The New Era
Chapitre 41 : Chapitre 41 : Marquer Notre Lien
7762 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 19/01/2026 14:56
Réfectoire, Moby Dick, Nanmin no Shima.
Sohalia pénétra dans le réfectoire, déjà bien rempli pour une heure si matinale. Un léger sourire apaisé flottait sur son visage. Doux. Serein. Heureux. L'odeur du café. Forte. Réconfortante. Le bruit des conversations. Des rires. Des assiettes qui s'entrechoquent. L'ambiance chaleureuse du matin. Familiale.
Elle salua d'un signe de tête sa division et s'apprêtait à les rejoindre, quand elle aperçut du coin de l'œil Vista et Jozu, qui baillaient avec une synchronisation parfaite. Bouche grande ouverte. Yeux fermés. Visages épuisés. Curieuse, elle changea de direction et s'installa face à eux. Juste à côté de Rakuyou, qui la salua en levant sa tasse de café. Elle se servit distraitement, versa du café et prit une tranche de pain et ignora les regards étonnés d'Izo et d'Haruta qui venaient de s'asseoir à ses côtés.
Remarquant que la jeune femme ne parlerait pas si facilement de la cause de son bonheur soudain, le commandant de la seizième division se rabattit sur les mines épuisées de ses deux autres frères. Vista était souvent dans cet état le matin. Pas un homme du matin. Mais Jozu, lui, se faisait un point d'honneur pour masquer ses faiblesses.
« Bah, les gars. » commença Rakuyou , amusé et moqueur. « Vous avez fait quoi cette nuit pour avoir une tête pareille ? »
« J'avoue être curieuse, moi aussi. » ajouta Sohalia en sirotant son café.
« Ouais, Vista, tu fais toujours cette tronche. » insista Haruta en souriant.
« Mais Jozu... »
« Me dites pas que vous êtes allés profiter de l'île sans nous ?! » s'insurgea Izo, faussement outré.
« Non... » grommela l'homme diamant en les toisant.
« Faut juste refaire l'isolation du Moby Dick... »
Pause. Dramatique.
« Et très vite ! » expliqua-t-il, rendant perplexes ses interlocuteurs.
« Ou que Marco devienne un mauvais coup... » dit Vista, un sourire mauvais aux lèvres.
« Ou que Sohalia devienne muette ! »
Le silence s'abattit sur la table.
Puis des rires éclatèrent. De tous côtés. Sohalia prit immédiatement la couleur rouge vif et détourna les yeux. Elle maudit son frère.
Et dire qu'elle s'inquiétait pour lui... Elle aurait dû frapper sur les murs avec ses pieds durant la nuit.
« Hein ?! »
Ace s'écria en s'installant avec eux, plateau débordant de nourriture.
« Lia-chan et Marco ont remis le couvert ?! »
Tous les pirates se tournèrent vers eux, curieux de confirmer les dires du jeune commandant.
Sohalia le toisa, essayant désespérément de calmer la couleur de son visage. Portgas lui renvoya un sourire éclatant et débuta son repas sans plus se soucier de sa sœur.
« Eh bien... » s'esclaffa Rakuyou en lui donnant une bourrade amicale.
« Vous cachez bien votre jeu tous les deux... »
« Joz ! Vista ! » se pencha en avant Haruta, bien trop content. « Racontez-nous ! Ces deux-là ne diront rien, alors vous êtes notre seule source d'information ! »
Sale traître !
Sohalia se leva dignement, prit son repas et rejoignit sa division, ignorant les rires dans son dos.
Elle se posa à côté de Dom. En face de Ritsu.
Un silence la salua.
Puis :
« Il est si doué que ça, le commandant Marco ? » rit Dom en lui donnant de grandes tapes dans le dos.
Elle allait vraiment devoir trouver une très bonne vengeance pour Ace. Elle n'allait connaître aucun répit aujourd'hui...
Elle sursauta quand elle sentit une main se poser sur son épaule. La jeune femme dévisagea Izo, qui lui sourit, ravi de la réconciliation du phénix et de la Shizen. Cette dernière le suivit des yeux alors qu'il quittait la salle, se demandant s'il s'était beaucoup inquiété pour eux deux.
Dans un soupir las, elle croisa les orbes verts de l'ancienne petite-amie de son frère.
« Je suis contente pour vous deux ! » avoua Ritsu dans un large sourire.
Sohalia n'était pas dupe. Elle avait bien vu que ses prunelles étaient restées froides. Et vides. Alors qu'elle essayait de convaincre le monde entier qu'elle allait mieux. Elle interrogea du regard Yori, qui se trouvait à côté de la tigresse, étrangement tendu par la proximité de la jeune rousse. Il secoua la tête, signifiant ainsi à sa commandante que Ritsu n'avait pas réussi à dormir. Sohalia soupira, inquiète. Il faudrait qu'elle passe du temps avec elle cet après-midi.
Escaliers menant aux cales, Moby Dick.
Marco revenait des cales du navire. Ses pas résonnaient sur les marches. Lourds. Réguliers. Il tenait dans ses mains l'inventaire qu'il venait de réaliser. Plusieurs feuilles de papier. Couvertes de chiffres. De notes. De calculs.
Certes, ses frères l'avaient déjà fait, après avoir refait les stocks de vivres, mais il valait mieux être prudent. Revoir tout cela. C'était sa responsabilité. En tant que second. S'assurer que rien ne manquait. Que tout était en ordre.
Il entend la porte menant au pont claquer. Des pas précipités résonner sur les marches. Rapides. Légers. Il avança tranquillement à la rencontre du pirate pressé.
« Ah ! Marco ! »
Il releva immédiatement la tête vers la voix féminine qui venait de crier son prénom. Sohalia apparut en haut des marches. Ses cheveux étaient attachés en une haute queue de cheval, qui volait derrière elle, alors qu'elle courait pour le rejoindre. Ses joues étaient rougies. Par l'effort. Par la course. Il se demanda depuis combien de temps elle arpentait le navire pour le retrouver.
Il lui sourit, alors qu'elle sautait la dernière marche pour atterrir devant lui. Il remarqua que la pointe de ses cheveux frôlait la naissance de ses fesses. Elle devrait peut-être les couper un peu... Même s'il les aimait ainsi. Cela pouvait être un vrai danger pour elle. Si un ennemi les attrapait, les tirait.
« Je te manquais ? » taquina-t-il, avec un sourire en coin.
« Bien sûr. » avoua-t-elle, avec un immense sourire, sans aucune hésitation. « Je te dérange ? » questionna-t-elle, en fixant les feuilles de papier qu'il tenait dans sa main.
« Non, j'ai fini de tout noter. » répondit-il, en levant les feuilles. « J'allais retourner dans ma cabine. Pour comparer les différents rapports. Voir s'il n'y avait pas d'erreur. Ça fait longtemps que tu me cherches ? demanda-t-il, en caressant du bout des doigts sa joue rouge.
« Une bonne demi-heure, je dirais. » pouffa-t-elle, en se rapprochant de lui.
Inconsciemment attirée par lui, comme toujours.
« Un problème ? » dit-il, en jouant avec quelques mèches qui se trouvaient à la naissance de sa nuque et qui s'étaient échappées de leur prison.
« Non... » murmura-t-elle, en profitant de cette douce caresse, posant ses mains sur son torse, sentant son cœur battre sous ses paumes. « Je voulais juste savoir ce que tu faisais cet après-midi. »
« Eh bien. »
Marco sourit, amusé par sa franchise. Il réfléchit un instant.
« Je dois revoir les inventaires pour être sûr que nous ne manquons de rien. Puis je vais calculer le temps qu'on mettra pour rallier la prochaine île. Et, normalement, je suis libre. »
« Tu devrais avoir fini vers quelle heure ? » s'enquit-elle, en frôlant son tatouage de ses doigts, déclenchant des frissons chez son passage.
« Nous nous sommes levés tôt. » répondit Marco, après avoir jeté un coup d'œil à sa montre. « Et il n'est même pas encore dix heures. Donc je pense vers treize heures. »
« Ça te tente une sortie en ville ? »
Elle proposa avec un sourire éclatant.
« Je croyais que ton peuple avait des espions éparpillés un peu partout. » Marco fronça les sourcils, prudent. « Et qu'il ne fallait pas qu'on se montre à cause d'eux ? »
« C'est exact. » Sohalia acquiesça. « C'est pourquoi nous irons avec les autres commandants. Et Ritsu. »
« Ritsu ? » s'étonna-t-il.
« Hum... » Elle fronça les sourcils, inquiète. « Je m'inquiète pour elle. J'aimerai la connaître un peu plus... »
« Bien... » Marco acquiesça, compréhensif. « Je te rejoins dans ta cabine à treize heures. »
Le commandant de la première division devait avouer que lui aussi avait remarqué la fatigue de la rousse. Et il se doutait que, pour elle, remettre les pieds sur un lieu où elle avait partagé tant de moments avec Thatch n'était pas facile. Mais il ne savait pas quoi faire pour aider l'ancienne marine. Il soupira et sourit face aux regards curieux que lui jeta la blonde. Il l'embrassa. Rapidement. Tendrement. Marco l'observa remonter les marches quatre à quatre, trébuchant de temps à autres. Comme à son habitude.
Marco la vit se figer dans un cri, comme si elle venait de se souvenir de quelque chose. Puis revenir vers lui et sauter dans les airs. Surpris, le phénix lâcha ses feuilles. Elles volèrent dans tous les sens. Il la rattrapa. In extremis. Elle encercla son bassin de ses jambes. Fermement. Naturellement. Déclenchant une décharge électrique dans le corps du commandant de la première division.
« J'ai oublié ! »
Elle s'esclaffa. Face à l'expression de pure surprise de son vis-à-vis.
Sohalia l'embrassa. Doucement. Lentement. Savourant chaque seconde. Chaque sensation. Marco ne se fit pas prier pour lui répondre, tout en appréciant cette position. Ses mains sous ses cuisses, la maintenant contre lui. Son poids léger. Son odeur qui l'enveloppait. Il dût faire preuve d'un grand sang-froid pour ne pas la plaquer contre le mur et la faire sienne dans la seconde. Il avait hâte que la nuit arrive.
D'un coup, il rompit le baiser, à regret.
« Pendant que je te tiens. » débuta-t-il, en lui pinçant les fesses. Légèrement. Joueusement. « Dis-moi, pourquoi les membres de ma division me lancent des regards comme s'ils savaient tous ce que j'ai fait de ma nuit ? »
« Ah ! »
Elle s'exclama, en voyant parfaitement de quoi il voulait parler, puisqu'elle subissait la même chose.
« Apparemment, faut refaire l'isolation du Moby Dick... » Elle marqua une pause. Malicieuse. « Ou que tu deviennes un amant pitoyable. » Nouvelle pause. « Ou que je devienne muette. »
Elle lui vola un baiser. Rapide. Taquin. Le phénix la dévisagea, puis sourit.
« Je vais voir avec Père pour refaire les isolations phoniques. » déclara-t-il, faisant rire la jeune femme.
« Tu n'envisages pas les deux autres solutions ? »
« Non. »
Catégorique.
« Je ne peux cacher mon talent à te faire crier. » avoua-t-il, la faisant rougir et glousser.
« Et puis. » susurra-t-il à son oreille, sa voix se faisant plus grave. Plus profonde. « J'adore entendre tes murmures impatients. Tes soupirs de bien-être. Et tes cris d'extases. »
Tandis qu'une de ses mains se faufilait sous son t-shirt et caressait la peau de son dos. Douce. Chaude. Frissonnante. Marco la reposa sur le sol. Doucement. Il observa avec une pointe de fierté les yeux vert assombris par le désir. Il lui offrit un sourire en coin, qu'elle s'empressa d'embrasser. Avant de filer, pour ne pas lui sauter dessus dans les cales.
Marco la regarda disparaître, en souriant. Puis baissa les yeux sur ses feuilles, éparpillées partout sur les marches. Il soupira, amusé et heureux. Il commença à les ramasser. Une par une.
Sohalia soupira, en signant rapidement une feuille.
Après être remontée des cales, elle avait découvert une pile de paperasse assez impressionnante, déposée sur son bureau, attendant patiemment. Elle s'y était attelée immédiatement, ne voulant pas repousser sa soirée avec Marco.
Elle prit la feuille et la plaça sur celles qu'elle avait déjà lues. Puis en prit une nouvelle, sans jeter un coup d'œil aux deux piles, se doutant qu'elle avait encore le double de ce qu'elle avait fait à faire. Un coup à sa porte brisa sa concentration.
Elle se leva et l'ouvrit. Namur se tenait là, lui souriant.
« Père demande à te voir. Tout de suite. » précisa-t-il, sérieux.
La Shizen acquiesça, referma la porte de sa cabine et le suivit jusqu'au quartier du capitaine. Pas la peine de fermer à clé. Elle savait que Nostradamus avait fait placer un sort de confidentialité sur les documents. Pour que personne ne puisse connaître leur origine.
Namur la laissa devant la porte, après y avoir toqué. Elle y pénétra dès qu'elle en eut l'autorisation et fut surprise de voir le sage de la lignée de Senrigan, en pleine conversation avec l'homme le plus fort au monde.
« Nostradamus ?! » s'écria-t-elle, en refermant vivement la porte. « Mais que faites-vous là ? »
Pause. Elle réalisa son impolitesse.
« Bonjour, Père. »
« Trois raisons. »
Nostradamus répondit calmement. Comme toujours.
« Je vous remets une boîte où vous placerez les documents que vous aurez traités. Pour nous les renvoyer. »
Il indiqua une petite boîte en bois. Sur le bureau de Barbe Blanche. Gravée de symboles étranges. Luisants.
« Ensuite, je tenais à vous donner ceci. »
Il s'avança vers elle et attrapa son poignet et y plaça un bracelet de couleur argentée. Tout simple. Il n'était pas décoré. Rien ne venait l'égayer. Juste un anneau d'argent. Lisse. Sobre.
« Si vous portez ceci. » expliqua Nostradamus, ses yeux plissés fixés sur elle. « Vous n'avez plus à vous inquiéter des espions de notre île. »
Pause. Sohalia écarquilla les yeux.
« Je l'ai fait faire dès que j'ai vu que vous vous réconcilierez avec le commandant de la première division. »
La jeune femme jeta un coup d'œil gêné à son Père, qui souriait, semblant content de cette nouvelle.
Elle rougit et tenta de reprendre contenance.
« La troisième raison ? » s'enquit-elle, en détournant les yeux.
« Le jeune Kino Kasai requiert un entretien avec vous. Il dit que c'est urgent. »
Sohalia détailla son conseiller, surprise par l'audace de l'héritier de la lignée du feu. Il lui avait paru si réservé. Et timide. Elle fronça des sourcils. Peut-être qu'il voulait lui demander son pardon pour ses grands-parents... Ou bien, cela avait un rapport avec Maiya...
Elle plongea ses yeux dans ceux plissés et ridés par les années de Nostradamus.
« Très bien. » accepta-t-elle après un moment d'hésitation.
« Puis-je le recevoir ici, Père ? »
Elle préférait rester prudente et ne pas se retrouver seule avec un Kasai. Après tout, la nature ne faisait pas le poids face au feu. Barbe Blanche acquiesça, compréhensif. Nostradamus disparut, alors que quelqu'un toquait à la porte de la cabine. Le capitaine fit entrer son second, qui s'étonna de la présence de la blonde, mais resta concentré sur le but de sa visite.
Kino Kasai apparut moins d'une minute après l'arrivée du phénix. Marco sursauta et se mit immédiatement en garde face à cette intrusion soudaine. Ses muscles se tendirent, prêts à attaquer et à défendre. Barbe Blanche rassura son fils, d'un geste de la main. Calme. Apaisant. Sohalia lui sourit, pour approuver les dires de son capitaine.
L'héritier resta muet, face à la taille impressionnante de l'homme qui le fixait. Pour jauger ce qu'il valait. Puis, il sursauta lorsque la Shizen se racla la gorge, pour attirer son attention.
« Pardon pour cette intrusion, Votre Majesté ! » s'écria-t-il en s'inclinant le plus bas qu'il pouvait. « Jamais je ne me serai permis de faire une telle chose si cela n'était pas d'une importance capitale. »
« Père, Marco. » dit Sohalia, en souriant. « Je vous présente Kino Kasai. Un ami de ma cousine. »
Les deux hommes levèrent un sourcil, en entendant le nom de famille de l'intéressé.
« Kino, je te présente Barbe Blanche, capitaine de ce navire. » continua-t-elle, formelle. « Voici son second et le commandant de la première division, Marco. »
« Pardon de vous déranger sur votre navire et merci de me recevoir. » dit Kino en s'inclinant vers les deux hommes.
L'empereur s'esclaffa et fit un signe de main pour lui signifier de se détendre, sous les regards amusés de ses deux enfants. Le Kasai dévisagea sa reine, lui demandant silencieusement s'il pouvait parler en présence des deux pirates.
« Je t'écoute. » l'encouragea-t-elle, alors que son père et son amant reprenaient leur conversation. À voix basse. Discrète. Lui laissant de l'intimité. Tout en restant vigilants.
« Je m'inquiète pour la princesse Maiya... »
Kino souffla, les yeux perdus dans le vide, en fronçant les sourcils.
« Depuis la mort de la défunte reine Emi. »
Il déglutit, difficilement.
« Ses pouvoirs se sont subitement réveillés. »
Pause. Lourde. Chargée d'inquiétude.
« Elle en perd le contrôle... »
Sa voix tremblait légèrement. De peur. Pour elle. Pour Maiya.
« Je requiers votre autorisation pour l'aider. »
Il releva les yeux vers elle, déterminés. Brillants.
« Et l'entraîner. »
Il se laissa tomber sur le plancher de la cabine. Son visage contre le sol. Prostré. Soumis. Sohalia ouvrit la bouche. Hébétée. Elle échangea un regard avec les deux pirates, qui étaient aussi surpris qu'elle. Elle reprit contenance et se força à rester calme. Professionnelle.
« Relève-toi. »
Ce qu'il fit immédiatement, après qu'elle ait émis sa requête.
« Pourquoi toi ? » questionna-t-elle durement. Sa voix de reine. « Je peux très bien demander à des professionnels de s'en occuper. »
Pause. Elle le fixa. Intensément.
« Qu'est-ce qui te fait penser que tu seras plus apte à aider Maiya qu'un véritable professeur ? »
« ILS NE LA CONNAISSENT PAS ! »
Kino explosa soudainement, violemment.
Ses yeux s'enflammèrent. Littéralement. Des flammes dansèrent dans ses prunelles.
« JE SUIS LE SEUL QUI LA CONNAISSE ! » affirma-t-il avec une force, une conviction absolue. « À part vous et son père, bien entendu. » se reprit-il, en la voyant sourciller.
Barbe Blanche et Marco esquissèrent un sourire, amusés par sa passion.
« Je connais la moindre de ses expressions. »
Kino continua, ses mains tremblaient. De détermination. D'émotion.
« Je sais quand elle fait semblant que tout va bien. »
Sa voix se fit plus douce. Plus tendre.
« Quand elle sourit alors que son cœur pleure. Je sais quand elle est sur le point de fondre en larmes. »
Il ferma les yeux, comme s'il la voyait devant lui.
« Même quand elle essaie de les retenir. Même quand elle se cache. Je sais comment apaiser ses peurs. »
Il rouvrit les yeux, fixant Sohalia avec une intensité brûlante.
« Comment sécher ses pleurs. Comment la tenir dans mes bras jusqu'à ce qu'elle se sente en sécurité. Je sais la faire sourire. »
Un sourire doux étira ses lèvres. Malgré la situation.
« Vraiment sourire. Pas les sourires forcés qu'elle offre aux courtisans. Mais les vrais. Ceux qui illuminent son visage. Elle n'arrive pas encore à rire. »
Sa voix se brisa légèrement.
« Mais je sais que j'y arriverai. Un jour. Bientôt. »
Pause. Il inspira profondément, rassemblant son courage.
« Je ne resterai pas les bras croisés à la laisser dépérir alors que je peux l'aider. »
Il serra les poings. Ses ongles s'enfonçant dans ses paumes.
« Et puis. »
Il releva la tête, fier et déterminé.
« Ne serait-ce pas mieux que cette aide vienne d'une personne en qui elle a confiance ? »
Nouvelle pause. Plus lourde. Plus chargée.
« Que d'un étranger ?! »
Il s'avança d'un pas, presque menaçant, presque désespéré.
« VOTRE MAJESTÉ ! »
Il cria, à bout et à genoux. Littéralement et métaphoriquement.
« LAISSEZ-MOI AIDER VOTRE COUSINE ! »
Des larmes perlaient au coin de ses yeux. Qu'il refusait de laisser couler.
« JE SAIS QUE VOUS L'AIMEZ COMME SI ELLE ÉTAIT VOTRE SŒUR... »
Il déglutit. Difficilement. Sa gorge serrée.
« MAIS... MAIS JE L'AIME AUSSI ! »
Le silence qui suivit fut assourdissant.
« JE FERAI TOUT CE QUI EST EN MON POUVOIR POUR LA RENDRE HEUREUSE ! »
Sa voix se brisa complètement. Sur le dernier mot.
« JE... »
Il continua. Encore et encore. Déblatérant. Répétant. Suppliant.
Sohalia, Barbe Blanche et Marco observaient Kino, alors qu'il était toujours concentré dans son discours enflammé. La commandante de la quatrième division le dévisagea, n'écoutant plus ce qu'il disait. Ce n'était que des mots. Jef lui avait dit des tas de mots dans ce genre-là. Et cela ne l'avait pas empêché de lui planter un couteau dans le dos...
La jeune femme préférait de loin les gestes aux mots, alors, plutôt que l'écouter, elle observa. Elle ne put ignorer les sentiments qui se lisaient dans les yeux du jeune homme, qui continuait de déblatérer. Il avait réellement peur pour sa cousine. Peur qu'elle se blesse. Ou qu'elle blesse quelqu'un d'autre. Il savait très bien que si elle blessait quelqu'un, elle s'en voudrait toujours. Elle porterait ce poids. Cette culpabilité. Pour toujours. Il ne voulait pas qu'elle connaisse cela.
Sohalia vit son envie de lui porter secours. De lui tendre la main. Et de la sortir des ténèbres dans lesquelles elle était plongée. Mais, ce qu'elle ne put que remarquer... Ce qui brillait le plus dans ses yeux... Fut son amour pour elle. Un amour tendre. Et pur. Inconditionnel.
Sohalia s'agenouilla en face de lui. Il s'était de nouveau prosterné. Elle soupira, exaspérée par ce gamin bien trop passionné et abattit sa main sur son crâne, le faisant taire et relever la tête. Surpris.
« Oui, oui... J'ai compris ! » marmonna-t-elle, ne voulant pas qu'il sache à quel point elle était touchée par ses sentiments pour sa cousine. « Tu l'aimes tellement que tu serais prêt à donner ta vie pour Maiya. »
« JE ME PLACERAI ENTRE ELLE ET LA MORT SANS AUCUNE HÉSITATION ! » reprit-il. Immédiatement. Catégorique.
« Tais-toi, bon sang ! » grommela-t-elle, en lui pinçant le nez. Fort. « Je t'ai dit que j'ai compris. »
Elle soupira. Ignorant son père et son amant, qui camouflaient leur rire par une toux soudaine.
« J'accède à ta requête. »
Kino écarquilla les yeux, n'en croyant pas ses oreilles.
« Aide-la à devenir plus forte. »
Sohalia continua. Fermement. Maternellement.
« Apprends-lui à contrôler son pouvoir. Fais-la rire à nouveau. »
Sa voix se fit plus douce. Plus émue.
« Mais si tu la fais pleurer une seule fois. »
Elle le fixa. Ses yeux brillants de menace. Mais aussi de protection.
« Tu regretteras d'être venu au monde, Kasai. »
Kino la dévisagea, n'en croyant toujours pas ses yeux.
Sa reine lui donnait-elle l'autorisation d'aimer la princesse héritière ?!
La blonde continuait de lui pincer le nez, en le menaçant de mille et une morts. Graphiques. Détaillées. Inventives. Le jeune homme sourit, la faisant taire, surprise.
« Merci, Votre Majesté. » murmura-t-il, ému et sincère. « Merci infiniment. »
Sohalia se redressa et le chassa en lui ordonnant de rejoindre Maiya au plus vite, ce qu'il s'empressa de faire. Dès qu'il eut disparu, Sohalia soupira, soudainement fatiguée. Elle remercia son père pour sa patience et salua les deux hommes, avant de quitter la pièce.
Marco fixait la porte. La déclaration du jeune noble tournait dans sa tête. Une toux discrète le ramena à la réalité.
« Tu avais autre chose à me demander, mon fils ? » questionna Barbe Blanche, amusé.
« Est-ce qu'on pourrait envisager de refaire l'isolation phonique du Moby Dick ? » questionna Marco, sans réfléchir, les mots sortant tout seuls.
Barbe Blanche s'esclaffa. Bruyamment. Joyeusement. Il avait entendu parler de la discussion du petit-déjeuner entre ses fils. Mais il était surpris que le phénix lui demande sérieusement cela. Jeune ou adulte, Sohalia était une bouffée d'air frais sur ce navire de vieux loups de mer.
Terrasse d'un bar, ville portuaire, Nanmin no Shima.
Les commandants de l'équipage de Barbe Blanche et Ritsu étaient attablés à la terrasse d'un bar de la ville portuaire. De là, ils pouvaient voir le Moby Dick et sa réplique. Le Red Force. Majestueux. Imposants. Côte à côte.
La ville était calme et les habitants profitaient du retour de la paix. Ils parlaient dans la rue, flânaient de magasins en magasins. Souriaient. Riaient. C'était animé. Et cela faisait du bien.
L'odeur du café. Des gâteaux. De la mer toute proche. Le bruit des conversations. De la musique. De la vie.
Sohalia capta quelques regards étonnés de ses frères, sur Marco et elle. Ils restaient à une distance raisonnable l'un de l'autre. Ils n'étaient même pas assis à la même table. Mais ils étaient dos à dos. Sohalia était installée avec Ritsu, Izo, Haruta et Vista. Marco, lui, était en compagnie de Jozu, Ace, Rakuyou et Namur. Les autres étaient assis à une table derrière Vista.
La terrasse était bruyante. Car, même s'ils n'étaient pas à la même table... Cela ne les empêchait nullement d'interpeller un frère à l'autre bout. Les rires fusaient en tout sens. Joyeux. Insouciants. Cette ambiance détendue faisait énormément de bien à la Shizen. Elle sirota son mojito. Frais. Sucré. Parfait. Elle sentit le dossier de sa chaise contre son dos. Et, à travers, le dos de Marco. Chaud. Solide. Rassurant.
« Au fait, Ritsu. »
Elle questionna, curieuse et sincère.
« Comment as-tu connu cet équipage ? »
Elle connaissait déjà la réponse, mais elle voulait connaître l'histoire de son point de vue.
« J'ai couché avec Ace. » répondit Ritsu franchement. Sans aucune gêne. Comme si elle parlait de la météo.
Sohalia recracha sa boisson en s'aspergeant de son cocktail. Sous les regards amusés des commandants. Tous ses frères la dévisageaient. En souriant. En riant. En se moquant gentiment. Ritsu se pencha vers la blonde. Elle aussi moqueuse, face à la réaction de sa commandante.
« Dis. » commença la tigresse, malicieuse. « Comme tu viens de poser une question gênante. Je peux t'en poser une aussi ? »
« Ce n'était pas une question gênante. » répliqua Sohalia, en s'épongeant à l'aide d'une serviette. « C'était la réponse qui l'était. »
Elle soupira, en apercevant la détermination de la tigresse.
« Vas-y. »
« J'ai remarqué que tu ne portais ni bague de fiançailles, ni d'alliance... » dit Ritsu lentement, observant attentivement. « Je me demandais juste si c'était un choix de ta part. »
Pause. Lourde. Chargée.
« Ou si c'était parce que c'était tellement précipité que tu n'en avais pas encore... »
La commandante sentit la tension qui naissait chez Marco. Derrière elle. Son dos se raidit. Imperceptiblement. Mais elle le sentit. Discrètement, elle attrapa sa main, qui pendait le long de sa chaise et caressa le dos de sa main avec son pouce. Doucement. Apaisante. Personne ne vit ce geste. Mais tout le monde se tut. Pour entendre la réponse de la blonde.
« J'en ai... » répondit Sohalia calmement. Honnêtement. « Je ne les porte que si je dois faire semblant... »
Elle marqua une pause, sentant le phénix se détendre derrière elle. Ses doigts se refermèrent sur les siens. Légèrement. Reconnaissant.
« De toute façon, ce mariage n'est qu'une mascarade... »
Elle soupira.
« Sinon. » dit-elle rapidement pour changer de sujet. « Comment tu trouves Nanmin no Shima ? L'île te plaît ? »
Les conversations mirent quelques secondes à reprendre. Ritsu acquiesça pour lui faire comprendre qu'elle avait compris que ce sujet était tabou et raconta son avis sur l'île. La ville. Les habitants. L'atmosphère.
Sohalia sourit, écoutant, tout en gardant ses doigts entrelacés avec ceux de Marco.
Cachés entre leurs chaises. Secrets. Précieux.
Sohalia abandonna Izo à une échoppe de vêtements traditionnels. Elle avait un petit creux. Elle laissa son odorat la guider, souriant en croisant Marco, en compagnie de Ritsu. Elle semblait s'amuser à taquiner le phénix sur quelque chose. Marco leva les yeux au ciel. Exaspéré. Mais amusé. Il croisa le regard de Sohalia et lui sourit. Brièvement. Tendrement.
Elle continua son chemin. Le cœur léger. Alors qu'elle s'approchait d'un stand de friandises, Marco arriva derrière elle. Silencieusement.
« Tu as faim ? » souffla-t-il tout près de son oreille.
« Toujours. » sourit-elle, en se retournant vers lui.
« Qu'est-ce qui te fait envie ? » demanda-t-il, en regardant le stand.
« Tout. »
Elle rit honnêtement. Marco sourit et acheta plusieurs friandises. Il paya le marchand. Il en tendit une à Sohalia, qui mordit dedans immédiatement. Ses yeux s'illuminèrent. De plaisir. De gourmandise.
« Bon ? »
« Délicieux. » murmura-t-elle, la bouche pleine.
Marco rit et essuya une miette au coin de ses lèvres. Du bout du pouce. Un geste tendre. Intime. Rapide. Mais Izo l'avait vu. De loin. Et souriait.
Marco ferma la porte de la boutique qu'il venait de quitter et s'engagea de nouveau dans la rue commerçante, dans l'idée de rejoindre ses frères. Il serra l'achat qu'il venait de faire, gardé dans la poche de son bermuda. Il se demandait si c'était une bonne idée.
Dans un soupir, il reprit sa route. Mais fut de nouveau arrêté. Par une exclamation.
« Je viens de voir quelque chose de très intéressant. » chantonna Izo en apparaissant à ses côtés.
Le phénix dévisagea son frère et attendit patiemment qu'il arrête de rire.
« La petite discussion de tout à l'heure t'a autant fait cogiter ? » taquina Izo, puis son grand sourire disparut. Inquiet. « Tu es sérieux ? »
Marco ne répondit pas et continua de marcher.
« Ce n'est pas quelque chose d'anodin, Marco... » continua Izo sérieusement, gravement. « Tu as bien réfléchi ? »
Pause.
« C'est comme si tu te mettais une cible dessus. »
Sa voix se fit plus basse. Plus inquiète.
« Et que tu disais à la marine de viser bien au centre... Et tu n'es pas tout seul dans cette histoire. »
Il posa une main sur l'épaule de Marco, le forçant à s'arrêter.
« Tu es sûr de vouloir faire ça ? »
Le commandant de la première division détourna les yeux et détailla la rue bouillonnante de vie. Son regard fut accroché par un couple, qui se tenait la main. Souriant. Insouciant. Un petit garçon se précipita dans leurs jambes. L'homme le souleva dans les airs, faisant rire l'enfant. Aux éclats. Joyeusement.
Marco serra le paquet dans sa poche et fixa son frère. Il haussa des épaules et le dépassa.
Izo le regarda s'éloigner. Souriant. Inquiet. Heureux pour lui.
Cabine de Sohalia, Moby Dick.
Sohalia se rassit à son bureau, après avoir dîné en compagnie de sa division. Ayant passé tout l'après-midi avec les commandants, elle avait décidé de passer le repas en leur compagnie. À eux. Ses hommes. Malgré l'insistance d'Izo, qui voulait absolument qu'elle les rejoigne.
Elle soupira et prit le gilet qui était accroché à son dossier de chaise, sentant l'air se rafraîchir. La nuit tombait. Elle s'attela de nouveau à sa tâche. La paperasse interminable.
Un coup à sa porte la fit se lever. Elle ouvrit et découvrit le commandant de la première division. Sur le pas de sa cabine.
Il lui sourit. Elle lui sourit en retour et le fit entrer, en toisant deux de ses frères, qui les fixaient avec des sourires entendus. Marco déposa son sac sur son lit et vit son bureau couvert de feuilles.
« Et moi qui pensais que j'étais le seul à avoir autant de bordel sur le mien. » lança-t-il, en la faisant rire.
Elle le laissa l'attirer contre lui et répondit à son baiser, tendre, doux et bienvenu. Il soupira de bien-être en déposant son front sur le sien. Elle profita de cette étreinte réconfortante qui l'entourait et l'apaisait.
Il s'écarta et prit son sac. En le voyant, Sohalia lui envoya un sourire éblouissant et ouvrit son armoire, ses tiroirs, ainsi que la porte menant dans sa salle de bains.
« Je finis rapidement ce rapport. » annonça-t-elle en se remettant à la tâche. « Et je suis tout à toi. »
Le phénix l'observa quelques instants en souriant, puis rangea tranquillement ses affaires. Dans les espaces qu'elle lui avait laissés. Avant de refermer le tiroir, il aperçut le sac de lingerie rouge. Qu'il lui avait offert. Sourit. Secoua la tête. Amusé. Attendri.
Il prit à son tour les documents que Père venait de lui remettre. Il la sentit s'installer à ses côtés et lui masser doucement les épaules. Il poursuivit sa lecture, en profitant de l'attention de la jeune femme.
« Qu'est-ce que c'est ? » questionna-t-elle. Doucement. Curieuse.
« Hum... »
Marco répondit distraitement, concentré sur le texte.
« Des informations que Shanks et Mihawk ont récupéré sur la prochaine île... »
« Ça s'annonce mal ? » demanda-t-elle, et le phénix perçut sans mal son inquiétude dans sa voix.
« On va dire que l'ambiance de cette île n'était pas géniale de base. » expliqua-t-il en déposant les feuilles sur la table de chevet.
« Et que Jef y foute le bordel ne fait qu'en rajouter une couche. »
« Une île abandonnée de la marine ? » supposa Sohalia en se calant contre le torse du second de l'équipage.
« Oui. » acquiesça Marco sombrement. « Pauvreté, maladie, famine, hors-la-loi... Tout cela y règne. Personne n'est épargné. »
Sohalia resta silencieuse et se concentra sur les battements du cœur du phénix. Réguliers. Apaisants. Vivants. Elle soupira, essayant de chasser la tension et les mauvaises pensées qui s'installaient en elle, suite à cette petite conversation.
Marco soupira aussi, mais pas à cause de la prochaine île. Ce n'était, malheureusement, pas la première fois qu'il allait voir un tel spectacle.
Non.
Il soupira à cause de l'impression que la poche de son bermuda était plus lourde... Qu'une enclume s'y trouvait. Il se redressa et la Shizen suivit le mouvement.
« Lia... » commença-t-il, hésitant et incertain. « Es-tu sûre ? » demanda-t-il en fixant ses yeux où brillait un éclat de confusion suite à sa question. « De ton choix ? »
Pause. Lourde. Chargée de sens.
« Je me doute qu'une fois qu'on en aura fini avec Jef. » expliqua-t-il lentement, choisissant ses mots avec soin. « Tu retourneras sur ton île. »
Il la sentit se tendre immédiatement, comme si elle savait où il voulait en venir.
« Oui, je devrais y retourner... » souffla-t-elle, les épaules abattues, déjà résignée. « Mais ce ne sera que pour DEUX ANS ! » s'empressa-t-elle d'ajouter, déterminée et forte. « Je dois juste attendre que Maiya soit majeure ! Ensuite, je serai libre de vous rejoindre ! »
Sa voix montait. Convaincue. Convaincante.
« De faire ma vie à vos côtés ! Et je viendrai vous rendre visite pendant ces deux ans ! » promit-elle, ses yeux brillants d'espoir.
« Lia... »
Marco soupira doucement, tristement.
« Nous savons tous les deux que tu adores ta cousine. Et que tu voudras la protéger... »
Pause.
« Tu ne la quitteras pas juste après sa majorité... »
« Tu doutes de moi ? »
Elle demanda, en fronçant les sourcils, blessée.
« Non. »
Marco répondit immédiatement, catégoriquement.
« Je te connais. »
Il prit une grande inspiration.
« Et puis, si tu pars... »
Sa voix se fit plus grave. Plus sombre.
« Tu ne pourras plus jamais y retourner... »
Pause. Lourde. Insupportable.
« Qu'arrivera à Akihide ? » questionna-t-il, ses yeux fixés sur elle. Intenses. « Tu es prête à abandonner Hachiro ? »
Nouvelle pause.
« Et Maiya ? »
« Bien sûr que non ! » s'écria Sohalia, frustrée et en colère. « Je trouverai une solution ! J'en trouve toujours une ! Je dois juste me montrer patiente ! »
Elle serra les poings.
« Mais, il est hors de question que j'abandonne ma vie de pirate. »
Sa voix se fit plus forte et plus déterminée.
« Que je vous abandonne ! »
Marco pinça les lèvres. Il était en train de l'énerver. Et ce n'était pas le but. Il devait trouver un autre moyen de lui faire comprendre.
« Je ne dis pas ça... » murmura-t-il en attrapant sa main doucement, tendrement. « Mais je veux juste être sûr que tu as mûrement réfléchi. À tes choix. Car après. »
Il la fixa gravement.
« Tu ne pourras plus retourner en arrière. Tu devras vivre toute ta vie avec ces choix. Je ne veux pas que tu regrettes... » avoua-t-il, vulnérable et honnête.
« Je sais ce que les deux voies peuvent m'offrir. » répondit Sohalia calmement, posément. « Et ce que je devrais sacrifier pour les atteindre... »
Pause. Elle inspira profondément.
« Écoute, j'adore Maiya et Hachiro. Et je m'inquiète pour Akihide. » continua-t-elle, honnêtement et sincèrement. « Mais je sais qu'en deux ans, j'aurais trouvé une solution pour m'assurer qu'ils iront bien. Quoiqu'il arrive. J'ai toujours eu pour but de vous retrouver. »
Sa voix se fit plus ferme. Plus convaincue.
« Et mon objectif n'a pas changé. »
« Lia... » soupira Marco doucement, tristement.
« La vie de pirate ne peut pas tout t'offrir... »
« Connerie. » marmonna-t-elle en croisant les bras sous sa poitrine, boudeuse.
« Je suis un pirate ! » insista Marco.
« Moi aussi ! » répliqua-t-elle immédiatement.
« Je ne pourrai jamais te faire de grandes déclarations d'amour. » continua-t-il. Chaque mot lui coûtant. « Comme a fait ce Kasai. »
« Ça tombe bien... » répondit Sohalia, en le fixant. Intensément. « Puisque ce n'est pas mon genre non plus. Je préfère les gestes aux longs discours vides de sens. »
« Mais un jour, tu désireras ça, Lia. » insista Marco, sa voix se faisant plus pressante, plus inquiète. « Un jour, tu voudras avoir une vie calme. Tranquille. »
Pause. Il déglutit difficilement.
« Une vie avec un homme qui pourra te dire tout ce qu'il ressent pour toi. »
Il continua. Chaque mot comme un couteau dans son cœur.
« Te les hurler sans avoir peur que la marine le sache. Et qu'ils vous pourchassent. Tu voudras te marier avec cet homme. »
Pause. Plus lourde. Plus douloureuse.
« Tu voudras avoir des enfants avec lui. »
Sa voix se brisa légèrement.
« Sans avoir peur que ta chair et ton sang soient chassés. Comme Ace. Je ne peux t'offrir cela, Lia. »
Sohalia maudit Kino Kasai. La marine. Et elle-même.
Elle soupira et essaya de rester calme. Posée. Elle posa ses mains sur ses joues et plongea ses yeux dans les siens.
« Marco, je sais ce que je veux... » commença-t-elle fermement, clairement. « J'ai toujours vécu comme un hors-la-loi. » Sa voix se fit plus passionnée. Plus vivante. « Et j'aime ça. J'aime voguer d'île en île. »
Ses yeux brillaient d'excitation. De joie.
« J'aime ce navire. J'aime cet équipage. »
Pause. La plus importante.
« Je t'aime, toi. » affirma-t-elle, fort et clair, sans aucune hésitation. « Je suis libre avec vous. » continua-t-elle, sa voix tremblante d'émotion. « Là-bas, je dois faire semblant. Je ne peux pas monter sur les tables et chanter des chansons. »
Elle sourit. Tristement. Nostalgique.
« Je ne peux pas être soûle. Je ne peux pas jurer. Je ne peux pas m'esclaffer à m'en rouler au sol. Ma vie, là-bas, est ennuyante. » avoua-t-elle honnêtement, brutalement. « Avec vous, elle est incroyable. Je suis sûre de vouloir être pirate. »
Elle marqua une pause et inspira profondément.
« Pourquoi, par Davy Jones, tu me parles de mariage et de gosses ?! » s'exclama-t-elle. Presque outrée. Presque amusée. « On vient de commencer notre relation... Je suis d'accord avec toi. » continua-t-elle. Plus calmement. « Dès que la marine saura pour notre relation, nous serons doublement recherchés. Quant aux enfants... »
Elle rougit légèrement.
« Bordel ! Je ne me vois pas mère. J'aime bien trop faire la fête et courir après des aventures. » avoua-t-elle. Honnêtement. « Ça serait bien trop dangereux pour eux... »
Sohalia secoua la tête. Pour effacer. En rougissant. L'image d'elle enceinte. Et Marco entourant son ventre rebondi.
Nope, nope, nope.
Comment ferait-elle pour protéger son père et ses frères enceinte jusqu'aux yeux ?
« As-tu oublié ce que tu m'as dit hier ? » souffla-t-elle, en se rapprochant de lui. Tout près. « Tu sais ce que je veux : »
Elle énuméra. Chaque mot comme une caresse.
« Un amour qui me consume et qui me marquera à jamais. De la passion. Une famille. De l'aventure. Un peu de danger... Et cela... »
Elle le fixa, ses yeux brillants d'amour et de certitude.
« Tu es le SEUL à pouvoir me l'offrir. Marco. »
Elle murmura en caressant ses joues.
« Je n'ai pas besoin de longs discours pour que tu prouves que tu m'aimes. Je le vois dans tes yeux. »
Elle sourit tendrement, sincèrement.
« Dans tes sourires. Dans la façon dont tu me touches. Cela me suffit. »
Le phénix sourit, rassuré, heureux et é se plaça derrière elle et la fit s'appuyer sur son torse. Chaud. Solide. Rassurant. Il sortit le petit paquet de sa poche et le mit dans le creux de ses mains. Doucement. Précieusement.
Il sentit le cœur de Sohalia rater un battement et s'arrêter complètement. Puis repartir dans une course folle. Effrénée. Cela le fit rire. Doucement. Tendrement.
« Marco... » commença-t-elle, tremblante, sa voix n'était qu'un souffle. « C'est pas ce que je crois... Hein ?! » demanda-t-elle sans toucher l'écrin de velours bleu nuit.
Comme s'il allait la brûler. La mordre. La dévorer.
« Si. »
Le commandant de la première division sourit, en apercevant ses joues pâles. Tout le sang avait quitté son visage. D'un coup. Il ouvrit la boîte lentement, précautionneusement, et la laissa observer la bague et l'alliance. Dorées. Simples. Élégantes. Magnifiques. Un diamant solitaire sur la bague de fiançailles, qui brillait dans la lumière. L'alliance, elle, était simple. Sobre. Parfaite.
« Je me sens pas bien. »
Sohalia couina, en mettant sa main sur sa bouche. Comme si elle allait vomir. Défaillir. S'évanouir. Marco s'esclaffa. Bruyamment. Joyeusement. Il lui passa les bagues au doigt. Sous les yeux horrifiés de la jeune femme, qui le regardait faire. Sans bouger. Sans respirer. Pétrifiée.
« Déjà des nausées, chérie ? »
Il se moqua doucement, malicieusement. Il la sentit se figer au creux de ses bras. Complètement. Puis elle se retourna. Lentement. Très lentement. Vers lui. Outrée qu'il se moque d'elle.
« Tu te fous de moi depuis un moment, n'est-ce pas ? »
« Moi ? » s'insurgea Marco. Faussement innocent. « Jamais je n'oserai faire ça ! »
« Arrête tes conneries. »
Elle grogna, en se détachant de lui. Pour être complètement face à lui et le fixer dans les yeux.
« Et dis-moi pourquoi tu me donnes ça ! »
« Si nous ne devons pas trop nous afficher. » expliqua Marco calmement, sérieusement. « Tu dois, toi aussi, prendre garde aux espions et jouer la comédie. »
Pause.
« Tu dois montrer ton lien avec Akihide. »
Sohalia détailla longuement les deux bijoux, essayant de réfréner la douce chaleur qui faisait gonfler son cœur.
Elle aimait ces deux bijoux...
C'était ce qu'ils représentaient qu'elle n'appréciait pas. Akihide. Le mariage forcé. La mascarade.
« Et puis. »
Marco souffla, en fixant lui aussi le doigt orné des bagues.
« Je préfère que tu portes quelque chose que j'ai choisi pour toi. »
Pause. Chargée d'émotion. De possessivité. D'amour.
« Plutôt que ce soit quelque chose qu'Akihide ait choisi... »
La jeune femme se redressa et l'embrassa. Passionnément. Désespérément. Jusqu'à être à bout de souffle. Tous les deux. Haletants. Le phénix frissonna, en sentant sur sa joue le métal froid des bagues. Un frisson agita son échine et le parcourut de la tête aux pieds. Il la colla un peu plus contre lui. Impossiblement plus près.
« C'est aussi pour marquer notre lien. » ajouta-t-il, en posant son front contre le sien.
Leurs souffles se mêlant. Chauds. Tremblants.
« Les autres ne le sauront pas. » murmura-t-il, tout près de ses lèvres. « Mais nous, nous connaîtrons la vérité. »
« Et qu'est-ce qui me rappellera à ton bon souvenir ? »
Sohalia murmura. Malicieuse. Curieuse.
« Enlève ma chemise. »
La commandante de la quatrième division écarquilla les yeux et cligna des paupières. Une fois. Deux fois. Trois fois. Ne voyant pas le rapport, elle haussa des épaules. Ne cherchant pas à comprendre et obéit. Elle dégrafa les boutons. Un par un. Lentement. Elle fit glisser le tissu de ses épaules. De ses bras. Il se tourna pour qu'elle puisse voir son dos. Il l'entendit inspirer bruyamment. Il sourit, satisfait de sa réaction.
Un « S » orné de fleurs se trouvait à l'emplacement exact de son cœur, gravé à jamais sur la peau de son dos. L'œuvre était magnifique en soi. Les fleurs délicates. Les courbes élégantes de la lettre. Tout comme le geste. Profond. Définitif. Éternel.
« Tu es fou ! » chuchota Sohalia, vivement, en s'approchant.
Ses doigts tremblants frôlèrent le tatouage. Doux. Précautionneux. Comme si elle avait peur de le briser. De le faire disparaître.
« C'est maintenant que tu t'en rends compte ? »
Marco se retourna pour la regarder, amusé et heureux.
« Personne ne peut le voir. » expliqua-t-il en haussant les épaules. « Étant donné que je ne me trimbale pas à poils comme d'autres. »
Il fit clairement allusion à Ace, souriant.
« Toi, tu as ces bagues. » dit-il, en prenant sa main, admirant les bijoux sur ses doigts. « Et moi, ceci. »
Il l'attira plus près. Pour ôter son t-shirt. Doucement. Sensuellement.
« Tiens, c'est nouveau ? » questionna-t-il en attrapant son poignet où se trouvait un simple bracelet argenté.
« Ah ! » s'exclama Sohalia, réalisant soudainement. « Suis con ! » rit-elle. D'elle-même. De la situation. « C'est Nostradamus qui m'a donné ça tout à l'heure ! »expliqua-t-elle, excitée et heureuse. « Ça empêche les espions de nous voir ! »
Marco cligna des yeux une fois, deux fois et soupira profondément, exaspéré mais amusé. Elle n'était pas possible. Elle allait le rendre dingue.
« Donc si je comprends bien. » grommela-t-il, faussement en colère. « J'ai passé l'après-midi à me retenir pour rien ? »
« Te retenir ? » répéta-t-elle, perdue.
Elle avait le cerveau en compote après une telle journée.
« De faire ça... » souffla-t-il, en l'embrassant fougueusement. Passionnément. Dévorant. « Et ça... »
Il continua alors qu'il lui ôtait son t-shirt lentement, sensuellement.
« Et ça... »
Il reprit alors qu'il lui enlevait son soutien-gorge d'un geste expert.
« Et ça... »
Il se pencha vers elle et commença à embrasser ses mamelons. Doucement. Tendrement. Puis plus intensément.
« On peut pas faire ça en public ! » s'écria-t-elle, en le faisant s'esclaffer. Bruyamment. Joyeusement.
Deux commandants maudirent les deux amants et tentèrent de disparaître sous leurs oreillers, suite au cri de la jeune femme et aux rires de son et Vista n'hésitèrent que peu de temps, en entendant les soupirs d'extases du couple et filèrent rejoindre leurs hommes dans les dortoirs. Afin de dormir en paix.
Loin. Très loin. De ces deux-là.
REECRIT : 19/01/2026