qu'elle croyait perdue à jamais. Un jour seulement depuis qu'elle avait appris la mort de Thatch.
Et le sommeil l'avait fuie toute la nuit.
Étendue sur sa couche de fortune, elle fixait la toile de sa tente où dansaient les ombres projetées par les premières lueurs de l'aube. Son esprit refusait obstinément le repos, prisonnier d'un tourbillon d'émotions contradictoires qui la déchiraient de l'intérieur. Comment aurait-il pu en être autrement ?
La joie, d'abord.
Elle ferma les paupières et laissa ressurgir les images de la veille. Marco se précipitant vers elle, les joues striées de larmes. Ces trois mots si simples, si lourds de sens : « Tu es revenue. » Le sourire radieux de Jozu. L'étreinte de Vista, chaleureuse et protectrice. Et Barbe Blanche... son père adoptif qui avait pleuré sans retenue, la serrant contre lui comme on étreint un trésor longtemps cru disparu. « Ma fille est revenue. »
Sept années d'absence balayées en un instant. Mais lorsqu'elle rouvrit les yeux, la douleur était toujours là, tenace.
Thatch.
Son nom résonnait dans son esprit comme un glas. Les souvenirs l'assaillirent avec une précision cruelle. Thatch la découvrant sur cette île maudite, orpheline à cinq ans, tremblante de peur et de solitude au milieu des cendres de sa vie passée. Thatch la soulevant avec une douceur infinie. « Personne ne devrait être seul, petite. » Thatch l'amenant à Barbe Blanche, lui offrant bien plus qu'un refuge : une famille.
Thatch qui gisait désormais dans une tombe.
Assassiné.
Par Teach.
Marshall D. Teach. Barbe Noire.
Ce nom lui brûlait l'esprit comme un fer rouge. Il ne s'agissait pas d'un ennemi inconnu, d'un adversaire surgi de nulle part. Non. C'était l'un des leurs. Un frère.
Teach avait été présent ce jour où Thatch l'avait ramenée sur le Moby Dick, cette enfant terrorisée aux yeux encore rougis de larmes. Teach l'avait vue grandir, année après année. Il avait partagé leurs rires, leurs repas, leurs combats. Ils avaient navigué sous le même pavillon, combattu côte à côte, versé leur sang pour la même famille.
Et il avait tué Thatch.
Son propre frère.
Pour un Fruit du Démon.
La trahison rivalisait presque avec la mort elle-même en termes d'insupportabilité. Comment avait-il pu commettre l'irréparable ? Comment un membre de leur famille avait-il pu lever la main sur un autre de ses frères ?
Une rage brûlante monta en elle, mêlée d'amertume. Ce n'était pas une simple colère passagère. C'était une fureur viscérale, entrelacée de douleur, de confusion et de dégoût.
« Je te vengerai, » murmura-t-elle dans le silence de la tente, sa voix à peine audible. « Je te le promets, Thatch. »
Teach aussi paierait le prix de sa trahison.
Des images anciennes remontèrent à la surface de sa mémoire. Teach souriant lorsqu'elle avait réussi, pour la première fois, à faire éclore une fleur sur le pont du navire. Teach lui ébouriffant affectueusement les cheveux. Teach riant de bon cœur à ses plaisanteries maladroites d'enfant.
« Tu es forte, petite Lia, » lui avait-il dit un jour de sa voix grave. « Tu deviendras quelqu'un de bien. »
Mensonges.
Tout n'avait été que mensonges et duplicité.
Il avait attendu, planifié dans l'ombre. Et lorsque l'occasion s'était présentée, il avait frappé Thatch sans la moindre hésitation, sans le moindre remords.
Comment avait-elle pu ne rien déceler ? Comment avait-elle pu considérer Teach comme un frère alors qu'il n'était qu'un monstre dissimulé sous un masque bienveillant ?
À la rage s'ajouta la culpabilité.
Comment pouvait-elle se réjouir de ces retrouvailles alors que Thatch reposait six pieds sous terre ? Comment osait-elle sourire, rire avec Marco, savourer ces moments précieux tandis qu'un de ses frères gisait dans une tombe glacée ?
Et comment avait-elle pu être si aveugle ? Teach avait toujours été présent. Elle l'avait côtoyé pendant des années, partageant le quotidien, les joies et les épreuves. Et elle n'avait rien vu. Rien senti. Aucun signe avant-coureur de ce qu'il deviendrait : un traître.
Puis il y avait Emi. Hachiro. Maiya.
Sa famille demeurée au royaume. Ceux qu'elle avait juré de protéger. Ceux qu'elle avait laissés derrière elle en partant. L'ordre du Roi résonnait encore dans son esprit comme un écho lancinant : « Tu dois revenir. » Mais comment le pourrait-elle ? Comment pourrait-elle abandonner sa famille de pirates alors que Jef et Teach menaçaient tout ce qu'elle chérissait ?
« Pardonne-moi, ma tante, » chuchota-t-elle dans le vide.
L'immobilité lui devenait insupportable. Elle ne pouvait plus rester allongée, prisonnière de ses pensées.
D'un geste brusque, Sohalia rejeta sa couverture et émergea de sa tente.
L'air frais du matin la saisit au visage, vivifiant et salé. Le soleil pointait à peine à l'horizon, nimbant le ciel de teintes rosées et dorées. Le campement s'éveillait avec lenteur. Quelques pirates déjà debout s'étiraient, rallumaient les foyers, préparaient le café matinal.
Sohalia inspira profondément, savourant l'air marin mêlé au parfum du bois qui se consumait. Ici, elle était chez elle. Ici, elle était libre.
Sans destination précise, elle se mit à déambuler, observant le camp qui s'animait progressivement. Des voix encore ensommeillées s'élevaient çà et là. Des rires fusaient par intermittence. La vie reprenait son cours, imperturbable malgré le drame.
Alors qu'elle tournait la tête pour observer le campement de Shanks établi un peu plus loin, elle heurta un obstacle.
Un obstacle humain, plus précisément.
Levant les yeux, Sohalia rencontra le regard d'ébène d'Ace.
Le commandant de la deuxième division se dressait devant elle, bras croisés sur son torse nu, son chapeau de cowboy légèrement incliné. Ses yeux noirs la scrutaient avec une intensité pénétrante.
Instinctivement, elle fronça les sourcils. Leurs précédentes interactions n'avaient guère été empreintes de chaleur.
« Que me veux-tu ? » lança-t-elle avec une pointe de froideur, peu encline aux civilités matinales.
Ace ne répondit pas immédiatement. Il continua de l'observer, notant sans doute les cernes sombres sous ses yeux, la tension qui crispait ses épaules.
« Tu n'as pas dormi, » finit-il par constater.
Ce n'était pas une question.
Sohalia fut surprise qu'il l'eût remarqué. « Toi non plus, à ce qu'il semble. »
Un silence inconfortable s'installa entre eux. Des pirates passaient à proximité, leur jetant des regards curieux avant de poursuivre leur chemin.
« J'ai mes raisons, » déclara finalement Ace.
« Moi aussi. »
Un nouveau silence s'établit. Mais celui-ci différait du précédent. Moins hostile. Plus... empreint de compréhension mutuelle.
Ace détourna le regard vers l'horizon qui s'éclaircissait. « Thatch était mon ami. Il m'a beaucoup appris. »
Sa voix demeurait maîtrisée, mais Sohalia percevait la douleur qui sourdait sous les mots.
« Il m'a sauvé la vie quand j'avais cinq ans, » répondit-elle avec douceur. « Mes parents venaient de périr. J'étais seule, terrorisée. C'est Thatch qui m'a trouvée. Il m'a amenée auprès de Père. Il m'a offert une famille. »
Sa voix se brisa légèrement. « Et Teach... Teach faisait partie de cette famille. Il était présent lorsque Thatch m'a ramenée. Il m'a vue grandir. Il... »
Les mots refusèrent de franchir ses lèvres. La trahison demeurait trop douloureuse.
Ace reporta son attention sur elle. Quelque chose changea dans son regard. Une connexion tacite s'établit. Une compréhension mutuelle. Et une rage partagée.
« Un frère qui assassine un frère, » murmura Ace en serrant les poings. « C'est... impardonnable. »
« Il nous connaissait tous, » poursuivit Sohalia, la voix tremblante malgré elle. « Il a partagé nos repas. Nos rires. Nos combats. Et pendant tout ce temps... »
« Il orchestrait sa trahison, » compléta Ace avec dégoût.
« Alors nous avons cela en commun. »
« Oui. »
« Nous le vengerons. »
Sohalia acquiesça avec une détermination farouche. « Oui. Ensemble. »
Pour la première fois depuis leur rencontre, Ace esquissa un sourire. Faible, empreint de tristesse, mais sincère.
« Ensemble. »
Ils demeurèrent ainsi quelques instants, côte à côte, contemplant le soleil qui s'élevait lentement dans le ciel. Deux êtres unis dans le deuil et la soif de justice.
Au loin, Marco apparut et leur fit signe. « Hé ! Le café est prêt ! Vous venez ? »
Ace et Sohalia échangèrent un regard entendu, puis se dirigèrent ensemble vers le foyer central où les pirates commençaient à se rassembler pour le petit-déjeuner.
Le campement bruissait désormais d'activité. Des pirates de tous horizons affluaient vers les longues tables où était servi le premier repas de la journée. L'arôme du café fumant et du pain frais embaumait l'air. Des conversations animées s'élevaient de toutes parts.
Sohalia prit place à une table, savourant la chaleur qui se diffusait dans ses paumes tandis qu'elle enserrait sa tasse fumante entre ses mains.
« Bien dormi ? » s'enquit Marco en s'installant face à elle, une tasse à la main.
« J'ai connu mieux, » souffla-t-elle en observant la volute de vapeur qui s'élevait de sa boisson.
Marco lui lança un regard compréhensif mais s'abstint de tout commentaire. Il connaissait suffisamment Sohalia pour savoir quand insister et quand respecter son silence.
Ace vint s'installer aux côtés de Marco, adoptant une posture plus détendue qu'auparavant. Il s'empara d'une tasse de café et commença à boire, jetant de temps à autre un regard en direction de Sohalia.
L'atmosphère autour de la table était paisible. Pour un instant fugace, Sohalia put presque oublier la guerre qui se profilait. Presque oublier la mort de Thatch. Presque se sentir en paix.
Puis une aura puissante balaya le campement comme une bourrasque invisible.
Tous les regards convergèrent vers sa source. Shanks le Roux venait de faire son apparition, arborant son sourire caractéristique. Dans son sillage, Mihawk progressait en silence, ses yeux de faucon scrutant déjà l'assemblée.
Un silence respectueux accueillit les deux hommes.
Sohalia les observa avec attention. Quelques instants plus tard, Barbe Blanche émergea de sa propre tente, imposant et majestueux en dépit de son âge avancé. L'Empereur prit place sur son siège habituel, et sa seule présence sembla emplir tout l'espace disponible.
Sohalia détailla longuement les deux Empereurs. Barbe Blanche avait vieilli depuis leur dernière rencontre – sept années s'étaient écoulées, après tout – mais il demeurait une figure aussi impressionnante. Un seul de ses regards pouvait paralyser le plus courageux des soldats. Il n'éprouvait nulle honte de ses cicatrices qui ornaient son torse massif. La plupart de ces marques avaient été infligées par Gold Roger lui-même, l'ancien Roi des Pirates. Autant de preuves qu'il n'avait jamais reculé devant un combat.
Shanks, quant à lui, s'était considérablement musclé. Son corps portait les stigmates d'innombrables batailles. L'aura qu'il dégageait s'était elle aussi intensifiée. À quel degré de puissance cet homme était-il parvenu ? Suffisamment pour rivaliser avec Barbe Blanche malgré la perte de son bras. Tout comme le Paternel, le Roux imposait un respect naturel.
Le silence respectueux qui régnait fut soudainement rompu par l'agitation matinale du campement. Les pirates terminaient leur petit-déjeuner, mais tous les regards demeuraient rivés sur les Empereurs.
Puis la voix profonde de Barbe Blanche résonna à travers tout le campement, autoritaire et solennelle.
« Commandants. Shanks. Dans ma tente. Immédiatement. »
Sohalia se leva instinctivement, surprise d'être implicitement incluse dans cette convocation. Marco lui fit signe de le suivre.
« Tu viens aussi, Lia. Tu connais l'ennemi. »
Ensemble, ils se dirigèrent vers la grande tente où se tenaient les conseils de guerre. L'atmosphère joyeuse du petit-déjeuner s'évanouit instantanément, remplacée par une tension palpable.
La guerre approchait.
Et ils devaient s'y préparer.
La tente se révéla spacieuse, éclairée par plusieurs lanternes suspendues aux poteaux de soutènement. En son centre trônait une imposante table de bois massif sur laquelle s'étalaient cartes marines, rapports de reconnaissance et avis de recherche. L'atmosphère embaumait le cuir, le tabac et les embruns.
Barbe Blanche prit place à son poste habituel, dominant la table de toute sa stature imposante. Shanks s'installa à sa droite, Mihawk à sa gauche. Les commandants de Barbe Blanche se disposèrent autour de la table – Marco, Jozu, Vista, et plusieurs autres figures d'autorité. Sohalia demeura légèrement en retrait, près de Marco.
Un silence respectueux régnait. Tous attendaient que l'Empereur prît la parole.
« La situation est grave, » commença Barbe Blanche, sa voix grave emplissant tout l'espace. « Teach possède le Yami Yami no Mi. Jef Mentaru contrôle des centaines de Marines. Unis, ils représentent une menace sans précédent pour tous les Empereurs. Pour le monde entier. »
Il marqua une pause délibérée, laissant ses mots résonner et imprégner les esprits.
« Nos sources confirment qu'ils préparent une offensive majeure, » ajouta Shanks, les bras croisés. « Ils ne se dissimulent plus. Ils attaquent au grand jour. »
Marco se pencha en avant. « Ne devrions-nous pas frapper en premier, Pops ? Les surprendre avant qu'ils ne soient pleinement opérationnels ? »
« Non, » répondit Barbe Blanche avec fermeté. « Nous devons nous préparer. Teach n'est pas un imbécile. Il anticipe notre réaction. Il souhaite que nous foncions tête baissée. »
Jozu frappa du poing sur la table, faisant trembler les cartes. « Alors quoi ? Nous demeurons les bras croisés pendant qu'il élimine nos frères les uns après les autres ?! »
« Nous nous préparons, » répéta Barbe Blanche, sa voix tonnant légèrement pour marquer son autorité. « Nous protégeons ce qui compte. Et lorsqu'ils viendront – car ils viendront – nous serons prêts à les accueillir. »
Tous les regards convergèrent vers Sohalia lorsque Barbe Blanche déclara : « Ma fille connaît Jef Mentaru. Elle l'a affronté. Elle l'a neutralisé. »
Sohalia sentit le poids de dizaines de paires d'yeux peser sur elle. Elle s'avança vers la table et y posa ses mains à plat.
« Jef Mentaru ne se contente pas de contrôler une seule personne à la fois, » commença-t-elle d'une voix claire et assurée. « Il peut en subjuguer des centaines simultanément. Peut-être même des milliers. »
Des murmures inquiets s'élevèrent autour de la table.
« Comment une telle chose est-elle possible ? » demanda Jozu, visiblement incrédule.
« Son pouvoir... il s'infiltre dans votre esprit. Plus votre résistance mentale est faible, plus il lui est aisé de vous dominer. Les Marines ordinaires... il les contrôle sans effort. Comme de simples marionnettes. »
Marco fronça les sourcils. « Et nous ? Les utilisateurs de Haki ? Sommes-nous immunisés ? »
Sohalia hésita un instant. Puis elle choisit l'honnêteté.
« Les utilisateurs de Haki possèdent une meilleure résistance. Mais ils ne sont pas immunisés pour autant. Un instant de faiblesse et il s'emparera de l'esprit d'un Empereur ou un Amiral en un claquement de doigts. Hier soir... »
Elle s'interrompit, le souvenir encore vif dans son esprit.
« Quoi donc, ma fille ? » s'enquit doucement Barbe Blanche.
« Il a tenté de me contrôler. Durant quelques secondes, alors que j'étais dans ma tente... il était dans ma tête. J'ai ressenti sa présence. Glaciale. Intrusive. »
Un choc palpable se propagea dans la tente.
« Il sait que tu es ici ? » demanda Shanks, les yeux plissés.
« Oui. Et il sait que je le traque. C'était un avertissement. Une démonstration de force. »
Mihawk, demeuré silencieux jusqu'alors, prit la parole de sa voix calme et mesurée. « Tu as résisté. Comment ? »
« J'ai rompu le contact visuel. Mentalement. » Sohalia se redressa. « C'est sa principale vulnérabilité. Jef doit voir sa cible pour l'asservir. Un contact visuel direct est indispensable. Si vous brisez ce contact, il perd son emprise. Temporairement, du moins. »
« Fascinant, » murmura Mihawk.
« Il existe une autre faiblesse, » poursuivit Sohalia. « Plus il contrôle de personnes simultanément, plus son emprise sur chacune d'elles s'affaiblit. C'est la raison pour laquelle il a relâché son emprise hier soir. Il contrôlait un trop grand nombre de Marines en même temps. Il ne pouvait maintenir simultanément son contrôle sur moi. »
Shanks se redressa, une lueur calculatrice dans le regard. « Donc si nous parvenons à l'isoler de ses 'pantins'... »
« Il devient vulnérable, » confirma Sohalia.
Vista intervint, tournant pensivement l'une de ses moustaches. « Comment l'as-tu neutralisé au royaume ? »
« J'ai créé une prison végétale. Vivante. Qui croissait et se régénérait constamment. Il ne pouvait voir personne de l'intérieur. Pas de contact visuel, pas de contrôle possible. »
« Ingénieux, » admit Marco avec un sourire admiratif.
« Mais quelqu'un l'a libéré, » ajouta sombrement Sohalia. « Et je suis certaine que c'était le Roi. »
Barbe Blanche croisa ses bras massifs. « Parle-nous de cette alliance. Jef et Teach. »
Sohalia inspira profondément. « Seuls, ils représentent déjà un danger considérable. Mais ensemble... » Elle planta son regard dans celui de Barbe Blanche. « Jef peut contrôler. Teach peut annuler les Fruits du Démon grâce au Yami Yami no Mi. Ensemble, ils peuvent capturer n'importe quel utilisateur de Fruit. »
« Et s'approprier leurs pouvoirs, » compléta Marco, horrifié.
« Exactement. »
Le silence qui s'ensuivit était lourd, oppressant.
« Ton Fruit, Pops, » murmura Marco. « Le Gura Gura no Mi. C'est leur objectif. »
Barbe Blanche ne cilla pas. « Qu'ils viennent. Je les attends de pied ferme. »
« Père, » Sohalia s'avança davantage, « si Jef parvient à contrôler quelqu'un possédant ton pouvoir... le pouvoir de détruire le monde... »
Elle n'eut pas besoin d'achever sa phrase. L'implication était claire et terrifiante.
Shanks se leva. « Nous devons établir un plan défensif. Sans délai. »
Barbe Blanche acquiesça et les ordres commencèrent à pleuvoir avec précision.
« Shanks, tu vas entraîner mes hommes. Ton Haki du Conquérant peut renforcer leur volonté. Les rendre plus résistants au contrôle mental. »
« Je m'en charge. Je commence par les commandants. »
Sohalia leva la main. « Je peux apporter mon aide. J'ai résisté à Jef à plusieurs reprises. Je connais ses méthodes d'attaque mentale. Je sais comment s'en défendre. »
Barbe Blanche lui adressa un sourire empli de fierté. « Bien, ma fille. »
« Marco, » poursuivit l'Empereur, « tu contactes toutes nos îles sous protection. Qu'ils renforcent leurs défenses. Qu'ils doublent les gardes. Qu'ils préparent des plans d'évacuation si nécessaire. »
« Compris, Pops. »
« Et les civils ? » s'enquit Vista.
« Priorité absolue, » répondit fermement Barbe Blanche. « Nos territoires sont sous notre protection. Évacuation immédiate au moindre signe d'attaque. »
Shanks intervint : « Kaido et Big Mom doivent être avertis. Eux aussi sont des cibles potentielles. »
« Envoie des messagers, » ordonna Barbe Blanche. « Qu'ils se méfient de Teach et Jef. Qu'ils renforcent également leurs défenses. »
Mihawk eut un sourire ironique. « Kaido rira de bon cœur. Big Mom également. »
« Peut-être, » concéda Shanks. « Mais ils seront prévenus. S'ils choisissent d'ignorer cet avertissement, ce sera leur problème. »
Soudain, Ace abattit violemment son poing sur la table. Tous se tournèrent vers lui.
« Nous devons les localiser ! » explosa-t-il, des flammes dansant involontairement sur ses épaules. « Nous devons neutraliser Teach avant qu'il ne... »
« Ace, » la voix de Barbe Blanche était calme mais chargée d'autorité. « Maîtrise-toi. »
« ME MAÎTRISER ?! » La voix d'Ace tremblait de rage contenue. « Thatch est MORT ! Assassiné par ce TRAÎTRE ! Par quelqu'un qui mangeait à notre table ! Qui dormait sur notre navire ! Qui nous appelait ses FRÈRES ! Et tu veux que je me maîtrise ?! »
« ASSIEDS-TOI. »
La voix de Barbe Blanche avait tonné comme le tonnerre. Ace obéit, mais il tremblait visiblement de colère et de frustration. Ses poings étaient si serrés que ses jointures avaient blanchi.
Barbe Blanche se radoucit légèrement. « Je comprends ta colère, mon fils. Crois-moi, je la partage pleinement. Mais la vengeance aveugle ne mène qu'à la mort. Nous devons faire preuve d'intelligence. »
Sohalia posa une main apaisante sur l'épaule d'Ace. « Il a raison. Jef nous attend. Il souhaite que nous foncions tête baissée. C'est ainsi qu'il piège ses victimes. En jouant sur leurs émotions. »
Mais intérieurement, elle comprenait parfaitement la rage d'Ace. Elle la partageait. Teach n'était pas un ennemi ordinaire. C'était un traître. Quelqu'un qui avait trahi leur confiance, leur affection, leur famille.
Comment pardonner une telle infamie ? Comment rester calme face à une trahison si profonde ?
Ace la dévisagea, ses yeux noirs brûlant d'une rage à peine contenue. « Alors quoi ? Nous attendons ? Nous demeurons ici pendant que Teach et Jef préparent leur prochaine offensive ? »
« Nous nous préparons, » répondit fermement Barbe Blanche. « Nous renforçons nos défenses. Nous entraînons nos hommes. Nous protégeons nos territoires. Nos informateurs essaient de les localiser. Dès que nous aurons leur position, nous les attaquerons. »
Le silence retomba dans la tente.
Puis Sohalia prit la parole, sa voix claire et résolue : « Je ne partirai pas. Pas avant la mort de Jef. Il représente une menace pour tous. Pour ma famille aussi. Tant qu'il demeurera en vie, personne ne sera en sécurité. »
Marco fronça les sourcils. « Et l'ordre du Roi ? Tu dois regagner le royaume. »
Le regard de Sohalia se durcit. « Le Roi attendra. Ou qu'il vienne me chercher lui-même. »
Un sourire apparut sur le visage d'Ace. « J'apprécie ton attitude. »
Barbe Blanche observa sa fille adoptive durant un long moment. Puis un sourire fier illumina son visage balafré. « Tu es vraiment ma fille. Mais ta famille... » commença-t-il.
« Ma famille comprendra, » l'interrompit Sohalia. « Emi sait ce que je dois accomplir. Elle connaît la menace que représente Jef. Et lorsqu'il sera mort, je rentrerai. Définitivement. Et ma tante sera se défendre face au Roi. Elle n'est pas faible. »
« Et si le Roi envoie des hommes pour te ramener de force ? » s'enquit Marco, manifestement inquiet.
Un sourire dangereux étira les lèvres de Sohalia. « Qu'il essaie donc. »
Des rires s'élevèrent dans la tente, brisant momentanément la tension.
Barbe Blanche se leva, signalant ainsi la fin du conseil. « Les stratégies sont établies. Chacun connaît ses responsabilités. Shanks, commence l'entraînement mental cet après-midi. Marco, expédie les messages. Vista, Jozu, renforcez les patrouilles. »
Les commandants hochèrent la tête et commencèrent à quitter la tente.
« Ace, » appela Barbe Blanche alors que le jeune homme se dirigeait vers la sortie. « Un mot. »
Ace s'immobilisa, attendant que les autres fussent partis.
« Je sais ce que tu ressens, » déclara doucement Barbe Blanche. « Mais je ne peux te laisser partir seul à la poursuite de Teach. Pas tant que ce Mentaru est son allié. »
« Pops... »
« Tu es important pour moi. Pour cette famille. Je ne peux me permettre de te perdre également. »
Ace serra les poings mais acquiesça. « Je comprends. »
« Bien. Va. »
Alors qu'Ace sortait, Sohalia le rattrapa.
« Hé. »
Il se retourna vers elle.
« Nous le vengerons, » déclara-t-elle avec fermeté. « Thatch. Nous le vengerons ensemble. Mais nous devons agir avec intelligence. D'accord ? »
Ace la considéra durant un long moment. Puis il hocha la tête. « Ensemble. »
Ils retournèrent au campement côte à côte, unis dans leur deuil et leur détermination.
La guerre se préparait.
Et ils seraient prêts.
Le reste de la matinée s'écoula dans une activité fiévreuse. Les pirates s'entraînaient, préparaient leurs armes, renforçaient les défenses du campement. L'atmosphère était tendue mais déterminée.
Sohalia passa une partie de l'après-midi avec Marco, rattrapant les sept années perdues. Ils parlaient de tout et de rien, savourant ces moments de calme avant la tempête.
« Tu te souviens quand tu as essayé de cuisiner pour la première fois ? » rit Marco. « Tu as failli brûler le Moby Dick ! »
Sohalia rit aussi, le souvenir remontant à la surface. « J'avais huit ans ! Comment étais-je censée savoir que l'huile pouvait prendre feu ? »
« Thatch avait dit qu'il ne te laisserait plus jamais approcher de sa cuisine. »
Le rire de Sohalia s'éteignit à la mention de Thatch. Marco s'en rendit compte immédiatement et posa une main sur son épaule.
« Désolé. Je ne voulais pas... »
« Non, » l'interrompit Sohalia. « C'est bien. On doit pouvoir parler de lui. Se souvenir des bons moments. C'est... c'est ce qu'il aurait voulu. »
Marco sourit tristement. « Oui. Il aurait voulu ça. »
Ils restèrent silencieux un moment, chacun perdu dans ses souvenirs.
Puis Marco reprit la parole, sa voix devenant plus sérieuse.
« Thatch... On s'était fait une promesse après ta disparation. »
Sohalia se redressa, surprise. « Quoi donc ? »
« Si un jour quelque chose nous arrivait, si tu revenais, celui qui restait devait prendre soin de toi pour l'autre. »
Les larmes montèrent aux yeux de Sohalia.
« Il savait, » murmura Marco. « Il savait que tu reviendrais un jour. Il n'a jamais cru à ta mort. »
« Si seulement...» dit Sohalia, sa voix tremblante. « Tu as toujours été là pour moi et tu seras toujours là pour moi.»
Marco l'attira dans une étreinte fraternelle. « Toujours. Toujours. »
Ils restèrent ainsi un long moment, réconfortés par la présence de l'autre.
Puis une alarme retentit.
Un cri s'éleva du périmètre du campement : « FUMÉE À L'HORIZON ! UN VILLAGE BRÛLE ! »
Instantanément, l'atmosphère changea. Les pirates se levèrent d'un bond, saisissant leurs armes. Barbe Blanche émergea de sa tente, le visage grave.
« Tous aux armes ! » rugit-il.
Le campement explosa en activité. Les pirates se rassemblèrent, formant leurs divisions respectives. Les commandants aboyaient des ordres.
Sohalia courut vers le périmètre, Marco et Ace sur ses talons.
Au loin, une colonne de fumée noire s'élevait dans le ciel. Même de cette distance, on pouvait voir les flammes lécher les bâtiments.
« C'est le village au nord, » dit un pirate, pointant du doigt. « À environ deux kilomètres d'ici. »
Barbe Blanche arriva, imposant malgré son âge.
« Combien de temps pour y arriver ? »
« Dix minutes en courant, » répondit Jozu.
« Alors on court, » déclara Barbe Blanche. « TOUS AUX ARMES ! ON Y VA ! SAUVEZ LES CIVILS ! »
Marco ne perdit pas de temps, et s'envola sous sa forme de phénix. Il arriverait bien avant d'eux et aiderait à évacuer le plus de villageois possible. Les pirates chargèrent à travers la forêt, leurs armes à la main. Sohalia courait parmi eux, son sceptre doré brillant dans sa main.
Ils émergèrent de la forêt à la lisière du village.
Et ce qu'ils virent les figea sur place.
Le village brûlait. Les maisons étaient en flammes. Et dans les rues, des Marines marchaient mécaniquement, leurs armes à la main, tirant sur tout ce qui bougeait.
Mais le pire, c'était leurs yeux.
Vides.
Complètement vides.
Contrôlés.
« Jef, » murmura Sohalia, la rage montant en elle.
Un enfant d'une dizaine d'années émergea soudain d'une maison en feu, courant vers eux, terrorisé.
Il se jeta dans les premiers bras qu'il trouva – ceux d'un pirate de l'équipage de Shanks.
« S'il vous plaît ! » sanglota-t-il. « Aidez-nous ! Les Marines... ils... ils tuent tout le monde ! Maman... papa... »
Il ne put finir, éclatant en sanglots.
Le pirate serra l'enfant contre lui, cherchant vainement à le réconforter.
Barbe Blanche observa la scène, son visage devenant de pierre.
« TOUS AUX ARMES ! » rugit-il, sa voix résonnant comme le tonnerre. « SAUVEZ LES CIVILS ! CAPTUREZ LES MARINES VIVANTS SI POSSIBLE ! CE SONT DES VICTIMES ! »
Les pirates chargèrent dans le village.
Et la bataille commença.
Le chaos régnait.
Marco, transformé en phénix, survolait le village, ses flammes bleues illuminant la nuit. Il plongeait vers les civils piégés, les soulevant avec ses serres et les transportant en sécurité.
« Tous les enfants en premier ! » criait-il. « Priorité aux enfants ! »
Ace déchaînait sa puissance, incinérant les Marines qui attaquaient les civils. Mais à chaque fois qu'il tuait l'un d'eux, il murmurait : « Pardon... pardon... »
Il savait. Ils savaient tous. Ces Marines n'étaient pas leurs ennemis. C'étaient des victimes.
Vista combattait avec ses épées jumelles, désarmant les Marines plutôt que de les tuer. « Capturez-les vivants ! » criait-il. « Ce sont des victimes ! »
Jozu utilisait son bras de diamant pour bloquer les balles, protégeant les civils qui fuyaient. Son corps massif servait de bouclier vivant.
Et Sohalia...
Sohalia faisait pousser des lianes du sol, capturant les Marines vivants, les immobilisant sans les blesser. « Je peux les sauver ! » criait-elle. « Capturez-les vivants ! »
Mais alors qu'elle capturait un Marine, une détonation retentit près d'elle.
Une balle effleura sa joue, traçant une ligne de sang.
Sohalia se retourna vivement et vit un Marine qui la visait, son fusil pointé droit sur elle.
« Sohalia Shizen, » dit le Marine d'une voix monotone. « Première sur ma liste. »
Mais ce n'était pas la voix du Marine.
C'était la voix de Jef. À travers le Marine.
« Tu te souviens de moi, Sohalia ? » dit Jef à travers le Marine. « Je me souviens de toi. Sept mois. Sept mois dans ta prison. Et maintenant... »
Le Marine sourit – un sourire qui n'était pas le sien.
« C'est l'heure de ma vengeance. »
Le Marine tira.
Sohalia fit jaillir une branche du sol qui dévia la balle au dernier moment.
« Tu ne me contrôleras pas, Jef ! » cria-t-elle.
« Oh, je ne veux pas te contrôler, » répondit Jef à travers le Marine. « Je veux juste te faire souffrir. »
Le Marine lâcha son fusil et sortit un couteau de sa ceinture.
Puis il le mit sous sa propre gorge.
Le sang de Sohalia se glaça.
« Non... »
« Regarde ma puissance, » dit Jef. « Regarde ma cruauté. »
Et lentement, très lentement, Jef commença à rendre le contrôle au Marine.
Le Marine cligna des yeux. La confusion remplaça le vide dans son regard.
Il réalisa ce qu'il tenait. Un couteau. Contre sa propre gorge.
Il réalisa où il était. Dans un village en feu. Entouré de morts.
Il réalisa ce qu'il avait fait.
« Non... » murmura le Marine, les larmes commençant à couler. « Non, non, non... »
Il essaya de lâcher le couteau. Ses mains tremblaient. Mais le couteau ne tombait pas.
Jef contrôlait toujours ses mains.
« S'il vous plaît... » supplia le Marine, regardant Sohalia. « Aidez-moi... je ne veux pas... »
Sohalia tendit la main, faisant jaillir des lianes pour attraper le bras du Marine.
Mais Jef fut plus rapide.
La lame pressa contre la gorge. Un filet de sang coula.
« NON ! » hurla Sohalia.
Autour d'eux, les autres pirates s'étaient figés, horrifiés par la scène.
Le Marine tremblait violemment. « JE NE VEUX PAS MOURIR ! » hurla-t-il. « S'IL VOUS PLAÎT ! QUELQU'UN ! »
La lame s'éloigna légèrement de sa gorge.
Un espoir naquit dans les yeux du Marine. Il allait y arriver. Il allait résister.
« Je vais... je vais y arriver... » murmura-t-il, un sourire tremblant sur ses lèvres.
Puis la lame plongea.
Pas vers l'avant.
Latéralement.
Sectionnant la jugulaire.
Le sang jaillit en un arc écarlate, éclaboussant Sohalia en plein visage.
Le Marine fit quelques pas titubants vers elle, ses mains cherchant vainement à contenir l'hémorragie.
Il s'effondra à ses pieds.
Ses yeux fixaient Sohalia. Accusateurs. Puis vides.
Il était mort.
Le silence qui suivit était absolu. Personne ne bougeait. Personne ne respirait.
Sohalia restait figée, incapable de détacher son regard des yeux morts du Marine.
Elle avait échoué.
Elle n'avait pas pu le sauver.
Jef avait gagné.
Puis, soudainement, des cris de joie éclatèrent.
« ON A GAGNÉ ! »
« VICTOIRE ! »
Sohalia ne comprenait pas. Comment pouvaient-ils crier victoire alors qu'un homme innocent venait de mourir sous leurs yeux ?
Elle leva les yeux et vit que les Marines restants battaient en retraite. Ils couraient vers leurs navires. La bataille était terminée.
Mais à quel prix ?
Vista s'approcha d'elle, inquiet. « Sohalia... tu... »
Avant qu'il ne pût finir sa phrase, Jozu apparut derrière Sohalia et la souleva dans les airs comme si elle ne pesait rien.
Sohalia écarquilla les yeux, surprise et confuse.
Quand Jozu la reposa au sol, il lui tapota la tête en riant de son rire tonitruant.
« Tu es vivante ! Tu t'es bien battue ! »
Il la regarda vraiment et remarqua le sang sur son visage.
« T'as du sang partout. Avec ton petit sourire, on dirait une psychopathe ! »
Il rit encore plus fort.
Mais Sohalia ne souriait pas vraiment. C'était juste une contraction nerveuse de ses lèvres. Elle était en état de choc.
Les ordres fusèrent.
« MÉDECINS ! » rugit Barbe Blanche. « Soignez les blessés ! Priorité aux civils ! »
« Les cas graves au Moby Dick ! » ajouta Marco, déjà en train d'évaluer les blessures.
Shanks criait à ses hommes : « Aidez les villageois ! Eau ! Nourriture ! Abris ! Vite ! »
Les pirates s'activèrent immédiatement, passant du mode combat au mode sauvetage.
Sohalia suivit mécaniquement, en pilote automatique. Elle aida à soigner les blessés, à distribuer de l'eau, à réconforter les enfants terrifiés.
Mais elle ne pouvait pas effacer l'image.
Les yeux du marine.
Son sang sur ses mains.
Sa mort.
Le prix de la guerre.
Ils retournèrent au campement alors que le soleil commençait à décliner. Les pirates portaient les blessés sur des civières improvisées. Les villageois survivants les suivaient, certains en pleurs, d'autres en état de choc.
Sohalia marchait seule, légèrement en retrait du groupe principal.
Le sang du marine avait séché sur sa peau. Elle pouvait le sentir, raide et croûteux. Elle pouvait sentir son odeur métallique.
Elle marchait comme un automate. Un pied devant l'autre. Encore et encore.
Marco essaya de lui parler mais elle ne répondit pas. Vista lui proposa de l'eau mais elle ne la prit pas. Ace la regarda avec inquiétude mais n'osa pas s'approcher.
Ils savaient tous. Ils avaient tous vu.
Le suicide du marine.
Le message de Jef.
La cruauté de la guerre.
Quand ils atteignirent le campement, l'agitation reprit. Les médecins installèrent un hôpital de fortune. Les cuisiniers préparèrent de la nourriture pour les villageois. Les pirates montèrent des tentes pour abriter les sans-abris.
Tout le monde avait quelque chose à faire.
Sauf Sohalia.
Elle se dirigea vers la rivière qui coulait près du camp. Seule.
L'eau était claire et fraîche. Elle s'agenouilla sur la berge et plongea ses mains dans le courant.
L'eau devint rouge immédiatement.
Le sang du Marine. Son sang.
Elle frotta ses mains l'une contre l'autre, essayant de faire partir les taches. Mais elles ne partaient pas. Ou peut-être qu'elles partaient mais qu'elle continuait à les voir quand même.
Elle se pencha et aspergea son visage d'eau froide. Encore et encore. Frottant sa peau jusqu'à ce qu'elle fût à vif.
Mais elle ne pouvait pas effacer l'image.
Les yeux du Marine.
Ses supplications.
Son dernier regard.
« C'est ça, la guerre, » murmura-t-elle dans le silence de la rivière.
L'eau continuait de couler, indifférente. Emportant le sang. Emportant la douleur. Emportant tout.
Mais pas les souvenirs.
Jamais les souvenirs.
Quelque part dans le monde, Jef Mentaru riait.
Il avait gagné cette bataille.
Pas par la force des armes.
Pas par le nombre de soldats.
Mais par la cruauté.
Par la terreur.
Par le message qu'il avait envoyé.
« Je peux vous forcer à vous tuer. Je peux vous faire souffrir. Je peux vous briser. »
Et Sohalia le savait.
Elle savait que ce n'était que le début.
Que d'autres mourraient.
Que d'autres souffriraient.
Que la guerre ne faisait que commencer.
Elle leva les yeux vers le ciel qui s'assombrissait. Les étoiles commençaient à apparaître, brillantes et lointaines.
« Je le tuerai, » murmura-t-elle. « Pour chaque vie qu'il a prise. Pour chaque personne qu'il a contrôlée. Pour ce Marine innocent. Je le tuerai. »
Elle marqua une pause, ses yeux se durcissant.
« Et Teach aussi. Pour avoir trahi sa famille. Pour avoir tué Thatch. Pour avoir détruit ce que nous avions. Je les tuerai tous les deux. »
C'était une promesse.
Une promesse gravée dans le sang et la douleur.
Une promesse qu'elle tiendrait.
Quoi qu'il en coûtât.
Derrière elle, le campement s'était calmé. Les feux brûlaient doucement. Des voix s'élevaient, fatiguées mais vivantes.
Ils avaient survécu.
Pour aujourd'hui.
Mais demain ?
Demain, la guerre continuerait.
Et Sohalia serait prête.
REECRIT : 27/12/2025