The New Era

Chapitre 39 : Chapitre 39 : Confession Silencieuse

8405 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 18/01/2026 16:56

Cabine de Marco, Moby Dick, Nanmin no Shima.


Marco avala une grande gorgée de café. Le liquide chaud brûla agréablement sa gorge. L'odeur forte, amère, emplit ses narines. Il aurait besoin de forces. Avant d'être trop concentré sur le récit qui allait suivre.

En face de lui, Sohalia attendait. Patiemment. Les mains crispées sur ses genoux. Les doigts entrelacés nerveusement. Elle le regardait avec ces yeux pleins d'espoir. Et de peur.

L'odeur du café refroidissant. De la cire de bougie qui brûlait lentement. Du bois ciré de la cabine. Dehors, le navire tanguait légèrement. La houle berçait le Moby Dick dans un mouvement régulier, apaisant.

Mais dans cette cabine, la tension était palpable.

« Bien, commençons... »

Marco soupira et posa sa tasse. Il réfléchit rapidement. Par quoi commencer ? Comment l'aider à lui révéler ces secrets ?

« Dans ta lettre, tu as parlé d'une île... »

« Oui. »

Sohalia lui sourit. Pour lui faire comprendre qu'il prenait le bon chemin.

Elle admira, encore une fois, silencieusement son intelligence. Sa capacité à poser les bonnes questions.

« Es-tu la reine d'une île tout entière ? » Il fronça les sourcils. « Tu as parlé d'une île où les quatre saisons cohabitaient... »

« Je vois ce que tu veux dire... »

Elle se redressa légèrement. Choisit ses mots avec soin.

« Je suis la seule et unique dirigeante de l'île. J'ai pour m'aider — ou me contrer — un conseil composé de quatre lignées. Les plus puissantes. Elles sont également les prochaines à pouvoir hériter du trône si ma lignée venait à disparaître. »

Marco la dévisagea. Enregistrant chaque mot. Chaque détail.

Il les analyserait plus tard. Quand la fatigue se ferait moins ressentir.

« Cette île, est-elle affiliée au Gouvernement Mondial ? » Il but une gorgée. « Est-ce qu'elle participe à la Rêverie ? »

« Non. »

Réponse ferme. Sans hésitation.

« Nous ne sommes en aucun cas rattachés au Gouvernement Mondial. Nous avons très peu de contacts avec le monde extérieur. »

Marco hocha la tête et réfléchit.

« Si vous êtes si renfermés sur vous que ça... Comment est-ce que Thatch a pu te retrouver agonisante sur cette île du Nouveau Monde ? Une île qui avait l'air d'avoir subi un Buster Call. Quand tu avais cinq ans ? »

Le visage de Sohalia se ferma légèrement.

« Parce que ma mère a fugué. »

Sa voix était plate. Factuelle.

« Elle s'est fait repérer par le Gouvernement Mondial. Un marine l'a sauvée. Elle est tombée amoureuse. Lui a tout dit. Puis elle est tombée enceinte. »

Elle marqua une pause et déglutit.

« Elle a voulu retourner auprès de sa famille. Mais l'ancien roi et le conseil n'ont pas accepté toutes ses trahisons. Ils l'ont chassée. »

Un sourire amer.

« Le Gouvernement Mondial les a retrouvés. Et éliminés. »

« Désolé. »

Marco souffla, se rendant compte de l'indélicatesse de sa question.

« Je ne me souviens toujours pas d'eux. »

Sohalia haussa les épaules, détachée.

« Je pense que je ne le pourrai jamais, alors... Ça ne me blesse pas autant que d'autres disparitions. »

Marco acquiesça. Il comprenait.

« Ton île est donc considérée comme traîtresse par le Gouvernement Mondial ? »

« Oui. »

Un sourire amusé étira ses lèvres. Elle pensait avec ironie que quoi qu'il soit arrivé, elle aurait eu un avis de recherche.

Marco se demanda quelques secondes ce qui pouvait bien la faire sourire ainsi. Puis se concentra et réfléchit intensément.

Pourquoi cette île et ses habitants étaient-ils si détestés par la marine et les hauts dirigeants ?

Il n'y avait pas des milliards de raisons. Seulement quelques-unes.

« Est-ce que vous êtes coupables d'avoir aidé des pirates considérés comme dangereux par la marine ? »

« Oui. »

« Roger ? »

Il supposa, s'étonnant de ce lien qui venait de fleurir entre la jeune femme et le commandant de la seconde division.

« Oui, mais pas que. »

Elle précisa, se doutant qu'il ferait comme leur père. Il se contenterait de cette réponse alors qu'elle ne lui permettrait d'avoir qu'un tiers de la vérité.

« D'autres pirates ? »

Marco était surpris.

« Oui... »

Elle se mordilla les lèvres, ne pouvant l'aider plus.

« Il y a d'autres raisons... »

Il comprit et fit fonctionner ses méninges à toute vitesse.

Le silence s'étira. Lourd.

Dehors, le tangage du navire. Le cri des mouettes. Les voix lointaines de ses frères. Mais dans cette cabine, seul le tic-tac d'une horloge résonnait.

Il y avait eu de nombreuses rumeurs sur Roger.

Laugh Tale. Le One Piece. Le Siècle Oublié. Les Armes Antiques.

Son souffle se bloqua. Un court instant.

« Les Armes Antiques ? »

« Oui. »

Sohalia acquiesça et lui offrit un nouveau sourire rempli d'admiration. Cette admiration déclencha une vague de chaleur en lui. Douce. Enivrante. C'était si grisant d'être ainsi observé par ceux qu'on aimait.

« Vous savez ce que c'est ? »

« Oui. »

« Vous savez où elles se trouvent ? »

« Oui. »

Bordel.

Rien que savoir cela pouvait entraîner de vives tensions dans le monde. Tout le monde voudrait s'emparer de Sohalia. La forcer à révéler la position de ces armes.

Marco remarqua qu'elle continuait à le fixer. Patiemment.

Il commença à craindre. Ces deux crimes n'étaient pas les seuls.

« Le Siècle Oublié ? »

Il murmura, la dévisageant avec une certaine craint et une envie de connaître cet immense secret.

« Oui. »

« Vous avez fait des recherches. La marine s'en est aperçue et a tenté de vous éliminer ? »

« Non et oui. »

Elle sourit doucement, fièrement.

« La seule partie bonne est celle du massacre de masse. »

Marco se figea. Le temps sembla s'arrêter.

« Vous avez un lien direct avec le Siècle Oublié ? »

Il dit du bout des lèvres, sonné par le doux sourire de fierté de la jeune femme.

« Oui. »

« Bordel ! »

Marco sauta sur ses pieds. Brusquement. Violemment. La chaise racla le sol dans un grincement strident qui déchira le silence. Il fit les cent pas dans la cabine, mains dans les cheveux, tirant dessus presque douloureusement. Son cœur battait trop vite. Trop fort. Assourdissant dans ses oreilles. Ses pensées tourbillonnaient. Se bousculaient. S'entrechoquaient.

« Est-ce que tu te rends compte de... »

Sa voix tremblait. D'incrédulité. De peur. De fascination. Il s'arrêta. Se tourna vers elle.

« Bordel, Sohalia... Tu te rends compte de ce que ça signifie ? »

Si le Gouvernement Mondial apprenait qu'il savait...

Si les autres Empereurs apprenaient qu'elle savait...

Si n'importe qui apprenait...

« Ils te tueraient. »

Il déglutit avec difficulté. Sa gorge était sèche. Serrée.

« Sans hésitation. Sans procès. »

Il s'approcha d'elle et la fixa intensément.

« Ils nous tueraient TOUS pour t'atteindre. »

« Je sais que je vous mets en danger. »

Sohalia resta calme. Trop calme.

« Mais je ne vois pas comment ils sauraient que je vous ai mis au courant... »

Elle marqua une pause.

« Le Gouvernement Mondial pense déjà que vous savez certains secrets. Ce qui n'est pas totalement faux. Vous ne savez rien, vous... Mais Père sait bien plus de choses qu'il ne veut bien l'admettre. »

Marco se rassit. Lentement. Lourdement. Encaissant les révélations. Une après l'autre. Le poids de ces secrets l'écrasait. Déjà.

« Maintenant que tu sais les grandes lignes... »

Sohalia hésita. Ses mains tremblaient légèrement.

« Veux-tu les détails ? »

Elle lui laissait le choix, ne voulait pas le mettre plus en danger qu'il ne l'était déjà.

Marco réfléchit. Longuement. Il pesa le pour et le contre. Les risques. Les conséquences. Il fronça les sourcils. Puis acquiesça.

Sohalia fut troublée par les émotions qui l'assaillirent. Joie. Il voulait en savoir plus sur ses origines. Sur elle. Tristesse. Elle faisait maintenant planer une menace au-dessus de sa tête.

Le phénix avait mûrement réfléchi son choix.

Certes, Sohalia était une des raisons. Il voulait tout savoir d'elle. Dans les moindres détails. Mais si son père l'était aussi... Si cet homme qu'il aimait tel un père, qu'il respectait plus que tout en ce monde était au courant, mettait sa vie en jeu... Alors il en ferait de même. Afin de pouvoir lui apporter son aide. C'était son rôle. En tant que second. De fils aîné.

Sohalia inspira profondément.

« Tout a commencé il y a des siècles de cela... »

Marco l'écouta. Sans l'interrompre. Sans détacher ses yeux d'elle. Pas une seule fois.

Chaque mot était un coup de tonnerre. Chaque révélation le secouait jusqu'aux os.

L'odeur du café qui refroidissait dans sa tasse oubliée. Le liquide était maintenant tiède. Imbuvable. Le silence de la cabine était rompu seulement par la voix douce de Sohalia. Calme. Posée. Mais chargée d'émotion. Dehors, le navire tanguait légèrement. La houle berçait le Moby Dick dans son éternel mouvement.

Mais Marco ne sentait rien de tout ça. Il était suspendu à ses lèvres, découvrant des secrets enfouis depuis des siècles. Des vérités que le monde avait oubliées. Ou qu'on avait forcé le monde à oublier.

Parfois, il sursautait. Quand elle révélait quelque chose de particulièrement choquant. Parfois, il souriait. Quand elle racontait une anecdote touchante sur son peuple. Parfois, il fronçait les sourcils. Quand il ne comprenait pas immédiatement. Parfois, il grimaçait. Quand elle décrivait les massacres. Les horreurs.

Mais jamais il ne dit un mot. Jamais il ne détourna les yeux.

Le silence s'installa de nouveau quand Sohalia se tut. Légèrement essoufflée. Fatiguée.

Marco resta quelques minutes perdu dans ses pensées, assimilant les secrets que la Shizen venait de partager avec lui.

En remarquant le calme qui régnait dans la pièce, il comprit.

La partie des « mensonges » venait d'être éclaircie.

Pouvait-il lui en vouloir de lui avoir menti ? D'avoir caché de telles choses ?

Non.

Il comprenait parfaitement qu'elle ait gardé le silence sur tout cela. Lui-même se retrouvait parfois à mentir. Ou omettre certaines choses à ses frères.

La commandante de la quatrième division attendit. La boule au ventre.

Pour entamer la partie « trahison ».

Quand elle le vit se redresser et devenir impassible, elle se lança, cachant ses mains tremblantes en agrippant les draps de son vis-à-vis.

« Comprends-tu la part d'ombre qui règne sur mon île ? »

Sohalia inspira profondément et choisit ses mots avec soin.

« Si un être du Dehors devine qui nous sommes, notre histoire... Il sera éliminé. Sans procès. Sans hésitation. Ni remords. »

Sa voix tremblait légèrement.

« Mon peuple a bien trop peur de revivre les massacres qu'ont subis nos ancêtres. »

Elle serra les draps plus fort.

« Je ne pouvais laisser Akihide subir le même sort. »

Le nom résonna dans la cabine. Marco se raidit imperceptiblement.

« Leïko s'est sacrifiée pour lui sauver la vie. Elle l'a envoyé vers moi. Elle savait que sa mort le mettrait en danger. Car s'il était devenu roi, mon peuple l'aurait repéré. Enquêté sur lui. Et aurait compris qu'il savait tout. »

Sohalia déglutit.

« L'épée de Damoclès a triplé au-dessus de sa tête. Son propre peuple veut sa mort. Le mien aussi. Ainsi que Jef. Il n'aurait eu aucune chance de survivre sans mon aide. »

« Il aurait pu devenir pirate. »

Marco répliqua. Froidement. Sa mâchoire était crispée. Ses poings serrés sous le bureau. Des images s'insinuaient dans son esprit. Malgré lui. Malgré sa volonté de les chasser.

Sohalia et Akihide. Dans cette chambre royale. Ce lit somptueux.

Il serra les poings plus fort. Jusqu'à ce que ses ongles s'enfoncent dans ses paumes. La douleur était bienvenue et l'empêchait de faire quelque chose de stupide.

« Akihide ? Pirate ? »

Sohalia secoua la tête. Presque avec amusement.

« Marco... L'as-tu bien regardé ? Il était un prince. Protégé par une armée et une femme puissante. Il n'a jamais eu à se battre pour sa vie. Autant le balancer dans une chaloupe avec une seule rame et un simple bout de bois pour pêcher ! »

« Idée intéressante... »

Marco souffla. Ses yeux brillèrent d'une lueur sadique.

« La jalousie t'aveugle. »

Sohalia soupira. Lasse. Elle se pencha en avant et le fixa intensément.

« Il ne m'a pas touchée. »

Sa voix était ferme. Sans équivoque.

« Nous avons dormi ensemble une fois. Et encore, je n'ai pas dormi. Un fossé nous séparait. »

Elle énuméra. Point par point.

« Nous faisons lit à part. J'ai fait construire un passage dans ma chambre vers une autre, cachée. Afin que personne ne puisse comprendre que nous sommes mariés que sur le papier. Il ne me tient pas la main. Il reste à une distance raisonnable de moi. »

Elle marqua une pause.

« Durant la cérémonie, il a fait SEMBLANT de m'embrasser. »

Sa voix se fit plus douce.

« Il m'a lui-même dit qu'il savait parfaitement que jamais je ne serai sienne. Il n'a aucun espoir pour nous. Et ne veut pas de moi en tant que femme. »

Marco ne répondit rien. Il avait du mal à y croire. Quel homme resterait en retrait ? Quel homme ne cèderait pas ?

Les souvenirs affluèrent. Malgré lui. L'auberge. Cette chambre modeste. Ce lit grinçant. Sohalia sous lui. Ses gémissements. Ses soupirs. La façon dont elle avait crié son nom. Il serra la mâchoire, laissant certaines images s'insinuer dans son esprit.

Puis les chassa violemment.

Il soupira bruyamment et se pinça l'arête du nez, sentant la colère couler dans ses veines. Lentement. Mais sûrement.

« Écoute, Sohalia. »

Il releva la tête et la fixa.

« Je suis épuisé et je n'arrive plus à réfléchir. Je préfère qu'on en reste là pour ce soir. J'ai besoin de temps... »

Il avoua. Honnêtement. Brutalement.

« Je comprends... »

Sohalia murmura, cachant ses yeux blessés derrière ses cheveux.

« Bonne nuit, Marco. »

Elle quitta la cabine. La porte se referma doucement. Marco détailla la porte dorénavant close. Longtemps.

Tout en réfléchissant. Toutes ces révélations. Akihide. Ses sentiments. La lettre. Tout cela se mélangeait en lui. Créant un tourbillon troublant.

Il avait besoin de réfléchir. Calmement. À tout ça. Il se laissa tomber sur son lit et éteignit la lumière. Il perdit ses yeux sur le plafond sombre.

Il était un pirate.

Il avait pour habitude de rendre les coups qu'il recevait. Voire plus violemment.

La Shizen l'avait blessé. Et il voulait qu'elle comprenne.

Mais une partie de lui était déchirée. De l'avoir laissée partir. Sans l'avoir serrée dans ses bras. Sans lui avoir dit qu'il comprenait. Qu'il pardonnait. Sans l'avoir embrassée.

Il ferma les yeux et soupira dans l'obscurité.


Sohalia se réveilla étonnée d'avoir plutôt bien dormi. La meilleure berceuse du monde était la houle, qui faisait tanguer doucement le Moby Dick.

Elle se vêtit. Short en jean. Sandales. Débardeur qui ne couvrait que sa poitrine.

Alors qu'elle allait refermer sa penderie, elle remarqua une chemise mauve. Son cœur se serra.

Marco.

Elle sourit tristement et la frôla du bout des doigts. Elle l'enleva de son cintre et l'enfila. Elle releva les pans de la chemise et les noua sous sa poitrine.

L'odeur de Marco imprégnait encore le tissu. Faiblement. Mais présente. Bois. Sel. Quelque chose d'indéfinissable qui était uniquement lui.

Elle sourit et s'en alla prendre son petit-déjeuner. Avant de devoir assister à une réunion. En compagnie de son père, du phénix et d'une flammèche.


Sohalia retrouva Ace en train de se goinfrer joyeusement. En compagnie de Namur et Curiel. Elle les salua d'un sourire et s'installa en face de son jeune frère, qui tenta de parler tout en avalant ce qu'il avait pu engouffrer dans sa bouche.

Puis s'étouffa.

Sohalia l'observa, blasée, et le regarda récupérer son souffle. Tandis que Namur l'aidait en lui donnant de grandes tapes dans le dos.

« Merci Namur. »

Ace souffla et but une gorgée d'eau.

« Sohalia... »

Il l'interpella.

« Je voulais te remercier pour ce que tu as fait durant tout ce temps dans la forêt. Je suis désolé pour ce que je t'ai dit. Et pour la blessure que tu as reçue à cause de moi. »

La commandante de la quatrième division sourit, en le voyant abaisser sa tête vers elle. Contrit. Sincère. Elle lui offrit un sourire éclatant et lui servit un verre de jus d'orange. Elle écouta ses trois frères discuter. Tout en mangeant. N'intervenant que peu.

Alors qu'elle allait demander à Ace de la suivre pour rejoindre leur père, le jeune homme fut pris d'un accès de narcolepsie. Sa tête tomba dans son assiette. Sohalia soupira et l'abandonna dans le réfectoire. Namur et Curiel éclatèrent de rire.


Quand Sohalia pénétra dans la cabine du capitaine, elle fut soulagée d'être la première arrivée.

Son père la salua d'un sourire. Elle prit place sur une chaise à ses côtés et s'inquiéta de sa santé. Et, comme d'habitude, se fit rabrouer par l'homme le plus fort du monde.

Lorsque Marco arriva à son tour, il trouva son père et la jeune femme dans une conversation passionnée, qui se tut dès qu'il ouvrit la porte.

En le voyant, Sohalia perdit son sourire.

Cela ne passa pas inaperçu. Les deux hommes échangèrent un regard. Barbe Blanche s'étonna que son fils aîné n'ait pas encore pardonné à la Shizen. Marco fuyait les yeux remplis de sagesse de son père. Il préféra les saluer d'un signe de tête et s'asseya en face de la blonde.

Barbe Blanche se servit une coupelle de saké et en offrit une à ses deux enfants. Tout en s'étonnant du retard du commandant de la seconde division. Marco se proposa pour aller le réveiller.

Mais Sohalia intervint.

« Il a été sujet à une crise de narcolepsie durant le petit-déjeuner. »

Le capitaine s'esclaffa bruyamment, faisant sourire de manière éclatante la commandante.

Alors que le phénix étirait un mince sourire.

Une bonne demi-heure passa tranquillement.

Les trois pirates discutèrent des informations pour retrouver Jef. Sohalia ne put s'empêcher d'être soulagée. De se rapprocher de la fin du Mentaru. Et terrifiée. De devoir bientôt quitter sa famille.

Ace apparut enfin. Sous les regards moqueurs de son frère et de sa sœur. Alors que Barbe Blanche s'esclaffait. Portgas les ignora et s'étonna de la présence de la jeune femme. Mais il nota, mentalement, le fait que le phénix et la Shizen ne soient pas assis côte à côte. Il supposa alors, à juste titre, qu'ils n'avaient pas encore réglé leur problème.

« Bien, commençons... »

Barbe Blanche déclara sérieusement.

« Pourquoi as-tu voulu nous réunir tous les trois ? »

Sohalia inspira profondément.

« Père, Marco... Vous êtes maintenant au courant de tous mes secrets. Je fais planer sur vos têtes une menace qui n'a rien de fictive. »

Elle les fixa tour à tour.

« Je voulais que vous soyez au courant que mon peuple a un réseau d'espions qui parsème le monde. Je ne connais pas leur identité. Ni même leur emplacement. Ils sont très doués et nous rapportent beaucoup d'informations sur les personnalités de ce monde. »

« Tu veux qu'on se méfie ? »

« Bien sûr... »

Sa voix était grave. Sérieuse.

« Ne parlez jamais plus de ce que je vous ai appris. Même en mer. Ou sur une île déserte. Je ne connais pas leur capacité. Ils sont comme invisibles. Ils savent beaucoup de choses... »

« Comme ? »

Ace questionna, complètement perdu par cette conversation, ne comprenant pas sa présence parmi eux. Sohalia se tourna vers lui et le dévisagea.

« Ta naissance, Ace... »

Le jeune brun se raidit.

« Ils savent que tu es le fils de Roger. Que Garp t'a protégé toute ta vie. Que tu as grandi sur une île d'East Blue... »

Elle marqua une pause.

« Bref, ils savent tout. »

« Cela est compromettant. »

Le capitaine marmonna.

Marco acquiesça.

« Ce n'est pas le pire... »

Sohalia soupira.

« D'après eux, Sengoku serait au courant de la vérité. »

« Ça expliquerait pourquoi il aurait voulu lui offrir une place dans les shichibukai... » supposa Marco.

« Roger n'est pas mon père ! »

Ace s'écria. Finalement. À bout de patience.

Des flammes jaillirent de ses épaules. Incontrôlées.

L'odeur de fumée emplit la cabine.

« Mon seul et unique père est Barbe Blanche ! »

Sa voix tremblait. De rage. De douleur.

« Je n'ai aucun lien avec ce démon ! »

Il quitta la pièce après cet éclat et claqua la porte.

Les deux hommes soupirèrent.

Sohalia dévisagea la porte que le jeune homme venait de claquer. Perdue. Puis elle se leva, ignorant les regards surpris de son père et de son amant. Elle partit à la recherche de la flammèche.

La Shizen était en colère contre son petit-frère, ne comprenant pas cette haine qu'il possédait pour son géniteur.


Ace se dirigeait vers le bastingage. À la poupe du Moby Dick. Où était accroché un bout qui menait au Striker. Sohalia l'arrêta et le força à lui faire face, se moquant du regard noir qu'il posait sur elle pour la faire fuir.

« Je peux savoir ce qu'il te prend ?! »

Elle s'exclama. Les poings serrés.

« Nous étions au milieu d'une réunion très sérieuse et tu claques la porte tel un gamin parce que ce que tu entends ne te plaît pas ?! »

Sa voix montait, tremblait de colère.

« Vas-tu te décider à grandir ? Tu juges cet homme sans connaître la vérité ! Tout ce que tu connais est ce que le Gouvernement Mondial a bien voulu que le monde sache ! Tu serais bien étonné de savoir tout ce qui est gardé secret ! »

« Alors dis-moi en quoi cet homme est si bon ! »

Ace cracha, rejetant la main de la jeune femme qui avait saisi son coude.

« Pourquoi je devrais être si fier de lui ? »

Des flammes dansaient autour de ses poings. Incontrôlées. Dangereuses.

« Je ne te dis pas qu'il était un homme bon ou mauvais ! »

Sohalia répliqua, décidée à ne pas abandonner.

« Mais de juger avec TOUS les éléments et non de te faire une idée sans connaître tous les faits ! »

« Les faits ? »

Ace explosa. Littéralement. Les flammes jaillirent de ses épaules. De ses bras. Incontrôlées. La chaleur gifla Sohalia. Violente. Oppressante.

« Il a abandonné une femme enceinte ! »

Sa voix se brisa.

« Il l'a laissée se battre SEULE contre une organisation qui voulait éradiquer toute trace de son existence ! »

Il tremblait. De rage. De douleur.

« Elle est morte à cause de lui ! »

Les larmes brûlaient ses yeux. Il refusait de les laisser couler.

« À cause du sang qui coule dans mes veines ! »

Il frappa le bastingage. Le bois craqua sous l'impact.

« Je suis un MONSTRE ! Le fils d'un DÉMON ! »

Sohalia fut surprise par ces mots et frissonna en voyant la douleur et la culpabilité dans les yeux du jeune homme. Prise d'une impulsion soudaine, elle attrapa sa main et l'entraîna dans sa cabine. Elle le força à s'asseoir sur son lit et ferma la porte.

« Ace... »

Sohalia s'agenouilla devant lui. Comme font les parents avec leurs enfants. Elle prit ses mains tremblantes dans les siennes.

« Regarde-moi. »

Il refusait et détournait les yeux.

« S'il te plaît. »

Finalement, il céda et plongea ses yeux noirs dans les siens. Elle y lut tant de douleur. Tant de culpabilité. Tant de haine de soi. Son cœur se serra violemment.

« Ce que je vais te dire... C'est la vérité. »

Sa voix était douce. Apaisante.

« Des informations que le Gouvernement Mondial garde jalousement. Car ils savent que si cela venait à se savoir, tout changerait. »

Ace garda le silence. Mais ne put cacher sa surprise et son trouble. Sohalia inspira profondément.

« Roger ne s'est pas fait attraper, Ace. »

Pause. Lourde.

« Il s'est rendu. »

Le choc passa dans les yeux d'Ace.

« Quoi... ? »

« Pour plusieurs raisons. »

Elle serra ses mains.

« Quand il s'est donné à la marine, il a négocié la liberté des membres de son équipage. »

Ace la fixait. Bouche entrouverte. Incapable de parler.

« Ensuite, il se savait mourant, Ace... »

Sa voix se fit plus douce encore.

« Quoi qu'il arrive, il serait mort avant ta naissance. Et sa mort aurait déclenché les mêmes recherches d'une éventuelle descendance. »

Elle marqua une pause et laissa les mots s'imprégner.

« Sa dernière raison est que... »

Elle hésita. Puis continua.

« Lorsqu'il a atteint Laugh Tale, il a découvert le One Piece. Et d'innombrables secrets. »

Ace retenait son souffle.

« L'un de ces secrets était en rapport avec un peuple bien précis... »

Un sourire triste.

« Juste avant sa mort, ses mots ont déclenché la plus grande vague de piraterie. C'était exactement ce qu'il voulait. Afin qu'une personne émerge et atteigne Laugh Tale pour prendre sa suite. »

Sohalia le fixa intensément.

« Il savait qu'il n'était plus en assez bonne santé pour protéger ce peuple et les aider. Les mots qu'il a prononcés pourraient permettre à ce peuple de retrouver sa liberté bien plus tôt que prévu. »

Le silence tomba. Lourd. Chargé d'émotions.

Ace était persuadé qu'elle en savait bien plus qu'elle ne voulait bien lui en dire. Mais il respecta son silence. Il resta muet, ne sachant comment réagir face à ces révélations.

Est-ce que cela changeait quelque chose pour lui ?

Sohalia le regardait avec tant de tendresse.

« Ace... Je me fous de qui sont tes parents. »

Elle avoua.

Le jeune homme sursauta.

« Je suis comme toi... Enfin presque... »

Un sourire mélancolique.

« J'ai eu un père qui m'a donné la vie. Et qui, apparemment a donné sa vie pour moi. Mais je ne me souviens de rien. »

Elle serra ses mains plus fort.

« La seule personne que je reconnais comme mon père est Barbe Blanche. »

Ace sentit sa gorge se serrer.

« Tu es mon frère, Ace. »

Sa voix tremblait d'émotion.

« Je ne veux que te protéger. Le Gouvernement Mondial connaît ton géniteur. Certaines pointures de la marine aussi. Je vous ai dit tout cela pour que rien de mal ne t'arrive. »

Une larme roula sur sa joue.

« Je ne veux pas perdre un autre de mes frères. Surtout pas mon petit frère. »

Elle lui sourit tendrement. À travers ses larmes. Le commandant de la seconde division fut un instant troublé par l'amour fraternel que la Shizen lui portait. Mais cela lui réchauffa le cœur. De se sentir accepté par une autre personne qui savait tout de lui. Il serra ses mains à son tour et baissa la tête.

« Merci... »

Sa voix n'était qu'un murmure éraillé.

« Merci de... de me dire tout ça. »

Une larme roula sur sa joue. Il ne la retint pas cette fois. Sohalia le prit dans ses bras et le berça doucement.

Comme une mère. Comme une grande sœur.

« Je suis là. Je serai toujours là. »

Elle caressa ses cheveux noirs.

« Tu n'es pas un monstre, Ace. Tu es mon frère. »

Sa voix tremblait d'émotion.

Ace s'accrocha à elle et pleura en silence. Il se sentait accepté. Complètement. Inconditionnellement. Malgré son sang maudit.

Sohalia prendrait soin de lui. Car, tout comme les habitants de son île, elle avait une dette envers Roger. Mais aussi parce qu'il était un membre de sa famille. Il était hors de question qu'on pose à nouveau la main sur un membre de sa famille.

Pirate ou royale.

Elle ne le permettrait plus. Quiconque toucherait à un de leurs cheveux, mourrait de sa propre main.


Plus tard dans l'après-midi.


L'après-midi avait été chargé pour les pirates de Barbe Blanche.

En effet, l'homme le plus fort du monde avait pris une décision importante. Son équipage se chargerait de remplir les cales du navire allié de tout ce qui pourrait leur manquer.

Un remerciement. Pour le travail accompli par leurs alliés alors qu'ils les avaient laissés se débrouiller seuls.

Mais aussi une préparation.

Car Barbe Blanche allait bientôt partir en mission. Détruire la sphère mystérieuse que Jef utilisait pour contrôler les marines. Et pendant ce temps, Shanks le Roux et son équipage resteraient à Nanmin no Shima. Pour protéger l'île. Le territoire de Barbe Blanche. Une alliance temporaire. Mais solide.

Chaque division avait eu pour mission d'acheter les médicaments, armes, nourritures, boissons, vêtements et matériaux nécessaires. Pour l'équipage du Roux. Et pour eux-mêmes.

L'activité du port était intense. Bruyante. Organisée. L'odeur du poisson frais. Des épices. Du bois. Du goudron. Les cris des vendeurs. Le cliquetis des pièces. Le grincement des poulies.

Alors que Sohalia et ses hommes remontaient les tonneaux d'alcool sur le Moby Dick...

Titi, un membre de la cinquième division, les alerta.

« Navire pirate à l'horizon ! »

Sohalia s'en étonna et grimpa aux gréements pour rejoindre la vigie. Elle emprunta sa longue-vue et aperçut avec étonnement le navire de la sorcière de glace.

Whitey Bay.

Peut-être que la capitaine avait eu des soucis en mer et venait se réapprovisionner. Elle avait peut-être des informations à partager avec Père.

La commandante de la quatrième redonna la longue-vue à son frère et redescendit. Avant de reprendre en main sa division qui s'était arrêtée de travailler.

Quand la quatrième division sortit des cales, ils filèrent vers les douches. Afin d'évacuer la sueur qui les collait.

Sohalia les imita, mais se dirigea vers sa cabine.

Au loin, sur la proue, elle aperçut un attroupement inhabituel. Ainsi que des éclats de voix. Elle reconnut Père sur son immense siège. Certains des commandants dont Marco et Joz. Puis Whitey Bay qui riait avec eux.

Izo l'interpella, en se dirigeant vers elle alors qu'il était à la proue. Il lui sourit. Puis grimaça en la voyant si échevelée.

« Tu pues. »

« Sans dec'. » railla-t-elle.

« Que se passe-t-il ? »

« Whitey était toujours dans le coin et est venue nous saluer. »

Il répondit en haussant les épaules. Comme si cela n'avait rien d'étonnant.

« Ah ! D'ailleurs, petite soirée ce soir pour fêter nos retrouvailles ! »

« Donc ça servait à rien qu'on se casse le cul à ranger tous ces tonneaux... »

Elle grogna.

« Exactement ! Va te laver et rejoins-nous ! »

Il s'écria en se dirigeant vers sa cabine. Sûrement pour se changer.


Moby Dick, proue.


La nuit était tombée depuis peu. Le port était animé par les pirates qui y séjournaient.

Shanks et son équipage faisaient la fête sur leur navire. Le Red Force brillait de milles feux.

Le Moby Dick, lui aussi, grouillait de vie. La musique résonnait dans l'obscurité. Joyeuse. Entraînante. Accompagnée des rires qui semblaient ne jamais cesser. L'odeur de la nourriture grillée. De l'alcool qui coulait à flots. Du tabac. Les torches brûlaient, créant des ombres dansantes sur le pont.

On avait l'impression que les enfants de Barbe Blanche avaient trouvé une corne d'abondance. Car la nourriture et l'alcool ne s'arrêtaient jamais de couler.

Sohalia était assise avec les membres de sa division, profitant aussi de la soirée. Même si elle n'était pas aussi joyeuse que ses frères.

En effet, ses yeux se perdaient souvent dans un coin du navire. Et, à chaque fois, une lueur de tristesse et de douleur venaient ternir ses prunelles vertes.

Elle soupira et détourna le regard, pour tomber sur les yeux verts de Ritsu, qui lui offrit un sourire désolé.

Sohalia l'ignora et se leva, pour s'écarter de la proue où régnait la fête.

Elle avait besoin d'être seule et ne voulait pas qu'on la voie ainsi.

Après tout, elle était en partie en cause.

La commandante de la quatrième division ne supportait plus de voir la pirate des glaces flirter avec le phénix. Ce dernier semblait ravi de cette attention et la laissait faire. Chaque rire de Marco résonnait comme un coup de poignard dans son cœur. Chaque sourire qu'il adressait à Whitey la blessait un peu plus.

Elle serra les poings et sentit les larmes brûler ses yeux. Non. Pas ici. Pas maintenant.

Alors qu'elle allait s'engouffrer dans sa cabine pour se morfondre sans témoin...

Un rire qui commençait doucement à lui être familier résonna dans la nuit.

Elle se retourna et embrassa du regard l'Empereur Shanks, le Roux. Il la salua d'un signe de tête. Et d'un sourire éclatant.

Elle s'inclina légèrement vers lui et le dévisagea, se demandant pourquoi il n'était pas en compagnie de ses hommes.

La réponse lui apparut bien vite.

Quand il leva une bouteille vers elle. Puis lui indiqua le bout reliant le Red Force au Moby Dick.

Il voulait boire avec elle ?

Il demandait sérieusement à un membre d'un équipage rival de mettre un pied sur son bâtiment et de boire avec lui ?

Certes, elle ne faisait pas le poids face à cet homme. Elle en était bien consciente. Mais ne devrait-il pas se méfier plus d'elle ?

Depuis Saint Poplar, elle ne lui avait pas adressé la parole. Ce n'était pas son rôle de discuter avec lui.

Elle hésita.

À partir du moment où elle avait lu le dossier que ses espions avaient constitué sur lui... Elle avait eu envie de le connaître plus. Elle mourrait d'envie d'écouter cet homme lui raconter les aventures incroyables qu'il avait dû vivre. Que ce soit sur l'Oro Jackson. Ou sur le Red Force.

Mais...

Mais elle ne voulait pas attirer les foudres de ses frères. De son père. De Marco sur elle, en se rendant sur un navire ennemi.

Pouvait-elle ?

Elle ne faisait rien de mal. Ce n'était que boire et discuter. Elle se mordit la lèvre inférieure et détailla la proue du Moby Dick.

Puis Shanks.

Finalement, elle abandonna et traversa l'eau qui séparait les deux navires.

Derrière elle, sur le Moby Dick, personne ne remarqua son départ.

Pas encore.


Red Force.



« Eh bien, tu en as mis du temps à te décider. »

Shanks se moqua, en lui tendant une coupelle.

« Vous êtes un pirate ennemi. Je reste méfiante et prudente. »

Elle expliqua en acceptant la coupelle.

« Nous sommes alliés, pour le moment... »

Il versa le saké. L'odeur douce et forte de l'alcool emplit l'air.

« Et puis, j'ai beaucoup de respect pour Barbe Blanche et ses enfants. »

Il avoua, le regard perdu sur la proue du bateau de l'homme le plus puissant du monde.

Sohalia apprécia sa franchise et but tranquillement. Silencieusement. Elle était quelque peu intimidée par cet homme dont l'aura ne vous laissait pas insensible. Même s'il retenait son Haki, elle pouvait le sentir autour de lui, vibrant au rythme de sa respiration.

Le vent soufflait doucement et faisait voler ses cheveux blonds. L'odeur du sel. De la mer. De la nuit. Au loin, les étoiles brillaient. Innombrables. Magnifiques.

« Toutes mes condoléances pour ta tante et ta grand-mère. » dit Shanks en levant sa coupelle vers les cieux.

Comme pour saluer ceux qui nous avaient quittés.

« Merci. »

« Tu as hérité d'un destin dont la route est bien dangereuse. »

« Le vôtre l'est tout autant... »

Sohalia sourit mystérieusement.

« Je me demande comment vous avez pu survivre et passer entre les filets de la marine... Votre passé n'est pas anodin. »

« J'ai de bons et loyaux camarades ! »

Il s'esclaffa, comprenant qu'elle était au courant de tout. Ou presque.

« Aux bons et loyaux camarades, alors ! »

Elle déclara, en levant sa coupelle pour l'entrechoquer avec la sienne. Shanks rit à nouveau et savoura cet alcool qu'il aimait particulièrement, laissant ses yeux se perdre sur tout et n'importe quoi. Le navire. Celui de baleine. Le sien. Les étoiles. La ville.

Puis la jeune femme dont les cheveux blonds voletaient avec le vent. Pour lui, chaque instant était précieux. Et il désirait s'en souvenir à jamais.

La Shizen plongea alors ses yeux verts dans les orbes sombres de l'Empereur. Un éclat de curiosité les illuminant.

« Comment était-il ? »

Elle souffla.

« Comment était-ce de combattre sous son drapeau ? »

Shanks sourit. Nostalgique.

« Physiquement, il ressemble beaucoup à son fils. Mais il n'avait pas de taches de rousseur ! »

Il raconta, avouant au passage qu'il était aussi au courant pour Ace, faisant sourire la commandante de la quatrième division.

« C'était... Un véritable pirate. »

Sa voix se fit plus douce. Chargée de souvenirs.

« Il aimait l'aventure. Découvrir toujours plus de nouveautés. Il aimait être plus libre que quiconque. »

Il but une gorgée. Savourant.

« Il était sérieux et gamin. Sans pitié, mais rempli d'amour pour ses proches. Il ne fuyait pas. Il possédait une incroyable détermination. Il n'aimait pas les injustices. »

Pause. Lourde de sens.

« Pour moi, il restera toujours mon capitaine. »

Sohalia garda le silence. Puis fronça les sourcils.

« Ace lui ressemble énormément, n'est-ce pas ? »

Shanks sourit. Mélancolique.

« Plus qu'il ne voudrait l'admettre. »

La Shizen acquiesça. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que sans Roger, peut-être que rien de tout cela n'existerait.

Combien de vies avait-il bouleversées ? Vivant ou mort ?

« J'ai du mal à vous imaginer en mousse. »

Elle avoua avec un sourire taquin.

« J'ai vu des photos, mais ça reste dur à figurer que vous n'étiez qu'un simple matelot... »

Le rire de Shanks résonna dans la nuit, la faisant sourire.

« Et pourtant, j'en ai fait des conneries de matelot... »

Il s'esclaffa.

« Je ne compte plus les fois où j'ai dû récurer l'Oro Jackson ! »

Sohalia rit doucement. Détendue. Heureuse. Pour la première fois depuis longtemps.


Izo, Haruta, Marco et Ace retournaient dans leurs cabines, après cette soirée en compagnie de l'équipage de Whitey Bay. Pourtant, alors que l'ambiance aurait dû être joviale entre les frères... Il y avait une tension qui régnait entre eux.

Izo était en tête de la petite troupe, marchant d'un pas rapide. Énervé par le comportement du phénix avec la pirate des glaces. Haruta, lui, était inquiet. Il avait vu Sohalia quitter la soirée très tôt. Et depuis, plus personne ne l'avait revue. Ritsu avait bien essayé de la retrouver. Mais cela avait été vain.

Ace, lui, était pensif. Il ne savait quoi penser des révélations de Sohalia. Mais aussi de Marco et de son idée de vengeance. Il ne voulait pas que sa sœur souffre. Mais il comprenait aussi le phénix.

Quant au principal intéressé...

Il avançait à l'aveugle. Il avait vu la blonde s'en aller et avait senti la culpabilité serrer son cœur. Il s'était bien amusé avec Whitey. Mais il avait aussi été mal à l'aise. De flirter ainsi avec elle. Sous les yeux de Sohalia. Alors qu'ils passaient devant la porte du commandant de la première division...

Izo se retourna vivement vers Marco et posa sur lui un regard froid. Le phénix sourcilla. Tandis que les commandants de la seconde et douzième divisions grimacèrent. Au moment où il allait dire ce qu'il pensait du comportement de son aîné...

Un rire qu'ils reconnurent rapidement résonna jusqu'à eux. Ils embrassèrent du regard la direction d'où provenait le son et écarquillèrent les yeux. Ils entrouvrirent la bouche. Hébétés.

Le rire de Sohalia. Joyeux. Insouciant. Libre.

Marco se figea.

Ce rire. Ce putain de rire qu'il n'avait plus entendu depuis... Depuis quand ? Il tourna la tête. Lentement. Et la vit, assise sur le Red Force. Aux côtés de Shanks le Roux. Souriante. Détendue. Heureuse.

Quelque chose se brisa dans sa poitrine. Elle riait. RIAIT.

Alors que quelques heures plus tôt, elle avait quitté sa cabine les yeux remplis de larmes.

"Je comprends... Bonne nuit, Marco."

Et maintenant... maintenant elle était LÀ. Avec LUI. Avec ce putain d'Empereur connu pour être un coureur de jupons. Ses poings se fermèrent. Violemment. Les ongles s'enfoncèrent dans ses paumes. La douleur fulgura. Elle était bienvenue et l'empêchait de faire quelque chose de stupide. Comme s'envoler là-bas et arracher Shanks de ce banc.

« Marco ? »

Izo le fixait. Inquiet.

Il ne répondit pas. Il ne pouvait pas détacher ses yeux d'elle. Elle penchait la tête en écoutant Shanks raconter une histoire. Ses yeux brillaient. D'admiration. De fascination. Elle buvait ses paroles comme un nectar précieux.

C'est moi qui devrais être là. C'est MOI qui devrais la faire rire ainsi. C'est MOI qu'elle devrait regarder avec ces yeux-là.

Mais non.

Il avait choisi la vengeance. La colère. La distance.

Et maintenant...

Maintenant il la perdait.

Sa mâchoire se crispa. Ses dents grincèrent. La rage bouillonnait en lui. Contre Shanks. Contre lui-même. Contre cette situation.

Haruta toucha son bras doucement.

« Marco... Allons nous coucher. »

Le phénix ne bougea pas. Les yeux fixés sur Sohalia, qui riait maintenant. La tête rejetée en arrière. Joyeuse.

Son cœur se serra. Douloureusement.

« Sohalia ? Ça te dirait de rejoindre mon équipage ? »

La voix de Shanks porta jusqu'à eux. Forte. Claire.

Il parlait plus fort. Intentionnellement. Pour que leurs spectateurs ne perdent pas une miette.

« On aurait bien besoin d'une présence féminine à bord... »

Il ajouta avec un sourire charmeur. Marco serra les poings plus fort. Jusqu'à sentir le sang perler.

« Non, merci. »

Sohalia s'esclaffa.

Un soulagement inattendu balaya Marco.

« Quoi ? Tu me rejettes ainsi ? Sans le moindre regret ou remord ? »

Shanks s'insurgea faussement, continuant de la faire rire.

« Oui, sans aucune hésitation ! »

Elle affirma avec force.

« Le seul équipage pirate que je reconnais comme le mien est celui de Barbe Blanche. »

Elle le dit avec un immense sourire. Sincère. Vrai. Sans équivoque.

Le cœur de Marco se serra. Douloureusement. Magnifiquement.

« Tu les aimes tant que ça ? » demanda Shanks.

« Oui. »

Elle souffla, avec un sourire tendre étirant ses lèvres.

« Surtout l'un d'entre eux, n'est-ce pas ? » la taquina Shanks, en lui donna un coup de coude dans les côtes.

Elle grimaça.

« J'ai entendu d'une source sûre que tu t'étais déclarée. » ajouta-t-il face à son regard surpris.

« De quoi est-ce que vous parlez ? » questionna-t-elle perdue.

Ne se souvenant pas d'avoir mis des mots sur ses sentiments.

« De ta lettre au phénix. » répondit-il.

« Ace l'a lue. Il en a parlé à ses frères du Moby Dick. Et... Je crois que tout le monde est au courant maintenant ! »

Il expliqua, en essayant d'étouffer son rire, la voyant devenir aussi rouge que ses propres cheveux.

« Je vais tuer cette idiote de flammèche ! »

Elle rugit, en plongeant son visage dans ses mains. Shanks ne tint plus et laissa libre cours à son hilarité.

Tandis que Sohalia maudissait son jeune frère.

« Nom d'un chihuahua à vingt-six têtes ! »

Elle pestait.

« Je vais me venger ! À la hauteur de la honte que je ressens actuellement ! Foi de pirate ! »

Sur le Moby Dick, Ace grimaça. Izo et Haruta rirent doucement.

Marco, lui, ne quittait pas la blonde des yeux.

« Alors ? »

Shanks la dévisagea. Quelques secondes. Puis laissa un triste sourire étirer ses lèvres et embrassa du regard la Lune.

« Tu t'es vraiment déclarée ? »

Sohalia resta silencieuse. Un long moment. Le vent soufflait doucement et faisait voler ses cheveux blonds.

L'odeur du sel. De la mer. De la nuit. Le bruit des vagues, qui venaient lécher la coque du navire. Le craquement du bois, qui gémissait sous le tangage.

Shanks la détaillait du coin de l'œil, mais gardait aussi un œil sur le Moby Dick. Sur les quatre silhouettes qui les observaient. Sur le phénix dont les yeux ne lâchaient pas la blonde. Il ne voulait rien louper.

« Non. »

Le mot flotta dans l'air. À peine un souffle. Mais le vent porta cette unique syllabe jusqu'au Moby Dick.

Marco se raidit. Izo retint son souffle. Haruta pencha la tête. Ace fronça les sourcils.

Non ? Elle ne s'était pas déclarée ?

Sohalia garda les yeux sur la Lune. Cette Lune dont elle portait le nom.

Sohalia. Clair de Lune.

« J'ai écrit ces mots. »

Sa voix était calme. Posée. Elle choisissait chaque mot avec soin.

« Puis je les ai déchirés. »

Pause.

Le silence s'étira. Lourd de sens.

« Je n'étais pas satisfaite. »

Elle ferma les yeux.

« Je n'arrivais pas à mettre des termes sur mes sentiments pour qu'il les comprenne. »

Le vent caressa son visage. Doux. Apaisant.

« J'ai pensé que ce n'était pas possible que ce soit si dur. »

Un sourire amer étira ses lèvres.

« Alors j'ai recommencé la lettre. »

Shanks ne bougeait plus. Hypnotisé.

Sur le Moby Dick, les quatre pirates retenaient leur souffle.

Le monde entier sembla s'arrêter. Il n'y avait plus que sa voix. Et le vent. Et les étoiles.

« J'aurais pu la mettre au feu. »

Elle rouvrit les yeux et fixa les étoiles.

« Lui envoyer en fumée. »

Pause. Le silence résonnait plus fort que les mots.

« J'aurais pu la jeter dans l'eau. »

Sa voix se fêla légèrement.

« Et la regarder couler. Doucement. »

Marco sur le Moby Dick avait cessé de respirer. Son cœur battait si fort qu'il l'entendait résonner dans ses oreilles.

« J'aurais pu accrocher ces pages à un oiseau. »

Une larme roula sur sa joue. Silencieuse. Brillante sous la lune.

« Et le faire s'envoler vers la Lune. »

Le silence s'étira. Lourd. Insoutenable. Chaque seconde semblait durer une éternité.

« J'aurais pu les hurler au monde entier. »

Elle tremblait maintenant. Imperceptiblement.

« Mais cela n'aurait servi à rien... »

Pause.

Longue.

Insoutenable.

« À moins que je ne les lui dise. Directement. »

Shanks ne respirait plus.

Marco sur le Moby Dick avait cessé de respirer aussi.

Izo. Haruta. Ace. Tous figés.

Le temps s'était arrêté.

Sohalia bascula la tête en arrière. Elle ne voyait plus que le ciel. Les étoiles. La Lune.

« Je ne sais pas comment expliquer cette frustration que j'ai ressentie à ce moment-là. »

Sa voix n'était plus qu'un murmure.

Mais chaque mot résonnait dans le silence de la nuit.

Portés par le vent. Jusqu'au Moby Dick. Jusqu'à Marco.

« J'aurais pu brûler les pages encore et encore. »

Les larmes coulaient librement maintenant. Sur ses joues. Brillantes sous la lune.

« Que j'aurais toujours eu envie de les écrire. »

Un sanglot étouffé.

« J'aurais pu les noyer. »

Sa voix se brisa complètement.

« Que j'aurais encore entendu leur doux murmure à mon oreille. J'aurais pu les dire à quelqu'un d'autre. »

Elle sourit à travers ses larmes.

« Mais cela aurait sonné faux. »

Le vent s'était tu. La mer aussi. Comme si le monde entier attendait et retenait son souffle.

« Alors... »

Pause.

Une seconde. Deux. Trois.

Qui semblèrent durer une éternité.

« J'ai compris. »

Son cœur battait si fort qu'elle l'entendait résonner dans ses oreilles. Ses mains tremblaient. Son corps entier tremblait.

Les étoiles brillaient au-dessus d'elle. Innombrables. Témoins silencieux.

« C'est impossible... »

Le silence fut assourdissant.

Shanks. Marco. Izo. Haruta. Ace. Le monde entier attendait.

« ... de décrire l'amour. »

Le silence qui suivit fut assourdissant.

"C'est impossible de décrire l'amour."

Les mots résonnaient. Encore et encore.

Dans le silence. Dans le vent. Dans les cœurs.


Sur le Moby Dick, Marco chancela. Comme si on venait de le frapper en plein cœur.

"C'est impossible de décrire l'amour."

Ces mots résonnaient dans sa tête. Encore et encore. Ils martelaient son crâne. Son cœur. Son âme. Il porta une main à sa poitrine. Quelque chose y brûlait. Douloureusement. Magnifiquement.

Izo le regardait. Les yeux brillants d'émotion. Haruta essuyait discrètement une larme. Ace fixait sa sœur. Bouche entrouverte. Ému.

Mais Marco...

Marco ne voyait plus qu'elle. Seulement elle.

Assise sur ce navire ennemi. La tête basculée en arrière. Les larmes sur ses joues.

Magnifique. Brisée. Sincère.

"C'est impossible de décrire l'amour."

Non.

Non, elle avait tort.

Elle venait de le faire.

Elle venait de décrire l'amour. Avec ces mots. Cette poésie. Cette douleur.

Il déglutit avec difficulté. Sa gorge était serrée. Nouée. Ses yeux brûlaient. Des larmes qu'il refusait de laisser couler.

La Lune qui illuminait ses nuits les plus sombres. La femme qu'il aimait. Et qu'il était en train de perdre. Par sa propre faute. Par sa propre colère. Sa propre stupidité.

« Marco... »

Izo murmura. Doucement. Inquiet.

Mais le phénix ne répondit pas. Ne pouvait pas. Ne pouvait plus.

Il tourna les talons. Brusquement. Il s'engouffra dans sa cabine et claqua la porte.

Izo, Haruta et Ace restèrent figés et échangèrent un regard.

Puis, silencieusement, chacun rejoignit sa propre cabine.

Laissant Marco seul avec ses démons. Ses regrets. Son amour.


Sur le Red Force, Shanks observait Sohalia, qui pleurait en silence. Le visage toujours levé vers les étoiles.

Il ne dit rien. Ne fit aucun commentaire.

Il respecta son chagrin. Sa douleur. Sa confession. Il se contenta de remplir sa coupelle. Doucement. Et de boire. En silence.

Laissant la jeune femme seule avec ses larmes. Ses regrets. Son amour.

Au-dessus d'eux, la Lune brillait.

Témoin silencieux de cette confession.

Qui n'atteindrait jamais celui à qui elle était destinée.

Car Sohalia ne savait pas.

Ne savait pas que Marco avait tout entendu.

Chaque mot. Chaque souffle. Chaque sanglot.

Elle ne savait pas qu'il se tenait maintenant dans sa cabine.

Le dos contre la porte, glissant lentement au sol.

Les mains dans les cheveux. Le cœur brisé.

Elle ne savait pas.

Qu'il l'aimait aussi.


REECRIT : 18/01/2026

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