War of Change

Chapitre 2 : La flotte de Barbe Blanche

7819 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/02/2026 17:21

Sept jours avant l'exécution de Portgas D. Ace

L'aube se levait à peine sur la flotte massive de Barbe Blanche, peignant le ciel de teintes roses et orangées qui se reflétaient sur l'océan calme. Le Moby Dick flottait au centre de son armada, entouré de ses quatre répliques et d'une vingtaine de navires alliés qui formaient un périmètre de protection impressionnant. Mais cette beauté paisible masquait mal la tension qui imprégnait chaque planche, chaque voile, chaque regard.

Vingt-quatre heures s'étaient écoulées depuis l'arrivée tumultueuse de Sohalia. Vingt-quatre heures pendant lesquelles elle et Marco s'étaient soigneusement évités, comme deux aimants de même polarité forcés de coexister sur le même navire. Leurs chemins s'étaient croisés — comment aurait-il pu en être autrement sur un navire, même aussi grand que le Moby Dick ? — mais jamais ils ne s'étaient arrêtés, jamais ils ne s'étaient parlé, jamais ils ne s'étaient vraiment regardés.

Sur le pont supérieur, Sohalia se tenait près du bastingage, observant sa division qui s'entraînait sur le pont principal en contrebas. Contrairement à ce que certains auraient pu croire en la voyant là si tôt, elle n'avait pas passé la nuit à s'entraîner avec eux. Non. Elle avait passé la nuit à veiller sur eux — à s'assurer qu'ils dormaient suffisamment, qu'ils mangeaient correctement, qu'ils se préparaient mentalement pour ce qui les attendait. La commandante ne menait pas seulement ses troupes au combat. Elle les préparait, les protégeait, s'assurait qu'ils seraient au meilleur de leur forme quand le moment viendrait.

Sa propre fatigue importait peu. Le poids sur ses épaules importait peu. Ce qui comptait, c'était que la quatrième division soit prête. Parce que si les choses tournaient mal à Marineford — et elle savait qu'elles tourneraient probablement mal — elle voulait que ses hommes aient toutes les chances possibles de survivre.

« Commandante ! »

Hogo, son second, grimpait l'escalier menant au pont supérieur. C'était un homme fiable, loyal, et doté d'un jugement tactique que Sohalia respectait profondément.

« Hogo, » le salua-t-elle sans détourner les yeux de l'entraînement en cours.

« La division est prête pour l'inspection du matin, » dit-il en s'arrêtant à ses côtés. « Kenta a terminé l'inventaire des armes. Tout est en ordre. »

« Bien. » Sohalia hocha la tête, satisfaite. « Et leur moral ? »

Hogo hésita une fraction de seconde.

« Ils sont... inquiets. Pour la bataille à venir. Mais déterminés. » Il marqua une pause. « Ils ont confiance en vous. »

Sohalia ferma brièvement les yeux. Cette confiance était à la fois un honneur et un fardeau terrible.

« Veille à ce qu'ils restent concentrés. Pas de pensées sur ce qui pourrait arriver. Seulement sur ce qu'ils doivent faire. »

« À vos ordres. » Hogo s'inclina légèrement, puis ajouta avec une hésitation inhabituelle : « Et vous, Commandante ? Comment... allez-vous ? »

Elle lui jeta un regard en coin. Hogo n'était pas du genre à poser des questions personnelles sans raison.

« Pourquoi cette question ? »

« Parce que toute la division sait qu'il y a... quelque chose entre vous et le Commandant Marco, yoi. » Il grimaça légèrement en imitant le tic verbal de Marco. « Et que ça ne va pas bien. »

Sohalia se raidit.

« Ce qui se passe entre le Commandant Marco et moi ne concerne personne d'autre. »

« Avec tout le respect que je vous dois, Commandante, » dit Hogo doucement, « quand ça affecte le moral de nos hommes, ça nous concerne. Ils s'inquiètent pour vous. »

Elle soupira, passant une main dans ses cheveux dorés.

« Dis-leur de s'inquiéter pour la bataille, pas pour moi. Je vais bien. »

C'était un mensonge, et ils le savaient tous les deux.


Les heures qui avaient suivi l'arrivée de Sohalia la veille avaient été une succession de moments manqués, de conversations évitées, de regards détournés.

Le petit-déjeuner dans la salle commune avait été particulièrement pénible. Sohalia était entrée, plateau en main, et avait immédiatement repéré Marco assis à une table avec Vista et Jozu. Leurs regards s'étaient croisés pendant une fraction de seconde — juste assez pour que Sohalia voie le conflit dans ses yeux bleus — puis Marco s'était levé brusquement, marmonnant une excuse quelconque, et était parti. Son plateau encore à moitié plein.

Vista avait soupiré. Jozu avait secoué la tête. Et Sohalia s'était assise à leur table comme si de rien n'était, même si ses mains tremblaient légèrement en tenant sa tasse de café.

« Il est... dans un état difficile, » avait dit Vista prudemment.

« Nous le sommes tous, » avait répondu Sohalia d'un ton neutre. « La différence, c'est que la plupart d'entre nous ne fuient pas leurs problèmes. »

Izo, qui venait de les rejoindre, avait levé un sourcil élégant.

« Oh, la morsure. J'adore. »

Mais sous son ton léger, Sohalia avait senti la douleur — cette blessure ouverte qui refusait de guérir parce que la personne qu'elle aimait refusait de lui parler.

Plus tard dans la matinée, pendant l'entraînement, Marco était passé sur le pont pour superviser quelque chose. Il aurait pu s'arrêter. Il aurait pu dire quelque chose. Même juste un salut professionnel.

Il ne l'avait pas fait. Il avait continué son chemin, regardant droit devant lui comme si elle était invisible.

Sohalia avait serré les dents et s'était reconcentrée sur sa division, criant des ordres avec peut-être un peu plus de force que nécessaire. Kenta avait remarqué mais avait été assez sage pour ne rien dire.

L'après-midi avait apporté une réunion des commandants convoquée par Barbe Blanche pour discuter de la logistique du départ. Tous les commandants s'étaient rassemblés dans la grande cabine, prenant leurs places habituelles autour de la table massive couverte de cartes marines.

Marco était arrivé en premier. Sohalia en dernier.

Et bien sûr — parce que l'univers avait apparemment un sens de l'humour cruel — la seule place libre était à côté de Marco.

Elle s'était assise sans un mot, le dos rigide, le regard fixé sur les cartes. Marco s'était raidi à côté d'elle, mais n'avait rien dit non plus. Leurs bras se touchaient presque. Leurs épaules séparées par quelques centimètres à peine. Si proches et pourtant aussi éloignés que s'ils se trouvaient sur des océans différents.

La tension était si palpable que les autres commandants avaient échangé des regards mal à l'aise. Vista s'était éclairci la gorge. Izo avait roulé des yeux. Haruta avait eu l'air aussi tendu qu'eux.

Barbe Blanche avait observé tout cela avec une expression indéchiffrable, puis avait commencé sa réunion comme si de rien n'était. Mais Sohalia avait vu son regard s'attarder sur elle et Marco, et elle avait su qu'il comprenait. Qu'il voyait la fracture qui se créait entre eux.

Le dîner avait été le pire. Sohalia avait mangé avec sa division à une table. Marco avec la sienne à une autre, de l'autre côté de la salle commune. Leurs divisions respectives avaient remarqué. Bien sûr qu'elles avaient remarqué. Des murmures s'étaient propagés, des regards inquiets échangés.

Et pendant tout ce temps, ni Marco ni Sohalia n'avaient mangé beaucoup. Tous deux poussant la nourriture dans leurs assiettes, jetant des regards furtifs de part et d'autre de la salle, puis détournant rapidement les yeux quand leurs regards menaçaient de se croiser.

Mais le moment le plus douloureux était venu tard dans la soirée, quand Sohalia retournait à sa cabine après une longue journée d'évitement stratégique. Elle marchait dans un des couloirs étroits du navire quand une porte s'était ouverte devant elle.

Marco en était sorti.

Ils s'étaient figés tous les deux, face à face dans le couloir étroit. Trop étroit pour que l'un passe sans que l'autre se plaque contre la paroi. Trop étroit pour s'éviter.

Le temps s'était arrêté.

Sohalia pouvait voir chaque détail de son visage — les cernes sous ses yeux qui trahissaient son propre manque de sommeil, la tension dans sa mâchoire, la façon dont ses flammes crépitaient faiblement autour de ses épaules comme si son contrôle glissait. Elle pouvait sentir la chaleur qui émanait de lui, cette chaleur familière qu'elle avait si souvent recherchée.

Marco la regardait avec une expression qu'elle ne parvenait pas à déchiffrer. Désir ? Regret ? Peur ? Tout cela en même temps ?

Ils auraient pu se parler. Auraient dû se parler. Ils étaient seuls, personne ne pouvait les entendre, c'était le moment parfait pour briser ce silence absurde qui les dévorait de l'intérieur.

Mais aucun mot ne vint.

Marco finit par s'écarter, se plaquant contre la paroi du couloir pour la laisser passer.

« Excuse-moi, yoi, » murmura-t-il, et sa voix était si rauque qu'elle en était presque méconnaissable.

Sohalia passa, frôlant son épaule. L'électricité qui passa entre eux à ce simple contact fut si intense qu'elle dut serrer les dents pour ne pas réagir. Les papillons dorés apparurent instinctivement autour d'elle, réagissant à ses émotions turbulentes, et les flammes de Marco s'intensifièrent en réponse.

Elle continua à marcher sans se retourner, même si chaque fibre de son être hurlait de revenir en arrière, de lui parler, de le forcer à avoir cette conversation qu'ils évitaient tous les deux.

Mais elle ne le fit pas.

Et derrière elle, Marco resta immobile dans le couloir, regardant sa silhouette s'éloigner, les flammes bleues dansant faiblement autour de lui comme des témoins silencieux de sa misère.


« Navire en approche ! » Le cri de la vigie ramena Sohalia au présent. « Pavillon allié ! »

Elle se redressa, reportant son attention sur l'horizon. Effectivement, un grand galion de guerre approchait, son pavillon clairement visible même à cette distance. Elle reconnut le symbole — celui de Doma, un des capitaines pirates alliés de longue date à Barbe Blanche.

« Le dernier allié, » murmura Hogo à ses côtés. « On va pouvoir partir. »

Sohalia hocha la tête, observant le navire de Doma se rapprocher. C'était un vaisseau impressionnant, bien armé, avec un équipage nombreux qui s'activait sur le pont. Quand il fut assez près, une passerelle fut lancée entre les deux navires, et Doma lui-même monta à bord du Moby Dick.

C'était un homme imposant avec une large carrure et une barbe noire bien taillée. Il s'inclina respectueusement devant Barbe Blanche qui l'attendait sur le pont principal.

« Père, » dit Doma d'une voix grave. « Nous sommes prêts à vous suivre jusqu'aux portes de l'enfer s'il le faut. »

« Gurarara ! » Le rire de Barbe Blanche résonna sur tout le navire. « Bienvenue, mon fils. Ta loyauté ne sera pas oubliée. »

Puis le regard de Doma balaya le pont, s'arrêtant sur Sohalia qui observait la scène depuis le pont supérieur. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement de surprise, puis un sourire appréciateur étira ses lèvres.

« C'est elle, n'est-ce pas ? » dit-il en la pointant du doigt. « La mystérieuse commandante dont tout le monde parle ? »

Sohalia se raidit légèrement, sur ses gardes.

« On raconte beaucoup de choses sur vous, » continua Doma, son sourire s'élargissant. « Qu'une femme d'une beauté incomparable commande la quatrième division avec une poigne de fer. » Il s'inclina dans sa direction. « Les rumeurs ne vous rendent pas justice, semble-t-il. »

Avant que Sohalia puisse répondre — et elle cherchait une réplique glaciale appropriée — des flammes bleues crépitèrent soudainement près de Doma. Marco était apparu, se matérialisant littéralement à côté du capitaine allié avec une expression qui aurait pu faire fondre du métal.

« Doma, » dit Marco, et sa voix était dangereusement calme. « Concentre-toi sur la mission, yoi. »

Doma leva les mains en signe de reddition, mais son sourire ne faiblit pas.

« Bien sûr, bien sûr. Pas de distraction. » Il jeta un dernier regard vers Sohalia. « Mais on ne peut pas reprocher à un homme d'apprécier la beauté quand il la voit. »

Les flammes de Marco s'intensifièrent. Vista, qui avait observé toute la scène, cacha un sourire derrière sa main.

« Jalousie, Marco ? » murmura Izo qui était apparu à côté de Sohalia sur le pont supérieur. « Comme c'est... révélateur. »

Sohalia ne répondit pas, mais elle avait vu. Elle avait vu la façon dont Marco s'était interposé, la façon dont ses flammes avaient réagi au commentaire de Doma. Une partie d'elle — une partie petite et mesquine — en tirait une satisfaction perverse. Au moins, il ressentait quelque chose. Au moins, il n'était pas complètement indifférent.

Mais une autre partie d'elle — la partie plus grande, plus blessée — ne voulait rien de tout cela. Elle ne voulait pas de jalousie. Elle voulait de l'honnêteté. De la communication. Du respect.

Elle voulait qu'il arrête de la fuir.

« MES FILS ! »

La voix tonitruante de Barbe Blanche résonna à travers toute la flotte. Sur chaque navire, les pirates cessèrent leurs activités et se tournèrent vers le Moby Dick où l'Empereur se tenait, imposant comme une montagne.

« Nous sommes au complet ! » continua-t-il. « Il est temps de partir ! »

Un rugissement d'acclamations monta de tous les navires.

« Direction : l'Île des Hommes-Poissons ! Nous nous y préparerons pour la bataille finale ! »

L'explosion de cris et d'exclamations qui suivit fut assourdissante. Des armes furent levées, des poings frappèrent l'air, des pirates hurlèrent leur détermination.

Et ainsi, la flotte massive de Barbe Blanche se mit en mouvement.

Les ordres furent criés de navire en navire. Les ancres furent levées dans un concert de grincements métalliques. Les voiles se déployèrent en cascade, claquant dans le vent comme des drapeaux de guerre. Le vent — favorable, comme par chance ou par manipulation de quelque pouvoir inconnu — gonfla les voiles et la flotte commença à avancer.

Vue d'en haut, c'était un spectacle à couper le souffle. Le Moby Dick au centre, massif et inébranlable. Les trois répliques formant un triangle parfait derrière lui. Puis les navires alliés les plus puissants en premier cercle, et les autres en second cercle plus large. Toute la formation se déplaçait comme un seul organisme vivant, coordonnée avec une précision militaire.

C'était magnifique. C'était terrifiant.

Et au cœur de cette armada, Sohalia se tenait sur le pont du Moby Dick, regardant vers l'horizon qui les séparait de Marineford, de Ace, de la bataille qui déterminerait le sort de tant de vies.

Elle ne remarqua pas Marco qui l'observait depuis l'autre côté du navire, son visage tordu par un conflit intérieur qui menaçait de le déchirer.

Ils naviguèrent pendant des heures, traçant leur route à travers le Nouveau Monde avec une détermination implacable. Et comme prévu, ils rencontrèrent l'opposition.

« Navires de la Marine à tribord ! » cria la vigie. « Trois vaisseaux ! »

Sur le pont, les pirates se précipitèrent vers le bastingage, mains sur leurs armes. Mais Barbe Blanche, assis sur son trône, ne bougea pas.

« Coulez-les, » dit-il simplement.

Les navires alliés du périmètre extérieur se déplacèrent avec une efficacité redoutable. Les canons tonnèrent, crachant feu et fumée. Les boulets traversèrent l'air en sifflant et frappèrent leurs cibles avec une précision mortelle.

Les navires de la Marine tentèrent de riposter, mais c'était pathétique comparé à la puissance de feu concentrée de la flotte pirate. En quelques minutes, les trois vaisseaux étaient en flammes, leurs coques éventrées, leurs équipages hurlant tandis que leurs navires coulaient.

Sohalia observait la scène depuis le pont du Moby Dick, son visage impassible. Pas de tristesse. Pas de regret. Pas même un frémissement de compassion.

Des hommes qui croient en un mensonge, pensa-t-elle froidement. Qui obéissent sans réfléchir. Qui appliquent une justice corrompue au nom d'un gouvernement pourri. Je ne pleure pas pour eux.

« Commandante ? »

Hogo s'était approché, son expression interrogative. Il avait probablement remarqué l'absence totale d'émotion sur son visage et se demandait si elle allait bien.

« Ils ont fait leur choix en portant cet uniforme, » dit Sohalia d'un ton neutre. « Nous faisons le nôtre en les coulant. »

Hogo hocha lentement la tête, acceptant sa logique.

« C'est la guerre. »

« C'est la guerre, » répéta Sohalia.

Et dans une guerre, il n'y avait pas de place pour l'hésitation ou la pitié. Seulement pour la victoire ou la défaite. La vie ou la mort.

Plus tard dans l'après-midi, une menace plus sérieuse se présenta.

« Cinq navires de la Marine ! » cria la vigie, une note d'urgence dans sa voix. « Ils sont mieux armés ! »

Jozu se pencha sur le bastingage, ses yeux évaluant rapidement la situation.

« Ils essaient de nous encercler. »

« Et ils ont un escargophone, » ajouta Vista, pointant vers le navire principal. « Ils vont transmettre notre position. »

« Ils essaient de transmettre un message ! » cria quelqu'un d'autre.

« Empêchez-les ! » rugit Barbe Blanche.

« Je m'en occupe, yoi. »

Marco ne perdit pas une seconde. Des flammes bleues explosèrent autour de lui tandis qu'il se transformait en phénix, ses ailes immenses se déployant dans un éclat de lumière bleu-or. Puis il s'envola du pont, traversant le ciel comme une comète vivante.

Sohalia le regarda partir, et malgré tout — malgré leur dispute, malgré la douleur, malgré la distance — elle ne put s'empêcher de ressentir un élan de fierté en le voyant. Il était magnifique en vol, mortel et gracieux à la fois.

Marco plongea vers le navire principal de la Marine, celui qui tentait de transmettre le message. Ses griffes de phénix brillèrent tandis qu'il percutait le mât de communication, le réduisant en miettes dans une explosion de bois et de métal. Un coup de pied enflammé détruisit l'escargophone avant qu'un seul mot ne puisse être transmis.

Puis il passa au navire suivant. Et au suivant. En moins de trois minutes, les cinq navires de la Marine étaient soit en flammes, soit coulés, soit tellement endommagés qu'ils ne représentaient plus une menace.

Marco revint sur le Moby Dick, atterrissant avec grâce sur le pont. Il reprit sa forme humaine, à peine essoufflé, et fit son rapport à Barbe Blanche d'un ton professionnel.

Mais ses yeux dérivèrent vers Sohalia. Juste une fraction de seconde. Assez pour qu'elle le voie.

Assez pour que son cœur se serre douloureusement dans sa poitrine.

Puis il détourna le regard et s'éloigna, et le moment fut rompu.


La descente vers l'Île des Hommes-Poissons commença alors que le soleil déclinait vers l'horizon. Namur avait passé des heures à superviser l'application du revêtement spécial sur chaque navire — cette résine précieuse de Sabaody qui permettrait aux vaisseaux de plonger sous les vagues sans que l'eau ne les envahisse.

« Vérifiez tout trois fois ! » criait Namur, nageant d'un navire à l'autre avec une aisance que seul un homme-poisson pouvait avoir. « Pas de failles ! Pas d'erreurs ! Nos vies en dépendent ! »

Les équipages obéirent avec diligence. Les coques furent inspectées minutieusement. Les provisions furent sécurisées. Les armes furent protégées de l'eau. Chaque détail fut vérifié et revérifié.

Puis, un par un, les navires commencèrent à descendre.

C'était un spectacle surréaliste. Les grands vaisseaux glissant sous la surface de l'océan, enveloppés dans leurs bulles de revêtement qui scintillaient dans la lumière déclinante. L'eau se refermait au-dessus d'eux, et soudain ils se retrouvaient dans un monde complètement différent.

La lumière du soleil diminua progressivement, remplacée par une pénombre bleutée. Des créatures marines passèrent — certaines petites et inoffensives, d'autres massives et terrifiantes. Un monstre marin de la taille de trois Moby Dick passa à une distance respectueuse, son œil gigantesque observant la flotte avec curiosité avant de continuer son chemin.

Les pirates sur les ponts étaient fascinés et terrifiés à la fois. Certains n'avaient jamais plongé si profond. Voir l'océan depuis l'intérieur d'une bulle, entouré de créatures qui pourraient les dévorer en une bouchée, c'était une expérience qui donnait de l'humilité.

Sur le Moby Dick, Sohalia se tenait près du bastingage, observant les profondeurs sombres qui les entouraient. L'obscurité était presque complète maintenant, à peine percée par les quelques lanternes allumées sur le navire.

Et puis les papillons dorés apparurent.

Elle ne les avait pas appelés consciemment, mais ils vinrent quand même, réagissant à quelque chose en elle — peut-être à l'obscurité, peut-être à son état émotionnel. Des dizaines de papillons lumineux se matérialisèrent autour d'elle, illuminant le pont d'une lueur dorée douce et éthérée.

Les membres de la quatrième division qui se trouvaient à proximité s'arrêtèrent, fascinés. C'était magnifique, cette lumière dorée dansante dans les ténèbres sous-marines.

À l'autre bout du navire, Marco sortit d'une cabine et se figea. Il vit Sohalia entourée de ses papillons dorés, et sans y penser, ses propres flammes bleues s'allumèrent en réponse. Elles crépitèrent autour de ses épaules et de ses bras, projetant leur propre lueur bleutée.

Bleu et or. Phénix et nature. Séparés par la largeur du navire, mais leurs pouvoirs réagissant l'un à l'autre comme s'ils étaient connectés par un fil invisible.

Vista, qui observait la scène, soupira. « Ces deux-là seront responsables de ma mort... »

Mais même lui ne pouvait nier la beauté du moment — ces deux lumières brillant dans les ténèbres, refusant de s'éteindre même quand tout autour d'elles était sombre et froid.

L'Île des Hommes-Poissons apparut enfin dans les profondeurs, brillante comme un joyau sous-marin. Des bulles géantes abritaient la cité, et de l'intérieur on pouvait voir des bâtiments de corail, des rues animées, une vie prospère qui semblait impossible si profond sous l'océan.

La flotte émergea dans une zone spéciale réservée aux grands navires, guidée par des gardes hommes-poissons qui veillaient à ce qu'aucun incident ne se produise. Les habitants de l'île observaient avec un mélange de curiosité et d'appréhension — c'était une chose de savoir que Barbe Blanche venait, c'en était une autre de voir son armada massive apparaître dans leurs eaux.

Une fois les navires sécurisés et les équipages débarqués, l'organisation commença immédiatement.

Barbe Blanche ne perdait pas de temps.

« Nous avons six jours ! » tonna sa voix. « Six jours pour nous préparer ! Utilisez-les sagement ! »

Les commandants se dispersèrent, chacun prenant en charge un aspect différent des préparatifs.

Blenheim supervisa l'inventaire et le ravitaillement. Des entrepôts furent mis à disposition par les autorités locales, et les pirates se mirent au travail — comptant, notant, calculant. Combien de provisions ? Combien d'eau ? Combien de munitions ? Les chiffres devaient être exacts. Pas de place pour l'erreur.

Dans l'un des entrepôts, une dispute éclata quand les comptes ne correspondaient pas.

« On a commandé cinquante barils de poudre ! » criait un pirate. « Où sont les dix manquants ?! »

« Je te dis qu'on a reçu que quarante ! » répliquait un autre.

Blenheim intervint, sa voix grave imposant le calme.

« Recommencez. Vérifiez chaque baril. On ne part pas sans savoir exactement ce qu'on a. »

Jozu prit en charge les armes. Des forges improvisées furent montées, et bientôt le bruit de métal contre métal résonna à travers une section entière de l'île. Des sabres furent affûtés jusqu'à ce qu'ils puissent couper un cheveu. Des canons furent inspectés et réparés. Des munitions furent fabriquées en masse.

Jozu lui-même vérifiait personnellement la qualité de chaque arme.

« Ça ne va pas, » disait-il en rejetant une épée. « Reforgez-la. Elle se brisera au premier choc. »

Les infirmières organisèrent une infirmerie temporaire dans un grand bâtiment mis à leur disposition. Des rangées de lits furent installées. Des stocks massifs de bandages, antiseptiques, médicaments furent accumulés. Des instruments chirurgicaux furent stérilisés et préparés.

L'une des infirmières principales, une femme d'âge mûr nommée Marla, supervisa tout avec une efficacité militaire. Mais Sohalia, passant par là pour inspecter les préparatifs, la vit s'arrêter un moment, regardant tous ces lits vides, et une larme coula sur sa joue.

« Marla ? » demanda doucement Sohalia.

L'infirmière s'essuya rapidement les yeux.

« Pardon, Commandante. C'est juste... » Elle fit un geste vers les lits. « Je sais qu'ils vont tous être remplis. Et je sais que certains... » Sa voix se brisa. « Certains ne survivront pas, peu importe ce que nous ferons. »

Sohalia posa une main sur son épaule.

« Vous ferez de votre mieux. C'est tout ce qu'on peut demander. »

« Mais ce ne sera peut-être pas suffisant. »

« Non, » admit Sohalia honnêtement. « Peut-être pas. Mais nous devons essayer quand même. »

Puis vint l'annonce que tous redoutaient et attendaient à la fois.

« Toutes les femmes, les personnes âgées et les malades resteront sur l'Île des Hommes-Poissons ! » cria un commandant à travers l'assemblée. « Seuls ceux en état de se battre partiront pour Marineford ! »

Les réactions furent variées.

Des infirmières protestèrent.

« Nous pouvons être utiles sur le champ de bataille ! »

Mais Barbe Blanche fut inflexible.

« Votre rôle sera d'accueillir et de soigner les blessés quand nous reviendrons. Si nous revenons. »

Des pirates âgés, des vétérans qui avaient servi pendant des décennies, durent accepter qu'ils seraient un fardeau. Certains pleuraient ouvertement, la douleur de ne pas pouvoir se battre une dernière fois gravée sur leurs visages ridés.

« On priera pour vous, » promit l'un d'eux à Barbe Blanche. « Chaque jour, chaque heure, on priera pour votre retour. »

Mais il y eut une exception notable.

Whitey Bay, la capitaine pirate dont le navire était l'un des plus puissants de la flotte alliée, s'approcha de Barbe Blanche avec détermination.

« Père, » dit-elle, et sa voix ne tolérait aucune contradiction. « Je viens. »

Barbe Blanche la regarda longuement.

« Tu es sûre, ma fille ? Ce sera sanglant. »

« Je suis capitaine, » répondit Whitey avec fierté. « Je commande mon propre équipage. C'est mon choix. »

Barbe Blanche hocha lentement la tête.

« Alors viens. Fais attention à toi. »

De loin, Sohalia observait cet échange, et quelque chose se tordit douloureusement dans sa poitrine.


Les entraînements intensifs commencèrent immédiatement. Sur différents espaces de l'île, les divisions s'entraînaient selon leurs spécialités.

La quatrième division, sous l'œil vigilant de Sohalia, exécutait des manœuvres de combat complexes. Elle les poussait durement — plus durement que jamais — parce qu'elle savait que la moindre erreur à Marineford pourrait leur coûter la vie.

« Encore ! » criait-elle alors que ses hommes simulaient une formation défensive. « Vous êtes trop lents ! Recommencez ! »

Kenta, haletant, échangea un regard avec Hogo. Leur commandante était impitoyable aujourd'hui.

« Elle est stressée, » murmura Kenta.

« Nous le sommes tous, » répondit Hogo. « Mais elle a raison. On doit être parfaits. »


De l'autre côté de l'île, Marco entraînait la première division à des attaques aériennes coordonnées. En forme de phénix, il guidait ses hommes à travers des manœuvres complexes, criant des ordres, corrigeant des erreurs.

Mais même en pleine concentration, son regard dérivait constamment vers la direction où Sohalia entraînait sa division. Il pouvait entendre sa voix portée par le vent, ferme et autoritaire. Il pouvait l'imaginer, debout au milieu de ses hommes, magnifique et mortelle.

Et ça lui faisait mal. Ça lui faisait tellement mal de savoir qu'elle était si proche et pourtant si inaccessible.

« Marco ! » La voix d'Izo le ramena au présent. « Tu es distrait ! »

« Désolé, yoi, » marmonna Marco, se reconcentrant.

Mais Izo avait vu. Bien sûr qu'il avait vu.

« Tu ne peux pas continuer comme ça. »

« Je n'ai pas le choix, yoi. »

« Tu as toujours le choix, » répliqua Izo. « Tu choisis juste la voie la plus difficile. »


À un moment, par pur hasard, Sohalia et Marco se retrouvèrent à entraîner leurs divisions dans des espaces adjacents. Un mur de corail les séparait — ils ne pouvaient pas se voir, mais ils pouvaient s'entendre.

Et leurs commandements créèrent un rythme étrangement synchronisé.

« Attaque ! » criait Sohalia.

« Défense ! » criait Marco une seconde après.

« Repli ! » Sohalia.

« Avancez ! » Marco.

Leurs divisions le remarquèrent. Des sourires en coin. Des regards complices. Leurs commandants étaient peut-être en froid, mais même séparés, ils fonctionnaient comme les deux moitiés d'un tout.

Mais ni Sohalia ni Marco ne firent un geste pour franchir ce mur et aller voir l'autre.

La fierté — ou la peur — les gardait séparés.

La fin de l'après-midi approchait quand Marco prit sa décision. Il devait lui parler. Il ne pouvait plus éviter cette conversation, aussi douloureuse qu'elle promettait d'être.

Il la chercha partout — pas avec sa division, pas à l'infirmerie, pas dans les quartiers communs. Ce qui signifiait qu'elle devait être dans sa cabine.

Marco marcha dans les couloirs du Moby Dick, son cœur battant de plus en plus fort à chaque pas. Il répétait mentalement ce qu'il allait dire, mais les mots semblaient pathétiques même dans sa tête.

Comment lui expliquer ? Comment lui faire comprendre que c'est la peur qui le fait agir ainsi ? Que l'idée de la perdre le terrifie tellement qu'il préférerait la blesser maintenant plutôt que de la voir mourir plus tard ?

Il arriva devant sa cabine et frappa trois coups fermes.

« Sohalia ? C'est moi, yoi. » Pause. « On doit parler. »

La porte s'ouvrit, et Sohalia apparut, la surprise évidente sur son visage en le voyant. Elle sortit immédiatement, fermant la porte derrière elle — refusant clairement qu'il entre dans son espace privé.

« Marco. »

Son ton était neutre, presque froid. Ça fit mal, mais il le méritait.

« On peut parler ? » demanda-t-il. « En privé ? »

« On EST en privé, » répondit-elle en désignant le couloir vide.

Marco regarda autour de lui. Elle avait techniquement raison, mais...

« Dans ma cabine, yoi. S'il te plaît. »

Sohalia hésita longuement, regardant vers sa propre porte, puis vers lui. Il vit quelque chose passer dans ses yeux — peut-être une lueur d'espoir, peut-être juste de la résignation.

« D'accord. »

La cabine de Marco était plus grande que celle de Sohalia, bénéfice de son rang de premier commandant. Mais elle était étonnamment spartiate — un bureau couvert de cartes et de plans, des armes bien entretenues sur le mur, un lit visiblement peu utilisé récemment.

Ce qui attira immédiatement l'attention de Sohalia, cependant, fut le foulard doré posé sur la table de chevet.

Son foulard. Celui qu'elle avait perdu hier, dans la confusion après son arrivée. Elle l'avait cherché mais avait supposé qu'il était tombé à la mer.

Marco l'avait trouvé. Et l'avait gardé.

Leurs regards se croisèrent — le sien interrogateur, le sien presque honteux. Mais ni l'un ni l'autre ne dit rien sur le foulard.

Marco ferma la porte, et le silence devint épais, chargé de tout ce qu'ils ne s'étaient pas dit.

« Alors ? » dit finalement Sohalia, croisant les bras dans une posture défensive. « De quoi voulais-tu parler ? »

Marco respira profondément, rassemblant son courage.

« Des... arrangements pour Marineford. »

Sohalia fronça les sourcils, ne comprenant pas immédiatement.

« Les femmes doivent débarquer ici, yoi, » continua Marco, sa voix tendue. « Sur l'île. »

Il y eut un long silence pendant lequel Sohalia comprit exactement ce qu'il était en train de faire.

« Pardon ? »

Sa voix était dangereusement calme.

« C'est la décision de Père, yoi, » s'empressa de dire Marco, s'accrochant désespérément à son rôle officiel. « Toutes les femmes restent sur l'Île des Hommes-Poissons. Pour leur sécurité. »

Sohalia eut un rire sans joie, un son amer qui fit grimacer Marco.

« Et Whitey Bay ? C'est un homme, peut-être ? »

Marco grimaça.

« Whitey est capitaine. Elle commande son propre équipage. Elle fait ce qu'elle veut, yoi. »

« Je suis commandante, » répliqua Sohalia, sa voix se durcissant.

Et là, Marco lâcha les mots qui allaient tout faire exploser.

« Non. Pas officiellement. »

Le silence qui suivit fut assourdissant.

Sohalia resta figée, le regardant comme s'il venait de la gifler.

« Quoi ? »

Marco recula instinctivement, sachant qu'il venait de franchir une ligne dont il ne pourrait jamais revenir.

« Sohalia... »

« QUOI ?! »

Des papillons dorés explosèrent autour d'elle, tourbillonnant avec une violence qui faisait trembler l'air. La rage pure dans ses yeux fit presque reculer Marco d'un pas de plus.

« "Pas officiellement" ? » répéta-t-elle, sa voix montant. « Qu'est-ce que ça veut dire, "pas officiellement" ?! »

Marco essaya d'expliquer, mais chaque mot qui sortait de sa bouche sonnait pathétique.

« Tu es commandante de la quatrième division, oui, mais... tu n'as jamais été officiellement... enregistrée. Dans les dossiers de la Marine. Ton statut n'est pas... yoi... »

Il s'embrouillait, et il le savait.

« Je vois, » dit Sohalia, et sa voix était soudainement glaciale.

Elle s'approcha de lui, et les papillons tourbillonnaient si fort maintenant qu'ils créaient pratiquement un cyclone doré autour d'elle.

« Donc tu utilises une technicité bureaucratique — une technicité créée PRÉCISÉMENT pour protéger mon identité secrète — comme excuse pour me traiter différemment. »

« Ce n'est pas une excuse, c'est un fait, yoi— »

« C'est une EXCUSE, » coupa Sohalia avec dégoût. « Et une excuse pathétique. »

Elle le regarda comme s'il était quelque chose de sale qu'elle venait de trouver sous sa botte.

« Mon statut "non-officiel" n'a jamais été un problème avant. Pas quand tu avais besoin que je commande la quatrième. Pas quand tu avais besoin que je me batte. Pas quand tu avais besoin de mes capacités. Mais maintenant, soudainement, c'est un problème ? »

Marco ne pouvait pas soutenir son regard.

Sohalia eut un rire amer.

« Tu sais ce qui est drôle ? Tu prétends me protéger, mais ce que tu fais vraiment, c'est m'effacer. Me diminuer. M'utiliser quand ça t'arrange et me mettre de côté quand tu as peur. »

« Je ne— » commença Marco, mais elle ne le laissa pas finir.

« Whitey Bay va à Marineford, » continua-t-elle, sa voix tremblante de rage contenue. « Mais MOI ? La commandante de la quatrième division ? Je dois rester en arrière ? »

Elle fit un pas vers lui, et Marco recula malgré lui.

« Depuis que je suis arrivée hier, tu m'as évitée. Tu as refusé de me parler. Tu m'as rejetée devant tout l'équipage. Et maintenant, tu me convoques ici pour me dire que je ne suis "pas officiellement" une commandante ? »

Les larmes commencèrent à couler, mais sa voix ne faiblit pas.

« Tu sais ce qui est drôle ? J'ai abandonné mon royaume pour venir ici. J'ai risqué l'exposition de mon peuple. J'ai mis en danger tout ce que j'ai construit. Et pour quoi ? »

Sa voix se brisa légèrement.

« Pour être avec toi. Pour sauver notre frère. Pour me battre aux côtés de ma famille. »

Elle s'approcha encore, et il y avait tant de douleur dans ses yeux que Marco dut détourner le regard.

« Et toi, tu passes ton temps à essayer de me renvoyer. »

« Parce que je t'aime, yoi, » explosa Marco, incapable de se retenir plus longtemps. « Parce que si tu meurs là-bas, je... »

« Et moi ? » coupa Sohalia. « Tu crois que je ne t'aime pas ? Tu crois que la perspective de te perdre ne me terrifie pas tout autant ? »

Elle frappa sa poitrine, pas fort, juste assez pour ponctuer ses mots.

« Mais je ne te demande pas de rester en arrière ! Je ne te mens pas sur ton statut ! Je ne t'évite pas comme si tu étais... comme si notre relation était une erreur ! »

Marco attrapa ses poignets.

« Notre relation n'est PAS une erreur, yoi ! »

« Alors arrête d'agir comme si c'en était une ! »

Ils étaient face à face maintenant, haletants, les papillons et les flammes créant un spectacle chaotique autour d'eux. Il y eut un moment — un instant suspendu dans le temps — où ils auraient pu s'embrasser ou se battre, la ligne entre les deux floue et incertaine.

Mais Sohalia se libéra finalement de son emprise, reculant.

Elle essuya ses larmes avec rage, se redressant de toute sa hauteur. Quand elle parla à nouveau, sa voix était glaciale, chaque mot articulé avec une précision mortelle.

« Écoute-moi bien, tête d'ananas misogyne. »

Marco tressaillit au surnom, mais elle continua sans pitié.

« Je. Serai. Présente. »

Pause.

« Je suivrai le plan. Je resterai avec ma division. Et si besoin est, je serai sur le champ de bataille. »

Une pause plus longue, son regard transperçant Marco comme une lame.

« Et tu ne pourras rien faire pour changer ça. »

« Sohalia— » tenta Marco, désespéré.

Mais elle se dirigeait déjà vers la porte.

« S'il te plaît, yoi, ne pars pas comme ça... »

Sohalia s'arrêta, main sur la poignée, sans se retourner.

« Tu voulais me parler "officiellement", non ? » Sa voix était froide comme la glace. « Alors officiellement, Commandant Marco, je refuse vos ordres. »

Elle ouvrit la porte.

Puis, se retournant juste assez pour le regarder par-dessus son épaule :

« Et personnellement ? Personnellement, tu viens de briser quelque chose entre nous. J'espère que ça en valait la peine. »

Elle sortit.

La porte claqua derrière elle.

Et Marco resta seul dans sa cabine, fixant la porte close, ses jambes cédant sous lui tandis qu'il s'effondrait sur son lit.

Il prit sa tête dans ses mains, les flammes bleues crépitant de façon erratique autour de lui.

« Qu'est-ce que j'ai fait, yoi ? » murmura-t-il dans le silence oppressant. « Qu'est-ce que j'ai fait ? »

Son regard tomba sur le foulard doré qu'il avait gardé. Il le prit, le serra contre lui, mais l'odeur de Sohalia qu'il portait encore ne lui apportait aucun réconfort.

Seulement une douleur plus profonde.


Dans le couloir, Sohalia marchait d'un pas rapide, tête haute, refusant de montrer sa douleur à quiconque pourrait la voir. Les papillons dorés tourbillonnaient toujours autour d'elle, témoins chaotiques de son état émotionnel.

Elle croisa Vista dans un couloir.

« Sohalia ? » Il fronça les sourcils, inquiet. « Ça va ? »

« Parfaitement, » répondit-elle d'une voix plate, ne s'arrêtant pas.

Vista regarda vers la cabine de Marco, puis vers Sohalia qui s'éloignait déjà.

« Ces deux-là vont me rendre fou... » soupira-t-il.


Plus tard dans la soirée, alors que le soleil artificiel de l'île commençait à décliner, une annonce fut faite : réunion stratégique dans une heure. Tous les commandants et capitaines alliés devaient être présents.

Une grande salle avait été préparée, avec une table massive couverte de cartes marines et assez de chaises pour accueillir tous les leaders de la flotte.

Les capitaines arrivèrent progressivement — Whitey Bay avec son élégance mortelle, Doma avec sa prestance imposante, Squard et tous les autres, curieux de connaître le plan exact.

Les commandants vinrent aussi. Jozu, imposant et silencieux. Vista, élégant malgré la gravité du moment. Izo, gracieux comme toujours. Haruta, pour une fois sérieux. Namur, préparé pour son rôle crucial.

Marco arriva tôt, s'asseyant à sa place habituelle, le visage fermé, ne regardant personne.

Sohalia arriva presque en retard, Hogo à ses côtés. Elle s'assit aussi loin de Marco que la configuration de la table le permettait.

La tension entre eux était si palpable que même les capitaines alliés qui ne les connaissaient pas bien le remarquèrent. Des regards curieux furent échangés.

Puis Barbe Blanche entra, et tous se levèrent par respect.

« Asseyez-vous, » dit-il, faisant signe de la main. Il se plaça devant la carte principale, son imposante silhouette dominant la salle.

« Mes fils. Nous avons six jours avant de partir pour Marineford. Voici comment nous allons procéder. »

Il posa ses mains massives sur la carte.

« Nous resterons cachés ici, sur l'Île des Hommes-Poissons. À l'abri des regards. À l'abri des espions. »

Son regard balaya l'assemblée.

« Je veux des règles strictes. Pas de débauche. Pas d'alcool excessif. Vous restez concentrés. Vous vous entraînez. Vous vous préparez. »

Il marqua une pause significative.

« Je veux que chacun de vous soit au meilleur de sa forme quand nous partirons. Pas de gueule de bois. Pas de distractions. »

Des hochements de tête autour de la table.

« Maintenant, écoutez bien, » continua Barbe Blanche. « Parce que voici comment nous allons surprendre ces bâtards de la Marine. »

Il traça une route sur la carte avec son doigt.

« Nous allons nous diviser en deux groupes. »

Des murmures surpris.

« Vous tous, » Barbe Blanche désigna les capitaines alliés, « vous allez remonter à la surface dans six jours. Vous naviguerez normalement, à la vue de tous. Vers Marineford. »

Whitey Bay fronça les sourcils.

« Nous serons des leurres ? »

« Des distractions, » confirma Barbe Blanche. « La Marine s'attend à nous voir arriver par la mer. Ils verront vos navires. Ils croiront que c'est toute notre force. Ils se prépareront en conséquence. »

Squard comprit immédiatement.

« Et pendant ce temps... »

« Pendant ce temps, » Barbe Blanche sourit férocement, « le Moby Dick et ses trois répliques resteront sous l'eau. Cachés. Nous suivrons la même route que vous, mais personne ne saura que nous sommes là. »

Il laissa ses mots faire leur effet.

« Quand vous arriverez à Marineford, vous les engagerez. Vous les garderez occupés. Vous leur ferez croire que c'est tout ce que nous avons. »

Sa voix se fit plus basse, plus dangereuse.

« Et pendant qu'ils se concentreront sur vous... nous émergerons. »

Le silence dans la salle était absolu tandis que tous visualisaient le plan.

« Gurarara ! » Le rire de Barbe Blanche résonna. « Effet de surprise total ! »

Des sourires commencèrent à apparaître autour de la table. C'était audacieux. Risqué. Mais ça pourrait fonctionner.

« Et si la Marine devine notre plan ? » demanda McGuy. « S'ils s'attendent à une attaque sous-marine ? »

« Ils ne peuvent pas se préparer à tout, » répondit Barbe Blanche. « Et même s'ils devinent, nous aurons l'avantage du nombre et de la surprise partielle. »

« Combien de temps devrons-nous tenir en surface avant que vous n'arriviez ? » demanda Doma.

Marco prit la parole, sa voix professionnelle.

« Nous émergerons dès que vous aurez engagé leurs forces, yoi. Maximum quinze minutes après le début des hostilités. »

« Quinze minutes, c'est long dans une bataille... » marmonna un capitaine.

« Vous êtes forts, » dit Jozu de sa voix grave. « Vous tiendrez. »

Barbe Blanche continua :

« Maintenant, vos rôles spécifiques. »

Il commença à assigner les tâches. Marco en première ligne, ouvrant le chemin. Jozu brisant les formations ennemies. Vista éliminant les officiers supérieurs. Izo couvrant les arrières. Namur coordonnant les mouvements aquatiques une fois en surface.

Et puis il arriva à Sohalia.

Tous les yeux se tournèrent vers elle. Marco se raidit, mais ne dit rien.

« Sohalia. Commandante de la quatrième division. »

Barbe Blanche la regarda longuement.

« Ta division restera sur le navire à aube. Sous l'eau. »

Des murmures surpris.

Sohalia comprit immédiatement.

« En réserve. »

« Vous êtes notre assurance, » confirma Barbe Blanche. « Notre dernière carte. Si les choses tournent mal... si nous avons besoin d'une évacuation d'urgence... »

Il ne finit pas sa phrase, mais le message était clair.

« Tu as les moyens de nous sortir de là. »

Sohalia s'inclina.

« Je comprends, Père. Nous serons prêts. »

Vista murmura à Izo :

« Au moins, elle sera à l'abri sous l'eau. »

Mais Jozu, plus pragmatique, répondit :

« Ou elle sera notre seule chance de survie. »

« Des questions ? » demanda Barbe Blanche.

Silence. Tous assimilaient le plan.

« Alors préparez-vous. Dans six jours, nous partons. »

Il leva son immense bisento.

« Et dans une semaine, nous ramènerons notre frère à la maison ! »

L'explosion d'acclamations qui suivit fit trembler les murs.

La réunion terminée, les capitaines sortirent, discutant avec animation. Les commandants restèrent un moment.

Marco sortit rapidement, ne voulant parler à personne, surtout pas à Sohalia.

Elle resta, discutant brièvement avec Namur sur les détails techniques du revêtement, puis sortit à son tour. Marco était déjà parti.


La nuit tomba sur l'Île des Hommes-Poissons, mais l'activité ne cessa pas. Partout, des pirates continuaient leurs préparatifs.

Les forges travaillaient sans relâche, le bruit de métal contre métal résonnant à travers la nuit. Des étincelles illuminaient l'obscurité comme des lucioles mécaniques.

Dans les infirmeries, les derniers préparatifs étaient faits. Des lits alignés. Des instruments stérilisés. Des prières silencieuses.

Sur les navires, Namur et son équipe continuaient d'inspecter et de renforcer le revêtement. Chaque centimètre était vérifié. Pas de place pour l'erreur.

Des pirates s'entraînaient même la nuit, incapables de dormir, la nervosité les poussant à rester actifs.

Les commandants, dans leurs quartiers respectifs, se préparaient chacun à leur manière. Certains priaient. D'autres écrivaient des lettres — au cas où. Tous pensaient à ce qui les attendait.

Dans sa cabine, Marco était assis sur son lit, regardant le foulard doré de Sohalia.

« Je voulais juste te protéger, » murmura-t-il dans le silence. « Mais tout ce que j'ai fait, c'est te faire du mal. »

Il serra le foulard contre lui, mais aucun réconfort ne vint.

Seulement une douleur plus profonde.

Sur un point élevé de l'île, Sohalia se tenait seule, regardant vers le haut à travers la bulle géante qui protégeait la cité. Elle pouvait voir les profondeurs sombres de l'océan au-dessus, et au-delà, imaginait les étoiles qu'elle ne pouvait pas voir.

Les papillons dorés tourbillonnaient doucement autour d'elle, leur lumière douce la seule constante dans ce monde de chaos et de douleur.

Elle toucha sa bague.

« Tiens bon, Ace, » murmura-t-elle vers les cieux invisibles. « On arrive. »

Et quelque part dans l'obscurité, séparés par la distance mais unis par leurs pensées, Marco et Sohalia pensaient l'un à l'autre. Tous deux blessés. Tous deux effrayés. Tous deux refusant de franchir le fossé qui s'était creusé entre eux.


Six jours avant l'exécution de Portgas D. Ace


Publié : 10/02/2026


Je me suis toujours demandé qui était sur le Moby Dick à aube ? L'intégration de Sohalia était logique.

A demain !

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