The New Era
Chapitre 7 : Chapitre 07 : Le temple maudit
7823 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 28/12/2025 22:39
Dans les entrailles du temple. Quelques minutes après l'entrée.
L'obscurité les avala.
Sohalia sentit la main d'Ace serrer la sienne alors qu'ils avançaient dans le couloir, la porte du temple refermée dans leur dos avec un grondement définitif. Les torches que portaient Marco et quelques autres pirates projetaient des ombres dansantes sur les murs de pierre, créant des formes grotesques qui semblaient ramper le long des parois.
Les symboles gravés dans la roche brillaient d'une lueur faible et fantomatique – les mêmes que ceux à l'extérieur, mais plus nombreux, plus complexes, comme si le temple lui-même était vivant et observait leur progression.
« Restez groupés, » murmura Marco depuis l'avant du groupe. « Formation serrée. Personne ne s'écarte. »
Les cinquante pirates progressaient en silence, leurs pas résonnant étrangement sur le sol de pierre. Le couloir descendait en pente douce, s'enfonçant toujours plus profondément dans les entrailles de la montagne.
Sohalia marchait entre Ace et Dom, entourée par les membres de la cinquième division. Malgré la présence rassurante de ses compagnons, elle ne pouvait s'empêcher de frissonner. Il y avait quelque chose de profondément mauvais dans cet endroit. Quelque chose qui lui donnait envie de faire demi-tour et de fuir en courant.
Mais elle ne pouvait pas fuir.
Pas maintenant.
« Tu le sens ? » murmura Ace à côté d'elle, sa voix à peine audible.
« Oui, » répondit-elle dans un souffle. « Jef est ici. Je peux... je peux presque sentir sa présence. »
La température augmentait progressivement. Ce qui avait commencé comme une fraîcheur désagréable devenait maintenant une chaleur oppressante. Plusieurs pirates retirèrent leurs chemises, la sueur commençant à perler sur leurs fronts.
« Le volcan, » dit Benn Beckman depuis l'arrière du groupe. « On se rapproche du cœur. »
Le couloir continua de descendre pendant ce qui sembla une éternité. Puis, soudainement, il déboucha sur une vaste salle.
Marco leva sa torche plus haut, illuminant l'espace.
La salle était circulaire, avec un plafond voûté si haut qu'il se perdait dans l'obscurité. Des colonnes massives soutenaient la structure, chacune gravée de symboles qui brillaient faiblement. Et au fond de la salle...
Sohalia écarquilla les yeux.
Une vingtaine de silhouettes se tenaient immobiles dans l'ombre.
« FORMATION DÉFENSIVE ! » hurla Marco.
Les pirates réagirent instantanément, se déployant en demi-cercle, armes dégainées.
Les silhouettes sortirent de l'ombre.
Des Marines.
Vingt hommes en uniforme blanc, fusils pointés vers eux. Leurs visages étaient vides d'expression, leurs yeux fixes et sans vie.
« Ils sont contrôlés, » murmura Sohalia, reconnaissant les signes. « Jef les contrôle. »
« À COUVERT ! » cria Benn.
Les Marines ouvrirent le feu.
Le vacarme des détonations résonna dans la salle comme un coup de tonnerre. Les pirates plongèrent derrière les colonnes alors que les balles sifflaient dans l'air.
Sohalia se retrouva plaquée au sol, Ace au-dessus d'elle, la protégeant de son corps. Des éclats de pierre jaillirent autour d'eux alors qu'une balle percutait la colonne près de sa tête.
« Merde ! » grogna Dom en se plaquant contre une autre colonne. « Combien sont-ils ? »
« Une vingtaine ! » répondit Stephen depuis sa propre position.
Marco se transforma instantanément. Des flammes bleues l'enveloppèrent, et le phénix prit son envol dans un battement d'ailes majestueux. Il s'éleva au-dessus des tirs, ses flammes illuminant toute la salle d'une lueur azurée.
« ACE ! BENN ! » appela-t-il. « AVEC MOI ! »
Ace ne se fit pas prier. Des flammes oranges jaillirent de ses mains alors qu'il bondissait de derrière sa couverture. Un mur de feu explosa devant les Marines, les forçant à reculer.
Benn se redressa calmement, son fusil déjà en position. Ses yeux se fermèrent brièvement – Haki de l'observation – puis il tira.
Une.
Deux.
Trois balles.
Trois Marines s'effondrèrent, touchés avec une précision chirurgicale.
Marco plongea depuis les airs, ses serres de phénix déchirant différentes parties du corps de plusieurs Marines.
Le combat ne dura que deux minutes.
Lorsque le silence retomba, les vingt Marines gisaient au sol – certains morts, d'autres simplement inconscients. Les pirates émergèrent lentement de leurs abris, vérifiant qu'aucun ennemi ne restait debout.
« Tout le monde va bien ? » demanda Marco en reprenant forme humaine.
« Quelques égratignures, » répondit un pirate de la première division en tenant son bras ensanglanté. « Rien de grave. »
Sohalia se releva avec l'aide d'Ace. Ses jambes tremblaient légèrement – pas de peur, mais d'adrénaline.
Marco s'approcha des corps et se pencha pour examiner l'un des fusils tombés. Il fronça les sourcils.
« Regardez, » dit-il en montrant la crosse de l'arme.
Incrustées dans le bois se trouvaient de petites pierres sombres.
« Granit marin, » murmura Benn en s'approchant. « Dans les balles aussi, probablement. »
« Jef savait que des utilisateurs de fruits du démon viendraient, » dit Sohalia d'une voix blanche. « Il a préparé chaque détail. »
Un rire résonna soudainement dans la salle.
Froid.
Familier.
Terrifiant.
Tous les pirates se figèrent, mains sur leurs armes, cherchant la source du son.
Mais il venait de partout à la fois. Des murs. Du plafond. Du sol même.
« Bienvenue, » dit la voix de Jef Mentaru, résonnant dans l'espace comme un écho sinistre. « J'espère que vous avez apprécié mon petit comité d'accueil. »
Sohalia serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes.
« Où es-tu, lâche ? » cria Ace, ses flammes s'allumant spontanément.
Le rire se fit plus intense.
« Patience, Portgas D. Ace. Nous aurons tout le temps de faire connaissance. Mais d'abord... » La voix se fit plus douce, presque tendre. « Sohalia-chan. Es-tu heureuse de me revoir ? »
La jeune femme ne répondit pas, sa mâchoire serrée si fort que ses dents grinçaient.
« Pas de réponse ? Comme c'est dommage. J'avais tellement de choses à te dire. À VOUS dire. » La voix reprit son ton moqueur. « Mais ne vous inquiétez pas. Vous me trouverez bientôt. Si vous survivez à mes petits... divertissements. »
« Montre-toi ! » rugit Marco.
« Tout vient à point à qui sait attendre, commandant de la première division. En attendant, je vous souhaite bonne chance. Vous en aurez besoin. »
Le rire s'évanouit progressivement, laissant un silence pesant dans son sillage.
« Une projection, » dit Sohalia d'une voix éteinte. « Ou juste sa voix. Il n'est pas vraiment là. Pas encore. »
« Alors continuons, » décida Marco. « Plus vite on le trouve, plus vite on en finit. »
Les pirates rassemblèrent leurs blessés légers et se remirent en formation. Le couloir continuait de l'autre côté de la salle, s'enfonçant toujours plus profondément dans les ténèbres.
Sohalia jeta un dernier regard aux corps des Marines au sol. Leurs visages étaient paisibles maintenant, libérés du contrôle de Jef.
Combien d'autres attendaient dans l'obscurité ?
Combien d'entre eux ne sortiraient pas vivants de ce temple ?
Elle chassa ces pensées et suivit le groupe dans le couloir.
La chaleur devenait insupportable.
Cela faisait maintenant près d'une heure qu'ils progressaient dans les entrailles du temple, et la température n'avait cessé d'augmenter. La plupart des pirates avaient abandonné leurs chemises, marchant torse nu, la sueur ruisselant sur leurs corps.
Sohalia elle-même sentait ses vêtements coller à sa peau. Ses cheveux blonds étaient trempés, plaqués contre son front et sa nuque. Chaque respiration semblait aspirer du feu dans ses poumons.
« On doit être juste au-dessus du cœur du volcan, » haleta Dom en s'essuyant le front pour la centième fois. « Bordel, c'est un four ici. »
« Garde tes forces, » conseilla Stephen. « On ne sait pas ce qui nous attend. »
Devant eux, Marco leva soudainement la main – signal pour s'arrêter.
Tous les pirates se figèrent.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » murmura quelqu'un.
« Le sol, » dit Marco d'une voix tendue. « Il tremble. »
Sohalia fronça les sourcils et posa une main sur le mur à côté d'elle. Effectivement, elle pouvait sentir de légères vibrations sous ses doigts.
« Reculez, » ordonna Marco. « Reculez maintenant ! »
Mais c'était trop tard.
Le sol s'effondra.
Sohalia n'eut même pas le temps de crier. Un instant, elle se tenait debout. L'instant d'après, elle tombait dans le vide, entraînée par la chute de la pierre qui se dérobait sous ses pieds.
L'obscurité absolue l'enveloppa. Le vent sifflait à ses oreilles. Les cris des autres pirates résonnaient autour d'elle, mais elle ne pouvait les voir.
Elle tombait.
Tombait.
Tombait dans un puits sans fond.
Une main la saisit brutalement par le bras.
« JE TE TIENS ! » hurla la voix d'Ace.
Sohalia sentit le corps du jeune homme se plaquer contre le sien alors qu'il l'enserrait fermement, la protégeant de sa propre masse.
« ACE ! »
« Ne lâche pas ! »
Au-dessus d'eux, des flammes bleues illuminèrent soudainement le puits. Marco, transformé en phénix, tentait désespérément d'attraper les pirates les plus proches. Elle le vit saisir deux hommes, un dans chaque serre, mais il y en avait trop. Cinquante personnes tombant en chute libre.
Il ne pouvait pas tous les sauver.
Réfléchie, réfléchie !
Elle ferma les yeux, chassant la panique de son esprit.
Elle devait se concentrer.
Ses mains se levèrent, tremblantes mais déterminées.
Les murs. Il y a de la roche. Et là où il y a de la roche, il peut y avoir de la vie.
Elle tendit son pouvoir, cherchant désespérément la moindre trace de végétation. N'importe quoi. Des racines. Des spores. Des graines coincées dans les fissures.
Allez. ALLEZ !
Et elle la sentit.
Faible. Profondément enfouie dans la pierre. Mais là.
De la vie.
Sohalia poussa son pouvoir au maximum, ignorant la douleur qui explosa dans son crâne. Elle força la croissance. Accéléra le processus naturel de façon brutale et violente.
Les murs du puits explosèrent.
Des racines massives jaillirent de la roche, déchirant la pierre comme du papier. Elles se déployèrent à travers le vide, s'entrelaçant les unes aux autres pour former un immense filet végétal.
Le premier pirate percuta le filet avec un cri. La structure tint bon, amortissant sa chute. Puis un deuxième. Un troisième.
Sohalia, toujours dans les bras d'Ace, sentit son propre corps heurter le filet. Les racines cédèrent légèrement sous l'impact, mais ne se brisèrent pas.
Elle n'eut pas le temps de reprendre son souffle.
Ses mains se levèrent à nouveau. Plus bas. Elle créa un deuxième filet. Puis un troisième. Un quatrième.
Chaque création lui arrachait un peu plus d'énergie. Son nez saignait. Ses mains tremblaient violemment.
Mais elle ne s'arrêta pas.
Les pirates percutaient les filets successifs, chacun ralentissant leur chute un peu plus.
Finalement, le dernier filet – celui tout en bas – amortit l'impact final.
Sohalia s'écrasa sur une surface dure mais vivante. Le choc lui coupa le souffle. Des points noirs dansèrent devant ses yeux.
Ace roula sur le côté, la libérant de son poids, mais gardant une main protectrice sur son bras.
« Lia ! Ça va ? »
Elle ne put répondre immédiatement. Ses poumons refusaient de fonctionner. Finalement, après ce qui sembla une éternité, l'air revint dans un râle douloureux.
« Oui... oui, ça va... »
Autour d'eux, les gémissements et les jurons des pirates résonnaient dans l'obscurité. Marco ralluma une torche – Dieu seul savait comment il l'avait gardée pendant la chute – et l'espace s'illumina d'une lueur tremblante.
Ils se trouvaient dans une salle souterraine massive. Le plafond – le puits par lequel ils étaient tombés – se perdait dans l'obscurité au-dessus de leurs têtes. Les murs étaient de pierre nue, et devant eux...
Quatre portes.
Identiques. Massives. Closes.
« Comptage ! » ordonna Marco d'une voix forte malgré son essoufflement.
Les pirates se redressèrent lentement, vérifiant leurs blessures. Plusieurs avaient des membres foulés, des côtes probablement fêlées, mais miraculeusement...
« Cinquante présents, » annonça Benn après avoir fait le tour. « Deux blessures graves – jambes cassées. Le reste, égratignures et contusions. »
Marco exhala longuement, le soulagement visible sur son visage.
Puis il se tourna vers Sohalia.
La jeune femme était à genoux, respirant avec difficulté. Du sang coulait de son nez, dégoulinant sur son menton. Ses mains tremblaient de façon incontrôlable.
« Lia... »
« Ça va, » murmura-t-elle, même si c'était clairement un mensonge. « Je... j'ai juste besoin d'une minute. »
Dom s'approcha et s'accroupit près d'elle, lui tendant sa gourde d'eau. Elle but avidement, l'eau fraîche apaisant légèrement le feu dans sa gorge.
« Tu nous as sauvé la vie, » dit-il doucement. « Tous. »
Ace, toujours à côté d'elle, posa une main sur son épaule.
« Repose-toi, » dit-il. « On a le temps. »
Mais Sohalia secoua la tête, chassant le vertige qui menaçait de la submerger.
« Non. Jef sait qu'on est là. Il sait qu'on a survécu. » Elle leva les yeux vers les quatre portes. « Et il nous attend. »
Comme pour confirmer ses paroles, un rire résonna dans la salle.
Et cette fois, ce n'était pas qu'une voix.
Une silhouette se matérialisa devant les portes.
Transparente. Bleutée. Comme un hologramme.
Jef Mentaru.
Il se tenait là, souriant, ses yeux verts et argentés brillant d'une lueur malveillante.
« Bravo ! » s'exclama-t-il en applaudissant lentement. « Vraiment, bravo. Vous avez survécu à deux de mes pièges. Je dois admettre, Sohalia-chan, que tu m'as impressionné. Ces filets de racines... ingénieux. »
Sohalia se força à se relever, ignorant le fait que ses jambes tremblaient. Elle ne montrerait aucune faiblesse devant lui.
« Va au diable, » cracha-t-elle.
Le sourire de Jef s'élargit.
« Quel langage ! Sept ans qu'on se connaît, ça ne me choque plus. » Il fit quelques pas – ou plutôt, son hologramme donna l'illusion de marcher. « Mais passons aux choses sérieuses. »
Il désigna les quatre portes derrière lui d'un geste théâtral.
« Devant vous, quatre chemins. Quatre choix. Mais un seul vous mènera à moi... et à ce que vous cherchez. »
Marco s'avança, se plaçant légèrement devant Sohalia.
« Qu'est-ce qui se cache derrière les autres ? »
« Oh, des choses amusantes, » répondit Jef avec un sourire enfantin. « La première porte... » Il pointa celle de gauche. « ...mène directement à la lave du volcan. Mort instantanée, je le crains. Plutôt décevant, non ? »
Il se déplaça vers la deuxième porte.
« Celle-ci cache une petite surprise mécanique. Une boule d'acier de... oh, disons dix tonnes ? Elle vous écrasera comme des insectes. J'ai hâte d'entendre le bruit de vos os qui se brisent. »
Plusieurs pirates échangèrent des regards inquiets.
Jef continua vers la troisième porte.
« Ah, celle-ci est ma préférée. Des lames. Des centaines de lames. Toutes en granit marin, bien sûr. Elles jailliront des murs, du sol, du plafond. Vous serez tranchés en morceaux avant même de comprendre ce qui vous arrive. »
Il fit une pause dramatique, savourant manifestement l'effet de ses paroles.
« Et la quatrième... » Il sourit. « La quatrième mène à moi. C'est la seule et unique porte qui vous permettra de continuer. Choisissez mal, et vous mourrez tous. Choisissez bien... et vous aurez le privilège de me rencontrer en personne. »
« Comment peut-on savoir laquelle est la bonne ? » demanda Benn, les yeux plissés.
« Vous ne pouvez pas, » répondit Jef avec délice. « C'est tout l'intérêt du jeu ! À moins, bien sûr, que vous n'ayez une façon de voir à travers la pierre... » Il lança un regard moqueur vers Marco et Benn. « Oh, attendez. Le Haki de l'observation. Que je suis bête. »
Il rit comme si c'était la meilleure plaisanterie du monde.
« Mais attention, » ajouta-t-il, son sourire devenant plus cruel. « Même si vous choisissez la bonne porte... qui vous dit qu'elle ne cache pas d'autres surprises ? »
Sur ces mots, son hologramme commença à se dissiper.
« Bonne chance, mes chers invités. J'ai hâte de vous voir... mort ou vif. »
Il disparut dans un rire qui résonna longuement dans la salle, même après que sa silhouette se fut complètement évanouie.
Le silence retomba.
Puis Ace cracha par terre.
« Je déteste ce type. »
« Tu n'es pas le seul, » marmonna Dom.
Marco et Benn échangèrent un regard, puis s'approchèrent des portes. Ils se placèrent chacun devant deux d'entre elles, fermèrent les yeux, et se concentrèrent.
Sohalia les observa, sentant les vagues de Haki émaner d'eux. C'était subtil, presque imperceptible, mais elle pouvait sentir leur pouvoir s'étendre, traversant la pierre, sondant ce qui se trouvait au-delà.
Après un long moment, Marco ouvrit les yeux.
« Lave derrière la première porte, » dit-il. « Je peux sentir la chaleur. »
Benn acquiesça.
« Lames derrière la troisième. Je perçois le métal. Beaucoup de métal. »
« Donc ça laisse la deuxième ou la quatrième, » dit Ace.
Sohalia s'approcha lentement des deux portes restantes. Elle posa ses mains sur chacune, fermant les yeux, essayant de sentir quelque chose. N'importe quoi.
« Jef aime jouer avec la psychologie, » murmura-t-elle. « Il veut qu'on vienne à lui. La quatrième porte est trop évidente. Trop... directe. »
Elle rouvrit les yeux et regarda Marco.
« Je parie sur la deuxième. »
Marco et Benn échangèrent un nouveau regard, puis se concentrèrent sur la deuxième porte.
« Couloir vide, » dit finalement Benn. « Puis... » Il fronça les sourcils. « Quelque chose. Loin. Une présence. Forte. »
Marco acquiesça.
« Je la sens aussi. » Il se tourna vers le groupe. « La deuxième porte. »
Ils laissèrent les deux pirates aux jambes cassées avec des quelques hommes par sécurité, des provisions et des torches, promettant de revenir les chercher. Puis, Ace s'approcha de la deuxième porte.
Il posa une main sur la surface de pierre froide.
« Prêts ? »
Les pirates resserrèrent leurs rangs, armes au poing.
« Prêts, » confirma Marco.
Ace poussa la porte.
Elle s'ouvrit dans un grincement sinistre, révélant un couloir étroit qui s'enfonçait dans l'obscurité.
Et immédiatement, un sifflement résonna.
« BAISSEZ-VOUS ! » hurla Marco.
Tous se plaquèrent au sol.
Des lames jaillirent des murs latéraux avec une force terrible, passant à quelques centimètres au-dessus de leurs têtes. Le métal sombre du granit marin luisait faiblement dans la lumière des torches.
Puis, aussi vite qu'elles étaient apparues, les lames se rétractèrent dans les murs.
« Bordel, » souffla Stephen en se relevant prudemment. « Même la bonne porte est piégée. »
« Je vous avais prévenu, » murmura Sohalia, la voix tremblante d'épuisement.
Et le groupe s'enfonça dans le couloir, laissant l'obscurité de la salle derrière eux.
Dans les ténèbres au-dessus, une paire d'yeux verts et argentés les observait, et un rire silencieux résonnait dans l'esprit de Jef Mentaru.
Le jeu ne faisait que commencer.
Le couloir s'enfonçait toujours plus profondément dans les entrailles de la montagne, et avec chaque pas, la chaleur devenait plus insupportable.
Sohalia avançait comme dans un rêve fiévreux. Ses jambes la portaient par pure habitude, son corps fonctionnant sur les dernières réserves d'adrénaline qui lui restaient. La sueur coulait sans interruption sur son visage, brûlant ses yeux, trempant ses vêtements jusqu'à ce qu'ils collent à sa peau comme une seconde couche.
Ace ne l'avait pas lâchée. Son bras restait fermement enroulé autour de sa taille, la soutenant chaque fois qu'elle trébuchait. Elle aurait voulu protester, affirmer qu'elle pouvait marcher seule, mais la vérité était qu'elle tenait à peine debout.
Créer ces filets de racines avait épuisé presque toutes ses réserves d'énergie. Et maintenant, dans cette fournaise, chaque respiration lui semblait arracher un peu plus de force.
Le couloir rétrécit progressivement. Ce qui avait commencé comme un passage large de trois mètres se réduisait maintenant à peine plus d'un mètre. Les pirates durent se mettre en file indienne, Marco en tête avec sa torche.
Sohalia sentit les murs se rapprocher, l'espace se refermer autour d'elle. Une vague de claustrophobie la submergea brièvement, mais elle la repoussa. Pas le moment de craquer.
Soudain, Marco s'arrêta.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda la voix de Benn depuis l'arrière du groupe.
« Le couloir, » dit Marco lentement. « Il devient encore plus étroit. Regardez. »
Il leva sa torche, illuminant le passage devant eux.
Le couloir se rétrécissait de façon dramatique – passant d'un mètre de large à à peine cinquante centimètres. Sur une distance d'environ dix mètres.
« On va devoir passer un par un, » dit Marco après un moment d'examen. « Et lentement. »
« C'est un piège, » murmura Sohalia, sa voix à peine audible. « Forcément. »
Marco hocha la tête.
« Je vais passer en premier. Attendez mon signal avant de me suivre. »
Il se transforma partiellement, ses ailes de phénix apparaissant brièvement avant de se rétracter. Puis, avec précaution, il s'engagea dans le passage étroit.
Le commandant de la première division avança lentement, ses mains touchant les murs de chaque côté. Sohalia le regarda progresser, retenant son souffle.
À mi-chemin, le sol bougea sous ses pieds.
Marco se figea instantanément.
Un déclic résonna dans le couloir.
« MERDE ! » jura-t-il.
Des lames jaillirent des murs latéraux avec une vitesse terrifiante.
Mais Marco était déjà en mouvement. Des flammes bleues explosèrent de son corps alors qu'il se transformait, ses ailes le propulsant en avant. Il traversa les derniers mètres en un éclair de lumière azurée, les lames se refermant dans son sillage avec un claquement métallique sinistre.
Il atterrit de l'autre côté, reprenant forme humaine, haletant.
« Marco ! » cria Ace.
« Ça va ! » répondit la voix du commandant. « Mais ce passage est piégé. Le sol... il y a des plaques de pression. Pas toutes, mais certaines déclenchent les lames. »
Un silence tendu s'installa.
« Je vais marquer le chemin, » continua Marco. « Avec mes flammes. Suivez exactement mes traces. Ne posez les pieds nulle part ailleurs. Compris ? »
Un chœur de « Oui, commandant ! » lui répondit.
Les flammes bleues de Marco illuminèrent le passage étroit. Avec précision, il marqua les plaques sûres – de petites flammes persistantes qui brûlaient doucement sans consumer la pierre.
« Premier volontaire, » appela-t-il.
Un pirate de la première division s'avança. Avec une concentration extrême, il suivit le chemin marqué par les flammes. Chaque pas était calculé, mesuré. Les secondes s'étirèrent comme des heures.
Finalement, il atteignit l'autre côté.
« Suivant ! »
Un par un, les pirates traversèrent. Certains avec plus d'aisance que d'autres. L'un d'eux faillit poser le pied sur une mauvaise plaque, mais se rattrapa au dernier moment.
Puis ce fut le tour de Sohalia.
Ace la lâcha à regret, ses yeux rencontrant les siens.
« Fais attention, » dit-il doucement.
« Toi aussi. »
Elle s'engagea dans le passage.
Chaque pas lui demandait une concentration immense. Ses jambes tremblaient. Sa vision était trouble. Les flammes de Marco semblaient danser devant ses yeux, se multipliant.
Concentre-toi. Juste un pied devant l'autre.
Elle était à mi-chemin quand son pied glissa.
La fatigue. La sueur. La pierre rendue glissante par la chaleur.
Son pied se posa sur le bord d'une plaque non marquée.
Un déclic.
Le temps sembla ralentir.
Sohalia vit les lames jaillir des murs, se rapprochant de chaque côté avec une vitesse terrible. Le métal noir du granit marin brillait faiblement.
Elle ne pourrait pas les esquiver.
Trop lente.
Trop faible.
Puis quelque chose la percuta violemment par-derrière.
Ace.
Il l'avait plaquée au sol, son corps recouvrant entièrement le sien. Les lames passèrent à quelques centimètres au-dessus d'eux, si proches qu'elle sentit le déplacement d'air.
Puis elles se rétractèrent.
Silence.
Sohalia réalisa qu'elle ne respirait plus. Lentement, avec précaution, elle inspira. L'air brûla ses poumons.
Ace se releva légèrement, toujours au-dessus d'elle, ses bras de chaque côté de sa tête.
« Ça va ? » demanda-t-il, sa voix tremblante d'adrénaline.
Elle hocha la tête, incapable de parler.
Il l'aida à se relever. Ensemble, suivant les flammes avec encore plus de précaution, ils terminèrent la traversée.
Lorsqu'ils atteignirent l'autre côté, Marco posa une main sur l'épaule de Sohalia, vérifiant qu'elle allait bien. Dom la serra brièvement dans ses bras, trop soulagé pour parler.
Les derniers pirates traversèrent sans incident supplémentaire.
Finalement, tous les quarante-trois se trouvaient de l'autre côté du passage piégé.
« Continuons, » dit Marco après un bref moment de repos. « On ne peut pas être loin maintenant. »
Le couloir s'élargit à nouveau, et ils purent reprendre une formation plus groupée. Mais la chaleur, elle, ne diminuait pas. Au contraire.
C'est alors que la voix résonna.
« Impressionnant. »
Tous se figèrent, mains sur leurs armes.
La voix de Jef Mentaru semblait venir de partout à la fois, se répercutant sur les murs de pierre.
« Vraiment, vous me surprenez. Je pensais que ce passage piégé éliminerait au moins quelques-uns d'entre vous. »
« Montre-toi, lâche ! » cracha Ace, des flammes s'allumant spontanément autour de ses poings.
Un rire résonna dans le couloir.
« Sohalia-chan. Comment te sens-tu ? Fatiguée ? Faible ? »
Sohalia serra les dents, refusant de répondre.
« Pas de réponse ? Quel dommage. J'avais tellement de choses à te dire. »
Marco s'avança, se plaçant protectivement devant Sohalia.
« Si tu as quelque chose à dire, dis-le maintenant. Sinon, arrête de nous faire perdre notre temps. »
« Oh, commandant de la première division. Toujours aussi direct. Très bien. » La voix perdit son ton moqueur, devenant plus sérieuse. Plus froide. « Je vais vous raconter une petite histoire. »
Un silence tendu s'installa.
« Il était une fois une jeune femme, » continua Jef. « Elle avait vingt-deux ans. Elle était forte, déterminée, idéaliste. Elle a capturé un monstre – moi – et a décidé de me garder prisonnier. Pour que je paie pour mes crimes. Noble, n'est-ce pas ? »
Sohalia sentit son sang se glacer.
« Pendant sept mois, cette jeune femme a consacré sa vie à me garder enfermé. Sept mois. »
« Où veux-tu en venir ? » demanda Ace, les yeux plissés.
« Patience, » répondit Jef. « Pendant ces sept mois... beaucoup de choses se sont passées dans le monde extérieur. Des choses que notre petite Sohalia-chan a manquées. Des choses qu'elle aurait pu empêcher... si seulement elle n'avait pas été avec moi. »
Sohalia comprit soudainement où il voulait en venir. Son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine.
« Non... » murmura-t-elle.
« Oh si, » dit la voix de Jef, prenant une intonation cruelle. « Dis-moi, Sohalia-chan... comment te sens-tu ? Sachant que pendant que TU me gardais prisonnier, pendant que TU t'acharnais à me contenir... Ton cher Thatch mourait. »
Le silence qui suivit fut assourdissant.
« Il a trouvé ce fruit maudit. Il a été assassiné. Pendant que toi, tu étais avec moi. Loin de ta famille. Loin de ceux qui avaient besoin de toi. »
« Ferme-la, » siffla Sohalia, ses mains tremblant de rage et de douleur.
« Si tu étais revenue plus tôt... » continua Jef, implacable. « Si tu m'avais tué au lieu de perdre sept mois à me garder en vie... Tu aurais pu utiliser cette opportunité pour fuir... Si tu avais choisi ta famille plutôt que ton sens perverti de la justice... Thatch serait encore en vie. »
« JE T'AI DIT DE LA FERMER ! » hurla Sohalia, sa voix se brisant.
Marco se retourna vivement vers elle, mais elle ne le voyait plus. Tout ce qu'elle voyait, c'était le visage de Thatch. Son sourire. La façon dont il ébouriffait ses cheveux. Sa voix l'appelant "petite sœur".
Et il était mort.
Mort pendant qu'elle était enfermée avec son tortionnaire.
« La vérité fait mal, n'est-ce pas ? » La voix de Jef était maintenant presque compatissante. Presque. « Mais attends, ce n'est pas tout. »
« Assez ! » rugit Marco.
Mais Jef ne s'arrêta pas.
« Demande-toi, Sohalia-chan... pourquoi ne m'as-tu pas tué ? Tu en avais l'occasion. Des centaines d'occasions pendant ces sept mois. Mais tu ne l'as pas fait. Pourquoi ? »
Sohalia tomba à genoux, ses jambes refusant de la porter plus longtemps.
« Était-ce vraiment de la justice ? Ou... avais-tu peur ? Peur de rentrer ? Peur de dire à ta famille ce que j'avais fait de toi ? Peur de les voir te regarder avec pitié ? »
« Ce n'est pas vrai... » murmura-t-elle, mais sa voix manquait de conviction.
« Tu as CHOISI de rester avec moi, » dit Jef doucement. « Choisi l'isolement plutôt que l'amour. Choisi ta douleur plutôt que leur soutien. Et ce choix... A coûté la vie de Thatch. »
Sohalia sentit quelque chose se briser en elle. Les larmes qu'elle retenait depuis si longtemps explosèrent.
« Tu sais très bien pourquoi ! Tu m'as trahie ! Tu as tout souillé ! »
Marco s'agenouilla à ses côtés, posant une main sur son épaule.
« Jef te manipule, » dit-il fermement. « C'est son pouvoir. Il trouve tes peurs, tes doutes, tes regrets, et il les transforme en armes. Ne le laisse pas gagner. »
« Mais Thatch... » sanglota Sohalia. « Si j'avais été là... »
« Tu aurais pu être là, » intervint Benn depuis derrière eux, d'une voix calme empreinte de sagesse. « Ou pas. Personne ne sait. La mort de Thatch n'est pas ta faute. C'est la faute de celui qui l'a tué. »
Dom s'accroupit également, entourant presque complètement Sohalia de sa présence massive et rassurante.
« Thatch t'aimait, Lia, » dit-il doucement. « Il parlait toujours de toi. De sa petite sœur qui était si forte, si courageuse. Il ne t'aurait JAMAIS reproché d'avoir essayé de faire ce qui était juste. »
« Il aurait été fier de toi, » ajouta Stephen. « Fier que tu aies survécu. Que tu sois revenue. Que tu continues de te battre. »
Sohalia les regarda tous – ces hommes qui l'entouraient, qui la soutenaient, qui refusaient de la laisser sombrer dans le désespoir que Jef essayait de créer.
Sa famille.
Elle prit une inspiration tremblante, puis une autre. Lentement, douloureusement, elle repoussa les ténèbres qui menaçaient de l'engloutir. Elle essuya ses larmes d'un geste rageur.
« Je ne céderai pas. » Sa voix se raffermit. « J'ai survécu sept mois à sa torture. Je peux survivre à ses mots. »
Ace sourit – un vrai sourire, fier et soulagé.
« Voilà ce que je voulais entendre. »
Il l'aida à se relever. Ses jambes tremblaient toujours, mais elle tint bon.
« Thatch mérite mieux que ma culpabilité, » dit-elle, sa voix plus forte maintenant. « Il mérite que je sois forte. Que je finisse ce que j'ai commencé. »
Elle leva les yeux vers le plafond, vers les murs, vers nulle part et partout à la fois.
« Tu m'entends, Jef ? JE NE CÉDERAI PAS ! »
Un rire résonna dans le couloir. Mais cette fois, il y avait quelque chose de différent dedans. Une note de... frustration ?
« Fascinant, » dit la voix de Jef. « Absolument fascinant. Tu continues de résister. Peu importe ce que je te fais, une partie de toi refuse de se briser. Continuez. Venez me trouver. J'attends avec impatience notre... réunion. »
Le rire s'évanouit progressivement, laissant un silence pesant dans son sillage.
Sohalia resta immobile un moment, respirant profondément, rassemblant les morceaux brisés d'elle-même.
Puis elle se tourna vers le groupe.
« Allons le tuer, » dit-elle simplement.
Et ils reprirent leur marche.
Le couloir déboucha finalement sur une salle massive.
Après des heures de progression dans les entrailles étouffantes du volcan, après les pièges et les manipulations, ils se trouvaient enfin devant ce qui devait être leur destination finale.
La salle était circulaire, avec un plafond voûté si haut qu'il se perdait dans l'obscurité. Mais ce n'était pas le plafond qui captait l'attention.
C'était la lave.
Des fosses s'ouvraient de chaque côté de la salle, révélant la roche en fusion qui bouillonnait en contrebas. La lumière orange et rouge dansait sur les murs, créant des ombres mouvantes et menaçantes. La chaleur était si intense qu'elle semblait une présence physique, écrasante.
Et au centre de la salle...
Un piédestal.
Fait de pierre noire, gravé de symboles qui brillaient d'une lueur argentée. Et posé dessus, un coffret. Petit. Noir. Orné des mêmes symboles complexes que ceux qu'ils avaient vus partout dans le temple.
Mais aucun d'eux ne fit un pas en avant.
Parce que debout près du piédestal, les attendant avec un sourire, se tenait Jef Mentaru.
Pas un hologramme cette fois.
Pas une projection.
Lui. En chair et en os.
Il était exactement tel que Sohalia se le rappelait. Grand, mince, vêtu d'un long manteau noir qui ondulait légèrement malgré l'absence de vent. Ses cheveux blancs – presque argentés – étaient courts et parfaitement coiffés. Et ses yeux...
Ces yeux verts et argentés qui brillaient d'une intelligence cruelle et fascinée.
« Bienvenue, » dit-il d'une voix douce. « Je suis ravi que vous ayez pu vous joindre à moi. »
Les quarante-trois pirates se déployèrent instinctivement en formation défensive, armes dégainées, pouvoirs activés. Marco se transforma partiellement, des flammes bleues dansant autour de ses bras. Ace laissa ses propres flammes orange envelopper ses poings. Benn leva calmement son fusil.
Mais Jef ne bougea pas. Il se tenait simplement là, son sourire ne vacillant pas, comme s'il observait un spectacle qu'il avait planifié depuis longtemps.
« Tellement d'hostilité, » dit-il avec une fausse tristesse. « Et dire que je vous ai préparé une si belle salle de réception. »
« Rends-toi, » ordonna Marco, sa voix résonnant d'autorité.
Jef rit doucement.
« Me rendre ? C'est pour ça que vous êtes venus, n'est-ce pas ? » Il posa négligemment une main sur le coffret. « J'aimerais qu'on discute un peu. »
« On n'a rien à te dire, » cracha Ace.
« Oh, mais moi, j'ai beaucoup à vous dire. » Les yeux de Jef glissèrent sur le groupe avant de se fixer sur Sohalia. « Surtout à toi, Sohalia-chan. »
La jeune femme serra les poings, se forçant à soutenir son regard. Elle ne reculerait pas. Plus maintenant.
« Pourquoi ? » demanda-t-elle, sa voix tremblante mais ferme. « Pourquoi tout ça ? Qu'est-ce que tu veux vraiment ? »
Le sourire de Jef s'élargit.
« Tu veux savoir ? La vérité pure et simple ? » Il fit quelques pas, s'éloignant légèrement du piédestal. « Très bien. Je vais te l'offrir. Considère ça comme un cadeau d'adieu. »
Il s'arrêta, les mains jointes dans le dos, son regard fixé sur Sohalia avec une intensité troublante.
« Je veux reprendre ce qui était nôtre. Je veux que ceux qui nous ont détruit payent. Je le pouvoir qu'on avait jadis. C'est eux qui devraient vivre cacher, craignant notre vengeance. »
« Tu es malade, » murmura Dom avec dégoût.
« Sohalia-chan... » Il pointa un doigt vers elle. « ...tu n'as pas idée comme ton arrivée sur notre île il y a sept ans m'a aidé. »
Sohalia sentit un frisson glacé parcourir son échine.
« Pendant sept ans, » continua Jef, « je t'ai écoutée parler de cette famille de monstre. De ce monde qui avait tout volé à nos ancêtres. J'ai appris tout e dont j'avais besoin pour y vivre et en prendre le contrôle. »
Il s'approcha lentement, et malgré elle, Sohalia recula d'un pas.
« Et sais-tu ce que j'ai découvert en bonus ? » Ses yeux brillaient d'une fascination maladive. « Ton cœur est ta plus grande faiblesse. Ta capacité à aimer. Peu importe à quel point je t'ai fait souffrir, tu ne pourras pas me tuer. »
« Recule, » gronda Ace en s'avançant, se plaçant entre Jef et Sohalia.
Jef ignora l'interruption, son regard fixé sur la jeune femme derrière le commandant de la deuxième division.
« Mis à part ta famille de sang, tu n'avais personne. Tu n'avais que moi. J'étais ta bouée de sauvetage sur cette île. »
« Va au diable, » siffla Sohalia, trouvant enfin sa voix.
« Et même maintenant, après tout ce que je lui ai fait... » Jef rit. « Elle ne pourra pas me tuer, même si c'est pour vous sauver. Voyons plutôt combien d'entre vous je peux briser avant que vous n'atteigniez le piédestal. »
Une vague invisible déferla de Jef.
Sohalia la sentit – comme une pression immense contre son esprit, essayant de forcer une entrée, de prendre le contrôle.
Elle résista.
Sept mois d'entraînement mental. Sept mois à construire des murs, à renforcer ses défenses psychiques pour survivre aux assauts constants de son tortionnaire.
Mais autour d'elle, d'autres n'eurent pas cette chance.
Cinq pirates se figèrent soudainement, leurs yeux devenant vides et vitreux. Puis, comme des marionnettes, ils se retournèrent et attaquèrent leurs propres compagnons.
« MERDE ! » hurla Marco. « Il en contrôle ! Ne les tuez pas ! »
Le chaos éclata.
Les pirates contrôlés se battaient avec une férocité désespérée, leurs mouvements mécaniques mais efficaces. Leurs compagnons devaient se défendre sans les blesser gravement, ce qui limitait considérablement leurs options.
Ace esquiva le coup de poing d'un pirate de sa propre division, le saisit par le bras, et l'envoya s'écraser contre le mur – assez fort pour l'assommer, mais pas pour le tuer.
Marco, sous forme de phénix, utilisait ses serres pour désarmer plutôt que pour tuer.
Benn tirait avec précision, visant les jambes, forçant les contrôlés à s'effondrer sans les tuer.
Pendant ce temps, Jef observait, son sourire ne vacillant jamais.
Sohalia sentait la pression contre son esprit s'intensifier. Il essayait de la prendre, elle aussi. De la transformer en arme contre sa propre famille.
« Non... » grogna-t-elle, ses mains pressées contre ses tempes. « Tu... ne... m'auras... pas... »
Elle pouvait sentir Jef dans sa tête – ses doigts mentaux grattant contre ses défenses, cherchant la moindre faille, la moindre faiblesse.
*Sept mois. Sept putains de mois à me torturer. Tu crois vraiment que je vais céder maintenant ?*
Elle poussa. De toutes ses forces. Rejetant l'intrusion avec une violence mentale qui lui arracha un cri.
Jef tressaillit – juste légèrement, mais visiblement.
« Intéressant, » murmura-t-il, ses yeux brillant encore plus intensément. « Tu as appris à te défendre. Bien. Très bien. Mais voyons combien de temps tu peux tenir. »
La pression doubla.
Sohalia tomba à genoux, un hurlement de douleur pure s'échappant de ses lèvres. C'était comme si quelqu'un enfonçait des aiguilles brûlantes dans son crâne.
« SOHALIA ! » cria Ace, se retournant vers elle.
« NON ! » hurla-t-elle. « Le coffre ! Prends le coffre ! »
Ace hésita, déchiré entre l'aider et accomplir leur mission.
« Vas-y ! » insista-t-elle, du sang commençant à couler de son nez. « Je... peux... tenir... »
Marco apparut soudainement aux côtés de Sohalia, toujours sous sa forme de phénix. Ses flammes bleues l'enveloppèrent, créant une barrière protectrice.
« Benn ! » cria-t-il. « Avec moi ! »
Le second de Shanks comprit immédiatement. Il se précipita vers eux, son Haki se déployant comme une vague protectrice.
Ensemble, Marco et Benn canalisèrent leur Haki de l'Armement, créant une barrière autour de Sohalia. La pression mentale de Jef se heurta à cette défense, diminuant légèrement.
« On te protège, » dit Marco fermement. « Tiens bon. »
Pendant ce temps, Ace profita de la diversion. Il se transforma en flammes pures, traversant la salle en un éclair orange. Les pirates contrôlés essayèrent de l'intercepter, mais il était trop rapide.
Il atterrit près du piédestal.
Jef se retourna, son sourire s'évanouissant pour la première fois.
« Non. »
Mais Ace avait déjà saisi le coffret.
« TROP TARD, ENFOIRÉ ! » hurla-t-il triomphalement.
La rage déforma le visage de Jef. Ses yeux brillèrent d'une lumière aveuglante.
« Tu vas payer pour ça ! »
Il libéra une vague psychique massive – bien plus puissante que tout ce qu'il avait fait jusqu'à présent.
Tous les pirates dans la salle tombèrent à genoux, hurlant de douleur. Même Marco et Benn vacillèrent sous l'assaut.
Sohalia sentit ses défenses se fissurer. C'était trop. Trop puissant. Elle ne pourrait pas...
Elle rassembla tout ce qui lui restait. Chaque once de force. Chaque fragment de volonté.
Et poussa.
Ses mains se levèrent, tremblantes mais déterminées. Son pouvoir explosa.
Le sol de pierre de la salle se fissura. Des racines massives jaillirent – pas des murs cette fois, mais du sol même de la salle. Elles explosèrent avec une violence terrible, se dirigeant droit vers Jef.
Mais elle ne s'arrêta pas là.
Alors que les racines se rapprochaient de lui, elle les transforma. Son pouvoir coula à travers elles, les saturant de poison. Les racines noircirent, devenant mortelles au toucher.
Jef écarquilla les yeux – la première vraie émotion autre que l'amusement cruel qu'elle voyait sur son visage depuis sept mois.
Il esquiva. Mais pas assez vite.
Une racine empoisonnée effleura son bras.
Il hurla.
L'assaut mental cessa instantanément alors qu'il tombait à genoux, tenant son bras. La peau au point de contact virait au noir, les veines autour devenant visibles alors que le poison se propageait.
« Salope ! » cracha-t-il, sa voix déformée par la douleur.
Sohalia s'effondra, complètement vidée. Mais elle sourit – un sourire épuisé mais triomphant.
« Leçon numéro un, » haleta-t-elle. « Ne... sous-estime... jamais... quelqu'un... qui a vécu... avec toi. »
Ace, le coffret fermement serré contre sa poitrine, cria :
« RETRAITE ! ON L'A ! TOUT LE MONDE DEHORS ! »
Les pirates contrôlés étaient tombés inconscients quand Jef avait perdu sa concentration. Les autres se précipitèrent pour les ramasser, les chargeant sur leurs épaules.
Marco saisit Sohalia, la soulevant dans ses bras.
« Bien joué, » murmura-t-il.
Benn couvrait leur retraite, son fusil pointé sur Jef qui se tordait toujours de douleur.
« Vous... » grogna Jef, levant la tête. Son visage était tordu de rage et de douleur. « Vous ne m'échapperez pas... Je vous retrouverai... Sohalia... TU M'APPARTIENS ! »
« Va en enfer, » répondit-elle faiblement avant de perdre connaissance.
Jef, fou de rage, leva une main tremblante.
Le temple tout entier se mit à trembler.
« Si je ne peux pas t'avoir... PERSONNE NE T'AURA ! »
Le plafond commença à s'effondrer. Des blocs de pierre massifs tombèrent, s'écrasant là où se tenaient les pirates quelques secondes auparavant.
« COUREZ ! » hurla Marco.
Et ils coururent.
Course folle à travers les couloirs qu'ils avaient parcourus. Derrière eux, le temple s'effondrait, détruit par la rage de Jef.
La chaleur du volcan augmentait, la lave commençant à déborder de ses fosses.
Ace menait la charge, le coffret toujours serré contre lui. Marco suivait, portant Sohalia inconsciente. Benn fermait la marche avec les derniers pirates, s'assurant que personne n'était laissé derrière.
Ils atteignirent la salle aux quatre portes. Les deux pirates blessés qu'ils avaient laissés là étaient toujours vivants, attendant anxieusement avec les quatre autres restés pour les protéger.
« VITE ! » cria Ace. « PRENEZ-LES ! »
Deux pirates costauds saisirent les blessés, les chargeant sur leurs dos.
Ils remontèrent le puits par lequel ils étaient tombés – Marco, sous forme de phénix, tirant des cordes qu'il avait récupérées. Un par un, les pirates grimpèrent avec une vitesse née de la panique pure.
Le grondement du temple qui s'effondrait se rapprochait.
Le dernier pirate – Ace, toujours avec le coffret – atteignit le haut du puits juste au moment où le sol en contrebas s'effondrait dans un rugissement de pierre brisée.
Ils traversèrent le couloir final en courant, ne s'arrêtant jamais, les poumons brûlants, les muscles hurlant.
Et enfin...
La lumière.
L'entrée du temple.
Ils jaillirent sur le plateau de neige au moment exact où le temple s'effondrait complètement derrière eux dans une explosion de poussière et de débris.
Tous s'effondrèrent sur la neige froide, haletants, certains vomissant à cause de l'effort extrême.
Marco tenait toujours Sohalia inconsciente dans ses bras. Il vérifia rapidement son pouls.
Fort. Régulier.
Elle vivait.
« Comptage, » haleta-t-il.
Benn fit rapidement le tour du groupe étalé sur la neige.
« Cinquante, » annonça-t-il finalement. « Tous vivants. »
Un soupir de soulagement collectif parcourut le groupe.
Ace se releva lentement, le coffret toujours dans ses mains. Il le leva au-dessus de sa tête.
« ON L'A ! » cria-t-il, sa voix résonnant à travers le plateau. « ON A LE COFFRE ! »
Les pirates qui pouvaient encore bouger levèrent leurs poings en l'air, criant leur victoire malgré leur épuisement.
Marco regarda Sohalia endormie dans ses bras. Son visage était pâle, couvert de sueur et de saleté, du sang séché sous son nez. Mais elle était vivante.
Et elle avait été magnifique.
« Repose-toi, » murmura-t-il en écartant doucement les cheveux de son front. « Tu l'as mérité. »
Dom s'approcha, inquiet, mais Marco lui fit signe que tout allait bien.
Dans le lointain, les ruines fumantes du temple se dressaient comme un monument à leur victoire.
Jef était quelque part sous ces décombres. Vivant ? Mort ? Ils ne le savaient pas.
Mais pour l'instant, ça n'avait pas d'importance.
Ils avaient survécu.
Ils avaient le coffre que Sohalia leur avait ordonné de prendre.
Et ils rentraient à la maison.
« En route, » dit Marco après leur avoir laissé quelques minutes de repos. « Vers le camp. Vista et les autres nous attendent. »
Lentement, douloureusement, les pirates se remirent debout. Ceux qui pouvaient marcher aidaient ceux qui ne le pouvaient pas. Une famille, soutenant ses membres blessés.
Ace marcha aux côtés de Marco, jetant régulièrement des regards vers Sohalia.
« Elle va bien ? » demanda-t-il doucement.
« Elle va s'en sortir, » répondit Marco. « Elle est forte. Plus forte qu'elle ne le pense. »
« Elle nous a tous sauvés là-dedans, » dit Ace. « Plusieurs fois. »
« Je sais. »
Ils commencèrent la descente de la montagne, le soleil déclinant lentement à l'horizon, teintant la neige de rose et d'orange.
Dans les bras de Marco, Sohalia bougea légèrement. Ses yeux s'ouvrirent – juste un peu, à peine des fentes.
« On... a réussi ? » murmura-t-elle, sa voix à peine audible.
Marco sourit.
« Oui. Grâce à toi. »
Elle esquissa un faible sourire.
« Bien... »
Puis ses yeux se refermèrent, et elle sombra dans un sommeil profond et sans rêves.
Un sommeil mérité.
Derrière eux, dans les ruines du temple, sous des tonnes de pierre effondrée, une paire d'yeux verts et argentés s'ouvrit dans l'obscurité.
Jef Mentaru était vivant.
Blessé. Affaibli. Furieux.
Mais vivant.
Et dans son esprit tordu brillait une seule pensée :
Elle m'a échappé. Encore.
Dans l'obscurité totale, il sourit.
Le jeu continuait.
RÉÉCRIT : 28/12/2025