War of Change

Chapitre 8 : L'inévitable

6966 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 16/02/2026 17:19

Marineford — Place centrale

Il ne restait plus que quelques mètres entre Luffy et Ace.

Luffy courait.

Sohalia le voyait dans sa périphérie gauche — impossible de ne pas le voir, avec cette énergie qu'il dégageait, cette façon d'avancer qui ne ressemblait à rien de connu, ni à de la stratégie ni à de la technique, juste à une conviction absolue que les obstacles étaient provisoires qui finiraient bien par s'écarter. Elle avait regardé ce garçon depuis son arrivé, avait essayé de le comprendre, avait fini par accepter que Nostradamus avait vu quelque chose qu'elle ne voyait pas encore. Maintenant qu'il était là, à quelques dizaines de mètres dans la fumée et le bruit, quelque chose dans sa poitrine lui confirmait ce que le vieux sage avait dit depuis le début.

Ce n'était pas de la force. Ce n'était pas de la puissance. C'était quelque chose de plus difficile à nommer, quelque chose qui faisait que les gens autour de lui devenaient plus grands qu'ils n'étaient avant qu'il arrive.

Elle porta son regard sur la plateforme.

Garp s'était levé.


Laugh Tale — Estrade Royale

Ume avait repris sa position habituelle mais ses mains n'étaient plus posées à plat sur ses genoux — elles étaient croisées devant sa bouche, les doigts entrelacés, dans ce geste qu'elle faisait quand elle retenait quelque chose qu'elle ne savait pas comment exprimer. Lux regardait l'écran avec une tension dans la mâchoire qui avait commencé il y a des heures et qui s'était solidifiée là. Kino ne s'était pas rassis depuis la dernière fois qu'il s'était levé. Nostradamus avait les yeux ouverts et ne disait plus rien depuis un moment — ce silence là était différent de ses silences habituels, plus actif, plus concentré, comme celui d'un homme qui lit quelque chose en même temps qu'il regarde.

Maiya était debout à côté d'Akihide. Elle ne s'en était pas rendu compte. Ils regardaient tous les deux l'écran, côte à côte sans se toucher, et l'espace entre eux était chargé de tout ce qu'il y avait eu depuis des mois, de l'inquiétude partagée et de la façon dont certaines choses s'effacent quand l'essentiel est en jeu.

Sur l'écran, Garp se tenait devant Luffy.


Marineford — Place centrale

La distance entre Sohalia et la plateforme était trop grande pour qu'elle entende les mots. Ce qu'elle voyait, c'était les corps — Garp qui se tenait là, pas en posture d'attaque, juste là, les épaules lourdes d'une façon qui n'avait rien de physique, et Luffy en face de lui, plus petit, épuisé, avec ce chapeau de paille qui avait traversé l'Impel Down et trois amiraux sans tomber. Elle ne savait pas ce que Garp disait. Elle voyait les mains du vieil homme trembler légèrement, cette légère vibration qu'on ne remarquait que si on cherchait, et elle cherchait parce qu'elle connaissait ce que ce tremblement là signifiait. Elle avait vu Barbe Blanche trembler de la même façon quand la décision était trop lourde pour une seule paire de mains.

Garp choisissait.

Luffy pleurait et frappait en même temps, ce qui était la chose la plus Luffy du monde, cette façon d'agir sans dissocier l'action du sentiment, sans mettre l'un en attente le temps de traiter l'autre. Son poing atteignit le visage de Garp dans un impact qui porta même à travers le bruit du champ de bataille. Et Garp ne bougea pas. Il reçut le coup comme quelqu'un qui a décidé que c'était le bon coup à recevoir, et il tomba.

Sohalia resta immobile une seconde.

Quelque chose en elle reconnut ce geste. Pas le coup — la chute. La façon de choisir de tomber pour que quelqu'un d'autre puisse passer. Elle l'avait fait en versions moins héroïques, moins visibles, dans des salles du conseil et des couloirs du Moby Dick et des nuits où elle avait décidé que sa propre douleur pouvait attendre parce que quelqu'un d'autre avait besoin de quelque chose maintenant. C'était le même calcul.

Un Marine profita de sa seconde d'inattention. Elle para le coup sans avoir l'air d'y réfléchir et reprit sa position.

Luffy atteignit la plateforme.

Sohalia entendit le cliquetis métallique de la clé dans la serrure depuis sa position — ou peut-être qu'elle ne l'entendit pas vraiment, peut-être que c'était son imagination qui comblait les blancs, parce que tout son corps s'était tourné vers cette plateforme dans un acte d'attention qui n'avait plus rien de tactique. Kenta avait ralenti imperceptiblement à sa droite. Hogo était parfaitement immobile à sa gauche. Même les Marines en face d'eux semblaient flotter dans un espace légèrement différent.

Puis le rayon de lumière de Kizaru déchira l'air.

La clé explosa.

Ce ne fut pas une grande explosion — pas un champignon de feu, pas un son assourdissant. Juste une lumière et un métal qui disparaissait, et une serrure intacte, et Ace toujours enchaîné. Le silence qui suivit dura moins d'une seconde. Il dura une éternité.

Sohalia ne bougea pas. Son corps avait fait quelque chose dans cette fraction de seconde, une impulsion vers l'avant qu'elle avait arrêtée avant qu'elle soit visible, et elle était maintenant parfaitement immobile avec les papillons dorés qui tourbillonnaient autour d'elle dans ce mouvement silencieux et incontrôlé qu'ils avaient quand elle tenait quelque chose que son corps ne voulait pas tenir. Kenta l'avait remarqué. Il ne dit rien.

Puis le bourreau leva la main et retira son masque.

L'homme derrière le masque était petit, avec des sourcils en spirales qui auraient été comiques en d'autres circonstances. Ce n'étaient pas des circonstances comiques. La cire commença à prendre forme entre ses doigts avec une précision et une rapidité qui indiquaient que ce n'était pas la première fois qu'il faisait quelque chose d'aussi difficile sous pression, et quelque chose de très précis se dénoua dans la poitrine de Sohalia — pas tout, pas assez pour souffler, mais une couche.

Mr. 3.

Les papillons dorés ralentirent leur tourbillon d'un degré.


Laugh Tale — Estrade Royale

« Qui est-ce ? » demanda Lux, ses yeux plissés sur l'écran.

« Un ancien membre de Baroque Works. »

La voix d'Akihide était parfaitement neutre, l'effort que ça lui coûtait complètement invisible pour quiconque ne l'aurait pas connu assez longtemps.

« Qui apparemment a choisi son camp. »

Maiya regardait les mains de Mr. 3 travailler avec une intensité qui lui faisait mal aux yeux. La cire prenait forme. Elle prenait forme lentement, trop lentement, chaque seconde une éternité suspendue au-dessus d'une serrure qui ne s'était pas encore ouverte.

« Ça va tenir ? » murmura-t-elle pour elle-même, sans attendre de réponse.

Nostradamus ne répondit pas, mais quelque chose dans sa posture s'était légèrement modifié — les épaules, pas grand-chose, juste un réajustement imperceptible qui ressemblait à ce qu'on fait quand on cesse d'être en attente et qu'on commence à être prêt.

La clé de cire entra dans la serrure.

Les chaînes se brisèrent.

Ace était libre.


Marineford — Place centrale

Sohalia leva les yeux vers le ciel — un réflexe, pas un choix, le genre de mouvement que le corps fait avant que l'esprit ait eu le temps de décider quoi que ce soit. La marque de Barbe Blanche s'embrasait là-haut dans l'air de Marineford, cette flamme qui avait navigué sur tous les océans du monde et qu'elle avait vue depuis des centaines d'angles différents, et aujourd'hui elle brûlait sur ce ciel de cendres et de fumée avec quelque chose qu'elle ne lui avait jamais vu auparavant, quelque chose qui ressemblait à un soulagement.

Il était libre. Les mots se posèrent dans sa poitrine et elle n'y crut pas encore complètement, parce qu'il y avait toujours une partie d'elle qui attendait la prochaine catastrophe, qui calculait ce que la Marine allait faire dans les dix secondes suivantes, qui n'autorisait pas le soulagement tant que le navire n'avait pas quitté la baie.

Puis elle chercha Marco.

Ce n'était pas un geste délibéré. Son regard bougea comme une boussole trouvant son nord — vers l'endroit où elle savait qu'il se trouvait depuis le début, depuis le moment où elle l'avait vu tomber sous Kizaru et où elle avait retenu quelque chose d'aussi primitif que de la panique en entendant la voix de Hogo dire commandante. Il était à terre, sur la place centrale, sa division autour de lui. Le phénix, les poignets toujours retenus par quelque chose qu'elle distinguait mal à cette distance mais qu'elle n'avait pas besoin de voir clairement pour identifier. Du granit marin. Les chaînes avaient neutralisé son fruit, et Kizaru l'avait touché pendant ce temps-là, et sa division travaillait encore à le libérer avec les outils qu'ils avaient sous la main.

Leurs regards se croisèrent.

Elle ne savait pas exactement ce qu'il lut sur son visage. Ce qu'elle, elle lisait sur le sien — sur ce visage qu'elle connaissait dans trop de lumières différentes pour qu'elle puisse prétendre ne pas le lire — c'était de l'épuisement. Pas le genre superficiel, récupérable en quelques heures de sommeil. Le genre qui venait de quelque chose d'arraché, de s'être battu comme un simple homme pendant que les chaînes de granit marin tenaient ses flammes emprisonnées et que la place centrale brûlait autour de lui. Il y avait de la douleur là-dedans — physique, réelle, celle que son corps ne dissimulait plus avec les réserves habituelles de son Fruit du Démon.

La communication passa sans un mot. En une seconde, dans ce chaos absolu.

Ace est libre. Tiens bon. Je sais que tu souffres. Je ne peux pas venir. Tu sais que je ne peux pas venir.

Puis un marine chargea dans son angle mort et le regard se rompit.

Elle para le coup. Elle n'avait jamais arrêté de le faire.


Laugh Tale — Estrade Royale

Maiya avait les mains sur la bouche et des larmes qu'elle n'essayait plus de retenir, et pour la première fois depuis des heures elles n'avaient rien de triste — elles débordaient de quelque chose qui ne ressemblait pas à du soulagement non plus mais qui y ressemblait assez pour lui permettre de respirer. Kino rit — un son court et épuisé, le rire de quelqu'un qui a retenu quelque chose trop longtemps et qui le lâche d'un coup. Ume ferma les yeux et expira lentement, les lèvres serrées.

Akihide était debout. Il s'était levé sans s'en rendre compte, et maintenant il regardait l'écran les mains à plat sur la table, parfaitement immobile. Il n'avait pas les yeux sur Ace. Il les avait sur Akainu, qui venait de fixer Sohalia un peu trop intensément pour que ça soit un hasard.

Personne ne remarqua qu'il regardait Akainu et pas Ace. Sauf Nostradamus, qui ne dit rien.


Marineford — Place centrale

Les frères se retrouvèrent dos à dos.

Sohalia les vit depuis sa position dans la mêlée, en fragments arrachés à la bataille — une seconde, deux, raflées entre deux adversaires. Ace qui couvrait le flanc gauche de Luffy avant que Luffy ait eu le temps de réaliser qu'il en avait besoin. Luffy qui plongeait sur la droite d'Ace avec la précision de quelqu'un qui a appris où l'autre allait être avant qu'il y soit. Ils ne s'étaient pas entraînés ensemble. C'était plus vieux que ça, plus profond — deux personnes qui se sont construites l'une sur l'autre depuis assez longtemps pour que ça devienne instinctif.

Elle se reconnut en un sens. Elle l'avait apprise avec Ace, en version différente, dans les jours où il refusait encore d'admettre qu'il aimait quelqu'un et où elle couvrait ses arrières quand même. Il avait appris quelque chose ce jour-là qu'il n'avait pas formulé à l'époque et qu'elle voyait maintenant dans chaque geste qu'il faisait en direction de son frère. L'amour pouvait être un instinct aussi bien qu'une décision. Il avait appris les deux.

Un marine la frappa sur l'épaule gauche — pas une blessure grave, juste assez pour lui rappeler qu'elle était ici et pas là-bas. Elle répondit avec l'économie de moyens que Vista lui avait apprise, deux mouvements, la technique avant la force, et reporta ses yeux sur les Marines en face d'elle. Hogo ne l'avait pas retenue cette fois. Il n'avait pas eu besoin.

Sengoku détruisit la plateforme d'exécution.

Ce ne fut pas une surprise tactique — Sohalia avait dit à Hogo pendant la traversée sous-marine que la Marine ferait quelque chose comme ça dès que l'objectif principal serait atteint, que laisser les pirates repartir avec une victoire propre n'était pas dans la nature de ce quartier général. Elle avait eu raison, ce qui n'était pas un réconfort particulier.

Ce qui la surprit, c'était la vitesse. La vitesse à laquelle Barbe Blanche avait compris ce qui allait suivre, et la façon dont ses épaules avaient bougé — ce changement dans sa posture qu'elle était peut-être la seule ici à avoir appris à lire au fil des années — avant même qu'il ait ouvert la bouche.

Elle sut avant qu'il parle.

Quelque chose se cristallisa dans sa poitrine. Pas une pensée construite, pas un raisonnement — juste une certitude qui arriva de nulle part et qui était immédiatement absolue : il allait rester. Il avait décidé. Et entre sa décision à lui et tout ce qu'elle ressentait depuis quarante minutes, tout ce qu'elle tenait sous son propre contrôle avec les deux mains depuis qu'elle avait vu son sang couler sur cette place, une couche supplémentaire se fissurait.

Elle la referma. Une fissure à la fois. C'était ce qu'on faisait.


Laugh Tale — Estrade Royale

« Il va rester. »

Akihide avait dit ça à voix basse, quelques secondes avant que Barbe Blanche ouvre la bouche sur l'écran. Maiya se retourna vers lui. Il regardait l'écran avec quelque chose dans les yeux qu'elle ne lui avait pas vu souvent — pas de la colère, pas de l'analyse, quelque chose de plus direct et de plus douloureux que les deux.

« Comment tu le sais ? »

« Je reconnais quelqu'un qui a déjà fait ses comptes. »

Il n'ajouta rien d'autre. Maiya regarda ses mains posées sur les accoudoirs et comprit, avec la lenteur de quelqu'un qui assemble quelque chose qu'elle aurait préféré ne pas assembler, que ce n'était pas seulement de Barbe Blanche qu'il parlait.

Sur l'écran, l'ordre de retraite fut donné sans être prononcé.


Marineford — Place centrale

La retraite commença.

Les pirates se replièrent vers la mer en formation — pas la déroute que la Marine avait espérée, mais quelque chose de plus organisé, de plus délibéré, avec Ace qui ouvrait un passage au feu et les commandants qui coordonnaient les mouvements depuis plusieurs angles à la fois. Luffy ralentissait. Son corps avait commencé à rendre les armes malgré tout ce qu'il portait, malgré l'injection d'Ivankov et les réserves impossibles qu'il tirait de quelque chose que la médecine n'avait pas encore de nom pour désigner.

Sohalia donna l'ordre de retraite à sa division.

Elle le dit d'une voix qui était normale, mesurée, le timbre habituel qu'elle utilisait pour les ordres de combat. Kenta émit un son bref — pas un rire, quelque chose de plus court et d'épuisé, la décompression de quelqu'un qui retient une pression depuis trop longtemps. Hogo hocha la tête gravement. Dom dit quelque chose dans les rangs que Sohalia n'entendit pas dans la totalité mais dont le ton lui parvint — de la chaleur, du soulagement, la voix de quelqu'un qui se parlait peut-être un peu à lui-même autant qu'aux gens autour de lui. Ikaku ne dit rien, ce qui pour Ikaku voulait dire exactement la même chose.

La guerre n'était pas finie. Elle ne le dit pas. Elle n'avait pas dit c'est terminé parce qu'elle n'était pas capable de le dire encore et parce que c'était vrai — Barbe Blanche était toujours là.

Ils avancèrent vers la mer.

Aokiji surgit devant Luffy.

Ce fut rapide — l'Amiral se matérialisa dans le passage qu'Ace avait ouvert, et son pouvoir commença à se propager avec cette économie de gestes qui lui était propre, pas du spectacle, juste de l'efficacité. Il visait Luffy. Ace s'interposa.

Feu et glace se rencontrèrent dans un choc qui n'avait pas besoin de longtemps pour produire ce qu'il produisit — les deux se neutralisant, la chaleur et le froid s'annulant l'un l'autre dans un nuage de vapeur qui envahit le secteur en quelques secondes. Une vague blanche et dense qui absorbait les silhouettes, qui réduisait le monde à deux mètres de visibilité dans chaque direction, qui transformait le champ de bataille en quelque chose d'intermédiaire entre le réel et l'autre chose.

Sohalia entra dans la vapeur en couvrant le passage d'un groupe de blessés de sa division.

Et elle s'arrêta.

Pas parce qu'elle avait décidé de s'arrêter. Parce qu'il y avait quelqu'un dans la vapeur qui n'avait pas l'air de chercher à en sortir.

Akainu l'attendait.

C'était le mot exact — il attendait, pas dans le sens d'une embuscade préparée, mais dans le sens de quelqu'un qui avait calculé une trajectoire et qui se trouvait à l'endroit où les trajectoires se rejoignaient. Immobile dans le blanc de la vapeur, l'uniforme intact d'une façon qui n'avait aucune raison d'être après tout ça mais qui l'était quand même, les mains le long du corps, le regard posé sur elle avec la froideur particulière d'un homme dont la certitude était assez complète pour ne pas avoir besoin de se manifester autrement que par sa présence.

Sa hallebarde était levée — le geste automatique, la réponse du corps à une menace — mais elle savait aussi bien que lui que ce n'était pas un combat. Pas ici, pas maintenant, pas à deux mètres d'un Amiral de la flotte avec cent mille marines autour d'eux.

Le silence dura ce qu'il dura.

Ce fut Akainu qui parla en premier. Sa voix était basse, sans effort, le genre de voix qui n'avait jamais eu besoin de s'élever pour être entendue parce qu'elle portait quelque chose qui forçait les gens à tendre l'oreille malgré eux.

« Shizen. »

Pas une question. Pas une introduction. Juste le nom, posé là comme un fait constaté qu'il avait vérifié et classé.

Elle ne répondit pas. Il n'avait pas posé de question.

Il la regarda — la regardait vraiment, avec cette économie d'attention qu'il mettait en toutes choses, en train de confirmer quelque chose plutôt que de le découvrir. Son regard passa sur ses cheveux, sur ses mains, sur l'emblème de Barbe Blanche qu'elle portait dans le dos. Elle ne bougea pas.

« Vous avez fait un choix, » dit-il finalement, et il n'y avait rien dans sa voix qui ressemblait à du jugement. Juste un constat. « Pas par ignorance. Pas par jeunesse. Un choix conscient, délibéré, renouvelé à plusieurs reprises au fil du temps. »

Il s'arrêta.

« Je peux respecter ça, dans une certaine mesure. »

Ce dans une certaine mesure portait tout. Elle n'avait pas besoin qu'il développe.

« Les idéaux de Barbe Blanche sont séduisants », continua-t-il avec cette même neutralité clinique. « La famille. La loyauté. L'idée que la force peut servir l'affection plutôt que l'ordre. » Une légère pause. « Ce sont de beaux mensonges. »

Il regardait la vapeur autour d'eux maintenant, pas elle. Comme s'il réfléchissait à voix haute pour lui-même davantage que pour la convaincre de quoi que ce soit — et c'était précisément ça qui était le plus difficile à soutenir. Il ne cherchait pas à la convaincre. Il n'en avait pas besoin. Il était juste là à formuler ce qu'il considérait comme des vérités, avec la sérénité d'un homme qui n'avait jamais douté.

« La Justice Absolue ne distingue pas les intentions. Elle ne distingue pas les histoires personnelles, les deuils, les trahisons qu'on a subies. Elle ne tient pas compte de ce qu'on a perdu pour devenir ce qu'on est. »

Il tourna les yeux vers elle à nouveau.

« Eri Shizen. »

Le mot atterrit dans sa poitrine comme quelque chose de physique.

Il ne dit rien d'autre sur ce sujet. Il n'avait pas besoin d'en dire davantage — le nom suffisait, avec tout ce qu'il contenait, avec le fait qu'il l'avait prononcé exactement de cette façon, sans affect, sans emphase, de la même façon dont on cite un dossier qu'on a consulté et qu'on a jugé clos mais qui ne l'est pas tout à fait. Les dossiers non clôturés finissent toujours par se clore, aurait-il pu dire. Il ne le dit pas. Il n'en avait pas besoin non plus.

Sohalia comprit.

Elle le savait déjà, de façon abstraite, de façon documentée — elle avait trouvé les archives, elle avait eu la conversation avec Akihide dont la voix se brisait légèrement sur ce nom précis, elle avait reconstruit l'histoire pièce par pièce depuis des mois. Mais le comprendre , debout dans la vapeur à deux mètres de lui, avec son visage en face du sien, c'était différent d'une information. L'information avait une distance. Ça n'en avait pas.

Elle ne dit rien. Elle ne pouvait pas. Quelque chose s'était bloqué dans sa gorge — pas de la peur, pas des larmes, quelque chose de plus profond et de plus primitif, une réaction de tout son corps à la présence de cet homme qui se tenait là avec son calme de pierre et qui prononçait des noms de la même façon qu'on prononce des chiffres.

Les papillons dorés tourbillonnaient autour d'elle.

Elle ne les contrôlait pas. Ils bougeaient sans qu'elle leur demande, lentement, dans cette rotation silencieuse qui était la leur quand quelque chose en elle dépassait ce qu'elle savait tenir. Et Akainu les vit. Il les regarda une seconde — pas longtemps, juste assez pour constater — et quelque chose dans son expression ne changea pas exactement mais s'ajusta, très légèrement, comme si cette observation confirmait quelque chose qu'il avait cherché à vérifier.

Il regarda à nouveau son visage.

« Votre île existe encore parce que nous n'avons pas eu de raison suffisante de changer ça. »

La phrase était simple. Elle ne contenait pas de menace explicite. C'était bien pire.

Puis il se détourna.

Il la regarda une dernière fois — pas avec hostilité, pas avec mépris, avec cette neutralité absolue qui était la sienne — et il quitta la vapeur dans la direction de Barbe Blanche, sa silhouette se dissolvant dans le blanc avec la régularité de quelqu'un qui vient de classer un problème dans la catégorie à traiter plus tard et qui passe à la priorité suivante.

La vapeur commença à se dissiper.

Sohalia resta debout, sa hallebarde encore levée, les papillons dorés qui ralentissaient progressivement autour d'elle comme de l'eau qui s'apaise après une perturbation. Quelque chose battait très vite dans sa poitrine. Elle le nota, mentalement, de la même façon dont on note une information tactique, et elle commença à l'éteindre. Une respiration. Deux. Trois.

Puis elle vit Akainu qui marchait vers Barbe Blanche.

Tout son corps se tendit vers cette direction d'un seul coup — pas une décision, un instinct, la même chose qui l'avait propulsée vers l'avant sur cette place centrale depuis qu'elle avait mis le pied à Marineford. Elle fit un pas.

Ce fut à ce moment que Dom cria.

Ce n'était pas le genre de cri qu'on produisait pour une blessure légère. Sohalia reconnut la différence — elle avait appris à reconnaître les sons que les corps faisaient quand quelque chose d'important cédait, les inflexions particulières qui distinguaient la douleur aiguë de la douleur grave — et ce son-là était grave. Pas Dom qui se plaignait, pas Dom qui jurait avec ce brio créatif qui était sa signature, mais Dom qui avait pris quelque chose de sérieux et dont la voix exprimait l'information brute d'un organisme en alerte.

Elle se retourna.

Il était à terre, à quelques mètres, la main crispée sur son flanc gauche, le sang qui commençait à teindre sa tunique. Un marine avec une lame suffisamment longue avait trouvé un angle, avait attendu le bon moment, avait frappé pendant que Dom couvrait quelqu'un d'autre. C'était toujours comme ça — les blessures graves arrivaient pendant qu'on regardait ailleurs, pendant qu'on protégeait quelque chose, pas pendant qu'on défendait sa propre peau.

Sohalia se retourna vers Akainu.

Vers Dom.

Vers Akainu.

Les deux secondes que dura ce calcul furent les deux secondes les plus longues de la journée.

Elle alla vers Dom.

Elle donna l'ordre à Hogo en passant, d'une voix qui ne laissait aucune place à l'interprétation : il prenait le commandement, il couvrait la retraite, le navire survivait. Hogo dit oui, commandante, avec la simplicité d'un homme qui avait entendu le ton et compris tout ce qu'il contenait. Elle se baissa à côté de Dom, évalua la blessure avec les yeux de quelqu'un qui avait appris à évaluer ce genre de choses rapidement et sans détour, et dit à Kenta de le soutenir pour le déplacement.

« Commandante... » dit Dom entre ses dents, le souffle court mais les yeux clairs. « Je suis désolé. »

« Ne sois pas idiot. »

« J'aurais dû voir ce— »

« Dom. »

Elle posa une main brève sur son épaule, ferme, sans tendresse excessive parce que ce n'était pas ce dont il avait besoin maintenant.

« Respire et marche. »

Il respira et marcha. C'était Dom — même blessé, même à contrecœur, il obéissait parce qu'il faisait confiance et que la confiance était plus forte que l'orgueil.

Derrière elle, Akainu continua sa route vers Barbe Blanche.


Laugh Tale — Estrade Royale

Akihide vit Sohalia choisir.

Il ne dit rien. Il regardait l'écran avec cette immobilité particulière qu'il avait depuis quelque temps, ce contrôle parfait des expressions, le seul signe visible de ce qu'il contenait étant la façon dont ses mains s'étaient crispées imperceptiblement sur les accoudoirs de son siège.

Maiya cherchait ses mots. Elle n'en trouva pas de bons.

Sur l'écran, Barbe Blanche était encore debout, et sa voix tonna à travers le champ de bataille dans quelque chose qui n'était plus seulement un ordre mais un testament. Mes fils, vivez. Des mots qui n'avaient pas besoin d'explication, qui portaient tout dans leur simplicité absolue, dans la façon dont il les prononçait avec cette certitude tranquille d'un homme qui avait décidé depuis longtemps ce qui importait et qui n'avait plus aucune raison de le dissimuler.

Nostradamus ferma les yeux une seconde.

Ce n'était pas de la résignation. C'était du respect pour quelque chose qu'on regardait s'accomplir et qu'on ne pouvait pas changer.


Marineford — Place centrale

Le discours de Barbe Blanche traversa la place centrale et atteignit Sohalia là où elle était, entre Dom et Kenta, à mi-chemin entre le navire et la ligne de retraite.

Elle s'arrêta.

Mon ère est révolue.

Elle connaissait ces mots. Pas parce qu'elle les avait entendus — elle ne les avait pas entendus, pas comme ça — mais parce qu'elle avait senti depuis des mois ce qu'ils contenaient, dans les quintes de toux qu'il étouffait quand il pensait qu'elle ne regardait pas, dans les matins où il se levait lentement, dans la façon dont il lui avait dit tant que je n'aurai pas vu un avenir brillant pour mes enfants. La promesse d'un homme qui savait déjà de quoi il parlait quand il parlait de départ.

Vivez, mes fils.

Et quelque part derrière ces mots, derrière le ton public et absolu qu'il mettait pour la place centrale, elle entendait ce qu'il lui avait dit dans sa cabine quelques semaines avant Marineford, une main posée sur son épaule, sa voix plus douce que d'habitude : Rassure-toi, ma fille. Je ne partirai pas tant que je n'aurai pas vu un avenir brillant pour mes enfants.

Il avait vu. Il s'était convaincu qu'il avait vu. Et maintenant il disait au revoir sans prononcer le mot.

Elle ne pleurait pas. Elle ne pouvait pas — elle était sur un champ de bataille avec un homme blessé à soutenir et des marines à cinquante mètres d'elle et un ordre des Cinq Doyens quelque part dans l'air qui attendait que les priorités se réorganisent. Elle ne pleurait pas mais quelque chose en elle saignait d'une façon qui n'avait pas de nom médical, qui ne saignerait visible que bien plus tard, dans un endroit plus calme que celui-ci.

Dom trébucha légèrement. Elle resserra sa prise sur son bras sans le regarder, sans dire un mot, et ils continuèrent.


Les Den Den Mushi transmettaient depuis le début de la bataille vers chaque recoin du monde grand line, et ce qu'ils transmettaient maintenant n'était plus une guerre mais quelque chose de plus difficile à nommer — la chute d'une ère, peut-être, ou la naissance d'une autre, ou simplement la vérité brute de ce qui arrivait quand les légendes se rencontraient et que certaines d'entre elles ne repartaient pas.

À Laugh Tale, sur la place centrale, le peuple rassemblé depuis des heures autour des écrans avait cessé de parler depuis longtemps. Certains pleuraient sans savoir exactement pourquoi — pas pour des gens qu'ils connaissaient, mais pour quelque chose de plus grand que la connaissance personnelle, pour la façon dont la grandeur rendait son absence d'autant plus violente.

Sur l'estrade, Mizuki avait les yeux secs et fixait l'écran avec quelque chose dans le visage qui n'était plus sa distance habituelle mais quelque chose qu'on ne lui avait pas encore vu et qu'on ne saurait pas tout à fait nommer. Lux avait les dents serrées. Kino avait cessé d'analyser — il regardait, simplement, avec les yeux de quelqu'un qui savait qu'on ne réfléchissait pas à ce genre de chose en temps réel, qu'il faudrait des années pour comprendre ce qu'on avait vu aujourd'hui.

Nostradamus gardait les yeux ouverts. Il ne les fermerait pas sur quelque chose qu'il avait vu venir depuis longtemps et qui n'avait rien de moins douloureux pour autant.


Marineford — Place centrale

Akainu insulta Barbe Blanche.

Il ne le fit pas dans un mouvement de colère — ce n'était pas quelqu'un qui se laissait aller à la colère, c'était quelqu'un qui calculait l'efficacité de chaque geste. Ce qu'il dit sur Barbe Blanche, sur son idéologie, sur la façon dont aimer ses hommes comme des fils était la preuve irréfutable que cet homme avait gâché quelque chose d'immense, que la puissance sans doctrine était du gaspillage, que les pirates se réclamant de la liberté étaient des enfants qui refusaient de comprendre que la liberté sans ordre était une autre forme d'esclavage — tout cela était dit avec la certitude froide d'un homme qui croyait chaque mot de ce qu'il prononçait, et c'était précisément pour ça que c'était insupportable à entendre.

Ce n'était pas de la provocation. C'était de la conviction.

Et Ace s'arrêta.

Sohalia était à une quarantaine de mètres, le dos chargé du poids de Dom qu'elle aidait à avancer, quand elle vit Ace s'immobiliser dans la ligne de retraite. Elle reconnut ce mouvement — ces épaules qui se soulevaient légèrement, cette façon de se retourner lentement qu'il avait quand quelque chose touchait quelque chose de sacré, cette inhalation visible qui précédait toujours la décision de se battre pour une raison qui n'était plus tactique.

Le nom de Barbe Blanche. C'était le nom de Barbe Blanche qu'on entendait sous les mots d'Akainu, sous les arguments, sous le dénigrement clinique. Ace avait passé ses dernières années à se battre contre quiconque disait du mal de son père adoptif, depuis l'époque où Roger n'était qu'un nom honteux sur ses épaules et Barbe Blanche était devenu quelque chose de plus grand que ça.

Il ne pouvait pas ne pas s'arrêter. C'était inscrit en lui à un endroit que ni la raison ni la peur ni l'amour pour Luffy ne pouvait atteindre.

Non.

La pensée arriva sans décoration, directe, absolue.

Non Ace. Pas maintenant. Pas ici. On est à quarante mètres du navire.

Elle dit à Kenta de prendre Dom. Elle dit ça calmement, avec le ton d'un commandement ordinaire, et Kenta prit Dom sans poser de questions.

Elle commença à avancer vers Ace.

Ace attaqua avec ses flammes.

Ce qui suivit fut bref dans le temps et interminable dans sa logique — le feu et le magma qui se rencontraient, et la réalité implacable de la physique qui se manifestait dans ce choc : la flamme d'Ace brûlait. Le magma d'Akainu était fait de ça, se nourrissait de ça, était supérieur dans sa nature même à ce que le feu pouvait lui opposer.

Ace reculait.

Sohalia courait.

Elle avait abandonné toute semblance de discrétion — plus de technique économe, plus de calcul tactique, juste les jambes qui couvraient la distance le plus vite qu'elles pouvaient. Elle avait lâché sa hallebarde quelque part sans s'en rendre compte. Elle n'en savait rien encore. Elle ne pensait pas à la hallebarde.

Elle pensait : encore dix mètres. Encore cinq.

Ace était dominé. Elle le voyait dans chaque échange, dans la façon dont ses flammes reculaient devant le magma sans pouvoir le consumer, dans la façon dont il tenait quand même, parce qu'il était Ace et qu'il tenait toujours, mais sans que ça change l'issue. Elle voyait l'issue. Elle avait la vision de quelqu'un qui avait passé des mois à apprendre à lire un champ de bataille, et elle voyait ce qui allait arriver.

Encore trois mètres.

Luffy était là quelque part derrière, épuisé, à bout — elle ne l'avait pas localisé précisément mais elle savait qu'il était derrière, que sa progression avait ralenti, que son corps qui ne pouvait plus faire ce qu'il avait fait depuis des heures commençait à le trahir. Et Akainu le savait.

Akainu vit Luffy.

Ce mouvement — la façon dont l'Amiral pivota, son attention qui se reporta sur la silhouette du garçon épuisé derrière Ace, dont son poing commença à se former — dura moins d'une seconde. Sohalia était à deux mètres d'Ace.

Elle vit Ace comprendre.

Elle vit Ace choisir.

Ses jambes s'arrêtèrent.

Ce n'était pas une décision. Son corps s'était arrêté tout seul, comme si quelque chose d'essentiel à la locomotion avait cessé de fonctionner dans le même instant où elle avait vu les épaules d'Ace pivoter vers Luffy.

Le poing de magma traversa Ace.

Le son que ça produisit était le son le moins approprié possible pour quelque chose d'aussi irréversible — quelque chose de sourd, d'ordinaire presque, le genre de son qu'on entend sur n'importe quel champ de bataille et qui ne devrait pas sonner aussi différemment. Mais il sonnait différemment. Elle ne savait pas comment expliquer ça.

Ace resta debout une fraction de seconde.

C'était la chose la plus terrible — cette fraction de seconde où son corps n'avait pas encore reçu l'information, où il était encore debout sur ses deux jambes avec le poing d'Akainu retiré et le champ de bataille qui continuait de faire du bruit autour de lui, et pendant cette fraction de seconde il n'y avait rien d'autre à faire que de regarder. Elle regarda. Elle était à deux mètres et elle regarda parce qu'elle ne pouvait pas faire autre chose.

Puis ses genoux cédèrent.

Luffy attrapa son frère.

Sohalia était là, immobile, les mains vides parce que sa hallebarde était quelque part sur le sol et qu'elle l'avait lâchée sans le savoir, et elle regardait Ace s'effondrer dans les bras de Luffy à deux mètres d'elle. Et quelque chose dans la façon dont Luffy le tenait — cette façon de tenir quelqu'un qu'on refuse de laisser tomber même quand la logique dit que c'est déjà fait — lui dit qu'elle ne devait pas avancer. Qu'il y avait une chose que le garçon au chapeau de paille devait avoir, que personne d'autre sur ce champ de bataille ne pouvait lui donner, et que c'était maintenant.

Elle resta où elle était.

Le regard d'Ace trouva Luffy d'abord — évidemment, inévitablement, c'est pour Luffy qu'il avait sauté. C'est Luffy qui était la réponse à tout ce qu'Ace avait fait depuis le début de sa vie, à l'enfant qui s'était demandé s'il avait le droit d'exister et qui avait trouvé la réponse dans un visage. Il y eut des mots entre eux — elle ne les entendit pas tous, le bruit du champ de bataille continuait, la guerre n'avait pas la décence de faire silence pour ça — mais elle entendit assez pour savoir le ton. Pas de la résignation. Quelque chose de plus chaud que ça.

Puis les yeux d'Ace trouvèrent les siens.

C'était une seconde. Une seule seconde, dans le chaos, entre toutes les choses qui réclamaient l'attention de chacun. Il la regarda avec ce regard qu'elle avait appris à lire — ce regard qu'il avait eu la première nuit sur le Moby Dick.

Il était en paix.

Elle détesta ça.

Elle le détesta parce que la paix signifiait qu'il avait fait ce qu'il avait décidé de faire et qu'il n'allait pas se battre pour défaire cette décision, qu'Ace en paix était Ace qui lâchait quelque chose, et Ace qui lâchait quelque chose était la chose la plus terrifiante qu'elle avait jamais regardée en face.

Elle ne dit rien. Elle ne pouvait pas — la gorge ne coopérait pas, et de toute façon c'était entre eux deux, les mots qu'ils auraient pu se dire, dans cette seconde là, c'était un langage qui n'avait pas besoin de sons.

Puis le regard d'Ace retourna vers son frère.

Sohalia s'avança vers lui d'un pas. Un seul. Elle s'arrêta à un mètre. Assez proche pour que sa présence soit réelle. Assez loin pour que Luffy ait ce qu'il fallait avoir.

Ses mains cherchèrent quelque chose à faire. Elles ne trouvèrent pas.

Elles restèrent le long de son corps, ouvertes, inutiles, parfaitement immobiles — ses mains qui ne tremblaient jamais, qui n'avaient jamais vacillé sur une hallebarde, qui avaient prises des décisions impossibles pendant des années, qui aujourd'hui ne savaient pas quoi faire parce qu'il n'y avait rien à faire.

Si elles tremblaient, elle ne le sentait pas.

Elles ne tremblaient pas. Elle en était certaine. Elle en était certaine parce qu'elle avait décidé qu'elles ne trembleraient pas, et que c'était le seul choix qu'elle avait encore.


Laugh Tale — Estrade Royale

Akihide ne regardait plus l'écran.

Il s'était levé à un moment — personne n'aurait su dire exactement quand — et il se tenait debout, la tête légèrement inclinée. Pas des larmes. Quelque chose d'antérieur aux larmes, quelque chose qui précédait tous les mots qu'on donnait aux choses quand elles arrivaient.

Maiya avait la main sur sa bouche depuis assez longtemps pour que ses doigts lui fassent mal. Elle ne la bougea pas.

Nostradamus ferma les yeux.

Ce n'était pas de la résignation. C'était quelque chose de plus vieux et de plus proche du respect — le geste de quelqu'un qui avait regardé l'inévitable arriver de loin, depuis longtemps, et qui reconnaissait le moment où l'inévitable devenait simplement réel.

Lux pleurait. Silencieusement, le regard fixe sur l'écran, sans faire le geste d'essuyer. Ume avait les deux mains croisées sur ses genoux et regardait le sol d'un air de quelqu'un qui cherche quelque chose là où rien n'a été posé.

Sur la place centrale de Laugh Tale, dans la foule rassemblée depuis des heures, le silence était total pour la première fois depuis le début de la guerre. Pas le silence de l'attente. Le silence de quelque chose qui venait de se passer et qu'on n'avait pas encore les mots pour appeler par son nom.


Marineford — Place centrale

Marineford continuait de brûler.

Sohalia était à un mètre d'Ace et de Luffy, debout, les mains vides, et les papillons dorés avaient cessé de tourbillonner autour d'elle. Ils étaient là, immobiles dans l'air chargé de cendres et de sel, suspendus comme si même eux attendaient quelque chose.

Les marines étaient partout. La guerre n'avait pas fait de pause.

Elle le savait. Elle savait qu'elle devrait lever les yeux dans quelques secondes, trouver Hogo, reprendre la formation, couvrir la retraite et ramener tout le monde au navire. Elle savait chacune des choses qu'elle devrait faire, dans l'ordre, avec la précision qu'elle avait construite pendant des années.

Mais pendant ces quelques secondes là, elle restait où elle était.

À un mètre.

Les mains le long du corps, ouvertes. Elle attendait l'inévitable.


Publié : 16/02/2026


Ace est mortellement blessé.

Luffy tient son frère.

La guerre n'est pas finie.

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