The New Era

Chapitre 64 : Au Seuil d’une Nouvelle Ère

10346 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 05/02/2026 15:28

Après avoir quitté Ace dans cette petite taverne où il venait de lui annoncer son départ imminent pour traquer Teach, Sohalia marcha longtemps dans les rues de San Faldo sans destination précise, essayant désespérément de calmer le tumulte d'émotions qui faisait rage dans sa poitrine comme une tempête impossible à apaiser. La conversation avec son frère l'avait bouleversée bien plus profondément qu'elle ne voulait l'admettre, et maintenant qu'elle se retrouvait seule avec ses pensées dans l'obscurité croissante de cette dernière soirée sur l'île merveilleuse qui avait été leur refuge pendant une semaine trop courte, elle sentait tout le poids de la réalité s'abattre sur elle avec une force écrasante qui menaçait de la faire plier sous son poids.

Demain, elle partirait. Retournerait au Royaume. Reprendrait sa couronne et toutes les responsabilités qui venaient avec. Laisserait Marco derrière elle. Laisserait sa famille pirate derrière elle. Et Ace partirait de son côté, seul, vers un destin qui pourrait très bien être sa mort même s'il refusait obstinément de le reconnaître ou d'écouter les avertissements répétés de tous ceux qui l'aimaient et qui s'inquiétaient pour lui.

Elle avait besoin de voir Marco. De sentir sa présence rassurante. D'être près de lui pendant ces dernières heures précieuses qui leur restaient avant que l'inévitable ne les sépare pour une durée indéterminée qui pourrait être des semaines, des mois, ou même plus longtemps encore si les circonstances ne leur permettaient pas de se retrouver aussi rapidement qu'ils l'espéraient tous les deux.

C'est ainsi qu'elle se retrouva à déambuler dans les rues encore animées malgré l'heure tardive, suivant le bruit et la musique qui provenaient d'un bar populaire qu'elle reconnut vaguement pour y être passée devant plus tôt dans la semaine sans jamais y entrer. Les rires et les conversations bruyantes qui s'échappaient par les fenêtres ouvertes créaient une atmosphère chaleureuse et accueillante qui contrastait violemment avec la mélancolie qui l'habitait.

Laissant son Haki de l'observation vers le phénix, elle entra discrètement, se faufilant à travers la foule de clients qui célébraient encore la vie avec cette intensité caractéristique des habitants de San Faldo. L'intérieur était bondé, chaud, bruyant, rempli de fumée de cigarette et d'odeurs d'alcool mélangées qui auraient pu être désagréables dans d'autres circonstances mais qui ce soir lui semblaient étrangement réconfortantes dans leur familiarité.

Et c'est là qu'elle le repéra, assis au fond du bar au comptoir.

Marco et Ace, côte à côte sur des tabourets hauts, penchés l'un vers l'autre dans une conversation qu'elle ne pouvait pas entendre à cause de la distance et du bruit ambiant qui couvrait leurs voix. Sohalia s'arrêta près de l'entrée, restant dans une zone d'ombre relative où elle pouvait les observer sans être immédiatement remarquée, prenant un moment simplement pour les regarder ensemble dans ce qui serait probablement une des dernières fois avant très longtemps.

Marco avait l'air... blasé. C'était le mot qui lui vint immédiatement à l'esprit en voyant son expression. Une fatigue évidente pesait sur ses épaules normalement si droites et confiantes, et son visage portait cette expression légèrement distante de quelqu'un qui essayait de se distraire de pensées trop lourdes mais qui n'y parvenait qu'à moitié. Pourtant, quand Ace gesticula de manière particulièrement animée en racontant visiblement une histoire qui devait être drôle ou du moins divertissante, un petit sourire amusé étira brièvement les lèvres de Marco, adoucissant momentanément les lignes de tension qui marquaient son visage.

Sohalia sentit son cœur se serrer douloureusement en le voyant ainsi — essayant si visiblement de profiter de ces derniers moments avec son frère, de mettre de côté ses propres préoccupations pour être présent dans l'instant, mais ne parvenant pas complètement à chasser l'ombre de tristesse et d'inquiétude qui planait au-dessus de lui comme un nuage sombre qu'aucune distraction ne pouvait disperser entièrement.

Son regard dériva alors vers les autres occupants du bar, et elle remarqua avec un amusement détaché qu'elle n'était pas la seule à observer Marco avec attention. Plusieurs femmes dispersées dans l'établissement le détaillaient avec des regards qui ne laissaient absolument aucun doute sur ce qu'elles pensaient de lui — des regards appréciateurs qui s'attardaient sur sa carrure imposante et musclée visible même sous sa chemise décontractée, sur ses cheveux blonds légèrement décoiffés qui tombaient négligemment sur son front, sur la ligne forte de sa mâchoire, sur les tatouages du phénix qui ornaient sa peau et qui étaient partiellement visibles là où sa chemise était ouverte.

Curieusement, Sohalia ne ressentit aucune jalousie en constatant cet intérêt évident. Juste une reconnaissance objective et presque amusée du fait que ces femmes avaient du goût et un bon sens de l'observation. Marco était objectivement magnifique — grand, puissant, avec ce mélange rare de force brute et de grâce contrôlée qui attirait naturellement les regards partout où il allait. Ajoutez à cela l'aura de danger et de pouvoir qui émanait de lui même quand il était détendu, et il était parfaitement compréhensible que des femmes le remarquent et le désirent.

Mais il était à elle. Du moins pour encore quelques heures. Et cette certitude tranquille chassait toute trace de jalousie ou d'insécurité qui aurait pu naître de voir d'autres femmes le convoiter ouvertement.

Son attention fut soudainement attirée par un mouvement — Ace qui se levait de son tabouret avec cette énergie caractéristique qui le définissait si bien, riant de quelque chose que Marco venait apparemment de dire, et tendant la main vers une femme qui se tenait près du bar un peu plus loin. Une belle brune à la peau bronzée et aux courbes généreuses moulées dans une robe rouge qui ne laissait pas grand-chose à l'imagination, avec des yeux sombres et un sourire prometteur qui suggérait exactement ce qu'elle avait en tête pour la soirée.

Sohalia regarda Ace prendre la main de la femme avec un sourire charmeur qui avait probablement fait fondre des dizaines de cœurs à travers tout Grand Line, et ensemble ils se dirigèrent vers la sortie du bar, passant justement près de l'endroit où elle se tenait encore dans l'ombre relative près de l'entrée. Ace la repéra immédiatement malgré sa position discrète — il avait toujours eu ce don pour remarquer les présences même quand il semblait complètement absorbé par autre chose — et son sourire s'élargit encore tandis qu'il lui lançait un clin d'œil complice et parfaitement éloquent.

Le message était clair sans qu'aucun mot n'ait besoin d'être prononcé :

"Profite bien de ta soirée, petite sœur. Je sais exactement pourquoi tu es là et ce que tu vas faire. Amuse-toi bien."

Sohalia lui rendit son sourire malgré elle, secouant légèrement la tête face à l'audace tranquille de son frère qui ne perdait manifestement pas une occasion de profiter de la vie même — ou peut-être surtout — quand il savait que ses propres jours étaient peut-être comptés s'il persistait dans sa mission suicidaire de traquer Teach. Puis Ace et sa conquête disparurent dans la nuit de San Faldo, probablement vers une des nombreuses auberges qui parsemaient l'île et qui offraient des chambres discrètes pour exactement ce genre de rencontres éphémères.

Sohalia reporta son attention sur Marco, maintenant seul au bar, et sentit son cœur se serrer à nouveau en voyant comment son expression avait changé dès qu'Ace était parti. Le sourire amusé s'était évaporé complètement, remplacé par quelque chose de beaucoup plus sombre et pensif. Il fixait son verre de ce qui semblait être du whisky sans vraiment le voir, perdu dans des pensées qui devaient être aussi lourdes que les siennes à en juger par la manière dont ses épaules s'étaient légèrement affaissées comme si un poids invisible venait de s'abattre sur elles.

Elle resta là à l'observer pendant plusieurs minutes, se demandant si elle devait le rejoindre immédiatement ou continuer à le regarder encore un peu, savourant étrangement ce moment de pouvoir l'observer sans qu'il le sache, de le voir tel qu'il était quand il pensait être seul et qu'il n'avait pas besoin de maintenir le masque de contrôle et de force qu'il portait constamment pour les autres.

C'est alors qu'une femme s'approcha de lui, et Sohalia sentit immédiatement son attention se focaliser sur cette nouvelle présence avec un intérêt aigu et légèrement amusé.

La femme était séduisante, cela ne faisait aucun doute — cheveux auburn qui tombaient en vagues souples sur ses épaules, visage aux traits fins et harmonieux, silhouette généreuse moulée dans une robe verte qui épousait ses courbes avec une précision calculée. Mais ce qui frappa le plus Sohalia, ce fut son assurance. Cette femme n'était pas du genre à attendre timidement qu'un homme remarque son existence. Elle savait ce qu'elle voulait et elle allait le chercher avec une détermination qui forçait presque le respect même si l'objet de son désir était complètement hors de portée sans qu'elle le sache encore.

Elle s'installa sur le tabouret qu'Ace venait de libérer avec un mouvement fluide et gracieux qui était probablement destiné à attirer l'attention, commanda un verre au barman avec une voix suffisamment forte pour que Marco l'entende, puis se tourna vers lui avec un sourire qui se voulait enjôleur et prometteur.

Sohalia ne pouvait pas entendre ce qu'elle disait à cause de la distance et du bruit ambiant, mais elle n'en avait pas vraiment besoin. Le langage corporel de la femme était suffisamment éloquent — la manière dont elle se penchait légèrement vers Marco, offrant une vue plongeante sur son décolleté généreux, la façon dont sa main se posait "accidentellement" sur son bras en riant à quelque chose qu'elle venait de dire, le battement de ses cils, le sourire aguicheur qui ne laissait aucun doute sur ses intentions.

Mais ce qui amusa vraiment Sohalia, ce fut la réaction de Marco. Ou plutôt son absence de réaction positive.

Il répondait poliment — elle pouvait le voir à la manière dont ses lèvres bougeaient brièvement avant de se refermer à nouveau — mais ses réponses étaient visiblement courtes, neutres, dénuées de tout encouragement. Son langage corporel était encore plus parlant : il se reculait légèrement chaque fois que la femme se penchait vers lui, évitait soigneusement le contact visuel prolongé qui aurait pu être interprété comme de l'intérêt, gardait son corps orienté vers son verre plutôt que vers elle, envoyant tous les signaux possibles et imaginables qu'il n'était absolument pas intéressé par ce qu'elle offrait si clairement.

La femme ne semblait pas décourager par cette réticence évidente, continuant ses tentatives de séduction avec une persévérance qui aurait pu être admirable dans d'autres circonstances mais qui maintenant commençait juste à paraître légèrement pathétique face à l'indifférence polie mais ferme de Marco qui essayait de la décourager gentiment sans être ouvertement grossier ou blessant.

Sohalia regarda cette scène pendant encore quelques instants, un sourire amusé jouant sur ses lèvres, puis décida qu'elle en avait assez vu et qu'il était temps d'intervenir. Pas parce qu'elle était jalouse — elle ne l'était vraiment pas, ayant une confiance absolue et inébranlable en la fidélité de Marco — mais simplement parce qu'elle voulait être près de lui, et aussi peut-être parce qu'une petite partie malicieuse d'elle-même trouvait amusant l'idée de voir la réaction de cette femme quand elle réaliserait que ses efforts étaient non seulement vains mais aussi dirigés vers quelqu'un qui appartenait déjà à quelqu'un d'autre.

Elle traversa le bar avec grâce et assurance, se faufilant à travers la foule avec une facilité née de longues années passées à naviguer dans des espaces bondés sur le Moby Dick, et vint se placer juste à côté de la femme auburn, suffisamment près de Marco pour que sa présence soit immédiatement remarquée mais pas assez pour paraître agressive ou possessive.

Puis, avec un sourire qui était à la fois taquin et affectueux, elle dit d'une voix claire qui porta parfaitement malgré le bruit ambiant :

« Je ne suis même pas encore partie que tu me remplaces déjà. »

La réaction de Marco fut instantanée et absolument gratifiante à observer.

Il se retourna vers elle si rapidement qu'elle se demanda brièvement s'il ne s'était pas fait mal au cou dans le mouvement, et son visage se transforma complètement sous ses yeux — toute la fatigue, toute la mélancolie, toute la distance s'évaporèrent comme de la rosée sous le soleil matinal, remplacées par une expression de joie et de soulagement si intense et si sincère qu'elle sentit son cœur faire un bond douloureux dans sa poitrine.

Son sourire fut instantané, large, radieux d'une manière qu'elle ne lui voyait que rarement et qui était réservé uniquement pour elle dans ces moments où il baissait complètement sa garde et laissait transparaître exactement ce qu'il ressentait sans aucun filtre ou aucune retenue. Ses yeux bleus s'illuminèrent, s'adoucissant et s'intensifiant simultanément d'une façon qui défiait toute logique mais qui était parfaitement compréhensible pour elle qui connaissait chaque nuance de son regard mieux que quiconque au monde.

« Sohalia, yoi, » dit-il, et le soulagement dans sa voix était palpable, comme s'il attendait qu'elle vienne le trouver depuis le début de la soirée et qu'il était infiniment content qu'elle soit enfin là.

Il se leva de son tabouret avec un mouvement fluide, oubliant complètement et instantanément l'existence de la femme auburn qui était toujours assise à côté de lui et qui le regardait maintenant avec une expression de surprise croissante en comprenant progressivement ce qui était en train de se passer.

Sohalia laissa son sourire s'élargir, se permettant de savourer ce moment de voir exactement l'effet qu'elle avait sur lui, cette manière dont tout son être semblait reprendre vie simplement parce qu'elle était là. C'était grisant de savoir qu'elle avait ce pouvoir sur lui, qu'elle pouvait transformer son humeur et son expression avec juste quelques mots et sa simple présence.

« Tu es venue me surveiller, yoi ? » demanda-t-il avec un ton taquin qui masquait mal le bonheur évident qu'il ressentait de la voir.

« Apparemment avec raison, » répondit-elle en jetant un coup d'œil délibéré vers la femme auburn qui les observait maintenant avec une attention croissante et une compréhension qui commençait à se former dans son regard. « Tu attires les ennuis même quand je te laisse seul pendant quelques heures. »

« Les ennuis ? » Marco fit un pas vers elle, réduisant la distance entre eux avec une intention claire dans ses mouvements. « C'est comme ça que tu te qualifies maintenant ? »

« Je parlais d'elle, » dit Sohalia en désignant la femme auburn d'un léger mouvement de tête, mais son sourire était purement taquin et dénué de toute méchanceté réelle.

Marco ne se donna même pas la peine de regarder dans la direction indiquée, gardant ses yeux fixés sur Sohalia avec une intensité qui envoyait des frissons le long de sa colonne vertébrale. « Je ne vois qu'un seul problème ici, yoi, » dit-il en faisant encore un pas vers elle. « Et elle a mis du temps à arriver. »

« Je pensais que tu m'attendrais sagement, » dit Sohalia en soutenant son regard, refusant de reculer même quand la distance entre eux devint presque inexistante.

« Je t'attendais, » confirma Marco avec sérieux malgré le ton léger de leur échange. « Tu as mis du temps. J'ai cru que tu ne viendrais pas. »

« J'avais besoin de marcher. De réfléchir. » Elle hésita une fraction de seconde. « La conversation avec Ace était... difficile. »

L'expression de Marco s'assombrit légèrement à cette mention, comprenant immédiatement ce qu'elle voulait dire sans qu'elle ait besoin d'expliciter. « Je sais, yoi, » dit-il doucement. « Moi aussi j'ai essayé de le raisonner. Sans succès. Et tes réflexions t'ont menée ici ? » demanda-t-il, ramenant délibérément la conversation vers quelque chose de moins lourd.

« Je voulais te voir, » admit-elle simplement, reconnaissant qu'il n'y avait aucune raison de prétendre ou de jouer des jeux dans ces dernières heures précieuses qu'il leur restait ensemble. « J'avais besoin d'être près de toi. »

Quelque chose passa dans les yeux de Marco à ces mots — quelque chose de chaud et de profond et d'intensément émouvant qui fit accélérer le rythme de son cœur dans sa poitrine. Il leva sa main et effleura sa joue de la pulpe de ses doigts dans une caresse si douce et si tendre qu'elle sentit sa gorge se serrer dangereusement.

« Tu m'as manqué, yoi, » murmura-t-il, et le fait qu'il puisse dire ça alors qu'ils s'étaient séparés il y avait à peine quelques heures aurait pu être ridicule dans d'autres circonstances, mais maintenant, avec le poids de leur séparation imminente pesant sur eux comme une épée de Damoclès, c'était juste... vrai.

« Toi aussi, » murmura-t-elle en retour, se penchant légèrement vers lui, sa main se posant sur son torse là où elle pouvait sentir le battement fort et régulier de son cœur sous sa paume.

Ils restèrent ainsi pendant un moment suspendu hors du temps, se regardant dans les yeux avec une intensité qui chassait tout le reste — le bar bruyant autour d'eux, les gens qui les observaient probablement, la femme auburn qui était toujours là et qui assistait à cet échange embarrassée.

La tension entre eux était presque palpable maintenant, électrique et chargée d'une urgence qui n'avait rien à voir avec le désir physique — ou du moins pas seulement — et tout à voir avec la conscience aiguë que leur temps ensemble touchait à sa fin, que demain apporterait la séparation qu'ils redoutaient tous les deux, et qu'ils devaient saisir chaque moment qui leur restait comme s'il était le dernier.

Un toussotement bruyant et délibéré brisa soudainement leur bulle d'intimité, les ramenant brutalement à la réalité du bar bondé et bruyant autour d'eux.

La femme auburn s'était levée de son tabouret, son visage rougi par ce qui était probablement un mélange d'embarras et peut-être une pointe de frustration face à l'évidence absolue que ses efforts n'avaient jamais eu la moindre chance de succès. Elle bafouilla quelque chose qui ressemblait vaguement à des excuses :

« Je... excusez-moi... je vais... pardon... ».

Avant de s'enfuir précipitamment du bar avec une hâte qui aurait pu être comique dans d'autres circonstances.

Sohalia et Marco la regardèrent partir, puis se tournèrent l'un vers l'autre à nouveau, et un petit rire partagé s'échappa de leurs lèvres malgré la lourdeur émotionnelle qui pesait sur eux. Mais ce rire s'évanouit rapidement, remplacé par quelque chose de plus sérieux et de plus urgent quand leurs regards se verrouillèrent à nouveau.

« On devrait aller ailleurs, yoi, » dit Marco d'une voix qui était devenue rauque et chargée de sous-entendus impossibles à ignorer.

Sohalia hocha la tête, incapable de faire confiance à sa voix pour ne pas trahir exactement à quel point elle voulait la même chose que lui, à quel point elle avait besoin d'être seule avec lui loin des regards curieux et du bruit constant qui les entourait.

« Il y a une auberge pas loin, » continua Marco en prenant sa main dans la sienne avec une fermeté qui trahissait la tension qui courait dans tout son corps. « On pourrait... »

Il n'eut pas besoin de finir sa phrase. Ils savaient tous les deux exactement ce qu'il suggérait, et ils savaient tous les deux qu'ils le voulaient désespérément même s'ils n'avaient pas besoin de le dire à voix haute pour que ce soit clair.

« Oui, » dit simplement Sohalia, serrant sa main en retour.

Ils sortirent du bar ensemble, main dans la main, ignorant les regards curieux qui les suivaient tandis qu'ils se fondaient dans la nuit de San Faldo qui continuait ses célébrations joyeuses et insouciantes autour d'eux, complètement inconsciente du drame personnel qui se jouait dans le cœur de deux personnes qui savaient que cette nuit serait leur dernière ensemble avant très longtemps.

L'auberge que Marco connaissait s'avéra être un établissement discret niché dans une ruelle tranquille loin de l'agitation perpétuelle du centre-ville, le genre d'endroit qui posait peu de questions et qui respectait la vie privée de ses clients avec une discrétion professionnelle née de longues années d'expérience dans l'accueil de couples cherchant un refuge temporaire loin des regards indiscrets.

L'aubergiste — un homme âgé aux cheveux gris et au visage marqué par le temps mais avec des yeux bienveillants qui avaient probablement vu des centaines de scénarios similaires au fil des décennies — les accueillit avec un simple hochement de tête compréhensif quand Marco demanda une chambre pour la nuit, acceptant le paiement sans commentaire superflu et leur tendant une clé avec un sourire discret.

Ils montèrent l'escalier de bois qui craquait sous leurs pas, main dans la main dans un silence qui était chargé d'anticipation et d'une tension qui n'avait rien d'inconfortable mais qui était plutôt électrique et prometteuse. Sohalia était intensément consciente de la présence de Marco à ses côtés — de la chaleur qui émanait de lui, de la force contenue dans sa démarche assurée, du battement rapide de son propre cœur qui résonnait bruyamment dans ses oreilles comme un tambour de guerre.

Marco ouvrit la porte de leur chambre avec la clé que l'aubergiste leur avait donnée, et s'effaça pour laisser Sohalia entrer en première dans un geste courtois qui était presque amusant compte tenu de ce qu'ils s'apprêtaient à faire. La chambre était simple mais propre et confortable — un grand lit recouvert de draps blancs immaculés, une petite table avec une chaise près de la fenêtre qui donnait sur la ruelle silencieuse en contrebas, quelques lanternes qui projetaient une lumière douce et tamisée créant une atmosphère intime et chaleureuse.

Marco referma la porte derrière eux, et le clic du verrou qui se mettait en place résonna dans le silence de la chambre comme un signal.

Pendant une fraction de seconde, ils restèrent simplement là à se regarder dans la lumière tamisée, la tension entre eux atteignant un point presque insoutenable qui demandait une résolution immédiate.

Puis Sohalia fit le premier pas, comblant la distance qui les séparait encore en quelques enjambées rapides, et ses mains se posèrent sur son torse avec une urgence qui trahissait exactement ce qu'elle ressentait — ce besoin désespéré de le toucher, de sentir sa chaleur et sa solidité sous ses paumes, de se rassurer qu'il était là et réel et à elle pour encore quelques heures précieuses avant que le monde ne vienne les séparer à nouveau.

Marco répondit immédiatement, ses bras se refermant autour d'elle et l'attirant contre lui avec une force qui aurait pu être écrasante si elle n'avait pas été exactement ce qu'elle voulait en ce moment précis. Sa bouche trouva la sienne dans un baiser qui n'avait rien de doux ou de tendre mais qui était plutôt désespéré et urgent et chargé de toute l'émotion qu'ils avaient retenue pendant trop longtemps.

Sohalia répondit avec la même intensité, ses mains glissant dans ses cheveux blonds pour le maintenir proche tandis qu'elle l'embrassait comme si elle essayait de graver ce moment dans sa mémoire avec une précision photographique, de se souvenir exactement du goût de ses lèvres et de la manière dont son corps s'ajustait parfaitement contre le sien comme deux pièces d'un puzzle qui avaient toujours été destinées à s'emboîter ensemble.

Les vêtements devinrent rapidement un obstacle gênant et inutile entre eux, et ils se débarrassèrent de leurs habits avec efficacité, laissant tomber les tissus sur le sol de bois dans leur hâte d'éliminer toutes les barrières physiques qui les séparaient encore. Marco la souleva sans effort, et elle enroula instinctivement ses jambes autour de sa taille tandis qu'il la portait vers le lit, leurs bouches ne se séparant jamais même quand respirer devenait difficile et nécessaire.

Il la déposa sur le lit avec une douceur qui contrastait avec l'urgence de leurs mouvements précédents, et pendant un bref instant il s'arrêta simplement pour la regarder — vraiment la regarder — étendue là dans la lumière douce des lanternes, ses cheveux étalés autour d'elle comme un halo sombre, ses yeux verts brillants d'émotion et de désir, sa peau pâle qui semblait presque lumineuse dans la pénombre.

« Tu es magnifique, » murmura-t-il avec une révérence qui fit monter les larmes aux yeux de Sohalia parce que ce n'était pas juste un compliment physique mais une reconnaissance de tout ce qu'elle était pour lui — pas seulement son corps mais son esprit, son cœur, son âme, tout ce qui faisait d'elle la personne qu'il aimait plus que quiconque au monde.

« Viens, » murmura-t-elle en tendant ses bras vers lui, et il obéit immédiatement, se couchant à côté d'elle et l'attirant à nouveau contre lui tandis qu'ils s'embrassaient avec une passion renouvelée qui chassait momentanément toutes les pensées de la séparation qui les attendait au lever du soleil.

Leurs mains explorèrent avec une familiarité née de nombreuses nuits passées ensemble mais aussi avec une urgence nouvelle qui venait de la conscience que c'était peut-être la dernière fois pour très longtemps, que chaque caresse devait être mémorisée et chérie parce qu'ils devraient vivre sur ces souvenirs pendant des semaines ou des mois jusqu'à ce qu'ils puissent se retrouver à nouveau.

La chaleur du phénix enveloppa Sohalia comme une couverture invisible, réconfortante et familière, créant une bulle de confort et de sécurité qui chassait le froid de la nuit et la peur de l'avenir. Elle se laissa aller complètement dans ses bras, faisant confiance à Marco pour la porter à travers cette tempête d'émotions et de sensations qui menaçait de la submerger complètement.

Quand ils se rejoignirent finalement dans cette fusion physique, Sohalia sentit les larmes couler silencieusement sur ses tempes tandis qu'elle s'accrochait à Marco comme à une bouée de sauvetage dans un océan déchaîné, murmurant son nom encore et encore comme une prière ou une incantation qui pourrait peut-être le garder près d'elle pour toujours si elle le répétait suffisamment de fois.

Marco l'embrassa partout où il pouvait atteindre — son visage, son cou, ses épaules — murmurant des mots d'amour et de promesses.

« Je t'aime, » murmura-t-il contre ses lèvres entre deux baisers désespérés. « Je t'aime tellement, yoi. Plus que tout. Plus que ma propre vie. »

« Je t'aime aussi, » répondit-elle d'une voix brisée par l'émotion.

Ils se perdirent l'un dans l'autre, oubliant momentanément le monde extérieur et toutes ses exigences cruelles, existant simplement dans cette bulle hors du temps où il n'y avait que Marco et Sohalia et l'amour qui les liait avec une force qui transcendait la distance et les circonstances et toutes les séparations que le destin pourrait leur imposer.

Quand ils atteignirent finalement ce sommet ensemble, accrochés l'un à l'autre comme s'ils ne pouvaient pas supporter d'être séparés même d'un millimètre, Sohalia enfouit son visage contre le cou de Marco et laissa les larmes couler librement tandis que son corps tremblait non seulement de plaisir mais aussi de douleur émotionnelle pure face à la réalité qu'elle ne pouvait plus ignorer — que demain, tout ça serait fini, et qu'ils devraient retourner à leurs vies séparées et à leurs responsabilités qui les tiraient dans des directions opposées.

Marco la tint serrée contre lui longtemps après que leurs corps se soient calmés, caressant doucement ses cheveux et murmurant des paroles réconfortantes tandis qu'elle pleurait silencieusement contre lui, laissant sortir toute la douleur et la peur et l'angoisse qu'elle avait retenues pendant trop longtemps.

« Chut, » murmura-t-il tendrement. « Je suis là. Je t'ai. Nous allons traverser ça, yoi. D'une manière ou d'une autre, nous allons trouver un moyen. »

Sohalia voulait croire ces paroles plus que tout au monde, mais une partie d'elle doutait, se demandait si l'amour était vraiment suffisant pour surmonter tous les obstacles que la vie mettait sur leur chemin. Mais elle ne dit rien, se contentant de hocher faiblement la tête contre son torse et de s'accrocher à lui comme s'il était la seule chose solide dans un monde qui s'effondrait autour d'elle.

Ils restèrent enlacés ainsi pendant longtemps, peau contre peau, cœur contre cœur, respirations synchronisées, tandis que la nuit avançait inexorablement vers l'aube qui apporterait avec elle le début de leur séparation.

Finalement, épuisée émotionnellement et physiquement, Sohalia s'endormit dans les bras de Marco, bercée par le battement régulier de son cœur et la chaleur apaisante qui émanait de lui. Marco resta éveillé beaucoup plus longtemps, regardant le visage de la femme qu'il aimait dans le sommeil, gravant chaque détail dans sa mémoire avec une intensité presque douloureuse, sachant qu'il devrait vivre sur ces images pendant des mois avant de pouvoir la revoir à nouveau.

Quand il s'endormit finalement lui aussi au petit matin, ce fut avec la certitude absolue que peu importe ce que l'avenir leur réservait, peu importe combien de temps ils devraient rester séparés, son cœur appartenait irrémédiablement à cette femme qui dormait paisiblement dans ses bras, et que rien — ni la distance, ni le temps, ni les responsabilités — ne changerait jamais cette vérité fondamentale.


Sohalia se réveilla aux premières lueurs de l'aube qui filtraient à travers la fenêtre de la chambre d'auberge, peignant le ciel de teintes roses et dorées qui auraient dû être belles mais qui lui semblaient seulement marquer le début du compte à rebours final vers leur séparation inévitable.

Elle resta immobile pendant un long moment, observant Marco qui dormait encore profondément à ses côtés, son visage détendu et paisible d'une manière qu'elle ne voyait que rarement quand il était éveillé et qu'il devait maintenir son masque de commandant stoïque et imperturbable. Dans le sommeil, il paraissait presque vulnérable, toutes les lignes de tension et de responsabilité effacées temporairement, le laissant simplement être Marco sans tous les fardeaux qu'il portait constamment sur ses épaules.

Elle mémorisa chaque détail avec une intensité presque désespérée — la manière dont ses cheveux blonds retombaient en désordre sur son front, les légères ombres sous ses yeux qui trahissaient son propre manque de sommeil récent, la courbe de sa mâchoire forte, les tatouages du phénix qui marquaient sa peau et qui racontaient son histoire sans mots. Elle voulait graver tout ça dans sa mémoire avec une précision photographique, créer une image mentale si claire et si détaillée qu'elle pourrait se rappeler avec une parfaite fidélité pendant tous les jours et toutes les nuits solitaires qui l'attendaient loin de lui.

Marco ouvrit les yeux après quelques minutes comme s'il sentait son regard sur lui même dans son sommeil, et ses lèvres s'étirèrent immédiatement en un sourire doux malgré la tristesse évidente qui brillait dans ses yeux bleus encore embués de sommeil.

« Bonjour, yoi, » murmura-t-il d'une voix rauque.

« Bonjour, » répondit-elle en retour, incapable de faire sortir plus qu'un murmure tant sa gorge était serrée par l'émotion.

Marco la serra plus fort contre lui, comme s'il essayait de la fusionner avec son propre corps pour qu'ils ne fassent plus qu'un et qu'aucune force au monde ne puisse les séparer jamais.

« On doit y aller bientôt, » dit-il après un moment de silence, énonçant la vérité qu'ils ne pouvaient plus ignorer.

« Je sais, » murmura Sohalia contre son torse.

Mais ils ne bougèrent pas immédiatement, s'accordant encore quelques minutes précieuses de cette proximité parfaite avant de devoir affronter le monde extérieur et tout ce qu'il exigeait d'eux. Ils restèrent enlacés tandis que la lumière du jour grandissait progressivement à travers la fenêtre, savourant ces derniers instants de paix et d'intimité avant que tout ne change irrémédiablement.

Les caresses reprirent lentement, doucement cette fois, sans l'urgence désespérée de la nuit précédente mais plutôt avec une tendresse infinie qui cherchait à communiquer par le toucher tout ce que les mots ne pouvaient pas exprimer adéquatement. Marco embrassa son front, ses tempes, ses joues, ses lèvres, avec une dévotion qui faisait monter les larmes aux yeux de Sohalia malgré tous ses efforts pour rester forte et composée.

« Je t'aime, » murmura-t-il entre chaque baiser. « Je t'aime. Je t'aime. »

« Je sais, » répondit-elle d'une voix tremblante. « Moi aussi. »

Finalement, quand ils ne purent plus repousser l'inévitable davantage, ils se levèrent lentement et à regret du lit qui avait été leur sanctuaire pendant ces quelques heures hors du temps. Ils s'habillèrent en silence, chaque geste lent et réticent comme s'ils espéraient que ralentir le temps suffirait à empêcher ce qui devait arriver.

Quand ils furent prêts, ils quittèrent l'auberge main dans la main, remerciant l'aubergiste qui les salua d'un hochement de tête compréhensif et bienveillant, et sortirent dans les rues de San Faldo qui s'éveillaient doucement sous le soleil matinal.

La marche vers le port où le Moby Dick les attendait fut silencieuse et contemplative. Ils regardaient l'île autour d'eux — cette île merveilleuse qui avait été le théâtre de tant de souvenirs précieux pendant cette semaine trop courte — sachant qu'ils ne la reverraient probablement jamais ensemble de cette manière, que ces moments resteraient gravés dans leur mémoire comme un trésor précieux qu'ils pourraient chérir même quand ils seraient séparés par des océans entiers.

Le Moby Dick apparut finalement devant eux, majestueux et imposant dans le port tranquille du matin, son équipage commençant déjà à s'éveiller et à vaquer à leurs tâches matinales. Quelques pirates matinaux les saluèrent avec des sourires complices quand ils montèrent à bord main dans la main, mais personne ne fit de commentaire, respectant tacitement leur besoin d'intimité en ces dernières heures.

Ils retournèrent directement à la cabine de Sohalia, fermant la porte derrière eux et créant un dernier sanctuaire privé loin des regards curieux et des exigences du monde extérieur.

Sohalia se dirigea vers son Den Den Mushi avec des gestes lents et réticents, consciente que passer cet appel rendrait leur séparation officiellement réelle et imminente d'une manière qu'elle ne pourrait plus ignorer ou repousser. Elle prit le récepteur avec des mains qui tremblaient légèrement malgré tous ses efforts pour les contrôler, et composa le numéro du palais qu'elle connaissait par cœur.

La voix de Maiya répondit après quelques sonneries, immédiatement alerte malgré l'heure matinale.

« Votre Majesté ? »

« Maiya, » dit Sohalia, et elle entendit sa propre voix qui sonnait étrangement formelle et distante même à ses propres oreilles. « Je suis prête à revenir. Previens Nostradamus. »

Un silence bref mais chargé suivit ces mots, puis Maiya demanda prudemment :

« Quand souhaitez-vous que nous organisions votre retour, Votre Majesté ? »

Sohalia regarda Marco qui l'observait depuis sa position près de la porte, et quelque chose passa entre eux dans ce regard — une compréhension mutuelle et douloureuse de ce qui allait suivre.

« Dans deux heures, » dit-elle finalement d'une voix qui se voulait ferme mais qui tremblait légèrement sur les bords. « Pas avant. Deux heures exactement. »

Un autre silence surpris de l'autre côté de la ligne, puis Maiya répondit avec une efficacité professionnelle qui cachait probablement sa propre surprise et peut-être ses questions.

« Oui, Votre Majesté. Deux heures précisément. Nous serons prêts. »

Sohalia raccrocha et resta là à fixer le Den Den Mushi comme si c'était un ennemi personnel qui venait de sceller son destin d'une manière irréversible.

« Deux heures, yoi ? » demanda Marco après un moment. « Pourquoi ce délai spécifique ? »

Sohalia se tourna vers lui, et l'expression sur son visage était à la fois vulnérable et déterminée d'une manière qui lui serra le cœur douloureusement.

« Parce que dès que nous sortirons d'ici, » commença-t-elle d'une voix douce mais ferme, « dès que nous serons sur le pont devant tout le monde, devant l'équipage et ma division et tous ceux qui vont venir nous dire au revoir... »

Elle s'interrompit, cherchant les mots justes pour exprimer ce qu'elle ressentait.

« Nous ne pourrons plus être aussi proches. Aussi intimes. Nous devrons jouer notre rôle — le Commandant et la Reine. Pas Marco et Sohalia. Pas deux personnes qui s'aiment désespérément et qui doivent se séparer. »

Sa voix se brisa légèrement sur les derniers mots, trahissant la douleur qu'elle essayait de garder sous contrôle.

« Je veux profiter de ces deux heures. Juste nous deux. Sans masques. Sans responsabilités. Juste... nous. »

Marco traversa la pièce en quelques enjambées rapides et la prit dans ses bras avec une force qui exprimait mieux que tous les mots à quel point il comprenait exactement ce qu'elle voulait dire et à quel point il ressentait la même chose.

« Alors profitons de chaque seconde, yoi, » murmura-t-il contre ses cheveux.

Ils s'allongèrent sur le lit ensemble, habillés cette fois mais enlacés aussi étroitement que possible, comme s'ils essayaient de fusionner en un seul être qui ne pourrait jamais être séparé. La chaleur du phénix les enveloppa à nouveau, réconfortante et familière, créant leur propre petit monde privé où rien d'autre n'existait que leur amour et leur besoin mutuel de proximité.

Ils ne parlèrent pas beaucoup pendant ces deux heures. Il n'y avait pas grand-chose à dire qui n'avait pas déjà été dit mille fois auparavant. À la place, ils communiquèrent par le toucher — des caresses douces et lentes qui n'avaient rien de sexuel mais qui étaient plutôt réconfortantes, des mains qui exploraient avec tendresse et révérence, gravant chaque courbe et chaque ligne dans leur mémoire tactile avec une précision obsessionnelle.

Marco passa ses doigts dans ses cheveux encore et encore, fasciné par leur douceur soyeuse, mémorisant exactement comment il se sentait en glissant entre ses doigts. Sohalia traça les traits de son visage avec ses doigts délicats — la ligne de sa mâchoire, l'arc de ses sourcils, la courbe de ses lèvres — comme si elle essayait de sculpter son image dans sa mémoire avec une telle précision qu'elle pourrait le recréer mentalement avec une fidélité parfaite même quand il serait loin.

« Tu es magnifique, yoi, » murmura Marco en la regardant dans les yeux avec une intensité qui lui coupait le souffle.

« Toi aussi, » répondit-elle avec un sourire tremblant. « Le plus magnifique des hommes que j'aie jamais connus. »

Ils s'embrassèrent lentement, savourant chaque seconde du contact, leurs lèvres se mouvant ensemble dans une danse familière mais qui prenait une signification nouvelle et déchirante maintenant qu'ils savaient que ce serait leur dernier baiser pour très longtemps.

« Je t'aime tellement, » murmura Sohalia contre ses lèvres. « Plus que je ne pensais qu'il était possible d'aimer quelqu'un. »

« Moi aussi, yoi, » répondit Marco en la serrant plus fort.

« Ne m'oublie pas, » supplia-t-elle d'une voix brisée malgré elle. « Quand je serai partie. Quand tu seras entouré de nos frères et de toutes tes responsabilités. Ne m'oublie pas. »

« Jamais, » jura-t-il avec une férocité qui ne laissait aucune place au doute. « Je pourrais oublier mon propre nom avant d'oublier le tien, yoi. Tu es gravée dans mon âme de manière permanente et indélébile. Rien — ni le temps, ni la distance, ni même la mort elle-même — ne pourrait effacer ce que je ressens pour toi. »

Sohalia ferma les yeux et laissa ces paroles la réconforter autant qu'elles le pouvaient, s'accrochant à elles comme à une bouée de sauvetage qui pourrait la maintenir à flot pendant toutes les tempêtes à venir.

Ils restèrent ainsi, enlacés dans un silence confortable ponctué seulement de murmures occasionnels et de baisers tendres, tandis que le temps filait inexorablement vers l'échéance qu'ils redoutaient tous les deux.


Quand le coup fatidique frappa finalement à la porte — trois coups distincts et respectueux qui résonnèrent dans le silence de la cabine comme un glas funèbre — ils sursautèrent tous les deux malgré le fait qu'ils l'attendaient depuis le début.

« Votre Majesté, » dit la voix de Nostradamus à travers la porte de bois, formelle et respectueuse. « Il est temps. »

Sohalia sentit son cœur se serrer si douloureusement dans sa poitrine qu'elle crut brièvement qu'il allait s'arrêter complètement. Marco la serra encore plus fort contre lui, comme s'il refusait de la laisser partir même maintenant que l'inévitable était arrivé.

« Une minute, » appela Sohalia d'une voix qui se voulait composée mais qui tremblait de manière audible.

Ils se regardèrent dans les yeux pendant un long moment chargé de tout ce qu'ils ne pouvaient pas dire, puis Marco se pencha et l'embrassa une dernière fois — un baiser long et désespéré.

Quand ils se séparèrent finalement, Sohalia se leva du lit avec une grâce qui démentait complètement la douleur qui la déchirait intérieurement, et Marco la regarda se transformer sous ses yeux en la reine qu'elle devait être pour son peuple.

Elle ouvrit le coffre où étaient rangées ses affaires royales qu'elle avait apportées avec elle mais qu'elle n'avait jamais portées pendant cette semaine de liberté sur San Faldo, et en sortit une robe qui lui coupa le souffle par sa beauté et son élégance.

Les tissus étaient somptueux — des soies et des brocarts dans des teintes de vert profond et d'or, brodés de motifs délicats qui représentaient les arbres sacrés et les symboles de la nature. La coupe était élégante et digne, épousant ses courbes de manière flatteuse sans être provocante, avec des manches longues et fluides qui tombaient gracieusement et une traîne légère qui donnerait à sa démarche une majesté naturelle.

Marco la regarda s'habiller avec des mouvements lents et délibérés, chaque geste transformant progressivement la femme qu'il aimait en la souveraine qu'elle était destinée à être. Elle arrangea ses cheveux avec soin, les relevant en un chignon sophistiqué qui dégageait son visage et son cou avec une élégance qui lui donnait l'air à la fois accessible et royale. Elle ajouta des bijoux discrets mais précieux — des boucles d'oreilles en or qui captaient la lumière, un collier délicat qui reposait contre sa gorge.

Et finalement, la dernière touche — elle regarda les bagues à son doigt gauche, celles que Marco lui avait données il y avait si longtemps maintenant, la fausse alliance qui marquait leur lien secret et privé que personne d'autre ne connaissait ou ne comprenait. Elle les fit tourner doucement autour de son doigt, s'assurant qu'elles étaient bien en place et visibles, un symbole discret mais puissant de leur amour qui resterait avec elle même quand il serait loin.

Quand elle se tourna finalement vers Marco, elle était méconnaissable — ou plutôt, elle était devenue quelqu'un d'autre, quelqu'un qu'il reconnaissait mais qui n'était pas la femme insouciante et libre qui avait ri et joué et aimé pendant cette semaine sur San Faldo. C'était la Reine qui se tenait devant lui maintenant, digne et élégante et absolument magnifique d'une manière qui lui coupait le souffle et lui brisait le cœur simultanément.

« Tu es... » Marco s'interrompit, cherchant les mots adéquats mais ne les trouvant pas. « Magnifique, yoi, » finit-il simplement par dire, sachant que même ce mot était insuffisant pour décrire ce qu'il voyait.

Sohalia lui offrit un sourire triste mais déterminé.

« Allons-y avant que je ne change d'avis et que je décide de rester ici pour toujours, » dit-elle d'une voix qui se voulait légère mais qui trahissait la douleur sous-jacente.

Marco hocha la tête et lui offrit son bras avec une courtoisie formelle qui aurait été amusante dans d'autres circonstances mais qui maintenant semblait juste appropriée compte tenu de la transformation qu'elle venait de subir. Elle prit son bras avec une grâce naturelle, et ensemble ils sortirent de la cabine qui avait été leur sanctuaire privé, prêts à affronter ce qui les attendait sur le pont.

Le pont du Moby Dick était bondé quand ils émergèrent finalement de l'intérieur du navire. Toute la quatrième division était rassemblée en formation respectueuse mais visiblement émue, leurs visages tendus par l'effort qu'ils faisaient pour ne pas pleurer ouvertement face au départ de leur commandante. Les autres commandants se tenaient également présents, formant une ligne de respect et de soutien, leurs expressions variées mais tous touchés d'une manière ou d'une autre par ce moment d'adieu.

Et au centre de tout ça, imposant et paternel, se tenait Barbe Blanche lui-même, son regard perçant fixé sur Sohalia avec un mélange de fierté et de tristesse qui était presque insupportable à voir.

Sohalia lâcha le bras de Marco avec réticence, sachant qu'elle devait faire cela seule maintenant, qu'elle devait dire au revoir à sa famille avec la dignité et la force qu'ils méritaient même si chaque fibre de son être hurlait qu'elle voulait juste s'enfuir et rester ici pour toujours.

Elle s'approcha lentement de la quatrième division en premier, sa démarche royale mais son expression pleine d'affection et de tristesse.

Kenta s'avança le premier, luttant visiblement contre les larmes qui brillaient dans ses yeux.

« Commandante, » commença-t-il d'une voix qui se brisa presque immédiatement. « Je... on va... »

Il ne put pas finir sa phrase, la voix lui manquant complètement face à l'émotion qui le submergeait. Sohalia posa sa main sur son épaule avec douceur, et son sourire était triste mais sincère.

« Prends soin d'eux pour moi, Kenta, » dit-elle doucement.

« Toujours, commandante, » parvint-il à articuler avant de la serrer brièvement mais fortement dans une étreinte qui communiquait tout ce que les mots ne pouvaient pas exprimer.

Hogo fut le suivant, essayant de paraître fort et stoïque mais échouant lamentablement à en juger par la manière dont sa mâchoire tremblait.

« On sera toujours ta division, » dit-il avec détermination. « Même à distance. Même si tu gouvernes un royaume entier. Tu seras toujours notre commandante. »

« Et je serai toujours votre commandante, » confirma Sohalia avec un sourire tremblant. « Au cœur sinon en titre. »

Ritsu s'approcha ensuite, et il y eut un moment de compréhension silencieuse entre elles — deux femmes qui partaient toutes les deux vers des chemins différents pour guérir et grandir de manières différentes mais tout aussi importantes.

« On se retrouvera, Ritsu, » dit Sohalia en prenant ses mains dans les siennes.

« C'est une promesse, » confirma Ritsu avec un sourire qui était à la fois triste et plein d'espoir.

Elles s'étreignirent comme des sœurs, se tenant fermement l'une l'autre pendant un long moment avant de se séparer avec réticence.

Kan, Genjiro, Hayate et tous les autres membres de la division s'approchèrent tour à tour, chacun avec des mots d'encouragement et de soutien, des promesses de la revoir bientôt, des assurances que le Royaume avait de la chance d'avoir une reine comme elle. Sohalia écouta chacun avec attention et respect, répondant avec sincérité même si sa gorge se serrait de plus en plus à chaque nouveau visage familier qui venait lui dire au revoir.

Finalement, quand elle eut parlé à chaque membre individuellement, elle se tint devant toute la division rassemblée et prit une grande inspiration tremblante avant de parler d'une voix qui porta clairement malgré l'émotion qui l'étouffait presque.

« Prenez soin les uns des autres. »

La division entière était maintenant ouvertement en larmes, même ceux qui essayaient habituellement de paraître forts et stoïques. Ils se mirent tous au garde-à-vous simultanément dans un salut militaire parfait qui était leur hommage final à leur commandante qui partait vers un destin différent.

Les commandants furent les suivants. Vista s'approcha avec son élégance caractéristique, s'inclinant avec respect.

« Ces lames que nous forgeons entre nous, » dit-il en reprenant ses propres mots de quelques jours plus tôt, « elles durent pour toujours. Tu seras toujours notre sœur, peu importe où tu es. »

« Merci de me l'avoir rappelé, » répondit Sohalia avec gratitude sincère.

Jozu fut plus direct comme toujours, se contentant d'un hochement de tête ferme et d'une accolade brève mais sincère.

« Tu as bien grandi, » dit-il simplement. « Plus besoin de couette pour méditer avec toi maintenant. »

Sohalia rit malgré ses larmes à cette référence à leur passé commun, et le rire soulagea momentanément la pression dans sa poitrine.

Izo s'approcha avec une intensité dans le regard qui trahissait ses propres émotions soigneusement contrôlées.

« Prends soin de toi, » dit-il fermement. « Et assure-toi de revenir. »

Il jeta un coup d'œil significatif vers Marco qui se tenait légèrement en retrait, observant les adieux avec une expression indéchiffrable.

« Je ferai de mon mieux, » promit Sohalia, comprenant exactement ce qu'Izo lui demandait vraiment.

Les autres commandants s'approchèrent également les uns après les autres — Blenheim avec ses remerciements pour avoir pris soin de lui quand il avait été malade, Namur avec un sourire compréhensif malgré son traumatisme concernant le poisson, Speed Jil avec une promesse de courir encore plus vite pour qu'il puisse venir la visiter rapidement si elle avait besoin — chacun avec leurs propres mots et leurs propres manières de lui dire au revoir et bonne chance.

Puis vint le moment qu'elle redoutait le plus, celui qu'elle savait serait le plus difficile à traverser.

Barbe Blanche s'avança lentement, et immédiatement le pont entier tomba dans un silence respectueux absolu. Il s'arrêta devant Sohalia, la dominant de toute sa taille imposante mais avec une expression sur son visage qui était purement paternelle et remplie d'une affection évidente qui lui serra le cœur douloureusement.

Barbe Blanche posa sa main énorme sur sa tête dans ce geste paternel familier qu'il avait fait des centaines de fois au fil des années, et Sohalia dut fermer brièvement les yeux face à l'émotion qui menaçait de la submerger complètement.

« Tu seras toujours ma fille, » dit-il avec une conviction absolue. « Peu importe où tu es dans ce vaste monde. Peu importe quelle couronne tu portes sur ta tête. Peu importe combien de responsabilités pèsent sur tes épaules. Tu resteras toujours ma fille et cette famille restera toujours la tienne. »

« Prenez soin de vous, Votre Majesté. »

« Vous aussi, Père, » répondit-elle en retour.

Ils se regardèrent pendant un long moment chargé de tout ce qui n'avait pas besoin d'être dit à voix haute, puis Barbe Blanche la tira doucement dans une étreinte brève mais intense qui communiquait mieux que tous les mots à quel point il tenait à elle et à quel point il était fier de la femme et de la dirigeante qu'elle était devenue.

« Va gouverner ton royaume avec sagesse et compassion, » murmura-t-il contre ses cheveux. « Mais n'oublie jamais d'où tu viens et qui tu es vraiment au fond de ton cœur. Cette famille sera toujours là pour toi quand tu auras besoin de nous. »

Sohalia hocha la tête contre son torse massif, incapable de faire confiance à sa voix pour ne pas se briser complètement si elle essayait de parler. Quand ils se séparèrent finalement, elle dut rapidement essuyer les larmes qui coulaient sur ses joues avant de se tourner vers la personne suivante.

Ace s'approcha avec cette décontraction apparente qui cachait mal la tension visible dans ses épaules et dans son regard. Lui aussi partait bientôt, seul vers une mission que tous savaient être potentiellement mortelle, et cet au revoir portait donc un poids supplémentaire terrible parce qu'il y avait une possibilité très réelle que ce soit la dernière fois qu'ils se voyaient vivants.

« Fais attention à toi, petit frère, » dit Sohalia en essayant de garder son ton léger malgré l'angoisse qui la rongeait. « Ne fais pas de bêtises. »

Ace sourit mais c'était tendu et ne touchait pas vraiment ses yeux.

« Toi aussi, frangine, » répondit-il en utilisant le titre affectueux qu'il lui donnait rarement mais qui maintenant prenait une signification supplémentaire.

Ils se regardèrent pendant un moment, et tant de choses passèrent entre eux sans qu'aucun mot ne soit prononcé — inquiétude mutuelle, affection fraternelle profonde, peur de ce que l'avenir leur réservait, espoir fragile qu'ils se reverraient tous les deux vivants et en bonne santé malgré tous les dangers qui les attendaient.

« Teach est dangereux, » dit finalement Sohalia à voix basse pour que seul Ace puisse l'entendre. « Plus dangereux que tu ne le penses. S'il te plaît... »

« Je sais, » coupa Ace doucement. « Mais je dois le faire quand même. Tu comprends ça, non ? »

Sohalia hocha lentement la tête, reconnaissant que oui, elle comprenait même si elle détestait cette compréhension et souhaitait pouvoir le convaincre de changer d'avis même si elle savait que c'était impossible.

« Alors reviens vivant, » dit-elle fermement en prenant sa main et en la serrant fortement. « Promets-le moi. Promets que tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour revenir sain et sauf. »

« Je promets d'essayer, » répondit Ace, et ils savaient tous les deux que c'était la seule promesse qu'il pouvait honnêtement faire.

Ils s'étreignirent longuement et fortement, se tenant l'un l'autre comme s'ils essayaient de graver ce moment dans leur mémoire avec une précision absolue. Quand ils se séparèrent, Ace murmura rapidement :

« Prends soin de Marco. Il va avoir besoin de toi. Même de loin. »

Sohalia acquiesça, la gorge trop serrée pour parler, et regarda Ace reculer pour rejoindre les autres commandants qui observaient la scène avec des expressions variées de tristesse et de compréhension.

Puis finalement, inévitablement, arriva le moment qu'elle redoutait le plus — celui qu'elle avait repoussé aussi longtemps que possible mais qui ne pouvait plus être évité.

Marco s'approcha lentement, et quand leurs regards se croisèrent, Sohalia sentit tout l'air quitter ses poumons dans un souffle douloureux. Ils se tenaient maintenant face à face pour la dernière fois avant une séparation qui durerait des semaines ou des mois ou peut-être même plus longtemps, et l'équipage entier les observait avec respect et discrétion, conscient de l'importance de ce moment.

Ils devaient jouer leur rôle maintenant. Être le Commandant et la Reine. Pas Marco et Sohalia. Pas deux amants désespérés qui devaient se séparer contre leur volonté. Juste deux personnes respectables qui se disaient au revoir de manière appropriée et digne.

Mais quand leurs yeux se rencontrèrent, toute une conversation silencieuse se déroula entre eux — des milliers de mots qui ne pouvaient pas être prononcés à voix haute mais qui passaient parfaitement dans ce regard intense et chargé d'émotion.

Marco parla en premier, sa voix formelle et respectueuse mais ses yeux trahissant tout ce qu'il ressentait vraiment.

« Bon voyage, Votre Majesté, » dit-il avec une courtoisie parfaite qui aurait été appropriée entre un commandant de pirate et une reine visitant son navire.

Reviens-moi, vite.

« Merci de votre hospitalité, Commandant, » répondit Sohalia d'une voix qu'elle força à rester contrôlée et neutre même si elle tremblait légèrement sur les bords. « Cette semaine a été... mémorable. »

Insuffisant. Trop court. Parfait. Déchirant.

Marco tendit sa main vers elle, et Sohalia la prit après une brève hésitation, consciente que chaque seconde de contact physique rendait plus difficile de maintenir le masque qu'elle portait avec tant de difficulté.

Puis Marco fit quelque chose qui surprit tout le monde y compris Sohalia elle-même — il se pencha avec une élégance parfaite et porta sa main à ses lèvres dans un geste de respect formel qui aurait pu être interprété comme une simple courtoisie entre personnes de haut rang.

Mais ses lèvres s'attardèrent sur sa peau bien plus longtemps que ce qui était strictement nécessaire pour un geste purement formel, et Sohalia sentit son souffle chaud contre sa main tandis qu'il baisait délicatement l'endroit exact où reposaient les bagues — la fausse alliance qu'il lui avait offerte il y avait si longtemps, ce symbole secret de leur lien que personne d'autre ne connaissait ou ne comprenait.

Ce moment sembla s'étirer à l'infini tandis qu'une foule de sentiments les submergeait simultanément — amour désespéré, douleur déchirante de la séparation imminente, promesses silencieuses qu'aucune distance ne pourrait jamais briser ce qui les liait, espoir fragile qu'ils se retrouveraient bientôt, peur terrible qu'ils ne se reverraient peut-être jamais.

Sohalia serra sa main férocement, probablement trop fort pour être confortable mais incapable de se contrôler face à la nécessité viscérale de le toucher une dernière fois, de sentir sa chaleur et sa force sous ses doigts avant qu'ils ne soient séparés par des océans entiers.

Puis, avec un effort de volonté qui lui coûta presque plus qu'elle ne pouvait supporter, elle lâcha sa main et s'écarta d'un pas, créant une distance physique entre eux qui reflétait la distance émotionnelle qu'ils allaient devoir maintenir désormais.

Marco la laissa partir sans résister, mais son expression trahissait clairement à quel point ce simple geste lui coûtait.

Nostradamus s'avança alors, sonnant le glas.

Sohalia se tourna une dernière fois vers le Moby Dick, et elle la vit — cette petite silhouette fantomatique qui courait encore sur le pont. Une enfant de sept ans aux cheveux blonds volant derrière elle, pieds nus, riant aux éclats. Un fantôme du passé qui traversait le temps comme si rien n'avait changé.

L'enfant courait vers l'aventure avec cette liberté absolue qui ne connaissait ni responsabilités ni fardeaux. Libre. Insouciante. Entière.

Son rire cristallin résonnait à travers le pont comme un écho qui refusait de mourir, emplissant l'air d'une joie qui appartenait à une époque révolue.

Puis, tandis que Sohalia regardait cette version fantomatique d'elle-même, le rire commença à s'éteindre. Progressivement, comme une bougie qu'on souffle lentement. Chaque note joyeuse s'affaiblissait, devenait de plus en plus distante. L'enfant continuait de courir mais sa silhouette se fondait dans la lumière, se dissipait comme de la brume.

Le rire s'effilochait dans l'air jusqu'à n'être plus qu'un murmure fragile.

Puis le silence. Un silence absolu et définitif.

L'enfant disparut complètement, emportant avec elle le dernier vestige de cette liberté pure qui avait autrefois défini chaque seconde sur ce navire.

L'ère d'innocence se refermait comme un livre dont on tourne la dernière page.

Une nouvelle ère s'ouvrait — celle des responsabilités et des couronnes invisibles qui transformaient les enfants insouciants en dirigeants graves.

« Au revoir, » murmura-t-elle trop bas pour que quiconque sauf peut-être Marco avec son ouïe développée puisse l'entendre.

Nostradamus posa sa main sur son épaule et elle sentit la sensation familière mais toujours déstabilisante du voyage dimensionnel qui tordait son estomac et faisait bourdonner ses oreilles. Et au moment où la lumière l'enveloppa, le dernier fantôme du passé s'effaça complètement, ne laissant que le silence

Le rire de l'enfant libre qu'elle avait été s'éteint définitivement.

L'ère de l'innocence était close.

L'ère de la responsabilité commençait.

La nouvelle ère commençait maintenant. Pour elle. Pour Marco. Pour tous ceux qu'ils aimaient.

Mais leur histoire n'était pas terminée. Juste... suspendue temporairement.


Publié : 05/02/2026


Note de l'auteure :

Plus qu'un chapitre et un épilogue, avant de passer au tome II.

Laisser un commentaire ?