The New Era

Chapitre 36 : Chapitre 36 : Corps et Âme

5619 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/01/2026 18:29

Le Royaume, palais royal, chambre de la Reine.

Lendemain matin de l'enterrement. Aube.


Sohalia n'avait pas dormi.

Comment l'aurait-elle pu ? Hier, elle avait enterré Emi. Aujourd'hui, elle devenait Reine.

Le soleil se levait à peine, teintant sa chambre immense de rose et d'or. Une chambre froide. Impersonnelle. Luxueuse mais vide. Rien à voir avec sa cabine sur le Moby Dick.

Ume entra silencieusement, portant la robe de couronnement. Blanche et or, brodée de symboles anciens. Magnifique. Et terriblement lourde.

« Votre Majesté, il est temps de vous préparer. »

Sohalia hocha la tête mécaniquement. Elle se leva, laissant Ume l'habiller comme une poupée. La robe glissa sur sa peau. Les broderies pesaient. Chaque symbole représentait une responsabilité. Un poids. Une chaîne.

Ume coiffa ses longs cheveux blonds en une tresse complexe, ornée de perles blanches. Puis elle plaça un léger voile transparent.

« Vous êtes magnifique, Votre Majesté. »

Magnifique. Quel mot creux. Sohalia se regarda dans le miroir. La femme qui lui faisait face était une étrangère. Une Reine. Pas elle.

« Vous êtes prête ? »

Prête. Quel mot étrange. Elle ne serait jamais prête.

Elle pensa à Marco. À sa promesse.

Je reviendrai.

Mais reviendrait-elle vraiment ? Ou la couronne la garderait-elle prisonnière à jamais ?

« Votre Majesté ? » Ume la regardait, inquiète.

« Oui. Je suis... prête. »

Mensonge.

Mais elle n'avait pas le choix. Elle n'avait jamais eu le choix.


Chapelle royale.


Sohalia était debout face aux portes imposantes de la chapelle qu'elle avait franchie la veille dans un état de deuil.

Aujourd'hui, ces mêmes portes s'ouvriraient sur son couronnement.

Pourtant, elle percevait déjà les murmures joyeux des citoyens à l'intérieur, heureux de ce nouveau règne. Comme si Emi n'avait pas été enterré quelques heures aupravant.

Lia grimaça en se souvenant d'Emi stressée juste avant son propre couronnement, ne cessant de remettre une mèche de cheveux derrière les oreilles de Maiya ou de Sohalia, d'enlever une poussière imaginaire sur les épaules d'Hachiro.

Sa gorge se serra. Elle déglutit en pensant qu'elle n'avait même pas pu dire à sa tante que Leïko était vivante. Emi aurait été si heureuse de savoir sa mère en vie, qu'elle avait encore une chance de la voir, de lui parler, de lui faire rencontrer sa petite-fille.

Emi vouait un amour et une admiration sans limite à Maiya. Sohalia s'était souvent demandé si sa propre mère avait été pareille avec elle. Elle n'avait jamais pu s'empêcher d'être envieuse face à cet amour gargantuesque que recevait sa cousine.

Les portes s'ouvrirent. Le son résonna comme un gong, sourd et final.

L'allée s'étendait devant elle — interminable, bordée de centaines de visages. Tous la regardaient. Attendaient. Espéraient.

Le parfum des fleurs blanches — les mêmes que pour Emi — lui donna la nausée. L'odeur de l'encens était étouffante. La chaleur des bougies, oppressante.

Elle inspira profondément. Carra les épaules. Leva le menton.

Et marcha.

Elle ne prêta pas la moindre attention aux personnes présentes. Il n'y avait pas un visage devant elle qui aurait pu l'aider à affronter cette épreuve plus facilement.

Alors, la commandante s'imagina ailleurs.

Sur le pont du Moby Dick. Marchant vers la proue. Le bois sous ses pieds. L'odeur du sel. Le bruit des vagues. Son père assis sur son immense trône, toujours si impressionnant, mais l'amour pour ses enfants adoucissait son visage marqué par le temps. Entourée de ses frères.

Ace, la tête dans une assiette comme toujours, se réveillant en sursaut pour la saluer. Haruta et son visage enfantin, lui faisant un clin d'œil encourageant. Izo replaçant une mèche de cheveux dans sa coiffure impeccable, lui souriant avec fierté. Jozu impassible, mais un éclat tendre dans ses yeux de diamant. Vista, fier, hochant la tête vers elle.

« Tu es une pirate. Et les pirates ne baissent jamais les bras. »

Et Marco.

Marco lui souriant, ses yeux bleus fixés sur elle avec cette intensité qui la faisait fondre. Ses cheveux blonds brillant dans le soleil. Sa chemise mauve ouverte.

« Je suis là », semblait-il dire. « Toujours. »

Elle serra les poings sous ses manches. Continua de marcher.

Un pas. Puis un autre. Puis un autre.

L'allée n'en finissait pas.

Sohalia revint à elle lorsque l'ancienne des prêtresses arrêta son chant si envoûtant. Sa voix s'éteignit lentement, résonnant une dernière fois contre les pierres anciennes.

Elle déglutit discrètement et s'imposa le calme en remarquant qu'elle avait les larmes aux yeux.

Son cœur lui hurlait de foutre le camp d'ici. Tout cela ne la concernait pas. Elle faisait partie des enfants de Barbe Blanche. Pourquoi devait-elle prendre toutes ces responsabilités ?! Pourquoi elle ?!

Elle pria pour que quelque chose empêche l'inévitable.

Elle croisa alors le regard de Maiya, assise au premier rang. Sa cousine semblait soulagée de la voir prendre sa place, la protéger. Ses yeux rouges et gonflés témoignaient de sa nuit blanche à pleurer.

Sohalia détourna les yeux et embrassa ceux de la vieille prêtresse qui s'apprêtait à réciter les vœux.

« Sohalia Shizen, » commença la sage, sa voix amplifiée par le silence absolu, « jurez-vous de tout faire pour protéger notre île, la rendre plus prospère, plus puissante ? »

« Oui », déclara-t-elle.

Sa propre voix lui sembla étrangère. Comme si quelqu'un d'autre contrôlait son corps.

Je veux protéger le Moby Dick aussi, pensa-t-elle désespérément.

Sohalia savait pourquoi elle le faisait. Pour Maiya. Elle voulait tenir la promesse faite à sa tante. Elle voulait protéger cette jeune fille si pure de la folie de cette île.

« Jurez-vous de mourir pour nous et notre refuge ? » questionna durement la prêtresse.

« Je le jure, sur mon honneur, ma famille et ma vie ! » clama-t-elle fortement.

Quelle famille ? pensa-t-elle amèrement. Celle d'ici ? Ou celle de mon cœur ?

La vieille femme la dévisagea avec un petit sourire satisfait, appréciant la détermination de la jeune femme. Elle se tourna vers un petit coffre ancien qu'elle ouvrit. Le silence était si oppressant que Sohalia put percevoir les grincements des charnières protester.

La Shizen observa, troublée, la couronne s'approcher d'elle.

Or et argent entrelacés. Pierres précieuses représentant les quatre saisons. Lourde. Si lourde.

Elle comprit qu'elle était kidnappée par une vie qui ne la rendrait jamais heureuse.

Elle réalisa que même si dans quelques jours elle pourrait retourner sur le Moby Dick, elle devrait revenir sur l'île et quitter sa famille de cœur. Encore et encore. Jusqu'à ce que la distance les sépare définitivement.

Elle devrait abandonner son père qui lui avait tant donné.

Et Marco…

Sohalia ferma les yeux en sentant la couronne se poser doucement sur sa chevelure.

Elle était lourde sur son cœur. Légère au-dessus de sa tête.

Cachée derrière ses paupières, elle refoula ses larmes alors que Marco s'éloignait au loin dans son esprit. De plus en plus loin. De plus en plus flou.

Non , pensa-t-elle désespérément. Ne pars pas.

Mais c'était elle qui partait. Pas lui.

Elle rouvrit les yeux, accepta la main tendue de son oncle et se releva de son siège.

La foule l'acclama.

« Longue vie à la Reine ! Longue vie à Sohalia Shizen ! »

Mais elle resta impassible, leur répondant par automatisme. Un sourire figé. Un geste de la main. Vide.

Elle sentit les chaînes du destin l'enserrer et la condamner.

Reine.

Prisonnière.


Palais royal, appartements de la Reine.

Début d'après-midi, quelques heures après le couronnement.


Sohalia avait à peine eu le temps de retirer sa couronne qu'un messager frappa à sa porte.

Elle était épuisée. Son corps réclamait du repos. Son esprit aussi. Mais visiblement, on ne lui laisserait pas un instant de répit.

« Entrez. »

Un jeune garde pénétra, s'inclina profondément.

« Votre Majesté, le Conseil exige une réunion d'urgence. »

Évidemment. Elle aurait dû s'en douter.

« Maintenant ? » demanda-t-elle, sachant déjà la réponse.

« Ils insistent, Votre Majesté. » Le garde sembla mal à l'aise. « C'est à propos... de l'étranger. »

Akihide.

Bien sûr. Le Conseil ne lui laisserait aucun repos tant que cette question ne serait pas réglée.

« Très bien. » Elle soupira. « Dans une heure. Le temps que je me change et me prépare mentalement. »

« Je transmettrai, Votre Majesté. »

Le garde s'inclina et sortit rapidement.

Sohalia resta immobile un moment, fixant sa couronne posée sur la coiffeuse. Elle pesait déjà comme un reproche.

Une heure. Une heure pour reprendre ses esprits. Pour se préparer à la bataille à venir.

Car ce serait une bataille. Elle le savait. Elle le sentait.


Salle du Conseil royal.

Une heure plus tard.


Sohalia s'assit sur son trône — le trône d'Emi — et comprit immédiatement le sujet de cette séance lorsqu'elle vit tous les regards se tourner vers Akihide. Il se tenait debout à côté d'Hachiro, raide comme un piquet, le visage impassible mais les mains crispées.

Elle était déjà à fleur de peau. Elle prit sur elle pour ne pas écouter la pirate en elle qui ne désirait qu'un peu de liberté. Elle faisait de son mieux pour ne pas craquer. Mais il semblerait que les dieux n'étaient pas décidés à lui laisser une once de repos.

Elle se cacha derrière ses longs cheveux blonds et poussa un discret soupir pour évacuer toute la tension qui régnait dans son corps. Elle fit face aux quatre lignées, impassible, bien décidée à ne pas les lâcher du regard. Au cas où un fou tenterait quoi que ce soit pour attenter à la vie d'Akihide.

Du coin de l'œil, elle remarqua sa cousine s'agiter sur son siège en jetant des coups d'œil gênés du côté des Kasai.

Curieuse, elle détailla rapidement l'héritier qui perturbait la douce Maiya. Un sourire, qui disparut bien vite, fleurit sur ses lèvres en voyant Kino Kasai complètement absorbé par la princesse, ne semblant rien voir d'autre qu'elle.

Intéressant. Très intéressant.

Les lignées s'inclinèrent respectueusement et Sohalia les autorisa à parler d'un geste de la main.

Aussitôt, des cris résonnèrent.

Si cela n'avait pas été si prévisible, elle en aurait presque sursauté.

Elle échangea un sourire moqueur avec Nostradamus Senrigan — le sage de la lignée éponyme, un vieil homme aux yeux blancs laiteux qui voyait l'avenir — qui semblait trouver ce raffut très distrayant.

Elle percevait des cris outrés, horrifiés, haineux à propos de la présence d'Akihide.

« Comment ose-t-il être ici ?! »

« Un étranger dans notre palais ! »

« C'est une insulte ! Une provocation ! »

« Il doit partir ! »

« Ou mourir ! »

Elle sourit un peu plus en pensant qu'un seul homme sans pouvoir réussissait à paniquer les êtres les plus puissants de l'île.

Pathétique.

« Eh bien… » déclara-t-elle tranquillement, sa voix coupant le tumulte comme une lame. « Tant de remous pour un seul homme… Akihide, tu devrais te sentir honoré. »

Le silence tomba instantanément.

« Votre Majesté ! » s'insurgea l'ancienne des Kasai — une femme sèche au visage pincé, les lèvres fines crispées en une moue désapprobatrice.

« Oui ? » répondit Sohalia avec une innocence feinte.

« Comment pouvez-vous laisser un intrus du Dehors s'immiscer dans notre château ? Dans notre vie politique ? »

« Comment ? » Sohalia fit mine de réfléchir. « Hum… Il a plus d'expériences de la vie princière que vous, pour commencer. Cela lui donne un avantage certain comparé à vous. »

Elle faisait bien attention à rappeler à la vieille femme et son mari qu'ils n'étaient pas du même rang.

« Un prince du Dehors ne vaut rien ici ! » siffla la vieille Kasai, blessée dans son orgueil.

« Vraiment ? » Sohalia se leva lentement, dominant l'assemblée. « Alors laissez-moi vous le présenter correctement. »

Elle fit une pause théâtrale.

« Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, je vous présente Akihide Shizen. »

Silence. Total. Assourdissant.

Sohalia se délecta des expressions choquées qui s'affichaient sur les visages. La vieille des Kasai ressemblait à une vieille chouette déplumée qui venait de se cogner contre une vitre. Son mari, lui, ressemblait à un morse qui venait de glisser de sa banquise.

Puis l'explosion.

« QUOI ?! »

« Shizen ?! »

« Impossible ! »

« C'est un mensonge ! »

Les lignées explosèrent. Sohalia les laissa brailler un moment, histoire qu'ils se dépensent.

Seuls les Senrigan restèrent calmes, connaissant déjà toute l'histoire grâce aux visions de Nostradamus.

Mizuki — la chef de la lignée éponyme, une femme élégante aux cheveux gris, toujours composée — s'avança et s'inclina, faisant taire tout le monde par sa seule présence.

« Votre Majesté, puis-je vous demander quels sont vos liens exacts avec cet homme ? »

« Bonne question. » Sohalia sourit légèrement. « Mon oncle adoptif ? »

« Je ne comprends plus rien », souffla la matriarche de la lignée des Kiku en se massant les tempes.

Sohalia prit une inspiration et commença son explication.

« La plupart d'entre vous ont connu ma grand-mère, Leïko Shizen. Elle a disparu soudainement suite à la mort de ma mère. Elle est allée sur l'île où ma mère vivait pour voir de ses propres yeux les destructions. Elle a découvert ce jeune garçon, Akihide, dans les débris. Elle a décidé de prendre soin de lui, mais elle savait qu'elle ne pourrait revenir avec lui ici. Elle s'est fait passer pour morte et a pris le contrôle d'une île abandonnée. Elle a élevé Akihide comme son propre fils et lui a parlé de notre Histoire. »

« Votre grand-mère... ? » répéta le chef de la lignée des Kizu, stupéfait.

Les Senrigan hochèrent la tête pour confirmer. Les Mizuki se rassirent, assimilant l'information. Les Kizu restèrent figés, choqués.

Et sur le visage des Kasai, Sohalia vit la colère prendre place.

« Nous ne pouvons lui faire confiance ! » attaqua le vieux Kasai. « Cet homme n'a rien à faire ici ! S'il est au courant de tout, il doit être éliminé ! Nous ne pouvons nous permettre d'être découverts ! »

« Nous ne pouvons pas faire confiance aux Shizen, également ! » renchérit sa femme, attirant tous les regards.

L'atmosphère se glaça.

« Ils se moquent bien de ce qu'il peut nous arriver ! » continua-t-elle, sa voix montant dans les aigus. « Eri Shizen qui s'enfuit de l'île, puis revient avec un homme du Dehors, se fait engrosser ! Leïko Shizen qui se fait passer pour morte pour dévoiler tous nos secrets à un gamin ! Emi Shizen qui a toujours contredit notre regretté roi Taiyō ! »

Elle pointa un doigt accusateur vers Sohalia.

« Et enfin, Sohalia Shizen ! Une bâtarde élevée par des pirates du Dehors qui se permet de faire entrer des intrus sur notre île ! »

Le silence les enveloppa comme une chape de plomb.

Sohalia sentit les auras menaçantes des Senrigan, des Mizuki, des Kizu et de son oncle se déployer autour des Kasai. Elle aperçut même Akihide se redresser, prêt à aller faire ravaler ses mots à la vieille femme. Elle eut un sourire satisfait. Leur loyauté la réchauffait.

Mais sa propre colère balaya ce sentiment rapidement.

« Lignée Kasai », gronda-t-elle en se levant.

Sa propre aura explosa, emplissant la salle. Plusieurs reculèrent instinctivement.

« Savez-vous ce que vous venez de faire ?! Même dans le monde du Dehors, que vous trouvez si barbare, insulter son supérieur est sévèrement puni ! »

Elle pouvait accepter les insultes contre elle. Mais sa famille ? Jamais.

« Ce que vous êtes, je peux le défaire aussi facilement que claquer des doigts ! » siffla-t-elle. « Je pourrais vous condamner à mort, vous et toute votre famille ! »

Les vieux Kasai pâlirent. Kino sembla sur le point de s'évanouir.

« Votre Majesté… » intervint Nostradamus Senrigan calmement. « Commencer un règne avec du sang ne présage qu'une fin dans le sang. »

Les Kiku, Mizuki et Hachiro hochèrent vigoureusement la tête.

Sohalia inspira profondément.

« Je le sais. » Sa voix se radoucit légèrement. « Voilà pourquoi je vais bannir les deux patriarches du Conseil, du palais, et de la capitale. Ils pourront rester dans la forêt, dans les montagnes. Gardes ! »

Deux gardes robustes entrèrent.

« Emmenez-les près de la forêt. Je ne veux plus jamais revoir ces deux vieux serpents. »

« Oui, Votre Majesté ! »

Les gardes saisirent les vieux Kasai. Cris. Suppliques. Pleurs.

Sohalia se détourna, ignorant leurs lamentations.

« Kino Kasai ! »

Le jeune homme sursauta, terrorisé.

« V-Votre Majesté ? »

« Vous êtes dorénavant le représentant de votre lignée. »

Il la fixa, incrédule. Puis s'inclina profondément.

« Bien, Votre Majesté. Je... je vous remercie. »

Le silence plana un court instant. Sohalia soupira, lasse.

« Votre Majesté ? » Mizuki brisa le silence. « Où est Leïko Shizen ? »

Sohalia se raidit.

« Assassinée par Jef Mentaru. » Sa voix était plate. « Akihide est venu me voir pour avoir de l'aide sous l'ordre de ma défunte grand-mère. Il est également poursuivi par ce monstre. »

Akihide se tendit à l'évocation de Jef.

Des murmures s'élevèrent. Inquiets. Terrifiés.

« Jef Mentaru... »

« Le fou qui a tué le Roi Taiyō... »

« Et maintenant la Reine Emi... »

« Il va tous nous tuer ! »

« Personne n'est en sécurité ! »

« Votre Majesté, » demanda Kino timidement, « est-ce pour cela que vous avez amené cet homme ? À cause de Jef et de son lien avec Leïko Shizen ? »

Sohalia acquiesça.

« Oui. Leïko me l'a confié avant de mourir. Je ne pouvais pas le laisser seul face à Jef. »

Elle les laissa discuter, espérant que ces faits suffiraient à protéger Akihide. Elle lui fit signe de la rejoindre discrètement. Il se plaça derrière elle, dans l'ombre du trône. Elle lui prit la main. Il tremblait.

« Avez-vous fait votre choix ? » demanda-t-elle après un moment.

« Oui, Votre Majesté ! »

« J'écoute. »

Nostradamus Senrigan se leva le premier.

« Les Senrigan ne voient aucun inconvénient à ce que ce jeune homme reste parmi nous. Il s'agit de sa sécurité et d'une volonté de la défunte Leïko Shizen. Il est au courant depuis longtemps. Il n'a jamais rien dit. Pourquoi le ferait-il aujourd'hui, alors que nous pouvons le protéger ? »

Sohalia lui adressa un hochement de tête reconnaissant.

Le chef des Kiku se leva.

« Les Kiku s'opposent à ce qu'il réside parmi nous. » Son visage était grave. « Nous demandons la peine de mort. Ses liens avec votre famille ne suffisent pas. Et la menace de Jef... Si ce fou vient le chercher ici, il provoquera un massacre. »

Sohalia serra les dents.

Mizuki se leva avec grâce.

« Les Mizuki n'acceptent pas qu'il demeure parmi nous. La menace de Jef est trop grande. » Elle croisa le regard de Sohalia. « Mais nous ne le condamnons pas à mort. Nous demandons son exil dans le Dehors. »

Sohalia lui lança un regard reconnaissant.

Kino se leva, mal à l'aise.

« Les Kasai... » Il déglutit. « Nous sommes de l'avis des Kiku. Nous craignons que Jef vienne et crée un chaos. Nous demandons... la peine de mort. »

Sa voix s'était brisée. Sohalia sentit Akihide se tendre, puis se relâcher. Comme s'il abandonnait. Elle serra sa main plus fort. Bats-toi.

« Récapitulons. » Sa voix était froide. « Senrigan : pour. Kiku : contre, peine de mort. Mizuki : contre, exil. Kasai : contre, peine de mort. »

1 pour. 3 contre. Dont 2 pour la mort.

Le silence s'installa, attendant son verdict.

Sohalia soupira. Elle avait espéré ne pas en arriver là. Elle se redressa, lâcha la main d'Akihide.

Le second plan celui qu'elle ne voulait pas utiliser.

« Il y a une autre solution. »

Silence.

« Je pourrais l'épouser. »

Explosion.

« QUOI ?! »

« Votre Majesté, vous ne pouvez pas ! »

« C'est de la folie ! »

« Un étranger comme Roi Consort ?! »

Même Nostradamus sembla choqué.

Seule Mizuki ne criait pas. Elle hocha la tête lentement. Respectueuse.

Elle comprenait le sacrifice.

« Mais Votre Majesté, » dit Mizuki doucement, « Akihide est... comme un frère pour vous, n'est-ce pas ? Ce mariage serait... »

« Étrange ? Inconfortable ? Presque incestueux ? » Sohalia sourit amèrement. « Oui. Je sais. Mais c'est la seule solution. »

Akihide était livide.

« Sohalia, non... »

« C'est ma décision. »

« Mais la Princesse Maiya— » commença quelqu'un.

« Maiya a quinze ans », coupa Sohalia sèchement. « Elle est mineure. Hors de question. »

Silence gêné.

« Alors c'est vous, Votre Majesté », dit Nostradamus. « Ou sa mort. »

« Alors c'est moi. »


Palais royal, salon privé des appartements royaux.


Sohalia pénétra dans le salon privé et soupira en voyant la mine triste d'Ume. La nouvelle avait déjà fait le tour du palais. Dans quelques heures, l'île entière serait au courant.

Elle perçut les pas précipités de son oncle, sa cousine et Akihide dans le couloir.

« Sohalia ! » s'écria Hachiro en entrant.

« Ne commence pas, Hachiro ! La décision est prise. »

« Sohalia-nee-sama… » Maiya entra, les larmes aux yeux. « Il doit y avoir une autre solution… »

« Ma belle, il n'y en a pas d'autres. Me marier avec Akihide est le moyen le plus sûr de la garder en vie. »

« Sohalia… » Akihide entra. « Je ne veux pas que tu fasses ça ! Tu devrais avoir le droit de… »

« Ô pour l'amour de je ne sais quel Dieu, tais-toi ! »

Un silence choqué s'installa.

Elle inspira profondément.

« Je sais que je devrais avoir le droit de vivre ma vie. Malheureusement, je suis déjà condamnée à abandonner ma famille de cœur. Ce qui veut dire quitter l'homme que… »

Elle se coupa. Non. Pas maintenant.

« Bref ! J'ai déjà une couronne que je ne voulais pas ! Alors un mariage en plus... »

« Ça change tout ! » répliqua Akihide. « Je ne veux pas d'un mariage forcé ! Je ne suis pas d'accord ! »

« Tu tiens à ta tête ? »

Silence.

« Alors tu accepteras. Dès que tu diras non, les Kiku et Kasai te tueront. Avant le coucher du soleil. »

« C'est du délire ! »

« Sans blague ?! Les habitants de cette île sont fous ! »

Les principaux intéressés affichèrent des mines outrées.

« Ils ont été élevés en vase clos. Certes, il y a des êtres mauvais dans le Dehors. Les Tenryūbito. Mais il y a aussi beaucoup d'êtres bons. »

Les larmes montèrent.

« J'ai vu un père se priver de nourriture pour ses enfants. Une femme se sacrifier pour son mari. Des enfants protéger des plus jeunes. J'ai connu la chaleur d'un père aimant. Un homme qui se levait la nuit quand je faisais des cauchemars. »

Sa voix se brisa.

« Un homme qui me brossait les cheveux. Qui me regardait comme si j'étais la seule chose qui comptait. »

Sanglots.

« Et cet homme... je vais le perdre. Pour sauver Akihide. Pour sauver cette île. »

Silence total.

« Je veux que cette île voie ce monde magnifique et cruel. Je veux qu'on puisse voyager librement. Je veux vous offrir tout ce que j'ai vécu. Si je peux aider, je le ferai. Même si ça me brise. »

Elle fixa Akihide avec détermination.

Il la dévisagea longuement et ne la retint pas quand elle s'enferma dans sa chambre.


Sohalia s'adossa à la porte, la respiration saccadée. Ses souvenirs du Moby Dick revinrent violemment.

Les inventaires dans les cales. Les entraînements. Les repas bruyants. Les rires.

Puis Marco. La nuit à l'auberge. Ses mains. Ses baisers.

Je t'appartiens.

Elle se mordit le poing. Les larmes dévalèrent ses joues.

Elle se précipita vers son lit et mordit l'oreiller, étouffant son cri de désespoir.

Tout lui échappait. Sa vie. Sa liberté. Marco.


Deux heures plus tard.


Akihide frappa à la porte.

« Sohalia ? »

Pas de réponse.

« S'il te plaît. Je dois te parler. »

La porte s'ouvrit. Sohalia apparut, les yeux rouges.

« Quoi ? »

« Je... J'accepte. »

« Quoi ? »

« Le mariage. J'accepte. »

« Pas parce que j'ai peur de mourir. » Il la regarda. « Parce que je ne peux pas te laisser porter ce fardeau seule. Leïko m'a tout donné. Tu me protèges. C'est la moindre des choses. Même si ce mariage est une mascarade. »

Sohalia le serra dans ses bras.

« Merci. »

« Ne me remercie pas. »

Ils restèrent ainsi un moment.

« Quand ? »

« Ce soir. Dans quatre heures. »

« Ce soir ?! »

« Oui. »

Mon Dieu.


Trois heures plus tard, fin d'après-midi.


Ume habillait Sohalia en silence.

Encore une robe blanche. Toujours le blanc. Celle-ci était plus simple que celle du couronnement, mais tout aussi belle. Légère et douce. Brodée de fleurs délicates.

Une robe de mariée.

Mais elle ne se sentait pas comme une mariée. Elle se sentait comme une condamnée.

« Vous êtes sûre, Votre Majesté ? » demanda Ume doucement.

« Non. Mais je n'ai pas le choix. »

Dans le miroir, elle se vit. Reine depuis ce matin. Mariée ce soir.

Tout allait trop vite.

« Marco... » murmura-t-elle.

Ume fit semblant de ne pas avoir entendu.


Chapelle royale, petite salle latérale.

Une heure plus tard, début de soirée.


La cérémonie fut courte. Froide. Vide.

Seulement la famille proche. Les lignées siégeant au Conseil. Personne d'autre. Pas de foule joyeuse. Pas de fleurs. Pas de musique.

Juste une formalité. Un contrat.

Sohalia se tenait devant l'autel, Akihide à ses côtés. Ils ne se regardaient pas. Fixaient la prêtresse.

Maiya pleurait silencieusement au premier rang. Hachiro avait la mâchoire serrée.

Les lignées observaient, impassibles.

« Akihide Shizen, acceptez-vous Sohalia Shizen comme épouse ? »

Silence. Long. Terrible.

« ... Oui. »

À peine audible.

« Sohalia Shizen, acceptez-vous Akihide Shizen comme époux ? »

Elle ferma les yeux. Pensa à Marco. À ses yeux bleus. À son sourire.

Pardon.

« Oui. »

« Je vous déclare mari et femme. »

Pas de baiser. Ils ne bougèrent pas.

Ils se regardèrent enfin. Deux prisonniers enchaînés.

« Je suis désolé », murmura Akihide.

« Moi aussi. »

C'était fait. Irréversible.

Mariée.


Chambre de la Reine.

Tard dans la nuit.


Sohalia était seule dans sa chambre. Akihide avait insisté pour dormir ailleurs. Évidemment. Comment auraient-ils pu partager un lit ?

Elle s'assit au bureau. Plume. Encre. Papier.

Comment lui dire ? Comment expliquer ?

L'escargophone était là. Elle pourrait l'appeler. Mais non. Elle n'en avait pas le courage. Sa voix se briserait.

Une lettre. Ce serait plus facile.

Menteuse. Rien ne serait facile.

Elle prit la plume. Commença à écrire.

Les larmes coulèrent immédiatement. Tachèrent le papier.

Tant pis.

« Marco,

Je t'écris depuis une île magnifique et terrible à la fois. Depuis un palais qui me fait me sentir si seule, si loin de vous.

Je t'écris pour te dire la vérité, même si elle me coûte tout.

Je t'écris car je n'ai pas la force de te le dire à voix haute. Car je crains ta colère. Ton mépris. Ta haine.

Akihide est en danger. Le Conseil voulait sa mort. Deux lignées sur quatre réclamaient sa tête. Trois son bannissement. La seule façon de le sauver était de l'épouser.

Quand tu liras cette lettre, les vœux seront prononcés. Mon destin scellé.

Je sais que tu ne comprendras pas. Moi-même, je vis tout ceci dans un état second. J'ai l'impression de ne plus rien contrôler.

Je t'écris pour te dire que je suis désolée. Désolée de te faire souffrir. Désolée de te décevoir.

Je suis terrifiée que tu ne me pardonnes jamais. Que tu ne veuilles plus jamais me voir.

Je t'écris déchirée par ce sacrifice. Par cette couronne qui m'emprisonne. Par ce mariage qui n'en est pas vraiment un.

Mais sache une chose :

Malgré tout. Malgré ce mariage forcé. Malgré cette couronne. Malgré cette distance.

Je t'appartiens corps et âme.

Toujours.

Sohalia »

Elle cacheta l'enveloppe. Ses mains tremblaient.

À côté, une seconde enveloppe. Pour Barbe Blanche. Expliquant tout.

Demain, un messager les porterait. Un téléporteur qui pourrait atteindre le Moby Dick en quelques heures.

Demain, Marco saurait.

Elle posa les lettres sur le bureau.

Puis s'effondra sur son lit, toujours vêtue de sa robe de mariée.

Elle pensa à sa promesse de l'appeler tous les jours.

La barrière céda, se brisa.

Elle pleura.

Pleura jusqu'à l'épuisement.

Quelque part sur la mer, Marco dormait. Paisible. Ignorant.

Profite de cette nuit, pensa-t-elle. Demain, ton monde s'effondrera. Comme le mien aujourd'hui.


Moby Dick, quelque part sur Grand Line.

Lendemain, fin d'après-midi. Troisième jour après l'enterrement d'Emi.


Marco frappa à la porte du commandant de la douzième division et attendit patiemment.

La petite silhouette d'Haruta se dessina. Il bailla en saluant le second.

« Un problème, Marco ? »

« Aucun. Je tenais juste à te remercier pour tes bons conseils avec Lia. »

« Bah, de rien... » Il semblait étonné.

« Cadeau. » Marco lui tendit une grosse bouteille de saké.

Haruta écarquilla les yeux. « Eh bien ! Tu te fous pas de moi. » Il reconnut l'étiquette. « Je devrais te donner des conseils plus souvent. »

Ils rirent ensemble.

La journée avait été bonne. Le temps était clément. L'équipage de bonne humeur.

« Sohalia t'a appelé hier ? » demanda Haruta.

« Non. » Marco secoua la tête. « La journée a dû être chargée. Elle a dû enterrer sa tante, passer du temps avec sa cousine et son oncle. Elle devrait m'appeler ce soir. »

Haruta sourit.

« Tu le prends bien. C'est étonnant. »

Les frères étaient ravis de les voir si complices et heureux ensemble. Cela faisait longtemps que Marco n'avait été si souriant.

La mort de Thatch, la trahison de Teach, le départ d'Ace... Ces derniers mois avaient été durs.

« Marco ! » Izo avançait rapidement, un papier à la main. « Un messager est apparu sur la proue. Il est venu te donner ça. Ça semble être écrit de la main de Sohalia. »

Le phénix se raidit. Un mauvais pressentiment lui tirailla l'estomac.

Pourquoi écrirait-elle, alors qu'elle pouvait l'appeler ?

Il prit l'enveloppe, remercia Izo et Haruta, et fila dans sa cabine.

Il voulait être seul.


Cabine de Marco.


Marco était assis à son bureau depuis plusieurs minutes. Devant lui, la lettre. Il la fixait, essayant de deviner ce qu'elle contenait. Il hésitait à l'ouvrir. Son esprit lui faisait imaginer les pires scénarios.

Excédé, il attrapa son coupe-papier et ouvrit l'enveloppe. Si elle écrivait, c'est qu'elle allait bien. Il n'avait pas à s'en faire.

Il la déplia et admira l'écriture en calligraphie. Si différente de ses pattes de mouche d'avant.

Il sourit en y pensant.

Puis il commença à lire.

« Marco,

Je t'écris depuis une île magnifique et terrible à la fois... »

Il continuait, attentif. Elle parlait du palais. De sa solitude. De vouloir lui dire la vérité.

« Akihide est en danger. Le Conseil voulait sa mort. La seule façon de le sauver était de l'épouser. »

Marco se figea.

Ses mains se crispèrent sur le papier.

Il relut. Encore. Encore.

« ... de l'épouser. »

« C'est quoi ces conneries ?! » beugla-t-il.

Il sortit en trombe de sa cabine. Fonça dans celle de son père. Vide.

Tant mieux.

Il attrapa l'escargophone. Composa frénétiquement le numéro.

Sonnerie.

« Décroche. Décroche. DÉCROCHE ! »

Rien.

Il rappela. Encore. Encore. Encore.

Rien.

« BORDEL ! »

Son poing percuta le mur. Une fois. Deux fois. Dix fois.

Le bois craqua. Ses phalanges saignèrent. Il s'en foutait.

« ELLE PEUT PAS... ELLE PEUT PAS FAIRE ÇA ! »

Un autre coup. Le mur céda.

Ace entra en trombe et resta figé en voyant Marco dans cet état.

Il n'avait vu son frère ainsi qu'une seule fois : après la trahison de Teach.

Il se réveilla et attrapa ses bras, les plaqua dans son dos, le colla au mur.

« Calme-toi ! »

Marco se débattit violemment.

Barbe Blanche entra et observa son fils aîné se débattre. Il venait de lire la lettre de Sohalia adressée à lui. Tout lui expliquant. Il ramassa celle de Marco.

« ... Quand tu liras cette lettre, les vœux seront prononcés. Mon destin scellé.

Je sais que tu ne comprendras pas. J'ai l'impression de ne plus rien contrôler.

Je t'écris pour te dire que je suis désolée. Désolée de te faire souffrir.

Je suis terrifiée que tu ne me pardonnes jamais. Que tu ne veuilles plus jamais me voir.

Je t'écris déchirée par ce sacrifice.

Mais sache une chose :

Malgré tout, je t'appartiens corps et âme.

Toujours. »

Barbe Blanche relut. Puis observa Marco continuer à se débattre.

Une troupe de curieux s'était formée à la porte.

« Marco, mon fils », dit-il doucement.

Le phénix se figea.

« Il ne s'agit pas d'une lettre d'adieu. C'est une déclaration d'amour. »

Marco le dévisagea, perdu.

Comment le mariage de la femme qu'il aimait avec un autre pouvait être une déclaration d'amour ?

Son père lui tendit la lettre.

« Lis la fin. »

Marco la prit. Mains tremblantes.

« Malgré tout, je t'appartiens corps et âme. »

Le silence tomba.

La rage s'atténua en colère. Son cœur était toujours en morceaux, mais une douce chaleur chassait lentement la froideur.

Elle lui appartenait. Malgré tout.

« Père... » Sa voix était brisée. « Qu'est-ce que je fais ? »

« Tu attends. » Barbe Blanche posa une main sur son épaule. « Tu lui fais confiance. Et tu continues de l'aimer. »

« Mais elle est... mariée. »

« Mariée. Oui. » Le vieil homme hocha la tête. « Mais pas perdue. »

Silence.

« Pas encore. »


REECRIT : 16/01/2026

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