The New Era
Chapitre 9 : Chapitre 09 : Voyage vers l'Inconnu
11243 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 30/12/2025 15:00
Note de l'auteur :
Avant de démarrer ce chapitre, je vous invite à lire le Hors-Série 2 publié dans "The New Era : Échos du Passé".
Moby Dick. En mer. Premier jour de voyage vers Saint Urea.
La lumière du matin filtrait à travers le hublot de l'infirmerie, dessinant des motifs mouvants sur le plancher de bois. Le navire tanguait doucement, porté par une mer paisible qui contrastait étrangement avec la tempête d'émotions que Sohalia avait traversée ces derniers jours.
Elle ouvrit les yeux lentement, clignant contre la clarté soudaine. Pendant quelques secondes de confusion bienvenue, elle ne se souvint de rien. Puis tout revint d'un coup : le temple, Jef, la Sphère Éternelle, la course qui les attendait.
Un long soupir s'échappa de ses lèvres.
« Bonjour. »
Sohalia tourna vivement la tête — trop vivement. Une douleur aiguë traversa ses côtes, lui arrachant une grimace.
« Doucement, » dit Yori depuis son bureau, levant à peine les yeux de ses notes. « Tes côtes ne sont pas encore complètement guéries. »
« Ça va, » marmonna-t-elle en se redressant avec plus de précaution cette fois.
Le médecin posa son crayon et s'approcha, ses pas mesurés résonnant sur le plancher. Il portait toujours sa tenue blanche impeccable, ses cheveux noirs tirés en arrière avec une précision presque militaire.
« On vérifie, » dit-il simplement.
Sohalia souleva son haut — un simple débardeur blanc que quelqu'un avait dû lui mettre pendant qu'elle dormait — exposant les bandages qui entouraient son torse. Yori les défit avec une efficacité professionnelle, ses doigts experts palpant délicatement la zone blessée.
Elle serra les dents à chaque contact, même si la douleur était nettement moins vive qu'hier.
« Hmmm, » fit Yori, ses sourcils froncés en concentration. « L'inflammation a diminué. La guérison progresse bien. »
« Donc je peux sortir ? »
« Oui. »
Sohalia cligna, surprise par la réponse directe.
« Vraiment ? »
« Sous conditions, » précisa-t-il en commençant à refaire le bandage. « Pas d'efforts physiques intenses. Pas de combat. Pas de soulèvement d'objets lourds. Pas de mouvements brusques. »
Il serra le dernier nœud du bandage, puis recula, croisant les bras dans une posture qui n'admettait aucune négociation.
« Tu peux marcher sur le pont, t'asseoir, lire, manger. C'est tout. Si je te vois faire autre chose, je te boucle ici pour le reste du voyage. Compris ? »
« Compris. »
« Et tu reviens me voir matin et soir pour que je vérifie l'état de tes côtes. »
« D'accord. »
Yori la fixa encore quelques secondes, comme pour s'assurer qu'elle ne mentait pas, puis hocha la tête.
« Bien. Maintenant va prendre une douche. Tu sens le médicament et la sueur. »
Sohalia ouvrit la bouche pour protester — elle ne sentait pas si mauvais que ça — mais Yori lui tendit une serviette propre et des vêtements pliés.
« Cabine de douche du fond. Eau tiède, pas chaude. Pas plus de dix minutes. Ne mouille pas le bandage de ta tête. »
Elle prit les affaires sans discuter et se dirigea vers la salle de bains attenante à l'infirmerie.
L'eau tiède coula sur son corps avec une douceur presque thérapeutique, emportant la tension accumulée dans ses muscles. Elle fit attention à ne pas mouiller ses bandages, penchant la tête en arrière sous le jet.
Les vêtements que Yori lui avait donnés étaient simples mais pratiques : un pantalon noir léger et une chemise blanche à manches courtes. Elle reconnut le style — c'était l'un des vêtements de Marco, adapté à sa taille par quelqu'un qui savait coudre.
Probablement Vista. Le commandant de la cinquième division avait toujours eu un talent caché pour ce genre de choses.
Une fois habillée, elle contempla son reflet dans le petit miroir accroché au mur. Le bandage blanc autour de sa tête contrastait fortement avec ses cheveux blonds légèrement humides. Ses yeux marron la fixaient, cerclés de cernes légers mais déterminés.
Tu as l'air d'avoir été traînée à travers un ouragan, pensa-t-elle avec une grimace. Mais au moins, tu es vivante.
Elle sortit de la salle de bains. Yori était retourné à son bureau, griffonnant des notes dans un cahier épais.
« Mieux, » dit-il sans lever les yeux. « Maintenant va manger quelque chose. Le petit-déjeuner est encore servi. »
« Merci, Yori. »
« Hmmm. »
Sohalia quitta l'infirmerie, fermant doucement la porte derrière elle.
Le couloir était désert à cette heure — la plupart des pirates étaient probablement déjà sur le pont, vaquant à leurs occupations quotidiennes. Ses pieds nus claquaient doucement sur le bois tandis qu'elle se dirigeait vers les escaliers menant au pont principal.
En montant les marches, elle entendit les sons familiers du navire en pleine activité. Des voix qui criaient des ordres. Le grincement des cordages. Le claquement des voiles dans le vent. L'odeur d'air marin et de bois mouillé.
Elle émergea sur le pont et s'arrêta un instant, fermant les yeux pour savourer la sensation du soleil sur son visage et de la brise marine dans ses cheveux.
Ça faisait du bien.
Plus que du bien.
C'était comme respirer pour la première fois après avoir été sous l'eau trop longtemps.
« Hé, Sohalia ! »
Elle ouvrit les yeux et vit Dom qui s'approchait avec son sourire habituel — large, chaleureux, et légèrement idiot.
« Tu es sortie ! » s'exclama-t-il en s'arrêtant devant elle. « Comment tu te sens ? »
« Mieux. Yori m'a libérée sous surveillance stricte. »
« Ce type est terrifiant quand il est sérieux, » rit Dom en se grattant la nuque. « Mais c'est bon de te voir debout. »
D'autres pirates passèrent près d'eux, la saluant d'un hochement de tête ou d'un sourire. Certains qu'elle ne connaissait pas bien, mais qui semblaient contents de la voir.
C'était étrange, pensa-t-elle. Après sept ans d'absence, ils l'accueillaient comme si elle n'était jamais partie.
Comme si elle avait toujours été là.
« Où vas-tu ? » demanda Dom.
« Chercher quelque chose à manger. »
« Parfait ! Je t'accompagne. J'ai un creux terrible. »
Ils marchèrent ensemble vers la salle à manger, Dom bavardant gaiement sur des choses sans importance — une blague que Stephen avait faite hier, un pari stupide entre deux membres de la troisième division, le fait que Titi avait encore cassé sa hache préférée pendant l'entraînement.
Sohalia l'écoutait d'une oreille, souriant occasionnellement, laissant la normalité de la conversation l'apaiser.
La salle à manger était à moitié pleine quand ils entrèrent. Des pirates de diverses divisions étaient attablés, mangeant, riant, discutant. L'atmosphère était détendue — rien d'urgent ne les pressait aujourd'hui.
Sohalia se servit un bol de porridge simple avec quelques fruits, puis s'installa à une table près de la fenêtre. Dom la rejoignit avec une assiette débordant de nourriture — œufs, bacon, pain, fruits, et ce qui ressemblait à la moitié d'un jambon.
« Comment tu fais pour manger autant ? » demanda-t-elle, incrédule.
« Métabolisme rapide, » répondit-il la bouche pleine. « Et puis je m'entraîne beaucoup. Il faut bien compenser. »
Elle secoua la tête, amusée, et commença à manger son propre repas.
C'était simple mais délicieux. Le chef du Moby Dick — un homme bourru mais talentueux — savait faire ressortir les saveurs même des plats les plus basiques.
« Alors, » dit Dom après avoir englouti la moitié de son assiette, « c'est vrai ce qu'on raconte ? Sur la mission à Saint Urea ? »
Sohalia leva les yeux vers lui.
« Qu'est-ce qu'on raconte exactement ? »
« Qu'on cherche quelque chose d'important. Que c'est urgent. Que Pops va nous rejoindre. » Il se pencha légèrement en avant, baissant la voix. « Et qu'il y a un méchant qui cherche la même chose que nous. »
Sohalia hésita. Combien savaient-ils exactement ? Marco avait-il briefé tout l'équipage ou seulement les commandants ?
« C'est... plus ou moins exact, » admit-elle finalement. « On cherche quelque chose à Saint Urea. C'est important. Et oui, quelqu'un d'autre le cherche aussi. »
Dom la fixa un moment, puis hocha lentement la tête.
« D'accord. Alors on fera attention. » Il sourit à nouveau. « Mais on va gagner, non ? On gagne toujours. »
Sohalia ne put s'empêcher de lui rendre son sourire.
« Oui. On va gagner. »
Ils terminèrent leur repas dans un silence confortable, observant les autres pirates aller et venir.
Quand elle eut fini, Sohalia se leva, remercia Dom pour la compagnie, et sortit sur le pont.
Le soleil brillait haut maintenant, réchauffant le bois sous ses pieds. Le vent gonflait les voiles avec un bruit régulier et apaisant. La mer s'étendait à perte de vue dans toutes les directions — un bleu profond et infini qui semblait absorber tous les soucis du monde.
Sohalia s'accouda au bastingage, contemplant l'horizon.
Quelque part devant eux, Saint Urea les attendait.
Quelque part sur cette île, un Fragment ou une Clé se cachait.
Et quelque part — peut-être déjà là-bas, peut-être encore en route — Jef cherchait la même chose.
Cette pensée fit courir un frisson le long de sa colonne vertébrale.
Elle ferma les yeux, respirant profondément l'air marin, tentant de calmer le tourbillon d'inquiétudes dans son esprit.
Un pas à la fois, se dit-elle. D'abord guérir. Ensuite préparer. Puis agir.
« Tu devrais être à l'infirmerie. »
Elle sursauta légèrement et se retourna.
Marco se tenait là, les mains dans les poches, son expression habituelle de calme détendu sur le visage. Mais ses yeux — ces yeux perçants qui ne rataient jamais rien — la scrutaient avec attention.
« Yori m'a libérée, » dit-elle rapidement. « Sous conditions strictes, mais libérée quand même. »
« Hmmm. »
Il s'approcha et s'accouda au bastingage à côté d'elle, regardant l'océan.
Ils restèrent silencieux un moment, simplement côte à côte, profitant du soleil et du vent.
« Comment te sens-tu vraiment ? » demanda finalement Marco.
« Mieux. » Elle marqua une pause. « Mais... fatiguée. Mentalement. »
« C'est normal. Tu as traversé beaucoup de choses. »
« Oui. »
Un autre silence confortable s'installa.
Puis Marco dit, d'une voix douce mais ferme :
« Tu n'as pas à tout porter seule, tu sais. »
Sohalia tourna la tête vers lui, surprise.
« Quoi ? »
« Le poids de cette mission. La responsabilité. La culpabilité à propos de Thatch. » Il la regarda enfin, ses yeux bleus ancrés dans les siens. « Tu n'as pas à porter tout ça seule. On est une famille. On partage les fardeaux. »
« Je... je sais. »
« Tu le sais ici, » dit-il en tapotant son front, « mais pas encore ici. » Il posa une main sur sa poitrine, au-dessus de son cœur. « Ça viendra. Avec le temps. »
« Merci, Marco. »
« De rien. » Il lui ébouriffa doucement les cheveux — un geste affectueux qui la ramena instantanément à son enfance. « Maintenant repos. Ordre du médecin. Et du premier commandant. »
Elle rit faiblement.
« Oui, chef. »
Marco s'éloigna, rejoignant Vista qui l'appelait depuis l'autre bout du pont.
Sohalia resta là encore un moment, contemplant l'océan, sentant le soleil réchauffer sa peau.
L'après-midi passa lentement. Sohalia trouva un coin ombragé sur le pont et s'y installa avec un livre emprunté à la bibliothèque — un roman d'aventures qu'elle avait commencé des années auparavant mais n'avait jamais terminé.
Les mots défilaient devant ses yeux, mais son esprit vagabondait constamment.
Saint Urea.
Le Fragment.
Jef.
La Sphère Éternelle.
Quatre Fragments. Quatre Clés.
Ils avaient déjà une Clé. Il en restait trois à trouver, ainsi que les quatre Fragments.
Et chacun serait probablement aussi dangereux à obtenir que le premier.
Elle soupira et ferma le livre, incapable de se concentrer.
Des pas s'approchèrent. Elle leva les yeux et vit Ace qui venait vers elle, portant deux verres de jus de fruit frais.
« Tiens, » dit-il en lui en tendant un. « Tu avais l'air d'avoir besoin de ça. »
« Merci. »
Il s'assit à côté d'elle, adossé au bastingage, et but une longue gorgée de son propre verre.
« Comment vont tes côtes ? »
« Mieux. Yori dit que la guérison progresse bien. »
« Tant mieux. » Il marqua une pause.
Sohalia sentit une chaleur étrange dans sa poitrine — pas de la gêne, mais quelque chose de plus profond. De la gratitude peut-être. De la reconnaissance.
Ace sourit — un vrai sourire, chaleureux et authentique.
Ils burent leur jus en silence, observant l'équipage travailler autour d'eux.
« Tu as peur ? » demanda soudainement Ace. « Pour Saint Urea ? »
Sohalia réfléchit avant de répondre.
« Oui et non. J'ai peur de ce qu'on pourrait trouver. De ce qui pourrait arriver. Mais... » Elle regarda Ace. « Je sais qu'on n'est pas seuls. Ça aide. »
« Thatch disait ça, » murmura Ace, son regard se perdant dans le lointain. « Que la famille rendait n'importe quoi possible. Même l'impossible. »
Sohalia sentit à nouveau sa gorge se serrer.
« Il avait raison. »
« Oui. »
Un silence paisible s'installa entre eux, chargé de souvenirs partagés d'un homme qui n'était plus là mais dont l'influence restait palpable.
Puis Ace se leva, époussetant son pantalon.
« Je dois aller aider avec les voiles. Mais si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais où me trouver. »
« Merci, Ace. »
Il lui fit un signe de la main et s'éloigna, rejoignant un groupe de pirates qui ajustaient les cordages.
Sohalia le regarda partir, un léger sourire sur les lèvres.
Le soir tomba doucement sur l'océan, teintant le ciel de nuances orangées et roses. Le soleil descendait lentement vers l'horizon, projetant de longues ombres sur le pont.
Sohalia retourna à l'infirmerie comme promis. Yori l'examina à nouveau, vérifia ses bandages, et parut satisfait de son état.
« Continue comme ça, » dit-il. « Dans deux jours, tu pourras peut-être commencer des exercices légers. Mais rien d'intense avant au moins une semaine. »
« D'accord. »
« Et maintenant au lit. Ton corps a besoin de repos pour guérir. »
Elle ne protesta pas — elle était effectivement épuisée, même si elle n'avait rien fait de physique de la journée.
Une fois dans son lit, elle contempla le plafond de l'infirmerie, écoutant les bruits apaisants du navire qui craquait doucement.
Premier jour terminé.
Plus que quatre avant d'arriver à Saint Urea.
Quatre jours pour se préparer.
Quatre jours pour guérir.
Quatre jours avant que tout ne redevienne dangereux.
Elle ferma les yeux, laissant le sommeil la prendre doucement.
Deuxième jour en mer. La routine du navire.
Sohalia se réveilla tôt, avant même que le soleil ne se lève complètement. L'infirmerie baignait dans une pénombre grisâtre, et le seul bruit était le ronflement léger de Yori endormi dans sa chambre attenante.
Elle se leva doucement, testant ses côtes avec précaution. La douleur était là, sourde et persistante, mais nettement moins aiguë qu'hier.
Un progrès.
Elle enfila ses vêtements — toujours ceux que Vista avait adaptés — et sortit silencieusement de l'infirmerie.
Le pont était presque désert à cette heure. Seuls quelques pirates de garde vaquaient à leurs occupations, vérifiant les voiles et scrutant l'horizon. Le ciel commençait à s'éclaircir à l'est, teintant les nuages de rose pâle et d'or.
Sohalia s'accouda au bastingage, inspirant profondément l'air marin frais.
Elle se sentait... frustrée.
Pas physiquement — Yori avait raison, son corps avait besoin de repos. Mais mentalement, émotionnellement, elle bouillonnait d'impatience.
Quatre jours encore avant Saint Urea.
Quatre jours à ne rien faire pendant que Jef, lui, agissait probablement.
Elle serra les poings sur le bois du bastingage.
« Tu es debout tôt. »
Elle se retourna vivement.
Vista s'approchait, ses deux épées accrochées à sa ceinture comme toujours, sa moustache impeccablement coiffée malgré l'heure matinale.
« Je n'arrivais plus à dormir, » admit-elle.
« Hmmm. » Il s'accouda au bastingage à côté d'elle. « Trop de pensées qui tournent dans ta tête ? »
« Quelque chose comme ça. »
Ils restèrent silencieux un moment, observant le soleil monter lentement au-dessus de l'horizon.
Puis Vista demanda :
« Tu t'entraînais beaucoup, avant ? Avant ton... exil ? »
« Tous les jours. Parfois deux fois par jour. » Elle grimaça. « Thatch insistait. Il disait que si je voulais survivre sur Grand Line, je devais être forte. »
« Il avait raison. » Vista se tourna vers elle. « Et maintenant tu te sens faible parce que tu ne peux pas t'entraîner. »
Ce n'était pas une question.
« Oui, » avoua-t-elle.
« Tu n'es pas faible, » dit Vista fermement. « Tu es blessée. C'est différent. La faiblesse est permanente. Les blessures guérissent. »
Sohalia ne répondit pas, mais ses doigts se desserrèrent légèrement sur le bastingage.
Vista réfléchit un moment, caressant distraitement sa moustache.
« Tu sais, » dit-il finalement, « l'entraînement n'est pas seulement physique. Il y a d'autres façons de devenir plus forte. »
« Comme quoi ? »
« Le Haki, par exemple. »
Sohalia tourna brusquement la tête vers lui.
« Le Haki ? »
« Oui. » Vista sourit légèrement. « Tu l'as déjà utilisé, non ? Dans le temple ? »
Elle hocha la tête lentement.
« Oui. Le Haki de l'Observation. Pour sentir les pièges. Et... peut-être un peu le Haki de l'Armement, quand j'ai frappé Jef. »
« Alors tu as le potentiel. Mais ce n'est pas maîtrisé. Tu l'utilises par instinct, par nécessité. » Il la regarda droit dans les yeux. « Si tu apprends à le contrôler consciemment, tu seras beaucoup plus dangereuse. Même avec des côtes fêlées. »
Sohalia sentit quelque chose s'allumer dans sa poitrine.
« Tu... tu pourrais m'entraîner ? »
« Pas entraîner. Pas encore. » Vista secoua la tête. « Mais je peux t'enseigner les bases. La méditation. La concentration. Comment sentir le Haki en toi et le guider consciemment. »
« Ce ne serait pas trop physique ? Yori va me tuer si... »
« La méditation n'est pas physique, » l'interrompit Vista avec amusement. « Tu restes assise. Tu respires. Tu te concentres. Rien qui puisse blesser tes côtes. »
Sohalia réfléchit rapidement.
Yori avait interdit les efforts physiques intenses. Mais la méditation ? Techniquement, ce n'était pas un effort. C'était juste... rester assise et se concentrer.
« D'accord, » dit-elle finalement. « Quand ? »
« Maintenant, si tu veux. Avant que le pont ne devienne trop animé. »
« Oui. S'il te plaît. »
Vista hocha la tête et la guida vers une zone dégagée du pont, près du mât principal. Il s'assit en tailleur, ses épées posées devant lui, et lui fit signe de faire pareil.
Sohalia s'installa avec précaution, trouvant une position qui ne tirait pas trop sur ses côtes.
« Bien, » dit Vista une fois qu'elle fut installée. « Maintenant ferme les yeux. »
Elle obéit.
« Le Haki, » commença Vista d'une voix calme et mesurée, « n'est pas quelque chose d'extérieur à toi. Ce n'est pas un pouvoir que tu invoques. C'est déjà là, en toi, tout le temps. Tu dois juste apprendre à le sentir. À le reconnaître. »
Sohalia écoutait attentivement, se concentrant sur sa voix.
« Respire, » continua Vista. « Lentement. Profondément. Sens l'air entrer dans tes poumons. Remplir ton corps. Puis expire. Sens l'air quitter ton corps. »
Elle suivit ses instructions, inspirant lentement par le nez, expirant par la bouche.
« Continue, » dit Vista. « Et en respirant, concentre-toi sur ton corps. Pas sur la douleur. Pas sur les pensées. Juste sur la sensation d'être vivante. Le sang qui coule dans tes veines. Le battement de ton cœur. »
Sohalia inspira. Expira. Inspira. Expira.
Au début, c'était difficile. Ses pensées vagabondaient constamment — vers Jef, vers Saint Urea, vers Thatch, vers mille autres choses.
Mais peu à peu, guidée par la voix calme de Vista, elle parvint à les repousser.
Elle se concentra uniquement sur sa respiration. Sur les sensations de son corps.
Et alors, quelque chose d'étrange se produisit.
Elle sentit... une chaleur. Profondément enfouie en elle, comme une braise couvant sous des cendres.
Ce n'était pas physique. Ce n'était pas ses côtes blessées ou ses muscles fatigués.
C'était autre chose.
Quelque chose de plus profond.
Plus ancien.
« Tu le sens, » dit Vista, et ce n'était pas une question. « C'est ton Haki. Toujours là. Attendant que tu l'utilises. »
Sohalia hocha la tête, les yeux toujours fermés, ne voulant pas briser cette connexion fragile.
« Maintenant, » continua Vista, « ne le force pas. Ne tire pas dessus. Laisse-le simplement être. Familiarise-toi avec cette sensation. C'est la première étape. »
Ils restèrent ainsi un long moment — Sohalia concentrée sur cette chaleur étrange en elle, Vista silencieux et patient à ses côtés.
Quand elle rouvrit finalement les yeux, le soleil était complètement levé. Le pont s'était animé, des pirates commençant leurs tâches quotidiennes.
« Comment tu te sens ? » demanda Vista.
« ...Différente, » admit Sohalia. « Je ne sais pas comment l'expliquer. Mais oui, différente. »
« C'est normal. » Vista se leva gracieusement, récupérant ses épées. « Continue à faire ça tous les matins. Même juste dix minutes. Apprends à reconnaître ton Haki, à le sentir constamment. C'est la base de tout le reste. »
« D'accord. » Elle se leva également, plus lentement, testant ses côtes. Étonnamment, elles semblaient moins douloureuses. « Merci, Vista. »
« De rien. » Il lui donna une tape amicale sur l'épaule. « Et souviens-toi : la force ne vient pas seulement des muscles. Elle vient aussi de l'esprit. Du contrôle. De la maîtrise de soi. »
Il s'éloigna, la laissant seule avec ses pensées.
Sohalia resta là un moment, contemplant ses mains.
Elle sentait encore cette chaleur faiblement, comme un écho lointain maintenant qu'elle n'était plus en méditation profonde.
Mais elle était là.
Son Haki.
Toujours présent. Attendant.
Peut-être, pensa-t-elle, que ces quatre jours ne seront pas une perte de temps après tout.
Le reste de la matinée passa rapidement.
Sohalia déjeuna avec quelques pirates de la cinquième division — des hommes qu'elle ne connaissait pas encore très bien mais qui l'accueillaient chaleureusement.
Ils parlèrent de choses banales — la météo, les corvées du jour, une blague que quelqu'un avait faite hier et qui avait fait rire tout le monde.
C'était... normal.
Agréablement normal.
Après le repas, elle erra sur le pont, observant les pirates travailler. Certains réparaient des cordages. D'autres frottaient le bois. Un groupe s'entraînait au combat sur le pont arrière, leurs épées et leurs poings s'entrechoquant dans un vacarme contrôlé.
Elle les regarda avec envie.
Bientôt. Dans quelques jours, elle pourrait les rejoindre.
« Sohalia. »
Elle se retourna et vit Marco qui s'approchait, une pile de papiers sous le bras.
« Oui ? »
« Viens avec moi. On a une réunion. »
« Une réunion ? »
« Planification pour Saint Urea. Les commandants présents et toi. »
Sohalia le suivit jusqu'à une petite salle près du bureau de Marco — une pièce qu'elle se souvenait vaguement avoir vue enfant mais dans laquelle elle n'était jamais entrée.
À l'intérieur, une table était dressée avec une carte étalée dessus. Vista était déjà là, ainsi que Benn Beckman, qui remplaçait Shanks resté sur son navire, et Ace.
Marco ferma la porte derrière eux et se dirigea vers la table.
« Bien, » dit-il en posant ses papiers. « On a quatre jours avant d'arriver à Saint Urea. Il est temps de planifier notre approche. »
Il déroula la carte progressive — celle qu'ils avaient récupérée dans le coffret.
Sohalia s'approcha, examinant attentivement le parchemin.
Deux îles y étaient maintenant dessinées avec un détail surnaturel.
Las Camp — qu'ils avaient déjà visitée — avec le temple, le village, les montagnes.
Et Saint Urea.
L'île était plus grande que Las Camp, avec une forme irrégulière qui ressemblait vaguement à un croissant. Des montagnes dominaient l'intérieur, couvertes de forêts denses. La côte était parsemée de baies et de criques.
Et sur la côte nord-est, une ville.
Ou plutôt, une capitale.
Le nom était écrit en caractères élégants : Port-Aurore.
« Saint Urea, » commença Marco, « est un royaume insulaire indépendant. Ni aligné avec le Gouvernement Mondial, ni hostile. Neutre. Ils vivent principalement du commerce maritime. »
« Population ? » demanda Benn.
« Environ cinquante mille habitants, selon les dernières informations. La plupart concentrés à Port-Aurore. »
« Forces militaires ? »
« Une garde royale d'environ deux cents hommes. Bien entraînés mais pas extraordinaires. Et une petite flotte de défense — dix navires de guerre. »
Vista siffla doucement.
« Pour une île neutre, ils sont bien protégés. »
« Ils doivent l'être, » dit Marco. « Leur position sur Grand Line en fait une cible attractive pour les pirates. Ils ont investi dans leur défense pour décourager les attaques. »
Il tapota la carte, pointant vers une zone montagneuse à l'intérieur de l'île.
« Le symbole apparaît ici. Dans les montagnes, loin de la capitale. »
Sohalia se pencha, examinant la zone indiquée.
Un petit symbole brillait faiblement — le même qu'à Las Camp. Une marque qu'elle avait souvent contemplé sur l'île où elle avait passé sept ans.
« Qu'est-ce qu'il y a là-bas ? » demanda-t-elle.
« On ne sait pas exactement, » admit Marco. « Les cartes standard de l'île montrent cette zone comme 'forêt dense'. Pas de villages. Pas de routes. Juste... de la nature sauvage. »
« Un temple ? » suggéra Vista. « Comme à Las Camp ? »
« Probablement. »
Sohalia toucha légèrement le symbole du bout du doigt.
Elle sentit quelque chose — une légère vibration, presque imperceptible.
Comme une résonance.
« Tu sens quelque chose ? » demanda Marco, remarquant son geste.
« Oui. » Elle retira sa main. « C'est faible, mais... oui. Il y a quelque chose là-bas. Quelque chose qui répond à mon sang. »
Les commandants échangèrent des regards.
« C'est bon, » dit Benn. « Ça signifie qu'on cherche au bon endroit. »
« Ça signifie aussi, » ajouta Marco d'un ton plus sombre, « que Jef peut sentir la même chose. »
Un silence pesant tomba sur la pièce.
« Donc il pourrait déjà être là, » dit Vista.
« Ou en route, » confirma Marco. « On ne sait pas où il est exactement. Il pourrait être en avance sur nous. Ou en retard. Ou arriver en même temps. »
« Génial, » marmonna Ace.
Marco se redressa, croisant les bras.
« Voici le plan. On arrive à Port-Aurore dans quatre jours. On accoste discrètement — pas de grand déploiement, pas de fanfare. On est juste des pirates qui font escale pour des provisions. »
« Et ensuite ? » demanda Ace.
« Ensuite, un groupe restreint part explorer les montagnes. Marco, Sohalia, Ace, Benn, et moi, » dit Vista. « Cinq personnes. Assez pour se défendre, pas assez pour attirer l'attention. »
« Et le reste de l'équipage ? »
« Reste au navire. Défend le Moby Dick si nécessaire. Attend notre retour. » Marco regarda chacun d'eux. « Pops arrive trois jours après nous. Si on n'est pas revenus d'ici là, il viendra nous chercher avec des renforts. »
« Combien de temps pour atteindre les montagnes depuis Port-Aurore ? » demanda Sohalia.
« À pied ? Probablement une douzaine d'heures. Peut-être plus selon le terrain. »
« Donc on part le matin de notre arrivée, on marche toute la journée, on trouve le temple — ou quoi que ce soit — on récupère le Fragment ou la Clé, et on revient. »
« C'est le plan idéal, » dit Marco. « Mais on sait tous que les plans ne se déroulent jamais exactement comme prévu. »
« Surtout quand Jef est impliqué, » murmura Sohalia.
« Exactement. » Marco se pencha sur la carte. « Donc on se prépare pour le pire. On emporte des provisions pour trois jours. Des armes. Des médicaments. Des escargophone pour rester en contact avec le navire. »
« Et si on trouve Jef là-bas ? » demanda Benn.
Marco le regarda droit dans les yeux.
« On fait ce qu'il faut. On récupère l'objet. On survit. On rentre. »
Pas "on le tue". Pas "on l'affronte".
Juste "on survit".
Parce que Marco savait — ils savaient tous — que Jef était dangereux. Incroyablement dangereux.
L'affronter directement sans Barbe Blanche et des renforts serait trop risqué..
Mais si nécessaire...
« D'accord, » dit Vista finalement. « Quatre jours pour se préparer. Ça devrait suffire. »
« Sohalia, » dit Marco en se tournant vers elle, « tes côtes. Elles seront guéries d'ici là ? »
« Yori dit que dans deux jours, je pourrais commencer des exercices légers. » Elle hésita. « Je ne serai pas à cent pour cent, mais je serai assez bien pour marcher et me battre si nécessaire. »
« Bien. » Marco hocha la tête. « Repose-toi ces deux prochains jours. Ensuite on t'entraîne. Légèrement. Histoire de te remettre dans le bain. »
La réunion continua encore un moment, les commandants discutant de détails logistiques — qui commanderait en leur absence, comment organiser la défense du navire, quoi emporter exactement.
Sohalia écoutait attentivement, gravant chaque détail dans sa mémoire.
Finalement, Marco déclara la réunion terminée.
Les commandants se dispersèrent, retournant à leurs tâches.
Sohalia resta un moment devant la carte, contemplant le symbole qui brillait faiblement dans les montagnes de Saint Urea.
Qu'est-ce qui nous attend là-bas ? se demanda-t-elle.
Un temple ? Un piège ? Jef ?
Ou les trois ?
Elle sentit une main se poser sur son épaule.
Marco.
« Ça va ? »
« Oui. » Elle se tourna vers lui. « Juste... pensive. »
« Normal. » Il lui pressa doucement l'épaule. « Mais on sera prêts. On est toujours prêts. »
« Oui. »
Ils quittèrent la salle ensemble, retournant sur le pont où le soleil brillait maintenant haut dans le ciel.
Troisième jour. L'aube se levait à peine.
Sohalia était déjà debout, méditant comme Vista le lui avait enseigné. Assise en tailleur sur le pont avant, yeux fermés, respirant lentement.
Inspirer. Expirer.
Sentir le Haki en elle, cette chaleur constante qui pulsait doucement au rythme de son cœur.
Elle ne le forçait pas. Ne le tirait pas. Juste... l'observait. Le sentait. Se familiarisait avec lui.
C'était plus facile maintenant qu'il y a deux jours. Comme si son corps commençait enfin à comprendre ce qu'elle lui demandait.
« Tu progresses. »
Elle ouvrit les yeux. Vista se tenait là, deux tasses de café fumant dans les mains. Il lui en tendit une.
« Merci. »
Elle but une gorgée — fort, amer, exactement comme elle l'aimait.
Vista s'assit à côté d'elle, contemplant l'océan qui s'éveillait sous les premiers rayons du soleil.
« Comment se sentent tes côtes ? »
Sohalia testa prudemment, respirant profondément, tournant légèrement le torse.
La douleur était toujours là, mais considérablement atténuée. Plus une gêne qu'une véritable souffrance.
« Beaucoup mieux. Je pense que Yori va me libérer aujourd'hui. »
« Bien. » Vista but son propre café. « Parce qu'on va commencer ton véritable entraînement. »
Sohalia le regarda, surprise.
« Véritable entraînement ? »
« Méditation, c'était la première étape. Sentir ton Haki. » Il lui sourit. « Maintenant on passe à la deuxième : l'utiliser consciemment. »
« Yori va me tuer si je me blesse à nouveau. »
« On ne va pas faire de combat. Pas encore. » Vista posa sa tasse vide. « Juste des exercices de contrôle. Concentration. Projection. »
Sohalia hésita, puis hocha la tête.
« D'accord. Quand ? »
« Après le petit-déjeuner. Et après que Yori t'ait examinée. Je ne veux pas me mettre cet homme à dos. »
Elle rit doucement.
« Bonne idée. »
Ils terminèrent leur café en silence confortable, observant le soleil monter lentement au-dessus de l'horizon.
Après le petit-déjeuner, Sohalia se rendit à l'infirmerie comme convenu.
Yori l'examina minutieusement, palpant ses côtes, vérifiant la plaie sur sa tête, testant sa mobilité.
Finalement, il recula et hocha la tête.
« Bien. Très bien. La guérison progresse mieux que prévu. » Il croisa les bras. « Tu peux commencer des exercices légers. Étirements. Katas lents. Pas de combat. Pas de soulèvement d'objets lourds. Pas de mouvements brusques. »
« Compris. »
« Et tu reviens demain matin pour un dernier examen. Si tout va bien, je te libère complètement. »
Sohalia sentit un poids se soulever de sa poitrine.
« Merci, Yori. Vraiment. »
Il lui fit un petit sourire — rare chez lui.
« De rien. Maintenant va. Et fais attention à toi. »
Elle sortit de l'infirmerie avec un sentiment de légèreté qu'elle n'avait pas ressenti depuis des jours.
Exercices légers.
C'était un début.
Vista l'attendait sur le pont arrière, dans une zone dégagée généralement utilisée pour l'entraînement. Quelques pirates s'y trouvaient déjà, pratiquant leurs katas ou s'affrontant dans des duels amicaux.
« Alors ? » demanda Vista quand elle s'approcha.
« Exercices légers autorisés. »
« Parfait. » Il lui fit signe de le suivre vers un coin plus tranquille. « On commence simple. »
Il se plaça face à elle, à environ trois mètres de distance.
« Le Haki de l'Observation, » commença-t-il, « te permet de sentir les intentions. Les mouvements. Les attaques avant qu'elles ne se produisent. Tu l'as déjà utilisé instinctivement. »
Sohalia hocha la tête.
« Dans le temple. Je sentais les pièges avant de les voir. »
« Exactement. Mais c'était de la panique. De la survie. » Vista la fixa intensément. « Maintenant tu vas apprendre à le faire calmement. Consciemment. »
« Comment ? »
« Ferme les yeux. »
Elle obéit.
« Maintenant, concentre-toi comme pendant la méditation. Sens ton Haki. »
Sohalia respira profondément, trouvant rapidement cette chaleur familière en elle.
« Bien, » dit Vista. « Maintenant... étends-le. Pas beaucoup. Juste un peu autour de toi. Comme si tu créais une bulle invisible. »
Sohalia fronça les sourcils, ne comprenant pas tout à fait.
« Comment je fais ça ? »
« Ne pense pas. Ressens. Laisse ton Haki... flotter hors de toi. Doucement. »
Elle essaya.
Au début, rien ne se passa. Le Haki restait en elle, chaud et immobile.
Puis, progressivement, elle sentit quelque chose... changer.
Comme si une partie de cette chaleur se détachait, s'étendant au-delà de son corps.
C'était étrange. Désorientant. Comme si elle se diluait dans l'air autour d'elle.
« Bien, » dit la voix de Vista, lointaine maintenant. « Très bien. Maintiens ça. »
Sohalia se concentra, gardant cette extension fragile.
« Maintenant, » continua Vista, « je vais bouger. Ne regarde pas. Ne triche pas. Utilise uniquement ton Haki pour me sentir. »
Elle entendit ses pas — un, deux, trois — puis plus rien.
Silence.
Elle attendit, les yeux fermés, concentrée sur cette bulle invisible autour d'elle.
Et alors, elle le sentit.
Un mouvement. Sur sa gauche.
Pas un bruit. Pas une vibration physique.
Juste... une présence. Une intention.
« Gauche, » dit-elle.
« Bien. »
Les pas reprirent. Se déplacèrent.
« Droite. »
« Exact. »
Encore un déplacement.
« Derrière moi. »
« Parfait. »
Vista continua cet exercice pendant ce qui sembla une éternité. Se déplaçant, s'arrêtant, testant sa perception.
Et peu à peu, Sohalia devint meilleure.
Plus rapide à sentir. Plus précise dans ses réponses.
Quand elle rouvrit finalement les yeux, elle était couverte de sueur malgré l'absence d'effort physique.
Son esprit, par contre, était épuisé.
« C'est... beaucoup plus fatigant que je pensais, » haleta-t-elle.
« Le Haki draine ton énergie, » expliqua Vista. « Mentalement et physiquement. C'est pourquoi tu dois t'entraîner. Pour augmenter ton endurance. »
Il lui tendit une gourde d'eau.
« Repose-toi un moment. Ensuite on continue. »
Sohalia but avidement, s'asseyant sur le pont.
Autour d'eux, les autres pirates continuaient leur propre entraînement, certains jetant des coups d'œil curieux vers elle.
« Vista ? » appela-t-elle après quelques minutes.
« Oui ? »
« Le Haki de l'Armement. Tu peux m'enseigner ça aussi ? »
Vista la considéra un moment.
« C'est plus difficile. Et plus dangereux à apprendre. »
« Je sais. Mais si on affronte Jef... » Elle serra les poings. « Je dois être capable de le blesser. Vraiment le blesser. »
Vista hocha lentement la tête.
« D'accord. Mais on y va progressivement. Pas de précipitation. »
« Merci. »
Ils reprirent l'entraînement après une pause de vingt minutes.
Cette fois, Vista se concentra sur le Haki de l'Armement — la capacité de durcir son corps, de le rendre plus résistant, plus puissant.
« C'est similaire à l'Observation, » expliqua-t-il, « mais inversé. Au lieu d'étendre ton Haki vers l'extérieur, tu le concentres vers l'intérieur. Dans une partie spécifique de ton corps. »
Il tendit son bras droit. Sous les yeux de Sohalia, la peau se teinta d'un noir brillant, comme si elle était couverte de métal.
« C'est le Haki de l'Armement. »
« C'est incroyable. »
« Essaie. » Il désigna sa main. « Commence petit. Juste ta main. Concentre ton Haki là-dedans. Imagine-le se solidifiant. Devenant dur comme du fer. »
Sohalia fixa sa propre main, tentant de faire ce qu'il décrivait.
Elle sentit son Haki — cette chaleur familière — et tenta de la diriger vers sa main droite.
Au début, rien.
Puis, très faiblement, elle sentit quelque chose. Une concentration. Une densité accrue dans sa paume.
Mais aucun changement visible.
Sa peau restait normale.
« Je... je crois que je sens quelque chose, » dit-elle, incertaine. « Mais rien ne se passe. »
« C'est normal. » Vista laissa son propre Haki se dissiper. « Le Haki de l'Armement prend des mois — parfois des années — à maîtriser. Tu ne vas pas y arriver en un jour. »
« Mais je l'ai utilisé contre Jef. »
« Par instinct. Par nécessité absolue. » Vista s'assit à côté d'elle. « Mais utiliser quelque chose une fois par accident et le maîtriser consciemment sont deux choses très différentes. »
Sohalia soupira, frustrée.
« On n'a pas des mois. On n'a même pas des semaines. »
« Je sais. » Vista posa une main sur son épaule. « Mais on fait avec ce qu'on a. Continue à t'entraîner. Tous les jours. Méditation le matin. Exercices de concentration l'après-midi. Petit à petit, tu progresseras. »
« Et si ce n'est pas assez ? Pour Saint Urea ? »
Vista la regarda droit dans les yeux.
« Alors tu utilises ce que tu as. Ton intelligence. Ta hallebarde. Ton pouvoir. Et tes alliés. » Il sourit légèrement. « Tu n'es pas seule, Sohalia. On sera là. Marco, moi, Ace, Benn. On se bat ensemble. »
Sohalia sentit sa gorge se serrer.
« Merci, Vista. »
« De rien. » Il se leva, lui tendant la main pour l'aider à se relever. « Maintenant, encore une heure d'entraînement. Puis repos. On ne veut pas que Yori nous tue. »
Elle rit et prit sa main.
L'après-midi s'écoula rapidement.
Après l'entraînement avec Vista, Sohalia déjeuna avec Ace et quelques membres de la deuxième division. Ils parlèrent de choses et d'autres — rien d'important, juste de la conversation amicale.
Ace semblait plus détendu maintenant. Plus à l'aise avec elle. Leur relation avait définitivement évolué depuis le temple.
« Tu t'entraînes avec Vista ? » demanda-t-il entre deux bouchées.
« Oui. Haki de l'Observation et de l'Armement. »
« C'est bien. » Ace sourit. « Vista est un bon professeur. Patient. Méthodique. »
« Il t'a entraîné aussi ? »
« Un peu, quand je suis arrivé. » Ace se gratta la nuque. « Mais j'étais... difficile. Je n'écoutais pas toujours. »
« Et maintenant ? »
« Maintenant j'écoute. » Il rit. « La vie t'apprend à écouter, que tu le veuilles ou non. »
Sohalia sourit.
« C'est vrai. »
Après le repas, elle passa du temps à la bibliothèque, lisant sur le Haki dans des vieux manuels que Marco lui avait suggérés.
Certains étaient techniques, remplis de diagrammes et d'explications complexes. D'autres étaient plus philosophiques, parlant du Haki comme d'une extension de l'esprit et de la volonté.
Elle absorba tout ce qu'elle pouvait, prenant des notes mentales.
Le soir venu, elle retourna voir Yori pour un dernier contrôle.
Il examina ses côtes, parut satisfait, et lui donna un dernier avertissement.
« Demain, tu es officiellement libérée. Mais reste prudente. Pas d'excès. »
« Promis. »
Elle dîna seule cette fois — un repas simple qu'elle savoura lentement, profitant du calme de la salle à manger presque vide.
Puis elle monta sur le pont.
Le soleil se couchait, peignant le ciel de nuances orangées et pourpres spectaculaires. L'océan reflétait ces couleurs, créant un paysage à couper le souffle.
Sohalia s'accouda au bastingage, contemplant ce spectacle en silence.
« Belle soirée. »
Marco s'approcha, s'installant à côté d'elle.
« Oui. »
Ils restèrent silencieux un moment, observant le soleil descendre lentement vers l'horizon.
« Tu te sens prête ? » demanda finalement Marco. « Pour demain ? »
« Demain ? »
« Oui. Les vents nous ont été très favorables. Nous y serons un jour en avance. »
Sohalia réfléchit avant de répondre.
« Je me sens... mieux préparée qu'il y a trois jours. Mais prête ? » Elle secoua la tête. « Je ne sais pas si on peut vraiment être prêt pour ce genre de chose. »
« Probablement pas. » Marco lui sourit légèrement. « Mais on fait de notre mieux. C'est tout ce qu'on peut faire. »
« Oui. »
Le soleil toucha l'horizon, projetant une dernière explosion de lumière dorée avant de disparaître.
L'obscurité commença à s'installer, les premières étoiles apparaissant dans le ciel.
« Marco ? »
« Oui ? »
« Qu'est-ce qui se passe si... si on ne trouve pas le Fragment ? Ou si Jef l'a déjà ? »
Marco ne répondit pas immédiatement. Il contempla l'océan, son expression pensif.
« Alors on continue, » dit-il finalement. « On cherche les autres. On trouve une autre façon. On n'abandonne jamais. »
« Même si ça semble impossible ? »
« Surtout si ça semble impossible. » Il la regarda.
Sohalia sentit quelque chose se réchauffer dans sa poitrine.
« Tu as raison. »
« Toujours. » Marco lui ébouriffa les cheveux affectueusement. « Maintenant va dormir. Demain est un grand jour. »
« Toi aussi. »
« Dans un moment. »
Sohalia quitta le pont, se dirigeant vers sa cabine — celle de la cinquième division qu'elle partageait avec ses frères d'armes.
Une fois dans son lit, elle contempla le plafond, écoutant les bruits apaisants du navire.
Demain, Saint Urea.
Demain, le Fragment.
Demain, peut-être Jef.
Elle ferma les yeux, respirant profondément.
Et pour la première fois depuis longtemps, elle s'endormit facilement, sans cauchemars, épuisée.
Quatrième jour. L'aube.
« TERRE EN VUE ! »
Le cri de la vigie résonna à travers tout le navire, réveillant ceux qui dormaient encore et faisant lever les têtes de ceux qui étaient déjà debout.
Sohalia, qui méditait sur le pont avant, ouvrit brusquement les yeux.
Saint Urea.
Elle se leva rapidement — ses côtes protestèrent légèrement mais sans la douleur aiguë d'avant — et courut vers le bastingage.
Là, à l'horizon, une forme sombre se détachait contre le ciel pâle de l'aube.
Une île.
Elle était encore loin — peut-être une heure de navigation — mais déjà Sohalia pouvait distinguer des détails.
Des montagnes. Hautes et imposantes, couvertes de forêts denses qui semblaient presque noires dans la lumière matinale.
Et sur la côte...
Elle plissa les yeux, tentant de voir plus clairement.
Des bâtiments. Blancs. Brillants même dans cette faible lumière.
La capitale.
Port-Aurore.
« Impressionnant, non ? »
Marco s'approcha, deux tasses de café fumant dans les mains. Il lui en tendit une.
« Merci. » Elle but une gorgée sans quitter l'île des yeux. « C'est... plus grand que je pensais. »
« Saint Urea est l'une des plus grandes îles indépendantes de cette partie de Grand Line. » Marco s'accouda au bastingage. « Population importante. Commerce florissant. Architecture remarquable. »
Ils restèrent silencieux, observant l'île grandir progressivement à mesure que le navire s'en approchait.
Autour d'eux, l'équipage s'activait — les pirates commençaient leurs tâches quotidiennes, préparant le navire pour l'accostage imminent. Marco but son café calmement.
« Rien ne dit qu'il est là. Il pourrait être en retard. Ou sur une autre île. On ne sait pas son itinéraire exact. »
« La carte... »
« Montre les îles dans l'ordre. Mais ça ne veut pas dire qu'il doit les faire dans l'ordre. Il pourrait avoir deviné qu'on irait directement à la prochaine et décidé d'aller ailleurs d'abord. »
Sohalia n'avait pas pensé à ça.
« Donc on pourrait avoir de l'avance. »
« Peut-être. » Marco termina son café. « De toute façon, on sera prudents. Discrets. On entre, on récupère l'objet, on sort. Simple. »
« Les meilleures plans sont toujours les plus simples. »
« Exactement. »
Une heure plus tard, le Moby Dick pénétra dans la baie où se trouvait Port-Aurore.
Et Sohalia comprit immédiatement pourquoi on l'appelait ainsi.
La ville s'étalait le long de la côte dans un arc gracieux, ses bâtiments peints en blanc brillant étincelant sous le soleil maintenant levé. Les toits étaient couverts de tuiles rouges qui créaient un contraste saisissant avec le blanc immaculé des murs.
Des tours élégantes s'élevaient ça et là — probablement des phares ou des tours de guet. Au centre de la ville, dominant tout le reste, se dressait un palais magnifique avec des dômes dorés qui captaient la lumière et la renvoyaient en éclats éblouissants.
« C'est magnifique, » murmura Sohalia, bouche bée.
« C'est l'une des plus belles villes de Grand Line, » confirma Vista, qui les avait rejoints. « Architecturalement parlant. »
Le port lui-même était immense — des dizaines de quais s'étendaient dans l'eau, accueillant des navires de toutes tailles et de toutes origines. Navires marchands, navires de pêche, quelques navires de guerre de la garde royale, et même — Sohalia nota avec intérêt — quelques navires pirates.
« Ils tolèrent les pirates ici ? » demanda-t-elle.
« Tant qu'on ne cause pas de problèmes, oui, » répondit Marco. « Port-Aurore est un port neutre. Tout le monde est le bienvenu tant qu'on respecte les lois locales. »
« Pratique. »
« Très. »
Le Moby Dick accosta lentement, guidé par l'équipage expérimenté qui maniait les cordages avec une précision née de longues années de pratique.
Une fois amarré, Marco, Vista et Benn descendirent négocier avec les officiels du port — paiement de la taxe d'amarrage, permission de débarquer, achat de provisions.
Sohalia resta sur le pont, observant la ville avec attention.
C'était animé. Très animé.
Des gens allaient et venaient sur les quais — dockers déchargeant des marchandises, marchands criant leurs prix, enfants courant entre les adultes en riant.
L'atmosphère était... paisible. Presque joyeuse.
C'était étrange de penser qu'à seulement quelques heures de marche de cette ville, cachée dans les montagnes, se trouvait quelque chose d'ancien et probablement dangereux.
« Hé, Sohalia ! »
Elle se retourna. Ace montait sur le pont, sa hallebarde à la main.
« C'est à toi. » Il la lui tendit. « Je l'ai récupérée de l'armurerie. Marco a dit qu'on part cet après-midi. »
« Cet après-midi ? »
« Oui. On débarque, on achète des provisions supplémentaires, on se repose quelques heures, puis on part avant la tombée de la nuit. On marche de nuit pour éviter l'attention. »
Sohalia prit sa hallebarde, sentant le poids familier du bois lisse dans ses mains. Le cristal rouge à l'extrémité brillait faiblement, pulsant doucement comme un cœur.
« Tu es sûr que tu es prête ? » demanda Ace, scrutant son visage. « Tes côtes... »
« Yori m'a libérée ce matin. Complètement. » Elle fit tourner la hallebarde expérimentalement, testant sa mobilité. Ses côtes protestèrent légèrement mais tenaient bon. « Je suis prête. »
« Bien. » Ace sourit. « Parce qu'on va en avoir besoin. »
Il s'accouda au bastingage, regardant la ville.
« Tu sais, » dit-il après un moment, « ça me fait penser à East Blue. Certaines villes là-bas avaient cette même ambiance. Paisible. Normale. »
Sohalia le regarda curieusement.
« Tu t'ennuies d'East Blue ? »
« Parfois. » Ace haussa les épaules. « Mon petit frère était là-bas. Luffy. Il veut devenir Roi des Pirates. »
Il rit, mais il y avait de l'affection dans ce rire.
« Il est probablement en train de causer des problèmes quelque part sur Grand Line. C'est son talent. »
Sohalia sourit.
« Il te ressemble ? »
« À certains égards. » Ace réfléchit. « Il est têtu. Impulsif. Loyal jusqu'à l'os. Mais il est aussi... plus innocent que moi. Plus optimiste. Il voit le bon côté des gens. Même quand il ne devrait pas. »
« C'est une belle qualité. »
« Oui. » Ace fixa l'horizon. « Je m'inquiète pour lui parfois. Grand Line est dangereux. Plus dangereux que tout ce qu'East Blue peut offrir. Mais... » Il sourit à nouveau. « Je sais qu'il s'en sortira. C'est Luffy. Il trouve toujours un moyen. »
Sohalia ne dit rien, laissant Ace se perdre dans ses pensées.
Elle comprenait ce sentiment. Cette inquiétude pour quelqu'un qu'on aime mais qu'on ne peut pas protéger directement.
« En tout cas, » dit finalement Ace en se redressant, « on a du travail. Va te préparer. On se retrouve dans trois heures pour le briefing final. »
« D'accord. »
Ace s'éloigna, rejoignant d'autres pirates qui préparaient l'équipement.
Sohalia resta encore un moment au bastingage, tenant sa hallebarde, contemplant les montagnes au loin.
Trois heures plus tard, l'équipe était rassemblée dans la salle de réunion.
Marco, Vista, Ace, Benn, et Sohalia.
Sur la table, la carte progressive était étalée, montrant clairement leur destination.
« Voici le plan, » commença Marco. « On part dans une heure. On marche vers l'intérieur de l'île, direction nord-ouest. »
Il traça le chemin du doigt sur la carte.
« D'après les informations qu'on a pu obtenir en ville, il y a une vieille route commerciale qui mène vers les montagnes. Abandonnée maintenant, mais encore praticable. On la suit jusqu'à ce qu'on atteigne cette zone. »
Il tapota le symbole.
« Là, on quitte la route et on entre dans la forêt. Le symbole est profond dans les montagnes. Probablement un temple ou une structure similaire. »
« Combien de temps ? » demanda Benn.
« À pied, en terrain difficile ? Six à huit heures d'après les informations que j'ai réussi à recueillir. On arrivera aux montagnes juste avant l'aube. »
« Pourquoi de nuit ? » demanda Ace.
« Moins de risques d'être vus. Moins de questions. » Marco se redressa. « On est des pirates de Barbe Blanche. Reconnaissables. Si les autorités locales nous voient partir vers les montagnes en plein jour, elles pourraient envoyer quelqu'un vérifier. »
« Et on ne veut pas de complications, » compléta Vista.
« Exactement. »
Marco sortit cinq sacs à dos déjà préparés.
« Provisions pour trois jours. Eau. Médicaments. Corde. Lampes. Escargophone pour rester en contact avec le navire. »
Il distribua les sacs.
« Questions ? »
Sohalia leva la main.
« Oui ? »
« Si on trouve Jef là-bas... »
Elle laissa la question en suspens.
Marco la regarda droit dans les yeux.
« Si on trouve Jef, on évalue la situation. Si on peut récupérer l'objet sans combat, on le fait. Si on doit se battre... » Il marqua une pause. « On se bat pour gagner. Pour survivre. Pas pour prouver quoi que ce soit. »
« On travaille ensemble, » ajouta Vista. « On ne se sépare pas. On ne prend pas de risques inutiles. »
« Et si les choses tournent vraiment mal, » continua Benn, « on se replie. On attend que Barbe Blanche arrive avec des renforts. Shanks et les autres seront prêt à intervenir aussi.»
Sohalia hocha la tête.
C'était raisonnable. Pragmatique.
Jef était dangereux. Incroyablement dangereux.
L'affronter sans préparation serait suicidaire.
« Autre chose ? » demanda Marco.
Personne ne dit mot.
« Bien. Préparez-vous. On part dans une heure. »
L'équipe se dispersa, chacun allant faire ses derniers préparatifs.
Sohalia retourna à sa cabine, enfilant des vêtements adaptés — pantalon noir résistant, bottes solides, chemise à manches longues sous une veste légère. Elle attacha sa hallebarde dans son dos, s'assurant qu'elle était bien fixée mais accessible rapidement.
Elle vérifia son sac : provisions, eau, une trousse de premiers soins de base, une lampe, son escargophone personnel.
Tout était prêt.
Elle s'assit sur son lit un moment, respirant profondément.
Un coup à sa porte.
« Entrez. »
Marco passa la tête.
« Prête ? »
« Oui. »
« Bien. On se retrouve sur le quai dans dix minutes. »
Il allait partir, puis s'arrêta.
« Sohalia ? »
« Oui ? »
« Quoi qu'il arrive là-bas... on reste ensemble. D'accord ? »
Elle lui sourit.
« D'accord. »
Il hocha la tête et disparut.
Sohalia se leva, ajusta son sac sur ses épaules, et quitta sa cabine.
Sur le pont, le reste de l'équipage s'était rassemblé pour leur dire au revoir.
Dom lui donna une grande tape dans le dos.
« Fais attention là-bas. »
« Promis. »
Stephen lui tendit une petite fiole.
« Potion énergétique. Si tu es épuisée, bois ça. Ça te donnera un coup de boost. »
« Merci. »
Un à un, les pirates lui souhaitèrent bonne chance, certains avec des mots d'encouragement, d'autres avec des blagues pour alléger l'atmosphère.
Finalement, l'équipe au complet — Marco, Vista, Ace, Benn, et Sohalia — descendit du navire.
Le soleil était bas maintenant, projetant de longues ombres sur les quais. Dans quelques heures, la nuit tomberait complètement.
Parfait pour leur départ discret.
Ils traversèrent Port-Aurore rapidement, attirant quelques regards curieux mais pas d'attention excessive. Les pirates de Barbe Blanche n'étaient pas rares dans ces eaux, et leur présence n'était pas alarmante tant qu'ils ne causaient pas de problèmes.
En sortant de la ville, ils trouvèrent la vieille route commerciale que Marco avait mentionnée.
Elle était effectivement abandonnée — envahie par les herbes, les pierres déplacées par les racines, des sections complètement effacées par l'érosion.
Mais elle était toujours là. Toujours praticable.
« En route, » dit Marco.
Et ils commencèrent à marcher, laissant Port-Aurore derrière eux, s'enfonçant progressivement dans les terres sauvages de Saint Urea.
Le soleil continua sa descente, teintant le ciel de rose et d'orange.
Puis il disparut complètement, plongeant le monde dans l'obscurité.
Les étoiles apparurent, brillantes et innombrables, éclairant faiblement leur chemin.
Personne ne parlait. Ils marchaient en silence, concentrés, vigilants.
Sohalia sentait quelque chose en elle. Une vibration. Une résonance.
Son sang réagissait à la proximité du symbole sur la carte.
Ils étaient sur la bonne voie.
Et chaque pas les rapprochait de leur destination.
Les heures s'écoulèrent dans un silence presque complet.
Seuls les bruits de leurs pas sur le sol inégal, le bruissement occasionnel des feuilles dans le vent, et les cris lointains d'animaux nocturnes troublaient le calme de la nuit.
Sohalia marchait entre Marco et Ace, sa hallebarde fermement tenue dans sa main droite. Ses côtes la faisaient encore légèrement souffrir avec chaque pas, mais c'était supportable. Gérable.
Elle s'était entraînée pour ça.
La vieille route commerciale serpentait à travers des plaines d'abord, puis commençait à monter progressivement vers les collines.
La végétation changeait — les herbes hautes cédaient la place à des arbustes épais, puis à des arbres de plus en plus grands et denses.
Ils entraient dans la forêt.
Marco leva une main, signalant une pause.
L'équipe s'arrêta immédiatement, vigilante.
« Repos, » dit Marco à voix basse. « Cinq minutes. Buvez de l'eau. »
Ils s'assirent sur des rochers ou des troncs d'arbres tombés, sortant leurs gourdes.
Sohalia but avidement, réalisant à quel point elle avait soif. La marche était épuisante, même si elle ne voulait pas l'admettre.
« Comment vont tes côtes ? » demanda Vista, s'asseyant à côté d'elle.
« Bien. Ça tire un peu, mais rien d'insupportable. »
« Bien. Mais dis-moi si ça empire. »
« Promis. »
Benn consulta une boussole et une carte topographique qu'il avait obtenue en ville.
« On est sur la bonne voie, » dit-il. « Encore trois à quatre heures et on devrait atteindre la zone indiquée sur la carte progressive. »
« Pas de signe de Jef ? » demanda Ace.
« Rien pour l'instant. » Marco scruta la forêt autour d'eux. « Mais restons vigilants. »
Ils reprirent leur marche après la courte pause.
La forêt devenait de plus en plus dense, les arbres plus hauts et plus anciens. Leurs troncs massifs étaient couverts de mousse et de lianes. Le sol était mou, recouvert d'une épaisse couche de feuilles mortes qui étouffait leurs pas.
C'était presque trop silencieux.
Pas d'oiseaux. Pas d'insectes. Juste... le silence.
Sohalia sentit un frisson courir le long de sa colonne vertébrale.
Quelque chose n'allait pas.
Elle regarda Marco. Il avait remarqué aussi — son expression était tendue, ses yeux scrutant constamment les ombres autour d'eux.
« Tout le monde sur ses gardes, » murmura-t-il. « Quelque chose ne va pas. »
Ils continuèrent, plus lentement maintenant, chaque membre de l'équipe balayant du regard une direction différente.
Sohalia activa son Haki de l'Observation — encore maladroitement, mais suffisamment pour sentir les présences autour d'eux.
Et elle ne sentit... rien.
Aucun animal. Aucun oiseau. Aucune vie.
Comme si la forêt elle-même était morte.
« Marco, » chuchota-t-elle. « Mon Haki... il ne détecte rien. Aucune vie du tout. »
Les autres se figèrent.
« Moi non plus, » confirma Marco, les sourcils froncés.
Vista dégaina doucement ses épées.
« Un piège ? »
« Peut-être. Ou... » Marco toucha un arbre proche. « Quelque chose a chassé toute vie de cette zone. »
« Quoi ? »
« Je ne sais pas. »
Ils avancèrent encore plus prudemment, leurs armes dégainées maintenant.
La forêt continuait, uniforme et morte.
Puis, soudainement, elle s'arrêta.
Ils émergèrent dans une clairière circulaire — parfaitement circulaire, comme si elle avait été créée artificiellement.
Au centre se dressait une structure.
Un temple.
Mais pas comme celui de Las Camp.
Celui-ci était... différent.
Il était construit en pierre noire, presque volcanique, avec des veines rouges qui couraient à travers comme du sang figé. Des colonnes massives soutenaient un toit partiellement effondré. Des statues bordaient l'entrée — des figures humanoïdes mais déformées, leurs visages tordus en expressions de souffrance.
Et partout, gravé dans la pierre, le symbole qui était sur la carte.
Mais pas le symbole normal qu'elle connaissait.
Celui-ci était... inversé. Tordu. Comme une version corrompue.
« Qu'est-ce que c'est que ça... » murmura Ace.
Sohalia sentit quelque chose de froid s'installer dans son estomac.
Ce temple n'était pas un lieu de protection comme celui de Las Camp.
C'était quelque chose d'autre.
Quelque chose de sombre.
Marco s'approcha lentement, examinant l'entrée.
« La Lignée dont parlé la lettre a construit ça ? »
« Je... je ne sais pas, » admit Sohalia. « Je n'ai jamais vu ou entendu parler de quelque chose comme ça. »
Elle s'approcha également, tendant une main vers la pierre.
Le moment où ses doigts touchèrent la surface, une douleur aiguë traversa son bras.
Elle recula vivement, serrant son poignet.
« Ça va ? » demanda Vista, inquiet.
« Oui. Juste... » Elle fixa la pierre. « Ça a réagi à mon sang. Mais pas comme le sceau de Las Camp. C'était... douloureux. »
« Douloureux comment ? »
« Comme si ça me repoussait. Comme si ça ne voulait pas de moi ici. »
Marco et Vista échangèrent un regard.
« Ça n'a aucun sens », » dit Marco.
« À moins que, » intervint Benn, « ce ne soit pas un temple de protection. Mais un temple de prison. »
Sohalia se figea.
« Une prison ? »
« Pense-y. » Benn s'approcha, examinant les symboles. « Tes ancêtres enfermaient des objets dangereux. La Sphère Éternelle était dans un temple. Les Fragments et les Clés aussi. Mais peut-être que certains objets étaient trop dangereux pour être simplement gardés. Peut-être qu'ils devaient être emprisonnés. Scellés. »
« Et un sceau qui repousse les descendants, » continua Vista, « signifierait que personne de leur peuple ne pourrait l'ouvrir accidentellement. »
Sohalia sentit son sang se glacer.
« Mais alors... comment on l'ouvre ? »
« On ne devrait peut-être pas, » dit Ace.
Tous se tournèrent vers lui.
« Quoi ? » continua-t-il. « Si c'est vraiment une prison pour quelque chose de trop dangereux, pourquoi voudrait-on l'ouvrir ? »
« Parce que le Fragment et/ou la Clé sont à l'intérieur, » répondit Marco. « Et parce que si on ne le prend pas, Jef le fera. »
« Tu penses qu'il peut l'ouvrir ? »
« C'est un descendant aussi... » Marco ne termina pas sa phrase, mais l'implication était claire.
Sohalia contempla le temple, une boule d'appréhension grandissant dans son estomac.
« Il faut qu'on entre, » dit-elle finalement, même si chaque fibre de son être lui criait de fuir. « On n'a pas le choix. »
« Sohalia... »
« Je sais. » Elle regarda Ace. « Je sais que c'est dangereux. Mais Marco a raison. Si on ne prend pas ce qui est là-dedans, Jef le fera. Et je préfère que ce soit nous. »
Marco la fixa un long moment, puis hocha lentement la tête.
« D'accord. Mais on est prudents. On entre, on regarde, on évalue. Si c'est trop dangereux, on se replie et on attend des renforts. »
« D'accord. »
Ils s'approchèrent de l'entrée ensemble.
Les portes du temple — deux battants massifs de pierre noire — étaient fermées. Pas de poignées. Pas de serrures visibles.
Juste une surface lisse avec les symboles inversés gravés partout.
« Comment on ouvre ça ? » demanda Ace.
Sohalia examina les symboles, cherchant quelque chose de familier.
Puis elle le vit.
Au centre exact des portes, là où elles se rejoignaient, un petit creux. Circulaire. Juste assez grand pour...
« Du sang, » murmura-t-elle. « Comme à Las Camp. Mais... »
« Mais quoi ? »
« À Las Camp, c'était une goutte. Ici... » Elle toucha le creux du bout du doigt. « Ici, c'est plus profond. Beaucoup plus profond. »
« Combien de sang ? » demanda Vista.
« Je ne sais pas. » Sohalia sortit un petit couteau de sa ceinture. « Mais on va le découvrir. »
Elle entailla sa paume — pas profondément, juste assez pour faire couler le sang librement.
Puis elle plaça sa main au-dessus du creux, laissant le sang goutter dedans.
Une goutte.
Deux.
Trois.
Le creux commença à briller — mais pas d'une lumière dorée et chaleureuse comme à Las Camp.
Rouge.
D'un rouge profond et malsain.
Sohalia continua, laissant plus de sang couler.
Dix gouttes.
Vingt.
Le creux se remplissait lentement, la lumière rouge s'intensifiant.
« Sohalia, c'est assez, » dit Marco, inquiet.
« Pas encore. Il faut que ce soit complètement plein. »
Trente gouttes.
Quarante.
Sa paume commençait à faire mal, mais elle serra les dents et continua.
Cinquante gouttes.
Finalement, le creux fut complètement rempli.
La lumière rouge explosa, se propageant le long de tous les symboles gravés sur les portes.
Un grondement sourd résonna.
Puis, lentement, les portes commencèrent à s'ouvrir.
Pas vers l'extérieur comme Sohalia s'y attendait.
Mais vers l'intérieur. S'enfonçant dans l'obscurité.
Un souffle d'air glacé s'échappa du temple — si froid qu'il fit frissonner toute l'équipe.
Et avec ce souffle vint une odeur.
Ancienne. Poussiéreuse. Et quelque chose d'autre.
Quelque chose de pourri.
Marco alluma une lampe, projetant un faisceau de lumière dans l'obscurité au-delà des portes.
Il ne révéla... rien.
Juste un couloir de pierre noire qui s'enfonçait vers le bas.
Des escaliers.
Descendant profondément sous terre.
« Bien, » dit Marco d'une voix qui se voulait assurée mais qui trahissait une légère tension. « Restons groupés. Personne ne se sépare. Si quelque chose se passe, on sort immédiatement. »
« D'accord, » murmurèrent les autres.
Sohalia banda rapidement sa main blessée avec un morceau de tissu, stoppant le saignement.
Puis, lampes à la main, armes dégainées, ils pénétrèrent dans le temple.
Les portes se refermèrent derrière eux avec un bruit sourd et final, plongeant le monde extérieur dans l'obscurité. Et eux dans quelque chose de bien pire.
Ils descendirent les escaliers lentement, prudemment.
Vingt marches.
Cinquante.
Cent.
Le couloir continuait, s'enfonçant toujours plus profondément. La température chutait à chaque pas. Leur souffle formait des nuages de vapeur devant leurs visages. Les murs étaient couverts de gravures — mais pas des symboles cette fois.
Des scènes.
Des scènes de... bataille. De destruction. De gens fuyant quelque chose.
Quelque chose de grand. De terrible.
Sohalia ne pouvait pas distinguer les détails dans la faible lumière de leurs lampes, mais ce qu'elle voyait suffisait à la glacer jusqu'aux os.
« Qu'est-ce que ces types ont enfermé ici ? » murmura Ace.
Personne ne répondit.
Parce que personne ne savait.
Finalement, après ce qui sembla une éternité, les escaliers se terminèrent.
Ils débouchèrent dans une vaste chambre. Circulaire. Immense. Le plafond si haut que leurs lampes n'en révélaient pas le sommet. Au centre de la chambre se dressait un piédestal.
Et sur ce piédestal...
Une boîte.
Petite. Noire. Couverte de chaînes.
Pas de chaînes normales.
Des chaînes gravées de symboles. Des centaines. Des milliers.
Toutes concentrées sur cette petite boîte.
« C'est... » commença Vista.
« Le Fragment, » termina Sohalia. « Ou la Clé. Ça doit être ça. »
Marco s'approcha lentement du piédestal, examinant la boîte sans la toucher.
« Elle est scellée. Vraiment scellée. » Il se tourna vers Sohalia. « Tu peux l'ouvrir ? »
Sohalia s'approcha également, étudiant les chaînes.
Chacune avait un petit verrou. Un verrou qui ressemblait au creux sur les portes.
Du sang.
« Oui, » dit-elle. « Mais... »
« Mais quoi ? »
« Il y a... » Elle compta rapidement. « Au moins cinquante verrous. Peut-être plus. »
« Cinquante ?! »
« Oui. » Sohalia sentit son estomac se nouer. « Ils ne voulaient vraiment pas que quelqu'un ouvre ça. »
Un silence pesant tomba sur le groupe.
Puis Benn dit ce que tout le monde pensait :
« Qu'est-ce qu'il y a dans cette boîte qui nécessite autant de protection ? »
« Je ne sais pas, » admit Sohalia. « Mais... »
Elle tendit la main vers le premier verrou.
Son doigt effleura à peine le métal.
Une vision la frappa.
Violente. Brutale. Désorientante.
Des flammes. Des cris. Du sang. Tellement de sang.
Une silhouette noire. Immense. Dévorant tout sur son passage.
Des gens fuyant. Tombant. Mourant.
Et au centre de tout...
La boîte.
Fermée. Scellée. Prison d'une chose qui ne devrait jamais être libérée.
Sohalia arracha sa main, haletante.
« Sohalia ?! » Marco la rattrapa alors qu'elle chancelait. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
« Une vision, » haleta-t-elle. « J'ai vu... »
« Quoi ? »
« La raison pour laquelle ils ont enfermé ça. » Elle regarda la boîte avec horreur. « Ce qui est là-dedans... »
« Quoi ? »
« Je ne sais pas exactement. Mais c'est dangereux. Vraiment dangereux. » Elle se redressa, tremblante. « Des personnes sont morts en essayant de le sceller. »
Les autres échangèrent des regards inquiets.
« Alors on ne l'ouvre pas, » décida Marco. « C'est trop risqué. »
« Mais Jef... »
« Si Jef vient ici, on le gère à ce moment-là. Mais on n'ouvre pas cette boîte. Pas sans savoir exactement ce qu'il y a dedans. »
Sohalia voulait protester. Voulait dire qu'ils avaient besoin du Fragment ou de la Clé.
Mais...
Marco avait raison.
Ouvrir cette boîte sans comprendre ce qu'elle contenait serait de la folie.
« D'accord, » dit-elle finalement. « On ne l'ouvre pas. »
« Bien. Maintenant sortons d'ici. »
Ils se retournèrent vers les escaliers.
Et se figèrent.
Quelqu'un se tenait là.
Dans l'ombre. Silhouette indistincte dans la faible lumière de leurs lampes, mais Sohalia n'avait pas besoin de voir son visage pour savoir qui c'était. Elle sentait sa présence. Son aura. Sa malveillance.
« Jef, » murmura-t-elle.
La silhouette avança d'un pas, entrant dans la lumière.
Jef.
Son sourire était visible même dans l'obscurité. Froid. Calculateur. Victorieux.
« Bonjour, Sohalia, » dit-il d'une voix douce. « Merci d'avoir ouvert les portes pour moi. »
« Comment... »
« Comment je suis arrivé ici ? » Il rit. « J'ai suivi ta lumière. Tu as utilisé ton sang pour ouvrir le temple. C'était comme un phare dans l'obscurité. Impossible à manquer. »
Marco se plaça devant Sohalia, épées dégainées.
« Tu ne touches pas à cette boîte. »
« Oh, mais je le dois, » répondit Jef, son sourire s'élargissant. « Elle contient exactement ce dont j'ai besoin. »
« C'est dangereux. Même pour toi. »
« Pour moi ? Non. » Jef inclina la tête. « Pour vous ? Absolument. »
Il fit un geste de la main.
Et l'obscurité autour de lui explosa.
RÉÉCRIT : 29/12/2025