War of Change
Chapitre 0 : Prologue : L'annonce de la guerre
4982 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 08/02/2026 12:00
Quelques semaines s'étaient écoulés depuis que Sohalia avait fait ses adieux déchirants sur le pont du Moby Dick. Quelques semaines pendant lesquels elle avait appris à jongler entre deux vies, deux identités, deux mondes qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Le Royaume prospérait sous sa gouvernance, les lignées travaillaient en harmonie, et le peuple vivait dans une paix qu'il n'avait pas connue depuis des générations.
Le mariage avec Akihide, célébré six mois auparavant, avait scellé cette stabilité. Un mariage politique, de convenance, qui avait autant servi à protéger le prince exilé qu'à renforcer la position de Sohalia. En épousant Akihide et en lui accordant le titre de Roi Consort, elle lui avait offert un refuge permanent, une protection contre ceux qui le traquaient encore. Tous deux avaient accepté cet arrangement avec pragmatisme et une affection fraternelle sincère. Akihide portait maintenant son titre avec la même dignité tranquille qu'il mettait en toute chose, et si certains à la cour murmuraient parfois sur la nature inhabituelle de cette union, personne n'osait remettre en question l'arrangement qui fonctionnait si bien.
Sohalia avait trouvé son équilibre. Ou du moins, elle avait appris à donner l'illusion d'un équilibre. Les visites discrètes au Moby Dick continuaient, volées entre deux obligations royales, des parenthèses précieuses où elle redevenait simplement elle-même. Marco comprenait. Il avait toujours compris. Et si la situation était loin d'être idéale, au moins elle pouvait dire qu'elle n'avait renoncé à aucune des personnes qu'elle aimait.
La vie avait pris un rythme prévisible, presque routinier. Et c'était précisément cette routine qui rendait l'après-midi de ce jour si tristement ordinaire.
Le soleil déclinant inondait le bureau privé de Sohalia d'une lumière dorée et paresseuse. Des documents administratifs s'étalaient sur la grande table en bois précieux, témoignant des heures de travail acharné que la reine et sa cousine venaient de passer à examiner les affaires du royaume. Une théière en porcelaine fine reposait sur un plateau d'argent, le thé qu'elle contenait ayant depuis longtemps refroidi, oublié dans l'intensité de leur discussion.
Maiya était penchée sur un registre comptable, ses longs cheveux blonds tombant en cascade sur son épaule tandis qu'elle suivait du doigt une colonne de chiffres. Elle avait changé au fil des mois, gagnant en assurance et en maturité. La jeune femme fragile qui pleurait encore le deuil d'Hachiro avait laissé place à une future dirigeante capable et réfléchie. Son bonheur avec Kino n'y était sans doute pas étranger — cet amour l'avait ancrée, lui avait redonné goût à la vie.
« Je comprends le principe de répartition des ressources entre les lignées, » dit Maiya en relevant la tête, « mais comment gères-tu les situations où deux clans revendiquent la même chose ? »
Sohalia sourit, appréciant la pertinence de la question.
« C'est là que la diplomatie entre en jeu. Tu dois écouter les deux parties, comprendre non pas ce qu'elles demandent, mais ce dont elles ont réellement besoin. Souvent, le conflit n'est qu'une manifestation de surface d'un problème plus profond. »
Elle se leva, s'étirant légèrement pour chasser la raideur de ses épaules. Son regard se porta naturellement vers la fenêtre et l'océan qui s'étendait au-delà, cette étendue bleue infinie qui représentait tout ce qu'elle avait laissé derrière elle chaque fois qu'elle rentrait au palais.
« Dans deux ans, ce sera ton tour de porter cette couronne, » continua-t-elle doucement. « Tu devras être capable de gérer le royaume seule, de prendre des décisions difficiles, de trancher entre des options qui semblent toutes mauvaises. »
Maiya la rejoignit près de la fenêtre, posant une main affectueuse sur son bras.
« Et si je n'étais pas prête ? »
« Tu l'es déjà bien plus que je ne l'étais, » répondit Sohalia avec une conviction sincère. « Tu as le cœur pour ça, Maiya. Tu te soucies des gens, tu cherches toujours la justice, et tu n'as pas peur de remettre en question les traditions quand elles ne servent plus le bien commun. C'est tout ce dont une bonne reine a besoin. »
Elles restèrent un moment silencieuses, contemplant ensemble le paysage familier. Tout semblait si paisible, si stable, si... normal. C'était un après-midi comme tant d'autres, rempli de discussions administratives et de moments de complicité entre cousines. Rien ne laissait présager que dans quelques secondes, leur monde allait basculer.
La porte du bureau s'ouvrit alors avec une violence qui fit sursauter les deux femmes.
Nostradamus fit irruption dans la pièce, et ce simple fait était déjà en soi profondément alarmant. Le sage aux yeux blancs ne courait jamais. En des décennies de service auprès de la famille royale, personne ne l'avait jamais vu se départir de sa dignité tranquille et de ses mouvements mesurés. Mais là, il était essoufflé, haletant comme s'il avait traversé tout le palais en courant. Ses mains tremblaient sur son bâton, son visage habituellement serein était décomposé par quelque chose qui ressemblait terriblement à de la panique.
Sur ses talons, Opale apparut, sa fidèle servante dont le dévouement à la reine n'avait jamais failli. Elle aussi était pâle, ses mains crispées sur un journal qu'elle tenait comme si c'était un serpent venimeux prêt à mordre. Des larmes brillaient dans ses yeux, et sa respiration était aussi erratique que celle de Nostradamus.
Sohalia et Maiya se levèrent d'un bond, renversant dans leur hâte quelques documents qui tombèrent au sol dans un bruissement de papier. La tasse de thé de Sohalia bascula et se brisa contre le plancher de bois, le liquide froid se répandant en une flaque sombre qui semblait préfigurer quelque chose de terrible.
Un silence absolu régna pendant deux secondes interminables. Deux secondes pendant lesquelles Sohalia sentit son cœur se serrer dans sa poitrine, son instinct hurlant qu'une catastrophe venait de frapper même si elle ne savait pas encore laquelle.
« Votre Majesté... » La voix de Nostradamus était brisée, méconnaissable. « Je suis désolé. Je n'ai pas vu... j'aurais dû voir cette information plus tôt mais c'était comme si quelque chose bloquait mes visions, comme si... »
Il s'interrompit, cherchant ses mots, et Sohalia comprit avec un frisson glacé que le sage était en train de s'excuser. Nostradamus ne s'excusait jamais. Ses visions étaient ce qu'elles étaient, impénétrables et inévitables. S'il s'excusait maintenant, cela signifiait que quelque chose d'épouvantable s'était produit, quelque chose qu'il aurait peut-être pu prévenir s'il l'avait vu venir.
Opale s'avança, les mains tremblantes, et tendit le journal à Sohalia.
« Votre Majesté, » dit-elle d'une voix étranglée, « c'est arrivé il y a trois jours. Le journal est arrivé ce matin seulement. Je suis venue dès que je l'ai lu. »
Sohalia prit le journal, et ses mains — étrangement calmes malgré le chaos qui commençait à envahir son esprit — ne tremblèrent pas. Elle déglutit difficilement, sentant sa gorge se serrer, et baissa les yeux vers la une.
Le monde s'arrêta.
Les lettres massives du titre lui sautèrent au visage comme un coup de poing en pleine poitrine :
PORTGAS D. ACE
« POINGS ARDENTS »
COMMANDANT DE LA SECONDE DIVISION
ÉQUIPAGE DE BARBE BLANCHE
CAPTURÉ ET CONDAMNÉ À MORT
Exécution publique à Marineford
Dans 12 jours
Sous le titre, une photo qui lui déchira le cœur. Ace. Son petit frère. Enchaîné dans du granit marin, le visage tuméfié et ensanglanté, mais avec ce regard défiant qui n'avait jamais plié devant personne. Il était vivant sur cette photo, mais pour combien de temps encore ?
Sohalia sentit tout l'air quitter ses poumons. Le journal tremblait maintenant dans ses mains, les lettres se brouillant légèrement tandis qu'elle lisait frénétiquement l'article. Capturé par Barbe Noire. Livré à la Marine. Condamné pour ses crimes de piraterie. Toutes les forces de la Marine rappelées à Marineford. Les Sept Grands Corsaires convoqués. Un piège évident, transparent, destiné à attirer Barbe Blanche et à détruire l'équipage entier.
Un piège dans lequel son père allait foncer tête baissée. Un piège dans lequel Marco allait se jeter sans hésiter. Un piège qui allait engloutir sa famille tout entière.
À côté d'elle, Maiya laissa échapper un cri d'horreur étouffé, sa main se plaquant sur sa bouche. Elle avait lu par-dessus l'épaule de Sohalia, et même si elle ne connaissait pas personnellement Ace, elle comprenait parfaitement ce que cette nouvelle signifiait. Elle comprenait l'expression qui se peignait maintenant sur le visage de sa cousine — ce mélange de choc, d'horreur et de détermination farouche qui ne présageait rien de bon.
« Votre Majesté... » murmura Maiya d'une voix tremblante.
Sohalia leva lentement les yeux vers Nostradamus. Leurs regards se croisèrent, et une conversation entière se déroula dans ce silence chargé. Les yeux blancs et aveugles du sage semblaient néanmoins la voir avec une clarté parfaite, lire en elle comme dans un livre ouvert.
« Vous l'avez vu, n'est-ce pas ? » demanda Sohalia d'une voix étrangement calme. « Dans vos visions. »
Nostradamus hocha lentement la tête, son expression grave témoignant du poids de ce qu'il avait aperçu dans les fils entremêlés du futur.
« Vous connaissez la fin de cette guerre, » continua Sohalia, et ce n'était pas une question.
« Oui, Votre Majesté, » répondit Nostradamus dans un souffle.
Le silence qui suivit fut lourd, oppressant, chargé de toutes les implications terribles de cet aveu. Si Nostradamus avait vu la fin, cela signifiait qu'il savait. Il savait qui vivrait et qui mourrait. Il savait si le sauvetage réussirait ou échouerait. Il savait quel serait le prix de cette bataille.
Et il ne pouvait rien dire. Les visions étaient des guides, pas des certitudes absolues. Les révéler pouvait changer le cours des événements de manière imprévisible, créer des paradoxes dangereux. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était regarder Sohalia avec cette expression de tristesse résignée et espérer qu'elle ferait le bon choix.
Mais Sohalia avait déjà pris sa décision.
Elle ferma les yeux un instant, respirant profondément, rassemblant ses forces pour ce qui allait suivre. Quand elle les rouvrit, son visage avait changé. Ce n'était plus la reine studieuse qui passait un après-midi tranquille à former sa successeur. C'était la commandante de la 4e Division, la fille de Barbe Blanche, la guerrière qui avait affronté des monstres et survécu.
« Préparez une séance d'urgence du Conseil, » dit-elle d'une voix qui ne tolérait aucune contradiction. « Il faut mettre en place une régence. »
Elle marqua une pause, son regard se durcissant encore.
« Je retourne sur le Moby Dick. »
Le choc de ces mots résonna dans la pièce comme un coup de tonnerre. Opale porta une main à sa bouche, étouffant un sanglot. Maiya fit un pas en avant, les yeux écarquillés d'incrédulité et de peur. Mais c'était Nostradamus qui parla, sa voix emplie d'un désespoir qu'on ne lui avait jamais connu.
« Votre Majesté, je vous en supplie— »
« Je me fous de ce que vous avez vu, Nostradamus, » coupa Sohalia, et sa voix était devenue glaciale, implacable comme une lame d'acier. « Je ne laisserai pas mon petit frère mourir sans rien faire. Père doit déjà prévoir un plan de sauvetage et je compte bien l'y aider. »
« Votre Majesté, » insista Nostradamus, ses mains se tendant vers elle dans un geste suppliant, « Sengoku fait rapatrier TOUTES les forces de la Marine à Marineford. Les Sept Grands Corsaires ont été convoqués. C'est un piège. Un piège conçu pour détruire Barbe Blanche et tous ceux qui viendront avec lui. »
Il s'avança d'un pas, son visage tordu par l'angoisse.
« Si vous y allez... vous serez une cible. Et cela mettra en danger notre île, notre peuple, tout ce que vous avez construit ici. »
Sohalia le regarda droit dans les yeux, et son expression ne vacilla pas d'un pouce.
« C'est pourquoi je mets en place la régence. L'île, durant mon absence, sera placée sous haute surveillance. Maiya assumera mes fonctions avec l'aide de Nostradamus et du Roi Consort. »
Elle se tourna vers sa cousine, et quelque chose s'adoucit imperceptiblement dans son regard.
« Tu es prête pour ça, Maiya. Tu l'as toujours été. »
Maiya secoua la tête, des larmes commençant à couler sur ses joues. « Et si... si tu te fais prendre ? » Sa voix se brisa sur le dernier mot. « Si tu meurs ? »
Sohalia s'approcha d'elle, posa doucement ses mains sur les épaules tremblantes de sa cousine. Quand elle parla, sa voix était plus douce, mais la détermination qui l'habitait n'avait pas faibli d'un iota.
« Alors tu seras reine. C'est pour ça que je te prépare depuis des mois. Tu es plus forte que tu ne le penses, plus sage que tu ne le crois. Et tu as Kino à tes côtés. Tu as Akihide. Tu as Nostradamus. Tu as tout ce dont tu as besoin pour gouverner. »
Elle marqua une pause, son regard se faisant plus intense.
« Mais je ne compte pas être prise vivante, Maiya. Je compte me battre avec tout ce que j'ai, protéger ceux que j'aime, et revenir avec ma famille. Tous ensemble. »
Nostradamus poussa un long soupir, ses épaules s'affaissant en signe de défaite. Il avait compris qu'aucun argument, aucun avertissement, aucune vision de l'avenir ne pourrait dissuader Sohalia de cette voie. Elle avait fait son choix, et ce choix était aussi inébranlable que les montagnes elles-mêmes.
« Comme vous le désirez, Votre Majesté, » dit-il finalement, s'inclinant avec une résignation douloureuse. « Que les dieux veillent sur vous. »
Opale pleurait ouvertement maintenant, mais elle s'inclina également, ses mains jointes dans une prière silencieuse pour le retour de sa reine.
Nostradamus et Opale quittèrent la pièce, leurs pas lourds résonnant dans le couloir. La porte se referma derrière eux avec un bruit sourd qui sembla sceller le destin de tous.
Le silence qui suivit fut assourdissant.
Maiya se tourna vers Sohalia, cherchant désespérément les mots qui pourraient la faire changer d'avis, qui pourraient la retenir ici, en sécurité. Mais quand elle croisa le regard de sa cousine, elle comprit qu'il n'y avait pas de tels mots. La décision était prise. Irrévocable.
« Tu es sûre ? » demanda-t-elle néanmoins, parce qu'elle devait au moins poser la question.
Sohalia s'approcha de la fenêtre, son regard se perdant à nouveau vers l'océan lointain. Quelque part, au-delà de cet horizon, le Moby Dick voguait. Quelque part, Barbe Blanche rassemblait ses forces. Quelque part, Marco se préparait à la bataille de sa vie.
« Je ne peux pas rester ici à ne rien faire, Maiya, » dit-elle doucement, sa voix portant le poids de toutes les années où elle avait dû choisir entre ses deux familles, ses deux vies. « Je vais me battre avec ma famille, peu importe l'issue. »
Elle posa sa main sur la vitre froide, comme si elle pouvait toucher cette étendue bleue qui la séparait de ceux qu'elle aimait.
« Je ne laisserai pas Ace mourir. »
Il n'y avait rien à ajouter. Ces mots contenaient tout — son amour, sa loyauté, sa détermination inébranlable. Maiya comprit qu'insister serait inutile, voire cruel. Si c'était Kino qui était en danger, elle ferait exactement la même chose. On ne tournait pas le dos à sa famille quand celle-ci avait besoin de vous, peu importe le prix à payer.
Sohalia se détourna de la fenêtre et quitta la pièce sans un regard en arrière, ses pas résonnant dans le couloir avec une finalité terrible. Elle avait des préparatifs à faire, un royaume à mettre en ordre avant son départ, un mari à informer de sa décision.
Les appartements d'Akihide se trouvaient dans l'aile est du palais, là où la lumière du soleil levant inondait les chambres chaque matin. Sohalia s'y rendit directement.
Elle frappa brièvement à la porte avant d'entrer sans attendre de réponse. C'était son droit en tant que reine, mais aussi un privilège qu'Akihide lui avait toujours accordé volontiers. Leur mariage n'était peut-être pas traditionnel, mais il reposait sur un respect mutuel profond et une confiance absolue.
Akihide était assis près de la fenêtre, plongé dans la lecture d'un ancien traité de philosophie. Il leva les yeux à son entrée, et son expression changea immédiatement lorsqu'il vit son visage. Il posa son livre et se leva d'un bond.
« Sohalia ? Que se passe-t-il ? »
Elle lui expliqua, lentement, les mots ayant du mal à se former.
« Non, » dit-il simplement. « Non, Sohalia. Ne me dis pas que tu penses à— »
« Je pars, » coupa-t-elle fermement. « Je retourne sur le Moby Dick. »
Akihide ferma les yeux, comme s'il avait reçu un coup physique. Puis il les rouvrit, et ce fut avec une détermination farouche qu'il s'approcha d'elle.
« Tu ne peux pas faire ça. »
« Je le peux. Et je le ferai. »
« Sohalia, » sa voix se fit suppliante, « réfléchis à ce que tu es en train de faire. Ce n'est pas seulement ta vie que tu mets en danger. C'est tout le Royaume. Si ton identité est révélée, si le monde entier apprend qu'une reine gouverne un royaume secret tout en étant commandante dans l'équipage de Barbe Blanche... »
« Je sais, » dit-elle doucement. « C'est pourquoi j'ai mis en place une régence. Maiya sera reine en mon absence. »
« Et si tu ne reviens pas ? » La voix d'Akihide se brisa légèrement. « Sohalia, je t'en supplie. Tu m'as sauvé la vie il y a quelques mois. Tu m'as offert un refuge, une maison, une famille. Tu m'as donné une raison de vivre alors que j'étais traqué et sans espoir. Ne me demande pas maintenant de te regarder partir vers une mort certaine. »
Sohalia posa une main sur son bras, touchée par l'émotion brute dans sa voix.
« Akihide... je ne peux pas rester ici pendant que ma famille se bat et meurt. Ace est mon frère. Marco... » Sa voix s'étrangla légèrement. « Marco sera là-bas. Mon père sera là-bas. Tous ceux que j'aime seront là-bas. Comment pourrais-je vivre avec moi-même si je restais en sécurité ici pendant qu'ils risquent tout ? »
« En restant en vie, » répondit Akihide avec une véhémence inattendue. « En gouvernant ton royaume. En protégeant ton peuple. Tu as des responsabilités ici, Sohalia. Des gens qui comptent sur toi. »
« Et j'ai une famille qui a besoin de moi là-bas, » contra-t-elle avec la même intensité. « Tu comprends ça, n'est-ce pas ? La loyauté envers la famille ? »
Akihide détourna le regard, une expression douloureuse traversant son visage.
« Oui, » murmura-t-il finalement. « Je comprends. Mais ça ne rend pas cette décision moins insensée. »
Il se tourna à nouveau vers elle, et dans ses yeux brillait maintenant quelque chose qui ressemblait à de la résignation mêlée de peur.
« Si tu meurs là-bas, si tu ne reviens pas... » Il s'interrompit, cherchant ses mots. « Ce mariage nous protège tous les deux. Tu le sais. Il te donne une couverture pour tes visites au Moby Dick. Il me donne un refuge contre ceux qui me traquent. Mais il fait plus que ça. Il nous donne une famille l'un à l'autre. Tu es devenue ma sœur, Sohalia. La sœur que je n'ai jamais eue. »
Sa voix se fit plus douce, presque suppliante.
« Et je ne veux pas perdre ma sœur. »
Sohalia sentit sa gorge se serrer. Elle s'approcha d'Akihide et le prit dans ses bras, une étreinte fraternelle chargée de toute l'affection qu'elle éprouvait pour lui.
« Tu ne me perdras pas, » murmura-t-elle contre son épaule. « Je te le promets. Je reviendrai. Et quand je reviendrai, nous continuerons à protéger ce royaume ensemble. Toi, moi, Maiya. Nous sommes une famille. »
Akihide la serra plus fort, comme s'il pouvait la retenir physiquement ici par la seule force de son étreinte.
« Je ne peux pas te retenir, n'est-ce pas ? » demanda-t-il finalement, sa voix étouffée. « Rien de ce que je dirai ne te fera changer d'avis. »
« Non, » admit Sohalia honnêtement. « Ma décision est prise. »
Akihide soupira longuement, puis s'écarta d'elle. Il prit son visage entre ses mains, la regardant avec une intensité farouche.
« Alors promets-moi une chose. Promets-moi que tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour revenir vivante. Pas pour le royaume. Pas pour ton devoir. Mais pour nous. Pour Maiya qui t'aime comme une sœur. Pour Ume qui pleurera ta perte. Pour moi, ton frère. Promets-moi que tu te battras pour survivre. »
Sohalia hocha la tête, des larmes brûlant ses yeux.
« Je te le promets. Je me battrai de toutes mes forces. Et je reviendrai. »
Akihide laissa retomber ses mains, s'inclinant légèrement en signe d'acceptation résignée.
« Alors que les dieux veillent sur toi, ma sœur. Et qu'ils protègent ceux que tu aimes. »
Il marqua une pause, puis ajouta avec un petit sourire triste :
« Quand tu verras Marco, dis-lui qu'il a intérêt à te ramener en un seul morceau. Sinon, il devra répondre de moi. »
Malgré la gravité du moment, Sohalia ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.
« Je le lui dirai. »
Elle se dirigea vers la porte, puis s'arrêta sur le seuil, se retournant une dernière fois.
« Prends soin de Maiya pendant mon absence. Elle aura besoin de toi. »
« Je veillerai sur elle, » promit Akihide. « Et sur ton royaume. C'est le moins que je puisse faire. »
Sohalia hocha la tête, puis quitta la pièce, refermant doucement la porte derrière elle.
Dans le silence qui suivit son départ, Akihide se laissa tomber sur une chaise, le visage enfoui dans ses mains. Il resta ainsi un long moment, essayant de se préparer à la possibilité très réelle de perdre la sœur qu'il venait à peine de trouver.
TROIS JOURS PLUS TÔT — NOUVEAU MONDE — LE MOBY DICK
Le soleil était à son zénith lorsque la vigie du Moby Dick cria depuis son nid de pie. Sa voix, habituellement joviale et décontractée, portait une note d'urgence qui fit immédiatement lever les têtes sur le pont.
« Mouette messagère en approche ! »
Marco, qui supervisait l'entraînement de quelques membres de la quatrième division en l'absence de Sohalia, leva les yeux vers le ciel. Effectivement, une mouette des nouvelles descendait en spirale vers le navire, un journal attaché à sa patte.
Les mouettes messagères n'étaient pas inhabituelles en soi, mais il y avait quelque chose dans l'urgence de sa descente qui mit Marco mal à l'aise. Il tendit le bras, et l'oiseau se posa, agité, piaillant nerveusement comme s'il comprenait l'importance de son message.
Marco détacha le journal, donna quelques berrys à la mouette qui s'envola aussitôt, puis déplia le papier.
Ce qu'il vit le figea sur place.
Le titre hurlait pratiquement depuis la page, les lettres noires et massives semblant absorber toute la lumière environnante :
PORTGAS D. ACE
« POINGS ARDENTS »
COMMANDANT DE LA SECONDE DIVISION
ÉQUIPAGE DE BARBE BLANCHE
CAPTURÉ ET CONDAMNÉ À MORT
Marco sentit le monde vaciller autour de lui. Ses doigts se crispèrent sur le papier, le froissant légèrement, tandis que ses yeux parcouraient frénétiquement l'article. Capturé par Teach. Barbe Noire. Livré à la Marine. Exécution publique prévue à Marineford dans douze jours.
« Non, » murmura-t-il, sa voix à peine audible. « Non, non, non... »
« Marco ? » La voix d'Izo venait de derrière lui, teintée d'inquiétude. « Qu'est-ce qui se passe ? »
Marco ne répondit pas. Il ne pouvait pas. Il relisait l'article encore et encore, comme si les mots allaient changer, comme si c'était une erreur, un canular cruel. Mais la photo était là, indéniable. Ace, enchaîné, ensanglanté mais défiant.
D'autres commandants s'approchèrent, alertés par son expression. Vista, Jozu, Haruta, tous se rassemblèrent autour de lui, leurs visages passant progressivement de la curiosité à l'horreur tandis qu'ils lisaient par-dessus son épaule.
« Putain... »
Le juron venait de Jozu, habituellement si mesuré dans ses paroles.
« Ils l'ont vraiment fait, » murmura Vista, sa voix tremblante de rage contenue. « Ces bâtards l'ont vraiment capturé. »
Le silence qui suivit fut brisé par le bruit caractéristique du rire de Barbe Blanche — mais ce n'était pas son rire tonitruant habituel. C'était quelque chose de plus sombre, plus dangereux. Tous les regards se tournèrent vers l'arrière du navire où l'Empereur se tenait, ayant manifestement entendu leurs paroles.
« Apportez-moi ce journal, » dit l'Empereur d'une voix étranglée, se ressaisissant.
Il traversa le pont d'un pas raide, le journal serré dans son poing, conscient que chaque membre de l'équipage présent le suivait des yeux. Lorsqu'il arriva devant Barbe Blanche, il tendit le journal sans un mot.
Le vieil homme le prit, ses yeux parcourant rapidement la une. Son expression ne changea pas — elle était déjà terrible, un masque de fureur froide qui faisait frémir même ses fils les plus braves.
« Gurarara... » Le rire était sans joie, chargé d'une menace mortelle. « Ces idiots pensent pouvoir prendre mon fils et s'en tirer comme ça ? »
Il baissa le journal, et son regard balaya l'équipage qui s'était maintenant rassemblé au complet sur le pont. Chaque visage reflétait la même rage, la même détermination.
« ÉCOUTEZ-MOI TOUS ! » La voix de Barbe Blanche tonna à travers le navire, faisant vibrer les planches sous leurs pieds. « Mon fils, votre frère, Ace, a été capturé par ces lâches de la Marine ! »
Un rugissement de fureur monta de l'équipage.
« Ils pensent pouvoir nous intimider ! Ils pensent que nous allons les laisser exécuter notre famille sans réagir ! »
« JAMAIS ! » crièrent en chœur les pirates.
« Alors préparez-vous ! » La voix de Barbe Blanche se fit encore plus puissante, résonnant comme le tonnerre. « Nous allons à Marineford ! Et nous allons récupérer notre frère ! Peu importe combien d'entre eux se dressent sur notre chemin ! Peu importe quel piège ils ont préparé ! PERSONNE NE TOUCHE À MA FAMILLE ! »
L'explosion de cris et d'acclamations qui suivit fut assourdissante. Les pirates frappaient leurs armes contre le pont, hurlaient leur détermination, juraient vengeance contre ceux qui avaient osé capturer l'un des leurs.
Mais au milieu de ce chaos bruyant, Marco restait silencieux, ses yeux fixés sur la photo d'Ace dans le journal. Il pensait à Sohalia. À son petit frère qu'elle aimait tant. À la promesse qu'Ace lui avait faite de revenir vivant.
Elle n'était pas au courant encore. Elle était au Royaume, occupée à ses devoirs royaux, ignorante du fait que son monde était en train de s'effondrer.
Bientôt, elle le saurait. Et Marco connaissait assez bien Sohalia pour savoir exactement ce qu'elle ferait. Elle viendrait. Peu importe le danger. Peu importe les risques pour son royaume.
Elle viendrait se battre à leurs côtés.
Et cette pensée, aussi réconfortante qu'elle soit, l'emplissait également de terreur. Parce que Marineford n'allait pas être une bataille ordinaire. C'était un piège. Un piège mortel conçu pour les détruire tous.
Barbe Blanche se tourna vers Marco, le tirant de ses pensées sombres.
« Marco, » dit l'Empereur d'une voix qui avait retrouvé son calme habituel mais restait chargée d'acier. « Prépares nous aller à aller sur Grand Line. Direction Paradise. Nous devons nous rapprocher de Marineford. »
« Oui, Père, yoi. » Marco s'inclina et se détourna pour exécuter l'ordre, mais la voix de Barbe Blanche l'arrêta.
« Et Marco... prépare-toi. Cette bataille sera la plus difficile que nous ayons jamais affrontée. »
Marco hocha la tête gravement.
« Je le sais, Père. Mais nous ramènerons Ace. Quel que soit le prix. »
« Gurarara... c'est bien mon fils. »
Barbe Blanche se tourna ensuite vers Vista qui se tenait non loin, son expression habituellement élégante remplacée par une fureur glaciale.
« Vista. »
« Oui, Père ? »
« Contacte nos alliés. Whitey Bay, Squard, tous ceux qui nous doivent allégeance. Dis-leur que Barbe Blanche part en guerre et que j'attends leur soutien. »
Vista s'inclina profondément. « Ce sera fait, Père. Je les contacterai immédiatement. »
« Bien. » Barbe Blanche marqua une pause, puis appela : « Namur ! »
Le commandant homme-poisson émergea de la foule des pirates, s'approchant avec respect.
« Oui, Père ? »
« Viens me voir dans mes quartiers. J'ai une mission spéciale pour toi. »
Namur acquiesça, intrigué mais obéissant. Il suivit Barbe Blanche qui se dirigeait vers sa cabine privée, conscient que les autres commandants les regardaient avec curiosité.
Dehors, sur le pont, l'activité avait repris avec une intensité renouvelée. Marco commençait à organiser les différents inventaires, sa voix calme mais ferme donnant des ordres précis. Vista était déjà parti dans sa cabine pour contacter les alliés via escargophone. Jozu organisait les équipes de combat, commençant à établir des stratégies préliminaires. Haruta vérifiait les stocks d'armes et de munitions.
Chaque membre de l'équipage s'activait avec un but commun : préparer la guerre.
Mais dans tout ce chaos organisé, Marco ne pouvait s'empêcher de penser à Sohalia. Dans quelques jours, elle recevrait le même journal. Elle lirait le même article. Et elle prendrait la même décision qu'eux tous.
Elle viendrait.
Et cela le terrifia.
Publié : 08/02/2026
Note de l'auteure :
C'est parti ! Lancement du Tome II.
A demain pour le premier chapitre.