The New Era

Chapitre 66 : Epilogue : War of Change

Chapitre final

2963 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 07/02/2026 15:36

Quelques semaines s'étaient écoulés depuis que Sohalia avait fait ses adieux déchirants sur le pont du Moby Dick. Quelques semaines pendant lesquels elle avait appris à jongler entre deux vies, deux identités, deux mondes qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Le Royaume prospérait sous sa gouvernance, les lignées travaillaient en harmonie, et le peuple vivait dans une paix qu'il n'avait pas connue depuis des générations.

Le mariage avec Akihide, célébré quelques mois auparavant, avait scellé cette stabilité. Un mariage politique, de convenance, que tous deux avaient accepté avec pragmatisme et une affection fraternelle sincère. Akihide portait maintenant le titre de Roi Consort avec la même dignité tranquille qu'il mettait en toute chose, et si certains à la cour murmuraient parfois sur la nature inhabituelle de cette union, personne n'osait remettre en question l'arrangement qui fonctionnait si bien.

Sohalia avait trouvé son équilibre. Ou du moins, elle avait appris à donner l'illusion d'un équilibre. Les visites discrètes au Moby Dick continuaient, volées entre deux obligations royales, des parenthèses précieuses où elle redevenait simplement elle-même. Marco comprenait. Il avait toujours compris. Et si la situation était loin d'être idéale, au moins elle pouvait dire qu'elle n'avait renoncé à aucune des personnes qu'elle aimait.

La vie avait pris un rythme prévisible, presque routinier. Et c'était précisément cette routine qui rendait l'après-midi de ce jour si tristement ordinaire.

Le soleil déclinant inondait le bureau privé de Sohalia d'une lumière dorée et paresseuse. Des documents administratifs s'étalaient sur la grande table en bois précieux, témoignant des heures de travail acharné que la reine et sa cousine venaient de passer à examiner les affaires du royaume. Une théière en porcelaine fine reposait sur un plateau d'argent, le thé qu'elle contenait ayant depuis longtemps refroidi, oublié dans l'intensité de leur discussion.

Maiya était penchée sur un registre comptable, ses longs cheveux blonds tombant en cascade sur son épaule tandis qu'elle suivait du doigt une colonne de chiffres. Elle avait changé au fil des semaines, gagnant en assurance et en maturité. La jeune femme fragile qui pleurait encore le deuil d'Hachiro avait laissé place à une future dirigeante capable et réfléchie. Son bonheur avec Kino n'y était sans doute pas étranger — cet amour l'avait ancrée, lui avait redonné goût à la vie.

« Je comprends le principe de répartition des ressources entre les lignées, » dit Maiya en relevant la tête, « mais comment gères-tu les situations où deux clans revendiquent la même chose ? »

Sohalia sourit, appréciant la pertinence de la question.

« C'est là que la diplomatie entre en jeu. Tu dois écouter les deux parties, comprendre non pas ce qu'elles demandent, mais ce dont elles ont réellement besoin. Souvent, le conflit n'est qu'une manifestation de surface d'un problème plus profond. »

Elle se leva, s'étirant légèrement pour chasser la raideur de ses épaules. Son regard se porta naturellement vers la fenêtre et l'océan qui s'étendait au-delà, cette étendue bleue infinie qui représentait tout ce qu'elle avait laissé derrière elle chaque fois qu'elle rentrait au palais.

« Dans deux ans, ce sera ton tour de porter cette couronne, » continua-t-elle doucement. « Tu devras être capable de gérer le royaume seule, de prendre des décisions difficiles, de trancher entre des options qui semblent toutes mauvaises. »

Maiya la rejoignit près de la fenêtre, posant une main affectueuse sur son bras.

« Et si je n'étais pas prête ? »

« Tu l'es déjà bien plus que je ne l'étais, » répondit Sohalia avec une conviction sincère. « Tu as le cœur pour ça, Maiya. Tu te soucies des gens, tu cherches toujours la justice, et tu n'as pas peur de remettre en question les traditions quand elles ne servent plus le bien commun. C'est tout ce dont une bonne reine a besoin. »

Elles restèrent un moment silencieuses, contemplant ensemble le paysage familier. Tout semblait si paisible, si stable, si... normal. C'était un après-midi comme tant d'autres, rempli de discussions administratives et de moments de complicité entre cousines. Rien ne laissait présager que dans quelques secondes, leur monde allait basculer.

La porte du bureau s'ouvrit alors avec une violence qui fit sursauter les deux femmes.

Nostradamus fit irruption dans la pièce, et ce simple fait était déjà en soi profondément alarmant. Le sage aux yeux blancs ne courait jamais. En des mois de service auprès de la famille royale, personne ne l'avait jamais vu se départir de sa dignité tranquille et de ses mouvements mesurés. Mais là, il était essoufflé, haletant comme s'il avait traversé tout le palais en courant. Ses mains tremblaient sur son bâton, son visage habituellement serein était décomposé par quelque chose qui ressemblait terriblement à de la panique.

Sur ses talons, Opale apparut, sa fidèle espionne dont le dévouement à la reine n'avait jamais failli. Elle aussi était pâle, ses mains crispées sur un journal qu'elle tenait comme si c'était un serpent venimeux prêt à mordre. Des larmes brillaient dans ses yeux, et sa respiration était aussi erratique que celle de Nostradamus.

Sohalia et Maiya se levèrent d'un bond, renversant dans leur hâte quelques documents qui tombèrent au sol dans un bruissement de papier. La tasse de thé de Sohalia bascula et se brisa contre le plancher de bois, le liquide froid se répandant en une flaque sombre qui semblait préfigurer quelque chose de terrible.

Un silence absolu régna pendant deux secondes interminables. Deux secondes pendant lesquelles Sohalia sentit son cœur se serrer dans sa poitrine, son instinct hurlant qu'une catastrophe venait de frapper même si elle ne savait pas encore laquelle.

« Votre Majesté... » La voix de Nostradamus était brisée, méconnaissable. « Je suis désolé. Je n'ai pas vu... j'aurais dû voir cette information plus tôt mais c'était comme si quelque chose bloquait mes visions, comme si... »

Il s'interrompit, cherchant ses mots, et Sohalia comprit avec un frisson glacé que le sage était en train de s'excuser. Nostradamus ne s'excusait jamais. Ses visions étaient ce qu'elles étaient, impénétrables et inévitables. S'il s'excusait maintenant, cela signifiait que quelque chose d'épouvantable s'était produit, quelque chose qu'il aurait peut-être pu prévenir s'il l'avait vu venir.

Opale s'avança, les mains tremblantes, et tendit le journal à Sohalia.

« Votre Majesté, » dit-elle d'une voix étranglée, « c'est arrivé il y a trois jours. Le journal est arrivé ce matin seulement. Je suis venue dès que je l'ai lu. »

Sohalia prit le journal, et ses mains — étrangement calmes malgré le chaos qui commençait à envahir son esprit — ne tremblèrent pas. Elle déglutit difficilement, sentant sa gorge se serrer, et baissa les yeux vers la une.

Le monde s'arrêta.

Les lettres massives du titre lui sautèrent au visage comme un coup de poing en pleine poitrine :

PORTGAS D. ACE

« POINGS ARDENTS »

COMMANDANT DE LA SECONDE DIVISION

ÉQUIPAGE DE BARBE BLANCHE

CAPTURÉ ET CONDAMNÉ À MORT

Exécution publique à Marineford

Dans 12 jours

Sous le titre, une photo qui lui déchira le cœur. Ace. Son petit frère. Enchaîné dans du granit marin, le visage tuméfié et ensanglanté, mais avec ce regard défiant qui n'avait jamais plié devant personne. Il était vivant sur cette photo, mais pour combien de temps encore ?

Sohalia sentit tout l'air quitter ses poumons. Le journal tremblait maintenant dans ses mains, les lettres se brouillant légèrement tandis qu'elle lisait frénétiquement l'article. Capturé par Barbe Noire. Livré à la Marine. Condamné pour ses crimes de piraterie. Toutes les forces de la Marine rappelées à Marineford. Les Sept Grands Corsaires convoqués. Un piège évident, transparent, destiné à attirer Barbe Blanche et à détruire l'équipage entier.

Un piège dans lequel son père allait foncer tête baissée. Un piège dans lequel Marco allait se jeter sans hésiter. Un piège qui allait engloutir sa famille tout entière.

À côté d'elle, Maiya laissa échapper un cri d'horreur étouffé, sa main se plaquant sur sa bouche. Elle avait lu par-dessus l'épaule de Sohalia, et même si elle ne connaissait pas personnellement Ace, elle comprenait parfaitement ce que cette nouvelle signifiait. Elle comprenait l'expression qui se peignait maintenant sur le visage de sa cousine — ce mélange de choc, d'horreur et de détermination farouche qui ne présageait rien de bon.

« Votre Majesté... » murmura Maiya d'une voix tremblante.

Sohalia leva lentement les yeux vers Nostradamus. Leurs regards se croisèrent, et une conversation entière se déroula dans ce silence chargé. Les yeux blancs et aveugles du sage semblaient néanmoins la voir avec une clarté parfaite, lire en elle comme dans un livre ouvert.

« Vous l'avez vu, n'est-ce pas ? » demanda Sohalia d'une voix étrangement calme. « Dans vos visions. »

Nostradamus hocha lentement la tête, son expression grave témoignant du poids de ce qu'il avait aperçu dans les fils entremêlés du futur.

« Vous connaissez la fin de cette guerre, » continua Sohalia, et ce n'était pas une question.

« Oui, Votre Majesté, » répondit Nostradamus dans un souffle.

Le silence qui suivit fut lourd, oppressant, chargé de toutes les implications terribles de cet aveu. Si Nostradamus avait vu la fin, cela signifiait qu'il savait. Il savait qui vivrait et qui mourrait. Il savait si le sauvetage réussirait ou échouerait. Il savait quel serait le prix de cette bataille.

Et il ne pouvait rien dire. Les visions étaient des guides, pas des certitudes absolues. Les révéler pouvait changer le cours des événements de manière imprévisible, créer des paradoxes dangereux. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était regarder Sohalia avec cette expression de tristesse résignée et espérer qu'elle ferait le bon choix.

Mais Sohalia avait déjà pris sa décision.

Elle ferma les yeux un instant, respirant profondément, rassemblant ses forces pour ce qui allait suivre. Quand elle les rouvrit, son visage avait changé. Ce n'était plus la reine studieuse qui passait un après-midi tranquille à former sa successeur. C'était la commandante de la 4e Division, la fille de Barbe Blanche, la pirate qui avait affronté des monstres et survécu.

« Préparez une séance d'urgence du Conseil, » dit-elle d'une voix qui ne tolérait aucune contradiction. « Il faut mettre en place une régence. »

Elle marqua une pause, son regard se durcissant encore.

« Je retourne sur le Moby Dick. »

Le choc de ces mots résonna dans la pièce comme un coup de tonnerre. Opale porta une main à sa bouche, étouffant un sanglot. Maiya fit un pas en avant, les yeux écarquillés d'incrédulité et de peur. Mais c'était Nostradamus qui parla, sa voix emplie d'un désespoir qu'on ne lui avait jamais connu.

« Votre Majesté, je vous en supplie— »

« Je me fous de ce que vous avez vu, Nostradamus, » coupa Sohalia, et sa voix était devenue glaciale, implacable comme une lame d'acier. « Je ne laisserai pas mon petit frère mourir sans rien faire. Père doit déjà prévoir un plan de sauvetage et je compte bien l'y aider. »

« Votre Majesté, » insista Nostradamus, ses mains se tendant vers elle dans un geste suppliant, « Sengoku fait rapatrier TOUTES les forces de la Marine à Marineford. Les Sept Grands Corsaires ont été convoqués. C'est un piège. Un piège conçu pour détruire Barbe Blanche et tous ceux qui viendront avec lui. »

Il s'avança d'un pas, son visage tordu par l'angoisse.

« Si vous y allez... vous serez une cible pour eux. Tout le monde aura pour but de vous capturer, ou bien de vous tuer sans délai. Et cela mettra en danger notre île, notre peuple, tout ce que vous avez construit ici. »

Sohalia le regarda droit dans les yeux, et son expression ne vacilla pas d'un pouce.

« C'est pourquoi je mets en place la régence. L'île, durant mon absence, sera placée sous haute surveillance. Maiya assumera mes fonctions avec votre aide, Nostradamus, ainsi que celle du Roi Consort. »

Elle se tourna vers sa cousine, et quelque chose s'adoucit imperceptiblement dans son regard.

« Tu es prête pour ça, Maiya. Tu l'as toujours été. »

Maiya secoua la tête, des larmes commençant à couler sur ses joues.

« Et si... et si tu te fais prendre ? » Sa voix se brisa sur le dernier mot. « Si tu meurs ? »

Sohalia s'approcha d'elle, posa doucement ses mains sur les épaules tremblantes de sa cousine. Quand elle parla, sa voix était plus douce, mais la détermination qui l'habitait n'avait pas faibli d'un iota.

« Alors tu seras reine. C'est pour ça que je te prépare depuis des mois. Tu es plus forte que tu ne le penses, plus sage que tu ne le crois. Et tu as Kino à tes côtés. Tu as Akihide. Tu as Nostradamus. Tu as tout ce dont tu as besoin pour gouverner. »

Elle marqua une pause, son regard se faisant plus intense.

« Mais je ne compte pas être prise vivante, Maiya. Je compte me battre avec tout ce que j'ai, protéger ceux que j'aime, et revenir avec ma famille. Tous ensemble. »

Nostradamus poussa un long soupir, ses épaules s'affaissant en signe de défaite. Il avait compris qu'aucun argument, aucun avertissement, aucune vision de l'avenir ne pourrait dissuader Sohalia de cette voie. Elle avait fait son choix, et ce choix était aussi inébranlable que les montagnes elles-mêmes.

« Comme vous le désirez, Votre Majesté, » dit-il finalement, s'inclinant avec une résignation douloureuse. « Que les dieux veillent sur vous. »

Opale pleurait ouvertement maintenant, mais elle s'inclina également, ses mains jointes dans une prière silencieuse pour le retour de sa reine.

Nostradamus et Opale quittèrent la pièce, leurs pas lourds résonnant dans le couloir. La porte se referma derrière eux avec un bruit sourd qui sembla sceller le destin de tous.

Le silence qui suivit fut assourdissant.

Maiya se tourna vers Sohalia, cherchant désespérément les mots qui pourraient la faire changer d'avis, qui pourraient la retenir ici, en sécurité. Mais quand elle croisa le regard de sa cousine, elle comprit qu'il n'y avait pas de tels mots. La décision était prise. Irrévocable.

« Tu es sûre ? » demanda-t-elle néanmoins, parce qu'elle devait au moins poser la question.

Sohalia s'approcha de la fenêtre, son regard se perdant à nouveau vers l'océan lointain. Quelque part, au-delà de cet horizon, le Moby Dick voguait. Quelque part, Barbe Blanche rassemblait ses forces. Quelque part, Marco se préparait à la bataille de sa vie.

« Je ne peux pas rester ici à ne rien faire, Maiya, » dit-elle doucement. « Je vais me battre avec ma famille, peu importe l'issue. »

Elle posa sa main sur la vitre froide, comme si elle pouvait toucher cette étendue bleue qui la séparait de ceux qu'elle aimait.

« Je ne laisserai pas Ace mourir. »

Il n'y avait rien à ajouter. Ces mots contenaient tout — son amour, sa loyauté, sa détermination inébranlable. Maiya comprit qu'insister serait inutile, voire cruel. Si c'était Kino qui était en danger, elle ferait exactement la même chose. On ne tournait pas le dos à sa famille quand celle-ci avait besoin de vous, peu importe le prix à payer.

Sohalia se détourna de la fenêtre et quitta la pièce sans un regard en arrière, ses pas résonnant dans le couloir avec une finalité terrible. Elle avait des préparatifs à faire, un royaume à mettre en ordre avant son départ, un mari à informer de sa décision.

Maiya resta seule dans le bureau silencieux.

Elle ferma les yeux, laissant les larmes couler librement maintenant que personne ne pouvait la voir. Elle pria — pria les ancêtres, les dieux de la mer, les esprits de la nature, n'importe quelle puissance qui voudrait bien l'écouter. Pria pour que Sohalia revienne. Pria pour que cette famille dispersée survive à la tempête qui s'annonçait.

Quand elle rouvrit les yeux, son regard tomba sur le journal qui était resté sur le bureau, abandonné là comme un présage de mort.

Lentement, comme hypnotisée, elle s'en approcha. Le prit entre ses mains tremblantes. Regarda à nouveau le titre qui semblait brûler le papier :

PORTGAS D. ACE

« POINGS ARDENTS »

COMMANDANT DE LA SECONDE DIVISION

ÉQUIPAGE DE BARBE BLANCHE

CONDAMNÉ À MORT

La photo d'Ace la fixait, son regard défiant malgré les chaînes, malgré le sang, malgré la condamnation qui pesait sur lui. C'était le regard de quelqu'un qui n'avait jamais renoncé, qui ne renoncerait jamais, même face à l'exécution.

Et quelque part, Maiya savait que Sohalia avait ce même regard en ce moment précis.

Elle posa délicatement le journal sur le bureau et se dirigea vers la porte. Il y avait du travail à faire. Une régence à préparer. Un royaume à protéger. Et une cousine à attendre, aussi longtemps qu'il le faudrait.

Parce que Sohalia reviendrait.

Elle devait revenir.

Dans douze jours, les canons tonneraient à Marineford.

Dans douze jours, le monde entier serait témoin de la plus grande bataille que l'histoire de la piraterie ait jamais connue.

Dans douze jours, des légendes tomberaient et d'autres naîtraient dans le sang et le feu.

La guerre approche.

Une guerre qui changera le monde à jamais.

Une guerre qui sonnerait le glas de l'ancienne ère et le début d'une nouvelle.

La Guerre du Sommet.

TO BE CONTINUED IN TOME II

FIN DU TOME I


Publié : 07/02/2026

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