War of Change

Chapitre 13 : Moi non plus

6359 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 21/02/2026 18:52

Nanmin no Shima — Jour 17

Il hocha la tête.

Elle se leva de l'herbe sans quitter ses yeux des siens. Il n'avait pas bougé. Il la regardait avec cette intensité particulière qu'il avait toujours eue.

« Tu as été... »

Elle n'arriva pas à finir la phrase. Ce qu'elle aurait dû dire : tu as été banni. Ce qu'elle ressentait en le disant : la lourdeur de tout ce que ce mot contenait, la décision que Barbe Blanche avait prise il y a des mois, la cellule, son dos, la tatouage, la chair, le sang, la façon dont il était parti et n'était pas revenu.

« Jusqu'à la mort de Barbe Blanche, » dit-il.

Un silence s'installa. Le sens de cette phrase prenait sa place dans l'air entre eux — Barbe Blanche qui était mort, et le bannissement qui s'était arrêté là, et Aki qui était quand même là sur cette colline à quelques mètres d'elle dans la lumière du crépuscule de Nanmin no Shima.

« Comment es-tu arrivé ici ? »

« Je me suis faufilé. » Une réponse directe, sans excuse. « Personne ne m'a vu. »

Elle pensa au navire que quelqu'un avait mentionné au large — petit, discret, éloigné des autres. Elle pensa à la façon dont il avait toujours su se rendre invisible quand il le décidait, une capacité qu'elle lui avait vue exercer dans des contextes très différents.

« Pourquoi ? »

La question était simple. Tout ce qui aurait pu la compliquer était déjà dans l'air entre eux — le bannissement, les mois d'absence, Marineford, les morts, tout ce qui s'était passé pendant le temps où il n'était nulle part, ou du moins nulle part où elle pouvait le voir. Elle posa la question parce que c'était la seule qui comptait vraiment.

Aki la regarda. Dans ses yeux il y avait quelque chose qu'elle reconnut mais qu'elle n'aurait pas su décrire — pas de la culpabilité, pas exactement, quelque chose de plus complexe que ça, quelque chose qui portait à la fois le poids du passé et une décision prise dans le présent, une façon d'être là qui n'était pas de la fuite.

« Parce que j'ai besoin de te parler. »

Le silence qui suivit ses mots n'était pas un silence ordinaire. C'était le genre de silence qui a du poids. Sohalia restait debout dans l'herbe de la colline, les yeux sur Aki, et elle sentait les dernières lumières du crépuscule changer autour d'eux sans regarder le ciel.

Il avait changé. Elle l'avait vu immédiatement, avant même d'avoir identifié exactement quoi. Plus maigre. Quelque chose dans la façon de tenir les épaules — pas affaissées, pas brisées, juste différemment chargées, comme si ce qu'il portait avait changé de nature pendant l'absence. La cicatrice sur son dos, sous le tissu de sa veste, était là ou du moins elle supposait qu'elle était là, guérie ou en train de l'être. Il avait survécu. Il avait survécu et il était là, sur cette colline, à quelques mètres des tombes de Barbe Blanche et d'Ace, et il lui disait j'ai besoin de te parler avec ce regard qui ne se cachait pas.

« Parler, » répéta-t-elle, non pas pour mettre en question le mot mais pour lui laisser le temps de s'installer dans l'air entre eux. « D'accord. Parle. »

Aki ne détourna pas les yeux. Il avait appris quelque chose pendant ces mois, ou peut-être qu'il l'avait toujours su et qu'il n'avait juste jamais eu l'occasion de le montrer — cette façon d'affronter ce qu'il y avait à affronter sans chercher à l'esquiver d'abord.

« Je suis venu pour aider, » dit-il.

Pas une demande. Pas une supplication. Une proposition, posée là comme quelque chose de simple, comme si la complexité de tout ce qui l'entourait ne changeait pas la nature de ce qu'il offrait.

Sohalia laissa un moment passer. Elle regarda la tombe de Barbe Blanche — la pierre froide qu'elle venait de toucher, qui portait encore la chaleur imperceptible de sa paume — et quelque chose dans sa poitrine se resserra d'une façon qu'elle n'essaya pas de nommer.

« Tu es venu pour aider, » dit-elle doucement. Ce n'était pas un écho moqueur. C'était une façon de mesurer le poids de ces mots. « Aki. »

Elle chercha ses yeux. Il lui rendit ce regard sans ciller.

« Personne ne voudra de ton aide. » Elle disait ça sans cruauté, avec la précision tranquille des choses vraies qu'il vaut mieux dire clairement plutôt que de laisser s'installer comme des découvertes douloureuses. « Les hommes de la quatrième division t'ont vu. Dom. Ritsu. Kan. Hayate. Ils étaient là ce jour-là. Ils t'ont regardé fuir. »

Le muscle de la mâchoire d'Aki se contracta. Il ne dit rien.

« Et Marco. » Elle marqua une pause, parce que ce nom-là portait quelque chose de différent des autres et qu'ils le savaient tous les deux. « Marco ne t'acceptera jamais. Pas après ce que tu as fait. Pas avec tout ce que ça représente pour lui. »

Aki regarda la tombe de Barbe Blanche à son tour. Il la regarda un long moment, avec cette expression de quelqu'un qui fait la comptabilité de ses pertes et qui a fini depuis longtemps d'espérer un solde à l'équilibre.

« Je sais, » dit-il enfin.

« Alors pourquoi ? »

Il se retourna vers elle. Et dans ses yeux il y avait quelque chose qu'elle reconnut sans pouvoir tout à fait le nommer — pas de la culpabilité, parce que la culpabilité avait une façon particulière de se tenir et ce n'était pas ça. Quelque chose de plus tranquille et de plus dur à la fois. La décision de quelqu'un qui a pesé toutes les options et qui en a choisi une non pas parce qu'elle était confortable mais parce qu'elle était la seule qui coûtait quelque chose d'honnête.

« Parce que c'est tout ce que j'ai à donner, » dit-il simplement. « Et que je préfère qu'on me le refuse en face plutôt que de ne pas avoir essayé. »

Sohalia resta immobile dans l'herbe de la colline, dans la lumière qui continuait de changer autour d'eux. Elle pensa à ce jour sur l'île, au baraquement en feu, à ses poignets attachés par le granit marin et à la façon dont il s'était retourné et n'était pas revenu.

Elle allait répondre — elle ne savait pas encore quoi, quelque chose de vrai et de compliqué, comme tout ce qui était vrai et compliqué entre eux depuis que Jef avait utilisé le nom de Yuki pour en faire une arme — quand elle entendit les pas dans l'herbe.


Marco avait pris sa décision en bas du chemin.

Il ne saurait pas le formuler autrement que ça. Vista lui avait dit que vivre c'est aussi prendre ce qui reste à prendre. Izo lui avait dit qu'il avait encore du temps, qu'il fallait l'utiliser. Et quelque chose en lui avait entendu tout ça et avait répondu, finalement, d'accord.

Il montait vers les tombes.

Il ne savait pas encore exactement ce qu'il dirait. Il n'avait pas de discours préparé, pas de phrases mises dans l'ordre, parce que les choses préparées avaient une façon de se désintégrer au contact de la réalité de l'autre personne, et il connaissait assez bien Sohalia pour savoir que tout ce qu'il aurait préparé ne survivrait pas à la façon dont elle l'écoutait. Alors il montait, juste ça, un pied devant l'autre dans l'herbe courte de la colline, avec la lumière du crépuscule qui peignait le ciel d'orange et de gris au-dessus de sa tête, et quelque chose qui ressemblait à de la résolution dans la façon dont ses épaules se tenaient.

Il la vit d'abord.

Silhouette dans la lumière déclinante, debout près des tombes, et quelque chose dans sa poitrine se dénoua d'un degré à la vue de cette silhouette — il l'avait cherchée des yeux toute la journée sans se l'avouer, et la trouver là, vivante et debout et réelle, produisit quelque chose proche du soulagement avant même qu'il n'identifie pourquoi.

Et puis il vit l'autre silhouette.

Son corps réagit avant son esprit.

Ce fut rapide, total, sans délibération — ses jambes qui raccourcissaient la distance, ses flammes qui s'allumaient sous sa peau avec ce réflexe des années de combat qui ne demandait pas la permission à la pensée consciente.

Il vit le profil, la façon de se tenir, et il le reconnut. Son cerveau n'avait pas encore formulé le nom qu'il sentait déjà la rage monter, propre et froide, une rage qui n'avait rien à voir avec la colère ordinaire et tout à voir avec la peur — la peur rétrospective, la peur de ce qui avait failli arriver, la peur de ce qu'il avait appris ce jour-là dans la bouche de Hogo et dans les yeux de Sohalia quand elle était revenue du baraquement en feu avec de la suie sur le visage et du sang aux poignets.

Il s'interposa.

Pas un geste calculé. Juste son corps entre eux deux, entre elle et cet homme, ses ailes de phénix qui se déployèrent légèrement sans qu'il le décide vraiment — juste assez pour occuper l'espace, pour signifier clairement où était la limite. Il ne regardait pas Sohalia. Il regardait Aki, avec le regard qu'il avait sur un champ de bataille, le regard qui évaluait et qui avait déjà pris la décision.

« Marco. »

La voix de Sohalia, derrière lui, ferme et basse. Pas effrayée. Pas surprise — ou du moins pas surprise de la façon dont il avait bougé, parce qu'il devinait à l'intonation qu'elle l'avait vu monter vers eux.

Il ne se retourna pas tout de suite.

« Il est banni, » déclara Marco, sa voix était plate, le genre de ton qu'il avait quand il avait déjà pris sa décision et qu'il n'y avait pas grand-chose à discuter. « Des navires, des territoires, de la famille. Père l'a dit lui-même. »

« Père est mort. »

La voix de Sohalia, derrière lui, avait quelque chose de plus doux qu'il ne l'attendait — pas de la provocation, pas de l'accusation, juste l'énoncé d'un fait qu'elle portait de la même façon qu'il le portait, avec toute la lourdeur que ce fait contenait.

« Et le bannissement prenait fin à sa mort. »

Marco se retourna enfin.

Sohalia était à deux pas derrière lui, dans la lumière du crépuscule qui lui faisait briller ses cheveux d'une couleur plus chaude qu'ils n'étaient, et elle le regardait avec ce regard qu'elle avait — pas de défi, pas de supplique, juste une attention complète, la façon dont elle regardait les choses auxquelles elle avait déjà réfléchi. Elle n'avait pas l'air d'avoir peur. Elle n'avait pas l'air non plus particulièrement sûre de la suite. Elle avait l'air de quelqu'un qui attend de voir ce que l'autre va décider.

Derrière Marco, Aki n'avait pas bougé. Il restait à la même distance, les mains le long du corps, sans geste pour s'approcher ou pour reculer. Il attendait aussi.

« Il est venu de lui-même, » dit Sohalia. « Il n'a pas été invité. Il m'a rejoint ici. »

Marco laissa passer un moment avant de répondre. Il cherchait dans son visage ce qu'elle lui disait sans le dire, et ce qu'il trouvait était compliqué — quelque chose qui ressemblait à de la prudence, à de la conscience aiguë de la situation, mais pas à de la peur, et l'absence de peur était en soi quelque chose qui demandait une interprétation.

« Il a failli te tuer, » répliqua-t-il.

Pas une accusation. Une réalité, posée là avec tout son poids, parce que c'était ça qui comptait, c'était ça qu'il ne pouvait pas laisser glisser derrière des formulations plus douces.

« Je sais. » Elle ne détourna pas les yeux. « J'étais là. »

Il y avait quelque chose dans cette façon de répondre — simple, directe, sans aucune tentative d'atténuer — qui lui coupa un instant la parole. Sohalia qui lui rappelait qu'elle savait, elle, parce qu'elle y était, parce qu'elle avait senti la chaleur des flammes, que ses poignets avaient saigné à cause des menottes, que la fumée avait obstrué sa gorge et sa vue. Et que malgré tout ça, elle était là sur cette colline à lui expliquer pourquoi ce n'était pas la fin de la conversation.

« Il veut aider, » continua-t-elle. « L'équipage est diminué. Nous avons des blessés. Et lui— »

« Non. »

Un mot. Net. Sans appel.

Le silence revint entre eux. Aki n'avait toujours pas bougé, il observait calmement, attendant qu'ils décident de son sort.

La dispute commença doucement, comme elles commencent toujours quand les deux personnes impliquées ont la même maîtrise d'elles-mêmes et qu'elles savent toutes les deux que hausser le ton d'emblée serait une faiblesse.

« Ce n'est pas ta décision seule, » contra Sohalia. Sa voix était mesurée, chaque mot posé avec le soin de quelqu'un qui sait que ce qu'elle dit va être entendu d'une façon précise et qui choisit ses termes en conséquence. « Sa division a le droit d'être consultée. »

« Sa division l'a vu t'abandonner aux flammes. »

« Sa division l'a aussi vu s'interposer entre leur commandante et une mort certaine. »

Marco croisa les bras. Ce geste — elle le connaissait, ce n'était pas de la fermeture, c'était de la contention, la façon dont il tenait quelque chose à l'intérieur quand il ne voulait pas que ça ressorte n'importe comment.

« Ce n'est pas une rédemption, » dit-il. « Interposer son corps entre quelqu'un et un pacifista ne rachète pas ce qu'il a fait. »

« Je n'ai pas dit que ça le rachetait. »

Elle s'avança d'un pas — pas vers Aki, vers lui. Le regard qu'elle lui donnait était direct, sans échappatoire, le genre de regard qui dit je suis là et je te parle à toi et tu vas m'entendre.

« Je dis que c'est à sa division de décider. Pas à toi. Pas à moi. À eux — à ceux qui étaient là, à ceux qui ont vécu ce qu'il a fait et ce qu'il a réparé, à ceux qui savent mieux que n'importe qui d'autre ce que ça coûte. À ceux qui le connaissent vraiment. »

Marco la regarda. Elle soutint ce regard.

« Yuki était déjà morte, » souffla-t-elle plus doucement. « Il ne le savait pas. Jef lui avait menti depuis le début. Il a tout sacrifié pour une sœur que Jef avait tuée bien avant de le contacter. »

Quelque chose passa sur le visage de Marco — bref, presque imperceptible, mais elle le vit parce qu'elle l'observait et parce qu'elle le connaissait. Pas de l'attendrissement. Plutôt la reconnaissance d'une information qui compliquait ce qu'il voulait garder simple.

« Ça ne change pas ce qu'il a fait, yoi, » affirma-t-il.

« Non. Ça change ce qu'il est. » Elle marqua une pause. « Ce n'est pas pareil. »

Le silence s'étira. En bas de la colline, quelqu'un appelait dans la direction du camp — une voix lointaine, indistincte, qui n'avait rien à voir avec eux. Le vent soufflait depuis la mer, portant avec lui l'odeur du sel et de l'herbe mouillée.

Ce fut Aki qui parla. Doucement, sans chercher à dominer l'espace, juste une voix dans la lumière du crépuscule.

« Commandante avait raison. » Il regardait Marco, pas Sohalia — un choix délibéré, elle le nota. « Je ne m'attends pas à ce que tu acceptes. Je m'attendais à cette réponse en venant ici. Mais je suis venu quand même parce que— »

« Tu n'avais pas à venir, » interrompit Marco. Sa voix avait monté d'un degré — pas encore de la colère mais quelque chose qui s'approchait de là où la colère vivait. « Tu n'avais pas à être ici. Sur cette île. Près d'elle. »

Il y avait quelque chose dans ce près d'elle qui changea la qualité du silence.

Sohalia perçut le glissement — le moment où la dispute cessait d'être sur Aki pour aller sur autre chose. Elle le vit dans la façon dont les mâchoires de Marco se serrèrent, dans la façon dont il ne regardait plus Aki mais elle, et dans ce qu'il y avait dans ce regard — pas de la rage, pas vraiment, quelque chose de plus nu que ça.

« Tu lui fais confiance, » lança Marco. Sa voix était plus basse maintenant, dépouillée de la colère, ce qui était pire d'une certaine façon. « À lui. »

Elle ouvrit la bouche. Il continua.

« Ça fait dix-sept jours. » Une pause. « Dix-sept jours et tu m'évites. Et lui, il est là depuis cinq minutes et tu es en train de plaider sa cause. »

La colline était silencieuse autour d'eux. Même le vent semblait avoir décidé de se tenir tranquille.

Sohalia sentit quelque chose se déplacer dans sa poitrine — pas de la culpabilité, pas exactement, quelque chose de plus complexe que ça, quelque chose qui reconnaissait la vérité dans ce qu'il disait sans pouvoir se contenter de simplement l'accepter.

« Ce n'est pas la même chose, » rétorqua-t-elle. Sa voix était plus basse elle aussi maintenant. « Je ne lui fais pas plus confiance qu'à toi. »

« Alors pourquoi ? »

La question était simple. Trop simple pour la complexité de ce qu'elle portait.

« Parce que lui, » dit-elle après un moment, « il ne me complique pas. »

Ce fut une mauvaise formulation et elle le sut immédiatement, à la façon dont le visage de Marco se ferma. Elle essaya de rattraper.

« Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je voulais dire que toi et moi — ce qu'il y a entre nous — c'est trop important pour que je puisse l'approcher avec la même façon que j'ai pour tout le reste. »

Marco la regardait.

« Les mains que j'ai, » continua-t-elle, et sa voix se fit plus difficile, comme si les mots avaient du mal à passer leur propre résistance, « elles sont encore rouges. J'ai encore Ace dans les yeux. J'ai encore Père dans les mains — la façon dont il tenait Marineford pendant que nous fuyions, la façon dont il s'est éteint. »

Elle s'arrêta. Reprit.

« Je ne sais pas encore comment être tout ça en même temps. Quelqu'un qui a perdu tout ça et quelqu'un qui— » Elle ne finit pas. « Ce n'était pas de l'évitement. C'était juste que je ne savais pas encore comment. »

Marco resta immobile. Puis il souffla, très bas, quelque chose qu'il n'avait pas prévu de dire à voix haute :

« Moi non plus. »

Ce fut Izo qui rompit le silence, parce que le silence avait duré assez longtemps et qu'Izo avait cette particularité de savoir exactement quand une scène avait besoin d'être interrompue pour que les participants ne s'y perdent pas entièrement.

Ils avaient monté la colline ensemble, Izo et Vista, attirés par les voix — pas par les cris, pas encore, mais par cette qualité particulière du ton qu'ont les conversations qui couvent et qu'on entend de loin même quand on n'entend pas les mots.

Vista s'arrêta à la lisière de la scène, légèrement en retrait, avec cette discrétion tranquille qui était la sienne dans les moments où il évaluait d'abord. Izo continua quelques pas de plus, assez pour voir, pas assez pour être immédiatement dans l'espace de la dispute.

Il vit Marco. Il vit Sohalia. Il vit Aki.

Il prit une seconde pour comprendre la géographie de la scène — les trois personnages, leurs distances respectives, la tension dans les épaules de Marco, la façon dont Sohalia se tenait entre les deux.

« Bah, » dit-il à Vista. « Au moins ils se parlent. »

Vista jeta un regard vers le groupe. « Ils se hurlent dessus. »

« C'est de la communication. »

Vista soupira. Ce soupir contenait l'expérience de quarante ans passés à être le calme autour de la tempête et la conscience claire que certaines tempêtes devaient se déployer entièrement avant de se calmer.

Izo monta vers eux.

Il n'avait pas besoin d'élever la voix — sa simple présence dans le champ visuel de Marco suffit à modifier légèrement la dynamique de la scène, à rappeler aux deux personnes au centre qu'elles n'étaient plus seules sur cette colline.

Marco le regarda. Izo croisa ses bras dans un miroir inconscient de la posture de son ami, et salua avec son flegme habituel :

« Aki. »

Aki acquiesça légèrement.

« Commandant Izo. »

Izo le dévisagea une seconde, puis reporta son attention sur Marco et Sohalia. Il analysa ce qu'il voyait — les deux visages, ce qui y était écrit, ce qui essayait de ne pas y être écrit — et dit, pragmatique comme toujours :

« Qu'est-ce qu'on décide ? »

Vista avait monté le reste de la colline pendant qu'Izo parlait, avec la même démarche mesurée qu'il avait partout, sans urgence affichée. Il s'approcha du groupe et s'arrêta à une distance qui ne prenait pas parti — assez proche pour être dans la conversation, assez loin pour n'être dans le camp de personne.

Il regarda Aki. Longuement, avec cette façon qu'il avait de voir les gens, pas seulement ce qu'ils montraient mais ce qu'il y avait sous. Aki soutint ce regard sans ciller. Dans ses yeux il y avait ce qu'il y avait depuis le début de cette scène — pas de supplication, pas de fuite, juste la conscience claire de sa situation et la décision de l'assumer.

Vista hocha la tête, une fois, très légèrement. Comme quelqu'un qui a fait une observation et qui en tire une conclusion provisoire.

Puis il annonça, à personne en particulier, avec la voix douce de quelqu'un qui pèse ses mots avant de les poser :

« Père l'a banni jusqu'à sa mort. Père est mort. » Il marqua une pause. « Juridiquement, dans les termes mêmes de la sentence, le bannissement est terminé. »

Marco ouvrit la bouche.

« Je n'ai pas fini, » dit Vista sans hausser le ton.

Marco se tut. Vista continua.

« Ce que Aki a fait ne disparaît pas parce que le bannissement est terminé. Personne ici n'est obligé de lui faire confiance, ni de l'accepter. Et personne n'a le droit de décider ça à la place de ceux qui ont vécu ce qu'il a fait. »

Son regard se posa sur Marco. Pas de l'accusation. Juste de la clarté.

« Laissons sa division décider. Ceux qui étaient là. Ceux qui savent. » Un temps. « S'ils refusent, il repart. S'ils acceptent, on en discutera avec les autres commandants. Mais ce n'est pas à toi ni à moi de trancher ça maintenant sur cette colline. »

Le silence qui suivit était différent des silences précédents. Moins chargé de tension, plus chargé d'autre chose — la texture particulière du silence dans lequel une décision raisonnable vient d'être posée et où personne ne trouve encore les mots pour la contester sans avoir l'air déraisonnable.

Marco regarda la tombe de Barbe Blanche. Il l'observa un long moment, comme s'il cherchait quelque chose dans la pierre grise — une confirmation ou une contradiction, quelque chose qui lui donnerait l'autorité de rejeter ce que Vista venait de dire.

Il ne trouva rien.

« Très bien, » capitula-t-il enfin.

Sa voix était plate, dépouillée d'inflexion. Il pivota et commença à descendre la colline sans regarder Sohalia, sans regarder Aki, sans rien ajouter.

Les autres le regardèrent partir. Aki, qui avait eu la décence de ne rien dire pendant toute cette scène. Sohalia, qui le détailla descendre vers le camp avec cette façon de marcher qu'il avait quand il retenait quelque chose, épaules légèrement plus hautes que d'habitude.

« Dinde enflammée à la tête d'ananas, » marmonna-t-elle, assez bas pour que seul Izo, qui se tenait à côté d'elle, l'entende. « Bien trop têtu. »

Izo tourna la tête vers elle. Il y avait quelque chose dans son expression — pas du rire exactement, mais quelque chose d'adjacent à ça, quelque chose de presque tendre sous le pragmatisme habituel.

« Ce n'est pas tout à fait ça le problème, » dit-il.

Aki prit congé discrètement, quelques minutes plus tard, ayant conscience jusqu'où il peut pousser la situation du soir. Il dit à Sohalia qu'il serait sur son bateau, qu'il attendrait la décision de la quatrième division, qu'il n'avait aucune intention de se présenter où on ne l'avait pas invité. Elle hocha la tête. Il descendit la colline dans la direction opposée à celle que Marco avait prise, et disparut dans la nuit qui commençait.


Vista, Izo, et Sohalia restaient dans la lumière qui avait presque fini de mourir, avec les tombes derrière eux et le camp qui brillait doucement en contrebas.

Vista brisa le silence en premier. Pas de la façon dont il avait parlé pendant la dispute — avec cette voix mesurée des décisions pratiques — mais différemment, plus doucement, la voix de quelqu'un qui change de registre délibérément.

« Il était venu pour toi. »

Sohalia ne répondit pas immédiatement.

« Marco. » Vista la regardait avec ses yeux calmes. « Il montait vers les tombes. On l'a poussé toute la journée à venir te voir. Il avait enfin prit la décision. »

Elle savait ça. Elle l'avait su dès qu'elle avait entendu ses pas dans l'herbe — la direction dont il venait, quelque chose dans sa façon d'avancer qu'elle avait reconnu sans pouvoir le formuler, quelque chose qui ressemblait à de la résolution. Elle l'avait su et elle n'avait pas encore décidé quoi en faire.

« Il est en train de rager, » dit Izo. Pratique. Factuel. « Il va rentrer à l'auberge, s'asseoir, et rager. C'est ce qu'il fait quand il ne peut pas résoudre quelque chose. »

« Je sais. »

« Et toi tu vas rester là à regarder la nuit arriver. »

Elle n'avait pas de réponse à ça non plus.

Vista s'approcha d'elle d'un pas.

« Ce que tu lui as dit tout à l'heure, » dit-il doucement. « C'était vrai. Les deux. Ce que tu as dit sur Aki et ce que tu as dit sur vous. »

Elle regarda la mer. En contrebas, les lumières du camp se réfléchissaient dans l'eau noire.

« Il a besoin de quelqu'un pour prendre soin de lui, » dit Vista. « Et toi, tu as besoin de la même chose. Il n'y a que vous deux pour vous aider l'un l'autre. »

Izo croisa les bras avec son expression habituelle, celle qui ne s'embarrassait pas de détour.

« Tu sais où il est. Tu sais ce qu'il est en train de faire. Tu sais aussi exactement ce que tu devrais faire maintenant — la preuve, tu n'as même pas demandé ce qu'on pensait. »

Elle ne dit rien.

« Alors arrête de regarder la nuit et vas-y. »

Elle descendit la colline sans répondre, ce qui était une façon de répondre.


Sohalia le suivit de loin dans les rues étroites de Nanmin no Shima. Assez loin pour ne pas être dans son dos, assez près pour ne pas perdre sa silhouette dans l'obscurité des ruelles entre les bâtiments. Il marchait vite — pas de la façon dont on marche quand on fuit, plutôt de la façon dont on marche quand on a besoin que le corps s'épuise un peu, quand il y a quelque chose à l'intérieur qui a besoin du mouvement pour se calmer.

Elle le vit entrer dans l'auberge.

Elle s'arrêta devant la porte.

La Shizen attendit là quelques minutes, debout dans l'air froid du soir, les mains dans les poches de sa veste, à écouter les bruits du camp autour d'elle — des voix lointaines, le bruit de l'eau, quelque part le rire bref d'un homme qu'elle ne reconnut pas. Elle n'essayait pas de se préparer à ce qu'elle allait dire. Elle avait essayé de préparer des choses avant et elle savait à quoi ça menait. Elle attendait juste que le bon moment arrive, et le bon moment c'était quand elle serait prête à entrer sans savoir ce qui allait se passer, juste prête à ce que ça se passe.

Quand elle fut prête, elle entra.

L'auberge était silencieuse à cette heure — les premiers hommes s'étaient retirés pour la nuit, les derniers étaient encore au camp. Elle traversa le couloir du rez-de-chaussée avec des pas qui ne faisaient pas beaucoup de bruit sur le bois ancien, et monta l'escalier jusqu'au couloir du premier étage où les commandants avaient leurs chambres.

Elle s'arrêta devant sa porte.

Elle toqua. Une fois, deux fois — ferme. Et puis, sans attendre sa réponse, elle ouvrit la porte et entra.


La chambre n'était pas grande. Une fenêtre sur la mer, un bureau couvert de cartes qu'il n'avait pas regardées ce soir, une chaise dans un coin. La lampe à huile sur la table de chevet brûlait bas, projetant une lumière chaude et hésitante sur les murs de bois.

Marco était assis au bord du lit.

La tête dans ses mains — les paumes couvrant le bas du visage, les doigts sur les tempes, les coudes sur les genoux, cette posture de quelqu'un qui est en train de tenir quelque chose à l'intérieur et qui a besoin des deux mains pour le faire. Il leva les yeux quand elle entra. Il ne dit rien.

Elle s'adossa à la porte fermée derrière elle.

Elle le détailla vraiment. Pas de la façon dont on regarde quelqu'un en passant, pas avec la vigilance rapide qu'elle avait depuis Marineford pour s'assurer que les gens allaient bien — vraiment, lentement, en laissant ce qu'elle voyait exister.

Il avait les traits tirés. Pas d'une façon nouvelle — pas d'une façon qu'il n'avait pas eue les jours précédents — mais d'une façon qu'elle voyait maintenant parce qu'elle regardait sans se dépêcher. Les cernes. La ligne de la mâchoire plus dure qu'elle n'était il y a un mois. Quelque chose autour des yeux qui disait qu'il n'avait pas dormi autant qu'il le prétendait. La façon dont ses épaules gardaient une tension même assis, même seul dans une pièce fermée, comme s'il portait quelque chose de lourd depuis si longtemps qu'il avait oublié que ce n'était pas l'état normal des choses.

Sur le bureau, une assiette à peine entamée. Une deuxième, vide de façon trop nette — quelqu'un avait emporté ce qu'il avait laissé, Yori peut-être, ou Izo, quelqu'un qui veillait.

Il la regardait, lui.

Elle savait ce qu'il voyait parce qu'elle l'avait vu dans les vitres et dans les yeux des gens depuis Marineford — plus mince qu'elle n'avait été. Les cernes. Les yeux qu'elle ne reconnaissait plus tout à fait, pas encore éteints mais portant quelque chose de différent, quelque chose que la mort de gens qu'on aime met dans les yeux et que le temps déplace mais n'efface pas.

Ils se regardèrent un long moment.

Il n'y avait pas de bons mots pour commencer. Elle le savait maintenant avec la certitude des choses qu'on finit par accepter — il n'y aurait jamais eu de bons mots, parce que les bons mots auraient exigé un monde différent de celui dans lequel ils se trouvaient, et ce monde-là n'existait pas.

Il y avait juste ça. La chambre, la lampe basse, Marco assis au bord du lit avec ses mains vides maintenant, et elle adossée à la porte.

Elle s'avança.

Elle s'agenouilla entre ses jambes, doucement, tranquillement. Elle ne voulait pas brusquer les choses. Elle faisait attention car elle savait que ce moment était important et qu'un mot, un geste, mal placé pourrait signé le glas de leur relation.

Il avait les mains sur ses genoux. Elle les prit — ses deux mains dans les siennes, doucement, comme on prend quelque chose qu'on ne veut pas abîmer. Il ne se retira pas. Il la laissa faire avec cette immobilité de quelqu'un qui n'a plus l'énergie de se protéger de ce qui vient et qui, peut-être, n'en a plus envie non plus.

Sohalia leva les yeux vers lui.

Elle lui prit le visage dans les mains.

Ses paumes sur ses joues — la peau rugueuse de plusieurs jours de barbe sous ses doigts, la chaleur de sa peau contre les siennes qui étaient froides du dehors. Elle sentit les muscles de sa mâchoire se contracter légèrement sous ses paumes, cette tension qui ne partait jamais complètement. Elle ferma les yeux.

Cela faisait une éternité. Pas seulement dix-sept jours — une éternité dans le sens de toutes les nuits avant Marineford où elle avait pensé à cette chaleur là sans y avoir accès, de tous les moments dans l'infirmerie où elle avait fait les gestes mécaniques de soins en sachant qu'il était quelque part sur cette île et qu'elle n'allait pas vers lui. Une éternité dans le sens de tout ce qu'ils avaient laissé en suspens depuis cette nuit avant le départ, depuis la façon dont elle était partie après leur dispute.

Elle sentit ses mains à lui se poser sur ses poignets. Pas pour retirer ses mains à elle — juste pour les tenir là, comme une façon de dire que ça allait, que c'était bien, que cette proximité pouvait durer.

Sohalia rouvrit les yeux.

Il la regardait de très près maintenant. Et dans ses yeux — ces yeux bleus qu'elle connaissait dans toutes leurs façons d'être, dans la concentration de la bataille et dans le rire rare et dans la façon précise dont ils s'assombrissaient quand quelque chose le touchait profondément — il y avait ce qu'il avait dit sur la colline. Moi non plus. Je ne sais pas non plus.

Et autre chose. La peur rétrospective qu'elle avait vue, dans la façon dont son corps s'était mis entre elle et Aki sans que son esprit ait eu besoin d'intervenir.

« Il aurait pu te tuer, » dit-il.

Sa voix était basse, dépouillée de tout sentiment. Pas une accusation. Pas de la colère. Juste ça — l'énoncé d'une réalité qui l'avait habité depuis ce jour-là et qu'il n'avait jamais dit à voix haute.

« Mais il ne l'a pas fait, » répondit-elle.

Il la regarda.

« Je sais, » ssouffla-t-il. Très bas. « Je sais qu'il ne l'a pas fait. »

Un silence. Ses mains sur ses poignets, ses paumes sur ses joues, l'espace entre eux qui était presque inexistant maintenant.

« Mais j'y ai pensé, » continua-t-il. « Après. Quand Hogo me l'a dit. Quand Izo me l'a dit. J'y ai pensé — à comment ça aurait pu se terminer, à ce que j'aurais— »

Il s'arrêta. Reprit, et sa voix avait quelque chose qu'elle ne lui entendait presque jamais — pas de l'incertitude, quelque chose de plus brut que ça.

« J'aurais pas su quoi faire. »

Sohalia laissa ces mots exister dans le silence de la chambre. Elle ne les minimisa pas, ne les redirectionna pas vers quelque chose de plus facile à tenir. Elle les laissa être ce qu'ils étaient.

« Je sais, » dit-elle.

Et puis, parce qu'il y avait des choses qui attendaient depuis plus longtemps encore que dix-sept jours :

« Je suis désolée. Pour la nuit avant Marineford. Pour la façon dont je suis partie. Sans te dire— »

« Tu n'avais pas à— »

« Si. » Elle ne le laissa pas effacer ça. « Si. Tu méritais mieux que le silence. Et moi aussi. On méritait tous les deux mieux que de laisser les choses en suspens parce qu'on ne savait pas comment commencer. »

Marco ne dit rien pendant un moment. Ses mains tenaient toujours ses poignets. Elle sentait son pouls sous ses doigts.

« Tu avais peur, » dit-il enfin. Pas une question.

« Oui. »

« Moi aussi. »

Ce n'était pas une résolution. Ce n'était pas la fin de toutes les choses compliquées entre eux — Akihide existait toujours, le royaume existait toujours, la façon dont elle était partie sans rien dire et la façon dont il avait gardé la distance depuis Marineford, tout ça existait toujours et n'avait pas été réparé par quelques phrases dans une chambre d'auberge à la nuit tombée. Mais c'était un commencement. C'était deux personnes qui se regardaient enfin sans le filtre de toutes les choses qu'elles ne s'étaient pas dites, et qui décidaient de commencer là.

Sohalia laissa ses mains descendre lentement du visage de Marco. Elle ne recula pas. Elle resta là, entre ses jambes, et elle posa sa tête contre sa poitrine.

Il ne bougea pas d'abord. Et puis ses bras vinrent, lentement, se refermer autour d'elle. Pas fort — doucement, avec le soin de quelqu'un qui tient quelque chose qu'il a cru perdre et qui n'arrive pas encore tout à fait à y croire.

Elle l'entendait respirer.

Elle pensa à Ace — à son rire, à ses thermos de café, à la façon dont il s'endormait n'importe où. Elle pensa à Barbe Blanche, à ses bras immenses, à son rire, son regard fier. Elle pensa à toutes les choses qui n'existaient plus et à celle-ci qui existait encore — ce corps chaud contre le sien, cette respiration régulière, cette façon dont Marco tenait quelque chose qu'on lui avait redonné.

Le deuil n'était pas terminé. Il ne le serait peut-être jamais entièrement, pas de la façon dont on termine les choses — plutôt il prendrait des formes différentes, deviendrait quelque chose qu'on apprenait à porter sans qu'il prenne toute la place.

Pour l'instant, juste ça. La chambre. La lampe basse. Deux personnes qui avaient arrêté d'être séparées.

Il dit son nom.

Pas une question, pas une formulation — juste son prénom dans le silence, comme une façon de vérifier qu'elle était là.

Elle l'était.

— À suivre —

Publié : 21/02/2026

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