The New Era
Chapitre 42 : Chapitre 42 : Vis Pour Lui
4305 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 19/01/2026 20:45
« Rester, c'est exister. Voyager, c'est vivre. »
— Gustave Nadaud
Cabine de Sohalia, Moby Dick, Nanmin no Shima.
L'aube venait juste d'apparaître lorsque Sohalia et Marco se réveillèrent. Immédiatement, ils se collèrent l'un à l'autre. Sans un mot échangé, ils profitèrent de ce moment de paix avant que la journée ne commence et ne les empêche de se retrouver seuls en tête à tête. Ces instants de tendresse et de complicité auraient pu durer quelques heures si l'estomac du phénix n'avait pas fait irruption en plein baiser, déclenchant le rire de la Shizen.
Ils pénétrèrent ensemble dans le réfectoire et remarquèrent qu'ils étaient les derniers des commandants à les rejoindre. Sohalia s'assit en face d'Izo et Marco prit place à sa droite. La jeune femme salua le commandant de la seizième division et s'esclaffa en le voyant avoir des gestes mécaniques tandis qu'il beurrait sa tartine. L'homme travesti semblait avoir du mal à se remettre de sa nuit de garde. En prenant pitié de lui, elle lui prit la biscotte des mains et continua ce qu'il faisait avant.
Il la remercia d'un signe de tête et attrapa sa tasse de café, se disant que cela ne pouvait pas lui faire de mal, même si le café était plus calorique que le thé. Izo prit en bouche une grande gorgée et stoppa tout mouvement en fixant la main gauche de sa petite sœur qui discutait gaiement avec Atmos. L'information remonta très lentement jusqu'à son cerveau. Ses neurones analysèrent doucement ce qu'il était en train de regarder, puis il réagit en recrachant son café sur la blonde qui lui faisait face.
Surprise par cette soudaine humidité sur elle, Sohalia cligna des yeux en observant ses vêtements absorber le liquide. Elle dévisagea son frère en prenant une expression outrée.
« J'espère que tu as une excellente excuse pour cela, car je sors de la douche… », menaça-t-elle.
« Tu n'as qu'à y retourner », murmura le phénix en se penchant vers elle.
« J'en ai une ! C'est quoi ça ?! » s'exclama-t-il en se levant d'un bond et en pointant de son index les deux anneaux à l'annulaire de la jeune femme.
Tous les commandants suivirent le doigt accusateur du samouraï et ouvrirent la bouche de stupeur. Certains pirates se levèrent de leur table, curieux de voir ce qui mettait le commandant de la seizième division dans cet état. Puis, des murmures éclatèrent autour du couple. Sohalia grimaça en pensant au quiproquo qu'ils venaient de créer. Elle prit une serviette en soupirant pour se nettoyer et remarqua du coin de l'œil son amant la questionner des yeux pour savoir ce qu'elle allait répondre.
« Tu te débrouilles. C'est toi qui les as placées où elles sont actuellement », lança-t-elle en finissant de s'essuyer le visage.
Les chuchotements s'amplifièrent.
« Méchante ! » souffla-t-il en lui pinçant gentiment la cuisse. « On va se marier ! » déclara-t-il d'une voix forte pour que tous les pirates présents entendent clairement.
Ahurie, elle recracha le jus de fruit qu'elle était en train de boire et le liquide s'écrasa sur Izo qui était bien trop stupéfait par l'annonce du phénix.
Vengeance, pensa-t-elle en souriant.
Un ange passa, puis, son épaule fut pressée par certains de ses frères, d'autres la bousculèrent en la félicitant et son sourire disparut. Ils parlaient tous en même temps, faisant circuler l'information. Certains étaient bien trop surpris et demandaient des explications.
La commandante de la quatrième division fixa Marco en grognant tandis qu'elle essayait de se défaire de l'emprise de Blenheim qui la serrait dans ses bras, ravi de la nouvelle.
« Je te laisse gérer ça… Je dois voir si tout est paré pour qu'on lève l'ancre… Amuse-toi bien ! Chérie… » chantonna-t-il, moqueur.
Des exclamations et des sifflements retentirent dans tout le réfectoire pendant qu'elle maudissait le second de l'équipage.
« Je te déteste ! »
« Je te ferai dire le contraire sous la douche », annonça-t-il en quittant la pièce, un sourire éclatant sur les lèvres.
Ses mots déclenchèrent des commentaires graveleux de la part de ses frères et elle eut bien du mal à calmer leurs ardeurs alors qu'ils la bousculaient gentiment en tout sens.
« Alors ?! Raconte ! » cria un pirate qu'elle ne voyait pas.
« Ouais ! Comment il a fait sa demande ?! » s'écria Izo, impatient.
La Shizen avait le tournis, noyée par les interrogations de ses frères curieux. Elle avait l'étrange impression ne plus être en compagnie de pirates reconnus à travers le monde, mais plutôt de vieilles petites dames assoiffées de rumeurs. Elle soupira et monta sur sa chaise.
« Fermez donc vos grandes gueules ! » hurla-t-elle puissamment.
« Sohalia ! » s'écria Vista, outré par la vulgarité de la jeune femme.
« Bien ! Marco a raconté des conneries ! On ne va pas se marier ! C'est un simple cadeau de sa part… C'est pour que ce soit plus simple de jouer la comédie du faux mariage… »
Son explication tranquillisa immédiatement ses frères, bien mieux qu'un anesthésiant pour éléphant ne l'aurait fait. Elle répondit aux questions de ses camarades qui ne comprenaient pas. Elle remarqua l'air perplexe d'Izo, qui semblait avoir un milliard de questions, mais qui gardait le silence.
Sohalia était accoudée au bastingage de la poupe du Moby Dick. Devant elle, Nanmin no Shima s'éveillait doucement sous les premiers rayons du soleil. Le port s'animait. Les habitants vaquaient à leurs occupations. La vie reprenait son cours. Un sourire fleurit sur ses lèvres.
Le commandant de la seizième division prit place à ses côtés en silence.
« Qu'y a-t-il ? » demanda-t-elle doucement.
« Rien. Je voulais juste savoir pourquoi vous aviez décidé de ne pas vous marier ? » interrogea-t-il, les yeux perdus dans l'agitation qui régnait sur le port.
« Eh bien… Déjà, il n'a pas fait de demande… », répondit-elle, ne comprenant pas pourquoi il pensait cela.
« Vraiment ? C'est bizarre ! » s'exclama-t-il en attirant des coups d'œil de leurs frères qui passaient par là.
« Je ne vois pas en quoi… »
« Parce que je l'ai croisé quand il sortait de la bijouterie. Je lui ai demandé s'il était sérieux… Il n'a pas nié qu'il allait te le demander. »
Sohalia le dévisagea, en cachant tant bien que mal son étonnement. Est-ce que Marco avait vraiment l'intention de l'épouser au début de leur conversation de la veille ? Pourtant, il n'avait pas l'air déçu par son refus… Au contraire…
« Non. Nous sommes d'accord pour le moment sur ce point. Peut-être qu'il a juste voulu que tu te fasses des films… »
« L'enfoiré ! Je le déteste ! » grogna-t-il.
« Fais gaffe… Il va t'emmener sous la douche pour te faire dire le contraire », rit-elle.
Izo s'esclaffa à son tour, alors que l'île continuait de s'éveiller devant eux.
Plage de Nanmin no Shima.
Sohalia avait proposé à Ritsu une promenade sur la plage avant qu'ils ne reprennent la mer dans la soirée. Loin du navire. Loin des regards. Loin du bruit. La rousse avait immédiatement accepté, heureuse de quitter le Moby Dick pour quelques heures.
Elles marchaient côte à côte en silence. Leurs pieds s'enfonçaient dans le sable chaud. L'odeur de la mer. Le bruit des vagues. Le cri des mouettes au loin. Elles s'installèrent sur un rocher face à l'océan.
Un silence s'installa entre la blonde et la rousse. Un soupir de Ritsu attira l'attention de la Shizen sur son amie.
« Je vais être honnête avec toi… Je suis jalouse de toi, de ton bonheur, de ta vie… Il y a des fois où je ne supporte pas d'être à tes côtés… Surtout quand je te vois sourire bêtement… »
La blonde ouvrit la bouche, bée. Que pouvait-elle dire ? L'esprit blanc de stupéfaction, elle resta silencieuse, laissant la tigresse dire ce qu'elle avait sur le cœur.
« J'ai tout perdu… Mon travail… Ma famille… Même l'homme que j'aimais… J'ai perdu les piliers de ma vie… Tout s'est effondré sans que je ne puisse rien y faire… Je n'ai plus rien », expliqua-t-elle lentement, les yeux perdus dans le vide.
Sohalia ouvrit la bouche pour la contredire, mais sa voix resta bloquée dans sa gorge.
« Tu as tout et plus encore… Tu as deux familles, deux métiers, un mari et un amant. Tu as deux vies, et moi, je n'ai plus rien… »
Un silence accueillit ses paroles. Ritsu se leva et la Shizen l'imita et saisit sa main.
« Ce n'est pas vrai ! Tu as l'équipage ! »
« J'ai pris cette voie par défaut et non par choix… Qu'aurais-je pu faire d'autre ?! Mes anciens collègues me traquent pour trahison et n'ont qu'une idée en tête : me tuer ! Ma famille m'a renié. La seule raison que j'avais de choisir cette vie est morte ! J'ai l'impression d'être une coquille vide… La vie n'a plus de saveur… »
La tigresse se défit de l'emprise de sa commandante et quitta la plage pour rejoindre le Moby Dick. Sohalia resta perdue. Elle voyait bien que Ritsu avait besoin d'aide, mais elle ne savait pas quoi faire. Son deuil n'était pas fait… Elle en était même encore bien loin. La Shizen avait l'impression que la rousse était toujours au même point… C'était comme si elle était restée bloquée au moment où on lui avait annoncé la terrible nouvelle.
Bibliothèque du Moby Dick.
Sohalia passa plusieurs heures dans la bibliothèque du Moby Dick, plongée dans les ouvrages de botanique, notant les plantes qu'elle ne connaissait pas. Leurs effets. Comment les obtenir. Comment les faire pousser. Elle rassembla les informations. Une par une. Patiemment. Sa liste s'allongeait. Plantes médicinales. Plantes rares. Plantes précieuses.
Elle calcula. Si elle arrivait à faire pousser toutes ces plantes, elle pourrait faire économiser plus de vingt pourcent à l'équipage.
Un sourire satisfait étira ses lèvres.
Cabine de Sohalia, Moby Dick.
Marco rentra dans la cabine de la commandante de la quatrième division et la vit assise à son bureau, soupirer et rayer ce qu'elle écrivait. Le phénix sourit et s'approcha d'elle pour claquer un baiser sur sa joue. Il fila sous la douche, laissant la jeune femme travailler. Quand il revint, il nota que le nombre de boulettes de papier sur le sol avait augmenté. Le second de l'équipage s'allongea sur le lit, les bras croisés derrière la tête.
« Qu'est-ce que tu fais qui te met de si méchante humeur ? » interrogea-t-il, curieux.
« Mon conseil m'a demandé d'écrire un rapport pour savoir où on en est avec le problème Jef Mentaru… Mais la seule pensée que j'arrive à formuler correctement c'est : 'c'est la merde !'. Je ne vois pas quoi dire d'autre… » grommela-t-elle.
Marco s'esclaffa et la rejoignit. Il posa ses mains sur ses épaules et les massa délicatement pour faire disparaître la tension qui y régnait. Lorsqu'il la sentit se détendre sous le doux traitement qu'il lui infligeait, il déposa de légers baisers dans le creux de son cou. Un sourire fleurit sur les lèvres de la Shizen et un frisson agita délicieusement son corps.
« Ce que tu fais ne m'aide pas du tout à me concentrer », avoua-t-elle dans un souffle.
Le phénix sourit contre sa peau et arrêta son affectueuse torture. Il se mit alors à lui dicter des phrases bateaux qu'il connaissait par cœur à force de rédiger des rapports à longueur de journée. Dès qu'elle eut mis le point final, Sohalia plaça le rapport dans la boîte que Nostradamus lui avait donnée pour faciliter leur correspondance. La Shizen se leva, embrassa rapidement son amant et fila à la douche, ayant hâte de rejoindre l'homme qui prenait place sur son lit.
Ce dernier fut attiré par une pile de feuilles assez importante noircie par l'écriture de la jeune femme. Curieux, il lut la liste de plantes qui s'y trouvaient. Quand la blonde revint et se glissa à ses côtés, il la questionna à ce sujet :
« J'ai décidé d'augmenter mes connaissances pour avoir plus de ressources durant les combats. Et puis, si j'arrive à faire pousser toutes les plantes médicinales que j'ai trouvées, dont certaines sont très rares, je pourrais faire gagner plus de vingt pourcent d'économie à l'équipage… » expliqua-t-elle en caressant lascivement le torse du phénix.
Le commandant de la première division sourit. Voilà une idée à creuser. Mais pour l'heure, il en avait de meilleures en tête.
Il surplomba et câlina ses lèvres avec les siennes, lui coupant le souffle. Les journées étaient longues... Surtout quand elle se trouvait à ses côtés, mais qu'il ne pouvait la toucher. Ses mains étaient parcourues de spasmes dans ces moments-là. Elles le suppliaient de céder et de les laisser la toucher. Le problème des espions était peut-être réglé, mais ils préféraient prendre garde à ce que la nouvelle de leur couple atteigne le Gouvernement Mondial le plus tard possible.
Alors dès qu'il en avait l'occasion, dès qu'ils étaient à l'abri des regards, il flanchait face à ses envies. Il avait remarqué qu'il n'était pas le seul dans ce cas. Sohalia, aussi, se retenait. Parfois, il voyait sa main s'élancer vers lui avant que la raison ne reprenne le dessus. Leurs corps étaient aimantés l'un vers l'autre...
Il idolâtrait son odeur florale, sa peau douce et ferme, ses lèvres à la couleur des framboises et dont le goût était toujours sucré dû à la proportion de chocolat qu'elle pouvait ingérer dans une journée. Ses yeux brillants de joie, assombris par le plaisir... Ô qu'il les chérissait... Son petit nez, ses joues rougies... Il les adorait. Ses longs cheveux dorés... Il les admirait et les caressait sans cesse. Ce ventre plat où se dessinaient de fins abdos... Qu'il aimait y passer un bras possessif et une main cajoleuse. Ses seins dont il savourait ses tétons durcis par le plaisir... Ses fesses... Il raffolait de les malaxer. Il appréciait sentir ses bras l'enlacer et ses jambes les rapprocher toujours plus... Il se complaisait dans son giron... Oui... Marco était esclave de cette jeune femme.
Le phénix ne lutta pas lorsque d'un coup de reins habile, elle renversa leur position pour se retrouver sur lui. Il était asservi à son corps, tout comme à son âme...
Soudain, l'image du commandant de la seconde division s'immisça dans son esprit et il coupa court à leur occupation. Sohalia lui lança un regard coléreux, frustré et curieux, le faisant sourire.
« Impatiente…, souffla-t-il en passant ses doigts dans sa chevelure. Dis-moi... Pourquoi est-ce qu'Ace se plie au moindre de tes désirs depuis l'autre jour ? » s'enquit-il.
« Ô... Ça... On va dire qu'il m'en doit une… », répondit-elle évasivement avec un sourire qui se voulait innocent sur les lèvres, mais Marco n'était pas dupe.
« Tu le fais chanter ? » insista-t-il en mordillant doucement son ventre.
« Peut-être… » chantonna-t-elle en fermant les yeux pour mieux apprécier cette tendre torture.
Le second de l'équipage abandonna, n'ayant aucune envie de parler de son jeune frère durant un tel instant. Il attira son visage vers le sien pour recommencer une nouvelle danse entre leurs lèvres, mais se stoppa.
« Quoi, encore ?! » grogna-t-elle.
« Les divisions paires sont de corvée de lessive demain », déclara-t-il.
Le visage de Sohalia passa du plaisir et de l'impatience à la confusion, puis au désespoir le plus total. Marco retint de justesse un rire.
« Quoi ? Non ! » cria-t-elle.
Le phénix n'y tint plus et s'esclaffa. Il débuta un nouveau baiser pour faire taire ses plaintes et lui faire tout oublier. Du lieu où ils se trouvaient au monde qui les entourait... Il ne voulait qu'elle se souvienne que de lui et de ce qu'il pouvait lui faire ressentir...
Moby Dick, deuxième jour de traversée vers Aki Island.
Le den-den mushi de Marco les tira de leur sommeil. Tandis que le phénix décrochait, Sohalia observa le hublot de sa cabine : c'était l'aube, mais il faisait bien sombre.
« Commandant Marco ! C'est la vigie ! Ouragan de catégorie quatre sur l'échelle de Saffir-Simpson à douze heures ! »
Le hurlement du marin depuis le nid-de-pie acheva de les réveiller. Il y eut une seconde de flottement avant que Marco jure et se lève d'un bond en se rhabillant prestement tout en donnant des ordres. Sohalia l'imita et se précipita hors de sa cabine pour frapper violemment aux portes des commandants en donnant l'alerte.
Le vent commençait à hurler férocement. Les éclairs s'abattaient entre les répliques du Moby Dock. La mer se déchaînait déjà, éclaboussant les ponts des vaisseaux. Tout était sombre. Certaines des lanternes s'envolèrent pour tomber à l'eau ou s'écraser sur le plancher.
Sohalia courut vers le dortoir de sa division, dévala les escaliers et ouvrit la porte bruyamment. Elle perçut certains de ses hommes se plaindre de ce réveil musclé.
« Debout ! Ouragan catégorie quatre ! Tout le monde sur le pont ! Sécurisez les canons ! Mettez les poudres et les boulets à l'abri ! Plus vite ! » claqua-t-elle.
Un ange passa, puis la frénésie s'empara des pirates. Elle perçut d'autres commandants reprendre ce qu'elle venait d'annoncer. Elle réveilla la première division : Marco ayant pris la barre du Moby Dick. Les ordres fusaient dans tous les sens. En l'espace de quelques secondes ses subordonnés furent prêts et ils remontèrent sur le pont.
Ils redoublèrent les sécurités des canons afin qu'ils ne finissent pas à l'eau ou qu'ils n'écrasent pas un malheureux en étant emportés par une vague. La quatrième division fit des allers-et-retours entre les cales et le pont emmenant la poudre et les boulets à l'abri. Chaque denrée était précieuse sur un navire. Même s'ils avaient largement les moyens d'en racheter des nouveaux, ils préféraient utiliser des Berrys pour une fête que pour du matériel.
Alors qu'ils remontaient sur la proue du Moby Dick, la voix de Marco résonna malgré les rugissements du vent. Il les mettait en garde : une vague, plus haute que les autres, allait réussir à passer au-dessus du bastingage.
Mais c'était trop tard. Sohalia vit avec horreur certains de ses frères être emportés par l'eau. Elle s'agenouilla précipitamment et fit apparaître un filet de racines pour les empêcher de passer par-dessus bord.
La jeune femme serra les dents. Elle luttait. Toute son énergie était en train d'y passer. L'eau marine l'affaiblissait elle et ses créations et elle devait forcer pour les garder en place. Elle vit ses compagnons se précipiter pour aider les rescapés. Quand ils furent tous à nouveau sur le pont, la Shizen fit disparaître son pouvoir et resta à terre, essoufflée.
Sous l'ordre de son Père, elle s'apprêtait à donner un coup de main à la huitième division qui se démenait pour remonter la misaine, quand elle entendit un cri féminin non loin d'elle. Elle eut juste le temps d'apercevoir une chevelure rousse chuter vers l'eau.
Elle se précipita vers la tigresse et attrapa la main de la jeune femme alors qu'elle perdait sa prise qu'elle avait sur le bastingage. Affaiblie et emportée par la houle qui faisait violemment tanguer le navire, la Shizen manqua de la suivre et se rattrapa de justesse au bastingage. Essoufflée, elle tenait bon, essayant de remonter Ritsu.
« Laisse tomber ! » lui cria l'ancienne marine, choquant la blonde. « Lâche-moi ! C'est pas la peine qu'on y passe toutes les deux ! »
Sur le coup, Sohalia fut troublée par ses mots, puis une colère sourde fit bouillir son sang. Comment osait-elle dire une chose pareille ?! Comment pouvait-elle abandonner cette chose de si précieuse qu'était la vie ?! Elle ne la laisserait pas mourir !
Ritsu frissonna en voyant des papillons apparaître doucement autour de sa commandante. L'un d'entre eux attira son attention. Un qui était plus brillant que les autres et qui se posa sur l'épaule de la blonde. Ses formes devinrent floues et, pendant un court instant, la tigresse crut que c'était parce qu'elle avait les larmes aux yeux.
Ses yeux s'écarquillèrent et la rousse eut un hoquet de stupeur en voyant le papillon prendre l'aspect de Thatch. Elle avait oublié à quel point il était grand, et si beau... Le défunt était entouré d'une aura lumineuse et chaleureuse qui l'attirait inexorablement. Il la fixait avec colère et amour ce qui lui donna envie de rire et pleurer.
« Ne dis pas de conneries ! » rugirent la Shizen et le balafré. « Comment peux-tu abandonner ta vie alors que Thatch/je la chérissait/s plus que tout ?! Tu abandonnes ?! Je ne te laisserai pas faire ! »
Sa voix… Si rauque et sensuelle… Ses larmes se noyèrent dans la pluie qui se fracassait sur eux. Le frère et la sœur avaient parlé ensemble dans une synchronisation parfaite.
« Tu salis la mémoire de Thatch ! » continua la blonde. « Je suis sûre que lui, il a lutté jusqu'au dernier moment, car il était fort et déterminé à vivre ! Il doit se retourner dans sa tombe ! Tant que je vivrai, je ferai tout pour lui rendre hommage ! Je ferai en sorte que personne ne l'oublie ! Tant qu'on se souvient de lui, il ne mourra pas ! Il vivra à jamais dans mes souvenirs et dans mon cœur ! Si tu meurs, comment pourras-tu te rappeler de lui ?! Je ne le laisserai pas mourir une seconde fois ! Bats-toi ! Trouve un nouveau but ! Quand j'ai disparu, j'ai dû lui causer tant de souffrances ! Mais je suis sûre qu'il s'est accroché ! Il avait pour but de protéger sa famille ! Je suis persuadée qu'il s'est démené comme un beau diable pour protéger nos frères et notre père ! Si jamais je te laisse mourir, je ne pourrai plus lui faire face lorsque je le retrouverai ! Alors ferme ta grande gueule et vis pour lui ! Et aide-moi, bordel ! »
Son discours passionné laissa pantoise la rousse qui vit avec stupeur Thatch acquiescer aux paroles de sa Lia-chan. Son esprit était blanc. Elle n'arrivait pas à réfléchir. Elle avait froid et n'avait pratiquement plus de forces. Mais, là, au fond de son cœur, une petite lumière s'alluma. Elle lança un regard désespéré à la jeune femme qui continuait de lutter pour ne pas chuter avec elle et la remonter sur le pont.
« C'est quoi ce bordel ?! » s'écria Haruta en faisant un pas en arrière en voyant Thatch.
Qu'est-ce que… Putain !
Il avait dû se prendre quelque chose sur la caboche ! Puis, il suivit le regard de son frère décédé et vit Sohalia à moitié dans le vide qui semblait tenir quelque chose. Le commandant de la douzième division se précipita vers elle et l'aida à poser ses pieds au sol, puis à remonter la rousse.
Thatch disparut dès le moment où Ritsu fut sauvée. Sohalia lâcha un long soupir de soulagement lorsqu'elles furent à nouveau sur le pont du navire à tête de baleine. Sa détente ne dura pas longtemps. Blenheim hurla de faire attention et le trio se fit ensevelir sous la misaine qui s'était arrachée du mât.
« Voyager, c'est vivre, hein ?! » grommela Sohalia en essayant de sortir de dessous le tissu.
A côté d'elle, elle discerna le rire de la tigresse et de Haruta. Elle eut un sourire fatigué, malgré que ce soit toujours le chaos.
Doucement, la blonde distingua le changement dans le rire de la rousse. Ce n'était plus des éclats de joie, mais des sanglots libérateurs. La commandante rampa sous la voile vers sa subordonnée et l'enlaça, cachant son visage ravagé par les larmes dans son cou. Cette étreinte resta cachée sous l'étoffe qui était en lambeaux… Tout comme le cœur de Ritsu.
REECRIT : 19/01/2026
Lexique :
*Aki : En japonais, cela signifie automne.
**Saffir-Simpson : c'est l'échelle utilisée par les scientifiques pour classer les cyclones en fonction des vents et des dégâts qu'ils pourraient causer. Il existe cinq catégories :
- Un : Noel est l'ouragan ayant fait le plus de morts en 2007 dans l'Atlantique du Nord avec environ 163 décès directs et 6 indirects. Vent de 130km/h. Dommages confirmés : 40 millions de dollars américains.
- Deux : L'ouragan Alex en 2010. Morts : 33 directs et 18 indirects dont 22 personnes de 165km/h. Dommages confirmés : 1.29 millards de dollars américains.
- Trois : L'ouragan Irene en 2011. 55 morts. Vent de 195kh/h. Dommages confirmés : 16,6 milliards de dollars américains.
- Quatre : L'ouragan Floyd en 1999. 57 directs et 20 à 30 indirectes. Vent de 250km/h. Dommages confirmés : 5.7 millards de dollars américains (chiffres donnés en 2006)
- Cinq : L'ouragan Katrina en 2005. 1 836 morts, des blessés indénombrables sans parlé des disparus. Vent de 280km/h. Dommages confirmés : 108 milliards de dollars américains.
Il existe une catégorie six depuis 2005 :
- L'ouragan Patricia en 2015. 8 morts directs et 5 indirects. Vent de 343km/h. Dommages confirmés : 460 millions de dollars américains.
- L'ouragan Irma en septembre 2017. 134 morts et plus de milles blessés. Vent de 360km/h. Dommages confirmés : 67.8 milliards de dollars américains.
***Misaine : La misaine est une voile qui se trouve sur le mât de la misaine sur un voilier de plus de deux mâts.