The New Era

Chapitre 26 : Chapitre 26 : Contre le Mur

4787 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/01/2026 23:11

Le soleil se levait lentement sur l'horizon, teintant la mer d'or et de rose.

Sohalia était debout sur le pont du Moby Dick, les mains sur le bastingage, le regard perdu dans l'immensité bleue qui s'étendait devant elle. Ils avaient quitté Yosei no Toketsu la veille au soir. L'île de glace, sa grand-mère, Akihide... tout ça semblait déjà loin. Elle soupira doucement.

Grand-mère...

Leïko lui manquait déjà. Cette femme forte, sage, qui lui avait raconté l'histoire de sa mère. De son père. D'Akainu. Elle serra les poings.

Un jour, je reviendrai. Je te le promets.

« Tu es levée tôt, yoi. »

La voix familière la fit sursauter légèrement.

Elle se retourna.

Marco était là, quelques pas derrière elle, les mains dans les poches. Ses cheveux blonds brillaient dans la lumière de l'aube. Il lui souriait — ce sourire doux, tendre, qu'il semblait réserver qu'à elle. Son cœur loupa un battement dans sa poitrine.

« Je n'arrivais pas à dormir, » admit-elle.

Il s'approcha et vint se placer à côté d'elle, accoudé au bastingage.

« Moi non plus, yoi. »

Ils restèrent ainsi un moment, côte à côte, en silence. C'était confortable. Familier. Naturellement, sans même y penser, Marco tendit la main et prit la sienne. Leurs doigts s'entrelacèrent. Sohalia ne retira pas sa main. Elle ne se posa même pas la question. C'était devenu une habitude. Quelque chose de naturel entre eux.

« Combien de temps avant d'arriver à Nanmin no Shima ? » demanda-t-elle.

« Deux jours. Peut-être trois si le vent n'est pas favorable, yoi. »

Elle hocha la tête.

« Tu penses à ta grand-mère, yoi ? »

« Oui. Et à Akihide aussi. »

Marco se raidit imperceptiblement. Sohalia le remarqua et sourit malgré elle.

« Tu sais qu'il ne s'est rien passé entre nous, n'est-ce pas ? »

Il la regarda, surpris.

« Je... yoi... »

« On est comme frère et sœur, Marco. Rien de plus. »

Il sembla se détendre légèrement.

« D'accord, yoi. »

Elle sourit et serra sa main.

« Jaloux ? »

« Non, yoi. »

« Menteur. »

Il grogna mais ne nia pas. Sohalia rit doucement.

C'est mignon, en fait.


Le reste de la matinée passa tranquillement.

Les pirates vaquaient à leurs occupations habituelles. Certains nettoyaient le pont. D'autres vérifiaient les cordages. Quelques-uns pêchaient. Ace dormait debout quelque part, appuyé contre un mât. Izo et Haruta discutaient près de la proue. Vista polissait ses sabres. Jozu était assis, impassible comme toujours. Barbe Blanche, lui, était installé sur son trône habituel, une immense tasse à la main, observant son équipage avec un sourire satisfait.

Sohalia et Marco prirent leur petit déjeuner ensemble, assis côte à côte à la grande table. Comme au palais de Leïko. Comme toujours maintenant. Marco lui servit du café sans qu'elle ait à demander. Elle lui tartina des toasts avec du beurre et de la confiture, sachant exactement comment il les aimait.

Ces petits gestes domestiques, intimes.

Personne ne fit de commentaire. Mais plusieurs pirates échangèrent des regards complices.

Enfin.

Ace s'assit à côté de Sohalia avec un immense bâillement.

« 'Jour, » marmonna-t-il avant de s'effondrer face première dans son assiette.

Sohalia leva les yeux au ciel, amusée.

« Tu devrais vraiment consulter un médecin pour ça. »

Ace se redressa brusquement, du riz collé sur la joue.

« Pour quoi ? »

« Ta narcolepsie. »

« C'est pas une maladie ! C'est juste... » Il bâilla encore. « ...de la fatigue. »

« Bien sûr. »

Marco rit doucement et tendit une serviette à Ace.

« Tu as du riz sur le visage, yoi. »

« Ah. Merci. »


L'après-midi arriva paisiblement.

La mer était calme. Le vent favorable. Le soleil brillait haut dans le ciel. Sohalia se promenait sur le pont, profitant de l'air marin. Marco la rejoignit naturellement. Main dans la main.

« Tu te souviens de Nanmin no Shima ? » demanda-t-il.

« Non. Je n'y suis jamais allé. »

Sohalia réfléchit.

« Père doit être impatient de les revoir. »

« Il l'est, yoi. Je l'ai vu sourire ce matin en pensant à eux. »

Elle sourit tendrement.

Cette famille...

Soudain, un den-den mushi sonna quelque part sur le navire.

Marco fronça les sourcils.

« C'est celui de Père, yoi. »


Barbe Blanche décrocha l'escargophone.

« Allô ? »

« Barbe Blanche. C'est Shanks. »

Le vieil homme sourit.

« Shanks. Ça fait longtemps. »

« Ouais. Écoute, Mihawk a terminé son enquête. Sur les meurtres de Jef. »

Barbe Blanche se redressa légèrement.

« Déjà ? »

« Il est efficace quand il veut. »

« Et ? »

« Je t'envoie le rapport complet. Mais en résumé : c'est moche. »

« À quel point ? »

« Beaucoup de corps. Tous adultes. Tous avec un organe prélevé. »

Barbe Blanche serra sa tasse.

« Je vois. »

« Lis le rapport et rappelle-moi si tu as des questions. »

« D'accord. Merci, Shanks. »

« De rien. »

Il raccrocha. Barbe Blanche resta silencieux un long moment.

Puis il appela :

« Marco ! Convoque tous les commandants ! Réunion immédiate ! »


Une heure plus tard, tous les commandants étaient rassemblés dans la cabine de Barbe Blanche. Tous attendaient, graves.

Barbe Blanche tenait plusieurs feuilles dans ses mains massives.

« Shanks vient de m'envoyer le rapport de Mihawk, » commença-t-il. « Sur les meurtres de Jef Mentaru. »

Sohalia se raidit.

Jef.

« Je vais vous lire les points importants. »

Il regarda les feuilles et commença.

« Corps retrouvés sur différentes îles : tous des adultes entre 20 et 40 ans. Aucun enfant. Aucun bébé. Tous ont un organe prélevé — cœur, foie, reins, poumons. »

Silence dans la cabine.

« Disparus : mêmes profils. Adultes 20-40 ans. Mihawk estime qu'ils sont morts et que leurs corps n'ont pas encore été retrouvés. »

Marco fronça les sourcils.

« Combien, yoi ? »

« Au total ? Plus de deux cents. »

Deux cents.

Sohalia sentit son estomac se tordre.

Deux cents personnes.

« J'ai contacté Leïko pour vérification, » continua Barbe Blanche. « Elle confirme. Au Temple de Yosei no Toketsu, même chose. Trente corps, tous adultes, organes prélevés. »

Ace se pencha en avant.

« Donc il cherche des organes d'adultes. »

Il haussa les épaules. Cela semblait logique, mais Sohalia fronça les sourcils.

« Non. »

Tous se tournèrent vers elle.

« Ce n'est pas possible. »

« Quoi, yoi ? »

« Ça ne colle pas ! »

Elle se leva, agitée.

« Réfléchissez ! Contrôler cinquante Marines possédés, ça coûte cinquante vies sacrifiées ! La Sphère est juste. Le sacrifice doit être égal à la puissance demandée ! »

Elle fit les cent pas.

« Au Temple de Yosei no Toketsu, il n'y avait que trente corps. Trente ! Ce n'est pas assez pour expliquer tout ce qu'il a fait ! Tous les Marines qu'il a contrôlés, toutes les attaques ! »

Haruta se gratta la tête.

« Alors c'est une fausse piste ? »

Sohalia secoua la tête vigoureusement.

« Non plus ! Jef n'a pas la patience pour enlever autant de gens, voler un organe à chacun, les tuer, puis déposer leurs corps dans des endroits précis ! C'est trop long. Trop compliqué. Ce n'est pas son genre ! »

Elle s'arrêta et se tourna vers Barbe Blanche.

« Père... y avait-il des disparus avant ces trente personnes du temple ? »

Barbe Blanche consulta le rapport.

« Mihawk ne mentionne aucune disparition antérieure dans cette zone. »

Sohalia hocha la tête lentement.

« Alors il utilise la Sphère du Temps. »

Namur fronça les sourcils.

« La Sphère du Temps ? C'est quoi ? »

Sohalia prit une grande inspiration.

« La Sphère du Temps... prend des années de vie au propriétaire. Chaque fois qu'il l'utilise, ça lui coûte des années. »

« Mais, » continua-t-elle, « la Sphère laisse toujours un minimum de cinq ans à vivre. À partir de la première utilisation. »

Rakuyo comprit immédiatement.

« Il aurait déjà utilisé toutes ses années ? »

« Probablement. »

Curiel intervint.

« Alors comment il continue à l'utiliser ? »

Sohalia s'assit lentement.

« Maiya m'a raconté une histoire. Un homme qui possédait la Sphère du Temps. Il a épuisé toutes ses années à vivre. Mais il voulait continuer. Alors... »

Elle marqua une pause.

« Il a passé un marché avec la Sphère. Il a changé le sacrifice. »

« Au lieu d'années de vie... des vies humaines. »

Le choc fut total.

« Quoi ?! » s'exclama Ace.

« C'est possible ? » demanda Vista, incrédule.

« Apparemment, oui. »

Fossa se pencha en avant.

« Tu penses que Jef a réussi à faire ça ? »

Sohalia le regarda droit dans les yeux.

« C'est la seule explication logique. Qui correspond à Jef. »

Un silence pesant tomba sur la cabine.

Marco serra les poings.

« Il devient de plus en plus dangereux, yoi. »

« Oui, » murmura Sohalia. « Et il a déjà deux Fragments. »

Elle leva les yeux vers Barbe Blanche.

« On ne peut pas le laisser avoir tous les objets. »

Le vieil homme hocha la tête gravement.

« Non. On ne peut pas. »

Il se redressa.

« Sohalia. Contacte Maiya. Vérifie s'il y a des conséquences à ce changement de sacrifice. S'il y a un impact sur le nombre de Clés ou de Fragments. »

« Oui, Père. »

« Marco. Rappelle Shanks. Informe-le de notre théorie. Demande à Mihawk d'approfondir ses recherches sur les disparitions. »

« Compris, yoi. »

« Les autres, vous pouvez disposer. »


Sohalia retourna dans sa chambre, le den-den mushi portable à la main.

Elle s'assit sur son lit et composa le numéro de Maiya.

Une sonnerie. Deux. Trois.

Puis :

« Allô ? »

« Maiya ! C'est Sohalia. »

« Sohalia ! » La voix de sa cousine s'illumina. « Comment vas-tu ? »

« Bien. Écoute, j'ai besoin d'informations urgentes. »

Le ton de Maiya devint immédiatement sérieux.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Sohalia prit une grande inspiration et lui expliqua tout. Les meurtres. Les organes. La théorie sur la Sphère du Temps. Le changement de sacrifice.

Maiya resta silencieuse un long moment.

Puis :

« C'est... possible. »

« Vraiment ? »

« Oui. Le changement de sacrifice existe. Mais c'est très rare. Et très dangereux. »

« Dangereux comment ? »

« Le propriétaire doit négocier avec la Sphère. Lui offrir quelque chose de valeur égale. »

Maiya marqua une pause.

« Les années de vie sont précieuses. Donc le nouveau sacrifice doit l'être aussi. Les vies humaines... ça fonctionne. »

« Mais il y a des conséquences. »

Sohalia se redressa.

« Quelles conséquences ? »

« Instabilité de la Sphère. Elle peut devenir imprévisible. »

« Et ? »

« Le propriétaire aussi est affecté. Il peut perdre le contrôle. Devenir fou. Obsédé par son objectif au point de ne plus voir la réalité. »

Sohalia sentit un frisson la parcourir.

« Ça correspond à Jef. »

« Je sais. »

Un silence.

Puis Sohalia posa la question cruciale.

« Est-ce que ça change quelque chose pour les Clés et les Fragments ? Le nombre ? »

Maiya réfléchit.

« Non. Le nombre reste le même. Quatre Clés. Quatre Fragments. Comme toujours. »

Sohalia soupira de soulagement.

« Au moins une bonne nouvelle. »

« Combien vous en avez ? »

« Trois Clés sur quatre. Deux Fragments sur quatre. »

« Jef a les deux autres Fragments ? »

« Oui. Fragments 1 et 3. »

« Il faudra les récupérer. »

« Je sais. »

Un autre silence.

Puis Maiya, d'une voix plus douce :

« Comment tu vas, sinon ? »

Sohalia hésita.

« Bien. Enfin... c'est compliqué. »

« Compliqué comment ? »

« Marco... »

« Oh. »

Maiya rit doucement.

« Et toi ? Qu'est-ce que tu ressens ? »

Sohalia ouvrit la bouche. La referma.

« Je... je ne sais pas. Pendant des mois, c'était mon frère. Mon grand frère. Celui qui me protège. Et maintenant... »

« Maintenant ? »

« Maintenant je ne sais plus. »

Maiya fut douce.

« Prends ton temps. Tu as le droit de ne pas savoir. »

« Merci. »

« De rien. Ah, au fait... »

« Quoi ? »

« J'ai rencontré quelqu'un. »

Sohalia se redressa brusquement.

« QUOI ?! Qui ?! »

Maiya rit.

« On en parle la prochaine fois. Je dois y aller. Les prêtresses m'attendent. »

« Maiya ! Non ! Dis-moi ! »

« La prochaine fois ! Prends soin de toi ! »

Elle raccrocha.

Sohalia resta bouche bée, le den-den mushi à la main.

« Elle m'a raccroché au nez ! »

Puis elle sourit malgré elle.

Maiya amoureuse...


Sohalia retourna dans la cabine de Barbe Blanche. Tous les commandants étaient encore là. Marco venait de raccrocher avec Shanks.

« Shanks va demander à Mihawk d'approfondir, yoi, » annonça-t-il.

Barbe Blanche se tourna vers Sohalia.

« Maiya a confirmé ? »

« Oui. »

Elle s'avança au centre de la pièce.

« Le changement de sacrifice est possible. Jef l'a probablement fait. Conséquences : instabilité de la Sphère. Et... folie croissante. Le propriétaire devient obsédé, perd le contrôle. »

Marco serra les dents.

« Il était déjà dangereux, yoi. »

« Maintenant il est pire, » compléta Sohalia.

Vista intervint.

« Et les Clés ? Les Fragments ? Ça change quelque chose ? »

Sohalia secoua la tête.

« Non. Toujours quatre de chaque. »

Elle consulta mentalement.

« Nous avons trois Clés : 1, 2 et 4. Et deux Fragments : 2 et 4. »

« Jef a deux Fragments : 1 et 3. »

Barbe Blanche hocha la tête.

« Donc il nous manque : »

« La Clé 3 — qui se trouve à Nanmin no Shima, où nous nous rendons. »

« Et les Fragments 1 et 3 — que Jef possède. »

Sohalia acquiesça.

« Pour récupérer ces Fragments... »

Barbe Blanche la regarda intensément.

« Il faudra affronter Jef. »

Elle serra les poings.

« Je suis prête. »

Le vieil homme sourit.

« Je sais, ma fille. Je sais. »


La réunion se termina peu après.

Les commandants sortirent un par un, l'esprit lourd de ces révélations.

Sohalia resta un moment avec Barbe Blanche.

« Père... »

« Oui ? »

« Tu penses qu'on peut gagner ? Contre Jef ? »

Le vieil homme la regarda longuement.

« Oui. »

Elle sourit faiblement.

« Merci. »

« Va te reposer. On arrive bientôt à Nanmin no Shima. »

« D'accord. »

Elle se dirigea vers la porte.

« Sohalia. »

Elle se retourna.

« N'oublie pas. Tu n'es pas seule. »

Ses yeux se voilèrent légèrement.

« Je sais. »


L'après-midi touchait à sa fin.

Sohalia sortit de la cabine de Barbe Blanche et inspira une grande goulée d'air frais.

Jef. Toujours Jef.

Elle avait besoin de se vider la tête. Elle marcha sur le pont, sans direction précise. Et, comme toujours, Marco la trouva.

« Ça va, yoi ? »

Elle se tourna vers lui et sourit.

« Oui. Juste... beaucoup d'informations. »

« Viens. »

Il lui tendit la main. Naturellement, elle la prit. Leurs doigts s'entrelacèrent. Ils marchèrent ensemble, en silence, profitant simplement de la présence de l'autre. C'était confortable. Facile.

Comme toujours avec lui.

Soudain, ils passèrent devant un groupe de pirates de la division 3. Ces derniers les regardèrent passer et échangèrent des sourires complices.

« Regardez-les... »

« Ils font vraiment un beau couple. »

« Ouais. Marco a enfin bougé. »

Sohalia entendit et se figea.

Couple ?

Elle regarda sa main dans celle de Marco. Leurs doigts entrelacés. La proximité naturelle. La façon dont ils étaient toujours ensemble.

Oh non.

Elle repensa aux derniers jours. Dormir ensemble dans la même chambre. Le réveil tendre. Main dans la main constamment. Les regards intenses de Marco. La jalousie quand elle parlait d'Akihide.

Oh putain.

Tout prenait un sens différent maintenant.

« Lia ? Ça va, yoi ? »

La voix de Marco la ramena au présent. Elle leva les yeux vers lui. Il la regardait, inquiet. Et dans ce regard, elle vit quelque chose qu'elle n'avait jamais vraiment remarqué avant.

De la tendresse. Du désir. De l'amour.

Son cœur fit un bond dans sa poitrine.

Non non non non.

« Je... »

« Hé ! Sohalia ! »

Dom apparut, sourire aux lèvres.

« Alors, toujours pas de nouvelle saveur à tester ? »

Il rit. Marco se raidit immédiatement à côté d'elle et rapprocha Sohalia légèrement de lui.

Geste possessif. Protecteur.

« Dom, dégage, yoi. »

Le ton était dur. Menaçant presque. Dom leva les mains en signe de paix.

« Calme, Phénix. Je plaisantais. »

Il s'éloigna en riant. Sohalia remarqua. La façon dont Marco la tenait. Plus proche. Plus serrée.

Possessif.

Elle retira brusquement sa main. Marco la regarda, confus.

« Lia ? »

« Je... j'ai chaud. »

Excuse minable. Il fronça les sourcils.

« Tu es sûre que ça va, yoi ? »

« Oui ! Oui. Je... je vais voir Ace. »

Et sans lui laisser le temps de répondre, elle partit. Presque en courant. Marco resta planté, complètement perdu.

« Qu'est-ce que j'ai fait, yoi ? »


Sohalia chercha Ace partout et le trouva finalement avec Izo et Haruta, assis près de la proue, discutant tranquillement.

« Lia ! Viens t'asseoir ! » l'appela Ace.

Elle s'assit à côté de lui, essoufflée.

« Ça va ? » demanda Haruta, inquiet.

« Oui. Oui. »

Elle resta silencieuse un moment. Pensive. La conversation dériva. Izo racontait une anecdote. Ace riait. Haruta souriait. Mais Sohalia n'écoutait pas vraiment. Son esprit tournait en boucle.

Couple. Ils font vraiment un beau couple.

Marco se raidit. Possessif.

Les regards. La tendresse.

Puis, soudain, sans réfléchir, elle demanda :

« Izo... Est-ce que Marco... me voit vraiment comme sa sœur ? »

SILENCE TOTAL.

Les trois hommes se figèrent et se tournèrent vers elle. Ils la regardèrent comme si elle venait de dire quelque chose d'absurde, puis échangèrent des regards. Ace toussa. Haruta s'intéressa soudainement à ses ongles. Izo soupira longuement.

« Tu veux la vérité ? »

Sohalia déglutit.

« Oui. »

Izo la regarda droit dans les yeux.

« Non. Il ne te voit pas comme sa sœur. »

Sohalia se figea. Son cœur s'arrêta.

« Il te voit comme une femme. »

Pause.

« Une femme qu'il désire. »

« Avec qui il pourrait... tu sais. S'envoyer en l'air. Et plus si affinités. »

« IZO ! » s'exclama Haruta. « Un peu de tact ! »

Trop tard.

La bombe était lâchée.

Sohalia resta bouche ouverte. Yeux écarquillés. Son cerveau venait de planter complètement.

« Q-quoi ? »

Haruta se rapprocha.

« Respire, Lia-chan. »

Elle avait oublié comment.

Ace la regarda, inquiet.

« Hé, ça va ? »

Elle ne répondit pas, parce que soudain, TOUT s'éclairait.

Les regards intenses de Marco. La jalousie quand elle parlait d'Akihide. La tendresse constante. Main dans la main. Dormir ensemble. La façon dont il la touchait. La regardait.

OH PUTAIN.

Elle se leva brusquement. Sa chaise tomba avec un bruit sourd.

« Je... il faut que... j'ai besoin... »

Elle hyperventilait.

« Lia, calme-toi, » tenta Haruta.

Mais elle ne l'écoutait plus. Elle partit en courant, laissant trois hommes complètement désemparés.

Ace se tourna vers Izo.

« Elle va bien ? »

Izo soupira.

« Elle vient de réaliser. »

Haruta secoua la tête.

« Pauvre Marco. »


Sohalia passa le reste de l'après-midi à éviter Marco.

Activement.

Dès qu'elle le voyait, elle changeait de direction.

Il entrait dans une pièce ? Elle sortait.

Il l'appelait ? Elle faisait semblant de ne pas entendre.

Elle se réfugia auprès de sa division.

« Chef ! » s'exclama Yori en la voyant arriver. « On ne vous attendait pas. »

« J'ai... besoin de travailler. »

« Travailler ? »

« Oui. Il y a des cordages à vérifier ? Le pont à nettoyer ? N'importe quoi ? »

Yori et Aki échangèrent un regard.

« Euh... oui. Toujours. »

« Parfait ! »

Elle se jeta dans le travail avec une énergie frénétique. Vérification des cordages. Nettoyage du pont. Organisation des cales. Tout. N'importe quoi pour ne pas penser. Pour ne pas penser à Marco. À ce qu'Izo avait dit.

Il te voit comme une femme qu'il désire.

Son cœur battait trop vite. Ses mains tremblaient légèrement.

« Chef... vous allez bien ? » demanda Aki, inquiet.

« Très bien ! Continuez ! »

Elle n'allait pas bien.


Marco, de son côté, était complètement perdu. Il ne comprenait rien.

Ce matin, tout allait bien. Ils étaient proches. Complices. Main dans la main.

Et maintenant... elle le fuyait.

Qu'est-ce que j'ai fait, yoi ?

Il essaya de l'approcher sur le pont.

« Lia, on peut parler, yoi ? »

Elle leva les yeux. Le vit.

Panique dans son regard.

« Désolée ! Occupée ! »

Elle se réfugia dans les cordages. Il soupira, frustré.

Qu'est-ce qu'il se passe ?


Le soir arriva.

La salle à manger se remplit de pirates affamés. Sohalia arriva tard exprès et scanna la salle rapidement. Elle repéra Marco assis avec les commandants et changea immédiatement de direction. Elle alla s'asseoir loin. Très loin. Avec les membres de sa division. Dos tourné à Marco. Elle mangea rapidement, sans vraiment goûter. Elle discuta avec Yori, Aki, Kenta. Elle rit à leurs blagues. Mais ne regarda JAMAIS vers Marco. Elle évita son regard soigneusement.


Marco, de loin, l'observait. Il la voyait rire avec ses hommes, manger et parler. Mais elle ne le regardait jamais. Comme s'il n'existait pas. Comme s'il était invisible. Une douleur sourde s'installa dans sa poitrine.

Qu'est-ce que j'ai fait pour qu'elle me haïsse ainsi ?

Izo et Haruta vinrent s'asseoir à côté de lui.

« Elle va finir par te parler, » dit doucement Haruta.

« Quand, yoi ? »

« Quand elle sera prête. »

Marco serra sa chope.

« Qu'est-ce que vous lui avez dit, yoi ? »

Il regarda Izo avec reproche. Le travesti soupira.

« Elle a DEMANDÉ la vérité. J'ai été honnête. Tu aurais préféré que je mente ? »

Marco baissa les yeux.

« Non. Mais... »

« Elle aurait fini par savoir de toute façon. »

Haruta posa une main apaisante sur l'épaule de Marco.

« Laisse-lui du temps. »

« Du temps, yoi. Toujours du temps. »

Il but une longue gorgée.

Combien de temps encore ?


Sohalia finit son repas rapidement et se leva. Marco aussi, instinctivement.

« Lia, attends— »

« Bonne nuit ! »

Elle fila vers sa chambre, presque en courant.

La porte claqua derrière elle. Marco resta planté au milieu de la salle. Poing serré. Mâchoire serrée.

Merde.


Dans sa chambre, Sohalia s'assit sur son lit, tête entre les mains.

Qu'est-ce que je fais ?

Elle repensait à tout.

Marco. Ses regards. Sa tendresse.

Il me voit comme une femme.

Une femme qu'il désire.

Son cœur battait trop vite. Ses joues étaient chaudes.

Qu'est-ce que je ressens, moi ?

Elle ne savait pas. Elle ne savait plus.

Pendant des mois, il avait été son frère. Son protecteur. Sa sécurité.

Et maintenant...

Maintenant quoi ?

On frappa à la porte.

Elle sursauta.

« Qui est-ce ? »

« Haruta et Izo. »

Soulagement. Pas Marco.

« Entrez. »

Ils entrèrent, expressions compatissantes et s'assirent avec elle sur le lit.

« Tu veux en parler ? » demanda doucement Haruta.

Sohalia secoua la tête.

« Je ne sais pas quoi penser. »

« Pendant des mois, c'était mon frère. Mon grand frère. Celui qui me protège. Et maintenant... »

Des larmes montèrent.

« Et maintenant je ne sais plus ce qu'il est pour moi. »

Haruta la prit dans ses bras.

« Tu as le droit de ne pas savoir. »

« De prendre ton temps. »

Izo ajouta doucement :

« Mais tu ne peux pas le fuir éternellement. »

Sohalia soupira contre l'épaule d'Haruta.

« Je sais. »


Le lendemain fut identique.

Sohalia évita Marco et se jeta dans le travail et elle épuisa sa division avec son énergie frénétique.

Aki, à bout, osa demander :

« Chef... une pause ? S'il vous plaît ? »

« Non ! Continuez ! »

Yori soupira.

« Elle fuit quelque chose. »

« Ou quelqu'un, » marmonna Kenta en regardant Marco de loin.

Le phénix observait Sohalia, frustration évidente sur son visage.


La journée passa ainsi.

Sohalia fuyant.

Marco frustré.

Les commandants observant.

Barbe Blanche regardant tout ça avec un léger sourire.

Jeunesse...

Il n'interviendrait pas. Ce n'était pas ses affaires.

Ils devaient régler ça entre eux.


La nuit était tombée depuis longtemps. Sohalia avait passé la soirée à traîner partout sur le navire. Dans les cales. Sur le pont arrière. Près des cuisines. N'importe où sauf dans sa chambre. Parce qu'elle savait. Elle savait que tôt ou tard, Marco viendrait et elle ne se sentait pas prête.

Mais elle ne pouvait pas rester dehors éternellement.

Tard. Très tard, elle finit par rentrer.

Le Moby Dick était calme. Silencieux.

Seuls quelques pirates de garde étaient encore debout.

Sohalia traversa le pont discrètement et se dirigea vers sa chambre.

Encore quelques mètres...

Elle arriva devant sa porte et posa la main sur la poignée.

La porte s'ouvrit d'elle-même.

Avant qu'elle ne comprenne ce qui se passait, une main puissante attrapa son bras et l'entraîna de force dans la chambre.

La porte claqua derrière elle. Sohalia se retrouva dos plaqué contre le mur. Un corps lourd contre elle. Une cage. La lumière s'alluma.

Marco.

Il était là. Devant elle. Bras de chaque côté de sa tête. Visage proche. Trop proche. Yeux bleus intenses fixés sur elle.

« Fini de fuir, Sohalia Shizen. »

Sa voix était grave. Déterminée.

Sohalia sentit son cœur exploser dans sa poitrine.

« M-Marco... Laisse-moi passer. »

« Non, yoi. On va parler. Maintenant. »

Elle essaya de se dégager.

Il ne bougea pas d'un millimètre.

« Marco, s'il te plaît... »

« Qu'est-ce que j'ai fait, yoi ? »

Sa voix se brisa légèrement.

« Pourquoi tu me fuis ? »

Elle détourna le regard.

« Je ne te fuis pas. »

« Menteuse. »

Il posa un doigt sous son menton et la força à le regarder.

« Hier tout allait bien. On était proches. Et maintenant tu ne me regardes même plus. Qu'est-ce qui a changé, yoi ? »

Elle rougit violemment.

« Rien. »

« Izo t'a dit, n'est-ce pas ? »

Elle se figea.

Confirmation suffisante.

Marco soupira.

« Je voulais te le dire moi-même. À mon rythme. Mais maintenant tu sais. »

Il la regarda intensément.

« Alors réponds-moi, yoi. »

«Est-ce que je te dégoûte ? »

« Quoi ?! Non ! »

« Alors pourquoi tu me fuis ? »

Elle chercha ses mots.

« Je... je ne sais pas comment... réagir. Pendant des mois, tu étais mon frère. Mon grand frère. Celui qui me protège. Et maintenant... »

Sa respiration s'accéléra.

« Maintenant je sais que tu me vois autrement. Et je ne sais pas quoi faire de cette information. »

Marco la regarda longuement. Ses yeux dérivèrent sur son visage. Ses lèvres légèrement entrouvertes. Ses joues rouges. Ses yeux brillants.

Elle est si belle.

Il se pencha légèrement. Sohalia retint son souffle.

Il va... ?

Mais au dernier moment, Marco se recula, passa une main dans ses cheveux, frustré.

« Tu n'as rien à faire, yoi. Juste... ne me fuis pas. Je ne te forcerai jamais. Jamais. Mais ne m'évite pas. »

Sa voix se fit suppliante.

« S'il te plaît. »

Sohalia le regarda vraiment et vit la vulnérabilité dans ses yeux. La douleur.

Il souffre.

Elle hocha la tête lentement.

« D'accord. Mais... j'ai besoin de temps. Pour... réfléchir. »

« Tout le temps que tu veux, yoi. Du moment que tu restes. »

Il se recula légèrement, mais pas complètement. Il regarda ses lèvres encore une fois. L'envie visible sur son visage.

Sohalia retint son souffle.

Va-t-il... ?

La tension était électrique.

Puis, avec un effort surhumain, Marco se recula complètement, s'éloigna d'elle et passa une main dans ses cheveux.

« Bonne nuit, Lia, yoi. »

Il se dirigea vers la porte et 'arrêta, la main sur la poignée. Il se retourna.

« Pour info. »

Leurs regards se croisèrent.

« J'attendrai le temps qu'il faudra. Mais je ne renoncerai pas. »

Il sortit.

La porte se ferma doucement derrière lui.


Sohalia resta adossée au mur. Jambes tremblantes. Cœur fou. Elle toucha ses lèvres du bout des doigts.

Il a failli m'embrasser.

Et je n'ai pas reculé.

Elle se laissa glisser le long du mur jusqu'à s'asseoir par terre. Ses mains tremblaient. Son cœur battait trop vite. Sa tête tournait.

Marco. Mon frère. Non, plus mon frère.

Un homme. Un homme qui me désire. Un homme qui a déclaré qu'il attendrait mais ne renoncerait pas.

Et le pire ?

Le pire, c'est qu'une partie de moi — une partie que je ne veux pas examiner de trop près — a été déçue qu'il ne m'embrasse pas.

Elle porta ses mains à son visage.

« Merde. Merde, merde, merde. »

Qu'est-ce que je vais faire maintenant ?

Comment je suis censée agir normalement avec lui en sachant ça ?

En sachant qu'il me regarde comme une femme. Pas comme une sœur. Comme une femme qu'il veut.

Et pire encore...

Elle ferma les yeux.

En sachant qu'une partie de moi commence à le regarder de la même façon.

Non.

Elle secoua la tête violemment.

C'est Marco. MARCO. Mon frère. Mon protecteur. Mon...

Mon quoi, exactement ?

Elle ne savait plus et c'était ça, le plus terrifiant. Elle resta assise là, dans le noir, longtemps.

Essayant de comprendre.

Essayant de démêler ses sentiments.

Mais plus elle y pensait, plus tout devenait confus.

Marco.

Son visage apparut dans son esprit.

Ses yeux bleus. Son sourire tendre. La façon dont il disait son nom.

« Lia. »

Son cœur fit quelque chose d'étrange.

Oh non.

Non non non non.

Mais elle ne pouvait pas se mentir.

Quelque chose avait changé. Quelque chose qu'elle ne pouvait pas ignorer. Quelque chose qui la terrifiait.

Parce que Marco n'était plus juste son frère.

Et elle ne savait pas ce qu'il était devenu.

Mais elle savait une chose.

Une seule chose avec certitude.

Tout a changé.

Et rien ne sera plus jamais pareil.

Et c'était ça, le plus terrifiant.


REECRIT : 10/01/2026

Laisser un commentaire ?