The New Era
Sohalia émergea dans la grande salle de téléportation du palais, légèrement désorientée, ses jambes flageolantes sous l'effet du voyage dimensionnel. Elle cligna des yeux, chassant les dernières étoiles qui dansaient dans son champ de vision, et se redressa lentement.
« Bienvenue chez vous, Votre Majesté, » dit le messager Ryoko en s'inclinant profondément devant elle.
Chez elle.
Le mot résonna étrangement dans son esprit. Ce palais était magnifique, certes, avec ses jardins luxuriants et ses couloirs ornés de soie précieuse. Mais était-ce vraiment chez elle ? Ou bien chez elle était-il ce navire bruyant et chaotique où elle avait laissé son cœur ?
« Majesté ! » La voix joyeuse d'Ume la tira de ses pensées.
Sa fidèle servante se tenait au premier rang des domestiques alignés pour l'accueillir, son visage rayonnant d'un bonheur sincère.
« Nous sommes si heureux de votre retour ! »
Sohalia lui offrit un sourire qui se voulait rassurant, mais qui manquait singulièrement de conviction. Autour d'elle, les conseillers s'inclinaient les uns après les autres, murmurant des formules de bienvenue protocolaires qui glissaient sur elle sans réellement l'atteindre. Elle répondit avec la grâce et la dignité qu'on attendait d'elle, remerciant chacun d'une voix posée, mais son esprit était ailleurs, déjà nostalgique d'un navire qu'elle venait à peine de quitter.
Après les salutations d'usage, Ume s'approcha d'elle.
« Lady Maiya vous attend avec impatience, Majesté. Elle a compté les heures jusqu'à votre retour. »
Un petit sourire complice étira les lèvres d'Ume, et Sohalia sentit une vague de chaleur envahir sa poitrine. Maiya.
Elles traversèrent les couloirs familiers du palais, et à chaque pas, Sohalia sentait le poids de sa couronne invisible s'alourdir sur ses épaules. Tout était exactement comme elle l'avait laissé — les tapisseries anciennes représentant les exploits des régents passés, les jardinières débordant de fleurs exotiques, le parfum subtil de jasmin qui imprégnait l'air. Tout était parfait, ordonné, magnifique.
Et pourtant, quelque chose manquait cruellement. La vie. Le chaos joyeux. Les rires tonitruants des pirates et le cliquetis des verres de saké qui s'entrechoquent. L'odeur de la mer et du bois salé. La chaleur du phénix endormi contre elle.
« Le Conseil se réunit demain matin, Majesté, » annonça Ume en marchant à ses côtés. « Les représentants de toutes les lignées seront présents. Le roi Akihide a également demandé audience. Le peuple se réjouit de votre retour et attend avec impatience de voir leur reine. »
Sohalia écoutait d'une oreille distraite, acquiesçant mécaniquement aux informations qu'Ume lui débitait. Sa main se porta inconsciemment à sa bague — cette fausse alliance que Marco lui avait offerte et qui symbolisait un lien que personne d'autre ne connaissait. Elle la fit tourner lentement autour de son doigt, cherchant réconfort dans ce contact froid du métal contre sa peau.
Marco lui manquait déjà. Terriblement. Douloureusement.
Comment allait-elle survivre à des semaines, peut-être des mois de cette séparation, quand quelques heures lui paraissaient déjà insupportables ?
Lorsqu'elle atteignit enfin les appartements de Maiya, Ume ouvrit les portes avec révérence avant de s'éclipser discrètement. Sohalia n'eut même pas le temps de faire un pas à l'intérieur qu'une tornade blonde se jeta sur elle.
« Sohalia ! » s'écria Maiya en l'enlaçant avec une force surprenante pour sa silhouette gracile.
Sohalia referma instinctivement ses bras autour de sa cousine, sentant enfin une partie de la tension quitter ses épaules. Maiya tremblait légèrement contre elle, et lorsqu'elles se séparèrent, Sohalia vit des larmes briller dans ses yeux améthyste.
« Tu m'as tellement manqué, » murmura Maiya, sa voix étranglée par l'émotion. « C'était comme une éternité. »
« Toi aussi tu m'as manqué, » répondit Sohalia sincèrement, essuyant doucement les larmes qui roulaient sur les joues de sa cousine. « Comment vas-tu ? Comment te sens-tu ? »
Le visage de Maiya s'assombrit imperceptiblement, une ombre passant dans son regard.
« Je... je vais mieux. C'est encore difficile parfois. Le deuil est... c'est un poids que je porte chaque jour. Mais je suis entourée de gens qui m'aiment, et cela aide. Kino est... »
Elle s'interrompit, une légère rougeur colorant ses joues pâles. Sohalia suivit son regard et aperçut Kino qui se tenait en retrait près de la fenêtre, son imposante stature se découpant dans la lumière dorée du soleil couchant. Lorsque leurs yeux se croisèrent, il s'inclina respectueusement, mais Sohalia ne manqua pas la tendresse qui adoucissait ses traits habituellement sévères lorsqu'il regardait Maiya.
« Il prend soin de toi, » constata Sohalia, et ce n'était pas une question.
Maiya hocha la tête, un sourire fragile mais sincère illuminant son visage.
« Il est... merveilleux. Patient. Compréhensif. Il ne me demande rien, ne me presse pas. Il est juste... là. Présent. Et cela signifie plus que tu ne peux l'imaginer. »
Sohalia serra la main de sa cousine, comprenant parfaitement ce qu'elle voulait dire. Elle aussi avait quelqu'un qui était simplement là pour elle, qui la comprenait sans qu'elle ait besoin de s'expliquer. La seule différence était que la personne qu'elle aimait se trouvait à des centaines de kilomètres de là, sur un navire voguant vers des horizons inconnus.
Elles s'installèrent confortablement sur les coussins moelleux près de la fenêtre, Kino se retirant discrètement pour leur laisser un moment d'intimité entre cousines. Pendant des heures, elles parlèrent de tout et de rien — des nouvelles du royaume, des changements survenus pendant l'absence de Sohalia, des difficultés auxquelles elles faisaient face dans leurs vies respectives.
« Comment était-ce ? » demanda finalement Maiya, sa voix se faisant plus douce. « D'être avec lui ? »
Sohalia ferma les yeux, laissant les souvenirs de la semaine écoulée affluer dans son esprit.
« C'était... parfait et déchirant à la fois. Chaque moment ensemble était précieux, mais je savais que cela ne durerait pas. Et maintenant que je suis là, loin de lui... » Elle s'interrompit, la gorge serrée par l'émotion. « Il me manque, Maiya. Il me manque tellement que j'ai l'impression qu'une partie de moi est restée là-bas, sur ce navire. »
Maiya prit sa main dans la sienne, leurs doigts s'entrelaçant dans un geste de réconfort mutuel.
« Je comprends. Vraiment. Même si Kino est ici avec moi, il y a parfois des moments où je me sens terriblement seule. La distance physique n'est rien comparée à la distance émotionnelle que nous imposent nos rôles respectifs. »
Elles restèrent silencieuses un long moment, unies dans leur douleur commune — deux femmes aimant des hommes qu'elles ne pouvaient avoir comme elles le souhaitaient, séparées par des circonstances qui les dépassaient.
« Nous y arriverons, » dit finalement Sohalia, plus pour se convaincre elle-même que pour rassurer Maiya. « Nous sommes fortes. Nous avons survécu à pire que des séparations temporaires. »
« Oui, » acquiesça Maiya, même si son sourire était empreint de tristesse. « Nous y arriverons. Ensemble. »
Plus tard dans la soirée, alors que le soleil avait depuis longtemps disparu derrière l'horizon et que les premières étoiles commençaient à scintiller dans le ciel nocturne, on frappa discrètement à la porte. Ume entra, suivie de près par Akihide.
Le prince avait changé depuis la dernière fois que Sohalia l'avait vu. Il semblait plus mature, ses traits autrefois si juvéniles s'étant affirmés, son maintien plus assuré. Mais c'était surtout dans ses yeux qu'elle pouvait voir la différence — ils reflétaient une sagesse nouvelle, acquise au prix de la douleur et de la perte.
« Sohalia, » dit-il simplement en s'inclinant avec respect. « Bienvenue chez toi. »
« Akihide, » répondit-elle en se levant pour l'accueillir. « C'est bon de te revoir. »
Ils s'étreignirent brièvement, et lorsqu'ils se séparèrent, Sohalia fut frappée par le changement qu'elle percevait en lui. Ce n'était plus le jeune homme perdu sans royaume, pourchassé, endeuillé, menacé. C'était quelqu'un de plus serein, de plus centré. Quelqu'un qui avait trouvé sa place.
« Tu as l'air bien, » constata-t-elle sincèrement. « Le royaume te réussit. »
Akihide sourit, et ce sourire était authentique.
« J'ai trouvé ma voie ici. Maiya, Kino, tout le monde m'a accueilli comme si j'avais toujours fait partie de cette famille. Je me sens... chez moi. J'ai réussi à m'intégrer un peu avec certaines autres Lignées. »
Ils s'installèrent tous les deux, et la conversation coula naturellement, empreinte de de douceur et de patience. Akihide parla de ses entraînements quotidiens avec Kino, de sa découverte progressive des traditions et de la culture du royaume, de son intégration au sein de la cour.
« Il y a aussi... » commença-t-il, et Sohalia nota avec amusement la légère rougeur qui colorait ses joues. « Il y a quelqu'un qui... enfin, je crois que... »
À cet instant précis, comme invoquée par ses paroles, Ume entra avec un plateau de thé. Elle se déplaçait avec sa grâce habituelle, déposant délicatement les tasses devant chacun d'eux. Akihide la suivit des yeux, et Sohalia ne manqua pas la façon dont son regard s'attardait sur elle, l'admirant avec une intensité mal dissimulée.
« Votre thé, Votre Majesté, » dit Ume en s'inclinant, inconsciente du regard qui pesait sur elle.
« Merci, Ume. Ta coiffure est particulièrement jolie ce soir, » remarqua Akihide, sa voix se faisant involontairement plus douce.
Ume rougit violemment, portant une main inconsciente à ses cheveux.
« Je... merci, Monsieur. Vous êtes très aimable. »
Elle s'éclipsa rapidement, manifestement troublée par le compliment, et Sohalia ne put s'empêcher de sourire face à l'évidence de la situation. Dès que la porte se fut refermée, elle se tourna vers Akihide avec un regard malicieux.
« Ume ? » dit-elle simplement, un sourcil arqué.
Akihide eut au moins la décence de paraître embarrassé.
« Je... elle est... »
« Charmante ? Gentille ? Complètement inconsciente du fait que tu la regardes comme si elle était la huitième merveille du monde ? » compléta Sohalia, amusée.
Maiya étouffa un rire derrière sa main, ses yeux pétillant de malice.
« Oh, nous avons remarqué, Akihide. »
Le prince soupira, passant une main dans ses cheveux dans un geste de frustration.
« Je ne sais même pas par où commencer. Elle me voit comme... comme un roi. Comme quelqu'un qu'elle doit servir. Comment puis-je lui faire comprendre que je la vois comme bien plus que ça ? »
« En lui parlant, » suggéra Sohalia gentiment. « En étant honnête avec elle. En lui montrant qui tu es vraiment, au-delà des titres et des protocoles. »
« C'est plus facile à dire qu'à faire, » marmonna Akihide, mais son regard trahissait une détermination nouvelle.
Ils continuèrent à discuter tard dans la nuit, partageant leurs espoirs, leurs peurs, leurs rêves d'avenir. Et pour la première fois depuis son retour, Sohalia se sentit un peu moins seule. Entourée de ces personnes qu'elle aimait, elle pouvait presque oublier le vide que l'absence de Marco creusait dans sa poitrine.
Presque.
Lorsque Sohalia se retrouva enfin seule dans la chambre royale, le poids de la solitude s'abattit sur elle avec une force brutale. Le lit était immense, bien trop grand pour une seule personne, ses draps de soie froide sous ses mains. Elle s'allongea, fixant le plafond orné de motifs complexes, mais son esprit refusait de se calmer.
Elle se leva, attirée par la fenêtre comme par un aimant invisible. De là, elle pouvait voir l'océan s'étendre à l'infini, ses vagues sombres scintillant sous la lumière de la lune. Quelque part, au-delà de cet horizon, Marco se trouvait sur le Moby Dick. Pensait-il à elle en ce moment même ? Était-il éveillé, lui aussi, à contempler le même océan avec cette même sensation de vide ?
Ses doigts trouvèrent la bague, la faisant tourner machinalement autour de son doigt. Ce simple geste était devenu un rituel, une façon de se sentir connectée à lui malgré la distance qui les séparait.
Le manque était une douleur physique, une sensation de déchirement qui lui coupait le souffle. Comment les autres couples séparés survivaient-ils à cela ? Comment faisaient-ils pour ne pas devenir fous de cette absence qui rongeait chaque pensée, chaque battement de cœur ?
Les larmes qu'elle avait retenues toute la journée commencèrent enfin à couler silencieusement sur ses joues. Elle ne fit aucun effort pour les arrêter, les laissant couler librement dans l'intimité de sa chambre où personne ne pouvait la voir, où elle n'avait pas besoin d'être forte, où elle pouvait simplement être Sohalia — une femme qui aimait un homme qu'elle ne pouvait avoir.
Elle pleura jusqu'à ce que l'épuisement finisse par avoir raison d'elle, s'endormant recroquevillée près de la fenêtre, une main toujours pressée contre sa bague, comme si ce contact ténu pouvait d'une certaine manière combler le gouffre qui s'était creusé dans son cœur.
L'aube se leva trop tôt, inondant la chambre d'une lumière dorée qui arracha Sohalia à un sommeil agité peuplé de rêves où elle courait sur le pont du Moby Dick sans jamais parvenir à atteindre la silhouette du phénix qui s'éloignait toujours.
Ume la trouva endormie près de la fenêtre et la réveilla avec une douceur infinie, ne faisant aucun commentaire sur les traces de larmes séchées qui marquaient encore ses joues. Elle l'aida à se préparer pour la réunion du Conseil, choisissant une tenue formelle qui reflétait la dignité de sa position — une robe traditionnelle aux couleurs du royaume, ses cheveux soigneusement coiffés et ornés de bijoux discrets mais précieux.
Lorsque Sohalia se regarda dans le miroir, elle vit la Reine lui faire face. Pas Sohalia. Pas la pirate. Juste la Reine, avec tout ce que ce titre impliquait de responsabilités et de renoncements.
Elle suivit Ume à travers les couloirs jusqu'à la grande salle du Conseil, chaque pas la rapprochant du rôle qu'elle devait jouer. À l'intérieur, l'atmosphère était solennelle, chargée de l'importance des décisions qui seraient prises ce jour-là.
La salle était imposante, ses murs ornés des bannières des différentes lignées qui composaient le royaume. Au centre, une longue table en bois précieux où siégeaient les représentants de chaque clan. Les trônes Shizen occupaient la place d'honneur — celui de Sohalia au centre, légèrement surélevé pour marquer sa position de reine régnante, celui d'Akihide à sa gauche en tant que roi consort, et celui de Maiya à sa droite en tant que princesse héritière.
Les lignées étaient toutes représentées. Kino se tenait parmi les siens de la lignée Kasai, son père et ses frères formant un front uni du clan du Feu. Mizuki de la lignée Mizu était là également, accompagnée du patriarche aux cheveux blancs dont la sagesse était légendaire. Les représentants de la lignée Kiku, maîtres de l'Air, complétaient l'assemblée, leur chef saluant Sohalia avec un respect sincère.
Et bien sûr, Nostradamus était présent, ses yeux blancs et aveugles semblant néanmoins tout voir avec une clarté qui dépassait la vision ordinaire. Le sage s'inclina profondément lorsque Sohalia entra, un sourire énigmatique flottant sur ses lèvres ridées.
« Votre Majesté, » dit-il de sa voix éraillée par les années. « Nous sommes honorés de votre présence. »
Sohalia prit place sur son trône, Akihide et Maiya l'encadrant de part et d'autre. Le Conseil pouvait commencer.
Les heures qui suivirent furent éprouvantes. Rapport après rapport, débat après débat, chaque lignée présentant ses préoccupations, ses requêtes, ses griefs. Il y eut des discussions tendues sur la sécurité des frontières, des désaccords sur la répartition des ressources, des débats passionnés sur les traditions à préserver et celles à faire évoluer.
Sohalia présidait avec une autorité tranquille, écoutant attentivement chaque intervenant, pesant chaque argument avant de trancher. Akihide la soutenait subtilement, offrant des conseils murmurés lorsque c'était nécessaire. Maiya observait et apprenait, absorbant chaque détail du fonctionnement du Conseil.
Kino était professionnel, séparant clairement son rôle officiel de ses sentiments personnels, bien que Sohalia remarquât les regards furtifs qu'il échangeait avec Maiya lorsqu'il pensait que personne ne regardait. Nostradamus offrait sa sagesse quand on la sollicitait, ses paroles toujours mesurées mais porteuses d'une vérité profonde.
Mais malgré toute l'attention qu'elle portait aux discussions, malgré tous ses efforts pour rester concentrée sur les affaires du royaume, l'esprit de Sohalia dérivait continuellement vers Marco. Que faisait-il en ce moment ? Était-il sur le pont du Moby Dick, supervisant l'entraînement de la division ? Ou bien était-il enfermé dans sa cabine, penché sur des cartes marines, planifiant leur prochaine destination ?
Elle s'obligeait à se reconcentrer chaque fois que ses pensées s'égaraient, mais c'était épuisant de maintenir cette façade, de faire semblant que tout allait bien alors que chaque cellule de son corps criait l'absence de celui qu'elle aimait.
Lorsque le Conseil prit finalement fin, plusieurs heures plus tard, Sohalia se sentait vidée. Elle avait joué son rôle de reine avec la compétence qu'on attendait d'elle, mais le prix à payer était une fatigue émotionnelle qui dépassait de loin la simple lassitude physique.
Elle s'était à peine accordé un moment de répit dans ses appartements qu'on frappa à nouveau à sa porte. C'était Maiya, son visage rayonnant d'excitation.
« Sohalia, le peuple attend de voir leur reine, » annonça-t-elle en entrant. « Ils ont patienté tout ce temps depuis ton départ. Tu dois apparaître au balcon royal. C'est important pour eux, pour le royaume. Ils ont besoin de voir que tu es revenue, que tout va bien. »
Sohalia comprit immédiatement l'importance symbolique de cette apparition. Le peuple avait besoin de la voir, de se rassurer de sa présence. C'était son devoir en tant que reine, peu importe ce qu'elle ressentait personnellement.
« Bien sûr, » dit-elle simplement, refoulant sa fatigue. « Préparons cela. »
Ume et les autres servantes se mirent immédiatement au travail, transformant la chambre en un tourbillon d'activité. On apporta la robe cérémonielle — un chef-d'œuvre de tissus fluides d'une blancheur immaculée, brodée de vignes dorées et de feuilles délicates qui semblaient presque vivantes. Des rubans rouges ornaient les épaules et la taille, symbolisant la vitalité et la force du royaume. La traîne était longue et gracieuse, conçue pour flotter derrière elle comme un nuage.
Les servantes l'aidèrent à enfiler la robe avec une révérence quasi religieuse, ajustant chaque pli, chaque drapé avec une précision méticuleuse. Le décolleté était élégant sans être provocant, le tissu épousant ses formes avec une grâce naturelle qui semblait rehausser sa beauté naturelle plutôt que de la masquer.
Ses cheveux furent laissés longs et libres, ondulant en vagues dorées sur ses épaules et dans son dos. Quelques tresses fines furent tissées avec des perles dorées et des fleurs blanches, créant un effet à la fois sauvage et sophistiqué. Le maquillage fut appliqué avec légèreté — juste assez pour souligner ses traits sans les alourdir. Des bijoux discrets mais précieux complétèrent l'ensemble.
Lorsque Sohalia se regarda dans le miroir, elle eut le souffle coupé. Ce n'était plus elle qu'elle voyait — c'était une reine, une déesse presque, une figure éthérée qui semblait appartenir à un monde différent. La transformation était complète, absolue.
« Magnifique, » murmura Maiya, des larmes d'émotion brillant dans ses yeux. « Tu es magnifique, Sohalia. »
Puis vint le moment le plus solennel. Maiya s'approcha, portant avec révérence son hallebarde. L'arme était une œuvre d'art en elle-même — son métal précieux gravé de symboles anciens représentant les générations de Shizen qui l'avaient portée avant Sohalia. La hampe était ornée de motifs végétaux si finement ciselés qu'ils semblaient prêts à s'animer à tout moment.
La lame était d'une beauté à couper le souffle. Au sommet trônait l'emblème du royaume — un cercle rouge et or représentant le soleil, entouré de motifs floraux délicats et de symboles Shizen gravés avec une précision exquise. Des rubans rouges pendaient gracieusement de l'emblème, ornés de perles dorées qui tintaient doucement à chaque mouvement.
Sohalia prit la hallebarde des mains de Maiya, sentant immédiatement le poids de l'histoire qui imprégnait l'objet. Combien de Shizen l'avaient tenue avant elle ?
Elle ferma brièvement les yeux, laissant l'énergie ancestrale de l'arme couler en elle, la connectant à toutes ces femmes puissantes qui avaient gouverné cette famille avant elle, qui avaient porté le même fardeau, fait face aux mêmes défis.
« Je suis prête, » dit-elle finalement, sa voix empreinte d'une détermination tranquille.
Un cortège se forma naturellement autour d'elle — Maiya, Kino, Akihide, Ume, plusieurs conseillers et une garde d'honneur. Nostradamus marchait légèrement en retrait, sa présence silencieuse mais réconfortante. Ils traversèrent le palais dans une procession solennelle, et Sohalia sentait les regards admiratifs et respectueux qui se posaient sur elle à chaque pas.
Lorsqu'ils atteignirent enfin les portes massives menant au grand balcon royal, le cortège se dispersa avec révérence, se positionnant en retrait pour laisser leur reine accomplir ce moment seule. C'était ainsi que les choses devaient être — la reine face à son peuple, sans intermédiaire, sans barrière.
Sohalia se tint face aux portes closes, la hallebarde fermement tenue dans sa main droite. Elle inspira profondément, chassant les dernières traces de nervosité, se concentrant sur ce qu'elle devait incarner en cet instant. Puis, d'un signe de tête, elle ordonna l'ouverture des portes.
Lentement, majestueusement, les battants de bois massif s'écartèrent, révélant la lumière éclatante de l'après-midi. Le soleil l'inonda immédiatement, faisant scintiller les broderies dorées de sa robe, illuminant ses cheveux comme une auréole. Une brise légère se leva, faisant danser sa robe blanche et ses rubans rouges dans un ballet gracieux.
Elle avança vers le balcon, chaque pas mesuré et élégant, son maintien royal, son port de tête digne. Elle incarnait totalement son rôle maintenant, chaque fibre de son être dédiée à ce moment, à cette connexion avec son peuple.
En bas, sur la place immense qui s'étendait devant le palais, des centaines — peut-être des milliers — de personnes étaient rassemblées. Un silence respectueux et total régnait, tous les regards levés vers le balcon royal dans une attente palpable. Lorsqu'elle apparut, un murmure collectif parcourut la foule, suivi d'un silence encore plus profond, comme si le royaume entier retenait son souffle.
Sohalia avança jusqu'au centre du balcon et elle planta fermement la hallebarde devant elle. Sa main se posa sur la hampe avec autorité, sa posture noble et puissante. Elle laissa son regard balayer la foule en contrebas, rencontrant les yeux de son peuple, les voyant vraiment.
Et c'est alors que cela commença.
Elle ne l'invoqua pas consciemment. Elle ne fit aucun geste, ne prononça aucune incantation. C'était spontané, automatique, une réponse de son être le plus profond à l'émotion du moment. Le Don de Gaia — ce pouvoir spécial qui lui était unique, qui la connectait à l'essence même de la vie.
Un premier papillon doré scintilla dans l'air à côté d'elle, sa forme translucide faite de lumière pure. Puis un deuxième apparut, dansant gracieusement dans la brise. Puis des dizaines. Puis des centaines. Bientôt, des milliers de papillons dorés tourbillonnaient autour d'elle, créant un spectacle d'une beauté à couper le souffle.
Ils l'entouraient dans une danse céleste, certains se posant délicatement dans ses cheveux, d'autres virevoltant autour de la hallebarde, d'autres encore descendant vers la foule en contrebas. Ils étaient lumineux, scintillants, semblant capturer et réfracter la lumière du soleil en mille éclats dorés.
Un silence absolu régnait maintenant, la foule pétrifiée devant cette vision quasi divine. Sohalia elle-même était surprise par la manifestation spontanée de son pouvoir, mais elle n'essaya pas de le réprimer. Au contraire, elle l'accepta, le laissa couler librement, comprenant instinctivement que c'était ce dont son peuple avait besoin — un signe, une preuve tangible de la bénédiction qui reposait sur leur royaume.
Puis, aussi spontanément qu'ils étaient apparus, les papillons commencèrent à se disperser. Ils s'envolèrent vers la foule, descendant comme une pluie de lumière dorée sur les gens assemblés. Lorsqu'ils touchaient quelqu'un, ils se dissolvaient dans un éclat de chaleur douce, laissant derrière eux une sensation de paix, de réconfort, de protection.
C'est alors que Sohalia parla, sa voix portant clairement dans le silence qui régnait.
« Je suis revenue. » commença-t-elle, et il y avait dans sa voix une autorité naturelle mêlée de tendresse sincère.
Un rugissement d'acclamations explosa de la foule, si puissant qu'il fit vibrer l'air lui-même. Des cris de joie, des applaudissements, des exclamations de bonheur fusèrent de partout à la fois. Sohalia attendit patiemment que le tumulte se calme, un léger sourire flottant sur ses lèvres.
« Je sais que mon absence a pu susciter des inquiétudes, » continua-t-elle lorsque le silence revint. « Je sais que certains se sont demandé si j'avais abandonné mon royaume, mon devoir, ma couronne. Mais je veux que vous sachiez — tous, sans exception — que je n'ai jamais cessé de penser à vous, même lorsque j'étais loin. Vous êtes mon peuple. Ce royaume est mon foyer. Et rien ne changera jamais cela. »
Des murmures approbateurs parcoururent la foule. Elle continua, choisissant ses mots avec soin.
« Les temps à venir seront difficiles. Il y aura des épreuves, des défis que nous devrons affronter ensemble. Mais je vous promets ceci — je serai là. Je ne vous abandonnerai pas. Je gouvernerai avec sagesse, avec justice, avec compassion. Et ensemble, nous construirons un avenir dont nous pourrons tous être fiers. »
Elle marqua une pause, son regard balayant à nouveau la foule.
« Je suis fière d'être votre reine. Je suis fière de ce royaume et de chacun d'entre vous. Et je vous promets de tout faire pour mériter la confiance que vous placez en moi. »
L'ovation qui suivit fut assourdissante, un raz-de-marée de joie et de soulagement qui déferla sur la place. Des gens pleuraient ouvertement, d'autres criaient son nom, d'autres encore se serraient dans les bras avec émotion. Sohalia resta sur le balcon pendant de longues minutes, les laissant exprimer leur bonheur, leur amour, leur loyauté.
Puis, dans un dernier geste gracieux, elle s'inclina légèrement, un signe de reconnaissance et de respect qui toucha profondément tous ceux qui le virent.
Lorsqu'elle se retourna enfin pour rentrer, les portes se refermant doucement derrière elle, elle vacilla légèrement, soudainement épuisée par l'effort émotionnel et l'utilisation involontaire de son pouvoir. Maiya et Ume se précipitèrent immédiatement à ses côtés, la soutenant avec douceur.
« Tu as été parfaite, » murmura Maiya, sa voix emplie d'admiration et de fierté.
Sohalia s'appuya brièvement contre sa cousine, permettant enfin à la fatigue de se manifester maintenant qu'elle était à l'abri des regards.
« Merci, » répondit-elle simplement, fermant les yeux pendant quelques instants.
Mais même dans ce moment de triomphe, même entourée de l'amour et du soutien de son peuple, une partie d'elle restait vide. Une partie d'elle était encore sur un navire à des centaines de kilomètres de là, aux côtés d'un homme aux flammes bleues qui lui manquait plus qu'elle ne pouvait l'exprimer.
La nuit était déjà bien avancée lorsque Sohalia fut réveillée par la sonnerie insistante de son escargophone. Elle émergea lentement d'un sommeil agité, désorientée pendant un instant avant de réaliser ce qui l'avait tirée de ses rêves. Son cœur fit un bond dans sa poitrine en comprenant qui appelait.
Le Moby Dick.
Elle décrocha précipitamment, sa voix encore enrouée de sommeil. « Allô ? »
« Sohalia. » La voix d'Izo était étrangement sérieuse, dénuée de son enjouement habituel. « J'ai besoin que tu reviennes. Maintenant. »
Un frisson glacé parcourut son échine.
« Qu'est-ce qui se passe ? Marco va bien ? Il n'est pas... »
« Il va bien physiquement, » la coupa Izo rapidement, mais il y avait quelque chose dans son ton qui contredisait ses paroles rassurantes. « Mais... il a besoin de toi, Sohalia. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Il est... il n'est pas lui-même. »
Sohalia était déjà debout, son esprit tournant à toute vitesse. « Que veux-tu dire ? »
« Il fait son travail, il accomplit ses devoirs, mais c'est comme si... comme si une partie de lui était éteinte. Il ne mange presque plus, il dort à peine. Il passe ses nuits sur le pont à regarder l'horizon. Les autres ont remarqué aussi. Tout le monde s'inquiète. »
La culpabilité frappa Sohalia comme un coup de poing. Elle savait que leur séparation était difficile pour lui — elle l'était tout autant pour elle — mais elle n'avait pas réalisé à quel point.
« Je... » Elle hésita, son regard se portant automatiquement vers la fenêtre et l'océan au-delà. « Je ne peux pas simplement partir comme ça, Izo. J'ai des responsabilités ici, des devoirs... »
« Je sais, » dit Izo doucement. « Crois-moi, je sais. Mais... écoute, je ne te demanderais pas ça si ce n'était pas important. Marco... il ne l'admettra jamais, mais il a besoin de toi. Deux jours. C'est tout ce que je demande. Viens pour deux jours. Ça pourrait faire toute la différence. »
Sohalia ferma les yeux, le conflit intérieur déchirant sa poitrine en deux. D'un côté, son devoir envers son royaume, les responsabilités qui pesaient sur ses épaules, les attentes de son peuple. De l'autre, l'homme qu'elle aimait, souffrant loin d'elle, ayant besoin de sa présence même s'il était trop fier pour le demander.
« Où êtes-vous amarrés ? » demanda-t-elle finalement, sa décision prise même si elle ne l'avait pas encore exprimée à voix haute.
« Nanmin no Shima. L'île des réfugiés. On y sera encore pour quelques jours. »
Sohalia réfléchit rapidement. Nanmin no Shima n'était pas trop loin. Avec l'aide du messager Ryoko, elle pourrait y être en quelques minutes. Elle pourrait partir maintenant, passer deux jours là-bas, et être de retour avant que son absence ne devienne problématique.
Mais comment justifier son départ ? Cela ne faisait que trois semaines qu'elle était revenue. Ils étaient en pleine réforme sur l'éducation des jeunes, elle ne pouvait pas... Partir maintenant semblerait suspect, irresponsable même.
À moins que...
« J'arrive, » dit-elle soudainement, son esprit formant déjà un plan. « Mais j'ai besoin de temps pour arranger les choses ici. Donne-moi quelques heures. »
« Merci, Sohalia. Vraiment. Tu ne le regretteras pas. »
Après avoir raccroché, Sohalia resta immobile un long moment, fixant l'obscurité de sa chambre. Elle pensait à Marco, seul sur le pont, regardant un horizon qui ne lui ramènerait pas celle qu'il aimait. Elle pensait à tous ces moments où elle avait elle-même contemplé l'océan avec ce même sentiment d'absence insupportable.
Deux jours. Juste deux jours pour le voir, pour s'assurer qu'il allait bien, pour lui rappeler qu'elle était là, qu'elle l'aimait, que cette séparation n'était que temporaire.
Elle pouvait faire ça. Elle devait faire ça.
L'aube se levait à peine lorsque Sohalia convoqua une réunion d'urgence avec Akihide, Maiya et Nostradamus dans ses appartements privés. Lorsqu'ils arrivèrent, encore ensommeillés mais inquiets face à l'urgence de la convocation, elle était déjà habillée et prête.
« J'ai reçu des informations concernant une menace potentielle sur une île voisine, » commença-t-elle sans préambule, détestant chaque mot du mensonge qu'elle tissait. « Des espions ont signalé des activités suspectes. Je dois y aller personnellement pour évaluer la situation. »
Akihide fronça les sourcils, sceptique.
« Est-ce vraiment nécessaire que tu y ailles toi-même ? Nous pourrions envoyer des émissaires... »
« Non, » coupa Sohalia fermement. « Si la situation est aussi sérieuse que les rapports le suggèrent, ma présence sera nécessaire. De plus, cela montrera à notre peuple que leur reine ne reste pas enfermée dans son palais quand son royaume a besoin d'elle. »
Maiya la regardait avec cette intensité particulière qui suggérait qu'elle voyait à travers le mensonge, mais elle ne dit rien, se contentant de hocher légèrement la tête en signe de compréhension silencieuse.
« Combien de temps serez-vous partie ? » demanda Nostradamus, ses yeux blancs fixés sur elle avec une perspicacité déconcertante.
« Deux jours. Trois au maximum. Maiya, tu assumeras mes fonctions en mon absence. Akihide, je compte sur toi pour l'assister. Nostradamus, ta sagesse sera précieuse au Conseil si des décisions importantes doivent être prises. »
Ils acceptèrent finalement, bien que Sohalia pût voir le doute dans leurs yeux. Mais ils lui faisaient confiance, et elle abusait de cette confiance d'une manière qui lui tordait l'estomac de culpabilité.
Une heure plus tard, elle se tenait dans la salle de téléportation, vêtue d'une cape sombre avec une capuche qui dissimulait son visage. Le messager Ryoko l'attendait, prêt à l'envoyer vers sa destination.
« Vous êtes sûre de vouloir faire cela, Votre Majesté ? » demanda le messager doucement. « Je peux sentir... que vos raisons sont personnelles plutôt que politiques. »
Sohalia le regarda dans les yeux, sans chercher à nier.
« Parfois, les raisons personnelles sont tout aussi importantes que les raisons politiques. Parfois, prendre soin de ceux qu'on aime est le devoir le plus important de tous. »
Le messager sourit légèrement et hocha la tête.
« Alors allons-y. Donnez-moi l'emplacement. »
Sohalia lui tendit un papier avec les coordonnées de Nanmin no Shima, et le messager commença à tracer le cercle de téléportation. Alors que la lumière argentée commençait à l'envelopper, Sohalia ferma les yeux, son cœur battant la chamade d'anticipation mêlée d'anxiété.
Dans quelques secondes, elle serait avec lui. Dans quelques secondes, elle pourrait le toucher, le tenir dans ses bras, lui dire tout ce qu'elle n'avait pas pu exprimer lors de leur dernière séparation.
Le déchirement spatial se produisit, et le monde se dissolu autour d'elle.
Nanmin no Shima était exactement comme son nom l'indiquait — un refuge pour les âmes perdues, les déplacés, les retraités de l'équipage, ceux qui cherchaient un nouveau départ. L'île était modeste mais animée, ses rues bordées de bâtiments simples mais bien entretenus. C'était le genre d'endroit où les pirates de Barbe Blanche aimaient faire escale, où ils pouvaient se reposer sans craindre d'être jugés.
Sohalia émergea de la téléportation dans une ruelle discrète près du port. Elle ajusta sa capuche, s'assurant que son visage restait dans l'ombre, et se mit en route vers le port où le Moby Dick devait être amarré.
Son cœur battait si fort qu'elle pouvait l'entendre résonner dans ses oreilles. Dans quelques minutes, elle le verrait. Dans quelques minutes...
Le port se révéla rapidement devant elle, et là, imposant et majestueux, se dressait le Moby Dick. Même de loin, elle pouvait sentir l'énergie familière du navire, cette présence réconfortante qui représentait tout ce qu'elle avait laissé derrière elle.
Izo l'avait informée que Marco serait probablement dans un bar spécifique que l'équipage fréquentait, un établissement discret mais accueillant appelé « Le Phénix d'Or ». Le nom fit sourire Sohalia malgré sa nervosité — comme si le destin lui-même conspirait pour rendre ce moment encore plus significatif.
Elle trouva le bar facilement, identifiable par l'enseigne peinte représentant un oiseau stylisé. De l'extérieur, elle pouvait entendre le brouhaha des conversations, le tintement des verres, les rires occasionnels. Elle inspira profondément, rassemblant son courage, puis poussa la porte.
L'intérieur était chaleureux et accueillant, baigné dans une lumière tamisée provenant de lanternes suspendues au plafond. Il y avait une dizaine de clients dispersés dans la salle, certains attablés seuls, d'autres en petits groupes. Et là, assis au comptoir avec Vista à sa droite et Rakuyou à sa gauche, se tenait Marco.
Le souffle de Sohalia se bloqua dans sa gorge. Il lui tournait le dos, mais elle aurait reconnu cette silhouette n'importe où — la largeur de ses épaules, la courbe de sa nuque, la façon dont ses cheveux blonds retombaient légèrement sur son front. Il tenait un verre qu'il faisait tourner distraitement entre ses mains, son attention manifestement ailleurs.
Vista racontait apparemment une histoire, ses gestes expansifs accompagnant ses paroles. Rakuyou riait, frappant la table de sa main massive. Mais Marco... Marco offrait à peine un sourire poli, son regard restant fixé sur son verre comme s'il contenait les réponses à toutes les questions de l'univers.
Il avait l'air fatigué. Non, plus que fatigué — épuisé. Ses épaules étaient légèrement affaissées, sa posture manquant de cette assurance décontractée qui le caractérisait habituellement. C'était subtil, presque imperceptible pour quelqu'un qui ne le connaissait pas intimement, mais pour Sohalia, c'était aussi évident qu'un cri de détresse.
Elle traversa le bar silencieusement, son cœur martelant sa poitrine avec une telle force qu'elle était surprise que personne ne l'entende. Vista et Rakuyou la remarquèrent en premier, leurs yeux s'écarquillant de surprise. Elle porta rapidement un doigt à ses lèvres dans un geste universel de silence, et ils comprirent immédiatement, leurs visages s'illuminant de sourires complices.
Sohalia s'approcha jusqu'à ce qu'elle soit juste derrière Marco, si proche qu'elle pouvait sentir sa chaleur familière, cet arôme unique qui était le sien — un mélange de mer, de feu. Elle se pencha légèrement, laissant sa voix prendre cette intonation taquine qu'elle réservait uniquement pour lui.
« Comment va mon poulet enflammé préféré ? »
La réaction fut instantanée et gratifiante. Marco se figea complètement, son verre s'arrêtant à mi-chemin vers ses lèvres. Pendant un long moment, il resta parfaitement immobile, comme si son cerveau refusait de traiter l'information que ses oreilles venaient de recevoir. Puis, avec une lenteur presque douloureuse, il posa son verre sur le comptoir.
Il se retourna sur son tabouret, ses mouvements délibérés et prudents, comme s'il craignait qu'un geste trop brusque ne fasse disparaître cette présence derrière lui. Lorsque ses yeux se levèrent pour rencontrer les siens, Sohalia vit l'expression de choc absolu qui s'y peignait.
« Sohalia... yoi ? »
Sa voix était à peine plus qu'un murmure rauque, chargée d'incrédulité et d'une émotion si brute qu'elle fit se serrer le cœur de Sohalia.
Elle abaissa sa capuche, révélant pleinement son visage, et lui offrit un sourire radieux malgré les larmes qui commençaient déjà à brouiller sa vision.
« Surprise. »
Marco se leva d'un bond, si brusquement que son tabouret bascula et tomba bruyamment derrière lui. En deux enjambées, il était devant elle, ses mains encadrant son visage avec une douceur qui contrastait avec l'urgence de son geste.
« C'est vraiment toi ? yoi » demanda-t-il, ses pouces caressant doucement ses joues comme pour s'assurer qu'elle était réelle, qu'elle n'était pas une hallucination cruelle produite par son esprit désespéré. « Pas un rêve ? »
Sohalia rit à travers ses larmes, couvrant ses mains de les siennes.
« Je suis vraiment là. Je te promets que je suis vraiment là. »
Le contrôle de Marco se brisa complètement. Il l'attira brutalement contre lui, l'enveloppant dans une étreinte si serrée qu'elle pouvait à peine respirer, mais elle s'en fichait complètement. Elle s'accrocha à lui avec une égale désespération, son visage enfoui dans le creux de son cou, inhalant son odeur familière, se laissant submerger par la sensation de ses bras autour d'elle.
« Tu m'as tellement manqué, yoi, » murmura Marco contre ses cheveux, sa voix brisée par l'émotion.
« Toi aussi, » répondit Sohalia, sa voix étouffée contre sa chemise. « Tu me manques à chaque seconde de chaque jour. »
Ils restèrent ainsi enlacés pendant ce qui sembla être une éternité et pas assez de temps à la fois, se tenant l'un l'autre comme si la simple force de leur étreinte pouvait compenser toutes les heures qu'ils avaient passées séparés.
Finalement, Vista toussa discrètement, rappelant subtilement leur présence.
« Bon, je pense que Rakuyou et moi allons vous laisser, » dit-il avec élégance, se levant de son tabouret. « Profitez bien de vos retrouvailles. »
Rakuyou tapa amicalement l'épaule de Marco en passant, puis s'arrêta devant Sohalia pour lui faire une brève accolade.
« Content de te revoir, petite sœur. Marco en avait vraiment besoin. »
« Merci, » murmura Sohalia, touchée par la sollicitude évidente dans ses paroles.
Une fois qu'ils furent seuls — ou aussi seuls qu'on pouvait l'être dans un bar à moitié plein — Marco la tint à bout de bras, la dévorant littéralement des yeux. Ses mains se promenèrent sur son visage, ses épaules, ses bras, comme s'il devait toucher chaque partie d'elle pour se convaincre qu'elle était bien réelle.
« Comment es-tu là ? yoi » demanda-t-il finalement. « Le royaume ? Tes responsabilités ? »
« Izo m'a appelée, » expliqua Sohalia. « Il m'a dit que tu... que tu n'allais pas bien. J'ai... trouvé une couverture. J'ai deux jours. »
Marco ferma les yeux, une expression douloureuse traversant son visage.
« Il n'aurait pas dû t'appeler. Je vais bien. Tu as des devoirs, des responsabilités. Tu ne peux pas simplement tout laisser tomber pour... »
« Pour toi ? » coupa Sohalia fermement, prenant son visage entre ses mains pour le forcer à la regarder. « Si, je peux. Je l'ai fait. Et je le referais sans hésiter. »
« Tu es folle, yoi, » dit Marco, mais il y avait de la tendresse dans sa voix, de l'émerveillement même.
« Folle de toi, » répondit Sohalia avec un sourire.
Ce fut comme si ces mots brisaient les dernières barrières entre eux. Marco l'embrassa avec une intensité qui lui coupa le souffle, versant dans ce baiser toutes les semaines de manque, de solitude, de désir réprimé. Sohalia répondit avec la même ferveur, se perdant dans sa chaleur, son goût, sa présence.
Autour d'eux, quelques clients du bar applaudirent discrètement, mais ils étaient trop absorbés l'un par l'autre pour vraiment le remarquer.
Lorsqu'ils se séparèrent finalement, tous deux essoufflés et un peu étourdis, Marco posa son front contre le sien.
« Viens, yoi, » murmura-t-il. « On va au Moby Dick. Les autres ne savent pas que tu es là ? »
« Non. Surprise totale. »
« Ils vont être fous de joie. »
Main dans la main, incapables de se lâcher même pour un instant, ils sortirent du bar et se dirigèrent vers le port. La nuit était tombée complètement maintenant, le ciel parsemé d'étoiles qui se reflétaient dans l'eau calme. Mais Sohalia ne voyait que Marco, ne sentait que sa main tenant fermement la sienne, ne pensait qu'au fait qu'ils étaient enfin réunis, même temporairement.
Le Moby Dick se dressait devant eux, magnifique et imposant dans la lumière de la lune. Quelques pirates étaient visibles sur le pont, vaquant à diverses tâches nocturnes. Aucun d'eux ne remarqua immédiatement la silhouette encapuchonnée qui montait à bord aux côtés de Marco.
« Prête ? » demanda Marco doucement, un sourire malicieux jouant sur ses lèvres.
« Prête, » confirma Sohalia, son propre sourire s'élargissant.
Ils montèrent ensemble sur le pont, et ce fut l'un des premiers pirates qui les remarqua. Ses yeux s'écarquillèrent, sa bouche s'ouvrit dans un « O » de surprise pure, puis...
« C'EST SOHALIA ! » hurla-t-il à pleins poumons.
L'effet fut immédiat et spectaculaire. De partout à la fois, des pirates surgirent — des cabines, des cales, des mâts. En quelques secondes, le pont fut bondé d'hommes et de femmes qui criaient, riaient, applaudissaient. Sohalia fut submergée par une vague d'affection collective, des dizaines de mains la touchant, la serrant, exprimant leur joie de la revoir.
La quatrième Division arriva en courant, naturellement, Kenta en tête comme toujours.
« COMMANDANTE ! » cria-t-il avant de se jeter sur elle, suivi immédiatement par les autres membres de sa division.
Ils l'étreignirent avec enthousiasme mais plus de douceur qu'auparavant, ayant appris la leçon, la bombardant de questions sans lui laisser le temps de répondre.
Les commandants apparurent un par un, alertés par le vacarme. Jozu s'approcha en premier, lui offrant une simple accolade accompagnée d'un « Bon retour » laconique mais sincère. Izo émergea ensuite, son sourire complice indiquant clairement qu'il était l'instigateur de cette surprise. Il lui fit une révérence exagérée qui la fit rire.
« Surprise réussie ? » demanda-t-il innocemment.
« Parfaitement réussie, » confirma Sohalia en lui serrant affectueusement le bras.
Vista arriva peu après, ayant quitté le bar après eux. Il lui offrit une révérence élégante, sa voix moqueuse mais affectueuse.
« Votre Majesté nous honore de sa présence. »
Namur la souleva pratiquement du sol dans une étreinte d'ours, riant bruyamment. Haruta pleurait ouvertement, ne se donnant même pas la peine de cacher ses larmes de joie en la serrant fort. Blenheim arriva en s'essuyant les mains sur son tablier, un sourire immense illuminant son visage.
« Tu arrives juste à temps pour le dîner ! » annonça-t-il joyeusement.
Ritsu était là aussi, et Sohalia fut surprise et heureuse de la voir.
« Tu n'es pas encore partie chez Itsuki ? » demanda-t-elle en l'étreignant.
« Je pars demain matin, » répondit Ritsu, ses yeux brillants d'émotion. « Je suis contente de te voir une dernière fois avant. »
« Moi aussi. Prends soin de toi, d'accord ? Et d'Itsuki aussi. »
« Promis. »
Puis, alors que le tumulte commençait à peine à se calmer, une présence massive se fit sentir. Le groupe se sépara respectueusement, créant un passage pour Barbe Blanche qui émergeait sur le pont. Son rire tonitruant résonna dans la nuit.
« Gurarara ! Ma fille est revenue ! »
Sohalia s'approcha de lui avec un mélange de respect et d'affection, s'inclinant légèrement avant qu'il ne pose sa main massive sur sa tête dans ce geste paternel qui lui était devenu si familier.
« Bonjour, Père, » dit-elle doucement.
« Bienvenue à la maison, même temporairement, » répondit Barbe Blanche, et il y avait dans sa voix une chaleur qui fit monter les larmes aux yeux de Sohalia. « Tu nous as manqué, petite. »
« Vous aussi m'avez manqué. Tous. »
Un rugissement d'approbation monta de l'équipage rassemblé. Puis quelqu'un — Sohalia ne vit même pas qui — cria :
« BANQUET ! »
L'idée fut accueillie avec un enthousiasme délirant. Les pirates se dispersèrent immédiatement dans toutes les directions pour préparer une célébration improvisée. Sohalia riait de leur enthousiasme, se sentant réchauffée jusqu'au cœur par cet accueil.
Marco était resté à ses côtés tout ce temps, sa main toujours fermement serrée dans la sienne. Il se pencha vers elle, murmurant à son oreille d'une voix que seule elle pouvait entendre :
« Ils t'aiment vraiment, yoi. »
« Je les aime aussi, » répondit-elle sincèrement, balayant du regard tous ces visages souriants, tous ces gens qui étaient devenus sa famille d'une manière que le sang ne pourrait jamais définir.
Le banquet improvisé se révéla aussi chaotique et joyeux que Sohalia s'y attendait. Des tables furent dressées sur le pont, chargées de nourriture et de boissons en quantités qui semblaient défier toute logique. L'atmosphère était électrique, remplie de rires, de chants et d'histoires racontées avec des embellissements de plus en plus extravagants au fil de la soirée.
Sohalia fut installée à la place d'honneur, entourée de commandants et de membres de la 4e Division qui refusaient obstinément de s'éloigner de leur commandante retrouvée. Marco était assis juste à côté d'elle, si proche que leurs épaules se touchaient, et elle pouvait sentir sa chaleur constante contre elle — un rappel physique de sa présence qui la réconfortait profondément.
On lui raconta tout ce qui s'était passé pendant son absence — les aventures, les escarmouches mineures, les découvertes intéressantes lors de leurs explorations. Vista lui narra avec force de détails comment Haruta avait réussi à se perdre sur une île minuscule qui faisait à peine deux kilomètres de diamètre. Namur décrivit une tempête particulièrement violente qu'ils avaient traversée, ses embellissements rendant l'histoire presque épique.
Mais ce qui frappa le plus Sohalia, ce fut la façon dont les membres de l'équipage regardaient Marco. Il y avait du soulagement dans leurs yeux, comme si sa simple présence à elle allégeait un fardeau qu'ils portaient tous. Et quand elle observait Marco lui-même, elle pouvait voir la transformation — la tension qui avait marqué ses traits s'était dissipée, remplacée par quelque chose qui ressemblait presque à de la paix.
Il riait à nouveau, son rire authentique cette fois, pas le sourire poli et distant qu'il avait affiché plus tôt dans le bar. Il participait aux conversations, taquinait ses frères, semblait revivre sous ses yeux. C'était comme regarder une fleur fermée s'ouvrir lentement sous les rayons du soleil.
La soirée avança, et progressivement, l'euphorie initiale se calma pour laisser place à quelque chose de plus doux, de plus intime. Les pirates commencèrent à se disperser, certains retournant à leurs tâches, d'autres trouvant leur chemin vers leurs couchettes. Le banquet se transforma en de petits groupes de conversation, l'atmosphère se faisant plus détendue et confortable.
Finalement, alors que la lune était haute dans le ciel et que seules quelques lanternes continuaient à éclairer le pont maintenant presque désert, Marco se pencha vers Sohalia.
« Viens avec moi, yoi, » murmura-t-il, sa voix basse et intime.
Elle hocha la tête, sentant son cœur s'accélérer légèrement. Ils se levèrent discrètement, main dans la main, et se dirigèrent vers la cabine de Marco. Quelques regards complices les suivirent, mais personne ne fit de commentaire, respectant ce moment qui leur appartenait.
La cabine de Marco était exactement comme Sohalia s'en souvenait — petite mais fonctionnelle, organisée avec cette précision militaire qui le caractérisait. Son odeur imprégnait chaque recoin, ce mélange unique qui était devenu synonyme de confort et de sécurité pour elle.
Dès que la porte se fut refermée derrière eux, Marco l'attira à nouveau dans ses bras, mais cette fois l'étreinte était différente — moins désespérée, plus tendre. Il l'enlaça simplement, la tenant contre lui comme si elle était la chose la plus précieuse au monde.
« Je n'arrive toujours pas à croire que tu es vraiment là, yoi, » murmura-t-il contre ses cheveux. « J'ai l'impression que je vais me réveiller et découvrir que tout ça n'était qu'un rêve. »
« Je suis là, » l'assura Sohalia, se blottissant plus près contre lui. « Je suis là, et je ne vais nulle part pendant deux jours entiers. »
« Deux jours, » répéta Marco, et il y avait dans sa voix un mélange de gratitude et de douleur. « C'est à la fois trop et pas assez. »
« Je sais. Mais c'est mieux que rien, non ? »
« C'est parfait, yoi. »
Ils restèrent ainsi pendant un long moment, se contentant de se tenir, de respirer ensemble, de se rassasier mutuellement de cette proximité qui leur avait tant manqué. Puis, naturellement, les étreintes se firent plus intimes, les caresses plus intentionnelles. Trois semaines de séparation, de manque, de désir réprimé se déversèrent dans leurs baisers et leurs caresses.
Ce qui suivit fut une redécouverte mutuelle, un réapprentissage de chaque courbe, chaque texture, chaque réaction. C'était tendre et passionné à la fois, empreint d'une urgence née de l'absence mais tempéré par une douceur qui parlait d'amour profond. Ils se murmurèrent des promesses et des aveux, se perdirent dans la chaleur du phénix et dans l'étreinte de leurs corps enfin réunis.
Après, alors qu'ils restaient enlacés dans l'étroitesse du lit de Marco, Sohalia se sentait enfin complète à nouveau. La partie d'elle-même qui manquait depuis son départ avait été retrouvée, réintégrée dans le puzzle de son être.
« J'ai deux jours, » répéta-t-elle doucement, traçant des motifs absents sur la poitrine de Marco avec ses doigts.
« Je sais, yoi. Et je vais en profiter de chaque seconde. »
« Chaque seconde compte. »
« Chaque seconde. »
Ils restèrent silencieux un moment, savourant simplement la présence de l'autre. Puis Sohalia murmura, si bas que Marco devait tendre l'oreille pour l'entendre :
« Je t'aime. »
« Je t'aime aussi, yoi. Plus que tu ne peux l'imaginer. »
Et pour deux jours, au moins, c'était tout ce qui importait.
Le lendemain matin, Sohalia se réveilla dans les bras de Marco, la lumière du soleil filtrant à travers le hublot de la cabine. Pour un moment bénéfique, elle oublia complètement son royaume, ses responsabilités, le poids de sa couronne. Il n'y avait que cette cabine exiguë, la chaleur du corps de Marco contre le sien, le mouvement doux du navire sous eux.
Elle tourna légèrement la tête pour l'observer. Il dormait encore, son visage détendu dans le sommeil, toutes les rides de tension et d'inquiétude lissées. Il paraissait plus jeune ainsi, plus paisible, et Sohalia se permit de simplement le regarder, gravant cette image dans sa mémoire pour tous les jours difficiles à venir.
Comme s'il sentait son regard, Marco ouvrit lentement les yeux. Lorsqu'il la vit, son visage s'illumina d'un sourire si radieux qu'il lui coupa le souffle.
« Bonjour, yoi, » murmura-t-il, sa voix encore rauque de sommeil.
« Bonjour. »
Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes, se contentant de se regarder, de se toucher légèrement, de savourer cette intimité matinale. Puis Marco se pencha pour l'embrasser doucement, et ce baiser contenait toute la tendresse du monde.
« Comment veux-tu passer ces deux jours ? yoi » demanda-t-il finalement.
Sohalia réfléchit un instant.
« Simplement... comme ça. Avec toi. Avec la famille. Sans protocole, sans formalités. Juste... être nous-mêmes. »
« Ça me semble parfait. »
Et ce fut parfait. Les deux jours qui suivirent furent volés hors du temps, une parenthèse enchantée dans leurs vies compliquées. Ils passèrent du temps avec l'équipage, riant et plaisantant comme si elle n'était jamais partie. Sohalia s'entraîna avec la quatrième Division, leur donnant des conseils et s'émerveillant de leurs progrès. Elle partagea des moments tranquilles avec Ritsu avant son départ, les deux femmes parlant de l'avenir avec un mélange d'espoir et d'appréhension. Elle eut le temps de retrouver Itsuki, un moment douloureux et doux marqué par l'empreinte que Lady avait laissé dans leur vie. Elle alla saluer les membres de l'équipage disparus au cimetière, passant un long moment sur les tombes d'Hiroshi et de Thatch.
Mais surtout, elle passa du temps avec Marco. Ils se promenèrent sur l'île, explorant les marchés locaux, goûtant la cuisine de rue, se comportant comme n'importe quel couple normal profitant d'un moment ensemble. Ils parlèrent de tout et de rien, partageant leurs pensées, leurs peurs, leurs rêves. Ils firent des plans pour l'avenir — des plans vagues et incertains, peut-être, mais des plans quand même.
Et la nuit, ils se retrouvaient dans la cabine de Marco, se tenant l'un l'autre dans l'obscurité, murmurant des promesses et des serments que personne d'autre n'entendrait jamais.
Mais comme toutes les bonnes choses, ces deux jours passèrent bien trop vite. Trop vite, le moment du départ arriva à nouveau.
Le matin du troisième jour, Sohalia se tenait sur le pont du Moby Dick, vêtue à nouveau de sa cape sombre, prête à retourner à son royaume et à ses responsabilités. L'équipage s'était rassemblé pour lui dire au revoir, leurs visages empreints d'une tristesse qu'ils ne cherchaient pas vraiment à cacher.
Les adieux furent brefs mais chargés d'émotion. Chaque commandant lui offrit un mot, une étreinte, une promesse de la revoir bientôt. Les membres de la quatrième Division la serrèrent fort, lui faisant promettre de revenir dès que possible. Barbe Blanche posa une dernière fois sa main sur sa tête, un geste de bénédiction et d'affection paternelle.
« Reviens nous voir bientôt, ma fille, » dit-il simplement.
« Promis, Père. »
Puis, finalement, ce fut au tour de Marco. Ils se tinrent face à face, conscients que tous les regardaient, mais s'en souciant peu. Marco prit sa main, et ce simple geste contenait tout ce qu'ils ne pouvaient pas dire à voix haute devant témoins.
« Prends soin de toi, yoi, » dit-il, et sa voix était remarquablement stable considérant la douleur évidente dans ses yeux.
« Toi aussi. Ne fais pas de bêtises en mon absence. »
« Jamais, yoi. »
Ils se regardèrent pendant un long moment, tout un monde de non-dits passant entre eux. Puis Marco fit quelque chose qui surprit tout le monde — il se pencha et l'embrassa. Ce n'était pas un baiser passionné, pas devant l'équipage entier, mais c'était plus qu'un simple baiser d'adieu entre amis. C'était une déclaration, un engagement, une promesse.
Lorsqu'ils se séparèrent, Sohalia avait les larmes aux yeux.
« Je t'aime, » murmura-t-elle, trop bas pour que quiconque d'autre ne l'entende.
« Je t'aime aussi, yoi. Toujours. »
Le messager Ryoko attendait sur le quai, prêt à la ramener chez elle. Sohalia se détacha de Marco à contrecœur, descendit du navire, prit place à côté du messager. Alors que la lumière argentée commençait à l'envelopper, elle leva une dernière fois les yeux vers le Moby Dick.
Marco se tenait au bastingage, la main levée dans un dernier au revoir. Autour de lui, l'équipage entier faisait de même, une mer de mains levées et de visages souriants malgré la tristesse.
Et alors que le monde se dissolvait autour d'elle, alors que la téléportation l'arrachait à cet endroit pour la ramener vers son royaume, Sohalia fit une promesse silencieuse.
Ce ne serait pas la dernière fois. Elle reviendrait. Encore et encore, aussi souvent qu'elle le pourrait, elle trouverait un moyen de revenir. Parce que cette famille — ces pirates bruyants et chaotiques, ce navire immense et accueillant, cet homme aux flammes bleues qui possédait son cœur — était autant chez elle que le palais du Royaume.
Elle était la Reine du royaume caché, oui. Mais elle était aussi Sohalia, commandante de la quatrième Division, fille de Barbe Blanche.
Et elle ne renoncerait à aucune de ces identités. Elle les porterait toutes, aussi difficile que ce soit, aussi épuisant que cela puisse être.
Parce qu'au final, c'était ce qu'elle avait choisi. Et ce choix, personne ne pourrait jamais le lui enlever.
Les temps difficiles viendraient, cela ne faisait aucun doute. Il y aurait des épreuves, des sacrifices, des moments où elle douterait de sa capacité à porter tous ces fardeaux.
Mais pour l'instant, dans ce moment suspendu entre deux mondes, entre deux vies, elle se permettait de croire.
De croire qu'ils y arriveraient.
De croire que l'amour pourrait survivre à la distance.
De croire qu'elle pouvait être à la fois une reine et une pirate, une dirigeante et une amoureuse, une responsable et une femme libre.
Car si elle avait appris quelque chose au cours de ce voyage extraordinaire, c'était ceci : elle était plus forte qu'elle ne le pensait, plus résiliente qu'elle ne l'imaginait.
Et avec Marco à ses côtés — même à distance, même séparés par des océans entiers — elle pouvait affronter n'importe quoi.
L'ère de l'innocence était close, oui.
Mais une nouvelle ère commençait. Une ère de responsabilités, certes, mais aussi d'amour. De devoir, mais aussi de choix. De sacrifice, mais aussi d'espoir.
Et dans cette nouvelle ère, elle ne serait jamais vraiment seule.
Parce qu'elle avait trouvé sa famille. Elle avait trouvé son amour.
Et ça, personne ne pourrait jamais le lui prendre.
Publié : 06/02/2026