War of Change

Chapitre 3 : Le compte à rebours

8104 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 11/02/2026 17:33

Douze heures avant l'exécution de Portgas D. Ace

Impel Down — Niveau 6 : Eternal Hell

L'obscurité du niveau six d'Impel Down n'était pas simplement l'absence de lumière. C'était quelque chose de plus profond, de plus oppressant — une obscurité qui semblait absorber l'espoir lui-même, le digérer lentement jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. L'air était épais, difficile à respirer, chargé du poids invisible de l'océan qui s'étendait au-dessus et de toutes les âmes brisées qui avaient pourri dans ces cellules avant de finalement mourir, oubliées du monde.

Ace était assis contre le mur de pierre froide de sa cellule, les chaînes de granit marin lourdes autour de ses poignets et de ses chevilles. Le métal avait rongé sa peau, laissant des marques brutes et ensanglantées qui brûlaient avec une douleur constante. Chaque respiration était une agonie — ses côtes étaient probablement fêlées, sinon complètement cassées, courtoisie des "interrogatoires" que la Marine avait menés avant de le jeter ici pour pourrir.

Mais il refusait de gémir. Refusait de leur donner cette satisfaction.

Il leva lentement la tête, grimaçant à cause de la douleur qui explosa dans sa nuque. Son visage était tuméfié, des ecchymoses violettes s'étendant sur sa mâchoire et autour de son œil gauche. Du sang séché craquelait sur ses lèvres. Mais ses yeux — ses yeux portaient toujours cette lueur défiant qui avait fait de lui le commandant de la deuxième division, le fils adoptif de Barbe Blanche, l'homme qui avait refusé de plier même face à la mort elle-même.

Douze heures.

Le chiffre tournait dans sa tête comme un compte à rebours mortel, chaque seconde résonnant comme le tic-tac d'une horloge impossible à arrêter. Dans douze heures, ils viendraient le chercher. Ils le traîneraient hors de cette cellule, le forceraient à monter niveau après niveau jusqu'à ce qu'il atteigne la surface, puis le jetteraient sur un navire qui l'emmènerait à Marineford. Là, devant le monde entier, ils le forceraient à s'agenouiller sur cette plateforme d'exécution qu'ils avaient construite spécialement pour lui.

Et ils le tueraient.

Pas pour ses crimes — enfin, pas vraiment. Oh, ils liraient une liste de ses soi-disant méfaits, énuméreraient les navires qu'il avait coulés, les Marines qu'il avait combattus. Mais ce n'était pas pour ça qu'ils voulaient sa tête. Non. Ils voulaient le tuer parce qu'il était le fils de Gol D. Roger. Parce que son existence même était une menace pour l'ordre qu'ils essayaient désespérément de maintenir. Parce que tant qu'il vivait, il prouvait qu'un fils du Roi des Pirates pouvait exister, pouvait prospérer, pouvait être aimé.

Comme si j'avais choisi de naître.

Ace ferma les yeux, laissant sa tête retomber contre le mur froid. Les regrets le submergèrent comme une vague — non pas des regrets pour sa vie de pirate, pour les batailles qu'il avait livrées ou les ennemis qu'il avait affrontés. Non. Il regrettait Teach. Cette nuit fatidique où tout avait basculé.

Il aurait dû écouter Père. Barbe Blanche lui avait dit de laisser tomber, de laisser Teach partir, que certaines trahisons n'en valaient pas la peine. Mais Ace n'avait pas pu. Thatch était mort. Thatch, qui avait été comme un frère pour lui, assassiné par Teach pour un maudit fruit du démon. L'honneur exigeait vengeance. La loyauté exigeait justice.

Et maintenant, à cause de cette fierté stupide, il allait mourir. Et pire — tellement pire — sa famille allait mourir en essayant de le sauver.

Il pensa à Luffy. Son petit frère qui devait être quelque part en train de faire des folies, probablement en criant à qui voulait l'entendre qu'il allait devenir Roi des Pirates. Luffy qui avait toujours cru en lui, même quand Ace ne croyait pas en lui-même. Luffy qui n'avait jamais jugé, jamais douté, jamais abandonné.

Ne viens pas, Luffy, pria-t-il silencieusement. S'il te plaît, pour une fois dans ta vie, n'écoute pas ton cœur. Utilise ta tête. Reste en sécurité.

Mais il savait que c'était inutile. Luffy viendrait. Bien sûr qu'il viendrait. Parce que c'était Luffy.

Il pensa à Père. À Barbe Blanche qui l'avait accepté quand personne d'autre ne l'aurait fait. Qui avait vu le fils du Roi des Pirates — le démon, le maudit, celui qui n'aurait jamais dû naître — et avait dit "Tu es mon fils maintenant". Qui l'avait appelé par son nom avec fierté, sans jamais mentionner le fantôme de Roger qui hantait chaque pas d'Ace.

Je suis désolé, Père. J'ai tout gâché. J'ai trahi votre confiance. Et maintenant vous allez vous battre dans un piège évident juste pour me sauver.

Il pensa à Sohalia. À sa sœur — pas par le sang, mais par choix, ce qui était peut-être encore plus fort. Elle lui avait fait promettre de revenir vivant avant son dernier départ. Ils étaient sur le pont du Moby Dick, et elle l'avait regardé avec ces yeux dorés qui voyaient trop, qui comprenaient trop.

"Prends soin de Marco," lui avait-elle dit. "Il va avoir besoin de toi."

Et lui, idiot qu'il était, avait ri et répondu : "Je vais juste dire bonjour à Teach. Je serai de retour avant que tu t'en rendes compte."

Désolé, Sohalia. Je ne pourrai pas tenir cette promesse. Ni celle de revenir. Ni celle de prendre soin de Marco.

La culpabilité le dévorait de l'intérieur, pire que n'importe quelle torture physique que la Marine aurait pu infliger.

« Tu es réveillé, garçon. »

La voix venait de l'obscurité, grave et posée. Elle provenait de la cellule adjacente, séparée de celle d'Ace par des barreaux si épais qu'ils auraient pu retenir un géant. Ace ne pouvait pas voir son voisin — l'obscurité était trop complète — mais il connaissait cette voix.

« Jinbei, » répondit Ace, sa propre voix rauque d'avoir trop peu parlé et trop peu bu.

« Comment te sens-tu ? »

Ace essaya de rire, mais ça se transforma en une toux douloureuse qui secoua tout son corps et réveilla chaque blessure. « Comme si j'avais été utilisé comme punching-ball par un géant. » Il cracha du sang. « Mais j'ai connu pire. »

« Tu mens mal. »

« Et toi tu es trop honnête pour un pirate. »

Un silence s'installa, confortable malgré les circonstances. Jinbei et Ace avaient développé une sorte de camaraderie étrange depuis qu'Ace avait été jeté au niveau six. L'ancien Shichibukai avait été emprisonné pour avoir refusé de combattre Barbe Blanche — une loyauté envers un ancien allié qui lui avait coûté sa liberté et possiblement sa vie. En cela, ils étaient semblables : tous deux prisonniers à cause de leur loyauté envers Barbe Blanche.

« Douze heures, » dit finalement Jinbei.

« Je sais. »

« Ils vont venir, tu sais. »

Ace ferma les yeux, sentant la douleur dans sa poitrine qui n'avait rien à voir avec ses côtes cassées.

« Je sais. »

« Et tu ne veux pas qu'ils viennent. »

« Comment tu... »

Ace s'interrompit. Bien sûr que Jinbei comprenait. L'homme-poisson était là quand Ace avait été amené au niveau six, enchaîné et ensanglanté. Il avait entendu les gardes parler, se vanter du piège qui se préparait. Il savait tout.

« C'est un piège, » dit Ace, la rage et le désespoir mêlés dans sa voix. « La Marine le sait. Sengoku le sait. Ils VEULENT que Père vienne. Ils ont rassemblé toutes leurs forces. Rappelé tous leurs vice-amiraux. Convoqué les Sept Grands Corsaires. »

« Et il viendra quand même, » dit Jinbei avec une certitude tranquille.

« C'est ce qui va tous les tuer. » La voix d'Ace se brisa légèrement malgré lui. « Marco. Vista. Jozu. Tous mes frères. Sohalia... »

Il y eut une pause.

« Sohalia ? »

La curiosité était évidente dans la voix de Jinbei.

« Ma sœur. » Ace chercha ses mots, essayant d'expliquer quelque chose qu'il ne comprenait pas tout à fait lui-même. « Elle fait partie de l'équipage. Commandante de la quatrième division. »

« Une femme commandante dans l'équipage de Barbe Blanche ? »

Jinbei ne put cacher sa surprise. Barbe Blanche était connu pour être protecteur envers les femmes, presque patriarcal. L'idée qu'il laisserait une femme commander une de ses divisions était... inattendue.

« Ouais. » Malgré tout, malgré la douleur et le désespoir, Ace sourit. « Et pas n'importe quelle femme. Sohalia est... » Il chercha les mots justes. « Elle est terrifiante quand elle est en colère. Tu ne voudrais jamais la croiser sur un champ de bataille. Elle a ce pouvoir... Elle contrôle la nature et des papillons dorés qui apparaissent autour d'elle. Ça a l'air délicat, presque fragile, mais putain, quand elle se bat... »

Il secoua la tête, le sourire s'élargissant malgré lui au souvenir.

« Belle et mortelle. Comme elle. Elle peut te sourire un instant et te briser la mâchoire le suivant si tu dis quelque chose de stupide. » Il rit, puis grimaça à cause de la douleur. « Marco est complètement fou d'elle. Même s'il ne l'admettra jamais ouvertement. »

« Tu l'aimes beaucoup, » observa Jinbei.

« C'est ma sœur, » répondit Ace simplement, comme si ça expliquait tout. Et d'une certaine manière, ça l'expliquait. « Et elle va se faire tuer en essayant de me sauver. Tout comme Marco. Tout comme Père. Tous parce que j'ai été assez stupide pour poursuivre Teach. »

La culpabilité revint, écrasante, suffocante.

« Tu sais ce que j'ai appris en vivant aussi longtemps ? » demanda Jinbei après un long silence.

Ace ne répondit pas.

« Que la famille ne t'abandonne pas. Jamais. Même quand tu le leur demandes. Surtout quand tu le leur demandes. »

« C'est stupide, » murmura Ace.

« C'est l'amour, » corrigea Jinbei, et il y avait une sagesse profonde dans sa voix, le genre qui venait seulement avec des décennies de vie et d'expérience. « Et oui, parfois l'amour est stupide. Mais c'est aussi ce qui nous rend humains. Ce qui donne un sens à nos vies. »

« Même si ça les tue ? »

« Même alors. » La voix de Jinbei se fit plus douce, presque tendre. « Parce que pour eux, mourir en essayant de te sauver vaut mieux que vivre en sachant qu'ils t'ont abandonné. Tu comprends ça, non ? Si c'était l'inverse — si c'était Marco ou Sohalia qui était ici — est-ce que tu resterais en arrière ? Est-ce que tu les laisserais mourir ? »

Ace ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma. Parce qu'il connaissait la réponse. Bien sûr qu'il n'abandonnerait pas. Il irait les chercher, peu importe le piège, peu importe les forces alignées contre lui. Il se battrait jusqu'à son dernier souffle pour les ramener.

Parce que c'était ce que la famille faisait.

« Je ne veux pas qu'ils meurent pour moi, » dit-il, mais sa voix manquait de conviction maintenant.

« Je sais. Mais ce n'est pas ton choix à faire. C'est le leur. Et ils ont choisi. »

Jinbei marqua une pause, laissant ses mots s'installer.

« La seule chose que tu peux faire maintenant, c'est décider comment tu vas réagir quand ils arriveront. Vas-tu supplier pour ta vie ? Pleurer et les implorer de partir ? Ou vas-tu te tenir debout, te battre à leurs côtés, et leur montrer que tu mérites d'être sauvé ? »

Ace sentit quelque chose changer en lui. Une résolution qui se durcissait, qui se cristallisait. Jinbei avait raison. Il ne pouvait pas les empêcher de venir. Mais il pouvait choisir qui il serait quand ils arriveraient.

Il ne serait pas le prisonnier brisé que la Marine voulait qu'il soit. Il ne supplierait pas. Il ne pleurerait pas.

Il serait Portgas D. Ace. Commandant de la deuxième division. Fils de Barbe Blanche. Frère de Luffy, de Marco, de Sohalia, et de tous les autres.

Et il se battrait.

« Jinbei. »

« Oui ? »

« Si... quand ils viennent. » Ace déglutit difficilement, forçant les mots à sortir. « Si par miracle on survit tous. » Pause. « Prends soin d'eux. Si je ne peux pas. »

Il y eut un long silence. Puis :

« Tu as ma parole, garçon. »

Ace hocha la tête dans l'obscurité, même si Jinbei ne pouvait pas le voir. Il se laissa aller contre le mur, fermant les yeux.

Douze heures.

Soit pour mourir. Soit pour être sauvé.

Venez, pria-t-il silencieusement, même si c'était égoïste, même si c'était dangereux. S'il vous plaît, venez. Et s'il vous plaît, survivez. Tous.

Il pensa à Marco avec son sourire en coin et ses flammes bleues qui dansaient comme des aurores boréales. À Vista et ses épées qui décrivaient des arcs si gracieux qu'on aurait dit qu'il dansait plutôt que se battait. À Jozu et sa force inébranlable qui pouvait arrêter n'importe quoi. À Sohalia et ses papillons dorés qui tourbillonnaient autour d'elle comme des fragments de soleil capturés.

Je vous attendrai, promit-il. Et quand vous arriverez, je me battrai à vos côtés.

Parce que c'est ce que la famille fait.


Onze heures avant l'exécution de Portgas D. Ace

Le Royaume — Palais Royal

Loin au-dessus d'Impel Down, dans un royaume secret caché du monde et protégé par des siècles de tradition et de magie, quelqu'un d'autre pensait à Ace.

Priait pour lui.

Se préparait à le perdre.

Maiya était assise à côté du trône — jamais dessus, elle ne pouvait pas se résoudre à s'asseoir dessus — dans la salle du trône maintenant vide. Le Conseil venait de se terminer. Une autre session interminable de discussions sur l'agriculture, le commerce, les disputes mineures entre lignées. Des choses importantes pour le fonctionnement quotidien du royaume, oui, mais qui semblaient tellement insignifiantes comparées à ce qui se passait au-delà de leurs frontières protégées.

Sohalia est là-bas, pensa Maiya pour la centième fois ce jour-là. En train de risquer sa vie. Et moi je suis ici à arbitrer des disputes sur des territoires de pêche

Elle se sentait inutile. Pire — elle se sentait coupable. Sa cousine, sa sœur en tout sauf le sang, se préparait à affronter toute la puissance de la Marine. Et que faisait Maiya ? Elle était assise sur un trône confortable, en sécurité dans un royaume que personne ne pouvait trouver, jouant à être reine.

« Votre Majesté. »

Maiya leva les yeux. Nostradamus se tenait à quelques pas, immobile comme toujours, son visage indéchiffrable. Mais elle le connaissait assez maintenant pour lire les signes subtils — la tension dans ses épaules, la façon dont ses doigts se crispaient légèrement sur son bâton, le pli presque imperceptible au coin de sa bouche.

Il savait. Bien sûr qu'il savait. Ses yeux blancs voyaient ce que personne d'autre ne pouvait voir.

« Vous l'avez vu, n'est-ce pas ? » demanda Maiya doucement, sa voix portant à peine dans la grande salle vide. « Ce qui va se passer aujourd'hui. »

Nostradamus ne répondit pas immédiatement. Il n'aimait jamais parler de ses visions, surtout quand elles concernaient des choses terribles, des futurs qu'il ne pouvait pas empêcher.

« Nostradamus. » La voix de Maiya se fit plus ferme. « S'il vous plaît. »

« Oui, » admit-il finalement, et le simple fait qu'il l'admette disait à quel point c'était grave. « J'ai vu. »

« Et ? » Maiya se leva, marchant vers lui avec une détermination soudaine. « Que se passe-t-il ? Que voyez-vous ? »

« Vous savez que je ne peux pas vous le dire, Votre Altesse. »

« Pourquoi pas ? » La frustration éclata dans sa voix. « Si vous savez ce qui va arriver, pourquoi ne pouvez-vous pas— »

« Parce que les visions ne montrent que des possibilités, » coupa Nostradamus, et il y avait quelque chose qui ressemblait presque à de la douleur dans sa voix. « Des chemins que le futur pourrait prendre. Les révéler peut changer ces chemins de manières imprévisibles. Créer des paradoxes. Faire advenir exactement ce que j'essaie d'empêcher. »

Il marqua une pause, ses yeux blancs semblant la fixer malgré leur cécité.

« Je vois le futur, Votre Altesse. Mais je ne le contrôle pas. »

Maiya sentit les larmes monter.

« Elle va survivre, n'est-ce pas ? » Sa voix se brisa légèrement. « Dites-moi au moins ça. Dites-moi que Sohalia va rentrer à la maison. »

Le silence de Nostradamus fut éloquent. Il ne dit pas oui. Mais il ne dit pas non non plus.

Et ce silence était pire que n'importe quelle réponse.

Maiya se détourna brusquement, essuyant ses yeux avant que les larmes ne puissent tomber. Elle était censée être forte. Censée être une régente capable. Censée donner l'exemple à tout le royaume.

Mais comment être forte quand la personne qu'elle aimait le plus au monde était en train de voler vers sa mort possible ?

« Je veux voir ce qui se passe, » dit-elle soudainement, la décision se cristallisant dans son esprit.

Opale, qui avait été silencieusement en train d'arranger des documents sur une table à proximité, leva la tête brusquement.

« Princesse ? »

« L'exécution. La bataille. Tout. » Maiya se tourna vers Nostradamus, son visage dur avec détermination. « Il y aura une retransmission, non ? La Marine va diffuser l'exécution pour que le monde entier la voie ? »

Nostradamus hocha lentement la tête. « Oui. Ils veulent que ce soit un spectacle. Un avertissement à tous ceux qui oseraient défier le Gouvernement Mondial. La mort publique du fils de Gol D. Roger, exécuté devant des millions de témoins. »

« Alors trouvez un moyen pour que nous puissions la regarder. » Sa voix ne tolérait aucune contradiction. « Je ne peux pas rester dans le noir. Je dois SAVOIR ce qui se passe. »

Opale fit un pas en avant, ses mains se tordant nerveusement.

« Princesse, c'est dangereux... Si quelque chose... si on voit... »

Elle ne finit pas sa phrase, mais Maiya comprit parfaitement ce qu'elle voulait dire.

Si on voit Sohalia tomber. Si on la voit mourir.

« Je dois savoir, » répéta Maiya fermement. « Même si c'est douloureux. Même si c'est terrible. » Elle serra les poings. « Je ne peux pas gouverner ce royaume dans l'ignorance pendant que ma cousine se bat pour sa vie. Si elle tombe, je veux le savoir. Pas des heures plus tard. Pas des jours plus tard. Immédiatement. »

La porte de la salle du trône s'ouvrit, et Akihide entra, Kino à ses côtés. Le Roi Consort avait l'air aussi épuisé que Maiya se sentait — les responsabilités de la régence pesaient lourd sur eux deux. Des cernes sombres sous ses yeux témoignaient de nuits blanches passées à s'inquiéter, à planifier, à prier.

« J'ai entendu dire que tu voulais une retransmission, » dit Akihide sans préambule, allant droit au but comme toujours.

Maiya hocha la tête.

« Oui. Je dois voir. »

« Alors faisons-le correctement. »

Maiya fronça les sourcils.

« Comment ça ? »

Akihide s'approcha de la grande carte du royaume qui ornait l'un des murs, son doigt se posant sur la place centrale de la capitale.

« Sohalia a toujours été honnête avec son peuple. Pas de secrets. Pas de mensonges. Elle a toujours cru que notre force venait de la confiance mutuelle entre la couronne et le peuple. »

Il se tourna vers Maiya, et il y avait quelque chose de résolu dans ses yeux.

« Continuons ainsi. Retransmission publique. Sur toute l'île. »

Le silence qui suivit fut stupéfait. Même Nostradamus sembla surpris.

« Vous ne pouvez pas être sérieux ! » explosa Opale, horrifiée. « Si son identité est— » Elle s'interrompit, réalisant son erreur.

« Si quoi ? » demanda doucement Kino, sourcils levés. « Le peuple sait déjà que Sohalia est à la fois leur reine et une commandante pirate. Ce n'est pas un secret pour eux. »

Akihide hocha la tête.

« Exactement. Notre peuple a toujours su. C'est notre force. Notre unité. Le fait que notre reine serve à la fois son royaume et sa famille choisie. »

« Alors quel est le risque dont Opale parle ? » demanda Nostradamus, regardant la servante avec curiosité.

Opale rougit légèrement, visiblement mal à l'aise.

« Votre Majesté... Votre Altesse... » Elle hésita, cherchant ses mots. « Ce que le peuple ne sait pas, c'est... la nature de votre mariage. »

Le silence tomba comme une pierre.

« Ils pensent que c'est un vrai mariage, » continua Opale doucement, regardant le sol. « Un mariage d'amour. Ou au moins politique mais... légitime. Consommé. »

Kino comprit immédiatement où elle voulait en venir.

« Le peuple attend un héritier. Le premier enfant du couple royal. »

Maiya et Akihide échangèrent un regard. C'était vrai. Les murmures avaient commencé il y a des semaines. Quand la reine annoncerait-elle sa grossesse ? Le royaume avait besoin d'un héritier. C'était normal après six mois de mariage.

Sauf qu'il n'y aurait pas d'héritier. Parce que le mariage n'était pas réel. C'était une façade politique, un arrangement pour protéger Akihide et lui donner un refuge permanent.

« Et ils ne savent pas non plus que Sohalia a... quelqu'un d'autre, » dit Akihide calmement.

« Marco, » murmura Maiya.

« Si pendant cette retransmission, il devient évident qu'il y a... quelque chose entre eux... » Akihide laissa la phrase en suspens.

« Le peuple comprendra que votre mariage est une façade, » finit Nostradamus. « Et ils se demanderont pourquoi leur reine leur a menti. »

Maiya se mordit la lèvre, pensant rapidement. C'était un risque. Un gros risque. La confiance du peuple envers la couronne pourrait être ébranlée. Les lignées pourraient commencer à questionner, à douter.

Mais.

« Alors nous ferons face à ça quand ça arrivera, » dit-elle finalement.

Tous la regardèrent, surpris par la fermeté de sa voix.

« Si le secret est révélé aujourd'hui, » continua Maiya, se redressant de toute sa hauteur, « nous dirons la vérité au peuple. Que le mariage était politique. Pour protéger le prince Akihide. Pour lui donner un refuge contre ceux qui le traquaient. Pour lui offrir une maison et une famille. »

« Tu penses qu'ils comprendront ? » demanda Akihide doucement.

« Notre peuple aime Sohalia, » répondit Maiya avec conviction. « Elle a toujours été honnête avec eux sur ce qui comptait vraiment. Si elle a gardé ce secret, c'était pour de bonnes raisons. Pour protéger quelqu'un qui en avait besoin. »

Elle se tourna vers Nostradamus.

« Et si aujourd'hui ces raisons sont exposées... alors nous ferons face. Ensemble. En tant que royaume. En tant que famille. »

Kino posa une main sur l'épaule de Maiya, fier.

« C'est digne d'une reine. »

Akihide sourit légèrement, puis hocha la tête avec décision.

« Alors c'est décidé. Opale, arrangez-vous pour installer des écrans Den Den Mushi géants sur la place centrale. Les plus grands que nous ayons. »

Opale s'inclina, même si son visage trahissait son inquiétude.

« Tout de suite, Votre Altesse. »

« Faites une annonce publique, » ajouta Akihide. « Que tout le peuple se rassemble. Que ceux qui le souhaitent viennent voir leur reine se battre pour sa famille. »

« Mais laissez-leur le choix, » intervint Maiya. « Que ceux qui préfèrent ne pas voir puissent rester chez eux. Ne forcez personne. »

Opale hocha la tête et sortit rapidement, déjà en train de coordonner mentalement tout ce qui devait être fait.

Nostradamus resta immobile un long moment, puis dit gravement :

« Dans quelques heures, le monde entier verra la bataille de Marineford. »

« Et notre peuple verra leur reine risquer sa vie, » ajouta Maiya. « Pour sauver son frère. Pour protéger sa famille choisie. » Elle ferma les yeux. « Que les dieux la protègent. »

« Amen, » murmura Akihide.


En moins d'une heure, la transformation de la place centrale était spectaculaire. Des écrans géants furent installés — trois Den Den Mushi massifs, spécialement adaptés pour la transmission visuelle, positionnés de façon à ce que tout le monde sur la place puisse voir clairement. Des techniciens couraient partout, ajustant les angles, testant les connexions, s'assurant que tout fonctionnerait parfaitement quand le moment viendrait.

Des crieurs publics parcouraient les rues de la capitale, annonçant la retransmission d'une voix forte qui portait à travers les quartiers.

« Rassemblement sur la place centrale ! La bataille de Marineford sera retransmise ! Venez voir ! Venez prier pour notre reine ! »

Le peuple commença à se rassembler. D'abord quelques-uns, curieux, inquiets. Puis des dizaines. Puis des centaines. Puis des milliers. Ils venaient de tous les quartiers, de toutes les lignées — Shizen, Kasai, Mizu, Kiku — tous unis dans leur inquiétude pour leur reine.

Certains amenaient des offrandes pour les autels improvisés qui commençaient à apparaître — des fleurs, des bougies, des prières écrites sur du papier et pliées soigneusement. D'autres se contentaient de rester debout, silencieux, attendant.

Des mères tenaient leurs enfants serrés. Des anciens priaient à voix basse. Des jeunes hommes et femmes regardaient les écrans vides avec une détermination farouche, comme si leur volonté seule pouvait protéger leur reine à travers l'océan.

Maiya se tenait sur le balcon royal qui surplombait la place, Akihide à ses côtés, Kino légèrement en retrait dans une position protectrice. Elle regardait son peuple se rassembler, et sentit son cœur se serrer.

Ils aimaient Sohalia. Vraiment. Profondément. Elle pouvait le voir dans leurs visages, entendre dans leurs prières murmurées.

« Que les dieux la protègent, » murmura Maiya.

« Amen, » répondit Akihide, posant brièvement sa main sur la sienne en signe de solidarité.

Dans quelques heures, les écrans s'allumeraient. Et ils verraient tout.


JOUR -5

Île des Hommes-Poissons

Vingt-quatre heures après la confrontation qui avait brisé quelque chose entre eux, Marco cherchait Sohalia.

Il l'avait évitée toute la journée précédente, incapable d'affronter ce qu'il avait fait, les mots qu'il avait dits, la douleur qu'il avait vue dans ses yeux quand elle était sortie de sa cabine. Mais l'éviter ne faisait qu'empirer les choses. Il le savait. Tout le monde le savait. La tension était si épaisse sur le navire qu'on aurait pu la couper au couteau.

Il devait lui parler. S'excuser. Expliquer — même s'il ne savait pas comment expliquer l'inexplicable.

Il la trouva sur l'un des terrains d'entraînement, supervisant un exercice complexe de sa division. Les hommes de la quatrième exécutaient une formation défensive, se déplaçant avec la précision d'une machine bien huilée, chaque mouvement parfaitement synchronisé.

Sohalia se tenait au centre, donnant des ordres d'une voix claire et autoritaire. Elle portait sa tenue d'entraînement — simple, pratique, qui lui permettait de bouger librement. Ses cheveux dorés étaient attachés en arrière, quelques mèches échappées encadrant son visage.

Elle était magnifique. Et terrible. Et Marco l'aimait tellement que ça faisait mal de la regarder.

Il s'approcha, hésitant.

« Sohalia, on peut parler, yoi ? »

Elle se tourna vers lui. Et son visage — son visage était un masque de glace. Pas de colère. Pas de tristesse. Juste... rien. Comme s'il était un étranger. Comme s'il était invisible.

« Je n'ai rien à te dire, Commandant. »

Le titre — "Commandant" et pas "Marco" — fit plus mal qu'un coup physique. C'était une distanciation délibérée, une création de barrières professionnelles là où il y avait eu autrefois intimité et tendresse.

« S'il te plaît, yoi. Je veux juste— »

« Hogo ! » Elle se retourna, l'interrompant comme si elle n'avait même pas entendu. « La formation est trop lente. Recommencez depuis le début. »

Les hommes de la quatrième échangèrent des regards mal à l'aise — ils savaient exactement ce qui se passait — mais obéirent immédiatement.

Marco resta là, impuissant, tandis qu'elle continuait de donner des ordres, de corriger des postures, d'ajuster des formations. Comme s'il n'existait pas. Comme s'il était un fantôme.

Finalement, ne sachant pas quoi faire d'autre, il partit.

Et Sohalia ne se retourna pas une seule fois.


JOUR -4

Île des Hommes-Poissons

Par une coïncidence cruelle — ou peut-être par la main invisible de quelqu'un qui trouvait ça amusant — les divisions de Sohalia et Marco furent assignées des espaces d'entraînement adjacents. Un mur de corail les séparait, assez épais pour qu'ils ne puissent pas se voir, mais pas assez pour bloquer le son.

« Attaque ! » cria Sohalia, sa voix portant clairement à travers le mur.

« Défense ! » cria Marco une seconde après, sans savoir qu'il répondait à son commandement.

« Mouvement vers la droite ! »

« Avancez en ligne ! »

Leurs commandements créaient un rythme étrangement synchronisé, comme une danse inconsciente entre deux personnes qui connaissaient les mouvements de l'autre par cœur.

Les membres de leurs divisions respectives le remarquèrent. Des sourires en coin furent échangés. Des regards complices. Quelques rires étouffés.

Même séparés, ils fonctionnent comme un tout.

Mais à la fin de la session d'entraînement, quand leurs divisions se dispersèrent pour le repos, ni Marco ni Sohalia ne franchirent ce mur de corail pour aller voir l'autre.

Vista et Izo, observant de loin, secouèrent la tête à l'unisson.

« Ça ne peut pas continuer comme ça, » murmura Vista.

« Ça va exploser, » répondit Izo. « Question de temps. »

« Ou ça va les détruire tous les deux. »


JOUR -3

Île des Hommes-Poissons

Barbe Blanche convoqua Marco dans ses quartiers privés.

Le premier commandant entra, sachant exactement pourquoi il était là. Il avait vu le regard de son père adoptif lors du dîner la veille — ce regard qui disait nous devons parler.

« Assieds-toi, mon fils. »

Marco obéit, s'asseyant sur la chaise en face du bureau massif de Barbe Blanche. Il resta tendu, incapable de se détendre.

Barbe Blanche l'observa longuement, ses yeux perçants semblant voir à travers toutes les défenses que Marco avait si soigneusement construites.

« Tu l'as blessée profondément. »

Marco ferma les yeux. Pas de préambule. Pas de danse autour du sujet. Juste la vérité, directe et douloureuse.

« Je sais, Père, yoi. Je voulais juste la protéger. »

« Les bonnes intentions ne suffisent pas. Pas quand on blesse ceux qu'on aime. » Barbe Blanche marqua une pause. « Et tu l'aimes, n'est-ce pas ? »

Ce n'était pas vraiment une question.

Marco hocha la tête misérablement. « Oui. »

« Alors pourquoi la repousser ? »

« Parce que l'idée de la perdre... » La voix de Marco se brisa légèrement malgré lui. « Je ne peux pas, Père. J'ai déjà perdu tant de frères et sœurs au fil des ans. Thatch. Oden. Tant d'autres. Je ne peux pas perdre Sohalia aussi. Je ne... je ne survivrais pas. »

Barbe Blanche soupira profondément, un son qui portait le poids de décennies d'expérience, de pertes, de regrets.

« Je comprends cette peur, Marco. Vraiment. » Il se pencha en avant. « Mais en essayant de la protéger, tu l'as repoussée. Et maintenant vous allez tous les deux au combat avec cette blessure ouverte entre vous. »

Marco ne dit rien. Que pouvait-il dire ?

« Répare ça, » dit Barbe Blanche fermement. « Avant qu'il ne soit trop tard. »

« Et si elle ne veut pas me parler, yoi ? » demanda Marco, et il y avait quelque chose de désespéré dans sa voix. « Elle refuse même de me regarder. »

« Alors tu continues d'essayer. Jusqu'à ce qu'elle t'écoute. » Barbe Blanche posa une main massive sur l'épaule de Marco. « Parce que la vie est courte, mon fils. Et la guerre est cruelle. Si l'un de vous tombe à Marineford sans que vous ayez réglé ça... »

Il ne finit pas sa phrase. Il n'avait pas besoin.

Le message était clair : Réglez ça. Avant qu'il ne soit trop tard. Avant que la mort ne vous sépare définitivement.

Marco hocha la tête, sentant le poids de la responsabilité s'installer sur ses épaules.

Mais comment réparer quelque chose qu'il avait si complètement brisé ?


JOUR -2

Île des Hommes-Poissons

La tension sur toute la flotte était devenue insupportable. Tout le monde SENTAIT le conflit entre Marco et Sohalia, voyait comment ils s'évitaient, remarquait les silences tendus quand ils se trouvaient dans la même pièce.

C'était comme une plaie ouverte qui refusait de guérir, infectant le moral de tous.

Ça explosa pendant le dîner.

Marco et Sohalia mangeaient à leurs tables respectives, entourés de leurs divisions, ignorant soigneusement l'existence de l'autre. La salle commune était relativement calme — personne n'avait vraiment envie de parler, trop préoccupés par la bataille qui approchait à grands pas.

Haruta était assis entre les deux groupes, regardant alternativement Marco puis Sohalia, puis Marco à nouveau. Sa fourchette cliquetait contre son assiette de plus en plus fort, trahissant sa frustration croissante.

Puis il la posa brutalement. Le bruit résonna dans le silence relatif comme un coup de feu.

« C'est quoi ce bordel ?! »

Toutes les têtes se tournèrent vers lui. Haruta ne criait jamais. Ne jurait jamais. Était toujours l'optimiste, le rayon de soleil, celui qui trouvait le bon côté dans n'importe quelle situation.

Mais là, il était furieux.

« Haruta— » commença Vista, essayant de calmer la situation.

« NON ! » Haruta se leva brusquement, sa chaise raclant bruyamment contre le sol. « J'en ai MARRE ! On va à la bataille dans DEUX JOURS ! Deux foutus jours ! Et nos deux commandants refusent de se parler ?! »

Il pointa Marco.

« Toi ! »

Puis Sohalia.

« Et toi ! »

Ni l'un ni l'autre ne répondit, mais tous deux étaient visiblement mal à l'aise, ne s'attendant pas à cette explosion.

« On est une FAMILLE, » continua Haruta, et maintenant il y avait des larmes de frustration dans ses yeux. « On est supposés se soutenir ! Se protéger ! Se faire confiance ! Et vous deux, vous jouez à ce... à ce jeu stupide d'évitement pendant qu'Ace attend son exécution ?! »

« Haruta, ce n'est pas— » essaya Sohalia.

« SI ! C'est exactement ça ! » Il frappa la table avec sa paume, faisant sauter la vaisselle. « Ace est en train d'attendre de mourir ! On va tous peut-être MOURIR ! Et vous ne pouvez même pas avoir une putain de conversation ?! »

Le silence qui suivit fut assourdissant. Personne ne bougeait. Personne ne respirait.

Haruta les regarda tous les deux, puis secoua la tête, dégoûté.

« Je pensais que vous étiez meilleurs que ça. Je pensais que vous étiez assez forts pour mettre vos problèmes de côté pour le bien de la famille. »

Il ramassa son plateau.

« Mais je me suis trompé. »

Et il sortit de la salle, laissant un silence pesant et honteux derrière lui.

Marco et Sohalia ne se regardaient toujours pas. Mais les mots de Haruta résonnaient, s'enfonçant comme des couteaux dans leurs consciences coupables.


JOUR -1

Île des Hommes-Poissons

Le moment du départ arriva.

La flotte alliée devait remonter à la surface, naviguer visiblement vers Marineford, jouer leur rôle crucial d'appâts et de distractions. Le plan reposait sur eux — ils devaient convaincre la Marine que c'était toute la force de Barbe Blanche.

Sur les différents navires, des adieux furent échangés. Des embrassades. Des promesses de se retrouver après la bataille. Des larmes versées et rapidement essuyées.

Whitey Bay s'approcha de Sohalia sur le pont du Moby Dick.

« Bonne chance, Commandante, » dit la capitaine pirate, et il y avait du respect dans sa voix.

Sohalia hocha la tête.

« À vous aussi, Capitaine. Faites attention là-bas. »

« On se reverra de l'autre côté. »

« J'y compte bien. »

Whitey s'éloigna, puis s'arrêta, comme si elle hésitait. Puis elle se retourna à moitié, regardant Sohalia par-dessus son épaule.

« Et pour ce que ça vaut... » Elle jeta un regard vers où Marco se tenait au loin, supervisant les préparatifs de départ. « Répare ça. Avant qu'il ne soit trop tard. La vie est trop courte pour gaspiller l'amour sur de la fierté stupide. »

Sohalia ne répondit pas. Ne pouvait pas répondre.

Whitey soupira et partit pour de bon cette fois.

Marco observait les navires alliés remonter progressivement vers la surface, leurs coques disparaissant dans les eaux au-dessus. Bientôt, ils seraient séparés — les alliés en haut, visibles pour tous, le Moby Dick en bas, caché dans les profondeurs.

Il vit Sohalia debout près du bastingage, regardant les navires partir. Elle avait l'air... seule. Petite, même, malgré toute sa force et son pouvoir. Les papillons dorés tourbillonnaient paresseusement autour d'elle, leur lumière douce trahissant ses émotions même si son visage restait impassible.

Marco fit un pas vers elle.

Puis s'arrêta.

Qu'est-ce que je dirais ? "Désolé" ne suffit pas. Et elle ne veut pas m'écouter de toute façon. Je ne ferais qu'empirer les choses.

Alors il resta où il était, pathétique et indécis.

Et Sohalia ne se retourna pas.

Les flottes se séparèrent. La distance s'élargit. Les navires alliés devinrent de plus en plus petits, puis disparurent complètement vers la surface.

Et Marco se demanda s'il venait de laisser passer sa dernière chance de réparer ce qu'il avait brisé.


Dix heures avant l'exécution de Portgas D. Ace

En route vers Marineford

Six jours s'étaient écoulés.

Six jours pendant lesquels Marco et Sohalia ne s'étaient pas adressé la parole. Pas une fois. Même quand leurs divisions s'entraînaient côte à côte. Même quand leurs regards se croisaient accidentellement lors des réunions obligatoires. Six jours d'un silence qui pesait sur toute la flotte comme une chape de plomb, étouffant et inescapable.

Six jours pendant lesquels la blessure entre eux s'était infectée plutôt que de guérir.

La flotte alliée avait quitté l'Île des Hommes-Poissons la veille au matin, remontant à la surface pour naviguer à la vue de tous vers Marineford. Appâts parfaits. Distractions mortelles. Whitey Bay menait la charge, son navire en tête de la formation, pavillon flottant fièrement. Les autres capitaines suivaient, leurs équipages prêts au combat, sachant qu'ils seraient les premiers à affronter la Marine.

Et sous les vagues, invisibles même pour les observateurs les plus vigilants, le Moby Dick et ses quatre répliques s'apprêtaient à les suivre en silence. Enveloppés dans leurs bulles de revêtement, ils glisseraient à travers les profondeurs comme des fantômes, des ombres attendant le moment parfait pour frapper.

Maintenant, dans l'aube grise qui précédait la tempête, alors que le soleil commençait à peine à teinter l'horizon de rose et d'or, ils attendaient.

Le signal. Le moment. La guerre.


Dix heures avant l'exécution de Portgas D. Ace

Le Moby Dick — Pont principal

Sohalia se tenait devant sa division rassemblée sur le pont principal. Hogo à ses côtés, solide et fiable comme toujours. Kenta en première ligne, ses yeux brillants de détermination. Tous ses hommes — SES hommes, ceux qu'elle avait entraînés, guidés, protégés — la regardaient avec une confiance absolue.

Elle avait préparé un discours. Des mots inspirants sur le devoir et l'honneur. Des promesses de victoire. Des assurances qu'ils reviendraient tous vivants.

Mais maintenant, face à eux, les mots semblaient inadéquats. Creux. Comme des mensonges qu'elle ne pouvait pas se résoudre à prononcer.

Alors elle dit simplement la vérité.

« Nous sommes la dernière ligne. » Sa voix était ferme, claire, portant à travers le silence matinal. « Si tout échoue. Si nos frères tombent. Si Père a besoin d'aide. »

Elle les regarda chacun dans les yeux, tenant leurs regards.

« Nous sommes l'espoir. »

Hogo hocha la tête gravement.

« On est prêts, Commandante. »

« On vous suivrait jusqu'aux portes de l'enfer, » ajouta Kenta avec une conviction farouche.

Des murmures d'accord se propagèrent dans les rangs. Des hochements de tête. Des mains qui se posaient sur des armes, vérifiant une dernière fois que tout était prêt.

« Je sais, » dit Sohalia, et elle le pensait vraiment. « C'est pour ça que je vous demande quelque chose de différent aujourd'hui. Quelque chose de plus difficile que n'importe quelle bataille. »

Ils attendirent.

« Je vous demande de rester en arrière. D'attendre. De regarder vos frères se battre sans pouvoir les aider immédiatement. » Elle inspira profondément. « C'est peut-être la tâche la plus difficile que je vous aie jamais confiée. Mais c'est aussi la plus importante. »

Hogo comprit immédiatement.

« Mais si on intervient au bon moment... »

« On peut tous les sauver, » finit Sohalia. « C'est notre rôle. Pas de gloire. Pas de première ligne. Pas de reconnaissance. Juste... l'assurance. La carte que personne ne s'attend à ce qu'on joue. »

Kenta sourit, et c'était un sourire féroce.

« Alors on sera la meilleure foutue assurance qu'ils aient jamais eue. »

Des rires nerveux se propagèrent, mais sous le rire, il y avait de l'acier. De la détermination.

« C'est parti, » dit Sohalia.

La quatrième division marcha en formation à travers le pont principal du Moby Dick. Pas militaire, pas rigide, mais unie. Une famille marchant vers son destin.

Les autres divisions les regardaient passer. Certains saluaient. D'autres criaient des encouragements. Tous savaient ce que cette séparation signifiait — que la quatrième n'embarquerait pas sur le Moby Dick pour l'assaut final, mais sur l'un des navires répliques, cachée encore plus profondément.

Sohalia marchait en tête, le dos droit, le regard fixé devant elle.

Mais elle cherchait. Inconsciemment. Ses yeux balayaient le pont, cherchant une silhouette familière, une chevelure distinctive, des flammes bleues.

Où est-il ?

Et puis elle le vit.

Marco se tenait sur le pont supérieur, immobile, les mains agrippées au bastingage avec une force qui faisait blanchir ses articulations. Ses flammes ne brûlaient pas, mais Sohalia pouvait voir la tension dans tout son corps, la façon dont sa mâchoire était serrée, la rigidité de ses épaules.

Il la regardait. Les regardait passer.

Leurs regards se croisèrent.

Pour la première fois en six jours, ils se regardèrent vraiment. Pas un coup d'œil accidentel rapidement détourné. Pas un regard furtif volé quand l'autre ne faisait pas attention.

Mais un vrai regard. Long. Chargé de tout ce qu'ils n'avaient pas dit, de tout ce qu'ils ne pouvaient pas dire.

Marco fit un pas en avant, comme s'il allait descendre, dire quelque chose, n'importe quoi.

Sohalia détourna les yeux en premier.

Elle continua de marcher, ne se retourna pas, gardant son regard fixé droit devant elle même si chaque fibre de son être hurlait de s'arrêter, de se retourner, de courir vers lui.

Mais elle ne le fit pas.

Marco se figea à mi-pas, regardant sa silhouette s'éloigner. Vista apparut silencieusement à côté de lui.

« Va lui parler. »

« C'est trop tard, yoi. »

La voix de Marco était rauque.

« Il n'est jamais trop tard, » insista Vista. « Pas tant que vous êtes tous les deux vivants. »

Mais Marco ne bougea pas. Et Sohalia ne se retourna pas.

Le moment passa. L'opportunité perdue. Peut-être la dernière qu'ils auraient jamais.


Le navire de l'aube était l'une des quatre répliques du Moby Dick — plus petit que le navire principal, mais toujours impressionnant. Son pont pouvait accueillir confortablement la quatrième division et l'équipage de navigation minimum nécessaire.

Il était équipé pour la guerre. Canons alignés le long des bastingages. Armes stockées en dessous. Mais aussi équipé pour l'attente — provisions pour plusieurs jours, espaces de repos, tout ce dont ils auraient besoin si la bataille durait plus longtemps que prévu.

Un Den Den Mushi géant résonna alors que Sohalia montait à bord.

Hogo décrocha.

« Commandant Namur ? »

La voix de l'homme-poisson résonna à travers le haut-parleur.

« Commandante Sohalia, vous me recevez ? »

Sohalia s'approcha.

« Parfaitement, Namur. »

« J'ai vérifié personnellement votre revêtement. Trois fois. Chaque centimètre. » Il y avait de la fierté dans sa voix. « Vous êtes en sécurité. Aucune faille. Promis. »

« Merci, Namur. On te fait confiance. »

« Et... » Une pause. « Vous aurez aussi accès à la retransmission de l'exécution. On a mis en place des Den Den Mushi pour que vous puissiez suivre en temps réel. »

Sohalia se raidit légèrement.

« La retransmission ? »

« La Marine va diffuser l'exécution publiquement. Pour que le monde entier voie. » La voix de Namur était sombre. « On s'est dit que vous devriez pouvoir suivre. Au cas où... au cas où vous devez intervenir en fonction de ce qui se passe. »

Au cas où tout tourne mal plus vite que prévu. Au cas où nous avons besoin de vous avant le signal officiel.

« Je comprends, » dit Sohalia. « C'est... bien pensé. Merci. »

« Bonne chance, Sohalia. À vous tous. »

« À vous aussi, Namur. À tous. »

La communication se coupa dans un crépitement.

Les ordres furent donnés. Les dernières vérifications faites. Les cordages détachés.

Puis, lentement, le navire de l'aube commença à descendre.

L'eau monta progressivement le long de la coque, comme une marée montante au ralenti. Elle atteignit le pont. Recouvrit le bastingage. Mais ne pénétra pas — la bulle de revêtement tenait parfaitement, créant une barrière invisible entre eux et l'océan.

La lumière diminua. Le bleu vif de la surface devint un bleu plus foncé. Puis presque noir.

Sohalia se tenait à la proue, regardant vers le haut, vers la surface qui s'éloignait. Elle pouvait encore voir le Moby Dick — une ombre massive flottant au-dessus d'eux comme une baleine préhistorique.

Puis il disparut complètement, englouti par l'obscurité croissante.

Séparée. Isolée. Seule avec ma division dans les profondeurs.

C'était exactement ce que Marco avait voulu. La garder "en sécurité". Loin de la bataille principale. Protégée.

Mais maintenant, cette "sécurité" ressemblait étrangement à une prison. Une prison sous-marine où elle ne pourrait rien faire sauf attendre et regarder ses frères se battre et mourir sans elle.

Le navire atteignit sa profondeur de croisière. Autour d'eux, l'océan était vaste, sombre, infini. Des créatures marines passaient occasionnellement — ombres massives dans les ténèbres, curiosités préhistoriques qui nageaient sans se soucier des petites choses dans leurs bulles fragiles.

Les papillons dorés apparurent autour de Sohalia, réagissant à l'obscurité et à ses émotions. Ils illuminaient doucement le pont, projetant une lueur dorée éthérée qui dansait sur les visages de sa division.

Hogo s'approcha.

« Commandante ? Des ordres ? »

Sohalia respira profondément, repoussant ses émotions dans une boîte verrouillée au fond de son esprit. Maintenant n'était pas le moment pour les sentiments. Maintenant était le moment pour le professionnalisme.

« On suit le plan à la lettre, » dit-elle fermement. « Père nous appellera si besoin est. »

Elle se tourna vers sa division, les regardant tous.

« On attend. On reste en position. Concentrés. Prêts à tout. À n'importe quel signal. À n'importe quelle urgence. »

« Et si l'appel vient ? » demanda Kenta.

« Alors on fonce, » répondit Sohalia simplement. « Sans hésitation. Sans peur. On sauve notre famille. »

Elle toucha sa bague — celle qui était le symbole d'un amour qui existait encore malgré tout ce qui s'était brisé entre eux.

S'il te plaît, survit. Survit pour qu'on puisse réparer ça. Survit pour qu'on puisse se retrouver.

Mais elle ne dit pas ces mots à voix haute.


Huit heures avant l'exécution de Portgas D. Ace

Sohalia se tenait à la proue du navire de l'aube, seule malgré sa division qui s'activait derrière elle. Les papillons dorés tourbillonnaient doucement, leur lumière faible mais constante, repoussant les ténèbres ne serait-ce qu'un peu.

Derrière elle, ses hommes s'installaient pour l'attente. Certains vérifiaient leurs armes pour la dixième fois. D'autres essayaient de manger, même si personne n'avait vraiment faim. Quelques-uns tentaient même de dormir, recroquevillés dans des coins, cherchant quelques heures de repos avant que l'enfer ne se déchaîne.

Au-dessus, séparés par des centaines de mètres d'eau froide et sombre, le Moby Dick et ses trois autres répliques suivaient la même route. Invisibles. Silencieux. Attendant leur moment pour frapper.

Et plus haut encore, à la surface où le soleil brillait et où le vent soufflait, la flotte alliée approchait de Marineford. Visible. Bruyante. Appât parfait.

Sohalia ferma les yeux.

Dans huit heures, Ace sera traîné sur cette plateforme.

Dans huit heures, la guerre commencera.

Dans huit heures, nous saurons si nous sommes assez forts pour défier toute la puissance de la Marine. Pour sauver notre frère. Pour survivre.


Publié : 11/02/2026


Des pronostics ? Qui va vivre ? Qui va mourir ?

A demain !

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