The New Era

Chapitre 12 : Mille ans de secret

5726 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 31/12/2025 18:58

Le silence pesait lourd dans l'infirmerie.

Barbe Blanche n'avait pas bougé depuis que Sohalia avait prononcé ces mots — ces mots impossibles qui venaient de bouleverser tout ce qu'il croyait savoir du monde.

« Laugh Tale. »

L'île légendaire. L'île que même lui, Edward Newgate, n'avait jamais cherchée. L'île où Roger avait trouvé le One Piece. L'île qui contenait toutes les vérités du monde.

Et cette jeune femme — cette fille qu'il considérait comme sienne — prétendait en venir.

« Raconte-moi, » dit-il finalement, sa voix si basse qu'elle fit vibrer les murs. « Du tout début. Et ne me cache rien. »

Sohalia hocha la tête, essuyant les larmes qui coulaient encore sur ses joues. Elle prit une profonde inspiration tremblante, rassemblant ses forces.

« Ça commence il y a mille ans... Mon peuple vivait un peu partout dans ce monde depuis des temps immémoriaux. Mes ancêtres ont fait des choses. Ils ont envahi des terres, ont fait la guerre, se sont entretués, ont mis en place un système de classe avec des esclaves. Nous sommes considérés comme des Démons par ceux qui dirigent ce monde. »

Sa voix était faible, encore fragile après l'opération, mais chargée d'une gravité qui captivait l'attention de Barbe Blanche.

« Les Dragons Célestes ? » demanda-t-il.

« Eux-mêmes. Tu connais l'Histoire : une guerre a éclaté avec les vingt Lignées Royales qui ont formé le Gouvernement Mondial. Les principales figures de cette période étaient... Des monstres de puissance, qui se battaient contre d'autres monstres : mes ancêtres. Beaucoup de familles anciennes ont été décimées. Une majeure partie de ceux qui voulaient détruire mes ancêtres ne reculaient devant rien. Ils étaient prêts à sacrifier tout et n'importe quoi : des enfants innocents, des îles entières, leurs alliés... »

« Pourquoi ? » demanda-t-il.

« Le pouvoir. Des secrets qui sont à ce jour cachés aux yeux du Monde. Des vérités que le Gouvernement Mondial essaie d'effacer depuis huit cents ans. Des connaissances qui, si elles étaient révélées, changeraient tout. »

Sohalia toucha machinalement la cicatrice sur sa poitrine — cette marque brûlante laissée par le Fragment.

« Mes ancêtres, mon peuple, moi, nous maîtrisons une forme d'énergie vitale avancée. Mon pouvoir, je ne l'ai pas eu en mangeant un fruit du démon. Je l'ai depuis ma naissance. Je l'ai hérité de mes ancêtres, comme ma mère, comme ma tante... Chaque famille de Laugh Tale a un pouvoir propre à elle. Les Mentaru ont des pouvoirs qui concernent le mental, la télékinésie par exemple... »

Elle leva sa main, et même affaiblie, même épuisée, elle fit naître une petite pousse verte de sa paume. Une démonstration minuscule mais suffisante.

« Nous étions une société prospère. Savante. On collectionnait les connaissances du monde entier, préservions les histoires oubliées, protégions les artefacts anciens, on en fabriquait de nouveaux. »

Barbe Blanche écoutait, immobile. Mais ses yeux — ces yeux qui avaient vu tant de choses au cours de sa longue vie — brillaient d'une compréhension grandissante.

Elle ferma les yeux, revivant des souvenirs qui n'étaient pas les siens mais qui lui avaient été transmis de génération en génération. Sohalia serra les draps jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Elle commençait à avoir du mal à se concentrer. Son corps ne désirait qu'une chose : du repos.

Barbe Blanche se leva, mais posa une main immense et étonnamment douce sur son front.

« Repose-toi. On continuera demain, » dit-il en prenant la décision pour elle.

Il se dirigea vers la porte, puis s'arrêta.

« Sohalia ? »

« Oui, Père ? »

« Merci. De me faire enfin confiance. »

Il sortit, laissant Sohalia seule avec ses pensées tourbillonnantes.

Elle avait commencé à raconter l'histoire.

Et demain, elle devrait révéler le reste.

Le sommeil l'emporta en quelques secondes.


Quelque part dans le Nouveau Monde, sur une île inconnue.

Le Roi Taiyō ruminait en silence, attendant que la servante habituelle vienne le chercher pour le repas. Quelques coups discrets retentirent et il se mit à hurler après la domestique. C'était pour lui un petit rituel. Il se faisait vieux, il avait bien le droit de profiter de son statut pour se distraire comme il le pouvait.

La porte s'ouvrit et il étouffa un juron.

Son visiteur sourit et s'avança. Après une sublime révérence, Jef fit face à son Roi. Le seigneur de l'île daigna le regarder après avoir longuement bâillé.

« Que fous-tu ici ? » lança le vieil homme en se grattant le crâne.

« Je viens vous apporter de bonnes nouvelles, mon Roi, » répondit humblement le Mentaru.

« Bah, parle, je n'ai pas que ça à faire ! » répliqua-t-il en s'asseyant plus confortablement sur son trône, ravi d'avoir un peu de distraction.

« Mon plan fonctionne à merveille. Sohalia Shizen souffre. Elle est même mourante. Elle a fusionné avec un Fragment. »

« Et ? » Le Roi se redressa légèrement. « Je ne t'ai pas demandé de lui donner un pneumothorax mais de la tuer ! »

« Et d'une méchante hémorragie, ses chances de survie sont minces, mon Seigneur, » continua Jef en ignorant l'agacement de son vis-à-vis.

« Magnifique ! » Le Roi rit brièvement avant de redevenir sérieux. « Et sa famille ? Où ça en est ? Car je les vois tous les jours et ils se portent comme un charme ! »

« Justement, pour cette partie, je vais avoir besoin de votre aide, » avoua le jeune homme en souriant.

« Il est hors de question que je me salisse les mains, » beugla le vieil homme.

« Mais, je n'ai pas mentionné cela, votre Majesté, » annonça doucement le Mentaru en s'avançant.

« Ah ? Que devrais-je faire ? » demanda-t-il, intrigué.

« Rien, ne bougez surtout pas, » déclara Jef.

« Pardon ? »

« Vous n'avez pas songé à un seul moment à respecter votre part de marché, n'est-ce pas ? »

La voix de Jef était devenue glaciale.

« Vous aviez l'intention de me donner aux autorités et de me faire pendre sur la place après que j'aie tué tous les Shizen, n'est-ce pas ? »

« Comment... ? »

« Je ne suis pas stupide, mon Roi, » dit Jef en avançant encore d'un pas. « Mais vous, si. »

Le dernier descendant de la Lignée des Taiyō ouvrit la bouche pour répliquer. Mais aucun son n'en sortit.

Il porta ses mains à sa gorge et chercha désespérément l'air si précieux qui lui permettrait d'appeler les gardes. Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur alors qu'il réalisait ce qui se passait.

Jef utilisait son pouvoir mental, coupant l'influx nerveux qui contrôlait ses poumons, le forçant à suffoquer dans un air parfaitement respirable.

Le Roi tendit les bras vers son assassin, réussit à articuler un « pitié » étranglé.

Jef sourit — un sourire froid, vide de toute humanité — et s'approcha.

« Ne vous inquiétez pas, » susurra-t-il au Roi. « Je tuerai tous les Shizen. C'est une promesse. »

Il attendit que l'activité cérébrale s'arrête complètement. Que les mains du Roi retombent. Que ses yeux fixes ne voient plus rien.

Puis il se retira, calmement, traversant le palais sans rencontrer quiconque.

Il se dirigea vers l'une des ailes privées du château. Avant d'y pénétrer, il envoya une vague de sommeil — un pouvoir subtil qui plongea instantanément les occupants dans un repos profond et artificiel.

Il patienta quelques secondes, puis entra.

Le salon familial s'ouvrit devant lui.

Et là, figés dans un tableau vivant mais endormi, se trouvait la famille Shizen.

Emi Shizen, souriante, tenant sa seule et unique fille dans ses bras. Maiya Shizen avait quinze ans maintenant — le même âge que Sohalia lorsqu'il l'avait vue pour la première fois. Mais la beauté de la jeune adolescente n'avait rien à envier à celle de la jeune femme.

Sohalia avait quelque chose d'imprévisible et de sauvage. Un charme que personne ne possédait sur cette île. Un charme qui s'était forgé en dehors de ces murs.

Jef détailla longuement Hachiro. Son oncle regardait les deux femmes en souriant dans son sommeil induit.

Il est regrettable de tuer un Mentaru, pensa Jef.

Mais Hachiro avait choisi son sort en changeant de nom et de pouvoir. En trahissant son héritage pour une vie ordinaire.

Jef jeta un dernier regard à sa cousine.

Puis il sortit.

Il disparut quand la porte se referma, son pouvoir le rendant invisible aux yeux et aux esprits.

La vie reprit son cours sans que personne ne soupçonne ce qui venait de se passer.


Comme tous les soirs, la jeune servante Ume allait chercher le Roi pour l'emmener dîner. C'était pour elle un vrai calvaire. Sa Majesté n'était pas une de ces personnes qu'on pourrait qualifier comme s'adoucissant avec l'âge. Plus il vieillissait, plus il devenait colérique, impatient et têtu.

La jeune Ume soupira et arrangea ses vêtements. Rassemblant son courage, elle frappa à la porte.

S'attendant à entendre brailler le Roi, elle fut surprise en ne percevant aucun son.

Elle hésita un moment et actionna la poignée. Elle s'avança quelque peu en laissant la porte ouverte, s'étonnant que le Roi n'ait pas allumé la lumière.

Du bout des doigts, elle frôla l'interrupteur.

La lumière l'aveugla un court instant.

Elle rouvrit les yeux et les écarquilla aussitôt.

Le Roi était assis sur son trône, les mains autour de sa gorge et les yeux écarquillés dans une expression de terreur absolue.

Un hurlement suraigu déchira la gorge d'Ume et alerta tout le palais.


Le lendemain matin, sur le Moby Dick.

Sohalia se sentait un peu plus forte.

L'épuisement émotionnel de la veille pesait encore sur elle, mais au moins, le poids des secrets avait disparu. Barbe Blanche savait. Il savait, et il n'avait pas rejeté. Il n'avait pas douté.

Il avait juste écouté.

Et il reviendrait aujourd'hui pour entendre la suite.

Comme promis, la porte s'ouvrit en milieu de matinée. Barbe Blanche entra, referma soigneusement derrière lui, et s'installa sur la même chaise qui grinça sous son poids.

« Tu te sens prête ? » demanda-t-il sans préambule.

Sohalia hocha la tête.

« Oui. »

« Qu'est-ce que tes ancêtres ont créé ? »

Sohalia prit une profonde inspiration.

« Des armes de guerre. On les appelle aujourd'hui les "Armes Antiques". La Sphère que cherche à recréer Jef en fait partie. Elle a été créée par la Lignée des Yami. Les Yami ont voulu l'utiliser pour décupler leur pouvoir, reprendre l'avantage. Les autres Lignées étaient contre. Une guerre a éclaté entre nous. Nous étions aux portes de l'extinction... »

Barbe Blanche fronça les sourcils.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Une Yami, prénommée Kaelith, a tout fait basculer. » Sohalia toucha à nouveau sa cicatrice. « Elle a trahi sa Lignée pour le plus grand bien. Elle était terrifiée par la Sphère, le danger que ça représentait. Elle a divisé la Sphère, se sacrifiant au passage. Les Yami ont tenté de l'en empêcher, mais la Sphère les a détruits dans son implosion. »

« Les quatre Fragments que Jef recherche maintenant. »

« Exactement. Chaque Fragment contient un quart de l'essence de la Sphère. Un quart de sa puissance. Un quart de sa conscience. »

« Sa conscience ? » Barbe Blanche se pencha en avant. « Tu veux dire que les Fragments sont... vivants ? »

« Dans un certain sens, oui. Chaque Fragment porte une fraction de la volonté de Kaelith, mais aussi celle des Yami. Et une partie des Fragments ont la volonté de se réunir. Reconstituer l'entité originale. D'autres essaient de lutter contre ce désir. »

Le silence tomba un instant.

« C'est pour ça que le Fragment dans ta poitrine te tuait, » comprit Barbe Blanche. « Il ne cherchait pas juste à te drainer. Il cherchait à te contrôler. À t'utiliser pour retrouver les autres. »

« Oui. » La voix de Sohalia était à peine un murmure. « Et j'ai failli le laisser faire. Si Marco et Yori n'avaient pas réussi l'opération... »

« Mais ils ont réussi. » Barbe Blanche posa une main sur son épaule. « Tu es là. Tu es vivante. Et maintenant, on va arrêter Jef avant qu'il ne réunisse les quatre. »

Sohalia hocha la tête, mais son expression restait sombre.

« Les survivants se sont cachés. Pendant tout ce temps, nous nous sommes exilés sur une île sans nom. Nous avons réappris à vivre ensemble. Nous avons créé un Royaume avec des lois strictes. "Personne ne doit nous découvrir tant que l'élu ne sera pas revenu à la vie." »

Sohalia rouvrit les yeux en entendant la voix grave de son père.

« Joy Boy. »

« Tu le connais ? »

« Oui. Roger m'a raconté beaucoup de choses la dernière fois qu'on s'est vu. »

« Roger... Mon peuple a cru être condamné de nouveau quand il a débarqué sur l'île. C'est lui qui l'a nommée ainsi. Apparemment, ils ont tellement ri qu'ils ont failli déclencher un arrêt cardiaque au Roi. D'abord de terreur et ensuite de fureur. »

Sohalia eut un léger sourire pour ce héros disparu. Le Roi des Pirates.

« Avant de repartir, il a juré qu'il ferait le nécessaire. Il est mort peu de temps après. Mon peuple a d'abord été détruit par cette nouvelle, puis ils ont compris. Il avait lancé une nouvelle ère de piraterie, espérant que l'élu en ferait partie et qu'il nous délivrerait en suivant les Ponéglyphes. »

Barbe Blanche hocha la tête, lui indiquant de continuer.

« Nefertari Lily était dans le camp adverse durant cette guerre, mais elle a choisi de tourner le dos à ses alliés. C'est elle qui a dispersé les Ponéglyphes à travers le monde. On ne sait pas pourquoi, mais mon peuple lui en est reconnaissant. Elle a disparu soudainement. »

Sohalia se racla la gorge, commençant à sentir la fatigue la gagner.

« Beaucoup ont essayé de s'enfuir de l'île avec le temps, mais aucun n'est jamais revenu. Dès que le Gouvernement Mondial a connaissance que l'un des nôtres est dans le dehors, il l'élimine. »

« Pourquoi ? »

« Pour combattre des monstres, il faut en devenir un soi-même. » La voix de Sohalia était amère. « Le Gouvernement Mondial cache énormément de choses à ce jour. » Sohalia sourit tristement. « Ce que je viens de te dire, ce n'est qu'une infime partie. Les archéologues d'Ohara, ils en savaient encore moins. Ils ont été massacrés. Je suis désolée de la menace que ce savoir et ma présence vous font courir. »

« La peine de mort sans procès, » devina Barbe Blanche.

Barbe Blanche resta silencieux un long moment, digérant toutes ces informations. Sohalia en profita pour s'hydrater un peu et reprendre des forces.

« Et Jef ? » demanda-t-il finalement. « Comment a-t-il découvert tout ça ? »

« On enseigne le passé dès la plus tendre enfance, en omettant certains détails pour ne pas les traumatiser. Les gamins de l'île étaient terrifiés par moi lorsque je suis arrivée. Quant au reste, Jef étant un Mentaru, il avait accès à la bibliothèque royale. » Sohalia serra les draps. « Avec un peu d'hypnose, il a eu accès à des textes anciens. Des parchemins que personne n'avait lus depuis des siècles. Jef... il passait tout son temps là-bas. Il cherchait. Il étudiait. Et un jour, il a trouvé. »

« Trouvé quoi ? »

« La vérité sur les Fragments. » Elle marqua une pause. « Et sur la Sphère Éternelle. »

Barbe Blanche se redressa brusquement.

« Il fait donc tout ça par haine. »

« Au départ, il cherchait juste à comprendre pourquoi nous étions enfermés. Il voulait tout savoir. Plus il lisait des mémoires de personnes torturées, plus la haine a pris possession de son cœur. Il ne comprenait pas pourquoi, nous, les victimes, devrions vivre apeurées du monde extérieur. Mon arrivée a dû multiplier son envie de connaître le monde. Ensuite, il a voulu la vengeance. »

« Mais il y a une contrepartie à utiliser la Sphère, non ? »

« Il s'en fiche. » La voix de Sohalia était brisée. « Tant qu'il obtient sa vengeance, il est prêt à sacrifier son âme et toute personne se trouvant en travers de son chemin. C'est... c'est de l'égoïsme pur. De la folie. »

Barbe Blanche se leva, faisant trembler le plancher.

« Le Fragment numéro trois est à Veilombre. Une île dans le Nouveau Monde. Une île sombre où la nuit règne en permanence. Nous nous mettrons en route demain. »

Barbe Blanche croisa les bras.

« Je vous ai entendus hier. Je dois venir. Père... Je ne peux pas tout te révéler, tu t'en doutes. Vous n'y arriverez pas sans moi. Je sais que vous êtes inquiets, mais je suis plus forte que ça. Ce n'est pas la première fois que je me retrouve à flirter avec la mort, et ce n'est certainement pas la dernière. »

Barbe Blanche la regarda longuement.

Puis il sourit — un sourire qui contenait à la fois de la fierté et de la détermination.

« Tu viens avec nous à Veilombre. »

Sohalia cligna des yeux, stupéfaite.

« Vraiment ? »

« Tu es la seule qui connaît la vraie histoire. La seule qui peut déverrouiller les sceaux de protection. La seule qui comprend le véritable danger. » Il se pencha vers elle. « Tu es essentielle à cette mission. »

« Merci... »

« Yori fera tout pour te préparer. On repousse le départ de sept jours. Ça te laisse du temps. »

« Sept jours ?! » Sohalia le fixait avec incrédulité. « C'est impossible ! »

« Rien n'est impossible. » Barbe Blanche posa une main sur sa tête — un geste paternel, rassurant.

Sohalia sentit les larmes monter à nouveau, mais cette fois, c'étaient des larmes de gratitude.

« Merci, Père. Merci de garder ce secret pour toi. Je sais que ça va te coûter de ne pas en parler à Marco. »

Il s'arrêta sur le seuil.

« Repose-toi maintenant. Dans sept jours, on part pour Veilombre. Et tu as intérêt à être prête. »

Il sortit, laissant Sohalia seule avec ses pensées tourbillonnantes.

Sept jours.

Elle avait sept jours pour guérir suffisamment.

Sept jours pour se préparer.

Sept jours avant que tout ne recommence.


Le soir tomba sur le Moby Dick.

Sohalia était seule dans l'infirmerie, fixant le plafond sombrement éclairé par la lumière de la lune filtrant à travers la petite fenêtre.

Le soulagement était immense.

Pendant sept ans, elle avait porté ces secrets. Sept années où elle avait grandi loin d'eux, de sa famille adoptive. Sept années à entendre des gens maudire ce qu'elle aimait.

Et maintenant... maintenant Barbe Blanche savait tout.

Il savait d'où elle venait. Il savait ce qu'elle était. Il savait les dangers qui pesaient sur eux.

Et il n'avait pas rejeté.

Il l'avait acceptée. Protégée. Intégrée encore plus profondément dans sa famille.

Les larmes coulaient librement sur les joues de Sohalia — des larmes de soulagement, de gratitude, de libération.

Mais sous ce soulagement...

L'inquiétude grandissait.

Sa famille.

Tante Emi. Oncle Hachiro. Petite Maiya.

Étaient-ils en sécurité ?

Le Roi Taiyō était un homme cruel. Vindicatif. Si jamais il apprenait que Sohalia avait tout avoué à Barbe Blanche, il pourrait se venger sur sa famille. Il pourrait les bannir et ils deviendraient une cible du Gouvernement Mondial.

Sohalia serra les draps jusqu'à ce que ses jointures blanchissent.

Elle devrait les prévenir. Les avertir. Elle leur devait au moins ça.

Mais comment ?

Le Royaume était si loin. Tellement isolé. Il n'y avait aucun moyen de les contacter rapidement. Elle n'avait pas eu le droit de prendre un escargophone en partant.

Elle était impuissante.

Complètement impuissante.

« Ils vont bien, » murmura-t-elle dans l'obscurité, essayant de se convaincre elle-même. « Jef est occupé à chercher les Fragments. Il n'a pas le temps de s'en prendre à eux. Le Roi Taiyō... il ne ferait pas ça. Pas à des innocents. »

Mais même en disant ces mots, elle savait qu'elle se mentait.

Le Roi Taiyō était exactement le genre d'homme à s'en prendre aux innocents.

Et Jef...

Jef était capable de bien pire.

« Attendez-moi, » chuchota-t-elle, les larmes continuant de couler. « S'il vous plaît, attendez-moi. Quand j'aurai arrêté Jef, quand tout sera fini... je reviendrai. Je vous protégerai. Je vous ramènerai en sécurité. »

« Juste... attendez-moi. »

Elle finit par s'endormir, épuisée émotionnellement.


Le lendemain matin, Sohalia fut réveillée par des voix dans le couloir.

Des voix familières. Marco et Yori.

Mais leur ton...

Inquiet. Tendu. Presque frustré.

Sohalia se redressa lentement dans son lit, ignorant la douleur dans sa poitrine, et tendit l'oreille.

« ...état est encore préoccupant, » disait Yori, sa voix habituellement calme teintée d'exaspération. « L'opération remonte à seulement quelques jours. La cicatrice ne guérit pas normalement. Les tissus sont endommagés en profondeur. Elle a besoin de repos. Beaucoup de repos. »

« Combien de temps ? » La voix de Marco était tendue.

« Minimum trois semaines de repos complet. Idéalement un mois. »

Un silence.

Puis Marco, plus bas, presque incrédule :

« Pops veut qu'elle vienne avec nous dans sept jours. »

« QUOI ?! » Yori ne criait presque jamais, mais là, sa voix monta brusquement. « C'est de la folie ! Elle ne sera jamais prête ! Son corps a subi un traumatisme majeur ! Si elle force trop tôt, elle pourrait... »

« Je sais, » coupa Marco. « Mais il a été catégorique. 'Elle vient. Prépare-la.' Sans aucune explication. »

« Il t'a dit pourquoi ? »

« Non. Rien. Juste qu'elle doit venir. Qu'elle est 'essentielle à la mission'. » La frustration dans la voix de Marco était palpable. « Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle sait que nous ignorons ? »

« Elle doit avoir des informations cruciales sur Jef ou les Fragments... »

« Forcément. Mais pourquoi le secret ? Pourquoi Pops ne nous dit-il rien ? »

Sohalia sentit la culpabilité la ronger.

Marco était inquiet. Yori était dépassé. Et tout ça à cause d'elle. À cause du secret qu'elle et Barbe Blanche partageaient.

« Très bien, » dit finalement Yori, sa voix retrouvant cette détermination professionnelle que Sohalia connaissait si bien. « Si elle doit venir avec nous dans sept jours... alors je vais utiliser TOUT ce que je sais. Toutes mes connaissances. Plantes médicinales rares. Techniques d'accélération de cicatrisation. Je ne la laisserai pas partir dans cet état. »

« Tu peux vraiment la préparer en si peu de temps ? »

« Je ne sais pas, » admit Yori. « Mais je vais essayer. C'est mon travail. »

Un autre silence.

« Je vais aller la voir, » dit Marco. « Vérifier qu'elle... »

« Je suis réveillée. »

La voix de Sohalia, quoique faible, porta dans le couloir.

La porte s'ouvrit presque immédiatement. Marco et Yori entrèrent, leurs expressions mêlant surprise et... soulagement ?

« Tu as entendu, » dit Marco. Ce n'était pas une question.

« Tout, » confirma Sohalia.

Yori s'approcha immédiatement, commençant son examen habituel.

« Alors tu sais le défi qui nous attend. »

Sohalia hocha la tête.

« Je serai prête. »

« Sohalia... » Marco s'avança, son expression inquiète. « Tu n'as pas à faire ça. Si tu as besoin de plus de temps, je peux parler à Pops. Je peux... »

« Non. » Elle le coupa gentiment mais fermement. « Je dois y aller. Je... je ne peux pas expliquer pourquoi. Pas encore. Mais fais-moi confiance. Je dois être là. »

Marco la fixa longuement, cherchant quelque chose dans ses yeux.

Puis il soupira.

« D'accord. Je te fais confiance. »

Il se tourna vers Yori.

« Fais ce que tu dois faire. Prépare-la. »

Yori hocha la tête, déjà en train de sortir sa sacoche remplie d'herbes et de remèdes.

« Sept jours, » dit-il, plus pour lui-même que pour les autres. « Sept jours pour accomplir ce qui devrait prendre trois semaines. »

Il regarda Sohalia droit dans les yeux.

« Ça va être dur. Douloureux même. Les cataplasmes que je vais utiliser sont... agressifs. Ils accélèrent la guérison mais au prix d'une douleur considérable. Tu devras boire des thés amers qui favorisent la régénération cellulaire. Faire des exercices doux pour maintenir ta circulation sans déchirer ta chair brûlée. Et surtout, tu devras te reposer rigoureusement entre chaque traitement. »

« Je peux supporter, » dit Sohalia avec détermination.

« On verra. » Yori sortit une série de pots et de fioles. « On commence maintenant. »

Marco resta encore un moment, observant alors que Yori commençait à appliquer le premier cataplasme sur la cicatrice de Sohalia.

Quand elle tressaillit de douleur — une douleur brûlante, comme si on appliquait du feu directement sur la plaie — Marco serra les poings.

« Pourquoi toi ? » demanda-t-il soudainement. « Pourquoi es-tu celle qui doit absolument venir ? »

Sohalia le regarda, voulant désespérément lui dire la vérité. Lui expliquer. Lui faire comprendre.

Mais elle avait promis à Barbe Blanche.

« Je... je connais Jef, » dit-elle finalement. « Mieux que quiconque. Je sais comment il pense. Comment il agit. Je peux... je peux aider. »

Ce n'était pas un mensonge. Pas vraiment. Juste... une vérité incomplète.

Marco sembla sceptique, mais il hocha lentement.

« D'accord. Alors guéris vite. » Il se dirigea vers la porte. « On a besoin de toi. »

Il sortit, laissant Sohalia seule avec Yori et sa conscience coupable.

« Je suis désolée, » murmura-t-elle.

Yori leva les yeux de son travail.

« De quoi ? »

« De vous causer tous ces problèmes. De vous inquiéter. De... »

« Ne t'excuse pas, » coupa Yori gentiment. « Tu fais ce que tu dois faire. Et moi, je fais ce que je dois faire. »

Il appliqua une autre couche de cataplasme.

Sohalia sentit les larmes monter, mais les retint.

« Merci, Yori. »

« Remercie-moi quand tu seras guérie. » Il sourit légèrement. « Et maintenant, prépare-toi. Parce que les six prochains jours vont être les plus durs de ta vie. »

Il n'exagérait pas.


Les jours suivants s'écoulèrent dans un brouillard de douleur et de détermination.

Le premier et le second jour, les traitements de Yori étaient aussi efficaces qu'atroces. Les cataplasmes brûlaient comme du feu liquide. Les thés avaient un goût si amer que Sohalia devait se forcer à ne pas vomir. Les exercices, même doux, tiraient sur sa peau qui tentait de cicatriser, et faisaient pleurer ses yeux.

Mais elle tenait bon.

Et lentement, miracle de la médecine Senrigan combinée à l'expertise de Yori, son corps commençait à répondre.

Vista vint la voir le deuxième jour, apportant une pile de livres.

« Pour occuper ton esprit, » dit-il avec un sourire chaleureux. « Yori dit que tu ne peux pas trop bouger, alors autant voyager par les mots. »

Il resta une heure, racontant des anecdotes de combats passés, des histoires drôles sur les autres commandants, des moments embarrassants de Marco.

Sohalia rit — vraiment rit — pour la première fois depuis l'opération.

« Tu nous manques déjà aux entraînements, » dit Vista en partant. « Dépêche-toi de guérir. »


Le troisième jour, l'amélioration était visible maintenant. Sohalia pouvait s'asseoir sans douleur aiguë. La cicatrice, bien que toujours rouge et sensible, semblait moins enflammée.

Yori était prudemment optimiste.

« Continue comme ça et tu pourras peut-être tenir debout demain. »

L'après-midi, Jozu entra silencieusement.

Le géant ne parlait jamais beaucoup — c'était sa nature — mais il apportait des fleurs qu'il avait cueillies à Port-Aurore.

« Pour la guérison, » dit-il simplement.

Il posa une main massive mais étonnamment douce sur l'épaule de Sohalia, puis il partit, aussi silencieux qu'il était venu.

Sohalia fixa les fleurs, émue jusqu'aux larmes.

Jozu était comme un grand frère silencieux. Il ne disait jamais beaucoup, mais quand il parlait, chaque mot comptait.


Le quatrième jour, la mobilité revenait graduellement. Sohalia pouvait maintenant marcher lentement dans l'infirmerie, s'appuyant sur les meubles.

Yori était impressionné malgré lui.

« Tu récupères plus vite que je ne l'aurais cru possible. »

L'après-midi, Izo fit son entrée, élégant comme toujours, portant un service à thé délicat.

« Une spécialité de Wano, » expliqua-t-il en servant une tasse fumante. « Réputée pour ses propriétés régénératrices. »

Ils burent ensemble, et Izo raconta ses retrouvailles avec Vista et les autres.

« Vista a pleuré, » dit-il avec un sourire amusé. « Il le nie farouchement, évidemment. Mais j'ai vu les larmes. »

Sohalia rit doucement.

« Je suis heureuse que tu sois revenu. »

« Moi aussi. » Izo devint sérieux. « Et on est tous fiers de toi. Tu as survécu à quelque chose que peu auraient pu endurer. »


Le cinquième jour, la force revenait progressivement. Yori autorisa des exercices légers — juste des étirements, rien de trop intense.

Le soir, Ace entra avec un plateau débordant de nourriture et un sourire éclatant.

« Tu rates LA soirée du siècle demain ! » annonça-t-il dramatiquement.

« Quelle soirée ? » demanda Sohalia, intriguée.

« Beuverie légendaire avant le départ ! C'est une tradition comme tu le sais. » Ace s'assit au pied du lit, gesticulant avec enthousiasme. « La dernière nuit au port, tout l'équipage se saoule, chante, danse. C'est une décompression totale avant une mission dangereuse. »

Sohalia se sentit déçue.

« Je vais rater ça... »

« Yori interdit formellement l'alcool, » confirma Ace. « Mais je t'apporterai un dessert spécial. Et on chantera assez fort pour que tu entendes depuis ici ! »

Puis il devint sérieux — un moment rare pour Ace.

« Tu sais... Tu nous as foutu les jetons, mais tu récupères super bien. »

Sohalia sentit quelque chose se réchauffer dans sa poitrine.

« Merci, espérons que ça paye. »

« J'en suis sûr, » promit Ace avec conviction. « Quand tout sera fini. Quand on aura arrêté Jef et sauvé le monde. On ira se vider les meilleures bouteilles de saké. C'est une promesse. »


Le sixième jour — le soir.

Les sons de la fête parvenaient clairement à l'infirmerie.

Rires. Chants. Musique. L'équipage entier célébrait, décompressait, profitait de ces derniers moments de paix avant l'inconnu.

Sohalia écoutait depuis son lit, souriante.

Même si elle ne pouvait pas participer, elle se sentait connectée. Incluse.

La porte s'ouvrit soudainement et Ace entra, légèrement ivre, portant une assiette massive de desserts.

« SOHALIAAAA ! » cria-t-il joyeusement. « On t'a chanté CINQ chansons ! »

Il s'effondra sur la chaise près du lit, racontant avec animation toutes les bêtises de la soirée.

Marco avait défié Jozu à un bras de fer. Et perdu lamentablement.

Vista avait dansé sur une table en chantant une ballade romantique.

Izo avait chanté une mélodie si belle que la moitié des hommes présents avaient pleuré.

Namur avait bu quinze tonneaux de bière et tenait encore debout.

Sohalia riait aux histoires, oubliant momentanément sa douleur, son inquiétude, ses peurs.

Ace resta jusqu'à ce qu'elle s'endorme, épuisée mais heureuse.

Il sortit doucement, fermant la porte sans bruit.

« Bonne nuit, » murmura-t-il.


Le septième jour — l'aube.

Sohalia fut réveillée tôt par Yori pour l'examen final.

Il palpa la cicatrice avec attention, testa sa mobilité, vérifia sa respiration, son pouls, sa température.

Finalement, il recula, l'air... impressionné.

« Incroyable. Tu as récupéré environ soixante-dix pour cent de ta mobilité normale. »

« Alors je peux voyager ? »

« Tu peux voyager, » confirma Yori. « Mais tu ne peux PAS combattre. Pas encore. Ton corps a besoin d'encore plusieurs semaines pour guérir complètement. Si tu forces trop, si tu te bats, tu pourrais rouvrir la blessure. Ou pire. »

« Compris, » dit Sohalia avec sérieux.

« Bien. » Yori commença à ranger ses affaires médicales. « Je viens avec vous à Veilombre. Au cas où il y aurait des complications. Et je pourrai veiller sur toi pendant les dix jours de voyage. »

« Merci, Yori. Pour tout. »

Le médecin sourit — un sourire rare mais sincère.

« C'est mon travail. »


L'aube transformait Port-Aurore en un tableau doré.

Le port s'agitait déjà malgré l'heure matinale. Les marins — beaucoup avec des gueules de bois monumentales — chargeaient les provisions, vérifiaient les armes, préparaient les voiles.

Le Moby Dick et trois de ses répliques se tenaient prêts, majestueux et imposants.

Sohalia, aidée par Yori, descendit lentement la passerelle menant au quai.

Chaque pas était mesuré, prudent, mais elle marchait.

Les commandants l'accueillirent avec des sourires et des hochements de tête approbateurs.

Marco sembla surpris de la voir debout.

« Tu... tu peux vraiment voyager ? »

« Yori m'a donné son accord, » confirma Sohalia.

Marco regarda le médecin, qui hocha la tête.

« Elle est prête. Mais elle devra se reposer pendant la traversée. Pas d'efforts inutiles. »

« Compris. »

Barbe Blanche se tenait sur le pont du Moby Dick, sa silhouette massive visible même à distance. Quand il vit Sohalia, il hocha la tête avec satisfaction.

On l'installa dans une cabine confortable avec une fenêtre donnant sur la mer.

« Sept jours de repos pendant la navigation, » ordonna Yori. « Tu dormiras, tu mangeras, et tu laisseras ton corps finir de guérir. »

« D'accord. »

Sur le quai, Shanks attendait.

Le Roux était venu dire au revoir, mais aussi pour assurer sa partie du plan.

Il s'approcha du Moby Dick, levant la main vers Barbe Blanche.

« Je reste ici pour surveiller les arrières, » cria-t-il. « Si Jef apparaît, je t'alerte immédiatement. »

« On compte sur toi, » répondit Barbe Blanche.

Shanks regarda vers la cabine où Sohalia se tenait près de la fenêtre. Leurs yeux se croisèrent.

Il lui fit un salut respectueux.

« Bonne chance, gamine. »

Sohalia sourit faiblement et rendit le salut.

Puis l'ordre fut donné.

« Levez les ancres ! Déployez les voiles ! »

Les chaînes cliquetèrent. Les voiles se gonflèrent. Les navires commencèrent à bouger.

Barbe Blanche se tenait à la proue, imposant, déterminé.

« CAP SUR VEILOMBRE ! »

« OUAIS ! » rugit l'équipage à l'unisson.

La navigation commença.

Dix jours de voyage les séparaient de leur destination.

Sohalia regardait Port-Aurore s'éloigner progressivement, devenant de plus en plus petit jusqu'à disparaître complètement à l'horizon.

Elle toucha sa cicatrice à travers ses vêtements. Elle pensa à sa famille — Emi, Hachiro, Maiya. Emi frôlerait sûrement l'infarctus en voyant cette blessure.

« Attendez-moi, » murmura-t-elle dans le vent marin. « Je reviendrai. Je vous protégerai. »

Le Moby Dick voguait maintenant en pleine mer, cap sur Veilombre.


REECRIT : 31/12/2025

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