The New Era
Chapitre 45 : Chapitre 45 : Piège Refermé
4879 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 23/01/2026 18:49
Aki Island, campement de la première division.
Sohalia frissonna et essaya d'ignorer le bourdonnement qui résonnait dans ses oreilles.
L'explosion l'avait momentanément rendue sourde.
Avec des gestes mécaniques, elle posa ses mains sur le dos d'Aki et les leva dans les airs pour les observer. Du sang les tachait. Rouge. Poisseux. Encore chaud.
Le sang de son frère.
Du frère qui venait de la trahir. Du frère qui venait de lui sauver la vie.
La Shizen sentit l'adrénaline fuser dans ses veines, lui rendant un semblant d'énergie.
Elle poussa délicatement le jeune pirate sur la terre et jeta un coup d'œil à la blessure.
Son dos.
Mon Dieu, son dos.
La chair était déchiquetée, brûlée par le tir du pacifista. Elle voyait l'os par endroits. Du sang coulait abondamment, formant une mare sombre dans la boue.
Mais il respirait. Faiblement. Irrégulièrement. Mais il respirait.
Elle entendit le pacifista les viser à nouveau. Le bruit mécanique caractéristique de son canon se chargeant. La jeune femme lui fit face. Et c'est alors qu'elle prit conscience des papillons dorés qui les entouraient déjà.
Quand avait-elle activé le don de Gaiya ?
Elle ne s'en souvenait pas.
L'instinct de survie, peut-être.
La protection automatique de son pouvoir face au danger imminent. Son corps avait réagi avant même que son esprit ne le décide. Les papillons tourbillonnaient autour d'elle et d'Aki, formant un cocon protecteur lumineux dans la pénombre du champ de bataille.
Sa question resta sans réponse, car son attention fut complètement happée par le pacifista qui se rapprochait. Sohalia s'avança de quelques pas, laissant le don de son ancêtre pulser dans ses veines.
Elle se stoppa, s'agenouilla et donna un coup de poing dans le sol. Elle perçut les hoquets stupéfaits des pirates qui l'entouraient et cela la fit sourire malgré la situation.
Soudain, d'épaisses racines brunes percèrent la terre boueuse. Elles jaillirent comme des serpents géants, épaisses comme des troncs d'arbres, hérissées d'épines acérées. Elles s'enroulèrent autour des derniers pacifistas avec une violence terrible, les broyèrent leur armure métallique et les transpercèrent de part en part. Le bruit du métal qui se déchire résonna dans l'air.
La commandante de la quatrième division se redressa et ses créations disparurent aussi soudainement qu'elles étaient apparues. Les cyborgs s'effondrèrent dans des explosions et des grésillements, crachant des étincelles et de la fumée noire.
Le souffle court, elle fit un signe de tête à Marco pour le rassurer.
Le phénix fronça des sourcils en observant son état — visage noirci par la suie, sang sur les mains, tremblements d'épuisement — mais alla tout de même vérifier l'état de ses hommes.
Sohalia entendit son père appeler les commandants d'une voix puissante qui résonna dans tout le campement.
Autour d'eux, les autres divisions achevaient les derniers cyborgs. Ace et la seconde division utilisaient le feu pour faire fondre les armures. Vista et la cinquième division tranchaient avec une précision chirurgicale les articulations métalliques. Jozu et la troisième division écrasaient les pacifistas à coups de poings recouverts de diamant.
C'était un travail d'équipe coordonné, efficace. Une machine bien huilée.
En quelques minutes, le silence retomba sur le champ de bataille.
Un silence pesant, uniquement troublé par le crépitement des débris enflammés et les gémissements des blessés.
Barbe Blanche, Marco et Sohalia s'écartèrent un peu du reste des hommes pour continuer leur conversation en privé. Yori était en train de s'occuper d'Aki, entouré de plusieurs infirmières. Le jeune pirate était inconscient, maintenu endormi par les anesthésiants. La jeune femme était bien consciente de ce qui allait suivre. Le geste du traître ne rachèterait pas sa tentative d'assassinat, ni la divulgation d'informations à l'ennemi. Le sacrifice d'Aki ne changeait rien aux faits. Il avait trahi. Et la trahison avait un prix.
« Quand nous aurons trouvé Jef et la Sphère, nous partirons sur l'île la plus proche pour refaire les stocks », annonça l'homme le plus fort du monde de sa voix grave.
Il marqua une pause.
« Nous laisserons Aki derrière nous, sur la prochaine île. »
La commandante de la quatrième division déglutit, chassant la boule qui s'était formée dans sa gorge, et acquiesça. Jamais elle ne se serait permis de remettre en question la décision de son capitaine. Même si celle-ci était difficile à entendre. Même si chaque mot lui transperçait le cœur comme une lame.
« Pourquoi ne pas le tuer ? » intervint Marco en fronçant des sourcils.
Sa voix était neutre, mais Sohalia y perçut une tension sous-jacente.
« Est-ce à cause de sa tentative de rachat en protégeant Lia avec sa vie ? Il a pourtant tenté de l'assassiner… »
La Shizen frissonna.
Le phénix se plierait à la volonté de son père, elle le savait, mais il désirait des explications. Il voulait comprendre pourquoi Aki méritait de vivre alors que d'autres traîtres avaient été exécutés sur le champ.
« Oui, en partie », répondit Barbe Blanche après un moment de silence.
Il posa son regard sur Sohalia, puis sur le corps inconscient d'Aki au loin.
« Mais, mon fils, je peux comprendre sa décision… »
Sa voix se fit plus douce, presque mélancolique.
« Il a voulu protéger sa sœur, son plus grand trésor… »
Le vieil homme ferma les yeux un instant.
« Je comprends. »
Puis il les rouvrit, et son regard était à nouveau dur comme l'acier.
« Mais je n'accepte pas. »
Le commandant de la première division hocha la tête et commença à se diriger vers les autres pour rassembler les hommes.
Ils devaient reprendre la route.
Trouver Jef.
Terminer cette guerre.
« Sohalia ? » l'appela Barbe Blanche alors qu'elle s'apprêtait à le suivre.
Elle se retourna. Son père la fixait de ses yeux perçants.
« Tu es la supérieure d'Aki. Tu es celle qui se chargera de lui donner sa sanction, ainsi que de lui enlever son tatouage. »
Le monde sembla s'arrêter autour d'elle.
Enlever son tatouage.
Enlever la marque de Barbe Blanche.
Enlever ce qui faisait d'Aki un membre de leur famille.
« Je lui interdis l'accès à l'ensemble de mes territoires… » ajouta son père d'une voix solennelle.
Il marqua une pause.
« De mon vivant. »
La jeune femme se pétrifia, puis se secoua mentalement. Elle s'inclina respectueusement devant son père et retourna auprès de ses hommes sans un mot. Mais à l'intérieur, son esprit hurlait. Elle était bien consciente que Barbe Blanche la testait. Bannir un homme, un ami, un frère était déjà quelque chose de douloureux à faire pour elle.
Mais lui enlever sa marque...
Elle se sentit pâlir et se passa une main sur son visage en sueur. Sohalia savait qu'il n'y avait pas trente-six mille solutions pour enlever l'emblème de son père de la peau de son jeune frère.
Il y avait, bien sûr, les lasers, mais ils ne possédaient pas un tel équipement sur le Moby Dick. Elle pourrait défigurer le dessin avec un marquage au fer rouge. Brûler la peau jusqu'à ce que le tatouage soit méconnaissable. Mais elle savait que ce n'était pas à cela que son père pensait.
Non.
Elle devrait charcuter la peau. Elle devrait véritablement enlever la peau tatouée.
Littéralement.
La découper.
Avec un scalpel.
Ou un couteau.
Trancher la chair.
Arracher le morceau de peau qui portait la marque de Barbe Blanche. Et regarder son frère — même endormi, même traître — saigner sous sa lame.
La nausée monta soudainement.
Violente.
Irrépressible.
Elle porta une main à sa bouche, luttant contre le haut-le-cœur.
Ses mains.
Ces mains qui faisaient pousser la nature, synonyme de vie. Ces mains qui avaient caressé le visage de Marco. Ces mains allaient devoir mutiler son frère.
Même s'il l'avait trahie. Même s'il avait tenté de la tuer. Il restait son frère et elle allait devoir lui faire ça.
« Sohalia ? Ça va ? » s'inquiéta Ritsu en s'approchant.
La tigresse la détaillait avec attention, sourcils froncés.
« On dirait que tu vas vomir… »
Elle lui tendit une gourde d'eau. La blonde détailla le récipient mais déclina l'offre d'un signe de tête. Si elle ne serrait pas les poings, si elle prenait l'objet, tout le monde la verrait trembler. Et elle ne pouvait pas se permettre de montrer sa faiblesse.
Pas maintenant.
Pas devant ses hommes.
Elle souffla et ordonna à sa division de se remettre en mouvement. Sa voix était plus dure qu'elle ne l'aurait voulu. Mais c'était le seul moyen de garder le contrôle.
Elle fit signe à Hogo de venir la voir, ce qu'il fit immédiatement. Elle lui confia la décision du capitaine à voix basse, ainsi que ce qu'il attendait d'elle.
Son second ouvrit la bouche, puis la referma fatalement. Son visage était devenu livide. Il savait.
Il savait ce qu'« enlever le tatouage » signifiait vraiment.
La traîtrise n'était jamais pardonnée.
Jamais.
Quelques heures plus tard, après avoir fouillé l'île de fond en comble, les divisions se rassemblèrent sur la proue du Moby Dick. Tous les commandants étaient présents. Barbe Blanche les dominait de toute sa stature, assis sur son trône. Ace s'avança, tenant quelque chose dans ses mains.
Des papiers.
« En fait, on a fouillé les baraquements abandonnés », commença-t-il.
Il semblait excité, mais Sohalia perçut quelque chose d'autre dans sa voix.
Une hésitation.
Un doute.
« On a trouvé des documents. Des cartes. Ça semble indiquer où Jef se cache. »
Sohalia s'avança vers son jeune frère et observa les documents de plus près.
C'étaient effectivement des cartes. Détaillées. Annotées. Avec des coordonnées précises. Des notes manuscrites indiquaient des routes maritimes, des points de passage, des îles-relais.
Tout y était. Trop parfait. Trop précis. Trop... facile.
Ces documents leur permettraient de localiser Jef. De le trouver. De l'affronter. De récupérer les Fragments et de détruire la Sphère du Temps. De mettre fin à tout ça.
Si c'était vrai.
« Tout de même, tu ne trouves pas que ça a été trop simple ? » lui chuchota Ace en profitant de sa proximité.
Sohalia sourcilla. Elle remarqua la petite lueur de honte passer très vite dans les yeux du commandant de la seconde division. Comme s'il se sentait coupable d'avoir trouvé ces documents. Comme s'il savait que quelque chose clochait.
Elle se rapprocha encore, baissant la voix pour que personne d'autre ne les entende.
« Qu'est-ce qui te tracasse exactement ? »
Ace hésita, puis désigna discrètement les papiers.
« Ces documents… Ils étaient trop faciles à trouver. Trop bien conservés. Comme si… »
« Comme si on voulait qu'on les trouve ? » compléta Sohalia.
« Exactement. »
Sohalia ferma les yeux un instant. Elle repensa à la dernière fois. La dernière fois où ils avaient eu l'impression que tout allait bien. Que la victoire était proche.
Jef en avait profité pour s'infiltrer sur son île. Pour tuer le roi. Pour tuer sa tante Leïko. Pour détruire sa famille.
Il avait attendu qu'ils baissent leur garde. Qu'ils se sentent en sécurité. Et il avait frappé.
« Si… » murmura-t-elle enfin. « Je vais rester en alerte. »
Elle marqua une pause, puis ajouta plus fort pour que son père l'entende :
« Je vais aussi appeler mon île pour qu'ils soient sur leur garde. La dernière fois, il a profité de notre joie pour s'y infiltrer et tuer le roi, ma tante… » déclara-t-elle sombrement.
Sa voix se durcit.
« Cette fois, je ne le laisserai pas recommencer. »
Barbe Blanche acquiesça gravement.
« Fais-le. Et dis-leur de doubler la garde. Personne n'entre, personne ne sort sans vérification approfondie. »
« Bien, Père. »
Elle fit un pas vers sa cabine pour utiliser son escargophone quand Marco l'interpella.
« Je t'accompagne. »
Ce n'était pas une question. C'était une affirmation. Elle ne protesta pas.
Grand Line.
Kyola toqua à la porte et n'entra que lorsqu'il y fut invité. Il trouva Jef assis sur son fauteuil devant la Sphère.
L'objet maudit illuminait si férocement la pièce que le messager dut mettre sa main devant ses yeux pour se protéger de la lumière aveuglante.
Quelque chose n'allait pas.
La Sphère n'avait jamais brillé avec une telle intensité. C'était presque... douloureux à regarder.
« Maître ? » souffla-t-il, surpris de ne pas avoir déjà reçu un ordre.
D'habitude, Jef était immédiat, tranchant.
Mais là, il restait silencieux, fixant la Sphère avec une intensité presque… obsessionnelle.
« Cet insecte a essayé de tuer Sohalia-chan… » siffla finalement le Mentaru en se levant vivement.
C'était subtil. Très discret.
Mais l'ennemi numéro un de l'île était de plus en plus pâle. Kyola perçut ses genoux fléchir l'espace d'un instant, avant qu'il ne se reprenne. Jef avait également perdu du poids. Ses vêtements flottaient légèrement sur son corps autrefois athlétique. Des cernes profonds creusaient son visage. Ses cheveux blancs semblaient plus ternes.
La Sphère le dévorait de l'intérieur.
Rien ne se passait comme Jef l'avait voulu.
Rien d'étonnant, songea Kyola.
Les âmes de leurs ancêtres qui se trouvaient dans les Sphères étaient des insoumises. Elles avaient leurs propres agendas. Leurs propres désirs. Leurs propres plans. Elles manipulaient Jef pour arriver à leurs fins.
Et Jef, dans son arrogance, croyait encore être celui qui contrôlait, mais Kyola savait la vérité.
Ce n'était pas Jef qui possédait la Sphère. C'était la Sphère qui possédait Jef.
« Ils savent qui m'a donné ce bijou ! » hurla soudainement Jef.
Sa voix était devenue presque hystérique.
« Ils se rapprochent ! Ils ont trouvé des indices ! »
Il balaya son bureau d'un geste violent de la main. Les multiples cartes et documents jonchèrent rapidement le sol dans un chaos de papiers volants.
« J'ai tué Emi et Leïko, mais ils sont encore plus forts ! »
Il porta ses mains dans ses cheveux blancs.
« Sohalia-chan s'est mariée ! »
Kyola crut un instant qu'il allait se les arracher. Les veines de son cou étaient gonflées. Son visage était rouge. Ses yeux injectés de sang. Il ressemblait à un fou. Peut-être l'était-il devenu.
« Il me faut plus de puissance », souffla Jef en fixant la Sphère.
Sa voix était redevenue calme. Trop calme. Le calme qui précède la tempête.
Une voix résonna alors dans la pièce.
Pas celle de Jef.
Une voix ancienne. Caverneuse. Inhumaine.
La voix de l'ancêtre prisonnier dans la Sphère.
« Alors, il me faut une proie d'élite… » susurra la voix. « Une délicieuse petite chose, fragile, mais puissante… »
« Je ne vous donnerai pas Sohalia ! » rugit soudainement Jef.
Sa réaction fut immédiate.
Viscérale. Violente.
Kyola sourcilla. Il ne comprenait pas l'obsession de son maître pour cette sauvage. Le messager avait été témoin de leur amourette d'enfant. Ces jeux innocents sur la plage. Ces sourires partagés. Ces promesses murmurées.
Mais Jef lui avait pourtant affirmé qu'il avait fait tout ça pour la tromper. Pour gagner sa confiance. Pour mieux la manipuler.
Jef désirait la tuer, alors pourquoi ne pas la donner à la Sphère ?
Cela résoudrait tous ses problèmes.
À moins que...
À moins que Jef ne l'ait jamais vraiment voulu.
À moins que, malgré tout, il l'aimait encore.
Cette pensée glaça Kyola.
La voix de l'ancêtre résonna à nouveau, cette fois avec une note de satisfaction perverse.
« Maiya… »
Un seul prénom.
Mais il suffit à faire frissonner le messager. Le prénom de la jeune cousine de la pirate.
Autant Kyola ne répugnait pas à tuer des adultes — il l'avait fait des dizaines de fois pour son maître —, autant détruire une âme aussi pure que celle de la princesse le dégoûtait profondément.
Maiya n'avait rien fait. Elle était innocente. Douce. Gentille.
Une enfant, presque.
Mais il se plierait à la volonté de son maître. Comme toujours.
L'ancien serviteur de la famille Shizen dévisagea le Mentaru. Il vit le sourire sadique étirer doucement ses lèvres. Ce sourire qu'il connaissait trop bien maintenant. Ce sourire qui n'avait plus rien d'humain. Ses yeux brillaient de cette lueur qui était devenue quotidienne.
Cette lueur de folie. De pouvoir. D'obsession.
« Oui… » murmura Jef, comme s'il se parlait à lui-même. « Oui, Maiya fera l'affaire. »
Il se tourna vers Kyola, et son regard redevint soudainement tranchant.
Calculateur.
« Kyola ! »
Le messager se redressa instinctivement.
« Tu vas être envoyé infiltrer leur flotte ! » ordonna Jef d'une voix qui ne souffrait aucune contestation. « Sabote leurs navires. Crée de la confusion. Fais-les se battre entre eux si besoin. Débrouille-toi pour me faire gagner du temps pendant que je vais chercher la douce petite pâquerette… »
Un instant de silence.
Puis Kyola acquiesça.
« Bien, maître. »
Sa voix était neutre. Professionnelle.
Mais à l'intérieur, une partie de lui — une toute petite partie qu'il croyait morte depuis longtemps — hurlait. Hurlait qu'il allait trop loin. Que sacrifier une innocente était impardonnable. Que même pour Jef, il y avait des limites.
Mais cette voix était faible.
Trop faible.
Facilement ignorée.
L'ancien messager s'approcha de la Sphère. Sa surface pulsait d'une lumière irrégulière, presque vivante. Il ne put s'empêcher de frissonner quand il posa sa main dessus. Le contact était glacial. Contre nature. Comme toucher quelque chose qui ne devrait pas exister. Quelque chose qui défiait les lois du monde.
La Sphère pulsa une fois. Deux fois.
Et Kyola disparut dans un éclat de lumière aveuglante.
Jef resta seul dans la pièce, fixant l'endroit où son messager se tenait quelques secondes auparavant.
Puis il sourit.
« Bientôt, Sohalia-chan… »
Sa voix n'était plus qu'un murmure.
« Bientôt, tu comprendras. »
Moby Dick, au large d'Aki Island.
Sohalia lâcha son sac sur son lit en soupirant. La couette et les oreillers avaient un charme fou. Elle ne dirait pas non à s'allonger avec eux pendant les prochaines vingt-quatre heures. La jeune femme ne demandait que l'oubli que le sommeil pouvait lui procurer.
Oublier Aki.
Oublier le sang sur ses mains.
Oublier ce qu'elle allait devoir faire.
Malheureusement, elle devait rejoindre sa division et aider aux manœuvres. Le navire devait reprendre la mer. Ils avaient une direction maintenant. Les cartes trouvées par Ace leur indiquaient où chercher.
Ensuite…
Ensuite, elle devrait s'occuper d'Aki. La Shizen voulait profiter que les anesthésiants que Yori lui avait donnés étaient encore actifs. Pendant qu'il dormait. Pendant qu'il ne sentirait rien.
Enfin… en théorie.
Elle sursauta violemment quand sa porte claqua derrière elle. La commandante de la quatrième division dévisagea le phénix qui la fixait, impassible, adossé à la porte. Ses bras étaient croisés. Son expression était indéchiffrable. Mais Sohalia connaissait assez bien Marco maintenant pour voir la tension dans ses épaules. La colère contenue dans sa mâchoire serrée. L'inquiétude dans ses yeux.
« Un problème ? » demanda-t-elle, peu habituée à ce comportement.
D'habitude, Marco était plus… démonstratif. Plus tactile. Là, il la regardait comme s'il essayait de se retenir de faire ou dire quelque chose.
« Je ne t'avais pas demandé de revenir sans trop d'égratignure ? » grommela-t-il finalement.
Ah.
Voilà donc le problème.
« Si… » souffla-t-elle en sentant la migraine arriver.
« Alors, pourquoi je te retrouve avec une commotion cérébrale ?! »
Il s'approcha d'elle et la tourna pour qu'il puisse voir l'état de son crâne. Ses doigts palpèrent délicatement la zone blessée. Elle grimaça.
« Je n'ai pas de… »
« Comment pourrais-tu le savoir ?! Tu n'as pas été voir Yori ! »
Sa voix montait progressivement.
« Tu es brûlée, tu as une arcade explosée et une entaille au crâne. »
Sohalia leva les yeux au ciel.
Elle avait espéré que l'homme surprotecteur disparaîtrait maintenant qu'ils avaient une relation bien plus intime. Mais non ! C'était même pire ! Il jouait les maris attentionnés et les anges gardiens en même temps !
« Marco, je suis une pirate ! » s'exclama-t-elle en se retournant pour lui faire face. « Je vais être encore, encore et encore blessée à l'avenir ! Tu ne peux pas m'en empêcher ! Les coups vont avec le métier ! »
« Tu en recevrais moins si tu arrêtais de jouer au bouclier humain ! » répliqua-t-il.
« Mais de quoi tu parles ?! »
« Quand tu t'es interposée entre ce pacifista et mes hommes. »
« Alors, ça, ce n'était pas voulu du tout ! »
Elle grimaça au souvenir.
« J'ai très mal calculé mon coup… Je pensais avoir le temps de me protéger, mais… Bah, je me suis plantée… »
Marco soupira et laissa retomber la masse de ses cheveux qu'il avait soulevée pour examiner son crâne. L'entaille ne semblait pas profonde, heureusement. Mais il avait remarqué à quel point elle avait été sonnée quand elle avait été prise dans le souffle de l'explosion. Elle aurait pu avoir une fracture du crâne. Elle aurait pu mourir. Et elle le savait. Mais cela ne semblait pas l'inquiéter outre mesure. Ce qui, paradoxalement, l'inquiétait lui encore plus.
« Comment tu vas ? » questionna-t-il finalement, déposant délicatement ses lèvres sur son front pour oublier cette dispute.
Pour se rappeler qu'elle était là, vivante, avec lui.
« Migraine », marmonna-t-elle en essayant de se fondre dans son torse.
Elle inspira son odeur. Cette odeur qui la rassurait, qui lui disait qu'elle était en sécurité.
« Tes brûlures ? » s'enquit-il, ayant une très forte envie d'aller dire deux mots à Aki.
Même s'il était déjà puni. Même s'il allait être banni. Marco voulait quand même lui casser la figure.
« D'après Yori, ça ira… »
Elle redressa la tête pour lui montrer son sourire taquin.
« Il va juste falloir que tu me tartines de crème deux fois par jour. »
Le phénix leva les yeux au ciel. Elle avait failli finir en brochette grillée. Puis son crâne avait manqué de se fissurer. Mais cela ne l'inquiétait pas. Bien au contraire, elle pensait déjà à comment elle allait occuper ses nuits.
« Hogo va te donner un coup de main pour Aki ? » murmura-t-il en essuyant doucement la suie qui maculait encore ses joues.
Il se maudit quand son sourire disparut immédiatement et que l'éclat de désir se ternit dans ses yeux, remplacé par quelque chose de bien plus sombre. De bien plus douloureux.
« Non. »
Sa voix était plate.
« Je lui ai dit d'annoncer la nouvelle aux gars et que je me chargerai du reste… »
Elle déglutit avec difficulté, comme si les mots avaient du mal à passer sa gorge.
Le second de l'équipage la serra férocement contre lui. Il voulait lui insuffler un peu de sa force. Il espérait que cela l'aiderait à traverser ça un peu plus facilement, mais il savait que rien ne pourrait vraiment aider.
Enlever le tatouage d'un frère.
Charcuter sa peau.
Le bannir à jamais.
C'était quelque chose que personne ne devrait avoir à faire et pourtant, elle le ferait.
Parce qu'elle était la commandante de la quatrième division.
Parce que c'était son devoir.
Parce qu'elle n'avait pas le choix.
Quelques heures plus tard, Sohalia était assise à son bureau, son escargophone devant elle. Elle avait enfin réussi à joindre Le Royaume. Maiya avait répondu, sa voix douce et inquiète résonnant dans le coquillage.
« Sohalia ? Tout va bien ? »
« Oui, ne t'inquiète pas. Je voulais juste m'assurer que tout allait bien de votre côté. »
Un mensonge.
Enfin, pas vraiment.
Tout n'allait pas bien.
Mais elle ne pouvait pas inquiéter Maiya avec ses pressentiments.
« Écoute, je veux que vous doubliez la garde. Personne n'entre, personne ne sort sans vérification approfondie. D'accord ? »
« D'accord… Mais pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ? »
Sohalia hésita.
« Non. C'est juste une précaution. On se rapproche de Jef et… je préfère être sûre que vous êtes en sécurité. »
« Je comprends. Ne t'inquiète pas, on fera attention. »
« Merci, Maiya. »
« Fais attention à toi aussi, d'accord ? »
« Promis. »
Sohalia raccrocha et resta un moment immobile, fixant le coquillage. Elle avait fait ce qu'elle pouvait. Elle avait prévenu l'île, renforcé la sécurité, mais ce pressentiment ne la quittait pas. Cette sensation que quelque chose de terrible allait se produire.
Elle secoua la tête. Elle ne pouvait pas se permettre de penser à ça maintenant. Elle avait autre chose à faire. Quelque chose qu'elle repoussait depuis des heures.
Aki.
Elle se leva lentement et se dirigea vers l'infirmerie. Yori l'attendait là-bas, ainsi que le matériel nécessaire. Elle monta sur le pont du Moby Dick.
La nuit était tombée. Les étoiles brillaient dans le ciel noir. Le vent marin soufflait doucement, faisant claquer les voiles. C'était paisible. Presque trop paisible.
Sur la proue, tous les commandants étaient rassemblés. Ils étudiaient les documents trouvés par Ace. Les cartes. Les coordonnées. Le chemin vers Jef.
Barbe Blanche dominait l'assemblée de toute sa stature, assis sur son trône. Marco se tenait à ses côtés, pointant quelque chose sur une carte. Ace discutait avec Vista. Jozu écoutait en silence. Ils planifiaient. Ils se préparaient.
La bataille finale approchait.
Sohalia fit un pas vers eux. Elle devait les rejoindre, participer aux plans. C'était son devoir de commandante, mais avant qu'elle ne puisse faire un deuxième pas...
Les cloches d'alerte des quatre navires résonnèrent dans les airs. Un son strident, perçant, urgent.
Sohalia se pétrifia.
Des tirs retentirent. Des sifflements sordides lui parvinrent.
Elle aperçut une lanterne exploser à la poupe du navire dans une gerbe d'étincelles et de flammes. Puis une autre. Et encore une autre.
La commandante de la quatrième division cria immédiatement à ses hommes de se mettre à leurs postes. Sa voix claqua comme un fouet, coupant court à toute hésitation.
Les infirmières retournèrent au pas de course dans leur quartier, se préparant à recevoir des blessés. Les pirates de la cinquième division se postèrent en avant et commencèrent à dévier ou détruire les boulets de canons qui s'abattaient sur eux.
Le Moby Dick tout entier se transforma en ruche en quelques secondes. Chacun savait exactement où aller et quoi faire. Ils avaient l'habitude des attaques surprises.
Mais celle-ci... Celle-ci était différente.
Au loin, la blonde vit les drapeaux claquer dans le vent. Blancs avec le symbole de la justice. La Marine. Mais pas quelques navires isolés. Pas une simple patrouille.
Non.
Une flotte. Une flotte ENTIÈRE.
Des dizaines de navires de guerre encerclaient progressivement les quatre navires de Barbe Blanche. Ils sortaient de la brume comme des fantômes. Méthodiques. Coordonnés. Silencieux jusqu'au moment où ils avaient ouvert le feu.
Le cœur de Sohalia se serra dans sa poitrine. Son pressentiment. Les documents trouvés trop facilement. Les cartes trop précises. C'était un piège. Un piège parfaitement orchestré. Jef avait VOULU qu'ils trouvent ces documents. Il avait VOULU qu'ils suivent cette route.
Et maintenant, la Marine les attendait. Comme si elle savait exactement où ils seraient. Comme si quelqu'un le lui avait dit.
Au loin, parmi les navires de guerre, Sohalia aperçut une silhouette. Un homme, vêtu de blanc. Des cheveux blond roux flottant au vent. Même à cette distance, elle pouvait voir son sourire. Ce sourire qu'elle connaissait trop bien.
Kyola.
Il était là. Sur l'un des navires de la Marine, observant le chaos qu'il venait de créer.
Mission accomplie.
« TOUT LE MONDE À VOS POSTES ! » rugit la voix de Barbe Blanche, dominant le vacarme des explosions. « ILS VEULENT UN COMBAT ?! »
L'homme le plus fort du monde se leva de son trône, sa naginata à la main. Son aura explosa, faisant trembler l'air autour de lui.
« ALORS ON VA LEUR EN DONNER UN ! »
Les poings de Sohalia se serrèrent instinctivement. Autour d'elle, ses frères saisissaient leurs armes, manœuvraient les canons, ramenaient les boulets et la poudre. Marco s'enflamma, ses ailes de phénix déployées. Ace forma des poings de feu. Vista dégaina ses épées jumelles. Jozu recouvrit son corps de diamant. Izo sortit ses pistolets en lui lançant un clin d'œil.
Ils étaient prêts.
Mais étaient-ils assez nombreux ?
La flotte de la Marine était immense et quelque part, au loin, Jef riait probablement.
Parce que pendant qu'ils se battaient ici...
Pendant qu'ils étaient occupés à survivre...
Il était libre d'aller chercher Maiya.
Le piège s'était refermé.
Et ils étaient pris au centre.
REECRIT : 23/01/2026