The New Era

Chapitre 37 : Chapitre 37 : La Distance Entre Nous

5908 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 17/01/2026 22:08

Le Royaume, palais royal, chambre de la Reine.

Nuit du mariage, quelques heures après la cérémonie.


Le silence.

C'était la première chose que Sohalia remarqua en pénétrant dans sa chambre. Un silence épais, étouffant, qui contrastait violemment avec les festivités qui résonnaient encore dans toute la capitale. Le Conseil avait annoncé la nouvelle et préparait une cérémonie pour officialiser cet union.

Elle se tenait devant l'immense fenêtre donnant sur le balcon qui surplombait la ville. Les battants étaient clos, mais la musique filtrait quand même. Joyeuse. Entraînante. Insouciante.

Les habitants fêtaient son mariage.

Son mariage.

Le mot lui donnait la nausée.

Le ciel était d'un noir d'encre. Pas une étoile. Pas même la lune. Comme si les dieux eux-mêmes refusaient d'éclairer cette nuit.

Sohalia porta une main à sa gorge. L'air lui manquait. La robe de mariée — blanche, magnifique, brodée d'or — l'avait oppressée. Trop serrée. Trop lourde. Elle l'avait à peine regardée. N'avait prêté aucune attention à la cérémonie, aux décorations, au repas. Elle avait agi comme un automate, le visage figé dans un sourire de façade.

Pour que ce soit moins douloureux.

Ça n'avait pas marché.

La seule chose qu'elle avait remarquée, c'était la joie des habitants. Leur soulagement. Enfin une bonne nouvelle après tant de drames.

Une nouvelle Reine. Un nouveau souffle.

Ils ne savaient pas. Ils ne voyaient pas qu'elle mourrait à l'intérieur.

Un léger coup à la porte. Puis elle s'ouvrit.

Akihide entra, hésitant. Ses pas sur le parquet ciré résonnèrent dans le silence oppressant.

C'était dorénavant sa chambre à lui aussi.

Cette pensée fit se crisper l'estomac de Sohalia.

Instinctivement, elle resserra les pans de son peignoir de soie blanc sur sa nuisette — tout aussi blanche, tout aussi fine. Le tissu glissait sur sa peau comme de l'eau, doux mais glacé.

Elle frissonna.

Akihide s'arrêta et la détailla.

Cheveux blonds défaits cascadant sur ses épaules. Dos raide. Mains crispées sur le tissu. Elle refusait de se retourner vers lui.

Il soupira doucement et se dirigea vers la salle de bains sans un mot.

Quelques minutes plus tard, il en ressortit. Il Avait troqué son costume de marié pour un simple t-shirt noir et un bermuda de jogging de la même couleur. Normalement, il dormait en caleçon. Mais il doutait que ce soit approprié.

Il se glissa sous les draps. Somptueux — soie et coton mélangés, doux comme des nuages. Mais froids. Vides. Il attendit qu'elle le rejoigne.

Sohalia ne bougea pas et fixait toujours la nuit noire dehors, les épaules tendues.

Plusieurs minutes s'écoulèrent dans un silence lourd.

Akihide se rassit et la dévisagea, essayant de savoir ce qu'il pouvait faire pour aider la jeune femme.

« Sohalia ? » Sa voix était douce. Prudente. « Viens te reposer, s'il te plaît. Tu en as besoin. »

Il tendit une main vers elle.

La jeune femme se retourna lentement. Ses yeux tombèrent sur cette main tendue.

Épouser Akihide était déjà une trahison envers Marco. Une trahison monumentale, impardonnable.

Mais dormir avec lui... partager un lit...

C'était pire. Tellement pire.

Elle se mordit la lèvre inférieure. Les larmes affluèrent à nouveau, brûlantes, implacables.

Marco. Son visage lui apparut. Ses yeux bleus. Son sourire en coin. La façon dont il disait son nom, avec cette douceur qui la faisait fondre.

Je t'appartiens corps et âme.

Menteuse. Tu es une menteuse.

« Sohalia. » Akihide la rappela à la réalité. « Je te promets de ne rien faire d'étrange. Je serai sage. »

Il marqua une pause et soutint son regard.

« Je sais que ton cœur, tout comme ton corps, ne seront jamais miens. Tu m'as sauvé la vie au détriment de ton couple. Tu t'es sacrifiée pour moi. Je ne t'en demanderai pas plus. »

Sohalia le scruta longuement et chercha le mensonge dans ses prunelles. La manipulation. Le désir déplacé.

Elle ne trouva que de la sincérité. De la tristesse, aussi. Et de la culpabilité.

Malgré l'obscurité de la chambre — éclairée seulement par la faible lueur des bougies qui s'éteignaient une à une — elle lut la vérité dans ses yeux.

Il ne lui ferait rien. Il ne lui demanderait rien.

Lentement, elle s'approcha. Ses pieds nus glissèrent sur le parquet froid. Chaque pas lui coûtait.

Elle se glissa sous les draps, à l'extrême bord du lit. Le plus loin possible de lui.

Le matelas s'enfonça légèrement sous son poids. L'odeur des draps — lavande et jasmin — lui piqua le nez.

Ce n'était pas l'odeur du Moby Dick. Pas le sel. Pas le bois. Pas Marco.

Les souvenirs de la nuit à l'auberge la submergèrent violemment.

La chambre modeste. Le lit grinçant. Les mains de Marco dans ses cheveux. Ses lèvres sur sa peau. Sa chaleur. Sa tendresse. Ses murmures.

Je t'appartiens.

Un sanglot lui échappa. Puis un autre. Et encore un autre. Elle porta une main à sa bouche pour étouffer les sons, mais son corps tremblait de partout.

Pour la première fois de sa vie, elle maudit son sang. Maudit d'être une Shizen. Maudit d'avoir été élevée dans les valeurs de la famille. Loyauté. Devoir. Sacrifice. Elle voulait tant être égoïste. Tout abandonner. Fuir cette île, cette couronne, ce mariage. Se jeter dans les bras de Marco et ne plus jamais le lâcher.

Akihide bougea. Elle se raidit, mais il se contenta de l'enlacer. Avec précaution. Comme on tient quelque chose de précieux et fragile. Il cacha son visage ravagé par les larmes dans le creux de son cou et la berça doucement.

« Pleure, Sohalia », murmura-t-il contre ses cheveux. « Évacue tout ça. »

Sa voix était un murmure rauque. Chargé d'émotion.

« Sois sûre d'une chose : rien ne dure en ce bas monde. Pas même nos souffrances. Tout comme il ne peut y avoir d'arc-en-ciel sans pluie, il ne peut y avoir de bonheur sans souffrance. »

Il l'enserra plus fort, espérant l'aider. Même un peu. Même un tout petit peu.

Jamais il ne pourrait payer la dette qu'il avait envers elle.

Sohalia s'accrocha à lui. Pas par désir. Pas par amour. Mais parce qu'elle avait besoin d'une ancre. De quelque chose — de quelqu'un — pour l'empêcher de sombrer complètement.

Elle pleura longtemps. Jusqu'à l'épuisement. Jusqu'à ce que le sommeil la prenne enfin, miséricordieux.

Dehors, la musique continuait. Les habitants fêtaient.

Mais dans cette chambre immense et froide, deux prisonniers enchaînés l'un à l'autre pleuraient en silence.


Palais royal, bureau de la Reine.

Quatre jours plus tard, milieu de journée.


Sohalia laissa tomber sa tête sur le bois massif de son bureau. Le choc résonna sourdement. Douloureusement.

Elle s'en fichait.

Autour d'elle, des piles de dossiers. Partout. Sur le bureau. Par terre. Sur les chaises. Des rapports. Des demandes. Des requêtes. Des plaintes. Une montagne de paperasse qui menaçait de l'ensevelir vivante.

L'odeur du papier ancien et de l'encre fraîche saturait l'air. Mélangée à celle du thé froid qu'Ume avait apporté ce matin et qu'elle n'avait pas touché.

Son estomac grondait. Quand avait-elle mangé pour la dernière fois ? Hier soir ? Avant-hier ?

Elle ne s'en souvenait plus.

La Shizen avait, certes, été formée à gérer un groupe d'individus. Une division de pirates. Des hommes et des femmes rudes, indisciplinés, mais simples.

Mais jamais à une si grande échelle. Jamais une île entière. Des milliers de personnes. Des lignées. Des traditions. Des lois.

Elle ne savait pas par où commencer.

La sécurité ? Les patrouilles étaient-elles suffisantes pour empêcher Jef de revenir ?

La politique ? Les tensions entre les Kasai et les autres lignées depuis le bannissement des vieux ?

La situation étrangère ? Les marines se rapprochaient-ils de leur position ?

L'économie ? Les taxes à réviser, les commerces à encourager ?

L'éducation ? Les enfants de l'île recevaient-ils une formation adéquate ?

Trop. C'était trop.

« Votre Majesté ? » La voix douce d'Ume brisa le silence.

Sohalia releva péniblement la tête. Une marque rouge ornait son front.

« Hum ? »

« Le sage des Senrigan veut vous entretenir d'une affaire urgente. »

Ume la regardait avec inquiétude. Ses yeux balayèrent les cernes profonds sous ceux de la Reine, la pâleur de sa peau, ses mains tremblantes.

« Fais-le entrer », soupira Sohalia en se redressant.

Elle tenta de lisser ses cheveux en bataille et abandonna rapidement. À quoi bon ?

Nostradamus entra, sa canne frappant le sol à intervalles réguliers. Ses yeux blancs laiteux se posèrent sur elle — ou du moins dans sa direction. Un sourire amusé étira ses lèvres ridées.

Sohalia utilisa son pouvoir pour rapprocher un fauteuil en face de son bureau. Le meuble glissa silencieusement sur le parquet.

Le vieil homme déposa d'épais dossiers qui vinrent s'ajouter à la montagne déjà existante.

La jeune Reine grimaça. Nostradamus sourit de plus belle.

« Qu'est-ce donc ? » demanda-t-elle en se saisissant du premier.

L'odeur du vieux papier — moisi, poussiéreux — lui chatouilla le nez.

« Les dossiers confidentiels des personnes qui sont actuellement les plus puissantes dans le monde du Dehors. »

Sohalia écarquilla les yeux.

« On a vraiment ce genre d'information ? »

Sa fatigue s'envola instantanément, remplacée par la curiosité.

« Bien entendu. J'étais, certes, banni de l'île, mais l'autre crétin m'avait donné pour mission de lui fournir toutes les données que je pouvais recueillir. » Il tapota les dossiers avec satisfaction. « En voyant la taille de ces archives, on se rend compte que ce n'est pas une chose rare. Pratiquement tous nos défunts souverains ont constitué ces dossiers. »

« Comment s'y prenaient-ils ? Je doute qu'ils bannissaient constamment des familles pour obtenir ces informations. »

« Nous avons une famille où les membres sont des espions. »

Un léger sourire.

« Sérieux ? » Sohalia se redressa, stupéfaite. « Pourquoi personne ne m'en a parlé avant ? »

« Seuls les dirigeants sont au courant de ces investigations, ainsi que les sages des lignées du Conseil. Toutefois, seul le dirigeant est autorisé à lire les rapports. »

Elle ouvrit le dossier sur son père. Barbe Blanche. L'homme le plus fort du monde.

« Pourtant n'importe qui pourrait les lire », souligna-t-elle en parcourant les pages.

« Non. La famille d'espions code les données afin qu'uniquement le dirigeant — et ceux qu'il autorise — puisse les déchiffrer. »

Sohalia sourit. Intelligents. Très intelligents.

Elle feuilleta les dossiers, elle lut les noms et s'arrêta sur celui de Marco.

Sa main caressa inconsciemment la photo. Ses cheveux blonds. Ses yeux mi-clos. Son sourire en coin.

Son cœur se serra douloureusement.

Nostradamus ne manqua rien de son geste. Mais ne dit rien.

« Pourtant, tu connais une grande partie de ces documents, n'est-ce pas ? » dit-elle avec un petit sourire complice, oubliant les formalités.

« Oui. Mais comme j'ai été réintégré récemment, je ne connais pas les derniers éléments ajoutés. »

Sohalia prit le dossier de Monkey D. Luffy — mis à jour récemment — et le lui tendit.

« Je vous autorise à consulter ces documents. »

Le vieil homme sourit, le prit avec empressement et se plongea dedans, ravi.

La jeune Reine attrapa une pochette intitulée

« Les Minks ».

Ne connaissant cette civilisation que de nom, elle fut immédiatement curieuse.

Ses yeux s'écarquillèrent en apprenant que les dirigeants actuels du pays étaient d'anciens membres d'équipage de Gol D. Roger. Et de proches amis du pays de Wano.

Elle sourit en arrivant à la fin et se saisit du dossier de Wano.

Quelques heures s'écoulèrent. Le thé refroidit complètement. La lumière du jour déclina.

Ume entra silencieusement, apporta du thé chaud et des pâtisseries et ressortit immédiatement en les voyant si concentrés.

La connaissance est une force, pensa Sohalia en prenant une tasse fumante. L'odeur du thé vert — terreux, apaisant — lui chatouilla agréablement les narines.

Tous les dirigeants devraient la posséder. Savoir que telles personnes se détestent. Que certaines sont indignes de confiance. Que d'autres ont des secrets inavouables. C'était du pouvoir. Pur et simple.

Elle porta le liquide chaud à ses lèvres et recracha immédiatement en voyant le nom sur le dossier suivant.

« Vinsmoke Sanji ?! »

Sa voix résonna dans le bureau. Elle releva la tête vers Nostradamus, stupéfaite.

« Ah... Oui. » Le vieil homme sourit. « J'ai aussi été très surpris. Une telle pointure dans un équipage pareil... C'est moi qui ai découvert ce fait. »

Il marqua une pause et sirota son thé.

« Sanji est l'un des fils de Judge Vinsmoke, roi du Germa 66. Les enfants royaux ont été scientifiquement modifiés pour être plus forts. Seul Sanji est né 'normal' grâce à sa mère qui a pris une drogue pour annuler les modifications. Cela l'a tuée. Son père l'a enfermé, le faisant passer pour mort. Il s'est échappé et a fini sur East Blue avec l'ancien pirate Zeff. »

Sohalia fixa la photo du jeune blond.

« Il n'a pas eu une vie facile... » murmura-t-elle.

« Non. Et maintenant que le Germa 66 siège à la Rêverie, ils ont fait pression pour qu'il soit capturé vivant. »

Elle ferma le dossier, mal à l'aise. Le plus dur était de savoir. Sans pouvoir agir.

« Trafalgar D. Water Law ? » lut-elle sur le suivant.

« Son histoire n'est pas rose non plus. Le Gouvernement Mondial a détruit son île. Il a embarqué dans l'équipage de Doflamingo. C'est Corazon — le frère de Doflamingo — qui lui a donné son fruit du démon. Puis Doflamingo a tué son frère. Law travaille pour venger Corazon. »

« Bordel... » Sohalia secoua la tête. « Je savais que Doflamingo était une ordure, mais à ce point... »

Elle mit le dossier de côté. Trop sombre. Trop lourd.

Ses doigts se posèrent sur un autre. Shanks le Roux. Un des Empereurs les plus mystérieux. Un des ennemis de son père, mais un allié pour le moment.

« Shanks... Il était matelot sur le navire de Roger... » murmura-t-elle, ébahie.

« Oui. »

« Alors... Il sait tout ? »

« Non, mais il doit savoir certaines choses au vu de ses agissements. »

Sohalia grogna.

« Il cache bien son jeu, celui-là ! »

Elle tourna encore quelques pages et se figea.

« Portgas D. Rouge ? »

Ce nom. Elle le connaissait et l'associait à Ace.

« Oui. Elle était très belle. » Nostradamus sourit tristement. « Elle possédait un caractère incroyable. Elle a défié les lois de la nature pour que son fils voie le jour en toute sécurité. Cela l'a tuée, mais elle a eu le temps de le prendre dans ses bras et de lui donner un nom. »

Les mains de Sohalia tremblèrent.

« Ace... » murmura-t-elle. « Le commandant de la seconde division de Barbe Blanche... C'est le fils de... »

Sa voix se brisa.

« Ô bordel ! »

« Je pensais que vous le saviez. »

« Non ! » Elle se leva brusquement, renversant presque sa tasse. « Et... Père... Enfin, Barbe Blanche... Il est au courant ? »

« Bien sûr. Marco aussi. Le Gouvernement Mondial également. »

Sohalia porta une main à sa bouche.

« Ô mon Dieu ! J'ai insulté le fils de Roger ! »

Elle se laissa retomber sur sa chaise, sous le rire du vieil homme.

« Je suis sûr qu'il y avait une bonne raison. »

Elle resta silencieuse un moment, assimilant.

Ace. Son frère. Le fils du Roi des Pirates.

« Barbe Blanche est aussi au courant de ce que signifie le fameux 'D.' dans les noms. De la position de Laugh Tale. De notre histoire. » Nostradamus lui fit un clin d'œil. « Il a dû comprendre la décision de Roger de se rendre. Le roi des pirates était malade. Il a dissous son équipage et s'est livré. Il a négocié la liberté de ses compagnons, la sécurité de son fils. Et son exécution publique a permis de faire naître cette grande ère de la piraterie et donc... »

« La course à la vérité », termina Sohalia.

Elle dévisagea le visage de Roger sur la photo. Cet homme si... incroyable.

Soudain, elle fronça les sourcils et saisit une photo d'un jeune Roger portant un chapeau de paille. Elle fouilla dans le tas et trouva une autre image de Shanks — quelques années plus jeune — arborant fièrement le même couvre-chef.

Comme si de rien n'était, Nostradamus fit glisser vers elle un cliché de Luffy.

Sohalia fixa les trois photos. Alignées. Côte à côte.

Roger. Shanks. Luffy.

Le même chapeau. Transmis. De génération en génération.

« Qu'est-ce que... ? » murmura-t-elle. « Ce chapeau... C'est... »

Nostradamus sourit et hocha la tête pour confirmer la question silence de la jeune femme.

Roger avait vu quelque chose de spécial en Shanks. Elle le comprenait parfaitement. Le Roux avait du potentiel. Mais Shanks... Qu'avait-il vu en Luffy ?

« Personnellement, je parie sur lui », déclara innocemment le vieil homme.

« Mais... il est si jeune ! » s'exclama Sohalia.

Elle se souvenait de toutes les histoires qu'Ace lui avait raconté.

Nostradamus s'esclaffa.

Sohalia continua de fixer les trois photographies. Le chapeau de paille.

Roger → Shanks → Luffy.

Un héritage. Une volonté. Un symbole.

Elle n'en revenait toujours pas.


Palais royal, salle à manger des appartements privés.

Deux jours plus tard, dîner.


Le silence. Encore et toujours le silence.

On n'entendait que le bruit des couverts contre la porcelaine. Un tintement métallique, régulier, assourdissant dans le calme oppressant.

L'odeur des plats — poisson grillé, légumes vapeur, riz parfumé — flottait dans l'air. Normalement appétissante. Mais ce soir, elle donnait la nausée. Personne ne mangeait vraiment. Ils picoraient et poussaient la nourriture dans leur assiette.

Hachiro ruminait, le visage fermé. Ses mâchoires se crispaient à intervalles réguliers. Il mâchait sa viande avec une violence à peine contenue. Il ruminait toujours sur le mariage de sa nièce. Sur cette union grotesque avec le fils adoptif de Leïko. Chaque fois qu'il regardait Akihide, ses yeux lançaient des éclairs.

Maiya mangeait comme un automate. Une bouchée. Mastication mécanique. Déglutition. Une autre bouchée. Son regard était perdu dans le vide et fixait un point invisible sur le mur d'en face. Elle pensait à sa mère. À son absence. Au vide immense qu'elle avait laissé.

Sohalia picorait dans son assiette tout en analysant des rapports posés à côté d'elle. Manger et travailler. Toujours. Sans arrêt. Elle avait à peine touché à son poisson. Trois bouchées, peut-être quatre. Ses yeux balayaient les lignes de texte, mais elle ne lisait pas vraiment. Les mots se brouillaient.

Fatigue. Épuisement. Surmenage.

Akihide essayait de faire comme s'il n'était pas mal à l'aise. Il échouait lamentablement. Le prince déchu observait discrètement sa « femme ». Perdu dans ses pensées. Jouant du bout de sa fourchette avec son morceau de viande. Sohalia le préoccupait. Il se sentait redevable pour ce qu'elle faisait pour lui, il avait pris pour habitude de veiller sur elle.

Malheureusement, il ne savait quoi faire pour faire taire sa culpabilité. Sa tristesse à elle. Sa propre impuissance à lui. Il avait remarqué que Sohalia se couchait bien après lui. Mais était toujours levée avant lui. Trois, quatre heures de sommeil par nuit. Pas plus.

Elle passait son temps avec Nostradamus, Maiya, les lignées du Conseil. Travaillait sans relâche. Quand elle n'était pas dans son bureau — et la salle du Conseil lui était interdite pour des raisons évidentes — elle s'entraînait avec un certain Sensei.

Le jeune homme ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Son corps allait lâcher. Tôt ou tard.

Il avait surpris les coups d'œil soucieux d'Ume. Ils en avaient discuté et s'étaient mis d'accord pour veiller sur elle. Ume augmentait le nombre de collations, glissait des vitamines dans son thé et s'assurait que les blessures étaient soignées.

Akihide, lui... Il ne faisait rien. Ne pouvait rien faire. Il se sentait impuissant. Inutile. Il n'osait pas approcher la commandante. Dès qu'il lui parlait, il la voyait se tendre. Se raidir. Se refermer.

Il soupira.

Le son attira un coup d'œil rageur d'Hachiro et curieux d'Ume — qui servait silencieusement — à qui il sourit pour la rassurer. Il appréciait la loyauté de la jeune femme envers Sohalia. Sa discrétion. Sa gentillesse.

Plus tôt dans la journée, Ume lui avait demandé s'il ressentait quelque chose envers la Reine. Il l'avait fixée. Sans répondre.

Face à son silence, Ume s'était excusée avec empressement, les joues rouges.

L'aimait-il ?

Akihide reprit son observation de Sohalia.

Belle, oui. Attirante, certainement. Mais plate. Très plate. Du caractère. Beaucoup trop, parfois. Intelligente. Mais parfois stupide. Adaptable. Douce. Passionnée. Gentille. Mais aussi dure. Froide quand nécessaire.

Sohalia Shizen était à l'image des personnes qui l'avaient élevée : complexe et diversifiée.

Mais non.

Il ne l'aimait pas. Pas comme ça. Pas comme le phénix l'aimait. Il ne dirait pas non à être intime avec elle, mais il ne l'aimait pas. Pas comme une femme. Comme une amie. Tout simplement.

Le silence retomba. Lourd. Étouffant.

Les couverts continuèrent leur danse métallique. Personne ne parlait. Personne n'osait. Chacun enfermé dans sa bulle de solitude.

Une famille. Mais séparés.


Bureau de la Reine.

Même soir, tard dans la nuit.


Il faisait nuit noire.

Le bureau de la Reine n'était éclairé que par des bougies. Leur lumière vacillante projetait des ombres dansantes sur les murs, donnant un aspect mystérieux — presque inquiétant — à la pièce. L'odeur de la cire brûlée flottait dans l'air. Lourde. Entêtante.

Sohalia était assise à son bureau, la plume en l'air. Suspendue. Immobile. Ses lèvres pincées. Ses yeux fixés sur l'escargophone endormi devant elle.

Elle avait envie de téléphoner au Moby Dick. D'entendre les voix de ses frères. Leurs rires. La voix grave de son Père. Rassurante. Apaisante. Et Marco... Sa voix à lui. Douce quand il lui parlait. Tendre. Aimante.

Mais elle hésitait.

Ses doigts tambourinaient nerveusement sur le bois. Elle avait peur. Terrifiée, même. Peur de tomber sur le phénix. De l'entendre. De sentir sa colère à travers l'escargophone. Peur qu'il refuse de lui parler. Qu'il raccroche. Qu'il la rejette.

Rien qu'à cette pensée, son ventre se tortillait dans tous les sens. Un nœud douloureux, oppressant. Son cœur battait trop vite. Ses mains tremblaient.

Pourtant, elle ne pourrait se cacher éternellement. Tôt ou tard, elle devrait retourner sur le Moby Dick. Affronter Marco. Lui parler. Lui expliquer. Face à face.

Décidée — enfin, presque — elle tendit la main vers l'escargot endormi.

Sa main s'arrêta à quelques centimètres. Hésita. Trembla.

« Allez... » murmura-t-elle pour elle-même. « Courage... »

Soudain, l'escargophone ouvrit les yeux et se mit à brailler dans le silence de la nuit.

Sohalia sursauta violemment et porta son poing à sa bouche pour étouffer le cri qui menaçait de s'échapper. Son cœur explosa dans sa poitrine et battit la chamade. Frénétique. Assourdissant.

Derrière la porte, elle entendit les gardes bouger, s'inquiéter.

Elle se reprit rapidement. Inspira. Expira.

L'escargophone continuait de sonner. Implacable.

Elle le fixa, suspicieuse. Méfiante.

Qui appelait ? À trois heures du matin ?

Marco ?

Son ventre se noua encore plus fort.

Après quelques secondes d'hésitation, elle décrocha d'une main tremblante.

« Moshi, Moshi ? »

Silence de son côté. Elle n'osait pas parler.

« Commandante ? » La voix inquiète de Ritsu résonna. « Ça va ? »

Sohalia expira bruyamment. Le soulagement la submergea comme une vague.

Ritsu. C'était Ritsu. Pas Marco.

Elle posa une main sur son cœur dans un geste futile pour calmer sa galopade.

« Ritsu... » Sa voix était faible. Tremblante. « Ça va. La sonnerie m'a surprise, c'est tout. »

« Pardon. » Ritsu sembla gênée. « C'est vrai qu'il est tard. Contente que tu ne dormes pas ! »

« Ravie que mes insomnies servent à quelqu'un », railla Sohalia en reprenant un papier sur une taxe dont elle ne voyait pas l'intérêt.

Elle griffonna « REFUSÉ » en grosses lettres rageuses.

« Tu travailles encore à trois heures du matin ? »

La tigresse semblait incrédule.

« Oui. On a eu une réunion tardive avec le Conseil. On est sur le point de savoir qui a donné à Jef cette maudite sphère... »

Elle frotta ses yeux fatigués. Brûlants.

« Et vous ? Vous en êtes où ? »

« Justement... » Ritsu marqua une pause. « On attend pour se lancer à la poursuite de Jef. On se demandait quand tu allais rentrer... On t'attend à l'aube ? »

Sa voix était pleine d'espoir. Joyeuse.

Sohalia se redressa. « Déjà ? »

Elle avait perdu la notion du temps, enfermée dans ce bureau. Dans cette île.

« Oui. On t'attend ? »

La jeune femme grimaça et se massa ses tempes douloureuses.

« Je suis désolée, mais je ne pourrai être là qu'en fin de journée. »

« Oh... » La déception dans la voix de Ritsu était palpable. « Tu ne peux pas déléguer ? »

« Non... » Sohalia ferma les yeux. « Demain matin, nous organisons une cérémonie en l'honneur de Leïko, ma grand-mère. »

Sa voix se brisa légèrement sur « grand-mère ».

« Les habitants de Yosei no Toketsu l'ont déjà mise en terre, mais ici, sur l'île Shizen, nous devons lui rendre un dernier hommage. Je tiens à être présente. »

Elle marqua une pause et déglutit avec difficulté.

« Et normalement, en milieu d'après-midi, on devrait connaître l'identité de celui qui a donné la sphère... »

Elle perdit ses yeux dans la contemplation de la nuit dehors. Noire. Vide.

« J'aimerais connaître tous les détails moi-même plutôt que de les lire sur un rapport. »

Son regard glissa vers la pile de papiers qui s'éparpillaient partout sur son bureau. Elle les toisa avec dégoût.

« Nous comprenons, ma fille. »

La voix grave de Barbe Blanche résonna soudainement.

Sohalia sursauta. Son cœur bondit dans sa poitrine.

« Père... » murmura-t-elle, la gorge serrée.

« Ritsu, laisse-nous. »

Ce n'était pas une demande. Un ordre. Doux, mais ferme.

« Oui, Père ! » Ritsu s'éloigna déjà. « À demain soir, commandante ! »

Sa voix joyeuse s'estompa dans le lointain.

Le silence tomba. Lourd. Pesant.

Sohalia déglutit. Ses mains se crispèrent sur le bord du bureau.

« Père ? » Sa voix était tremblante. Hésitante.

« Sohalia... »

Un soupir. Long. Chargé d'émotion.

« Nous avons reçu tes lettres. »

Les larmes montèrent immédiatement aux yeux de la jeune femme. Elle cligna furieusement pour les chasser.

« Les pirates sont des êtres égoïstes. »

La voix de Barbe Blanche était grave. Sérieuse.

« Ils prennent ce qu'ils veulent, sans se soucier des conséquences. Nous sommes des êtres libres. »

Sous-entendu clair : il n'était pas ravi de sa décision. Sohalia serra les dents et ravala le sanglot qui menaçait de s'échapper.

« Je ne fais que suivre les enseignements que m'a inculqués mon père. »

Sa voix ne se brisa pas. Mais elle trembla. Légèrement.

Un long soupir lui répondit.

Elle sentit que, même s'il n'était pas d'accord, il la soutiendrait. Comme le père qu'il était pour elle. Toujours.

« Marco refuse que je lui raconte ce que tu m'as autorisé à lui dire. »

Barbe Blanche faisait attention à ses mots. À ne pas mentionner ouvertement l'île. Les secrets.

« Il veut que ce soit toi qui lui expliques tout. Face à face. »

Sohalia acquiesça silencieusement, puis réalisa qu'il ne pouvait pas la voir.

« Je comprends. » Sa voix était à peine audible. « C'est... légitime. Normal. »

Les larmes coulèrent. Silencieuses. Implacables.

Elle oublia que le den-den mushi retransmettait son expression. Ses pleurs.

« Comment... » Elle déglutit. « Comment va-t-il ? »

« Ne t'inquiète pas. Ses frères sont là pour lui. Ils lui changent les idées. »

Une pause.

« Je m'inquiète plus pour toi. Qui te trouve seule et loin de nous. »

Sohalia sourit faiblement à travers ses larmes.

« Mes journées sont si chargées que je n'ai guère le temps de penser... »

Mensonge. Elle pensait à eux constamment. À lui surtout.

« Les nuits sont... longues. Être bercée par la houle me manque. »

Sa voix se brisa complètement à la fin.

Le Moby Dick lui manquait. Sa cabine. Le tangage du navire. L'odeur du sel. Les cris de ses frères.

Marco lui manquait. Terriblement. Douloureusement.

« Tu reviendras bientôt, ma fille. »

La voix de Barbe Blanche était douce. Réconfortante.

« Et nous serons là. Toujours. »

Ils parlèrent encore quelques minutes. De choses sans importance. Pour prolonger la connexion.

Puis Barbe Blanche la salua et raccrocha doucement.

Sohalia resta immobile, fixant l'escargophone endormi. Puis s'effondra sur son bureau et sanglota en silence.

Seule.

Si seule.


Cabine de Barbe Blanche, Moby Dick.


Barbe Blanche salua sa fille une dernière fois avant de raccrocher. Sa main massive — ridée, marquée par le temps et les batailles — reposa doucement l'escargophone sur son bureau. Il avala une grande gorgée de saké. Le liquide brûla agréablement sa gorge. Puis son regard glissa vers le coin sombre de la pièce.

Marco était là, adossé nonchalamment contre le mur, caché dans l'obscurité. Immobile. Silencieux.

Ritsu ne l'avait pas remarqué. Trop concentrée sur l'appel.

Sa chemise mauve était ouverte sur son torse, montrant fièrement le tatouage de Barbe Blanche. Son symbole. Leur famille. Ses bras étaient croisés. Son visage, fermé. Dur. Impossible à lire. Mais ses yeux... Ses yeux bleus brillaient dans la pénombre. Chargés d'émotions contradictoires.

Colère. Douleur. Frustration. Manque.

Il s'approcha de son père en silence et tendit une bouteille neuve de saké.

Barbe Blanche la prit. Hocha la tête en remerciement.

Marco se dirigea vers la porte.

« Je suis de garde cette nuit. »

Sa voix était plate. Éteinte.

« Je dois m'assurer qu'on puisse partir en toute sécurité. »

Il sortit. La porte se referma doucement derrière lui. Barbe Blanche fixa la porte close. Puis l'escargophone. Il prit une nouvelle gorgée de saké et soupira longuement. Il espérait que la situation change rapidement. Et dans la meilleure direction possible. Pour ses deux enfants. Si blessés. Si perdus.


Pont du Moby Dick, à la barre.



Marco se dirigea vers la barre d'un pas mécanique.

L'air de la nuit était frais. Presque froid. Le vent fouettait son visage, ébouriffait ses cheveux blonds. L'odeur du sel. Des embruns. De la mer. Normalement, ça l'apaisait. Le calmait.

Ce soir, rien.

Il releva son second qui fut bien ravi d'aller dîner — ou plutôt se coucher vu l'heure tardive.

Le phénix s'assura que son subordonné avait tout vérifié correctement. Tout était en ordre. Il posa ses mains sur la barre. Le bois était lisse sous ses paumes. Poli par le temps. Familier. Il observa les alentours. L'obscurité de la mer. Les vagues qui se brisaient contre la coque. Le ciel étoilé.

Mais son esprit était ailleurs.

Avec elle. Sur cette île lointaine.

Marco ne savait quoi penser. Ni comment réagir. La seule chose qu'il savait, c'est qu'il n'allait pas la laisser s'enfuir. Si elle voulait qu'il connaisse toute la vérité, elle devrait lui dire elle-même. Face à face. Pas par lettre. Pas par den-den mushi. Elle lui devait ça. Au minimum.

Il avait passé une semaine à chier. Une semaine horrible. Ses frères marchaient sur des œufs autour de lui et évitaient de le regarder trop longtemps. De lui parler de Sohalia. Ils respectaient son silence. Sa colère.

Il avait hâte d'aller taper sur des marines. De se défouler. De faire cramer quelque chose. N'importe quoi pour évacuer cette rage qui bouillait dans son sang.

La décision de Sohalia continuait de l'énerver. De le mettre hors de lui. Épouser un autre. Se donner à un autre. Dormir dans le lit d'un autre.

Cette pensée le rendait fou.

Ace avait été le seul à lui demander de lire la lettre complètement. Pas juste le début qu'il avait parcouru avant de tout déchirer dans un accès de rage. Marco avait vu la colère faire briller les yeux sombres du commandant de la seconde division. Mais Ace n'avait rien dit. L'avait laissé seul. Comme il le voulait.

Un soupir lui échappa. Profond. Éreinté.

Il se rappela la rage qui l'avait envahi quelques minutes plus tôt en entendant Sohalia leur dire qu'elle ne rentrerait pas à temps. Elle lui avait pourtant promis. Juré.

Durant quelques secondes de folie, il avait pensé qu'elle préférait rester avec son mari. Prendre son pied avec lui. Plutôt que de venir combattre à leurs côtés.

Cette pensée l'avait rendu malade.

Puis elle avait parlé de l'enterrement de Leïko. La cérémonie pour sa grand-mère.

L'inquiétude avait immédiatement remplacé toutes ses mauvaises pensées.

Il avait été heureux que Père lui demande comment elle allait. Content d'entendre sa voix. Même tremblante. Même brisée. Elle était vivante. Elle allait bien. Physiquement, du moins.

Mais moralement...

Il l'avait entendue pleurer. À travers l'escargophone. Ces sanglots étouffés. Ces reniflements discrets qu'elle essayait de cacher.

Ça lui avait brisé le cœur. Complètement.

Il était toujours inquiet de savoir qu'elle dormait peu. Que son moral n'était pas au beau fixe. Qu'elle était seule. Si seule.

Loin d'eux. Loin de lui.

Marco serra la barre plus fort. Ses jointures blanchirent.

Il n'attendait qu'une chose : la voir. Lui parler. La toucher. La serrer dans ses bras et ne plus jamais la lâcher. L'embrasser jusqu'à ce qu'elle oublie tout. L'autre. Le mariage. La couronne. Lui faire l'amour jusqu'à ce qu'elle se souvienne à qui elle appartenait vraiment.

Il secoua la tête violemment et chassa ces pensées.

Ce n'était pas le moment. Pas encore.

Mais bientôt.

Demain soir, elle serait là. Sur le Moby Dick.

Et ils parleraient. Vraiment.

Il lui expliquerait qu'il n'accepterait pas ce mariage. Qu'elle était à lui. Sienne.

Que peu importait les raisons — bonnes ou mauvaises — rien ne pourrait les séparer.

Qu'il se foutait de la couronne, de l'île, du mari, de tout.

Qu'il l'aimait.

Ce mot résonna dans son esprit. Fort. Clair. Indéniable.

Il l'aimait.

Depuis quand ? Il ne savait pas. Peut-être depuis toujours. Peut-être depuis cette nuit à l'auberge. Peut-être avant.

Peu importait.

Il l'aimait. Et elle l'aimait. Il le savait.

Je t'appartiens corps et âme.

Ces mots résonnaient encore dans sa tête. Gravés au fer rouge dans son cœur.

Alors pourquoi cette distance entre eux ? Pourquoi cette séparation ? Pourquoi était-elle là-bas et lui ici ?

Marco inspira profondément. L'air salin emplit ses poumons.

Demain soir. Il patienterait jusque-là.

Malgré tout ce bordel. Malgré la colère. Malgré la douleur.

Elle lui manquait.

Terriblement.

Douloureusement.

Désespérément.

Il leva les yeux vers le ciel étoilé et chercha la lune.

Elle était là. Croissant pâle dans le noir.

« Reviens-moi, Lia », murmura-t-il dans le vent. « Je t'attends. »

Le vent emporta ses mots vers la mer. Vers elle. Peut-être.

Marco resta là. À la barre. Seul dans la nuit.

Attendant. Espérant. Souffrant.

La distance entre eux semblait infinie.

Mais demain, elle se réduirait.

Demain, il la verrait.

Demain, il lui dirait tout.

Demain.


REECRIT : 17/01/2026

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