The New Era

Chapitre 27 : Chapitre 27 : Histoires Brisées

7525 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 11/01/2026 17:41

Note de l'auteur :

Je vous invite le "HS-6 : Catastrophe en Série" avant de commencer ce chapitre.


Le sommeil n'était pas venu.

Sohalia fixait le plafond de sa cabine depuis des heures, incapable de fermer les yeux plus de quelques minutes d'affilée. Chaque fois qu'elle essayait, elle revoyait la scène. Le mur froid contre son dos. Le corps de Marco contre le sien. Ses yeux bleus plongeant dans les siens avec une intensité qui lui coupait le souffle. Ses lèvres si proches, si dangereusement proches...

Elle se retourna dans son lit pour la énième fois, serrant l'oreiller contre elle.

"J'attendrai, mais je ne renoncerai pas."

Les mots résonnaient encore dans sa tête, refusant de s'effacer. Pourquoi avait-elle fui ? Pourquoi avait-elle toujours cette fichue habitude de fuir dès que les choses devenaient trop intenses, trop réelles ?

Parce que tu as peur, souffla une petite voix dans sa tête. Peur de ce que tu ressens. Peur de ce que ça pourrait signifier.

Sohalia ferma les yeux avec force, tentant de chasser ces pensées. Elle avait promis. Promis à Marco qu'elle ne fuirait plus. Qu'elle affronterait ce qui se passait entre eux au lieu de se cacher.

Un coup discret à la porte la fit sursauter.

« Lia ? » La voix de Marco filtrait à travers le bois. « Petit déjeuner, yoi ? »

Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Une partie d'elle voulait prétendre qu'elle dormait encore, rester cachée dans sa chambre jusqu'à ce qu'il parte. Mais elle s'était promis. Plus de fuite.

Elle se redressa, passa une main dans ses cheveux emmêlés et prit une profonde inspiration.

« J'arrive. »

Sa propre voix lui sembla étrange, un peu trop aiguë, un peu trop tendue. Elle enfila rapidement des vêtements propres, s'aspergea le visage d'eau froide pour chasser les traces de sa nuit blanche, et ouvrit la porte.

Marco se tenait là, dans la lumière dorée du matin, ses cheveux blonds mi-longs légèrement décoiffés par le vent. Il portait sa chemise violette habituelle, ouverte comme toujours sur son torse, et son expression était... douce. Patiente.

« Bien dormi, yoi ? »

Le mensonge monta automatiquement à ses lèvres, mais elle se ravisa. Pas de fuite. Pas de mensonges.

« Pas vraiment. »

Un léger sourire étira les lèvres de Marco. Pas moqueur, juste... compréhensif.

« Moi non plus, yoi. » Il lui tendit la main. « Viens. Le pont est tranquille à cette heure. »

Sohalia hésita une fraction de seconde avant de glisser sa main dans la sienne. Chaude. Forte. Rassurante. Exactement comme dans son souvenir.

Ils marchèrent en silence à travers les couloirs encore endormis du Moby Dick. Quelques pirates de garde les saluèrent d'un hochement de tête, mais la plupart de l'équipage dormait encore, profitant de ces dernières heures de calme avant l'agitation quotidienne.

Le pont était effectivement désert, baigné dans la lumière rose et or de l'aube. La mer s'étendait à perte de vue, calme et lisse comme un miroir, reflétant les couleurs pastel du ciel. Une légère brise marine apportait une fraîcheur bienvenue.

Marco la guida vers le bastingage où deux plateaux étaient déjà disposés. Toast, fruits frais, café fumant. Simple mais parfait.

« Tu as tout préparé ? » demanda Sohalia en s'asseyant sur le banc de bois.

« Mmh. » Marco s'installa à côté d'elle, pas trop près, juste assez pour que leurs épaules se frôlent. « J'avais besoin de m'occuper, yoi. »

Ils mangèrent en silence pendant quelques minutes. Pas un silence gêné, mais un silence confortable, ponctué par les cris des mouettes et le doux clapotis des vagues contre la coque.

« On arrive après-demain à Nanmin no Shima, yoi. »

Sohalia leva les yeux de son toast. « Encore deux jours ? »

« Mmh. L'île dont ta grand-mère a parlé. » Marco but une gorgée de café, le regard perdu sur l'horizon. « L'île de retraite. Les anciens pirates de Père. » Marco se tourna vers elle, et elle fut frappée par la douceur dans ses yeux. « Ceux qui sont trop vieux pour naviguer encore. Ou trop blessés. Mais ils restent de la famille, yoi. Père ne les abandonne jamais. »

Quelque chose se serra dans la poitrine de Sohalia. Barbe Blanche prenait soin de ses fils, même quand ils ne pouvaient plus se battre pour lui. Même quand ils devenaient un poids.

« C'est bien, » murmura-t-elle.

« C'est Père, yoi. »

Un nouveau silence, puis Sohalia demanda : « Il y aura qui là-bas ? »

Marco réfléchit quelques instants, mâchonnant un morceau de fruit. « Plusieurs anciens. Takeshi, l'ancien navigateur. Hideo, qui était cuisinier avant Thatch... »

Il s'arrêta, hésita imperceptiblement.

« Et puis... Itsuki. »

« Itsuki ? » Sohalia sourit. « J'ai hâte de le voir. »

Marco termina son café.

Quelque chose dans le ton de Marco, une certaine tension qu'il essayait de dissimuler, attira l'attention de Sohalia. Mais avant qu'elle puisse poser d'autres questions, elle se concentra sur l'essentiel.

« Ils sont toujours ensemble ? Avec Lady ? »

« Demande à Izo, yoi. » Marco se leva, tendant la main pour l'aider à se relever. « Il connaît mieux l'histoire. »

Sohalia attrapa sa main et se laissa tirer sur ses pieds. Leurs corps se retrouvèrent proches, trop proches, et elle sentit son cœur s'accélérer.

Marco ne recula pas. Il la regardait simplement, avec cette intensité qui la faisait fondre.

« J'ai hâte de les revoir après-demain, » dit-elle doucement, brisant le silence qui menaçait de devenir trop lourd.

« Mmh. » Marco leva sa main libre et, très délicatement, déposa un baiser rapide sur sa tempe. « À tout à l'heure, yoi. »

Puis il s'éloigna, ses mains dans ses poches, laissant Sohalia plantée là, une main sur sa tempe, le visage en feu.

Sohalia mit plus de temps qu'elle ne voulait l'admettre à se remettre de ce simple baiser. Un baiser chaste, innocent même, juste sur sa tempe. Rien de comparable à ce qui s'était presque passé hier contre ce mur.

Et pourtant, son cœur battait encore la chamade.

Concentre-toi, se morigéna-t-elle en parcourant le navire à la recherche d'Izo. Lady et Itsuki. Tu veux savoir comment ils vont.

Elle le trouva sur le pont principal, en compagnie d'Haruta. Les deux commandants nettoyaient leurs armes, profitant de la matinée calme.

« Izo ! » appela-t-elle en s'approchant.

Le tireur d'élite leva les yeux, et un sourire accueillant étira ses lèvres peintes. « Lia-chan ! Bien dormi ? »

« Pas vraiment. » Elle s'assit en tailleur face à eux, les mains sur les genoux. « Marco m'a dit que tu avais des nouvelles de Lady et Itsuki. J'aimerais les entendre ! »

Le sourire d'Izo vacilla. Haruta s'arrêta net dans son nettoyage, échangeant un regard avec le tireur d'élite. Un regard grave, lourd de quelque chose que Sohalia ne comprenait pas.

« Lia-chan... » commença Izo lentement. « Assieds-toi. »

« Je suis assise. »

« Non, je veux dire... » Il posa son pistolet avec soin. « Assieds-toi confortablement. Il faut que je te dise quelque chose. »

Le ton. Ce ton sérieux, presque solennel, que Sohalia n'avait entendu qu'une poignée de fois. Quand ils avaient dû lui dire pour Thatch.

Son cœur se serra.

« Quoi ? » Sa voix était plus faible qu'elle ne l'aurait voulu. « Il y a un problème ? »

Haruta se rapprocha, venant s'asseoir à côté d'Izo. Les deux commandants la regardaient avec une expression qu'elle reconnaissait. Pitié. Tristesse. Compassion.

« Lia-chan, » reprit Izo en inspirant profondément. « Il faut que je te dise quelque chose à propos de Lady. »

Izo inspira profondément. Haruta posa une main réconfortante sur son épaule, un geste de soutien silencieux.

« Il y a six ans... » commença le tireur d'élite, sa voix inhabituellement grave. « On a eu une bataille terrible. Des rookies nous ont attaqués. »

Sohalia fronça les sourcils. Une bataille. Ce n'était pas rare. Pourquoi Izo avait-il l'air si...

« L'un d'eux était très puissant, » continua Izo en fixant ses mains. « On a gagné, évidemment. Père ne laisse personne s'en prendre à sa famille impunément. »

Il marqua une pause. Trop longue. Trop lourde.

« Mais... »

Sohalia sentit sa gorge se serrer. Elle connaissait ce « mais ». Ce « mais » qui précédait toujours les mauvaises nouvelles.

« Lady était sur le pont. » La voix d'Izo se fêla légèrement. « Elle soignait les blessés, comme toujours. Elle ne se battait jamais en première ligne, tu sais. Elle était là pour sauver des vies, pas pour en prendre. »

Haruta prit le relais, sa voix douce mais ferme : « Un ennemi a surgi de nulle part. Il s'était caché, attendant le bon moment. Personne ne l'a vu venir. Personne n'a pu... »

Le silence tomba comme une chape de plomb.

« Il a tiré. »

Deux mots. Juste deux mots, mais ils résonnèrent dans la tête de Sohalia comme un coup de tonnerre.

« Une balle dans le cœur, » souffla Izo, et sa voix était maintenant à peine audible. « Elle... elle s'est effondrée. »

Non.

« Itsuki est arrivé en courant. Il a tout vu. Mais c'était trop tard. »

Non, non, non.

« Elle est morte dans ses bras. » Izo releva enfin les yeux vers Sohalia, et elle vit les larmes qui brillaient dans ses yeux sombres. « En quelques secondes. »

Le monde sembla basculer sous les pieds de Sohalia. Lady. Lady qui l'avait prise dans ses bras quand elle avait fait ses premiers cauchemars sur le Moby Dick. Lady qui lui avait expliqué ce qui se passait quand elle avait eu ses règles pour la première fois, avec douceur et patience. Lady qui riait quand Itsuki faisait des blagues stupides. Lady qui...

« Quoi ? »

Sa propre voix lui sembla venir de très loin, comme si quelqu'un d'autre parlait à travers elle.

« Lady est... » Elle ne pouvait pas dire le mot. Refusait de le dire. Dire le mot, c'était le rendre réel. « Lady est morte ? »

Izo hocha la tête, lentement, et une larme roula sur sa joue peinte. « Il y a six ans. »

Six ans...

Quand elle était revenue, elle s'était dit qu'ils avaient réalisé leur rêve. Elle avait passé tout ce temps en pensant qu'elle vivait tranquillement avec Itsuki. Loin du Moby Dick. Une vie calme.

Sohalia resta figée, pâle comme la mort. Ses mains tremblaient. Tout son corps tremblait.

« Itsuki... » Le nom sortit de ses lèvres dans un souffle.

Haruta reprit, sa voix empreinte d'une douleur profonde : « Itsuki était... complètement détruit. Anéanti. Il n'a pas quitté son corps pendant des heures. On a dû le forcer à la lâcher pour l'enterrement. »

L'image s'imposa dans l'esprit de Sohalia. Itsuki, toujours si jovial, si taquin, tenant le corps sans vie de la femme qu'il aimait. Refusant de la laisser partir.

« Après l'enterrement, » continua Izo en essuyant discrètement ses yeux, « il a essayé de continuer. Il a repris son travail quelques mois. Mais... c'était insupportable pour lui. Tout sur ce navire lui rappelait Lady. L'infirmerie où ils travaillaient ensemble. Leur cabine. Le pont où elle est morte. »

« Il survivait à peine, » ajouta Haruta doucement. « On le voyait se consumer de l'intérieur. Alors il est allé voir Père. »

« Il a demandé la permission de prendre sa retraite, » dit Izo. « De quitter le Moby Dick. Et Père... Père a compris. Il a accepté immédiatement. Il ne voulait pas voir Itsuki souffrir davantage. »

Sohalia écoutait, mais c'était comme si les mots lui parvenaient à travers un épais brouillard. Lady était morte. Depuis six ans. Et elle ne l'avait pas su.

« Itsuki a dit qu'il voulait être en paix, » poursuivit Izo. « Avec ses souvenirs d'elle. Loin d'ici, où chaque coin ne lui rappelait pas ce qu'il avait perdu. Il est parti pour Nanmin no Shima. L'île où ils s'étaient rencontrés. Là où tout avait commencé. »

« Il vit là-bas depuis six ans, » conclut Haruta. « Seul. Il aide au village parfois, soigne les anciens pirates. Mais... il n'est plus le même. Une partie de lui est morte avec Lady. »

Le silence tomba. Un silence épais, suffocant, pesant.

Puis Sohalia se leva brusquement. La chaise tomba en arrière avec un fracas qui résonna sur le pont. Elle reculait instinctivement, secouant la tête comme si ce geste pouvait effacer ce qu'elle venait d'entendre.

Haruta se leva immédiatement. « Lia-chan... »

Il tendit une main vers Sohalia, mais la jeune femme la repoussa doucement, pas brutalement, juste... elle avait besoin d'espace. Besoin de respirer.

« Ne... laissez-moi juste... »

Mais elle resta. Malgré l'envie de courir qui brûlait dans ses jambes, malgré l'instinct qui lui criait de fuir, de se cacher dans sa chambre et de faire comme si rien de tout cela n'était réel.

Elle resta.

Parce qu'elle avait promis à Marco qu'elle ne fuirait plus.

Lentement, ses jambes tremblantes cédèrent. Elle se laissa tomber sur le banc, se prit la tête entre les mains, et les sanglots vinrent. Silencieux d'abord, puis de plus en plus forts, incontrôlables.

Izo et Haruta échangèrent un regard déchiré. Puis, doucement, ils vinrent s'asseoir de chaque côté d'elle. Izo posa une main sur son épaule gauche. Haruta sur la droite.

Ils ne dirent rien. Que dire ? Il n'y avait pas de mots pour atténuer cette douleur.

Ils restèrent juste là, présents, tandis que Sohalia pleurait la perte d'une femme qu'elle avait aimée comme une mère, dont elle n'avait même pas pu faire le deuil six ans plus tôt.

Sohalia finit par se calmer, mais c'était le genre de calme qui suit l'épuisement total. Ses larmes s'étaient taries, mais son visage était encore humide, ses yeux rouges et gonflés.

Elle respirait par à-coups, comme si l'air avait du mal à entrer dans ses poumons.

Izo et Haruta n'avaient pas bougé. Leurs mains toujours posées sur ses épaules, ancres silencieuses dans la tempête qui ravageait son cœur.

« Je... » Sa voix était rauque, cassée. « J'ai besoin d'être seule. »

Izo retira sa main doucement. « Tu sais où nous trouver, Lia-chan. »

« Quand tu veux, » ajouta Haruta avec douceur. « N'importe quand. »

Sohalia hocha la tête sans les regarder. Elle se leva lentement, ses jambes incertaines sous elle. Chaque mouvement lui demandait un effort considérable, comme si son corps avait été vidé de toute énergie.

Elle ne courut pas. Pas cette fois. Elle marcha, d'un pas lent et lourd, traversant le pont sous les regards inquiets de quelques pirates qui commençaient à émerger pour la journée.

Elle ne les vit pas. Ne vit rien d'autre que le chemin devant elle, menant à sa cabine.

Quand elle atteignit sa porte, elle l'ouvrit, entra, et s'adossa contre le bois avant de le fermer. Elle resta là un moment, le dos contre la porte, puis glissa lentement jusqu'au sol.

Assise là, les genoux remontés contre sa poitrine, elle fixa le vide.

Lady était morte.

Six ans.

Pendant six ans, elle avait cru que Lady vivait quelque part sur cette île de retraite, heureuse avec Itsuki. Pendant six ans, elle s'était dit qu'un jour, peut-être, elle irait les voir.

Thatch d'abord. Puis Lady.

Elle secoua la tête. Inutile de penser à ce qui aurait pu être. C'était arrivé. Lady était morte, et elle ne l'avait pas su.

Finalement, Sohalia se leva et alla s'asseoir sur son lit. Elle fixa le mur opposé, laissant les souvenirs remonter à la surface.

Lady qui riait. Elle avait un rire cristallin, léger, qui faisait sourire tout le monde autour d'elle. Sohalia se souvenait de ce rire, du bonheur qu'il apportait.

Lady qui soignait. Ses mains douces et expertes, toujours prêtes à panser une blessure, à apaiser une douleur. Elle avait soigné Sohalia tant de fois. Des écorchures, des bleus, des petites blessures d'entraînement.

Lady qui câlinait. Quand Sohalia avait peur, quand elle se sentait seule, Lady était là. Elle la prenait dans ses bras, la berçait, murmurait des mots doux.

Et Itsuki était toujours à ses côtés. Toujours. Ils formaient un couple si uni, si harmonieux. On ne pouvait pas imaginer l'un sans l'autre.

Les larmes revinrent. Silencieuses cette fois, coulant lentement sur ses joues. Puis les sanglots reprirent, plus violents encore qu'avant.

« Lady... »

Son nom sortit dans un murmure brisé. Sohalia attrapa son oreiller, le serra contre elle comme si c'était un bouée de sauvetage, et pleura. Pleura pour la femme qui avait été comme une mère pour elle. Pleura pour toutes les fois où elle avait pensé à Lady sans savoir qu'elle n'était plus là. Pleura pour Itsuki, seul sur cette île, vivant avec le poids de sa perte.

Un souvenir particulier s'imposa à elle. Elle devait avoir douze ans. Elle s'était réveillée en pleine nuit, paniquée, le drap tâché de sang. Elle avait cru qu'elle allait mourir.

C'était Lady qui était venue. Lady qui avait tout expliqué avec patience et douceur.

"C'est normal, Lia-chan. Tu n'es pas malade. Tu deviens une femme."

Ces mots, prononcés avec tant de tendresse. Lady avait tout préparé, lui avait montré comment faire, l'avait rassurée. Et Itsuki était dehors, faisant semblant de ne pas entendre, mais elle l'avait entendu ricaner quand Lady lui avait crié de ne pas être aussi immature. Puis Lady avait ri aussi. Et Sohalia avec elle, malgré sa gêne.

Un autre souvenir. Un cauchemar, quand elle était plus petite. Elle ne se souvenait plus de quoi il s'agissait, mais elle se souvenait de la peur. De s'être réveillée en hurlant. Lady était arrivée en premier, la prenant immédiatement dans ses bras.

« Chut, ma douce. Ce n'était qu'un rêve. Je suis là. »

Elle l'avait bercée, chantant doucement une mélodie apaisante. Puis Itsuki était arrivé avec un chocolat chaud, s'asseyant de l'autre côté du lit. Ils étaient restés tous les trois jusqu'à ce qu'elle se rendorme. Sohalia se souvenait de cette sensation de sécurité absolue. D'amour inconditionnel.

Les sanglots redoublèrent.

Six ans. Lady était morte depuis six ans. Et dans quelques jours, elle verrait Itsuki. Itsuki qui avait perdu la femme de sa vie. Itsuki qui vivait seul avec ses souvenirs.

Comment allait-elle lui faire face ? Que pourrait-elle bien lui dire ?

"Je suis désolée de ne pas avoir été là. Désolée de ne même pas avoir su."

Les mots sonnaient creux, même dans sa tête.

Elle se laissa tomber sur le côté, l'oreiller toujours serré contre elle, et continua de pleurer. Pour Lady. Pour Itsuki. Pour tous ces moments perdus, tous ces au revoir qu'elle n'avait jamais pu dire.

Le temps passa. Elle ne savait pas combien. Une heure ? Deux ? Le soleil se déplaçait lentement à travers le hublot de sa cabine, projetant des ombres changeantes sur les murs.

Finalement, épuisée, vidée de toutes ses larmes, Sohalia resta simplement allongée là, fixant le plafond.

Lady était morte.

Cette réalité était maintenant ancrée en elle, irréversible. Elle ne pourrait jamais la revoir. Jamais lui parler à nouveau. Jamais la remercier pour tout ce qu'elle avait elle pouvait... elle pouvait voir Itsuki. Lui dire à quel point Lady avait compté pour elle. À quel point elle l'avait aimée.

C'était quelque chose. Quelque chose de petit, peut-être insuffisant, mais quelque chose quand même.

Un coup discret retentit à sa porte.

Sohalia ne répondit pas immédiatement. Elle n'avait pas la force. Mais le coup se répéta, patient.

Puis une voix familière, douce : « Lia ? »

Marco.

Avant que Sohalia ne puisse répondre, un autre son résonna dans sa cabine. La sonnerie caractéristique de son den-den mushi.

Elle entendit Marco hésiter de l'autre côté de la porte, puis ses pas s'éloigner. Il la laissait répondre en paix.

Sohalia se redressa péniblement et attrapa le den-den mushi sur sa table de chevet. Ses yeux étaient tellement gonflés qu'elle avait du mal à les garder ouverts.

« Allô ? »

Sa voix était cassée, à peine reconnaissable.

« Sohalia-nee-sama ?! » La voix de Maiya explosa dans l'escargophone, paniquée. « Ça va ?! Tu pleures ?! »

Sohalia renifla, essayant de se ressaisir. « Je... je viens d'apprendre... »

Elle ne put finir sa phrase. Un nouveau sanglot monta dans sa gorge.

« Lady est morte, » parvint-elle finalement à articuler. « Il y a six ans. Je ne le savais pas. »

Un silence. Puis :

« Oh, nee-sama... » La voix de Maiya était empreinte d'une douleur sincère. « Je suis tellement désolée. Je... tu veux qu'on parle plus tard ? »

Sohalia secoua la tête, même si Maiya ne pouvait pas la voir. « Non. Non, parle-moi. Dis-moi ce que tu as trouvé. J'ai besoin de... de penser à autre chose. S'il te plaît. »

Elle entendit Maiya hésiter, puis soupirer doucement. « D'accord. Si tu es sûre. »

« Je suis sûre. »

« Très bien. » Un bruissement de papier. « J'ai trouvé beaucoup d'informations sur les Sphères, nee-sama. Des informations... importantes. »

Sohalia s'essuya le visage du revers de la main, essayant de se concentrer. Les Sphères. Jef. La mission. La raison pour laquelle elle était sur ce navire.

« Je t'écoute. »

Maiya prit une profonde inspiration.

« La Sphère du Temps contient l'âme et le pouvoir de l'ancêtre de la Lignée des Kami. La Sphère Éternelle contient l'âme et le pouvoir de l'ancêtre de la Lignée des Yami. »

La tête de Sohalia tournait. « Mais... pourquoi des objets ? Pourquoi ne pas se lier à des humains ? »

« C'est impossible, » répondit Maiya immédiatement. « J'ai trouvé des textes qui l'expliquent. Si une âme ancienne essayait de se lier à un humain vivant, les deux âmes se battraient pour le contrôle du corps. Et même si l'une gagnait, elle serait considérablement affaiblie. Un objet inanimé ne résiste pas. Il n'a pas d'âme propre, donc pas de conflit. »

Cela avait du sens, d'une certaine manière tordue.

« Donc Jef... Jef a la Sphère du Temps, » dit Sohalia lentement.

« Oui. »

« Et il essaie de reconstruire la Sphère Éternelle ? Celle des Yami ? »

« Oui. »

Sohalia frissonna. Jef était déjà assez dangereux avec la Sphère du Temps. L'idée qu'il puisse y avoir quelqu'un d'autre, tout aussi puissant, avec la Sphère Éternelle...

« Tu as trouvé d'où vient sa Sphère ? »

« Non. » Maiya sembla frustrée. « Aucune trace dans les archives du Royaume. La Sphère du Temps a disparu il y a très longtemps. Des siècles, peut-être. Qui a pu la donner à Jef... »

« Les Tenryūbito ? »

« Peut-être. Ils collectionnent des objets anciens et puissants. Ou... » Maiya hésita. « Quelque chose d'autre. Quelqu'un d'autre. Je ne sais pas encore. »

Le mystère restait entier. Mais au moins, elles savaient maintenant ce qu'elles cherchaient. Et ce contre quoi elles se battaient.

« Maiya, » dit Sohalia après un moment de silence. « Tu es... tu es disponible pour parler d'autre chose ? »

La voix de sa sœur s'adoucit immédiatement. « Toujours, nee-sama. »

« Parle-moi de ta rencontre. »

Un gloussement embarrassé. Sohalia sourit malgré elle. C'était bon d'entendre Maiya heureuse.

« Kino est... » Maiya cherchait ses mots. « Il est gentil, nee-sama. Vraiment gentil. Il m'écoute, il me fait rire. Il prend soin de moi sans être étouffant. »

« Il te traite bien ? »

« Oui ! Très bien. Il m'a emmenée voir les cerisiers en fleurs la semaine dernière. On a passé toute la journée ensemble, juste à parler. C'était... magique. »

Sohalia sentit son cœur se réchauffer. Maiya méritait d'être heureuse. Après tout ce qu'elle avait traversé, après toutes les responsabilités qui pesaient sur ses jeunes épaules.

« Je suis contente pour toi. »

« Merci, nee-sama. »

Puis la réalisation la frappa de plein fouet.

« Attends. Kino KASAI ? L'héritier de la Lignée des Kasai ?! »

Un silence gêné.

« Oui... »

« Emi va péter un câble ! »

Maiya paniqua. « Tu crois ?! Oh non, je n'avais pas pensé à... Maman déteste les Kasai ! Elle dit toujours qu'ils sont des traîtres, que... »

« Maiya. » Sohalia se gifla mentalement. « Respire. »

Silence.

« Est-ce qu'il est gentil avec toi ? »

« Oui. »

« Est-ce qu'il t'utilise ? »

« Non ! »

« Est-ce que tu te sens bien avec lui ? En sécurité ? Aimée ? »

« Oui. » La voix de Maiya était maintenant toute petite. « Oui, je me sens... heureuse. »

Sohalia ferma les yeux. « Alors je n'ai rien à dire. Emi va râler, c'est sûr. Elle va peut-être même essayer de t'interdire de le voir. Mais si tu es heureuse avec lui, si elle te voit vraiment heureuse... elle acceptera. »

« Tu crois ? »

« J'en suis sûre. » Sohalia sourit. « Emi est têtue et protectrice, mais elle t'aime. Elle veut ton bonheur avant tout. Et si Kino te rend heureuse, elle finira par l'accepter. Peut-être qu'elle va d'abord lui faire passer un interrogatoire, mais elle acceptera. »

Maiya rit, un rire léger et soulagé. « Merci, nee-sama. »

« Prends soin de toi, petite sœur. »

« Toi aussi. Et... je suis désolée pour Lady. »

Sohalia sentit sa gorge se serrer à nouveau. « Merci. »

Elle raccrocha et reposa le den-den mushi. Pendant quelques instants, elle resta assise là, fixant le petit escargot.

Deux Lignées. Deux Sphères. Une guerre ancestrale.

Et au milieu de tout ça, elle. Sohalia. Une femme de vingt-deux ans qui ne savait même pas ce qu'elle ressentait pour l'homme qui attendait sûrement toujours derrière sa porte.

Un nouveau coup, plus doux cette fois.

« Lia ? »

Marco.

Elle se leva lentement et alla ouvrir la porte.

Marco se tenait dans le couloir, les mains dans les poches, son expression habituelle de nonchalance remplacée par quelque chose de plus doux. D'inquiet.

Quand il vit le visage de Sohalia – yeux rouges, joues striées de larmes, lèvres tremblantes – son masque se fissura complètement.

« Izo m'a dit, yoi. »

Il n'attendit pas d'invitation. Il entra, referma la porte derrière lui, et en quelques pas, il était devant elle.

« Qu'il t'avait annoncé pour Lady. »

Sohalia hocha la tête, incapable de parler. Sa gorge était trop serrée, trop douloureuse. Marco tendit les bras, lentement, lui laissant le choix. Elle n'hésita qu'une seconde avant de se jeter contre lui, enfouissant son visage dans son torse. Il la serra immédiatement, une main dans ses cheveux, l'autre dans son dos. Fort. Protecteur.

« Je suis désolé, yoi. » Sa voix était basse, vibrante contre l'oreille de Sohalia. « On aurait dû te le dire avant. »

Les sanglots reprirent, mouillant la chemise de Marco. Il ne sembla pas s'en soucier. Il la tenait juste, la berçait doucement, murmurant des mots apaisants.

« Pourquoi vous ne m'avez rien dit ? » parvint-elle finalement à articuler entre deux hoquets.

Marco soupira. « Quand tu es revenu, tu venais d'apprendre pour Thatch. »

« Tu étais détruite, yoi. Complètement détruite. » Marco continua à caresser ses cheveux, le geste apaisant, automatique. « Père a décidé de ne pas t'en parler. Pour ne pas t'accabler davantage. Perdre Thatch puis Lady si rapproché... C'était trop. »

Sohalia comprenait. Une partie d'elle comprenait vraiment, mais ça faisait mal quand même.

« Elle me manque, » murmura-t-elle contre le torse de Marco.

« Je sais, yoi. » Il déposa un baiser dans ses cheveux. « Elle me manque aussi. »

« Elle était spéciale. »

« Oui. Forte, courageuse. » Marco la serra un peu plus fort. « Douce avec toi. Elle et Itsuki t'adoraient. Comme leur propre fille. »

Nouvelle vague de larmes. Sohalia pleurait plus fort, s'accrochant à Marco comme à une bouée de sauvetage. Il la laissa pleurer. Ne dit rien. Se contenta d'être là, solide, fiable, présent.

Après un long moment, quand les sanglots s'espacèrent à nouveau, Sohalia demanda d'une voix rauque :

« Itsuki... comment il va ? »

Marco soupira tristement. « Il survit, yoi. Mais c'est dur. Il l'aimait tellement. »

« Une partie de lui est morte avec elle. »

« Oui. » Marco acquiesça contre le sommet de sa tête. « Mais il continue. Pour honorer sa mémoire. »

Sohalia serra les poings dans la chemise de Marco. « Je le verrai après-demain. »

« Oui, yoi. »

« Je... je ne sais pas quoi lui dire. »

« Tu trouveras, yoi. » Marco se recula légèrement pour pouvoir la regarder. Ses yeux mi-clos étaient emplis de tendresse. « Il sera content de te voir. Tu lui as manqué. »

« Vraiment ? »

« Tu étais comme sa fille, yoi. Ta disparition... Ça a été difficile pour lui aussi. »

Elle posa sa tête contre le torse de Marco, épuisée. Vidée. Il continua à la tenir, patient, ses doigts traçant des cercles apaisants dans son dos.

« Reste, » murmura-t-elle sans réfléchir.

Marco se figea une seconde, puis se détendit. « D'accord, yoi. »

Il la guida vers le lit, s'assit contre la tête de lit, et l'attira contre lui. Sohalia se lova contre son côté, la tête sur son épaule. Ils restèrent comme ça, en silence. Marco caressait distraitement ses cheveux. Sohalia écoutait les battements réguliers de son cœur. Malgré la douleur, malgré les larmes, malgré tout... elle se sentait en sécurité.

« Marco ? »

« Mmh ? »

« Merci. Merci d'être là. »

Il déposa un baiser sur son front. « Toujours, yoi. »

Elle ferma les yeux, se laissant enfin aller à l'épuisement. Elle sentit Marco bouger légèrement, s'installant plus confortablement, mais il ne la lâcha pas. Et pour la première fois depuis qu'elle avait appris pour Lady, Sohalia réussit à respirer un peu plus facilement.


Sohalia se réveilla lentement. La lumière du jour filtrait à travers le hublot, plus douce qu'au matin. Combien de temps avait-elle dormi ? Elle était toujours contre Marco, sa tête sur son épaule, son bras en travers de son torse. Il ne dormait pas. Elle le sentait à sa respiration, régulière mais pas assez profonde. Il veillait sur elle.

« Marco ? » murmura-t-elle.

« Mmh. Tu as mieux dormi, yoi ? »

« Oui. » Elle se redressa légèrement, se frottant les yeux. Ils étaient encore un peu gonflés, mais la douleur dans sa poitrine s'était atténuée. Pas disparue, jamais disparue, mais... supportable.

Marco la laissa s'asseoir, mais garda une main sur la sienne. Un contact léger, presque hésitant.

« Quelle heure est-il ? »

« Début d'après-midi, yoi. »

Elle avait dormi plusieurs heures. Et Marco était resté tout ce temps.

« Tu aurais dû partir, » dit-elle doucement.

« Je t'avais dit que je resterais, yoi. » Il lui adressa un petit sourire en coin. « Et puis, c'était confortable. »

Malgré elle, Sohalia sourit. Un sourire faible, fragile, mais un sourire quand même.

Marco se leva, s'étira, puis lui tendit à nouveau la main. « Viens. Un peu d'air frais te fera du bien, yoi. »

Elle prit sa main et se laissa tirer hors du lit. Ils sortirent de la cabine, main dans la main, traversant le navire jusqu'au pont. L'air marin était effectivement revigorant. Sohalia inspira profondément, laissant la brise salée emplir ses poumons.

« Tu as mangé ? » demanda Marco.

« Non. »

« Alors viens, yoi. »

Ils allèrent à la cuisine où Namur leur prépara rapidement quelque chose. Sohalia mangea sans vraiment goûter, mais Marco semblait satisfait qu'elle mange tout de même. Puis ils retournèrent sur le pont, s'installant au même endroit que le matin. Le bastingage face à la mer, le soleil descendait lentement vers l'horizon.

« Il y aura qui d'autre sur l'île ? » demanda Sohalia après un long silence.

« Plusieurs anciens, yoi. Takeshi, l'ancien navigateur. Hideo qui était cuisinier. Itsuki et... »

Marco s'arrêta, hésita.

« Et Ritsu. »

« Ritsu ? » Sohalia tourna la tête vers lui. « Je ne connais pas ce nom. »

« Non. » Marco fixa l'horizon, son expression devenant lointaine. Mélancolique. « C'est... compliqué, yoi. »

« Compliqué comment ? »

Il la regarda, sembla peser le pour et le contre, puis soupira.

« Ritsu était une marine, yoi. Capitaine. »

Sohalia écarquilla les yeux. « Une marine ?! Comment elle est devenue... »

« C'est une longue histoire, yoi. » Marco s'installa plus confortablement contre le bastingage. « Si tu veux l'entendre. »

« Je veux. »

Marco acquiesça. « Il y a un peu moins de deux ans. Elle était en poste à Sabaody. Capitaine marine, jeune, idéaliste. »

Sohalia écoutait attentivement, sentant qu'il y avait plus à cette histoire.

« Elle détestait les Tenryūbito, yoi. Le marché aux esclaves la révoltait. Mais elle devait obéir aux ordres. Ignorer leurs crimes. » Marco serra le poing. « Elle était forte. Juste. Frustrée par le système qui la forçait à protéger des monstres. »

« Je comprends. »

« Un soir, elle est allée boire un verre. En civil. Dans un bar. » Un léger sourire étira les lèvres de Marco. « Elle a rencontré un homme. Charmant, drôle, beau. Ils ont discuté, ri. Il y avait une connexion, yoi. »

Sohalia commençait à voir où cela menait. « Ils ont... »

« Couché ensemble, yoi. » Marco ne sembla pas gêné par cette révélation. « Lendemain matin, il était parti. »

« Et ? »

« Quelques jours passent. Elle le croise à nouveau. En mission marine. » Marco la regarda, et Sohalia vit la gravité dans ses yeux. « Elle le suit discrètement. Et découvre avec horreur que l'homme avec qui elle avait couché était... »

« Qui ? »

« Portgas D. Ace, yoi. »

Sohalia resta bouche bée. « Ace ?! Notre Ace ?! »

« Notre Ace, yoi. » Marco hocha gravement la tête. « Elle était choquée. Terrifiée. Elle venait de coucher avec un pirate recherché. »

« Mais... »

« Ce n'est pas le pire, yoi. » La voix de Marco se durcit. « Le soir même, un Vice-Amiral a été détaché sur l'archipel. Il était... jaloux d'elle. Depuis longtemps. Et un de ses soldats l'avait vue partir avec Ace. »

Sohalia sentit un frisson glacé remonter le long de sa colonne vertébrale.

« Le Vice-Amiral l'a enlevée, yoi. L'a emmenée dans une zone sans loi. »

« Non... »

« Et il l'a tabassée. Violemment. » La mâchoire de Marco se crispa. « Il l'a laissée pour morte. »

L'horreur se peignit sur le visage de Sohalia. « Quoi ?! »

« On l'a trouvée, yoi. Les divisions 1, 2, 3 et 4. On revenait d'une soirée entre frères. Ace l'a reconnue immédiatement. Il a insisté pour qu'on la ramène. »

« Et les autres voulaient passer leur chemin ? »

« Les affaires des marines ne sont pas notre problème, yoi. » Marco haussa les épaules. « Mais Ace a insisté. Encore et encore. Alors Père a accepté. On l'a ramenée sur le Moby Dick pour la soigner. »

Sohalia imagina la scène. Ritsu, battue presque à mort, sauvée par l'homme même qui avait indirectement causé son malheur.

« Quand elle s'est réveillée, elle a paniqué, yoi. Voulait fuir. Père a dû la faire évanouir avec son haki pour qu'elle se calme. » Marco secoua la tête. « On l'a attachée au lit. Pour sa sécurité et la nôtre. »

« Et puis ? »

« Le journal est arrivé, yoi. » Le ton de Marco était sombre. « Avec une prime sur sa tête. Haute trahison. Association de malfaiteurs. Elle aurait soi-disant rejoint Barbe Blanche. »

« Quoi ?! »

« Le Vice-Amiral avait tout manigancé, yoi. Sa vie... détruite en une nuit. Plus rien. Pourchassée par ses anciens alliés. Elle risquait la peine de mort. »

Sohalia porta une main à sa bouche. « C'est horrible... »

« Père lui a demandé ce qu'elle voulait faire, yoi. Rester temporairement. Rejoindre l'équipage. Ou partir refaire sa vie ailleurs. » Marco soupira. « Elle ne savait pas. Elle est restée à bord, confuse, perdue. »

« Et Ace ? »

« Au début, elle le détestait, yoi. C'était sa faute, tout ça. Elle l'a attaqué plusieurs fois. » Un sourire amusé. « Elle a un Zoan. Tigre Blanc. Belle transformation. »

« Elle est forte ? »

« Assez pour donner du fil à retordre, yoi. Mais Ace la stoppait facilement. Il ne ripostait pas. Il comprenait sa colère. » Marco regarda la mer. « Père était intrigué par son potentiel. »

« Elle a fini par lui pardonner ? »

« Avec le temps, yoi. Elle s'est liée d'amitié avec moi, Izo, Haruta. »

Marco marqua une pause.

« Et Thatch. »

Sohalia se raidit au nom de son frère adoré.

« Au début, Thatch la trouvait lourde, yoi. Trop sérieuse. Mais quelque chose a changé. »

« Il y a eu une bataille en mer, yoi. Un Vice-Amiral nous a attaqués. » Marco serra le poing. « Celui qui l'avait tabassée. Il voulait la tuer pour de bon. »

Sohalia retint son souffle.

« Thatch l'a sauvée, yoi. Il s'est interposé. A achevé le Vice-Amiral sans hésiter. »

« C'est Ace qui voulait la sauver au départ, non ? »

« Oui, yoi. Et Thatch le lui a dit. » Marco sourit tristement. « Ritsu a remercié Ace. A commencé à le connaître vraiment. À l'apprécier. Ils flirtaient parfois, amicalement. Mais juste des amis, yoi. Une fois avait suffi. »

Un petit rire s'échappa de Marco, mais il sonnait creux.

« Thatch, lui... c'était différent, yoi. Au début, il était juste attiré physiquement. Ritsu était belle, forte, mystérieuse. Mais petit à petit... Il est tombé amoureux. Vraiment amoureux, yoi. Pour la première fois de sa vie. » Marco regarda Sohalia. « Thatch avait toujours été un séducteur. Des femmes dans chaque port. Jamais rien de sérieux. Mais Ritsu... elle l'a bouleversé. »

Sohalia sentit sa gorge se serrer. Thatch. Son grand frère qui riait tout le temps, qui la faisait tournoyer dans les airs quand elle était petite.

« Père a donné un ultimatum à Ritsu, yoi. Une semaine pour décider. Rester pirate ou partir. » Marco soupira. « Elle était déchirée. Elle aimait sa vie ici. Nous aimait tous. Mais cette envie de protéger les gens, de faire le bien... elle pensait devenir révolutionnaire. »

« Et Thatch ? »

« Il passait tout son temps avec elle, yoi. Positif, léger. Il ne la pressait pas. Ils discutaient, riaient. C'était simple. Rafraîchissant pour elle. » Marco se tut un instant. « Thatch pensait à toi parfois, yoi. Ton anniversaire approchait. L'anniversaire de ta... disparition. »

Sohalia frissonna. Le jour où sa mère l'avait cachée, l'avait séparée de Barbe Blanche.

« Ritsu l'a trouvé en train de pleurer, yoi. Il tenait une photo de toi enfant dans ses mains. Elle l'a réconforté. Ils ont parlé de toi. De combien tu lui manquais. »

« Et puis ? »

« Ils se sont embrassés, yoi. » Marco dit cela simplement, sans jugement. « Ont couché ensemble. Mais le matin... Ritsu était partie. »

« Elle l'a quitté ? »

« Thatch s'est réveillé seul, yoi. C'était inhabituel. D'habitude, c'était lui qui partait. » Un sourire triste. « Il était... troublé. Blessé, peut-être. »

Sohalia imagina la scène. Thatch, son grand frère toujours si sûr de lui, vulnérable pour la première fois.

« La fin de la semaine est arrivée, yoi. Ritsu a donné sa réponse à Père. » Marco ferma les yeux brièvement. « Elle ne voulait pas être pirate. Pas encore prête. Elle voulait vivre tranquillement. Réfléchir à son avenir. »

« Et Père a accepté. »

« Il l'a débarquée à Nanmin no Shima, yoi. »

Le silence tomba. Long. Lourd.

« Thatch... il était dévasté, » finit par dire Marco, sa voix à peine audible. « Mais il ne montrait rien. Il souriait comme toujours. Riait. Faisait des blagues. Mais nous, on savait, yoi. On le connaissait. Elle lui manquait terriblement. »

Sohalia sentit les larmes monter à nouveau. « Il ne l'a jamais revue ? »

Marco secoua la tête lentement. « Jamais, yoi. »

« Mais... »

« Quelques années plus tard, yoi... » La voix de Marco se brisa. « Thatch est mort. »

Marco serra les poings si fort que ses jointures blanchirent.

« Quand Ritsu a appris... »

Il s'arrêta, incapable de continuer.

« Elle a pleuré pendant des jours, yoi. » Marco essuya discrètement une larme au coin de son œil. « On est allés la voir. Pour lui annoncer. Elle... elle s'est effondrée. Complètement effondrée. »

« Elle l'aimait aussi. »

« Oui, yoi. » Marco hocha la tête. « Elle l'aimait. Mais elle avait choisi de partir. De vivre tranquillement. Et quand elle a voulu revenir... c'était trop tard. »

Les larmes coulaient maintenant librement sur les joues de Sohalia. « C'est tellement triste... »

« Elle n'a jamais quitté l'île depuis, yoi. Elle attend. » Marco regarda Sohalia avec une tristesse infinie. « Elle attend toujours. »

« Attend quoi ? »

« Je ne sais pas, yoi. Peut-être le fantôme de Thatch. Peut-être le pardon qu'elle s'accorde pas. Peut-être juste... la paix. »

Sohalia essuya ses larmes. « Demain... je verrai Ritsu. Et Itsuki. Deux personnes qui ont perdu l'amour de leur vie. »

Marco l'attira contre lui, la serrant dans ses bras. « Oui, yoi. Mais ils survivent. Ils continuent. Pour honorer leur mémoire. »

« C'est ce qu'on doit faire, » murmura Sohalia. « Continuer. Pour ceux qu'on a perdus. »

« Oui, yoi. »

Ils restèrent enlacés, regardant le soleil descendre lentement vers l'horizon. Deux histoires d'amour brisées. Lady et Itsuki. Ritsu et Thatch.

Des vies détruites par la violence. Par les mauvais choix. Par le destin cruel.

Et pourtant, ils survivaient. Itsuki sur son île, gardant vivant le souvenir de Lady. Ritsu attendant quelque chose qu'elle ne reverrait jamais.

« La vie de pirate, » souffla Marco. « C'est beau mais c'est cruel, yoi. »

« Oui. » Sohalia resserra son étreinte. « C'est pour ça qu'il faut profiter. Tant qu'on peut. »

Elle sentit Marco hocher la tête contre ses cheveux. « Oui, yoi. »

Sohalia resta dans les bras de Marco, pensive. Lady. Thatch. Ritsu. Itsuki. Tous ces gens qui avaient perdu quelqu'un. Tous ces gens qui continuaient malgré la douleur.

« Tout peut s'arrêter si vite, » murmura-t-elle. « En un instant. Une balle. Une trahison. Un mauvais coup du sort. Et c'est fini. »

« Oui, yoi. » Marco caressa ses cheveux doucement. « C'est pour ça qu'il faut vivre. Profiter de chaque moment. Chaque instant. »

Sohalia leva les yeux vers lui. Il la regardait déjà, ses yeux bleus mi-clos emplis d'une tendresse qui lui coupa le souffle.

"J'attendrai, mais je ne renoncerai pas."

Ses mots d'hier résonnèrent à nouveau dans sa tête. Combien de temps avait-il ? Combien de temps avait-elle ? Dans cette vie de pirates, dans ce monde dangereux, demain n'était jamais garanti. Lady était morte en soignant quelqu'un. Thatch en discutant, trahi par quelqu'un qu'il considérait comme un frère.

Personne n'était à l'abri.

« Marco... »

« Mmh ? »

Elle ne dit rien. Que pouvait-elle dire ? Qu'elle avait peur ? Qu'elle ne savait pas ce qu'elle ressentait ? Que chaque fois qu'il la touchait, son cœur s'emballait mais sa tête lui criait de fuir ? Au lieu de parler, elle se rapprocha. Posa sa tête sur son épaule. Entrelace leurs doigts. Marco sembla surpris, mais heureux. Il serra sa main en retour, un sourire doux étirant ses lèvres.

« Lia ? »

« Merci, » murmura-t-elle. « Merci d'être là. »

« Toujours, yoi. »

Ils regardèrent ensemble le soleil plonger dans l'océan, peignant le ciel de teintes orangées et roses. Le Moby Dick voguait tranquillement, bercé par les vagues.

Je ne fuirai plus, pensa Sohalia avec détermination. Je ne perdrai plus de temps. Je ne sais pas encore ce que je ressens exactement. Mais je vais le découvrir. Avec lui. Avant qu'il soit trop tard.

Comme Lady et Itsuki ont failli ne jamais avoir leur chance. Comme Ritsu et Thatch qui ont attendu trop longtemps.

Je ne veux pas de regrets.

Elle serra la main de Marco. Il serra en retour, comme s'il comprenait sans qu'elle ait besoin de parler.

« Demain, on arrive, yoi. »

Sohalia acquiesça. « Je sais. »

« Tu es prête ? »

Elle inspira profondément. Prête à revoir Itsuki, à affronter la réalité de la mort de Lady. Prête à rencontrer Ritsu, à voir une femme qui attendait toujours un homme qui ne reviendrait jamais.

« Je crois. »

Marco déposa un baiser dans ses cheveux. « Tu es forte, yoi. Plus forte que tu ne le crois. »

Sohalia ferma les yeux, se laissant aller contre lui.

Lady, pensa-t-elle. Thatch. Tous ceux qu'on a perdus. Je ne vous oublierai jamais. Mais je continuerai. Pour vous. Et pour moi. Je vivrai pleinement. Tant que je le peux.

Elle se tourna légèrement vers Marco, le regarda intensément. Marco croisa son regard et sourit. Un sourire doux, compréhensif, patient. Ils n'avaient pas besoin de mots. Pas maintenant. Ils se comprenaient.

Le soleil disparut complètement sous l'horizon, laissant place à un ciel étoilé. Les premières étoiles commençaient à scintiller, timides d'abord, puis de plus en plus brillantes.

« C'est beau, » murmura Sohalia.

« Oui, yoi. »

« Marco ? »

« Mmh ? »

« Je... » Elle chercha ses mots. « Je suis contente que tu sois là. »

Il sourit, et dans ce sourire, elle vit tant de choses. De la tendresse. De la patience. De l'amour, peut-être.

« Moi aussi, yoi. »

Ils restèrent là, sous les étoiles, main dans la main. Deux âmes blessées par les pertes, mais refusant d'abandonner. Refusant de laisser la peur les paralyser.

Pour la première fois depuis longtemps, elle ne fuyait pas ce qu'elle ressentait. Elle l'accueillait. Le laissait grandir. Le laissait exister.

« Demain, » dit-elle doucement.

« Demain, yoi. »

« Je suis prête. »

Marco la serra un peu plus fort, et elle se laissa aller contre lui, en sécurité, au chaud, vivante.

Je vivrai. J'aimerai. Je ne regretterai pas.

Pour vous. Pour moi. Pour lui.


REECRIT : 11/01/2026

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