War of Change

Chapitre 17 : L’héritage de Thatch

6980 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 25/02/2026 16:22

Nanmin no Shima

Le Den Den Mushi sonna trois fois avant qu'on décroche.

La voix d'Opale d'abord — professionnelle, prudente, avec cette façon qu'elle avait de ne jamais laisser paraître la surprise. Elle reconnut Sohalia immédiatement et transféra la communication sans un mot de trop. Deux secondes de silence. Puis Maiya.

« Sohalia. »

Juste son prénom. Mais dans ce prénom il y avait tout — le soulagement d'entendre sa voix, la tension des jours qui avaient précédé, quelque chose qui n'était pas encore de la peur mais qui en avait la direction.

« Maiya. » Sohalia ferma les yeux une seconde. « Tu vas bien ? »

« Je gère. » La formule habituelle, celle que Maiya utilisait depuis des mois pour dire je suis debout sans dire je vais bien. « Toi ? »

« Je rentre dans cinq jours. »

Un battement de silence. Puis, avec une retenue qui disait qu'elle se contrôlait :

« Cinq jours. Tu m'appelles maintenant parce que... »

« Parce que j'ai quelque chose à t'annoncer. Et je préférais que tu l'entendes de moi. »

Elle exposa le plan. Pas comme une décision déjà prise qu'on annonçait après coup — comme une conversation, avec les raisons dans l'ordre, l'espace pour les questions. Marco était assis derrière elle, légèrement à l'écart, les mains posées sur ses genoux. Il écoutait.

Maiya écouta elle aussi. Sans interrompre au début — Sohalia la connaissait assez pour savoir que ce silence-là n'était pas de l'assentiment mais de l'accumulation, qu'elle attendait d'avoir tout entendu avant de répondre. Quand Sohalia s'arrêta, il y eut une pause plus longue.

Puis Akihide prit la parole. Sa voix grave, mesurée, celle qu'il avait quand il évaluait une situation avant de se prononcer. Il posa des questions pratiques — sur la succession, sur le Conseil, sur les alliances extérieures, sur la façon dont on annoncerait la mort à ceux qui devaient l'apprendre. Des questions d'organisation, précises, sans affects.

Sohalia sentit Marco se raidir derrière elle. Imperceptiblement, mais réel — ce réflexe ancien qui remontait à Yosei no Toketsu, à des jours compliqués que tout le monde avait fait semblant de ne pas voir. Elle laissa glisser sa main le long de sa cuisse sans interrompre ce qu'elle répondait à Akihide. Elle sentit la tension se déposer légèrement sous ce contact. Puis ses lèvres trouvèrent le creux de son cou, un baiser bref sur sa clavicule, et il souffla doucement contre sa peau avant de se reprendre.

Elle répondit à chaque question d'Akihide avec la même précision qu'il les posait. Ils travaillaient bien ensemble, elle et lui — ils l'avaient toujours fait, avec cette efficacité de gens qui ne se perdent pas en nuances quand il y a du concret à régler.

Puis la voix de Maiya revint. Elle était différente maintenant — plus basse, moins administrative.

« Mais si tu meurs... »

Elle s'arrêta. Recommença.

« Si on fait croire que tu es morte. Tu ne pourras plus jamais revenir. Je ne te reverrai plus jamais. »

Sa voix avait cette particularité des voix qui essaient de rester stables et qui n'y arrivent pas tout à fait. Sohalia connaissait cette voix-là — Maiya l'avait depuis l'enfance, ce tremblement précis dans les graves quand elle retenait quelque chose.

Elle prit le temps qu'il fallait.

« C'est le contraire. »

Maiya ne répondit pas. Elle attendait.

« Si je reste la reine, je dois rester sur l'île. Gouverner, paraître, représenter. Je ne peux jamais vraiment partir — il y a toujours quelque chose qui me retient, une obligation, une apparence à tenir. » Sohalia regarda la table devant elle. « Si je suis morte, je suis libre. Personne ne me cherche. Personne n'attend mon retour. Je peux aller et venir sans que ça mette quiconque en danger. »

Un long silence.

« Tu as dit que tu reviendrais. » Maiya accrochait à ce mot, Sohalia l'entendait. « Mais si tu es morte, comment... »

« Toi, tu seras reine. Tu auras accès aux rapports des espions — aux vraies communications, pas aux officielles. On établira un canal entre nous, quelque chose que personne d'autre ne connaîtra. Tu auras de mes nouvelles. On trouvera des façons de se voir. »

« Ce n'est pas pareil. »

« Non. » Sohalia ne chercha pas à atténuer ça. « Ce n'est pas pareil. Ce n'est pas ce que j'aurais voulu non plus. Mais c'est ce qui me permet d'être encore là dans dix ans. De ne pas disparaître vraiment. »

Silence. Sohalia attendit — elle connaissait ce silence là, Maiya qui pesait quelque chose, qui cherchait la frontière entre ce qu'elle voulait et ce qu'elle pouvait obtenir.

Finalement :

« D'accord. »

Deux mots, secs, avec toute la résistance qui reste dedans quand on accepte quelque chose qu'on n'a pas choisi.

« Mais quand tu rentres, on discute des détails. Tout. Je veux tout comprendre. Je veux qu'on prévoit tout ensemble. »

« Tout. »

« Et quelqu'un viendra te chercher. Près des tombes. Au crépuscule. Dans cinq jours. »

« J'y serai. »

Akihide reprit brièvement pour confirmer qu'il organiserait le transport. Puis la ligne se coupa avec ce petit claquement humide propre aux Den Den Mushi qui raccrochent.

Le silence de la chambre revint, différent du silence d'avant l'appel. Sohalia posa le coquillage sur le bureau et resta immobile quelques secondes, les mains à plat sur ses cuisses. Marco lui posa la main dans le dos — juste ça, sans rien dire. Ce contact qui disait il est fait, maintenant ça existe, et on continue.

Elle se retourna vers lui.

Il y avait dans son expression quelque chose d'intérieur — pas de l'hésitation, quelque chose de plus lent, l'aspect de quelqu'un qui a retourné une idée longtemps dans le silence et qui est prêt à la sortir.

« Ton plan m'en a donné un autre. »

Elle attendit.

« Un an. » Il la regarda. « C'est le temps que je nous donne. Remettre l'équipage en forme. Trouver un navire digne de ce nom. Des armes, des recrues. Et ensuite on part chercher Barbe Noire. »

Il avait dit Barbe Noire. Pas Teach — Barbe Noire. Elle nota le changement, ce qu'il signifiait, le fait qu'il avait déjà commencé quelque part à séparer les deux.

Elle croisa les bras.

« Marco. »

Il attendit.

« Le pouvoir de Teach n'a pas de limite qu'on connaisse. Il a pris celui de Père — le fruit le plus puissant qui ait jamais existé. Dans un an, il aura eu le temps de le maîtriser. De l'intégrer complètement. Peut-être d'en prendre d'autres si quelqu'un d'assez puissant croise son chemin. » Elle ne cherchait pas à être dure — elle cherchait à être exacte. « On ne se bat pas contre quelqu'un qui grandit plus vite qu'on ne récupère. »

« Il a eu du mal à combattre Père. » La voix de Marco était calme, posée, celle qu'il avait quand il argumentait depuis un endroit solide. « Père à l'article de la mort. Entouré d'ennemis. Avec de l'aide — il n'était pas seul. Il n'est pas invincible. »

« Il était suffisamment puissant pour gagner quand même. »

« Pour gagner une bataille dans des conditions particulières, oui. » Marco ne détourna pas les yeux. « Ça ne signifie pas qu'il est imbattable avec les bonnes conditions de notre côté. »

Sohalia le regarda. Elle pensait à ce qu'elle avait vu à Marineford — à la façon dont Teach s'était battu, à ce que les deux fruits ensemble donnaient comme puissance brute, à tout ce qu'on ne savait pas encore de ce qu'il était devenu depuis. Elle pensait aussi à Saber, la veille, qui disait si les commandants décident de ne rien faire, je pars. À la deuxième division. À ce que ça coûtait à un équipage de ne pas avoir de direction après une perte de cette ampleur.

« Et si on perd ? »

« On arrête. Ce sera le signe qu'on n'est pas ceux qui peuvent le battre. »

Elle secoua légèrement la tête.

« Tu sais très bien que perdre contre lui ne ressemble pas à perdre une bataille ordinaire. Il y aura des morts. »

« Oui. »

Sa voix ne changea pas. Il ne chercha pas à minimiser ça, à trouver une formulation qui rendrait la chose plus acceptable. Il la laissait exister — cette réalité que tout le monde dans cet équipage connaissait et que personne ne se disait à voix haute.

« Tout le monde le sait, » ajouta-t-il. « Personne ne se fait d'illusion. »

Sohalia resta silencieuse un moment. Ce n'était pas une réponse qui résolvait quoi que ce soit — il ne prétendait pas que les pertes pouvaient être évitées, qu'un plan parfait existait, que dans un an les probabilités seraient clairement de leur côté. Il disait juste que le devoir de protéger ce qui restait valait le risque. Que rester immobiles n'était pas une option neutre — ça avait son propre coût, ses propres pertes, d'une autre nature.

Elle pensait à Marineford. À l'équipage. À la façon dont certains hommes n'existaient que dans le mouvement — qu'immobiles, sans direction, ils se défaisaient lentement.

Elle pensa à ce qu'elle avait promis, un peu plus tôt dans la nuit : je serai là.

« D'accord, » dit-elle enfin. « Je soutiens ta décision. Et je serai là. »

Marco se tendit légèrement — une réaction brève, presque invisible, quelque chose entre le soulagement et la pleine conscience de ce qu'elle venait de promettre. Pas une surprise, pas un soulagement naïf. Quelque chose de plus lourd et de plus réel.

Il ne dit rien. Il la regarda, et dans ses yeux il y avait tout ce qu'il n'allait pas mettre en mots — la gratitude, le poids de ça, ce que ce soutien-là représentait venant d'elle.

Il l'embrassa. Bref, précis, le genre qui dit j'entends ce que tu viens de faire. Puis il souffla contre ses lèvres. Et les heures suivantes appartinrent à eux seuls.


Elle trouva Hogo tôt, avant que la division ne soit debout.

Dans le couloir encore dans la lumière grise du matin, debout l'un en face de l'autre, les bruits du camp encore endormis. Elle lui dit ce qu'elle avait à dire directement : son départ dans cinq jours, Hogo à sa tête, les cinq jours qui restaient pour lui transmettre ce qu'elle pouvait transmettre.

Il écouta avec cette façon d'intégrer sans interrompre, le regard posé, attentif jusqu'au fond. Quand elle s'arrêta, il ne répondit pas immédiatement — il y avait ce moment de vérification interne, quelqu'un qui évalue la charge avant de confirmer qu'il peut la porter.

« D'accord. »

Sur Aki, elle fut précise. Sa place dans la division avait été décidée, et elle ne se remettrait pas en question à chaque tension nouvelle. Kan et Dom avaient compris. Les autres suivraient si Hogo était clair et constant sur le sujet. Et si Saber ou quelqu'un de la deuxième division cherchait des problèmes au-delà de ce qui était raisonnable, il lui en parlerait avant d'agir.

Ils travaillèrent ensemble jusqu'au milieu de la matinée. Hogo posait des questions précises — sur les décisions de routine, sur ce qui remontait aux commandants et ce qui ne le méritait pas, sur les tensions à désamorcer avant qu'elles deviennent des incidents. Elle répondit à tout. Elle vit, à la façon dont il reformulait certaines de ses réponses avant de les noter, qu'il avait déjà réfléchi à tout ça — qu'il ne découvrait pas, il confirmait.

L'annonce à la quatrième division eut lieu en fin de matinée.

Les hommes s'étaient rassemblés dans la cour du camp avec cette vigilance tacite de gens qui savent qu'une annonce importante vient mais pas encore laquelle. Sohalia était arrivée avec Hogo, et les regards s'étaient posés sur eux deux ensemble — les petits calculs silencieux, les prémices d'une compréhension.

Puis Marco était entré par le côté de la cour.

Elle ne l'avait pas su à l'avance. Elle le vit s'arrêter en retrait, les bras croisés, avec cette façon qu'il avait d'occuper un espace sans s'en emparer. Kan regarda dans sa direction, puis vers Sohalia, puis vers Marco à nouveau. Hayate se redressa légèrement. Même Dom, depuis sa chaise transportée jusqu'ici pour l'occasion, eut un mouvement imperceptible — cette façon de comprendre que ce qui allait être dit comptait assez pour que le premier commandant de l'équipage soit là.

Sohalia fit l'annonce. Son départ dans cinq jours. Les raisons sans les détailler entièrement — ses responsabilités sur son île, ce qu'elle ne pouvait plus différer. Hogo comme remplaçant à sa tête de la quatrième.

La réaction fut ce qu'elle avait attendu — pas de l'effondrement, quelque chose de plus contenu et plus lourd. Des visages qui ne bougeaient pas trop vite. Hayate qui regardait ses mains. Kan qui serrait les mâchoires avec cette façon qu'il avait de retenir les choses physiquement. Quelques-uns qui échangeaient un regard rapide avec leur voisin, ce réflexe qu'on a quand une mauvaise nouvelle cherche une confirmation.

Genjiro demanda si elle reviendrait. Elle dit oui, aussi souvent que possible. Il hocha la tête sans paraître entièrement convaincu, ce qui était honnête.

Ritsu ne dit rien. Elle regardait Sohalia avec l'expression de quelqu'un qui avait déjà su ou presque, et qui recevait la confirmation avec la résignation tranquille de quelqu'un qui n'a pas l'habitude de contester ce qui est inévitable.

Dom s'avança. Il s'arrêta devant elle, lui tendit la main, et quand elle la prit il la serra longuement — juste ça, avec les yeux qui disaient ce que la mâchoire trop serrée n'aurait pas laissé sortir proprement.

Elle lui rendit cette pression.

Marco prit la parole après elle — brièvement, pour dire que la décision avait son appui complet et que Hogo avait le sien. Ce n'était pas long. Mais venant de lui, dans cette cour, ça avait le poids d'une garantie — les hommes l'entendirent comme telle.


Izo fut le premier à réagir.

Marco n'avait pas encore fini d'annoncer le départ de Sohalia qu'Izo leva les yeux de sa tasse avec une expression de curiosité délibérément légère.

« Du coup, vous vous mariez avant ? »

Sohalia posa son verre sur la table avec le calme de quelqu'un qui avait une réponse sans avoir su à quelle question.

« Si tu tiens tant que ça à voir une robe de mariée, tu n'as qu'à la porter. »

La table rit. Namur renversa presque son café. Haruta s'étrangla. Vista eut ce sourire qu'il réservait aux moments où il trouvait quelque chose drôle mais ne voulait pas l'admettre. Blamenco poussa Jozu du coude.

Izo inclina la tête avec une grâce parfaite.

« J'y réfléchis. »

« Ne me donne pas de faux espoirs. »

Fossa grogna quelque chose qui ressemblait à une proposition de date. Vista suggéra, avec un sérieux imperturbable, qu'Izo serait magnifique en blanc. Haruta demanda qui paierait le banquet. Namur sortit de sa poche un stylo et mima l'acte de noter une commande, ce qui relança tout.

Le rire dura quelques secondes de plus qu'il n'aurait dû — un rire qui avait besoin d'exister, qui couvrait quelque chose de plus difficile. Puis Vista posa les mains sur la table et la salle revint à elle-même.

Les questions qui suivirent étaient sincères. Combien de temps ? Est-ce qu'elle reviendrait ? Hogo était-il prêt ? Sohalia répondit à tout, avec précision, sans dramatiser. Hogo connaissait la division. Il avait son instinct et sa façon de comprendre les hommes. Elle formerait ce qui lui manquait encore pendant les cinq jours qui restaient.

Atmos, qui n'avait pas parlé depuis le début de la réunion, leva les yeux vers elle. Il la regarda longuement, avec ce quelque chose dans les yeux qui n'était plus fermé depuis quelques jours. Puis il hocha la tête. Une fois. C'était sa façon d'approuver, et dans sa bouche valait n'importe quel discours.

Fossa grogna quelque chose d'indistinct qui ressemblait à de la désapprobation mais qui avait, si on l'écoutait de biais, toutes les caractéristiques de l'inquiétude.

Marco attendit que les questions sur le départ de Sohalia soient épuisées. Puis il prit la parole.

Il commença à parler de Teach. Il avait dit deux mots — le plan, dans un an — quand il s'arrêta.

Un silence court. Pas de l'hésitation — une décision prise dans l'instant, visible sur son visage à qui le connaissait.

« Barbe Noire. »

Plusieurs têtes se tournèrent.

Il continua, la voix égale.

« Teach est mort le jour où il a trahi cet équipage. L'homme qu'on va affronter dans un an, c'est Barbe Noire. On ne le connaît pas vraiment — on ne sait pas ce qu'il est devenu depuis qu'il a pris le fruit de Père, comment il pense, ce qu'il prépare. C'est un ennemi nouveau. Il mérite qu'on le traite comme tel, pas comme quelqu'un qu'on croyait connaître. »

Le silence qui suivit était de la texture des silences qui font travailler.

Atmos hocha la tête — le premier, avant les autres, comme si ce changement de nom lui avait dit quelque chose de précis sur ce qu'on leur demandait de faire, sur l'état d'esprit qu'il faudrait pour aller jusqu'au bout.

Puis les autres, progressivement.

Marco exposa le reste : un an pour reconstruire, recruter, se préparer. Un navire. Des armes. Puis partir.

Vista posa des questions sur les ressources disponibles. Jozu sur l'état des alliances après Marineford. Namur sur comment tenir le moral pendant une année d'attente. Ce n'était pas de la résistance — c'était de la rigueur, et Marco répondit avec la même rigueur, sans promettre ce qu'il ne savait pas encore, en nommant les inconnues sans les minimiser.

Quelques commandants étaient sceptiques. Ça aussi méritait d'exister.

À la fin, Marco fit le tour de la table.

« Tout le monde est d'accord ? »

Une à une, les têtes hochèrent.

« Et Sohalia ? » lança Haruta depuis l'autre bout.

Toutes les têtes se tournèrent vers elle. Elle sentit le poids de ce regard collectif — pas de la pression, quelque chose de plus réel, l'attente sincère de personnes qui voulaient savoir.

« Je serai là. »

La phrase tomba simplement. Dans cette pièce, avec ce qu'elle contenait — la promesse, les cinq jours, ce qu'elle laissait et ce à quoi elle avait décidé de revenir — elle avait la densité d'une signature.

Haruta sourit. Ce fut Blamenco qui proposa le banquet, avec son pragmatisme habituel, comme si célébrer était aussi naturel que respirer. Personne ne trouva de raison de refuser.


Elle cherchait Ritsu depuis le début d'après-midi.

Ce fut la dernière place qu'elle pensa à regarder — l'infirmerie, vide pour une fois, dans la lumière de fin de journée avec ses volets à demi fermés. La plupart des blessés graves avaient commencé à récupérer, et les lits libres donnaient à la pièce une qualité différente, presque paisible.

Ritsu était assise sur un lit au fond, un livre ouvert sur les genoux qu'elle ne lisait pas vraiment. Sa main gauche était posée dans les cheveux de Yori endormi contre sa cuisse — un geste distrait, régulier, la main qui agit par elle-même.

Sohalia s'arrêta dans l'encadrement.

« J'ai enfin réussi à le convaincre de faire une sieste, » murmura Ritsu sans lever les yeux.

Elle avait entendu les pas. Elle savait toujours.

Sohalia entra doucement et s'installa sur le lit d'en face.

« Il n'a pas arrêté depuis Marineford. »

Ritsu tourna une page sans la lire.

« Non. »

Yori dormait avec le visage de quelqu'un qui n'a pas dormi depuis longtemps — ce sommeil qui descend trop vite et trop profond, les traits déposés, les mains légèrement ouvertes. Sohalia l'avait admiré depuis des mois, sa compétence, sa façon de ne pas vaciller même quand les blessés arrivaient par dizaines, la précision qu'aucune fatigue ne semblait entamer. Ce que Marineford avait fait de cette admiration là, c'était quelque chose de plus — un respect qui n'avait plus besoin de se vérifier, une confiance qui allait jusqu'au fond.

Elle se souvint de ce qu'il lui avait confessé, quelques semaines avant Marineford — des sentiments qui commençaient, posés là avec la gêne particulière de quelqu'un qui n'avait pas l'habitude de dire ces choses là. Elle avait reçu ça avec soin et n'en avait rien fait. Ce n'était pas son histoire.

Elle regarda Ritsu qui caressait les cheveux de Yori avec sa main distraite, les yeux perdus sur une page qu'elle ne lisait toujours pas.

Elle ne dit rien. Elle pensa juste que Yori méritait cette douceur là, et que Ritsu méritait de la donner à quelqu'un — que ces deux choses méritaient l'une l'autre, peut-être, dans leur propre temps et à leur propre façon.

Elles restèrent là un moment dans le silence calme de l'infirmerie vide. Les bruits du camp entraient à peine par les volets. Ce silence avait la qualité des silences entre gens qui n'ont pas besoin de parler pour être ensemble — une qualité rare, qu'on ne fabriquait pas, qu'on trouvait ou qu'on ne trouvait pas.


Le banquet avait commencé depuis deux heures quand Sohalia prit sa décision.

Elle était assise à côté de Jozu depuis un long moment — plus long qu'ailleurs, plus long qu'avec n'importe qui d'autre ce soir-là. Il s'était tenu à l'écart du banquet, légèrement en retrait, avec cette façon que certains hommes avaient de se retirer quand ils se sentaient diminués, comme si leur présence dans l'espace commun demandait désormais d'être justifiée autrement que par ce qu'ils avaient été.

Elle s'était assise là sans chercher à remplir le silence. Elle avait attendu.

Il avait parlé au bout d'un moment, les yeux sur l'équipage devant eux.

« Je t'ai vue. » Sa voix avait la texture du granit, lente et sans bord. « Tenir la ligne de retraite. Protéger Ace après son dernier souffle. T'épuiser à veiller des morts et des blessés. »

Il s'arrêta.

« Yori m'a dit ce que tu as fait pendant que j'étais inconscient. Tu as pris soin de moi. »

Elle ouvrit la bouche.

« Ne t'excuse pas. »

Il ne la regardait pas encore. Il regardait toujours l'équipage.

« Merci d'avoir tenu tête à Père et à Marco. D'avoir été là. » Une pause. « Si tu n'avais pas été, ça aurait été bien plus horrible encore. »

Elle posa la tête sur son épaule. Ils restèrent comme ça un moment, sans rien ajouter, à regarder les gens autour d'eux vivre et boire et rire.

C'est là qu'elle sut.

Elle ne voulait pas que cet équipage reste soudé par une vengeance. Elle voulait que ce soit l'amour — cet amour précis, abîmé, incompletement réparable, l'amour d'une famille qui avait traversé l'impossible — qui continue de les lier. Et elle avait dans sa chambre une boîte en métal qui contenait peut-être le moyen d'y arriver.

Elle fit signe à Aki depuis l'autre bout du banquet.

Il vit, croisa son regard, s'approcha sans se presser.

« Dans ma chambre, » murmura-t-elle. « Sur la table de nuit, il y a une boîte en métal. Ramène-la. Et ramène un Escarméra. »

Un clin d'œil.

« Discret. »

Aki repartit. Jozu la dévisagea avec l'expression de quelqu'un qui sait qu'il se trame quelque chose et qui attend de voir. Elle lui sourit — ce sourire qu'elle réservait aux moments où la réponse était meilleure que l'annonce. Il la regarda longuement. Et puis, avec quelque chose d'adouci dans cette voix de roche :

« Je n'avais jamais fait attention. Tu as la même façon de sourire que Thatch. »

Elle sentit quelque chose se déposer dans sa poitrine — une douce chaleur

« Vous m'avez élevée. J'ai hérité d'un peu de chacun de vous dans ma façon d'être. »

Aki revint avec la boîte et l'Escarméra. Il installa l'appareil discrètement pendant que l'équipage continuait de manger et de boire. Quelques curieux commençaient à se tourner vers lui quand Dom, depuis son banc, remarqua ce qui se préparait et s'arrêta au milieu d'une phrase.

Dom qui se taisait brusquement attira l'attention. Plusieurs regards se tournèrent. L'Escarméra projetait maintenant sa lumière sur le mur blanchi.

« Commandante, si c'est un film de tes exploits avec le commandant Marco, on s'en passera, » lança Dom avec l'aplomb de quelqu'un qui avait calculé exactement jusqu'où il pouvait pousser.

Un coup de pied enflammé — bleu, précis, court — l'envoya trois centimètres en arrière sur son banc. Il émit un son peu digne. L'équipage rit.

Sohalia prit la première photo et la plaça devant la lentille.

La photo occupa tout le mur.

Une dizaine de pirates maquillés, endormis sur le pont du Moby Dick dans une lumière d'été. Marco adossé au mât principal avec des sourcils d'un vert improbable, des taches de rousseur roses sur les joues, un petit papillon violet sur le nez et des flammes rouges sur le front — un hommage, apparemment, à son fruit du démon. Curiel avec une moustache bouclée aristocratique et des étoiles dorées autour des yeux. Fossa avec des lèvres d'un rouge écarlate particulièrement vif, du fard sur les joues, et une moustache recourbée aux extrémités digne d'un tableau du dix-huitième siècle. Et dans le coin droit du cadre, à peine visible, la trousse en rose d'une infirmière complice posée sur le bastingage.

Le silence dura exactement une seconde.

Puis Curiel hurla.

« SOHALIA ! »

Ce fut immédiatement suivi de Kingdew, de Fossa qui se leva à moitié en écartant les bras avec l'expression de quelqu'un qui ne peut pas croire ce qu'il voit, de membres de leurs divisions qui se penchaient en avant pour mieux distinguer les détails.

« Ça vous va remarquablement bien, le rouge, commandant Fossa. »

« C'est du grand art, vraiment. »

« Qui a fait les sourcils de Marco ? »

« Les flammes. C'est le fruit, c'est ça ? Quelle attention aux détails. »

Marco regardait la photo avec une expression difficile à déchiffrer — entre la résignation et quelque chose qu'il ne cherchait pas particulièrement à cacher.

« Sept ans. Elle avait sept ans. »

« C'est un talent précoce, » observa Haruta.

Sohalia prit la deuxième photo.

Celle-là, c'était elle.

Le visage entièrement recouvert d'une couche de peinture blanche si épaisse qu'on ne voyait plus rien du teint d'origine. Le nez d'un bordeaux brillant qui captait la lumière. Les cheveux — normalement d'un blond doré — transformés en masse rouge écarlate frisée dans tous les sens grâce à un produit dont personne n'avait jamais voulu révéler la composition exacte, et qui, au moment de la photo, dégageait d'après tous les témoins une odeur très prononcée de sauce tomate. Sur les joues, des formes géométriques dans toutes les couleurs imaginables — triangles bleus, carrés jaunes, cercles verts. Et sur le front, en lettres noires au marqueur indélébile, impossibles à ignorer et plus longues à partir qu'on ne l'aurait cru : QUI S'Y FROTTE, S'Y PIQUE.

La fillette sur la photo marchait la tête haute malgré tout.

L'équipage s'effondra.

Ce n'était pas le rire poli des occasions de groupe — c'était le vrai, celui qui partait du ventre, qui ne s'arrêtait pas tout de suite, qui se relançait chaque fois que le regard retombait sur l'image. Haruta tenait ses côtes. Namur s'appuyait sur l'épaule de son voisin. Même Vista avait abandonné toute prétention à la dignité. Blamenco était rouge. Jozu, à côté de Sohalia, rit pour la première fois depuis des semaines — un son bref, rauque, comme quelque chose qui avait eu du mal à sortir mais qui était sorti quand même.

« La sauce tomate, » réussit à articuler Izo entre deux respirations. « Ça m'est revenu. L'odeur. »

« On l'a sentie pendant trois jours, » confirma Vista.

« Quatre, » corrigea Curiel. « On a senti la sauce tomate pendant quatre jours. »

Sohalia attendit que ça se dépose légèrement. Puis elle continua.

Les photos défilèrent. La boîte que Thatch avait cachée contenait des années — des instants dont certains dans la salle se souvenaient et d'autres non, des moments que personne n'avait su qu'il immortalisait. Il y avait une photo d'une tempête traversée à contre-courant avec la barre tenue à huit mains. Une photo d'un repas de fête raté magnifiquement et mangé quand même dans la bonne humeur. Une photo de Barbe Blanche qui dormait sur son trône avec une petite forme blonde recroquevillée en boule à ses pieds. Une photo d'Ace à dix-sept ans qui regardait l'horizon avec cet air qu'il avait, ce mélange de défi et de quelque chose de plus vulnérable qu'on ne voyait que de loin.

Les commandants commencèrent à prendre la parole — pas tous ensemble, l'un après l'autre, naturellement, comme ça arrive quand une histoire en appelle une autre. Vista raconta le contexte d'une photo de navigation. Izo expliqua, avec une précision cruelle et affectueuse, les circonstances d'un pari que Blamenco avait perdu et dont il n'avait jamais entièrement accepté les termes. Haruta fouilla dans sa mémoire pour retrouver le nom d'une île, se trompant deux fois sous les corrections bruyantes de ceux qui s'en souvenaient. Namur raconta une anecdote sur Ace que la moitié de la salle n'avait jamais entendue et qui fit rire l'autre moitié pour des raisons différentes.

Sohalia les écoutait. Du coin de l'œil, elle regardait Marco.

Il regardait l'équipage — ses frères qui racontaient, qui riaient, qui se disputaient les détails d'un souvenir. Et il souriait. Pas le sourire de façade qu'il avait sorti à certains moments depuis Marineford. Quelque chose de réel, de déposé, qui venait d'un endroit qu'il n'avait pas montré depuis longtemps. Il croisa son regard et lui fit un clin d'œil — et elle comprit dans ce geste qu'il savait exactement ce qu'elle était en train de faire et pourquoi.

Elle aperçut Aki sourire — pas largement, quelque chose de plus sobre, mais réel. Elle entendit le rire de Ritsu, bref et clair, à une photo de cuisine catastrophique. Atmos et Jozu souriaient côte à côte, et Jozu tapait de sa main valide sur le genou d'Atmos à quelque chose qu'elle n'entendait pas.

Elle laissa un silence s'installer après la dernière photo. Puis elle se leva.

« Blamenco a trouvé cette boîte dans les décombres. » Sa voix portait sans effort dans l'entrepôt. « Thatch avait caché ces moments. Tous. Depuis des années. »

Elle regarda la boîte ouverte sur la table devant elle.

« Je pense qu'il savait ce qu'il faisait. »

Elle prit son verre et le leva vers le ciel. Autour d'elle, des pirates assis commencèrent à se lever, comprenant ce qui venait — un par un, puis par groupes, jusqu'à ce que presque tout le monde soit debout.

« Merci à Thatch. Pour avoir gardé ces moments pour qu'on puisse les partager ensemble. »

Vista se leva, son verre à la hauteur des yeux.

« Merci à Sohalia. Pour son imagination débordante quand elle était enfant. »

Des rires, et Curiel qui grognait quelque chose sur ses sourcils.

Saber s'avança.

Ce n'était pas quelqu'un qui prenait facilement la parole dans les moments comme celui-là — Sohalia le voyait dans sa façon de se déplacer vers l'avant, la choppe tenue légèrement trop fort, les épaules avec cette raideur de quelqu'un qui fait quelque chose qui ne lui est pas naturel et qui le fait quand même.

« Merci au commandant Ace. »

Sa voix était un peu plus rauque qu'à l'ordinaire, ce qui ne lui ressemblait pas.

« Pour nous avoir entraînés dans l'aventure la plus dingue de notre vie. »

La deuxième division répondit à ça avec quelque chose dans les yeux qui ressemblait à de la gratitude — qu'il ait dit ce qu'ils pensaient tous, qu'il l'ait dit à voix haute dans cet espace partagé.

Yori se leva. Il chercha Itsuki du regard — l'ancien médecin en chef, présent ce soir-là dans l'assemblée pour la première fois depuis longtemps.

« Merci à Lady. » Sa voix était posée, avec juste en dessous quelque chose de plus tenu. « D'avoir si bien formé les infirmières qui lui ont succédé. Elles ont laissé des réserves médicales si bien organisées qu'elles nous ont permis de sauver beaucoup d'entre vous. »

Itsuki accueillit cela avec les yeux embués de quelqu'un qui avait appris à accepter ce genre de chose sans jamais réussir à s'y habituer. À côté de lui, Yori lui posa brièvement la main sur l'épaule, et cet échange là dit quelque chose que ni l'un ni l'autre n'aurait mis en mots.

Ritsu se leva.

Ça surprit plus d'un — un silence différent des précédents, légèrement crispé, l'attention collective qui se rassemble quand quelqu'un fait quelque chose d'inattendu. Elle n'était pas quelqu'un qui se levait dans les moments collectifs, qui prenait la parole dans les espaces de groupe. Elle était debout quand même, et dans la façon dont elle se tenait il y avait la décision visible de quelqu'un qui avait décidé de faire quelque chose de difficile et qui s'y tient.

« Merci à Ace. »

Elle marqua une pause.

« Pour avoir foutu ma vie en l'air. Et pour m'avoir sauvé. »

Un autre arrêt. Dans cet arrêt-là il y avait tout ce qui ne pouvait pas être mis en mots simplement — tout le chemin depuis une ruelle de Sabaody jusqu'à cette salle ce soir, tout ce que ça avait demandé de traverser pour pouvoir se lever et dire ces mots-là.

« Merci à Yori. À Marco. À Vista. À Izo. À Père. À Thatch. »

Elle s'arrêta encore.

« Merci à vous. De m'avoir donné de nouvelles raisons de vivre. »

Le silence qui suivit n'était pas vide. C'était le silence de gens qui retenaient quelque chose pour ne pas le perdre en le laissant sortir trop vite.

Sohalia pleurait silencieusement. Elle ne l'aurait pas su elle-même si elle n'avait pas senti l'humidité sur ses joues. Elle gardait son sourire. Elle était là complètement, elle écoutait, elle recevait chaque mot avec tout ce qu'il portait. Les larmes venaient quand même — doucement, parce que ce moment était précieux et que le savoir ne permettait pas de s'en protéger entièrement.

Aki se leva.

Ça surprit encore plus que Ritsu — un silence différent, plus tendu, l'attention collective avec quelque chose d'incertain dedans, la façon dont on observe quelqu'un dont on ne sait pas encore tout à fait quoi attendre.

Il ne regarda personne en particulier. Il tenait son verre des deux mains.

« Merci à la quatrième division. »

Il s'arrêta. Il laissa ça exister seul un moment.

« Merci au commandant Thatch pour ses défis idiots. »

Une ou deux personnes rirent — brièvement, à la façon dont le mot idiot sonnait dans cette bouche-là et ce soir-là, avec l'affection qui passait dedans malgré lui.

« Et merci à Hiroshi. »

Sa voix ne tremblait pas. Elle portait quelque chose, mais elle ne tremblait pas.

« D'avoir protégé notre commandante de sa vie. »

Il se rassit.

Kan posa la main sur son épaule — une tape, ferme, pas douce, mais qui disait exactement ce qu'elle voulait dire. Dom reniflait à l'autre bout du banc d'une façon peu élégante et acquiesçait avec une énergie légèrement excessive, ce qui dans son registre émotionnel habituel constituait quelque chose de proche de l'effondrement.

Les paroles continuèrent. Il y eut un mot pour chacun de ceux qui n'étaient plus là — certains dits par plusieurs voix, certains dits par une seule qui tremblait un peu, certains dits dans un silence que personne ne remplit parce que les mots ne suffisaient pas. La salle se remplissait d'une façon particulière, pas de bruit, de présence — les absents qui revenaient dans les histoires, les noms qui reprenaient leur poids quand on les prononçait avec soin.

Marco fut le dernier.

Il se leva lentement. Il tenait son verre, et ses yeux n'étaient pas entièrement secs — il ne cherchait pas à le cacher, pas ce soir-là. Son sourire était fier, et sous la fierté il y avait quelque chose d'autre, quelque chose qui n'avait pas de nom simple mais qu'on reconnaissait à l'endroit où ça faisait mal dans la poitrine.

« Merci à toi, Pops. »

Un temps.

« C'est grâce à toi que cette famille de brigands, de voleurs, de tarés est réunie. »

L'équipage leva son verre.

Sohalia essuya ses larmes discrètement.

Elle ne vit pas Atmos s'approcher — il arriva dans son dos, et tout ce qu'elle sut c'est qu'une paire de bras l'entoura. Une étreinte brève, ferme, le genre qu'on donne quand on n'a pas l'habitude d'en donner et qu'on en donne quand même parce que le moment l'exige.

Il souffla contre son oreille, assez bas pour qu'elle seule l'entende :

« Je suis fier de toi. »

Sohalia resta immobile une seconde. Puis elle posa les mains sur ses avant-bras et les serra — elle n'avait pas d'autres mots, il n'en avait pas besoin d'autres non plus.

Ce geste d'Atmos — d'Atmos qui depuis Doflamingo ne touchait plus grand-monde, d'Atmos qui portait quelque chose de fermé depuis des semaines et qui avait commencé, depuis quelques jours, à laisser s'entrouvrir — la chamboula d'une façon qu'elle n'avait pas anticipée. Elle resta dans ses bras quelques secondes de plus qu'elle ne l'aurait prévu. Il le permit.


Marco observait depuis un moment.

Il s'était mis légèrement à l'écart — pas loin, juste assez pour voir sans réellement participer. L'équipage gravitait autour de Sohalia. Pas tous ensemble, un par un ou par deux — des pirates qui s'approchaient pour la prendre dans leurs bras, pour lui dire quelque chose à voix basse, pour lui serrer l'épaule en passant. Elle recevait chacun avec la même présence entière. Elle ne distribuait pas son attention, elle la donnait complètement, et la personne qui était devant elle pendant ces trente secondes était la seule personne qui existait.

C'était une façon d'être dans le monde. Il l'avait vue faire ça depuis des années sans avoir tout à fait su le nommer.

Izo le rejoignit. Il arriva sans bruit, bu distraitement, et regarda la même chose. Ils restèrent là côte à côte un moment dans le silence du banquet qui continuait autour d'eux.

Un vieux pirate — celui qui s'occupait de la logistique depuis des années, qui avait pris sa retraite des combats avant Marineford et que certains des plus jeunes n'avaient jamais vu se battre — parlait à quelques recrues. Il leur désignait Sohalia au loin. Marco n'entendit pas tout. Mais il entendit comment il l'appelait.

La commandante.

Pas Lia-chan. Pas Sohalia-chan. La commandante — dit naturellement, sans y penser, le titre qui s'était installé dans la façon dont cet homme la voyait sans qu'il sache lui-même quand ça avait changé.

Izo entendit aussi. Marco le vit à la façon dont il s'arrêta de boire, imperceptiblement, la tasse à mi-chemin.

Ils ne se regardèrent pas. Ils continuèrent de regarder l'équipage, côte à côte, avec cette réalisation qui prenait sa place entre eux dans le silence. Ce n'était pas arrivé d'un coup — ça s'était construit au fil des mois, peut-être des années, par strates successives que ni l'un ni l'autre n'avait vues s'accumuler. La fillette blonde qui maquillait les pirates endormis. La gamine qui cachait une souris dans sa poche et courait partout sur le Moby Dick. La jeune femme qui était partie et revenue différente, plus dure et plus réelle. Et maintenant ça — cette présence que l'équipage reconnaissait sans l'avoir formulée, ce titre qui sortait naturellement d'une bouche de vieux pirate sans qu'il mesure ce qu'il était en train de dire.

Lia-chan était encore là quelque part, dans la mémoire de tout le monde. Mais quelque chose d'autre existait maintenant par-dessus, quelque chose qui avait sa propre épaisseur.

Izo sourit. Un sourire un peu triste et un peu fier, le genre qu'on a devant les choses qu'on ne peut pas arrêter et qu'on ne voudrait pas arrêter non plus.

« Elle restera cette gamine hyperactive dans ma mémoire. »

Marco sourit aussi. Il ne dit rien. Le bruit du banquet continuait autour d'eux — les rires, les voix, le son de quelqu'un qui renversait quelque chose et la protestation qui suivait. La vie ordinaire et précieuse d'un équipage qui se rappelait qu'il était encore là.

Izo se redressa, prit son verre, et repartit vers sa division. Il lança par-dessus son épaule, avec le ton de quelqu'un qui dit une chose vraie sans s'y attarder :

« Elle est forte, ta nana. »

Marco ne répondit pas.

Il regarda Sohalia de loin — elle riait maintenant avec Haruta et Namur de quelque chose qu'il n'entendait pas, et son rire portait dans le bruit du banquet avec cette façon d'être entièrement réel.

Il sourit.

— À suivre —

Publié : 25/02/2026


Si vous aviez trouvé la boîte de Thatch, quelle photo vous aurait le plus fait rire ou pleurer ?

Après avoir vu l'équipage se souvenir et rire ensemble, quel moment vous a le plus touché ?

Entre mémoire, promesse et futur incertain… quel personnage vous inspire le plus ce soir-là ?

Laisser un commentaire ?