War of Change
Marineford — Baie centrale
La bulle d'air tint.
C'était la première chose que Sohalia constata quand le navire à aubes creva la surface de la baie — la bulle d'air tint, le revêtement de résine fit ce pour quoi on l'avait enduit sur chaque planche du bateau, et l'eau qui aurait dû les noyer ruissela sur les flancs du navire au lieu d'envahir le pont. Elle tenait sa hallebarde à deux mains, parfaitement immobile malgré ce que son corps voulait faire, et elle attendit que la bulle se dissolve complètement avant de donner ses ordres.
Autour du navire, des pirates de Barbe Blanche nageaient dans une eau qui ne ressemblait plus vraiment à de l'eau — trop chaude par endroits, trouble de sang et de cendres, alourdie par des débris que Sohalia préféra ne pas identifier avec précision. Certains nageaient encore avec une intention visible. D'autres flottaient.
Elle fit une courte et rapide évaluation de ce qu'elle avait devant elle, et se tourna vers sa division.
« Hogo, Kenta — cordages et filets, on récupère tout ce qui bouge. Ikaku, Hayate, Genjiro — défense du navire, rien ne monte à bord sans ma permission, on ne prend pas de risques inutiles. »
Elle chercha Yori des yeux, le trouva déjà en train d'ouvrir sa sacoche médicale à l'arrière du pont, et se contenta de lui dire :
« Tu commences maintenant. »
Puis, à Kan :
« Sentinelle. Les Marines vont ajuster leur tir dès qu'ils nous auront localisés — j'ai besoin de savoir dans combien de temps. »
Kan ferma les yeux une seconde, tendit ses sens dans toutes les directions à la fois, et dit simplement :
« Deux minutes. Peut-être trois. »
Ça suffit.
Yori ne répondit pas à son ordre parce qu'il n'avait pas besoin de répondre — il était déjà au travail, les mains qui se déplaçaient avec cette efficacité chirurgicale qu'elle avait appris à ne plus trouver froide au fil des années. Des blessés commençaient à être hissés à bord, Hogo et Kenta travaillant à une vitesse qui contrastait violemment avec la masse de leurs silhouettes. Des hommes brûlés par l'eau que le magma d'Akainu avait chauffée jusqu'à la limite du supportable. Des hommes à bout de forces, accrochés à des débris de navires qui ne flotteraient plus très longtemps. Des hommes qui avaient arrêté de nager sans tout à fait avoir arrêté de vivre.
Genjiro resta à côté de Yori pour tenir les patients. Il ne posa pas la question de savoir si c'était son rôle — il le vit et il le fit, et Sohalia nota mentalement que c'était exactement le genre de jugement qu'elle voulait dans sa division.
Laugh Tale — Place Centrale
Maiya avait la main sur la bouche depuis si longtemps que ses doigts lui faisaient mal. Elle ne s'en était pas rendu compte jusqu'à maintenant, et elle ne bougea pas sa main pour autant parce que ce n'était pas le moment d'y penser. Sur l'écran transmis par les espions du Royaume, le navire à aubes était visible — instable, l'angle mauvais, mais visible — et sur son pont une silhouette qu'elle connaissait mieux que n'importe quelle autre au monde était en train de donner des ordres.
Akihide s'était levé. Il ne s'en était pas rendu compte non plus.
Marineford — Baie centrale
Des voix montèrent de l'eau avant les visages. Des voix que Sohalia reconnut même déformées par l'effort et la distance, et qui lui firent quelque chose dans la poitrine qu'elle n'avait pas le temps d'identifier avec précision mais qui ressemblait de très près à du soulagement.
Izo fut le premier à monter à bord, ses pistolets encore en main, une entaille propre sur la joue gauche qui saignait sans qu'il y fasse attention. Il jeta un regard au pont — rapide, méthodique, évaluant tout en une seconde — et vit Sohalia. Son expression perdit une fraction de son cynisme habituel pendant le temps d'un battement de cœur, pas davantage, puis il était déjà en train de refermer ce qu'il avait ouvert.
« Intéressant endroit pour se retrouver, » dit-il, et dans sa voix il y avait tout ce qu'ils n'avaient pas le temps de se dire.
Sohalia le regarda une seconde avec quelque chose de chaud, de soulagé, qui ne dura pas davantage que son expression à lui. Elle lui pointa le flanc tribord du navire.
« Les Marines vont ajuster leur tir. Défense tribord. »
Il y alla sans se faire prier.
Haruta monta ensuite, boitant légèrement sur la jambe droite, sa tenue de combat déchirée à l'épaule mais son visage parfaitement alerte. Il vit Sohalia et ouvrit la bouche — Haruta commençait toujours par quelque chose d'insolent, c'était sa façon de dire qu'il était encore en vie et que tout allait donc à peu près — mais elle leva une main avant qu'il ait le temps de produire quoi que ce soit.
« Je sais. Bienvenue à bord. Bâbord. »
Il grogna quelque chose qui aurait pu être une protestation ou un acquiescement, et obéit.
Vista fut le dernier des trois à monter. Il hissait avec lui un allié blessé dont il refusait visiblement de lâcher la main malgré ses propres difficultés à monter à bord — Sohalia reconnut Rakuyo à son pavillon tatoué dans le cou, inconscient mais respirant — et quand il se retrouva sur le pont et qu'il se redressa face à elle, il s'arrêta une seconde. Une seule. Il la regarda avec la fierté propre et simple d'un homme qui avait tenu tête à Marco et à Barbe Blanche pour qu'elle soit là, et qui avait eu raison de le faire. Rien d'autre dans ce regard. Juste ça. Il posa une main brève sur son épaule, ne dit rien, et alla prendre position à bâbord à côté d'Haruta.
Plus haut dans le ciel de Marineford, sous la forme d'un phénix dont les flammes bleues portaient jusqu'à l'autre bout de la baie, Marco cherchait des ouvertures. Il en avait trouvé une, la perdit, en chercha une autre, et dans ce mouvement constant et calculé au-dessus du champ de bataille, il passa au-dessus du navire à aubes.
Et il la vit.
Debout sur le pont. Sa hallebarde traçant un arc parfait dans l'air avec une précision qu'il reconnaissait immédiatement — Vista lui avait appris ce mouvement là, il y avait des années, dans ce couloir étroit du Moby Dick où ils s'entraînaient quand il pleuvait et qu'on ne pouvait pas aller sur le pont. Sa voix portant clairement au-dessus du chaos pour distribuer des rôles à sa division. Aucun signe de pouvoir, aucune manifestation visible, exactement comme elle avait promis qu'elle se tiendrait discrète.
Elle était vivante. Elle se battait. Elle tenait.
Marco s'immobilisa une fraction de seconde dans les airs — sur un phénix, ça ressemblait à un battement d'aile manqué, infinitésimal, que personne ne remarqua sauf peut-être Izo qui était habitué à le surveiller — puis un Marine sur le pont en dessous repéra sa forme lumineuse et il était déjà reparti.
Il n'avait pas le temps de penser à ça. Pas maintenant.
Mais quelque chose en lui continua de savoir exactement où elle était sur le champ de bataille, même quand il ne la regardait pas. Comme une boussole dont l'aiguille n'indique qu'un seul point fixe quel que soit le chaos autour.
Laugh Tale — Place Centrale
L'espion qui avait trouvé un angle sur le pont du navire à aubes transmettait maintenant une image assez stable pour qu'on distingue les visages. Akihide regardait Sohalia manœuvrer sa hallebarde, et quelque chose dans sa posture — ce quelque chose de rigide et de serré qu'il portait depuis des heures — se dénoua d'une façon minime, presque invisible, comme si un seul muscle avait décidé d'arrêter de se battre.
Maiya lui prit la main sans dire un mot.
Marineford — Baie centrale
Sengoku observait depuis la plateforme d'exécution. Il avait vu le navire à aubes émerger, avait évalué ce qu'il faisait — récupération de blessés, sécurisation d'alliés, protection d'une ligne de retraite potentielle — et il avait commencé à donner l'ordre d'orienter les canons vers lui quand il avait réalisé quelque chose avec le retard d'un homme qui avait trop regardé ailleurs.
Little Oars Junior bougeait encore.
Le géant — massacré, la jambe tranchée depuis longtemps, une lance d'ombre plantée dans la poitrine par Moria — continuait de se mouvoir par une volonté qui n'avait plus rien à voir avec la logique médicale. Il s'était agrippé au navire à aubes. Et maintenant il tirait.
L'ordre de tirer sur Oars vint trop tard.
Ce qui suivit fut quelque chose que Sohalia sentit avant de le voir — une traction massive, irrésistible, qui fit grincer toute la structure du navire à aubes dans un son qui n'était pas censé sortir du bois — et elle eut le temps de crier à sa division de s'accrocher avant que le navire commence à glisser sur la glace fondue de la baie. Oars tirait. Il tirait de tout ce qui lui restait, les muscles d'un géant tendus au-delà de toute limite raisonnable, le pied qui cherchait de l'appui sur une glace qui cédait sous lui par endroits, le corps qui n'avait aucune raison physiologique d'obéir à sa volonté et qui obéissait quand même.
Le navire traversa la baie, franchit la brèche dans les murs de granit marin que ce même corps avait créée en rampant, et atterrit sur la place centrale de Marineford dans une secousse qui fit chanceler tout le monde debout dans un rayon de cent mètres.
Sohalia attrapa un câble, maintint sa position. Hogo tomba et se releva immédiatement. Yori, instinctivement, avait couvert de son corps le blessé sur lequel il travaillait — Sohalia le nota pour plus tard. Ikaku n'avait pas bougé d'un centimètre.
Laugh Tale — Place Centrale
Les espions présents sur la place centrale virent et transmirent en temps réel.
« Comment...? » souffla Kino, bouche entrouverte.
Nostradamus ferma les yeux une seconde — pas de surprise, juste du respect pour ce que le géant venait d'accomplir dans son dernier acte. Rien d'autre ne fut dit.
Le navire à aubes reposait maintenant sur la place centrale de Marineford, et Oars Junior s'effondrait.
Marineford — Baie centrale
Les canons de la Marine convergèrent vers lui. Sohalia, depuis le pont, vit la convergence des lignes de tir, vit la masse du géant qui s'affaissait lentement comme quelque chose qui avait tenu debout uniquement par décision et qui avait finalement dit à cette décision que c'était assez. Les canons allaient tirer dans quelques secondes. Oars était trop loin, trop grand, trop déjà perdu pour que quoi que ce soit puisse changer ce qui allait arriver.
Il y avait des morts qu'on ne pouvait pas empêcher. Elle avait appris ça trop tôt dans sa vie pour que cette leçon lui soit épargnée même maintenant.
Oars ouvrit la bouche. Ce qu'il dit, il le dit à Barbe Blanche — pas à lui-même, pas aux pirates autour de lui, à Barbe Blanche d'abord et uniquement. Ses derniers mots s'adressèrent à son capitaine, à son père de substitution, à l'homme pour l'amour de qui il avait rampé sur la glace avec la jambe tranchée et une lance dans la poitrine.
« Père... Sauvez Ace... à tout prix... »
Les canons tirèrent.
Ce qu'elle retint, dans les secondes qui suivirent, c'est l'ordre dans lequel il avait parlé. D'abord Barbe Blanche. D'abord les autres. Jamais lui-même.
Barbe Blanche sauta du navire.
Ses pieds touchèrent la place centrale avec un impact qui résonna à travers les dalles de pierre, et les cent mille soldats de la Marine qui se trouvaient à portée de vue firent collectivement un pas en arrière — pas par ordre, pas par discipline, par quelque chose de plus vieux et de plus profond que les deux. Par instinct. Il se tourna vers ses fils, ceux qui commençaient à descendre du navire, et sa voix porta sans effort malgré le chaos de toutes parts.
« Mes fils, restez derrière moi. »
Puis il prépara son attaque.
Ce qui suivit fut difficile à décrire avec précision depuis n'importe quel angle, parce que la puissance déployée dans ce seul mouvement dépassait ce que les mots avaient été conçus pour contenir. Une vague de son pouvoir se répandit sur la place centrale, et une section entière de l'armée marine fut projetée en arrière dans un mouvement d'ensemble qui ressemblait à quelque chose que seuls les séismes produisaient d'habitude. Des dalles se craquelèrent. Des marines tombèrent par centaines. L'espace s'ouvrit.
Un à un, les commandants descendirent du navire. Jozu, ses diamants qui brillaient même sous la lumière sale du champ de bataille. Izo, ses pistolets déjà en position. Vista, dont les moustaches relevées contrastaient étrangement avec la précision mortelle de ses deux lames. Rakuyo, remis sur pied depuis l'atterrissage. Namur. Haruta, dont la boiterie avait presque disparu à présent. D'autres encore, commandants et pirates du Nouveau Monde qui avaient traversé la baie et les murs pour en arriver là.
Sohalia sauta aussi.
Elle ne choisit pas consciemment l'endroit où elle atterrit. Son corps savait — entre Vista et Rakuyo, pile dans le rang, pile devant Barbe Blanche — et elle y était avant que son esprit ait formulé la décision. Sa hallebarde en position, ses épaules dans l'axe, ses pieds écartés à la bonne largeur.
Laugh Tale — Place Centrale
La foule de Laugh Tale avait regardé les commandants descendre l'un après l'autre avec une admiration qui grandissait à chaque silhouette, et quand Sohalia apparut parmi eux — leur reine, debout au premier rang aux côtés des pirates les plus puissants du monde comme si c'était là qu'elle avait toujours été — l'estrade explosa en cris et en acclamations qui se confondirent avec ceux de la foule.
Akihide, lui, gronda. Pas de surprise dans ce son — il la connaissait, il avait toujours su que si elle était là-bas elle serait au premier rang — mais quelque chose entre la fierté et la terreur pure, parce qu'elle était exactement là où Akainu pourrait la voir si jamais il recevait un ordre la concernant.
Marineford — Baie centrale
Depuis les airs, Marco vit Sohalia se placer en première ligne et produisit un son comparable, ses flammes bleues crépitant légèrement plus fort pendant une seconde. Ils grognèrent pour la même raison et aucun des deux ne le sut jamais.
Il la vit depuis la plateforme.
Il la reconnut immédiatement — la hallebarde, la façon dont elle tenait sa garde, cette légère inclination de l'épaule droite qu'elle avait quand elle anticipait une attaque de gauche. Son visage traversa plusieurs émotions en une fraction de seconde, la première étant l'incrédulité pure : Marco et Père l'avaient laissé venir ? Père avait accepté ? Et alors quelque chose de plus lent, de plus doux s'installa à la place de cette incrédulité — la compréhension. Non. Ils ne l'avaient pas laissée faire. Elle s'était imposée. Elle avait tenu tête à Marco, à Barbe Blanche lui-même, et elle avait gagné parce qu'elle gagnait toujours quand ça comptait vraiment, et elle était là parce qu'elle avait décidé d'être là.
Quelque chose se réchauffa dans sa poitrine malgré le granit marin et les chaînes.
Et immédiatement après vint la peur. Parce qu'elle était là sur ce champ de bataille. À cause de lui.
« Le but est de sauver Ace et de détruire la Marine ! »
La voix de Barbe Blanche tonna à travers la place centrale et ses pirates répondirent avec la voix de quelqu'un qui a attendu trop longtemps d'avoir quelque chose à faire et qui n'a plus l'intention d'attendre. Ils attaquèrent.
La place centrale de Marineford se transforma en quelque chose qui n'avait plus de nom propre dans aucune langue civilisée.
Sohalia n'activa pas ses pouvoirs. Pas ici — pas devant cent mille Marines et les Den Den Mushi qui transmettaient chaque seconde à l'ensemble du monde. Sa hallebarde se déplaçait selon la technique que Vista lui avait apprise, des mouvements fluides et économes qui n'avaient rien de spectaculaire et ne cherchaient pas à l'être, juste à être efficaces, juste à mettre des Marines hors de combat aussi vite et proprement que possible. Pas de lianes qui surgirait du sol. Pas d'esprits qu'elle invoquerait. De l'acier et de la technique, et la discipline de n'utiliser rien d'autre.
Hogo était à sa gauche, sa silhouette massive dégageant de l'espace rien qu'en existant, repoussant les Marines qui cherchaient à la déborder par ce côté. Kenta était à sa droite, encaissant ce que les autres ne pouvaient pas bloquer — c'était son don, cette force légendaire et cette résistance aux coups qui faisait de lui quelque chose entre un homme et un rempart — et il le faisait avec le calme de quelqu'un qui avait décidé très tôt dans sa carrière de pirate que la douleur était une information parmi d'autres, pas une instruction. Ikaku couvrait l'arrière avec cette précision silencieuse qui lui était naturelle.
Yori restait sur le navire. Il opérait.
Aokiji s'interposa entre Barbe Blanche et la plateforme d'exécution avec cette nonchalance qui lui était propre — pas de posture guerrière, pas d'hostilité visible, juste un homme qui se trouvait dans un endroit et qui avait décidé de rester dans cet endroit. L'échange qui suivit entre lui et Barbe Blanche fut bref, une démonstration de puissance des deux côtés qui n'avait rien d'une vraie confrontation mais qui montrait suffisamment ce qu'un vrai affrontement coûterait à chacun.
Puis Jozu chargea.
Le commandant de la troisième division n'avait pas la nonchalance d'Aokiji ni la patience froide de Barbe Blanche. Ce qu'il avait, c'était la colère de quelqu'un qui avait regardé ses frères mourir depuis le début de cette guerre et qui avait atteint la limite de ce qu'il était possible de regarder sans intervenir. Ses poings de diamant frappèrent l'Amiral avec une force qui aurait réduit n'importe quoi d'autre en poudre, et Aokiji dut concentrer son attention là-dessus, et pendant ce temps la voie vers la plateforme se rouvrit légèrement.
Luffy courait. Momonga l'attaqua. Garp gronda depuis la plateforme d'une façon qui fit reculer même certains Marines proches de lui — un son qu'on n'oubliait pas une fois qu'on l'avait entendu, pas de la menace pure mais quelque chose de plus complexe, la douleur d'un homme déchiré entre deux devoirs qui commençait à devenir insupportable.
Kizaru prit le relais, et son coup de pied à la vitesse de la lumière envoya Luffy voler assez loin pour qu'on se demande brièvement si c'était terminé. Garp se leva de son siège. Cette fois le son qu'il produisit n'était plus un grondement.
Barbe Blanche attrapa Luffy avant qu'il ne s'écrase sur les dalles. Le tint une seconde. Regarda ce garçon qui avait traversé l'Impel Down par le bas, sauté seul devant trois Amiraux, utilisé un mât de navire comme lance et continué à se relever après chaque chose impossible qu'on lui avait faite. Et dit quelque chose à voix basse, pour lui seul ou presque.
« Ce gamin est vraiment tenace... »
Quelque part en marge de la bataille, dans un espace reculé derrière une rangée de colonnes de pierre, le Den Den Mushi d'Akainu s'activa.
Il répondit sans quitter le champ de bataille des yeux.
La voix qui parla était l'une des cinq voix qui, dans l'ensemble du monde, pouvaient lui donner des ordres. Elle parlait avec la sérénité particulière des gens qui n'ont jamais eu à exécuter eux-mêmes ce qu'ils ordonnaient, et elle dit exactement ce qu'Akainu avait prévu qu'elle dirait depuis le moment où il avait repéré les cheveux blonds et la hallebarde dans la mêlée.
Ils savaient qu'elle était là. Ils avaient reçu des rapports. Ils voulaient que l'Amiral achève ce qu'ils avaient ordonné le jour où ils avaient décidé la mort d'Eri Shizen.
Ils voulaient Sohalia Shizen morte.
Akainu écouta. Laissa son regard localiser une dernière fois la silhouette dans la mêlée — longs cheveux blonds, hallebarde, emblème de Barbe Blanche dans le dos, plusieurs couches de commandants entre elle et lui. Sa voix, quand il répondit, était aussi froide qu'elle l'avait toujours été.
« Compris. »
Il raccrocha. Regarda à nouveau le champ de bataille. Puis Barbe Blanche. Puis la plateforme où Ace attendait son exécution.
Un objectif à la fois. Elle pouvait attendre. Elle n'allait nulle part tant que les commandants de Barbe Blanche étaient là.
Marco reprit de l'altitude, cherchant un nouvel angle. La plateforme d'exécution était visible de là où il était — la plateforme, et Ace, et les bourreaux. Il chercha une trajectoire qui lui permettrait d'atteindre l'un avant que l'autre ait eu le temps d'agir, calcul le timing, commença sa descente.
Garp se leva.
Ce qui suivit fut court. Garp n'avait pas besoin de beaucoup de temps pour bloquer quelqu'un, même le premier commandant de l'homme le plus fort du monde. Marco se retrouva stoppé net dans sa descente, bloqué par une main qui n'avait aucune intention de le lâcher, et dans les yeux du vieil homme il n'y avait pas de la haine. Il y avait de la résolution. Ce qui, dans les circonstances, était bien pire.
Sohalia l'avait suivi des yeux depuis le moment où il était parti vers la plateforme, sans arrêter de combattre, sans détourner sa hallebarde de la trajectoire qui comptait. Et elle le vit se faire bloquer par Garp. Quelque chose se contracta douloureusement dans sa poitrine. Elle voulut s'élancer. Son corps fit déjà un demi-pas dans cette direction avant que sa tête ait eu le temps de formuler quoi que ce soit.
Hogo posa une main sur son épaule. Ferme. Pas violente.
« Commandante. »
Elle s'arrêta. Respira. Marco avait sa propre division. Marco n'était pas seul. Marco pouvait gérer Garp d'une façon que personne d'autre sur ce champ de bataille ne pouvait, et le problème de Sohalia n'était pas Marco mais ce navire derrière elle et les hommes qui dépendaient d'elle pour rester en vie.
Elle se retourna vers les Marines en face d'elle et reprit là où elle s'était arrêtée. Elle ne dit rien. Elle ne regarda pas en arrière.
Laugh Tale — Place Centrale
Ume observa Marco bloqué par Garp, puis Sohalia qui s'arrêtait à mi-élan. Elle ne dit rien — elle ne disait jamais rien quand elle n'avait rien à ajouter — mais quelque chose dans son expression indiquait clairement qu'elle avait vu et qu'elle avait compris.
Marineford — Baie centrale
Sur la place centrale, Barbe Blanche cria à ses hommes de ne pas se laisser impressionner par ce nom — Garp, le Héros de la Marine, le Vice-Amiral Légendaire — parce que ce n'était qu'un nom comme un autre et que ça n'avait jamais tué personne. Il dit aussi que c'était un vieux marine, et il y avait dans sa voix quelque chose qui ressemblait à de l'affection malgré ça, l'affection de deux hommes qui se sont regardés de l'autre côté de la même ligne pendant toute une vie et qui se connaissent trop bien pour se haïr vraiment.
Garp rit en entendant ça. Pas offensé — presque amusé, d'un rire de quelqu'un qui reconnaissait exactement cette façon de parler parce qu'il l'utilisait lui-même.
Akainu n'était ni amusé ni sensible à l'affection entre vieilles connaissances. Il dit d'une voix froide que puisqu'Edward Newgate faisait partie de la même génération que Garp, il devrait comprendre qu'il fallait toujours se concentrer sur l'ennemi qui se trouvait directement devant soi. Puis il attaqua directement vers Barbe Blanche.
Barbe Blanche dévia l'attaque avec son bisento, la renvoyant vers la ville, et des bâtiments s'effondrèrent au loin dans un nuage de poussière et de débris. Akainu nota, froid, que le vieux capitaine continuait de détruire l'île même quand il se défendait. Barbe Blanche lui répondit qu'il lui avait pourtant proposé de protéger ses attaques, et il n'avait qu'à s'en prendre à lui-même.
Dans le bref silence qui suivit cet échange, Akainu laissa son regard glisser méthodiquement sur le champ de bataille. Il faisait ça entre chaque coup depuis qu'il avait reçu un appel — depuis que les Cinq Doyens avaient activé son Den Den Mushi en marge d'un moment où il aurait dû être pleinement concentré sur Barbe Blanche — et chaque fois il cherchait la même silhouette.
Il la trouva.
De longs cheveux blonds. Une hallebarde manœuvrée avec un entraînement sérieux, pas de la chance. Une façon de tenir sa garde qui indiquait quelqu'un qui connaissait ses propres faiblesses et qui travaillait à les compenser plutôt qu'à les cacher. Elle se trouvait au milieu des commandants de Barbe Blanche, difficile à atteindre, mais visible.
Il la reconnut.
Pas son visage — elle était enfant quand il avait donné l'ordre, et dix-sept ans avaient passé sur ce visage-là. Mais ces cheveux blonds, et ce nom qui était resté sur la liste : Shizen. La fillette qui avait échappé à la mort. Eri Shizen était morte comme prévu. L'enfant avait été sauvé par un groupe de pirate. Et maintenant elle était là, sur son champ de bataille, avec une hallebarde et l'emblème de Barbe Blanche tatoué dans son dos.
Akainu regarda à nouveau Barbe Blanche.
Un objectif à la fois.
Ce fut dans ce même mouvement de regard que Sohalia le vit.
C'était la première fois de sa vie qu'elle le voyait vraiment — pas à travers un écran, pas dans le récit d'Akihide dont la voix se brisait légèrement quand il prononçait ce nom, pas dans les cauchemars où il n'avait jamais eu de visage avant qu'elle ne récupère ses souvenirs. Là, à quelques centaines de mètres, dans l'uniforme blanc qui n'avait aucune raison d'être encore aussi immaculé après tout ça, mais qui l'était.
L'homme qui avait tué sa mère.
La haine arriva comme un coup dans l'estomac — quelque chose de physique, une nausée de rage qui lui monta depuis les pieds jusqu'à la gorge sans lui laisser le temps de la préparer. Sa prise sur la hallebarde se durcit au point que ses jointures blanchirent.
Elle ne fit rien d'autre que ça. Elle retint tout le reste.
Elle avait un navire à protéger. Des blessés à défendre. Une mission précise avec des priorités dans un ordre précis qu'elle s'était elle-même fixé.
Akainu, elle le tuerait. Mais pas aujourd'hui. Pas ici, pas comme ça, pas sur ce champ de bataille où cent mille marines la regardaient et où chaque geste serait vu par la moitié du monde.
Elle lui tourna le dos et reprit sa position. Mais pendant tout le reste de la bataille, même quand il était derrière elle et qu'elle ne pouvait pas le voir, une partie d'elle savait exactement où il se trouvait, à la façon dont on sait où se trouve quelque chose qui brûle même sans le regarder.
Sur le navire à aubes
Yori travaillait sans lever les yeux depuis que le navire avait atterri sur la place. Des brûlures profondes causées par l'eau surchauffée. Des fractures. Des lames et des éclats de métal qu'il fallait extraire avant de refermer. Genjiro tenait les patients et ne demandait pas de questions sur ce qu'il se passait dehors — il entendait le champ de bataille, l'entendait clairement, et il avait fait le choix de mettre toute son attention sur les deux mains de Yori et les corps devant lui. Le chaos existait. Il existait aussi à l'intérieur du périmètre de ses bras, et c'était suffisant pour occuper entièrement un homme.
Yori ne pensait pas à la bataille. Il pensait aux corps.
Marineford — Baie centrale
L'avancée reprit. Les commandants progressèrent vers la plateforme d'exécution, ralentis par les Pacifistas qui coordonnaient leurs tirs depuis plusieurs points à la fois mais pas arrêtés — les pirates du Nouveau Monde avaient passé leur carrière à combattre des choses difficiles à tuer, et les Pacifistas entraient dans cette catégorie sans les décourager vraiment. Le médecin de Barbe Blanche, quelque part dans la mêlée, dit à Ivankov que les soins n'étaient pas suffisants pour Luffy. Que son corps ne pouvait pas tenir à ce rythme là.
Sur la plateforme d'exécution, Ace s'agenouilla.
Sengoku l'avait vu faire et demanda ce qui n'allait pas, et Ace ne répondit pas parce que ce qui lui arrivait n'avait pas de réponse simple à donner à cet homme là. Ce qui lui arrivait était une image — lui enfant, demandant à Garp si c'était bien qu'il soit né — et une vérité qui s'installait dans sa poitrine pendant que ses larmes tombaient sur les dalles de la plateforme sans qu'il cherche à les arrêter. Son père était là-bas dans la baie. Ses amis combattaient. Ses camarades mouraient. Son frère continuait de se relever.
Et malgré tout ça — à cause de tout ça — il était si heureux que ses larmes ne pouvaient pas s'arrêter de tomber.
« Je veux vivre, » dit-il d'une voix qui n'était pas celle qu'il utilisait pour les combats ou les déclarations ou les défis. « Même après tout ce qui est arrivé... Je veux encore vivre. »
Laugh Tale — Place Centrale
Sur l'estrade, Maiya détourna les yeux une seconde — incapable, juste incapable de regarder ça en face complètement. Nostradamus gardait les siens ouverts. Sur la plateforme d'exécution, Garp commença à se sentir mal, et quelque chose dans sa posture qui avait toujours été parfaitement verticale se courba très légèrement, comme si le poids de ce qu'il regardait devenait enfin mesurable.
Marineford — Baie centrale
Barbe Blanche fit une crise cardiaque.
Son corps trahit son esprit — pas pour la première fois, Sohalia le savait, elle avait compté les nuits où Yori était resté à surveiller ses constantes vitales pendant qu'il dormait d'un sommeil agité, elle avait compté les matins où il s'était levé lentement sans le montrer — et Akainu, qui avait attendu exactement ce moment avec la patience d'un homme qui comprenait la valeur tactique du temps, avança.
Son poing de lave perça le torse de Barbe Blanche.
« Même lui ne peut lutter contre cet ennemi cruel qu'est l'âge. »
Jozu fut figé dans la glace en une fraction de seconde, ses cristaux de diamant virant au blanc opaque. Marco prit une attaque de Kizaru et tomba.
Sohalia vit les deux choses en même temps. Jozu qui tombait. Marco qui s'écrasait.
Et Barbe Blanche qui avait un trou dans le torse.
Sa hallebarde s'immobilisa dans sa main. Quelque chose craqua en elle — pas le contrôle, pas encore, mais quelque chose juste en dessous du contrôle, une couche qu'elle n'avait pas su qu'elle possédait jusqu'à ce qu'elle commence à céder.
Elle hurla.
Pas un mot. Juste un son, court et déchirant, qui n'avait jamais sorti de sa bouche dans aucune des batailles précédentes de sa vie, et qui surprit Hogo à sa gauche, surprit Kenta à sa droite, surprit Ikaku derrière elle — tous les membres de sa division qui avaient cru connaître le spectre de ce qu'elle était capable de produire.
Puis elle se ferma. Brutalement, comme on érige un mur en urgence quand la structure commence à s'effondrer.
Sa voix résonna dans sa mémoire, basse et familière comme le grondement d'un monde qui ne tremblait pas encore.
C'était une nuit sur le Moby Dick, quelques mois avant Marineford. Barbe Blanche avait eu une mauvaise nuit — son cœur, encore, le traître — et elle était allée s'asseoir au bord de son lit parce qu'elle ne savait pas comment ne pas y aller. Elle lui avait dit qu'elle avait peur. Qu'elle avait peur de le perdre. Et il avait ri de ce rire qui faisait trembler les murs même quand il se retenait, et il avait resserré son bras autour d'elle.
« Rassure-toi, ma fille. Je ne partirai pas tant que je n'aurai pas vu un avenir brillant pour mes enfants. »
Et quand elle avait levé les yeux vers lui, il avait ajouté, plus doucement :
« Tu sais ce que j'aimerais voir avant de partir ? Toi. Heureuse. Vraiment heureuse. »
Barbe Blanche était encore debout.
Contre toute logique physique. Contre toute logique médicale. Percé d'un poing de lave, et encore debout.
Hogo la regarda. Elle ne le regarda pas en retour. Elle regardait Père.
Laugh Tale — Place Centrale
Kino s'était levé d'un bond sans s'en rendre compte. Mizuki avait les deux mains posées à plat sur la table, les yeux écarquillés. Akihide était blanc comme du marbre, parfaitement immobile, et ne dit rien.
Maiya ferma les yeux.
Nostradamus, après un silence qu'il laissa durer assez longtemps pour que tout le monde entende d'abord son propre cœur battre, dit doucement :
« Il n'est pas tombé. »
Ce constat simple — quatre mots — fut la seule chose qui empêcha l'estrade de s'effondrer.
Marineford — Baie centrale
Luffy se releva.
Il l'avait demandé à Ivankov — donner à son corps ce dont il avait besoin pour continuer — et Ivankov avait refusé d'abord, parce qu'Ivankov n'était pas quelqu'un qui accordait les choses sans en voir le prix, et le prix ici était inscrit sur le visage et dans la posture du garçon devant elle. Puis Ivankov avait accepté, parce qu'il y avait des demandes qu'on ne refusait pas en regardant dans certains yeux.
Luffy se releva, et ce qu'il était maintenant n'était pas tout à fait ce qu'il avait été quelques minutes plus tôt. Il cria qu'il allait sauver Ace. Qu'il ne tomberait plus jamais.
Dans la mêlée, Sohalia ne s'arrêta pas de combattre. Mais ses yeux glissèrent vers Luffy une fraction de seconde — ce garçon qu'elle n'avait jamais rencontré, ce garçon pour qui Nostradamus avait mis ses visions en jeu, ce garçon qui continuait de se relever dans des situations où n'importe quel calcul raisonnable indiquait qu'on ne se relevait plus. Elle pensa au vieux sage à Laugh Tale, qui riait de ce rire particulier réservé aux choses qu'il avait su depuis longtemps.
Je comprends mieux, pensa-t-elle. Je comprends vraiment mieux maintenant.
Laugh Tale — Place Centrale
Nostradamus sourit. Maiya rouvrit les yeux. Kino se rassit lentement.
Marineford — Baie centrale
Luffy débordait d'une énergie qui n'était pas tout à fait naturelle mais qui était réelle, et il s'en servit pour traverser une ligne de quinze marines sans s'arrêter, Ivankov créant dans ses sillage un chaos suffisant pour désorienter tout ce qui essayait de le suivre. Koby se prépara à lui faire face — un Marine jeune, visiblement stressé, qui utilisait son Soru avec la précision d'un homme qui s'était entraîné dur et qui savait ce que ça lui coûterait de se retrouver en face de Luffy. Il y alla quand même.
Sohalia l'aperçut brièvement depuis sa position dans la mêlée et reconnut quelque chose dans ce geste — cette façon de choisir d'y aller malgré la peur, de faire ce qu'on croit devoir faire même quand les calculs ne sont pas favorables. Puis Luffy frappa Koby, et Koby tomba, et Luffy continua sa route.
Boa Hancock, quelque part sur la place, se plaça dans la ligne de tir de deux Pacifistas. Comme elle faisait partie du Gouvernement Mondial, les armes abaissèrent leurs mains une seconde. Une seconde suffisait. Elle en profita pour les détruire avec une efficacité qui n'avait rien d'élégant mais qui était absolument satisfaisante.
Barbe Blanche avait du mal.
Ce n'était pas visible pour ceux qui ne le connaissaient pas — il se déplaçait encore, parlait encore, ordonnait encore, frappait encore avec une puissance que n'importe quel autre homme n'aurait jamais pu atteindre même au sommet de sa forme. Mais Sohalia le connaissait. Elle avait vu ses mains trembler légèrement quand il pensait que personne ne regardait. Elle savait.
Marco tenta de le rejoindre depuis les airs.
Un Amiral l'intercepta. Des chaînes de granit marin se refermèrent sur Marco avec la précision de quelqu'un qui avait préparé ce mouvement, et ses flammes bleues s'éteignirent totalement en une seconde — le Fruit du Démon neutralisé, le phénix réduit à un homme attaché qui tombait. Kizaru aligna son tir avec cette lenteur délibérée qui lui appartenait, et tira.
Marco tomba.
Sohalia s'élança.
Elle fit deux pas — deux pas complets, dans la direction où Marco avait disparu — avant que Hogo la saisisse par l'épaule avec une poigne qui ne cherchait pas à faire mal mais qui n'allait pas lâcher.
« Commandante. »
Elle se retourna vers lui. Il n'y avait aucune colère dans ses yeux, aucun reproche — juste la même chose qu'elle avait dans les siens quand elle donnait un ordre difficile à quelqu'un qu'elle respectait.
« Il a sa division pour l'aider. Il n'est pas seul. » Sa voix était basse, pour eux deux uniquement. « Notre mission. »
Le silence dura trop longtemps.
Puis Sohalia se retourna. Sa hallebarde recommença à se déplacer. Elle ne dit rien. Elle ne regarda pas en arrière.
Quatre soldats embrochèrent Barbe Blanche pendant qu'un cinquième lui tirait un bazooka dans la tête.
Des pirates s'élancèrent vers lui. Sa voix arrêta les plus proches avant qu'ils n'arrivent.
« N'approchez pas. »
Il les laissa voir ce qu'il était. Debout malgré les lames plantées dans son corps, debout malgré l'impact du bazooka, debout parce qu'il était Barbe Blanche et que ça n'avait pas changé depuis qu'il était debout contre Gold Roger et que ça ne changerait pas ici.
« Je ne peux pas mourir d'une aussi petite blessure. »
Son bisento frappa. Un millier de soldats marines vola.
Sohalia regardait ça depuis sa position dans la mêlée, et les mots de Barbe Blanche résonnaient dans sa tête — tant que je n'aurai pas vu un avenir brillant pour mes enfants — et elle se demandait pour la première fois si cette promesse serait suffisante contre ce qu'elle avait devant les yeux. Elle connaissait assez Yori, assez la médecine, assez les corps humains pour savoir que ce qu'elle voyait était impossible à long terme. Père tenait par la force de sa volonté, et la volonté pouvait tenir très longtemps contre beaucoup de choses, mais les chances qu'il sorte de ce champ de bataille vivant étaient infimes.
Elle ne le dit pas. Elle ne le pensa pas vraiment, pas consciemment, pas avec des mots. Mais elle le savait.
Barbe Blanche fit une deuxième crise cardiaque. Son corps tremblait.
La voix de Sengoku résonna depuis la plateforme d'exécution et annonça que l'exécution commencerait immédiatement. Maintenant. Les bourreaux se repositionnèrent.
Sohalia entendit l'annonce depuis la mêlée. Elle vit la plateforme. Elle vit Ace. Elle vit Marco encore au sol, Jozu toujours pris dans la glace, Barbe Blanche en train de lutter contre quelque chose que personne autour de lui ne pouvait combattre à sa place.
Le navire à aubes était derrière elle. Yori travaillait encore. Des hommes étaient en vie parce qu'elle avait protégé ce bateau.
Pas de pitié. On récupère Ace et on se tire.
Elle n'avait pas dit : on sauve tout le monde. Parce qu'elle savait, depuis le début, que ce n'était pas ce qu'elle avait promis.
Puis l'onde traversa la place centrale.
Ce n'était pas une attaque, pas un Fruit du Démon, pas quelque chose qu'on pouvait voir ou intercepter. C'était quelque chose qu'on ressentait — dans la poitrine, dans les jambes, dans l'espace entre la peau et les os — comme une décision qui n'avait pas été prise par un corps mais par quelque chose de plus grand que ça. Des marines tombèrent par centaines dans un périmètre qui s'étendait bien au-delà de tout ce que n'importe quel pouvoir connu aurait pu couvrir. Des pirates vacillèrent mais tinrent.
Luffy était debout au centre de tout ça, et il ne semblait pas avoir décidé de faire quoi que ce soit. Ça s'était produit parce qu'il l'était.
Laugh Tale — Place Centrale
Le silence sur l'estrade était total. Dans la foule, quelqu'un murmura une question qu'il était le seul à ne pas pouvoir répondre lui-même :
« Qu'est-ce que c'est ? »
Nostradamus laissa passer quelques secondes avant de répondre, et sa voix, quand il parla, porta la certitude tranquille d'un homme qui reconnaît quelque chose qu'il attendait depuis longtemps.
« La volonté du Roi. »
Marineford — Baie centrale
Elle avait son propre Haki, assez développé pour résister à ce qu'elle venait de sentir, et elle n'était pas tombée. Mais elle l'avait senti quand même — la puissance brute de cette onde, l'ampleur de ce que Luffy portait sans le comprendre encore vraiment, la façon dont ça changeait la texture même de l'air sur la place centrale.
Elle dit quelque chose à voix basse, à peine assez fort pour que Hogo à côté d'elle l'entende, en regardant Luffy qui recommençait à courir vers la plateforme comme si rien ne pouvait l'arrêter — parce que dans cet instant précis, peut-être que c'était vrai.
« Je comprends mieux pourquoi Nostradamus a parié sur lui. »
Barbe Blanche était encore debout.
Luffy courait encore.
Et quelque part en marge du champ de bataille, Akainu avait un ordre et une cible et toute la patience du monde.
Publié : 15/02/2026
Il ne reste plus que quelques mètres entre Luffy et Ace.
Et entre Akainu et Sohalia.