The New Era

Chapitre 35 : Chapitre 35 : Adieu

4469 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/01/2026 11:59

Auberge du village portuaire de l'île Nanmin no Shima.

Quelques heures plus tard, juste avant l'aube.


Marco glissa sa main derrière sa tête, tandis que Sohalia remuait doucement dans son sommeil. Il ne savait même pas quelle heure il était — trois heures du matin ? Quatre ? Le temps n'avait plus de sens dans cette petite chambre baignée par la lumière argentée de la lune.

Les draps blancs étaient froissés, emmêlés autour de leurs corps nus. L'odeur de leurs peaux mêlées emplissait l'air — sel, sueur, fleurs, lui. La chaleur de Sohalia contre son torse était réconfortante, apaisante.

Il avait pour but de marquer la jeune femme qu'il tenait dans ses bras. Il voulait laisser son empreinte indélébile sur elle… En elle. Il voulait que ses sentiments pour elle soient ancrés à jamais dans son cœur, son esprit, mais aussi sa chair.

Pourtant, il ne comptait plus les longues ou bien courtes étreintes qu'ils venaient de partager. Il s'était perdu dans ces tourbillons d'amour, de passion, de tendresse. Chaque fois, c'était comme si c'était la première. Et chaque fois, il avait peur que ce soit la dernière.

Du coin de l'œil, il la vit redresser la tête en ouvrant lentement les yeux. Ce léger mouvement fit glisser le drap qui cachait sa nudité, la dévoilant entièrement dans la lumière bleutée de la lune.

Elle était magnifique. Cheveux blonds en désordre, joues roses, lèvres gonflées par leurs baisers. Des marques rouges parsemaient sa peau pâle — son cou, ses épaules, ses hanches.

Elle se colla confortablement sur le torse du commandant. De sa main libre, il commença à caresser tendrement la peau dénudée qu'il pouvait atteindre. Le silence perdura un court instant.

« Quand vas-tu revenir ? » souffla le second de Barbe Blanche.

Elle ne l'avait pas encore quitté qu'il la sentait déjà loin de lui.

« Je donnerai le maximum de moi-même pour rentrer le plus rapidement possible. Si tout se passe comme je le désire, je devrais être de retour assez rapidement. »

« Je n'aime pas ça... » grommela-t-il en se redressant, obligeant la jeune femme à en faire de même.

« Quoi donc ? » demanda-t-elle.

« Que tu repartes là-bas... Loin de nous. Loin de moi. Si loin... Et pour si longtemps peut-être. J'ai peur. Peur que tu changes. Que devenir Reine te transforme. Que je te perde. »

Il la surplomba soudainement, attrapa ses poignets pour les placer au-dessus de sa tête, l'immobilisant. Leurs regards se soudèrent.

« Marco, je suis un membre de cet équipage. Je ne veux pas partir. Je dois le faire. Je vais partir pour revenir à vos côtés... À tes côtés... C'est là qu'est ma place... Je suis chez moi avec toi. Tu le sais ? »

Le phénix resta silencieux, la dévisageant. Puis il l'embrassa — front, yeux, nez, lèvres. Encore et encore.

« Tu me reviendras ? »

« Toujours. »

Marco captura ses lèvres avec une passion presque désespérée, puis leurs corps se rejoignirent enfin. Sohalia ferma les yeux, s'arcboutant, un gémissement s'échappant de ses lèvres.

« Regarde-moi », murmura-t-il contre sa bouche, sa voix rauque. « Je veux que tu te souviennes. De nous. De ce moment. »

Elle ouvrit les yeux — vert émeraude plongeant dans bleu océan. Leurs regards restèrent soudés.

« Comment pourrais-je oublier ? » souffla-t-elle.

Le reste se perdit dans un tourbillon de sensations.


Le souffle erratique, Sohalia s'effondra à nouveau sur le torse du phénix, qui avait également la respiration hachée. Leurs cœurs battaient à l'unisson.

Lorsqu'elle se redressa pour s'allonger à ses côtés, les premiers rayons du Soleil pénétrèrent la pièce — roses, dorés, annonciateurs du jour.

Le départ.

Marco la rattrapa immédiatement et l'enserra férocement.

« Pas encore. Juste encore quelques minutes. »

La Shizen resta dans ses bras, comprenant sa détresse. La boule dans son propre ventre grossissait.

Finalement, elle se dégagea doucement, l'embrassa longuement et sortit du lit, ramassant ses affaires éparpillées. Elle disparut dans la salle de bains.

Sohalia observa son reflet dans le miroir. L'eau coulait dans le lavabo.

La femme dans le miroir lui était presque étrangère. Cheveux emmêlés. Lèvres gonflées. Marques rouges sur la peau — témoignages de Marco.

Mais c'était surtout son regard qui avait changé. Plus dur. Plus déterminé. Ce n'était plus le regard d'une adolescente rebelle. C'était celui d'une femme. D'une guerrière. D'une future Reine.

Quand avait-elle cessé d'être une enfant ?

Peut-être le jour où elle comprit la trahison de Jef. Ou quand elle avait appris que Thatch était mort. Ou quand Hiroshi avait été tué. Ou quand elle avait vu Emi s'effondrer, le sang coulant de sa gorge.

Ou peut-être cette nuit. Dans les bras de Marco. Quand elle avait compris qu'elle ne pourrait jamais être juste une pirate. Elle avait l'impression d'avoir mûri d'un coup. De porter le poids du monde sur ses épaules.

La porte s'ouvrit. Marco entra et se plaça derrière elle. Elle croisa ses yeux dans la glace — bleus, intenses, aimants.

Elle laissa sa tête retomber sur son torse, tandis qu'il l'enlaçait. Il lui embrassa le sommet du crâne et la laissa se préparer seule.

Quand elle sortit de la douche, Marco l'attendait avec une brosse.

Elle s'installa devant lui et il commença à brosser ses cheveux.

« Chouchoute-moi. »

« Tu ne l'as pas été suffisamment ? »

« Pas de cette manière-là. »

Il lui brossa les cheveux, déposant de temps à autre des baisers sur ses épaules, sa nuque. À chaque fois, elle soupirait de bien-être.

« Tu vas me manquer. »

« Toi aussi. »

« Appelle-moi. Tous les jours. »

« Promis. »

« Et reviens-moi vite. »

« Le plus vite possible. »


Les deux amants ne mirent pas longtemps à rejoindre le Moby Dick, à leur plus grand regret. Le trajet fut silencieux. Leurs mains entrelacées, leurs épaules qui se frôlaient.

Le navire apparut au loin, majestueux, baigné dans la lumière dorée de l'aube. Ils montèrent à bord. Quelques frères les saluèrent avec des sourires entendus.

Sohalia entraîna Marco jusqu'à sa cabine et s'arrêta. Il sourit, comprenant qu'elle avait des choses à régler. Il se pencha vers elle, hésitant. Elle sourit et se mit sur la pointe des pieds.

Leur baiser fut doux, tendre, une promesse silencieuse.

Des sifflements éclatèrent. Marco fusilla les spectateurs du regard. Sohalia gloussa.

« Viens me voir avant de partir. Je veux te dire au revoir comme il se doit. »

« J'ai hâte de voir ça. »

« Je t'attends dans ma cabine. »

« Je me dépêche. »

Elle s'écarta, posa ses lèvres à la commissure des siennes et se dirigea vers le dortoir de sa division.

Comme à son habitude, elle manqua la première marche et se rattrapa in extremis.

Quand elle ouvrit la porte, elle tomba sur Ritsu, Dom et Hogo.

« Où sont les autres ? » chuchota-t-elle.

« Ils sont allés manger. »

« Parfait. Je dois vous parler. »

« Hogo, pendant mon absence, je te laisse le commandement de la quatrième. »

« Pas de souci ! »

« Ritsu, je veux que ce soit toi qui me fasses un rapport quotidien. Et... » Elle hésita. « Garde un œil sur Marco pour moi. »

Ritsu sourit — un sourire complice, compréhensif.

« Il sera entre de bonnes mains. Promis. »

Elle s'approcha et murmura plus bas, pour que seule Sohalia entende.

« Tu sais... on a toutes vu comment il te regarde. Comme si tu étais la seule chose qui compte au monde. »

Sohalia sentit ses joues chauffer légèrement.

« Ritsu... »

« Je dis juste... » L'ancienne marine lui pressa brièvement l'épaule. « Tu as trouvé quelque chose de rare. Prends-en soin. »

« C'est bien mon intention. » Sohalia sourit. « Merci. »

« Dom... » Elle se tourna vers lui. « Je voudrais que tu gardes un œil sur Aki. »

Le sourire de Dom s'estompa. Hogo se redressa.

« Un problème avec le gamin ? »

« Je ne pense pas. Mais il agit bizarrement depuis quelques temps. Plus silencieux. Renfermé... »

« Le deuil », suggéra Ritsu doucement. « Thatch, Hiroshi... »

« Sans doute... » Sohalia n'était pas totalement convaincue. « Veille sur lui, Dom. Assure-toi qu'il va bien. »

« Pas de problème, commandante ! »

« Bien. Et dernière chose... Ritsu, Dom... Bienvenue dans la quatrième division ! »

L'ancienne marine sourit. Les deux hommes s'esclaffèrent.


Sohalia avait à peine franchi le pas de la porte de sa cabine qu'elle se retrouva nez à torse avec quelqu'un qui tapait frénétiquement du pied.

Dans un soupir las, elle dévisagea Hachiro et le dépassa.

« Tu te rends compte ? »

Elle fourra des vêtements dans son sac.

« Qu'est-ce qu'on aurait fait si on était tombés sur Jef ? On serait morts ! »

Elle prit sa robe blanche et fila dans la salle de bains.

« Tu m'écoutes au moins ?! »

Elle ressortit, prit son sac et s'approcha de la porte.

« Pas le moins du monde. J'ai autre chose à faire. »

Elle sortit, sans prêter attention à l'hilarité d'Akihide ni aux exclamations de son oncle.


Elle se dirigea vers la cabine de son père et frappa.

« Entre. »

Le vieil homme était assis dans son lit, une bouteille de saké à la main. Elle soupira.

« Lia. Tout est prêt ? »

« Presque. Je dois encore passer quelques coups d'escargophone. »

Elle lui donna ses décisions pour la division. Il écouta attentivement.

« Tu es sûre de tes choix ? »

« Oui. Ils sont prêts. »

Il hocha la tête, fier. « Alors va. L'escargophone est là. »

Il sortit, la laissant seule.

Sohalia resta un moment immobile, fixant l'escargophone. Son cœur battait vite.

Elle composa le numéro. La sonnerie retentit.

« Nostradamus Senrigan. »

« Sohalia Shizen. »

Un silence.

« Princesse. Comment va votre oncle ? »

Elle nota qu'il n'avait pas mentionné Emi. Il savait déjà.

« Hachiro va bien, physiquement. J'ai besoin que vous veniez nous chercher. Avec des gardes. »

« Nous arrivons immédiatement ! »

Il raccrocha. Sohalia posa le combiné, les mains tremblantes.

C'était fait. L'enterrement aurait lieu. Et elle allait devenir Reine.


Un quart d'heure plus tard, Marco et Sohalia étaient allongés sur son lit, s'embrassant, se caressant… Profitant l'un de l'autre calmement. Ce n'était pas comme la nuit dernière. Juste de la tendresse. De la douceur.

Ils échangèrent peu de paroles. Profiter de la présence de l'autre était suffisant.

Ils soupirèrent en chœur en entendant les légers coups sur le bois de la porte. Il était l'heure.

À regret, il la relâcha. Elle lui offrit un sourire triste qu'il effaça d'un baiser.

Il l'aida à se relever et attrapa son sac.

Ils sortirent ensemble. Dans le couloir, Izo les attendait, appuyé contre le mur, un sourire en coin sur les lèvres.

« Ah, vous voilà enfin. »

Marco le fusilla du regard.

Izo rit doucement, puis son expression devint plus sérieuse. Il regarda Sohalia avec une tendresse fraternelle.

« Prends soin de toi, petite sœur. Et reviens-nous. » Il marqua une pause. « Marco ne survivra pas à te perdre. »

Marco se raidit. Sohalia serra sa main plus fort.

« Je reviendrai. Promis. »

Ils arrivèrent sur le pont.

L'équipage entier était là. Tous. Sans exception.

Au centre, le vieux Senrigan et une dizaine de gardes en armure blanche.

Marco et Sohalia se détachèrent. Elle lâcha sa main à regret et commença à passer de bras en bras.

Sa division d'abord.

Hogo la serra fort.

« On veille sur tout. »

Puis les autres divisions.

Izo la serra longuement.

« Appelle, d'accord ? On veut des nouvelles. »

Haruta lui ébouriffa les cheveux.

« Reviens vite, frangine. »

Vista l'embrassa sur le front, ses moustaches la chatouillant légèrement.

« Sois forte. Mais pas trop. Tu as le droit de pleurer aussi. »

« Je sais. » Elle hésita, sa voix se faisant plus petite. « Vista... si jamais... si je ne revenais pas... »

« Tu reviendras. » Sa voix était ferme, catégorique. « Parce que tu es une pirate. Et les pirates ne baissent jamais les bras. On se bat. Toujours. Jusqu'au bout. »

Elle hocha la tête, les larmes aux yeux.

« Jusqu'au bout. »

« Exactement. » Il lui pressa l'épaule. « Alors va. Et reviens-nous. »

Jozu la souleva dans une étreinte d'ours.

« Tu vas nous manquer. »

Devant Ace, elle resta les bras ballants. Il l'attira vers lui et l'enserra férocement.

« Je veillerai sur Marco pour toi. Promis. »

Elle sourit et embrassa sa joue.

« Merci, Ace. »

Elle resta longuement dans les bras de son Père, qui faisait attention à ne pas l'écraser.

« Je suis fier de toi. »

« Merci, Père. »

« Reviens-nous. Quoi qu'il arrive. »

« Promis. »

Elle se tourna vers Marco. Il attendait patiemment.

« Tu feras attention. »

« Je te le promets. »

« Tu appelles. »

« Tous les jours. »

« Tu feras attention. »

Surprise, elle le dévisagea. Il fixait Akihide derrière elle.

Elle comprit. Pas de la jalousie. De l'inquiétude.

« Il ne m'arrivera rien. Et je ne laisserai rien lui arriver. Promis. »

Marco hocha la tête, pas complètement rassuré.

Soudainement, elle fouilla dans son sac et en ressortit un petit sac cartonné. Étonné, Marco l'ouvrit et sourit en caressant la dentelle rouge. L'ensemble qu'elle avait porté pour lui.

« Garde-les pour moi. Je ne les porterai que pour toi. »

« J'ai hâte de les revoir. »

Elle captura ses lèvres. Marco sentit une vague de chaleur le balayer.

Autour d'eux, quelques pirates sifflèrent. Elle se détacha et se détourna rapidement.

Elle se plaça entre Hachiro et Akihide, ignorant les regards stupéfaits des soldats.

Senrigan posa ses mains sur leurs épaules.

« Prêts ? »

Sohalia embrassa du regard le Moby Dick. Le navire. L'équipage. Sa famille.

Son regard s'attarda sur Marco.

« Prête. »

Le monde se brouilla. La dernière chose qu'elle vit fut Marco, la main levée.

Puis il disparut.


Le Royaume, place centrale du village.


Sohalia sentit ses pieds toucher le sol. Elle ouvrit les yeux.

L'île était méconnaissable.

Partout, des tissus blancs. Accrochés aux fenêtres, aux portes, aux arbres. Le blanc du deuil. Les rues étaient silencieuses. Pas de rires d'enfants. Pas de discussions. Juste un silence lourd, oppressant. Les habitants se figèrent en les voyant. Puis les cris commencèrent.

« La Reine ! Notre Reine ! »

Des pleurs. Des lamentations. Des sanglots.

Une vieille femme — Madame Tanaka, celle qui tenait le stand de fleurs au marché — tomba à genoux.

« Ma Reine... Ma douce Reine... » sanglota-t-elle. « Il a tué le Roi Taiyo... Maintenant notre Reine Emi... »

Sa voix se brisa dans un sanglot de terreur pure. « Qui sera le prochain ? Mes petits-enfants ? Mes enfants ? Personne n'est en sécurité... Ce monstre... Ce démon... »

D'autres voix s'élevèrent, chargées de la même peur palpable :

« Jef Mentaru va tous nous tuer ! »

« Il ne s'arrêtera jamais ! »

« Le Roi, puis la Reine... Qui ensuite ? »

« Nous allons tous mourir ! »

Sohalia sentit sa gorge se serrer. Ce n'était pas juste du chagrin. C'était de la terreur. Son peuple avait peur. Vraiment peur.

Jef n'avait pas juste tué. Il avait semé la terreur. La conviction qu'aucun d'eux n'était en sécurité. Que la mort pouvait frapper n'importe qui, n'importe quand.

Mizuki se précipita, les larmes coulant sur ses joues. Elle serra Sohalia.

« Je suis tellement désolée. »

« Moi aussi. »

Mizuki se tourna vers Hachiro, l'enlaçant avec précaution.

Puis elle se figea en voyant Akihide.

« Sohalia... qui est... ? »

Les gardes l'avaient vu aussi. Leurs mains se crispèrent sur leurs armes.

« Un étranger ! »

« Comment ose-t-elle ?! »

« Plus tard. Où est Maiya ? »

« Dans ses appartements. Elle n'a pas bougé depuis qu'on lui a annoncé. »

Sohalia se tourna vers Akihide. Il se tenait en retrait, mal à l'aise.

« Viens. »

Elle se mit en marche vers le palais.

Derrière eux, les pleurs continuaient. Et avec eux, les murmures terrifiés du nom qui hantait désormais l'île : Jef Mentaru.


Palais royal, appartements de la famille Shizen.



Sohalia pénétra dans les appartements royaux, n'ayant qu'une idée en tête : sa cousine.

Ume apparut et fit immédiatement une révérence.

« Votre Majesté... »

Sohalia grimaça. Elle détestait ça.

« Je t'expliquerai plus tard. Maiya ? »

Ume releva la tête, les larmes coulant.

« Elle n'a pas bougé de sa chambre. Elle n'a rien mangé. Elle n'a pas parlé. Et je doute qu'elle dorme. »

« Merci, Ume. Je vais aller la voir. Tu peux préparer du thé pour nous ? »

« Bien sûr, Votre Majesté. Je vous présente mes plus sincères condoléances... »

Sohalia la remercia d'un signe de tête et se dirigea vers la chambre de Maiya.

L'obscurité était totale. Rideaux tirés, bougies éteintes. Comme si Maiya essayait de disparaître dans le noir.

L'air était vicié. Ça sentait le renfermé, la tristesse.

Elle entendit de légers reniflements.

« Maiya ? »

Un hoquet. Puis Maiya se jeta hors du lit et se précipita vers elle, s'accrochant désespérément.

Dès que Sohalia referma ses bras, Maiya éclata en sanglots — des sanglots déchirants, incontrôlables.

« Elle est partie. Maman est partie... Elle ne reviendra jamais... »

« Je sais, ma chérie. Je sais. »

« Pourquoi ? Pourquoi elle ? Pourquoi ?! »

Sohalia n'avait pas de réponse.

« Je ne sais pas. Mais je suis là. Tu n'es pas seule. »

« J'ai peur... »

« Moi aussi. »

« Papa... Papa était là quand... quand c'est arrivé ? »

Sohalia se raidit.

« Oui. Mais ce n'était pas lui. Ce n'était pas sa faute. C'était Jef. »

« Je sais. Ume me l'a expliqué. Mais j'ai peur de le voir. J'ai peur de penser à... »

Elle ne put finir, les sanglots la submergeant.

« Il a peur aussi. De te voir. De voir ce que tu penses de lui. »

« Je ne le déteste pas ! Jamais ! »

« Alors dis-le-lui. Quand il entrera. Parce qu'il en a besoin. »

Maiya hocha la tête faiblement.

Combien de temps restèrent-elles enlacées ? Sohalia ne le sut jamais.

Maiya pleurait. Sohalia pleurait avec elle.

« Hachiro veut te voir. Il a quelque chose pour toi. »

Maiya hésita.

« J'ai peur... »

« Il a besoin de toi. Et tu as besoin de lui. »

« D'accord. »

Sohalia ouvrit la porte et fit signe à Hachiro. Il tenait l'ourson dans ses mains tremblantes.

Il entra comme s'il marchait vers son exécution.

Dans la chambre, Hachiro s'agenouilla devant sa fille. Ils se regardèrent dans la pénombre.

« Maiya... Je... »

« Ce n'était pas ta faute. »

Hachiro éclata en sanglots — des sanglots déchirants.

« Je suis tellement désolé... J'aurais dû la protéger... »

« Papa... »

« Ta mère... elle était tout... »

Maiya se jeta dans ses bras, l'ourson écrasé entre eux.

« Maman me manque. »

« À moi aussi. Tellement. »

Ils pleurèrent ensemble — un père et sa fille, unis dans leur douleur.

Dehors, Sohalia s'adossa au mur et ferma les yeux, les larmes coulant.

Akihide se tenait à côté d'elle.

« Ça va ? »

« Non. Mais je dois faire semblant. »

« Pas devant moi. »

Elle le regarda. Il souriait tristement.

« Devant moi, tu peux pleurer. »

Elle hocha la tête, reconnaissante.


Les heures passèrent dans un brouillard.

Sohalia régla les détails de la cérémonie avec les prêtresses et le Conseil. L'heure. Le lieu. Les rites. Chaque détail devait être parfait. Pour Emi.

Mais elle dut aussi gérer Akihide. Les lignées exigeaient des explications.

« Comment osez-vous amener un étranger ?! »

« C'est un sacrilège ! »

« Il doit partir ! »

Sohalia les fixa d'un regard glacial — le regard d'une Reine.

« Il est sous ma protection. Et je suis votre Reine. Cela suffit. »

« Mais Votre Majesté— »

« Cela. Suffit. »

Le silence tomba. Personne n'osa la contredire. Pas maintenant.

Elle confia Akihide à Ume avec ordre strict de ne le laisser seul avec personne.

« Quoi qu'il arrive, tu ne le quittes pas des yeux. »

« Bien, Votre Majesté. Mais est-ce à cause de Jef ? »

« Non. Je pense que les lignées ont compris qu'il vient du Dehors. Certains vont essayer d'attenter à sa vie. »

Ume écarquilla les yeux, horrifiée.

« Je compte sur toi. »


Le moment était venu.

Sohalia se prépara dans sa chambre. Elle enfila une robe blanche traditionnelle — longue, simple, élégante. Elle se regarda dans le miroir. Une femme la fixait. Plus la petite fille. Une femme. Une Reine.

On frappa.

« Entrez. »

Mizuki apparut, également vêtue de blanc.

« Il est temps, Votre Majesté. »

Sohalia hocha la tête et suivit la dirigeante de la Lignée des Mizuki.

L'heure de l'enterrement était venue.

De l'ancienne demeure de la Reine Emi jusqu'à la chapelle, puis au cimetière royal.


Il faisait nuit noire sur l'île. La Lune était masquée par d'épais nuages, comme si le ciel pleurait.

Toutes les lumières avaient été éteintes. L'île entière était plongée dans l'obscurité. Seules les bougies brillaient. Des centaines. Des milliers. Elles formaient un chemin de lumière tremblante de l'ancienne demeure d'Emi jusqu'à la chapelle, puis jusqu'au cimetière royal.

La procession s'ébranla dans un silence solennel, absolu.

En tête, le cercueil ouvert. Emi y reposait, sereine, comme endormie. Ses mains étaient croisées sur sa poitrine. Ses yeux fermés. Son visage paisible. Elle était vêtue d'une longue robe blanche brodée de fils d'or — la robe des Reines défuntes.

Des fleurs blanches — lys, roses, marguerites — entouraient son corps, dégageant un parfum doux.

Sohalia marchait seule derrière le cercueil, droite malgré le poids invisible sur ses épaules.

« Marche comme une Reine », lui avait toujours dit Emi. « Même quand tu as peur. Surtout quand tu as peur. Montre-leur que tu es forte. Qu'ils peuvent compter sur toi. »

Alors Sohalia marchait. Droite. Digne. Une Reine.

Pour Emi. Pour Maiya. Pour son peuple qui pleurait derrière elle.

Même si à l'intérieur, elle voulait juste s'effondrer. Même si elle avait envie de courir jusqu'au Moby Dick et de ne jamais revenir.

Mais elle marchait. Parce que c'était son devoir. Parce que c'était sa promesse.

Elle portait une longue robe blanche, ses cheveux tressés en couronne. Sur sa tête, aucune couronne encore, mais tout le monde savait. Elle était la Reine. La nouvelle Reine.

Derrière elle, Hachiro et Maiya marchaient côte à côte. Hachiro tenait la main de sa fille, qui serrait l'ourson contre elle. Ses joues étaient striées de larmes.

Derrière eux, les lignées. Puis les habitants. Des centaines de personnes, tous vêtus de blanc, tous portant une bougie, tous pleurant.

La végétation avait repris ses droits. Partout, des fleurs blanches. Des lianes s'enroulaient autour des bâtiments. De la mousse recouvrait les pierres.

La nature pleurait sa gardienne.

Le cortège avançait lentement, au rythme d'un chant funèbre qui s'élevait — ancien, dans la vieille langue. Sohalia ne comprenait pas tous les mots, mais elle en saisissait le sens.

Adieu. Repos. Paix. Amour. Deuil. Souvenir.

L'odeur des bougies — cire chaude et fumée — se mêlait à celle des fleurs et de la terre humide.

Le son de milliers de pas sur les pavés résonnait.

Ils entrèrent dans la chapelle. Le lieu sacré était illuminé de milliers de bougies. Chaque surface en portait une. La lumière dansante créait des ombres mouvantes.

Les habitants étaient déjà là, massés, tous vêtus de blanc. Leurs pleurs s'intensifièrent.

« Notre Reine... »

« Emi-sama... »

« Pourquoi... »

Sohalia s'installa au premier rang, sur le banc royal. Hachiro et Maiya à ses côtés.

La sage des prêtresses apparut derrière le cercueil — une vieille femme en robes blanches, le visage marqué par le chagrin.

Sa voix s'éleva — ancienne, tremblante, brisée.

Elle chantait dans la langue ancienne. Sohalia ne comprenait pas les mots, mais elle ressentait chaque note.

Douleur. Perte. Amour. Adieu. Espoir. Renaissance.

Le chant emplit la chapelle, résonnant contre les pierres anciennes, s'infiltrant dans les cœurs, arrachant les larmes.

C'était un chant de deuil. Mais aussi de célébration. D'une vie bien vécue. D'une Reine aimée.

Autour de Sohalia, les pleurs redoublèrent. Elle entendit Hachiro sangloter. Elle entendit Maiya hoqueter. Elle entendit l'île entière pleurer.

Lentement, la végétation commença à se retirer.

Les fleurs fanèrent, leurs pétales tombant comme des larmes blanches. Les lianes se rétractèrent. La mousse disparut. La nature disait au revoir. À celle qui l'avait tant aimée. À celle qui l'avait protégée.

Le chant se fit plus doux, plus lent, s'éteignant progressivement.

Et en même temps, les bougies commencèrent à s'éteindre.

D'abord celles du fond de la chapelle — les ancêtres, ceux qui étaient partis avant Emi. Puis celles des côtés — la famille élargie, les cousins, les oncles, les tantes. Puis celles de devant — les proches, ceux qui l'avaient vraiment connue, aimée.

Chaque flamme qui mourait était une vie qui avait connu Emi. Un souvenir. Un amour. Un lien. Une perte. Des dizaines de bougies. Des centaines. Toutes s'éteignant progressivement, plongeant la chapelle dans l'obscurité peu à peu.

Jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une seule bougie. Près du cercueil. Près d'Emi. Sa bougie. Sa vie. Sa dernière lumière dans ce monde.

La voix de la prêtresse se tut enfin.

Un vent s'engouffra dans la chapelle — froid, portant l'odeur de la mer.

La dernière bougie vacilla. Trembla. Lutta.

Puis s'éteignit.

Noir total.

Dans l'obscurité absolue, Sohalia ferma les yeux.

Autour d'elle, les pleurs. Les sanglots. Les lamentations. Le deuil d'un peuple entier.

Elle entendit Hachiro pleurer silencieusement.

Elle entendit Maiya sangloter doucement.

Elle entendit l'île entière pleurer sa Reine.

Une ère prenait fin.

Une nouvelle ère commençait.

Une ère où elle serait l'une des principales actrices. Une ère de responsabilités. De poids. De couronne.

Si une ère se terminait sur cette île, le monde du Dehors n'allait pas tarder à vivre de grands chamboulements. La guerre approchait. Jef était toujours là.

Une boule naquit dans sa gorge. Impuissante face à l'avenir qui lui était réservé, face à la perte de cette présence maternelle, elle laissa échapper une seule et unique larme.

Qui resta cachée aux yeux de tous. À l'abri… Dans les ténèbres…

Elle pensa à Marco. À sa promesse.

« Je reviendrai. »

Elle devait revenir. Pour lui. Pour eux.

Il était sa raison de tenir. De continuer. De ne pas se laisser engloutir par le deuil et la couronne.

Dans un souffle étranglé, elle murmura à l'adresse de sa tante :

« Adieu, tante Emi... »

Puis, plus bas encore, presque inaudible, les lèvres tremblantes :

« Adieu... à cette vie... »

Car elle le savait. Rien ne serait plus jamais pareil.

La petite fille qui avait vécu sur un navire pirate était morte avec Emi.

Seule restait la Reine.

Et dans l'obscurité de la chapelle, entourée du deuil de son peuple, Sohalia accepta enfin son destin.


REECRIT : 16/01/2026

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