The New Era

Chapitre 19 : Chapitre 19 : Brume et Etoiles

9673 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 07/01/2026 20:27

Sohalia ne pouvait pas dormir.

Allongée dans son lit à l'infirmerie, elle fixait le plafond dans l'obscurité. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle revoyait les tentacules. Le monstre émergeant de l'océan. L'île de Veilombre qui coulait, disparaissant sous les eaux comme si elle n'avait jamais existé.

Et Jef qui s'échappait.

Elle se redressa, examinant la marque sombre sur son épaule. Le contact avec le tentacule avait laissé plus qu'une simple ecchymose. La peau était décolorée, presque grise, comme si quelque chose avait pompé la vie de cette zone. Elle sentait encore cette sensation étrange — comme si une partie de son énergie avait été aspirée.

Autour d'elle, les autres dormaient. Jozu ronflait doucement, son bras gauche toujours assombri là où le tentacule l'avait touché. Haruta marmonnait dans son sommeil. Même Marco, assis sur son tabouret contre le mur, avait fini par s'assoupir, la tête penchée en avant, ses cheveux blonds tombant devant son visage.

Sohalia se leva silencieusement. Elle enfila une veste par-dessus sa chemise de nuit et sortit de l'infirmerie sur la pointe des pieds.

Le pont du Moby Dick était désert. La nuit était claire, les étoiles brillant dans un ciel sans nuages. Une brise fraîche caressait son visage, portant l'odeur salée de l'océan. Le navire tanguait doucement, bercé par des vagues régulières.

Sohalia s'approcha de la rambarde et observa l'eau noire. Quelque part là-bas, dans les profondeurs où avait été Veilombre, le monstre dormait. Peut-être.

Mais pour combien de temps ?

Qu'est-ce qu'on venait de libérer exactement ?

Et surtout — comment pouvait-on l'arrêter ?

Sohalia sortit son Den Den Mushi personnel de sa poche. L'escargophone la regardait de ses yeux mi-clos, endormi lui aussi. Elle hésita un instant. Il devait être trois heures du matin. Mais c'était important.

Elle composa le numéro qu'elle connaissait par cœur.

Purururu... Purururu...

La tonalité résonna dans la nuit silencieuse. Longtemps. Trop longtemps.

Sohalia était sur le point de raccrocher, se sentant soudainement ridicule de déranger quelqu'un en pleine nuit, quand—

Gacha.

« ...Allo ? » Une voix ensommeillée, féminine, légèrement inquiète. « Sohalia ? C'est toi ? »

« Tante Emi. » Le soulagement inattendu envahit Sohalia. « Désolée de t'appeler si tard. »

« Tard ? » Un bâillement. Des bruits de draps qu'on repousse. « Il est... par tous les dieux, trois heures du matin. Sohalia, qu'est-ce qui se passe ? Tu vas bien ? »

L'inquiétude perçait maintenant clairement dans la voix d'Emi.

Sohalia prit une inspiration profonde.

« Je vais bien. Physiquement, en tout cas. Mais... on a un problème. Un très gros problème. »

Elle entendit du mouvement de l'autre côté. Emi qui se redressait dans son lit, parfaitement réveillée maintenant.

« Raconte-moi tout. »

Alors Sohalia raconta. Veilombre. Le temple qui s'effondrait. Jef qui avait pris le troisième Fragment. Le scellement brisé. Et le monstre.

Le monstre gigantesque qui se nourrissait de lumière et avait fait disparaître une île entière en quelques minutes.

Un long silence suivit son récit.

« Par tous les dieux... » La voix d'Emi était blanche. « Sohalia, tu... tu es sûre ? Un monstre de cette taille ? Qui dévore la lumière ? »

« J'en suis certaine. On l'a tous vu. Tous ceux qui étaient sur l'île. »

« Et il est... où maintenant ? »

« Retourné dans les profondeurs. Près de l'endroit où était Veilombre. Mais... » Sohalia serra le Den Den Mushi dans sa main. « On ne sait pas s'il va rester là. S'il va se réveiller complètement. Comment le combattre. Comment le resceller. »

Elle marqua une pause, regardant l'océan noir qui s'étendait devant elle.

« Tante Emi... j'ai besoin que tu fasses des recherches. Dans la bibliothèque royale. Sur les créatures anciennes. Sur les monstres scellés. Sur tout ce qui pourrait mentionner Veilombre ou... ce monstre. »

« Des recherches. Maintenant ? »

« S'il te plaît. C'est urgent. Je... on ne sait pas quoi faire. On a échoué. Jef a deux Fragments maintenant. Et ce monstre... s'il sort de son territoire... »

Sa voix se brisa légèrement.

« S'il te plaît. »

Un autre silence. Puis la voix d'Emi se fit ferme, déterminée :

« D'accord. Laisse-moi réveiller Maiya et Hachiro. On va fouiller les archives. Toutes les archives, même les plus anciennes. »

« Merci. »

« Sohalia... » La voix d'Emi se radoucit. « Fais attention à toi. Promets-le-moi. »

« Promis. »

« Je te rappelle dès qu'on trouve quelque chose. Ça peut prendre quelques heures. Va te reposer si tu peux. »

« D'accord. Merci, Tante Emi. »

La communication coupa.

Sohalia resta là, le Den Den Mushi dans la main, regardant l'océan noir qui s'étendait à perte de vue. Quelque part au loin, bien au-delà de l'horizon, le Royaume dormait paisiblement. Et bientôt, Emi, Maiya et Hachiro seraient en train de fouiller frénétiquement dans les archives poussiéreuses, cherchant des réponses qu'elle espérait exister.

Elle frissonna. L'air était frais, presque froid maintenant qu'elle ne bougeait plus. Elle aurait dû retourner se coucher.

Mais elle savait qu'elle ne pourrait pas dormir.

Pas avant de savoir.

Alors elle s'assit contre une caisse, enroula ses bras autour de ses genoux, et attendit.


Les étoiles tournèrent lentement dans le ciel. Une heure passa. Puis deux.

Sohalia avait fini par s'assoupir légèrement, la tête appuyée contre la caisse, quand une voix douce la fit sursauter :

« Tu vas attraper froid, yoi. »

Elle leva les yeux. Marco se tenait devant elle, une couverture à la main. Il ne semblait pas surpris de la trouver là.

« Tu m'as cherchée ? »

« Tu n'étais plus à l'infirmerie. » Il déposa la couverture sur ses épaules. « Ça fait combien de temps que tu es là ? »

« Quelques heures. J'ai appelé ma tante. Au Royaume. Pour faire des recherches sur le monstre. »

Marco s'assit à côté d'elle, adossé à la même caisse.

« Et ? »

« Elle cherche avec Maiya et Hachiro. Elle doit me rappeler. »

« Tu aurais pu attendre au chaud, yoi. »

« Je ne pouvais pas dormir de toute façon. »

Marco hocha lentement. Lui non plus n'avait probablement pas beaucoup dormi. Ses yeux étaient cernés, ses cheveux plus ébouriffés que d'habitude.

Ils restèrent assis en silence, épaule contre épaule, regardant le ciel commencer à pâlir à l'est. L'aube approchait.

C'est à ce moment que le Den Den Mushi sonna.

Purururu... Purururu...

Sohalia décrocha immédiatement, le cœur battant.

« Tante Emi ? »

« On a trouvé quelque chose. » La voix d'Emi était tendue, fatiguée mais excitée. « Maiya, Hachiro et moi avons passé les deux dernières heures à fouiller les archives les plus anciennes de la bibliothèque. Celles qui datent de l'Ère du Vide. »

Sohalia entendit des bruits de pages qui tournent en arrière-plan, des voix étouffées qui discutaient.

« Il y a très peu d'informations, » continua Emi. « Mais on a trouvé trois textes qui mentionnent une créature correspondant exactement à ta description. »

« Qu'est-ce qu'ils disent ? »

« C'est Maiya qui a trouvé le premier texte. Je te la passe. »

Un bruit de Den Den Mushi qui change de main. Puis la voix jeune et enthousiaste de Maiya résonna :

« Sohalia ! J'ai trouvé un manuscrit datant de l'Ère du Vide ! Tu te rends compte ? Il a au moins huit cents ans ! Écoute ça : »

Des bruits de parchemin qu'on déplie avec précaution.

« 'Le Gardien des Abysses, celui qui dévore la lumière, dort dans les profondeurs de l'île maudite. Territorial et ancien comme le monde lui-même, il ne quitte jamais son domaine. Là où il règne, la nuit est éternelle. Mais tant que nul ne trouble son sommeil, le Gardien demeure endormi dans les profondeurs.' »

« Territorial, » murmura Sohalia, son cœur bondit dans sa poitrine. « Il ne quitte pas son territoire. »

À côté d'elle, Marco se redressa, soudainement très attentif.

« Exactement ! » Maiya semblait excitée malgré l'heure. « Le texte dit aussi : 'Tant que nul ne trouble son sommeil, le Gardien demeure endormi. Mais que l'imprudent brise le sceau sacré, et la bête s'éveillera de sa torpeur millénaire.' »

« On a brisé le sceau, » dit Sohalia sombrement. « Jef a pris un Fragment. Le temple s'est effondré. »

« Attends, il y a plus. » Un bruit de page qui tourne avec soin. « 'Le Gardien est lié à son domaine par un pacte ancien forgé dans les temps oubliés. Il ne peut le quitter, même éveillé, sans que les quatre sceaux soient tous détruits.' »

Le cœur de Sohalia fit un bond.

« Les quatre sceaux... Les quatre Fragments ? »

« C'est ce qu'on pense, » intervint la voix d'Hachiro. « Je reprends le Den Den Mushi. J'ai trouvé un deuxième texte dans les archives de magie ancienne. »

Des bruits de parchemin qu'on déplie à nouveau.

Il prit une inspiration.

« 'Si un Fragment est activé de son emplacement sacré, le sceau s'affaiblit. Si deux Fragments sont activés, le Gardien peut s'éveiller de son sommeil. Si trois Fragments sont activés, le Gardien peut se mouvoir librement dans son domaine. Mais si les quatre Fragments sont tous activés de leurs emplacements... le Gardien sera libre de parcourir les mers, et nul ne pourra l'arrêter.' »

Un frisson parcourut Sohalia.

« Jef en a pris un. Le Fragment 3. Le monstre s'est réveillé. »

« Oui. Mais selon ce texte, il est toujours confiné à son domaine, » dit Hachiro. « Tant que les trois autres Fragments ne sont pas tous activés, il ne peut pas quitter la zone de Veilombre. »

« Mais Jef a aussi le Fragment 1, » objecta Sohalia. « Celui de Last Camp. Ça fait deux Fragments retirés. »

« Attends, » dit Maiya. « Le Fragment 2... tu l'as utilisé pour le combattre, non ? Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? »

Sohalia toucha instinctivement son torse, là où la cicatrice était encore sensible sous sa chemise de nuit.

« Je l'ai fusionné avec mon corps. J'ai failli mourir. Yori et Marco ont dû l'extraire chirurgicalement. »

« Et où est-il maintenant ? »

« En sécurité. Sur le Moby Dick. Père le garde sous protection constante. »

Un silence pensif.

« Donc techniquement, » dit Hachiro lentement, « trois Fragments ont été activés. »

« Ce qui voudrait dire... » La voix de Sohalia se fit plus tendue. « Que le monstre peut se mouvoir librement dans son domaine ? »

« Peut-être, » dit Hachiro prudemment. « Ou peut-être que le scellement compte les Fragments de manière différente. Peut-être qu'il compte ceux qui sont activement utilisés ou détruits, pas ceux qui sont simplement déplacés. Les textes ne sont pas clairs sur ce point. »

« Mais une chose est certaine, » intervint Emi en reprenant le Den Den Mushi. « Tant que le Fragment 4 reste en place et que les quatre Fragments ne sont pas tous réunis au même endroit ou détruits, le monstre ne peut pas quitter complètement son territoire. »

« Donc on a du temps, » murmura Sohalia.

« Oui. Mais pas beaucoup. Il y a un troisième texte. Le plus ancien. » La voix d'Emi devint grave. « Il parle de comment resceller le Gardien si jamais il était libéré. »

Sohalia se redressa complètement.

« Comment ? »

« 'Pour reformer le sceau brisé et emprisonner à nouveau le Gardien, les quatre Fragments de la Sphère Éternelle doivent être réunis. Les quatre Clés doivent être trouvées et activées. Un rituel sacré doit être accompli aux quatre points cardinaux du nouveau domaine choisi pour la prison. Seul un sang royal pur peut accomplir le rituel et forger les chaînes.' »

« Un sang royal... » Sohalia toucha instinctivement le bracelet à son poignet — celui que sa mère lui avait donné. « Moi. »

« Oui. Toi. Tu es la seule qui soit dans le monde extérieur et qui puisse accomplir ce rituel. »

Le poids de cette révélation s'abattit sur les épaules de Sohalia comme une chape de plomb.

Marco posa doucement sa main sur son épaule. Un geste de soutien silencieux.

« Qu'est-ce qui se passe, » demanda Sohalia d'une voix blanche, « si le Gardien est complètement libéré ? Si les quatre Fragments sont retirés et qu'il peut parcourir les mers librement ? »

Emi hésita. Sohalia entendit les pages tourner, comme si sa tante voulait vérifier une dernière fois avant de répondre.

Puis elle dit, sa voix à peine plus qu'un murmure :

« Le texte dit... » Elle prit une inspiration tremblante. « 'Et le Gardien parcourra les mers infinies, dévorant la lumière du monde entier. Les étoiles s'éteindront une par une dans le ciel nocturne. Le soleil lui-même pâlira et se fanera. Et les ténèbres éternelles recouvriront toute chose, jusqu'à ce que le monde ne soit plus qu'un vide froid et noir.' »

Sohalia sentit son sang se glacer dans ses veines.

« C'est... »

« Une extinction, » dit Hachiro doucement. « Si cette créature est complètement libre, elle ne s'arrêtera pas. Elle se nourrira de toute lumière. Partout. Les étoiles. Le soleil. Tout. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. »

Le silence qui suivit était assourdissant.

Puis Sohalia déglutit avec difficulté et dit :

« Donc on doit... on doit récupérer tous les Fragments. Trouver toutes les Clés. Et resceller ce monstre avant que quelqu'un — Jef, Teach, ou n'importe qui — ne retire les Fragments restants ou ne les réunisse tous. »

« Oui, » dit Emi simplement. « Le sort du monde en dépend littéralement. »

Un long silence pensant s'installa.

Puis Maiya demanda, sa voix inhabituellement sérieuse :

« Sohalia... tu peux le faire ? »

Sohalia regarda l'horizon. Le soleil commençait à se lever, peignant le ciel de rose et d'or. La lumière. Cette belle lumière matinale que le monstre voulait dévorer.

Elle pensa à Jef. Aux deux Fragments qu'il possédait déjà. À la course qui les attendait.

« Je n'ai pas le choix, » dit-elle doucement mais fermement. « Personne d'autre ne peut accomplir le rituel. C'est moi ou personne. »

« Fais attention, » dit Emi, sa voix chargée d'émotion.

Sohalia sentit ses yeux picoter.

« Merci. Pour les recherches. Pour avoir passé la nuit à chercher. »

« De rien, ma chérie. Appelle-nous si tu as besoin de plus d'informations. On continue de chercher des détails sur les Clés et le rituel exact. »

« D'accord. »

« Et Sohalia ? »

« Oui ? »

« Reviens vivante. Promets-le-moi. »

Un nœud se forma dans la gorge de Sohalia.

« Promis. »

La communication coupa.

Sohalia resta assise là, le Den Den Mushi dans la main, regardant le soleil se lever complètement au-dessus de l'horizon. Le ciel s'embrasait de couleurs — orange, rose, rouge, or. C'était magnifique.

Et ce monstre voulait détruire tout ça.

« Tu n'es pas seule, yoi, » dit Marco doucement à côté d'elle.

Sohalia se tourna vers lui.

« Je sais. »

« Il faut prévenir Père. Convoquer une réunion. Tous les commandants doivent savoir. »

Sohalia hocha la tête, se levant avec détermination renouvelée.

« Oui. Allons-y. »

Ils se dirigèrent ensemble vers la grande salle, côte à côte, alors que le soleil continuait son ascension dans le ciel.


Une heure plus tard, tous les commandants de Barbe Blanche étaient rassemblés dans la grande salle du Moby Dick.

Sohalia se tenait près de la grande table centrale, Marco à ses côtés. Vista, Jozu, Izo, Haruta, Ace, Namur, Curiel, et tous les autres étaient présents. L'atmosphère était tendue. Personne n'avait vraiment dormi après les événements de Veilombre, et les visages fatigués reflétaient le poids de l'échec récent.

Barbe Blanche était assis dans son fauteuil massif à la tête de la table, son bisento appuyé contre l'accoudoir. Son regard perçant balayait l'assemblée, et malgré sa santé fragile, il dégageait toujours cette aura d'autorité absolue.

Devant lui, sur la table, reposaient trois coffrets.

Le premier, en verre renforcé et acier, contenait le Fragment 2. La sphère bleue argentée pulsait doucement à l'intérieur, comme un cœur vivant. L'énergie qui s'en dégageait était palpable — même à travers le verre épais, Sohalia pouvait la sentir vibrer dans l'air.

Les deux autres coffrets contenaient les Clés.

Sohalia s'avança jusqu'à la table, intriguée. Elle tendit sa main droite au-dessus des trois coffrets, paume vers le bas.

Et immédiatement, les artefacts réagirent.

Les runes sur la première Clé s'illuminèrent brusquement, passant d'une lueur faible à un éclat brillant. Les veines sur la seconde Clé pulsèrent plus rapidement, leur lumière s'intensifiant. Et le Fragment 2 brilla comme un petit soleil dans son coffret, projetant des ombres dansantes sur les murs de la salle.

Sohalia retira vivement sa main, choquée.

Les artefacts retournèrent à leur état normal — lumineux, mais pas éclatants.

« Elles... me reconnaissent, » murmura-t-elle, stupéfaite. « Le sang royal. Elles savent. »

Marco échangea un regard avec Barbe Blanche.

« La fusion avec le Fragment 2, yoi. Elle a amplifié ta connexion avec tous les artefacts. »

Sohalia fixa sa main comme si elle la voyait pour la première fois. Elle pouvait encore sentir un léger picotement dans sa paume, comme un écho de l'énergie qu'elle venait de toucher.

« C'est à la fois fascinant, » admit-elle, « et terrifiant. »

Barbe Blanche hocha gravement.

« Ces artefacts sont notre atout le plus précieux. Un Fragment et deux Clés. » Il balaya l'assemblée du regard. « Ce qui est dit dans cette salle ne sort pas de cette salle. »

« Compris, » dirent tous les commandants en chœur.

Il marqua une pause significative.

« Jef sait que nous possédons ces artefacts, il n'hésitera pas à attaquer le Moby Dick directement pour les prendre. Nous devons être vigilants. »

Tous acquiescèrent solennellement.

Barbe Blanche se tourna alors vers Sohalia.

« Maintenant, ma fille. Dis-nous ce que tu as appris cette nuit. »

Sohalia prit une profonde inspiration et commença son rapport.

Elle raconta les recherches d'Emi, Maiya et Hachiro. Le Gardien des Abysses — cette créature ancienne qui se nourrissait de lumière. Son comportement territorial. Les Fragments qui formaient un scellement. Les Clés nécessaires pour activer et verrouiller le scellement. Le rituel qui nécessitait un sang royal pour être accompli.

Et les conséquences terrifiantes si le monstre était complètement libéré — la fin de toute lumière dans le monde, les ténèbres éternelles.

Quand elle termina, le silence dans la salle était absolu. On aurait pu entendre une mouche voler.

Puis Namur demanda d'une voix tendue :

« Donc même si Jef réussit à obtenir les quatre Fragments... sans les Clés, il ne peut rien faire ? Il ne peut pas resceller le monstre ? »

« Exactement, » confirma Sohalia. « Les Fragments seuls ne suffisent pas. Il faut les Clés pour les activer et accomplir le rituel de scellement. »

« Mais l'inverse est vrai aussi, » ajouta Marco. « Sans tous les Fragments, les Clés sont inutiles, yoi. On a besoin des DEUX pour resceller la créature. »

« C'est comme une serrure extrêmement complexe, » dit Vista pensivement. « Les Fragments sont les mécanismes internes, et les Clés sont... eh bien, les clés qui les font fonctionner. »

« Et moi, » dit Sohalia, touchant inconsciemment son bracelet royal, « je suis celle qui doit tourner la clé. Le sang royal. »

Barbe Blanche hocha lentement.

Ace prit la parole, comptant sur ses doigts pour clarifier la situation :

« Donc notre position stratégique actuelle c'est : on a un Fragment et deux Clés. Jef a deux Fragments et aucune Clé. Il reste un Fragment et deux Clés à trouver quelque part. »

« Ce qui veut dire, » continua Jozu avec sa voix grave, « que même si Jef trouve le Fragment 4 avant nous, on aura toujours un avantage significatif avec les Clés. »

« Sauf s'il découvre où sont les Clés 3 et 4, » objecta Izo avec prudence. « Ou s'il découvre que nous possédons déjà deux Clés et vient les chercher. »

« Raison de plus pour garder le secret absolu, » dit Barbe Blanche fermement. « Et pour trouver le Fragment 4 en premier. »

Il se leva — un mouvement qui demandait visiblement un effort considérable, mais qu'il accomplit avec toute la dignité d'un empereur des mers.

« Marco. La carte. »

Marco sortit le parchemin magique de sa sacoche et le déposa sur la table. Tous se penchèrent pour l'examiner.

L'encre argentée brillait légèrement. Au centre de la carte, marquée d'une étoile brillante, se trouvait une île dans le North Blue. Des mots étaient écrits en dessous dans une calligraphie élégante :

Yosei no Toketsu

L'Île de la Fée Gelée

North Blue

« C'est loin, » observa Curiel. « Très loin. »

Marco traça rapidement la route du doigt sur la carte.

« North Blue, yoi... » Il calcula mentalement. « Plusieurs semaines de voyage. Au moins trois, peut-être quatre selon les courants et les vents. »

« Quatre semaines, » répéta Vista. « C'est long. Jef pourrait nous devancer. »

« Ou pas, » dit Haruta. « Il ne sait peut-être pas encore où chercher. Il n'a pas de carte magique comme nous. »

« Mais il a les Fragments 1 et 3, » rappela Izo sombrement. « Peut-être qu'ils lui donnent des indices. Qui sait comment ces artefacts fonctionnent vraiment ? »

Sohalia regarda la carte intensément, puis demanda :

« Est-ce qu'il y a d'autres informations sur la carte ? Sur les Clés 3 et 4 par exemple ? »

Marco examina le parchemin de plus près.

« Non. Juste l'emplacement de Yosei no Toketsu pour le Fragment 4. Rien sur les Clés manquantes. Peut-être que la carte se mettra à jour quand on sera plus proche, yoi. »

Barbe Blanche frappa son bisento contre le sol, le bruit résonnant comme un coup de tonnerre.

« Alors la décision est prise. »

Il balaya l'assemblée du regard, s'assurant que tous écoutaient.

« Direction : Yosei no Toketsu. North Blue. Nous partons immédiatement. Nous trouverons le Fragment 4 avant Jef. Avant Teach. Avant quiconque. »

Il marqua une pause.

« Mais d'abord, nous devons nous arrêter sur une île pour faire des provisions. Un voyage de trois à quatre semaines nécessite une préparation adéquate. Marco, quelle est l'île la plus proche sur notre route ? »

Marco consulta les cartes marines empilées sur une table adjacente.

« Port Brume, yoi. Une petite île commerciale. Deux jours de navigation d'ici. C'est un port neutre, beaucoup de marchands. On pourra y trouver tout ce dont on a besoin. »

« Parfait. » Barbe Blanche hocha. « On fait escale à Port Brume. Vingt-quatre heures maximum. Provisions, réparations si nécessaire, puis on repart vers le nord. »

Il marqua une longue pause.

Barbe Blanche souleva les trois coffrets contenant les artefacts.

« Ces artefacts seront gardés dans ma cabine personnelle. Sous protection constante. Marco, Sohalia, et Atmos vous en êtes responsables avec moi. Personne d'autre n'y touche sans mon autorisation explicite. »

« Oui, Père, » dirent-ils ensemble.

« Bien. » Barbe Blanche se tourna vers tous les commandants. « Préparez le navire. Vérifiez les voiles, les cordages, les canons. Faites l'inventaire de nos provisions actuelles. Je veux un rapport complet dans une heure. On lève l'ancre dans deux heures. Direction : Port Brume. »

« Oui, Père ! » répondirent tous les commandants à l'unisson.

La réunion se termina dans un flot d'activité. Les commandants se dispersèrent rapidement, chacun sachant exactement quoi faire. Des ordres furent criés. Des pirates coururent dans tous les sens. Le Moby Dick s'anima soudainement comme une ruche bourdonnante.

Sohalia resta un moment près de la table, regardant la carte de Yosei no Toketsu qui brillait doucement.

« On y arrivera, yoi. »

Marco était à ses côtés, comme toujours.

Sohalia le regarda et sourit — un petit sourire déterminé.

« Oui. On y arrivera. »


Le Moby Dick devint un tourbillon d'activité organisée.

Sohalia sortit sur le pont et s'arrêta, impressionnée par la scène qui se déroulait devant elle.

Des dizaines de pirates couraient dans toutes les directions, mais chacun savait exactement ce qu'il faisait. Il n'y avait pas de chaos, juste une efficacité remarquable née de nombreuses années de travail ensemble.

Vista et son équipe inspectaient les voiles, vérifiant chaque centimètre de tissu pour détecter d'éventuelles déchirures ou faiblesses. Plusieurs voiles furent descendues pour être recousues ou renforcées.

Jozu supervisait l'équipe qui vérifiait les cordages. Chaque corde était testée, les nœuds resserrés, les sections usées remplacées. Sur un navire de cette taille, la moindre défaillance pouvait être catastrophique.

Haruta avait rassemblé les artificiers et vérifiait les canons un par un. Les armes étaient nettoyées, huilées, testées. Les stocks de poudre et de boulets étaient comptés et notés.

Izo coordonnait l'équipe qui faisait l'inventaire des provisions actuelles. Combien de nourriture ? D'eau douce ? De saké ? De matériel médical ? Chaque tonneau, chaque caisse était ouvert, inspecté, répertorié.

Curiel et son équipe travaillaient sur les petites réparations nécessaires — une rambarde fendue ici, un morceau de pont abîmé là, une porte qui grinçait.

Et Marco, bien sûr, supervisait tout avec son calme habituel, se transformant occasionnellement en phœnix pour voler d'un bout à l'autre du navire et vérifier que tout se passait bien.

Ace, quant à lui, s'était endormi au milieu du pont dans une position improbable, et plusieurs pirates durent le contourner en travaillant.

Sohalia sourit malgré tout. Cette famille dysfonctionnelle mais parfaitement synchronisée.

« Sohalia ! »

Elle se retourna. Yori, l'infirmier qui l'avait soignée après l'extraction du deuxième Fragment, s'approchait avec sa sacoche médicale.

« Oui ? »

« Il faut que je vérifie ton épaule. Celle touchée par le tentacule. »

« Oh. Oui, bien sûr. »

Ils s'installèrent près d'une caisse à l'écart. Sohalia retira sa veste et remonta la manche de sa chemise, révélant la marque sombre qui décolorait sa peau.

Yori fronça les sourcils en l'examinant.

« C'est toujours sensible ? »

« Un peu. Parfois ça... picote. Comme si quelque chose bougeait sous la peau. »

« Mmh. » Yori appliqua une pommade froide qui fit frissonner Sohalia. « Cette créature a absorbé une partie de ton énergie vitale. Ça prendra du temps pour guérir complètement. Peut-être plusieurs semaines. Voire plusieurs mois. »

« Des mois ? »

« C'est pas une blessure normale, Sohalia. C'est... Surnaturel. Ces choses-là guérissent différemment. » Il banda l'épaule avec un bandage propre. « Continue d'appliquer cette pommade deux fois par jour. Et si la douleur empire, ou si la marque s'étend, préviens-moi immédiatement. »

« D'accord. Merci, Yori. »

L'infirmier rangea ses affaires et repartit vers d'autres patients.

Sohalia remit sa veste et se leva. Elle voulait se rendre utile.

« Sohalia ! » Vista l'appela depuis les voiles. « Tu peux venir nous aider à replier cette voile ? On a besoin de bras supplémentaires ! »

« J'arrive ! »

Elle courut rejoindre l'équipe et passa l'heure suivante à aider avec les voiles, puis avec les cordages, puis avec le nettoyage des canons. C'était du travail physique, épuisant, mais elle aimait ça. C'était concret. Utile. Ça l'empêchait de trop penser.

Deux heures plus tard, Marco rassembla tous les commandants pour le rapport final.

« Voiles : en bon état, yoi. Deux renforcées. »

« Cordages : vérifiés et remplacés où nécessaire. »

« Canons : opérationnels. Stocks de munitions suffisants. »

« Provisions actuelles : suffisantes pour deux semaines en rationnant légèrement. On a besoin de refaire le plein à Port Brume. »

« Réparations mineures : terminées. »

« Équipage : tous présents et en état de naviguer. »

Barbe Blanche hocha, satisfait.

« Excellent travail. Levez l'ancre. Direction : Port Brume. »

Le cri se répercuta à travers tout le navire :

« LEVEZ L'ANCRE ! »

Des dizaines de pirates se mirent en position. Les chaînes grincèrent. L'ancre massive fut lentement remontée, dégoulinante d'eau et d'algues.

« HISSEZ LES VOILES ! »

Les immenses voiles du Moby Dick se déployèrent une par une, claquant dans le vent. Le symbole de Barbe Blanche — le crâne avec la moustache en croissant — ondulait fièrement.

« CAP AU NORD-EST ! »

Le timonier fit tourner la barre. Le Moby Dick vira lentement, majestueusement, son énorme coque fendant l'eau.

Et ils partirent.

Sohalia se tenait à la proue, regardant l'horizon. Le vent fouettait ses cheveux. L'océan s'étendait devant eux, infini et mystérieux.

Et le Moby Dick vogua vers l'inconnu.


Les deux jours suivants passèrent dans une routine paisible.

La mer était calme, le ciel dégagé, les vents favorables. Le Moby Dick glissait sur l'eau à une vitesse régulière, ses voiles gonflées parfaitement.

Les matinées étaient consacrées à l'entraînement.

Marco insistait pour que Sohalia continue à s'exercer malgré ses blessures encore fraîches. Rien de trop intense — juste assez pour maintenir sa force et sa vitesse, et pour s'assurer que son corps guérissait correctement.

Elle s'entraînait souvent avec Vista, qui était d'une patience infinie. Ils travaillaient sur les formes de base, la précision, le mouvement fluide. Pas de combats intenses, juste de la technique pure.

« Ta hallebarde, » dit Vista un matin en observant l'arme de Sohalia. « Elle a été endommagée à Veilombre ? »

Sohalia examina la lame. Plusieurs éraflures parcouraient le métal là où elle avait frappé les tentacules sans effet.

« Un peu. Elle traverse toujours, mais... »

« On la fera réparer à Port Brume. Il y aura sûrement un forgeron compétent. »

« Merci. »

Les après-midis, Sohalia passait souvent du temps à étudier la carte magique dans la cabine de Barbe Blanche. Elle espérait qu'elle se mettrait à jour, révélant plus d'informations sur Yosei no Toketsu ou sur les Clés manquantes.

Mais la carte restait identique. Juste le nom de l'île et son emplacement dans le North Blue.

« Elle se mettra à jour quand ce sera le bon moment, » lui dit Marco un après-midi alors qu'elle fixait le parchemin pour la dixième fois de la journée. « Ou quand on sera plus proche. Ces artefacts magiques ont leur propre logique, yoi. »

« Je sais. C'est juste... frustrant. »

« Je comprends. »

Les soirées étaient plus détendues. L'équipage se rassemblait sur le pont pour manger ensemble, raconter des histoires, rire. Ace s'endormait régulièrement la tête dans son assiette. Haruta et Namur se défiaient constamment à divers jeux stupides. Izo racontait des histoires de ses voyages passés qui laissaient tout le monde soit riant, soit horrifié.

Et Barbe Blanche présidait tout ça, assis dans son fauteuil massif qui avait été installé sur le pont, un sourire satisfait sur le visage en observant ses enfants.

Sohalia se surprit à sourire souvent durant ces moments.

Malgré tout — malgré le monstre, malgré Jef, malgré les enjeux terrifiants — ces moments étaient précieux.

C'étaient ces moments qu'ils protégeaient.


Le deuxième jour, en fin d'après-midi, Marco appela depuis le nid de pie :

« Terre en vue, yoi ! Port Brume droit devant ! »

Tout l'équipage se précipita vers les rambardes.

Et effectivement, à l'horizon, une forme sombre se dessinait. Une île. Relativement petite comparée à certaines qu'ils avaient visitées, mais clairement habitée — même de loin, on pouvait distinguer les lumières du port.

« Port Brume, » murmura Sohalia.

Le Moby Dick ajusta sa route et se dirigea vers l'île. En s'approchant, les détails devinrent plus clairs.

L'île était, comme son nom l'indiquait, enveloppée dans une brume légère qui flottait au niveau de l'eau et des quais. Le port était de taille moyenne, avec plusieurs navires marchands amarrés. La ville elle-même semblait s'étendre sur les collines basses, des bâtiments aux toits rouges et des rues pavées visibles même à distance.

« C'est joli, » dit Izo près d'elle.

« Ouais. Paisible. »

Le Moby Dick entra dans le port lentement, son énorme coque attirant tous les regards. Les habitants et marchands sur les quais s'arrêtèrent de travailler pour observer le navire légendaire.

Mais contrairement à certains endroits où la vue d'un navire pirate causait la panique, ici les gens semblaient simplement curieux. Port Brume était clairement habitué aux visiteurs de toutes sortes.

« Jetez l'ancre, yoi ! »

L'ancre plongea dans l'eau avec un grand splash. Le navire s'immobilisa.

Barbe Blanche sortit sur le pont, et sa seule présence fit murmurer la foule sur les quais.

« Écoutez tous ! » sa voix puissante porta facilement. « Nous restons ici vingt-quatre heures. Pas plus. Nous avons besoin de provisions — nourriture, eau, matériel. »

Il désigna plusieurs commandants.

« Marco, tu coordonnes l'approvisionnement en eau et nourriture. Vista, matériel de navigation et cordages. Jozu, cherche un forgeron pour les réparations d'armes. Izo, tissus et vêtements chauds — on va dans le North Blue. »

Chaque commandant hocha en recevant sa mission.

« Les équipes de réserve restent sur le navire pour garder. Les autres, vous êtes libres d'explorer la ville, mais pas de bagarres. Pas de problèmes. On reste discrets. Compris ? »

« OUI, Père ! »

« Bien. Débarquez. »

Des planches furent posées entre le navire et le quai. Les commandants descendirent avec leurs équipes, se dispersant rapidement vers différentes parties de la ville pour accomplir leurs missions.

Sohalia hésita sur le pont.

Marco la vit et sourit.

« Tu viens, yoi ? Ou tu restes garder le navire ? »

Sohalia regarda la ville brumeuse, les rues pavées, les boutiques colorées.

« Je viens. »

Elle descendit la planche avec Marco. Ace et Izo les rejoignirent rapidement.

« On fait équipe ? » proposa Ace avec son sourire éclatant.

« Pourquoi pas, yoi. »

Et les quatre partirent explorer Port Brume ensemble.


Port Brume était une ville charmante.

Les rues pavées serpentaient entre des bâtiments aux façades colorées — bleu, jaune, rouge, vert. La brume légère qui flottait au niveau du sol donnait au lieu une atmosphère presque féerique, comme si on marchait dans un rêve.

L'air sentait le sel, le poisson frais, les épices exotiques des marchands, et une odeur sucrée provenant d'une boulangerie quelque part.

Les habitants étaient accueillants sans être intrusifs. Ils saluaient les pirates d'un hochement de tête mais ne s'attardaient pas. Clairement, Port Brume était habitué aux visiteurs inhabituels.

« C'est agréable, » dit Sohalia en regardant autour d'elle. « Calme. »

« Ouais, » acquiesça Ace. « Pas comme certains ports où tout le monde essaie de te vendre quelque chose ou de te voler. »

Ils marchèrent le long du marché principal — une large place bordée de stands colorés vendant de tout. Fruits exotiques, tissus brillants, épices dans des sacs ouverts, bijoux artisanaux, armes forgées à la main, livres anciens.

Ace s'arrêtait devant CHAQUE stand de nourriture.

« Oh, regarde ! Des brochettes de poisson grillé ! »

Il en acheta trois et les dévora en quelques secondes.

« Ace, on vient tout juste d'arriver, » soupira Izo.

« Mais j'ai faim ! »

Deux minutes plus tard :

« Des beignets ! Oh, ils ont l'air délicieux ! »

Il acheta cinq beignets et les mangea tout en marchant.

Trois minutes après :

« Un marchand de viande séchée ! »

« Ace, tu vas exploser, » dit Sohalia en riant.

« Impossible ! J'ai un métabolisme de feu ! » Il rit de sa propre blague.

Mais le plus drôle arriva quand Ace, debout devant un stand de fruits, s'endormit soudainement.

Un instant il regardait les pommes.

L'instant suivant, il tombait en avant, assoupi.

Sohalia et Izo le rattrapèrent juste à temps avant qu'il ne s'écrase le visage dans un étalage de melons.

« Narcolepsie, » expliqua Sohalia au marchand surpris.

« Ah. » Le marchand hocha, compréhensif — apparemment il avait déjà vu des choses étranges.

Ace se réveilla dix secondes plus tard, confus.

« Pourquoi vous me tenez ? »

« Tu t'es endormi debout, idiot. »

« Oh. » Il sourit sans gêne. « Désolé. »

Marco secoua la tête, amusé malgré lui.

« Comment tu fais pour survivre comme ça, yoi ? »

« L'habitude ! » Ace rit et acheta trois pommes au marchand pour s'excuser.

Ils continuèrent leur exploration.

Izo s'arrêta devant une boutique de tissus et vêtements. La vitrine affichait des kimonos magnifiquement brodés, des écharpes en soie, des vêtements d'hiver épais.

« J'ai besoin de munitions pour mes pistolets, » dit-il. « Et je veux voir s'ils ont des vêtements d'hiver convenables. Le North Blue va être glacial. »

« On t'accompagne, » dit Sohalia.

La boutique était tenue par un vieil armurier et son fils couturier — une combinaison inhabituelle mais apparemment fonctionnelle. Un côté de la boutique vendait des armes, l'autre des vêtements.

Izo se dirigea vers les armes tandis que Sohalia examinait les tissus.

Marco vérifia l'état de la hallebarde de Sohalia avec l'armurier.

« Hmm. » Le vieil homme examina la lame avec attention. « Bonne arme. Bien équilibrée. Mais ces éraflures... qu'est-ce qui a pu faire ça ? »

« Quelque chose de très dur, » dit simplement Sohalia.

« Je peux la réparer. Ça me prendra deux heures. Reviens ce soir. »

« Merci. »

Pendant que l'armurier s'occupait de la hallebarde, Izo testait différentes munitions spéciales pour ses pistolets. Il était extrêmement méticuleux, vérifiant chaque détail.

Ace, ayant fini ses pommes, explorait le côté vêtements avec curiosité.

« Regarde ! » Il brandit un chapeau ridicule avec des plumes roses. « Je devrais le porter ! »

« Non, » dirent Sohalia et Marco à l'unisson.

Ace rit et remit le chapeau en place.

Pendant ce temps, le fils couturier s'approcha de Sohalia.

« Vous allez dans le North Blue, j'ai entendu ? »

« Oui. »

« Vous aurez besoin de vêtements chauds. Très chauds. Le North Blue est glacial, même en été. » Il lui montra plusieurs manteaux épais, doublés de fourrure.

Sohalia en essaya un. Il était lourd mais incroyablement chaud.

« Combien ? »

« Pour une belle dame comme vous ? Un prix raisonnable. »

Ils négocièrent brièvement, et Sohalia acheta un manteau pour elle-même. Mais le couturier insista aussi pour lui montrer les écharpes.

« Une écharpe est essentielle, » dit-il. « Le vent du Nord peut geler votre visage en minutes. »

Sohalia examina les écharpes. Il y en avait de toutes les couleurs et matières.

Izo s'approcha, ayant fini avec ses munitions.

« Celle-ci, » dit-il en pointant une écharpe bleu foncé avec des motifs argentés délicats. « Elle ira bien avec tes yeux. »

Sohalia l'examina. Elle était magnifique — douce, chaude, élégante.

« Elle est un peu chère... »

« Je l'achète pour toi, » dit Izo simplement.

« Izo, tu n'as pas à— »

« C'est un cadeau. Pour avoir survécu à Veilombre. Et puis, je refuse que tu meures gelée dans le North Blue après avoir survécu à un monstre tentaculaire. Ce serait pathétique. »

Sohalia rit malgré elle.

« Bon. D'accord. Merci. »

Izo acheta l'écharpe et la lui tendit avec une révérence exagérée.

« Milady. »

Sohalia l'enroula autour de son cou. Elle était incroyablement douce et chaude.

« Elle te va bien, yoi, » dit Marco avec un petit sourire.

« Merci. »

Ils quittèrent la boutique chargés de leurs achats — munitions pour Izo, manteau pour Sohalia, et plusieurs vêtements d'hiver pour l'équipage en général.

Ace avait aussi acheté quelque chose — un chapeau normal cette fois, pas celui avec les plumes roses.

« Pour Luffy, » expliqua-t-il. « Quand je le reverrai. Il adorera les chapeaux. »

Sohalia sourit. Ace parlait souvent de son petit frère avec une affection évidente.

Ils continuèrent leur exploration, visitant plusieurs autres boutiques. Le temps passa rapidement, l'après-midi se fondant dans la soirée.


La fin d'après-midi les trouva assis à une terrasse de taverne près du marché.

Ils avaient marché pendant des heures, explorant chaque recoin de Port Brume, et même Marco avait admis qu'une pause serait bienvenue.

La taverne était chaleureuse et accueillante. Des lanternes pendaient au plafond, créant une lumière douce et dorée. L'odeur de la nourriture fraîchement préparée flottait dans l'air.

Ace commanda immédiatement pour quatre personnes.

« Ace, on est quatre, » dit Izo. « Pas quarante. »

« J'ai faim ! »

« Tu as mangé toute la journée. »

« Et alors ? »

Le serveur apporta les plats — des assiettes débordant de viande grillée, de légumes rôtis, de pain frais, de fromage. Et pour Ace, une montagne supplémentaire de tout.

Ils mangèrent dans un silence confortable d'abord. Après une longue journée de marche, tout le monde avait faim.

Sohalia observait Ace dévorer son repas avec une fascination mêlée d'horreur. Comment pouvait-il manger autant sans exploser ?

« Shette île ech géniale ! » dit Ace, la bouche pleine.

« Avale avant de parler, idiot, » dit Sohalia en riant.

Ace avala exagérément, puis sourit de toutes ses dents.

« Cette île est géniale ! » répéta-t-il clairement. « La nourriture, les gens, l'atmosphère. Dommage qu'on reparte demain. J'aurais bien testé toutes les tavernes ! »

« On a une mission pour sauver le monde, Ace, » dit Izo ironiquement.

« Justement ! Faut bien manger pour avoir l'énergie ! » Ace rit de sa propre logique.

Marco secoua la tête, amusé.

« Ta logique est... unique, yoi. »

Ils continuèrent à manger et à discuter de choses légères — les boutiques qu'ils avaient vues, les habitants sympathiques, les trouvailles intéressantes. C'était agréable de penser à autre chose qu'aux Fragments et au monstre pour un moment.

Mais alors que le soleil commençait à descendre vers l'horizon, peignant le ciel de couleurs chaudes, Ace devint soudainement plus sérieux.

Il posa sa fourchette et regarda Sohalia.

« Hé, Sohalia. »

« Oui ? »

« Je voulais te dire... merci. »

Sohalia cligna des yeux, surprise.

« Merci pour quoi ? »

« Pour Veilombre. » Le visage d'Ace était inhabituellement sérieux maintenant. « Quand je t'ai trouvée face à ce tentacule... tu étais en train de te battre seule. Pour laisser Marco prévenir les autres. »

Il marqua une pause.

« C'était courageux. Et stupide. Mais surtout courageux. »

Sohalia sentit ses joues chauffer légèrement.

« Tu m'as sauvée, Ace. C'est moi qui devrais te remercier. »

Ace sourit — pas son sourire habituel éclatant, mais quelque chose de plus doux, plus sincère.

Il tendit son poing.

Sohalia le regarda un instant, puis sourit et cogna son poing contre le sien.

« Bon, maintenant que ce moment sérieux est passé... » Il se leva brusquement. « OÙ SONT LES BROCHETTES ?! »

Izo soupira.

« Il était sérieux pendant exactement trente secondes. C'est un record. »

Sohalia rit. C'était exactement ce dont elle avait besoin — ce mélange de sincérité et de légèreté qui caractérisait Ace.

Ils finirent leur repas dans la bonne humeur. Ace s'endormit brièvement dans son assiette (encore), et ils durent l'empêcher de tomber face première dans la sauce.

Quand ils quittèrent la taverne, le soleil se couchait vraiment maintenant. Le ciel était un mélange magnifique de rose, d'orange et de violet.

« C'est beau, » murmura Sohalia.

« Ouais, » acquiesça Ace. « Des moments comme ça... c'est pour ça qu'on se bat, non ? Pour protéger ces couchers de soleil. »

Il y avait une profondeur inattendue dans ses mots.

Sohalia le regarda avec un respect renouvelé. Ace pouvait sembler idiot et insouciant, mais il comprenait. Il comprenait vraiment ce qui était en jeu.

« Oui, » dit-elle doucement. « C'est exactement pour ça. »

Ils retournèrent vers les boutiques pour récupérer les derniers achats et la hallebarde réparée de Sohalia.


Le soir tombait vraiment maintenant, et la brume de Port Brume s'épaississait légèrement. Des lanternes s'allumaient le long des rues, créant des halos de lumière dorée dans le brouillard.

Marco et Ace partirent vérifier que toutes les équipes avaient bien accompli leurs missions d'approvisionnement, laissant Sohalia et Izo ensemble pour récupérer son hallebarde à l'armurerie.

Ils marchèrent dans un silence confortable à travers les rues moins fréquentées maintenant. La plupart des marchands fermaient leurs stands. Les habitants rentraient chez eux pour le dîner.

« C'est paisible, » dit Izo. « Presque trop paisible après Veilombre. »

« Oui. » Sohalia resserra l'écharpe qu'Izo lui avait offerte autour de son cou. « C'est étrange comme le calme peut sembler... inconfortable après le chaos. »

« Comme si on attendait que quelque chose de terrible se produise. »

« Exactement. »

Ils arrivèrent à l'armurerie. Le vieil homme avait tenu parole — la hallebarde de Sohalia était magnifiquement réparée. Les éraflures avaient disparu, la lame brillait comme si elle était neuve, et le manche avait même été reverni.

« Beau travail, » dit Sohalia, impressionnée.

« C'est une arme de qualité, » répondit l'armurier. « Elle méritait d'être bien soignée. »

Sohalia paya et ils quittèrent la boutique, la hallebarde bien attachée dans son dos.

En marchant vers le port, Izo s'arrêta soudainement devant une petite boutique que Sohalia n'avait pas remarquée plus tôt. La vitrine affichait des kimonos magnifiques — pas pratiques pour le combat, mais absolument sublimes artistiquement.

« Regarde cette broderie, » dit Izo avec admiration. « Les motifs de chrysanthèmes... le travail doit avoir pris des mois. »

Sohalia examina le kimono. Il était effectivement magnifique — bleu nuit avec des fleurs dorées brodées à la main.

« C'est beau. Mais pas très pratique pour le combat. »

Izo rit. Il la regarda.

« Non. Mais l'art n'a pas besoin d'être pratique pour avoir de la valeur. »

« Toi, tu combats en kimono. Comment tu fais ? »

« C'est une question d'habitude. Et de choisir le bon tissu — assez résistant mais flexible. » Il toucha le kimono qu'il portait actuellement. « Et puis, franchement... pourquoi choisir entre être mortel et être élégant ? »

Sohalia sourit.

« C'est une question de style, en fait. »

« Exactement ! » Izo sourit largement. « On peut être dangereux ET avoir de la classe. Les deux ne s'excluent pas mutuellement. »

Ils continuèrent leur marche. La conversation dériva naturellement vers des sujets plus personnels.

Il s'arrêta et regarda Sohalia directement.

« J'ai remarqué ta cicatrice. » Il désigna discrètement son torse. « Celle de l'extraction du Fragment. »

Sohalia toucha instinctivement l'endroit sous sa chemise où la cicatrice était cachée.

« Ça va vraiment ? » demanda Izo doucement. « Pas juste physiquement. Mentalement. »

Sohalia hésita. C'était rare que quelqu'un lui pose la question aussi directement.

« Physiquement, oui. Yori dit que ça guérit bien. Mais mentalement... » Elle soupira. « C'est compliqué. J'ai failli mourir. Le Fragment était en moi, fusionné avec mon corps. Et maintenant il est parti mais... je peux encore le sentir parfois. Comme un fantôme. »

Elle toucha son épaule marquée par le tentacule.

« Et maintenant ça. Une autre marque. Un autre rappel. »

Izo hocha compréhensivement.

« Les cicatrices racontent nos histoires, » dit-il. « Chaque marque est une bataille survécue. Une épreuve surmontée. »

Il remonta légèrement sa manche, révélant plusieurs cicatrices sur son avant-bras.

« Celle-ci, d'un combat quand j'avais quinze ans. Celle-là, d'un entraînement qui a mal tourné. Et celle-ci... » Il toucha une cicatrice près de son cou. « D'une personne qui n'a pas accepté qui j'étais. »

Sohalia regarda les cicatrices avec respect.

« Comment tu fais pour... les accepter ? »

« En réalisant qu'elles font partie de moi. Qu'elles ne me définissent pas, mais qu'elles contribuent à faire de moi qui je suis. » Il sourit. « Et en ayant une famille qui ne voit pas les cicatrices. Qui voit juste toi. »

Sohalia sentit quelque chose se desserrer dans sa poitrine.

« Merci, Izo. »

« De rien. » Il lui donna une tape amicale sur l'épaule — la bonne. « Maintenant viens. Il fait de plus en plus froid et on va dans un endroit encore plus froid. Profitons de cette dernière soirée de température normale. »

Sohalia rit et ils reprirent leur marche vers le port.

Quand ils arrivèrent au Moby Dick, le navire bourdonnait d'activité. Les équipes chargeaient les dernières provisions — tonneaux d'eau, caisses de nourriture, ballots de tissus, matériel divers.

Barbe Blanche supervisait tout depuis le pont, donnant des ordres occasionnels.

« Ah, vous voilà, » dit Marco en les voyant arriver. « Tout le monde est rentré. Les provisions sont presque toutes chargées. On pourra partir demain matin comme prévu, yoi. »

« Parfait, » dit Sohalia.

Elle regarda autour d'elle. L'équipage travaillait ensemble avec une efficacité impressionnante. Tout le monde savait quoi faire. Personne ne se plaignait malgré la fatigue.


Plus tard dans la soirée, après que les provisions eurent été chargées et que l'équipage eut mangé un repas rapide, Sohalia se retrouva incapable de rester enfermée sur le navire.

L'air était frais, presque froid maintenant. Le ciel nocturne était dégagé, les étoiles brillant comme des diamants. La brume de Port Brume flottait toujours au niveau de l'eau, donnant au port une atmosphère onirique.

Sohalia remarqua un chemin qui montait depuis le port vers les collines environnantes. Une falaise, peut-être ?

Sans trop réfléchir, elle quitta le navire silencieusement et suivit le chemin.

L'ascension ne fut pas difficile — juste une pente douce à travers quelques arbres rabougris par le vent marin. Après dix minutes de marche, elle déboucha sur un promontoire rocheux qui surplombait le port.

La vue était magnifique.

Le port en contrebas, avec ses lumières scintillantes. Le Moby Dick amarré, majestueux même immobile. L'océan qui s'étendait vers l'horizon, noir et mystérieux sous la lune. Et au-dessus, le ciel étoilé infini.

Sohalia s'assit sur un rocher près du bord, laissant ses jambes pendre dans le vide. L'air frais fouettait son visage, mais l'écharpe d'Izo la gardait au chaud.

Elle ferma les yeux et respira profondément.

Demain, ils repartiraient. Trois à quatre semaines de voyage vers le North Blue. Vers Yosei no Toketsu. Vers le Fragment 4 et peut-être la Clé 3.

Vers l'inconnu.

Et quelque part, Jef naviguait aussi. Cherchant les mêmes choses. Avec deux Fragments déjà en sa possession.

Je t'aimais.

Les mots résonnaient encore dans son esprit. Dits au passé. Comme si c'était terminé.

Mais était-ce vraiment terminé pour lui ?

Et elle... qu'avait-elle ressenti pour Jef, exactement ?

C'était tellement flou maintenant. Comme un rêve à moitié oublié. Elle se souvenait de l'intensité, de la connexion. Mais elle ne savait pas si c'était de l'amour ou juste... autre chose. De l'admiration ? De la fascination ? Une amitié profonde mal interprétée ?

« Tu vas attraper froid, yoi. »

Sohalia sursauta et se retourna.

Marco se tenait derrière elle, une couverture à la main. Il ne semblait pas surpris de la trouver là.

« Tu m'as suivie ? »

« J'ai remarqué que tu étais partie du navire. » Il s'approcha et déposa la couverture sur ses épaules. « Je me suis inquiété. »

« Désolée. Je voulais juste... réfléchir. »

Marco s'assit à côté d'elle, laissant aussi ses jambes pendre dans le vide. Ils restèrent silencieux un moment, observant les étoiles ensemble.

Le silence n'était pas inconfortable. C'était le genre de silence qu'on partage seulement avec des gens proches — pas besoin de remplir chaque seconde avec des mots.

Mais finalement, Marco demanda doucement :

« Tu penses à lui, yoi ? »

Sohalia ne prétendit pas ne pas comprendre.

« ...Oui. »

« Normal. »

Elle se tourna vers lui, surprise.

« Tu ne me dis pas que je devrais l'oublier ? »

« On oublie pas les gens qui ont compté, » dit Marco simplement. « Même quand ils choisissent un mauvais chemin. »

Il marqua une pause, regardant l'océan.

« Il a dit qu'il t'aimait. Au passé. »

Sohalia baissa les yeux.

« Tu as entendu... »

« Difficile de ne pas avoir entendu, yoi. »

Un autre silence. Puis Sohalia dit :

« Je ne sais pas ce que j'ai ressenti pour lui. C'était... compliqué. Intense. Mais c'était il y a longtemps. Avant que je comprenne vraiment qui j'étais. Qui il était. »

« Et maintenant ? »

Sohalia regarda l'océan, cherchant les mots justes.

« Maintenant je sais que j'ai une famille. Des gens sur qui je peux compter. Des gens qui comptent... pour moi. »

Elle ne regarda pas Marco en disant ça, mais il y avait quelque chose dans sa voix — quelque chose qu'elle ne comprenait pas entièrement elle-même.

Marco resta silencieux un moment. Puis il dit doucement :

« C'est déjà beaucoup, yoi. »

Il tendit sa main et la posa doucement sur celle de Sohalia qui reposait sur le rocher entre eux.

Sohalia ne retira pas sa main. Elle sentit la chaleur de Marco à travers le contact — une chaleur différente de ses flammes de phœnix. Une chaleur humaine. Réconfortante.

Quelque chose bougea dans sa poitrine. Une sensation qu'elle ne pouvait pas nommer. Pas encore. C'était doux et chaud et un peu effrayant en même temps.

Mais elle ne voulait pas que ça s'arrête.

Ils restèrent ainsi, main dans la main, regardant les étoiles en silence.

Le vent soufflait doucement, portant l'odeur du sel et de l'océan.

Au loin, le Moby Dick brillait de ses lanternes, ancré dans le port paisible.

Après un long moment, Sohalia rompit le silence :

« Marco ? »

« Hmm ? »

« Si je dois le combattre... vraiment le combattre, pour l'arrêter... » Sa voix se fit plus petite. « Je ne sais pas si je pourrai... »

Marco serra doucement sa main.

« Tu feras ce qu'il faut, » dit-il avec une conviction tranquille. « Parce que tu es plus forte que tu ne le crois. Et parce que tu ne seras pas seule, yoi. »

Sohalia se tourna enfin pour le regarder directement. Leurs yeux se croisèrent dans la lumière des étoiles.

« Tu seras là ? »

Marco répondit sans une seconde d'hésitation :

« Toujours. »

Quelque chose passa entre eux dans ce moment — quelque chose que Sohalia ne pouvait pas nommer, ne savait pas comment interpréter. Mais c'était important. Profond. Réel.

Elle sentit son cœur battre un peu plus vite, mais elle ne comprenait pas pourquoi.

« Merci, » murmura-t-elle.

Marco sourit — ce sourire rare et précieux qu'il ne montrait qu'à elle.

« De rien, yoi. »

Ils restèrent encore longtemps sur cette falaise, main dans la main, regardant les étoiles tourner lentement dans le ciel.

Les mots n'étaient pas nécessaires.

La présence suffisait.

Finalement, quand l'air devint vraiment trop froid et que Sohalia frissonna malgré la couverture et l'écharpe, ils se levèrent.

« On devrait rentrer, yoi. Demain, on part tôt. »

« Oui. »

Ils redescendirent le chemin ensemble. Marco gardait sa main près de celle de Sohalia — pas entrelacées comme avant, mais assez proche pour que leurs doigts se frôlent occasionnellement.

Chaque fois que ça arrivait, Sohalia sentait cette sensation étrange dans sa poitrine. Ce quelque chose qu'elle ne comprenait pas.

Mais elle ne l'analysa pas. Pas ce soir.

Ce soir, elle voulait juste... profiter.

Quand ils arrivèrent au Moby Dick, la plupart de l'équipage dormait déjà. Le navire était silencieux, bercé par les vagues.

« Bonne nuit, Sohalia. »

« Bonne nuit, Marco. »

Elle se dirigea vers sa cabine, l'écharpe toujours enroulée autour de son cou, la couverture sur ses épaules.

Dans son lit, elle s'endormit rapidement, épuisée par la longue journée.

Et cette nuit-là, elle rêva de main chaudes, d'étoiles brillantes, et d'un sourire rare et précieux.


Le lendemain matin arriva trop vite.

Sohalia fut réveillée par les bruits de l'équipage préparant le départ — des pirates qui criaient des ordres, des pas lourds sur le pont, des tonneaux qu'on roulait, des cordages qu'on tendait.

Elle se leva, s'habilla rapidement, et sortit de sa cabine.

Le soleil se levait à peine, peignant le ciel de couleurs pastels. L'air était frais et vif. La brume de Port Brume était encore plus épaisse ce matin, enveloppant tout d'une écharpe blanche.

Sur le pont, c'était le chaos organisé habituel.

Les dernières provisions étaient chargées. Les voiles étaient vérifiées une dernière fois. Les cordages testés. Les canons inspectés.

Barbe Blanche se tenait près de la barre, supervisant tout avec son œil de capitaine expérimenté.

Sohalia se dirigea vers la rambarde et regarda Port Brume. La petite ville commençait à s'éveiller. Des habitants ouvraient leurs boutiques. Des pêcheurs préparaient leurs bateaux.

C'était paisible. Innocent. Loin des monstres et des Fragments et des courses désespérées.

« Belle île, yoi. »

Marco l'avait rejointe.

« Oui. Dommage qu'on ne reste pas plus longtemps. »

« On reviendra peut-être un jour. Après tout ça. »

Après tout ça. Comme si c'était une certitude qu'ils réussiraient. Que tout se passerait bien.

Sohalia aimait cet optimisme.

« Oui, » dit-elle. « On reviendra. »

Une heure plus tard, tout était prêt.

L'équipage était rassemblé sur le pont. Les équipes de réserve avaient terminé leur garde de nuit. Tout le monde était présent.

Sauf...

« Où est Ace, yoi ? »

Plusieurs pirates échangèrent des regards.

« Euh... »

Vista pointa du doigt.

Ace était endormi dans une caisse de provisions. Profondément endormi. Ronflant même.

Tout le monde éclata de rire.

« Quelqu'un devrait le réveiller, » dit Izo.

« J'y vais, » dit Sohalia.

Elle s'approcha de la caisse et secoua doucement Ace.

« Ace. Ace, réveille-toi. On part. »

Ace marmonna quelque chose d'incompréhensible et se retourna.

« ACE ! »

Il sursauta violemment, se cognant la tête contre le bord de la caisse.

« AÏE ! Quoi ?! Qu'est-ce qui se passe ?! On est attaqués ?! »

« Non, idiot. On part. »

Ace se frotta les yeux, confus, puis réalisa où il était.

« Oh. Je me suis endormi dans une caisse de pommes. »

« Oui. »

« Ça explique pourquoi je rêvais de vergers. »

Tout le monde rit à nouveau.

Ace sortit de la caisse, ébouriffant ses cheveux pleins de feuilles de papier d'emballage.

« Bon ! Je suis prêt ! Partons ! »

Barbe Blanche secoua la tête, amusé malgré lui.

« Ace. Tu es impossible. »

« Merci, Père ! »

« Ce n'était pas un compliment. »

Mais il souriait en le disant.

« Bon ! » Barbe Blanche leva son bisento. « Tout le monde est là ? »

« OUI, Père ! »

« Alors on y va. LEVEZ L'ANCRE ! »

« LEVEZ L'ANCRE ! » répétèrent les pirates.

Les chaînes grincèrent. L'ancre massive fut lentement remontée.

« HISSEZ LES VOILES ! »

Les voiles du Moby Dick se déployèrent majestueusement, claquant dans le vent matinal.

« CAP AU NORD ! DIRECTION : NORTH BLUE ! »

Le timonier fit tourner la barre.

Le Moby Dick vira lentement, son énorme coque fendant l'eau et la brume.

Sohalia se tenait à la proue, regardant Port Brume s'éloigner progressivement.

La petite ville disparut dans la brume, devenant un souvenir.

Devant eux, l'océan s'étendait, infini.

Vers le nord.

Vers Yosei no Toketsu.

Vers leur destinée.


REECRIT : 07/01/2026

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