Sad Song
Avertissement : Ce chapitre contient des scènes de pensées suicidaires, ainsi qu'une tentative. La lecture est déconseillée aux personnes sensibles ou mineures.
Ritsu se réveilla dans un moment de clarté parfaite.
Pas de brume. Pas de dissociation. Pas de fuite dans les recoins sûrs de son esprit où la réalité ne pouvait pas l'atteindre. Juste une conscience aiguë et terrible de tout — où elle était, ce qui lui était arrivé, ce qu'elle était devenue.
L'infirmerie était silencieuse. Tachi était sortie quelques minutes plus tôt, murmurant quelque chose sur aller chercher de la nourriture. La porte s'était refermée avec un petit clic qui avait résonné dans le silence comme un coup de feu. Et maintenant Ritsu était seule avec ses pensées pour la première fois depuis son réveil.
Elle aurait préféré ne pas l'être.
Elle resta allongée, fixant le plafond de bois au-dessus d'elle. Les planches étaient usées, marquées par des années en mer. Elle pouvait voir les veines du bois, les nœuds sombres, les petites imperfections qui donnaient du caractère. C'était étrange comme le cerveau se concentrait sur ces détails insignifiants quand il essayait d'éviter de penser à des choses plus importantes. Plus horribles.
Mais elle ne pouvait plus éviter. Pas maintenant.
Sa main gauche bougea lentement, presque par volonté propre, vers sa gorge. Ses doigts tracèrent la cicatrice — épaisse, irrégulière, horrible. Elle suivit toute sa longueur, sentant où la peau s'était recousue maladroitement, où les points de suture avaient laissé leurs propres petites marques. C'était permanent. Ça le serait toujours. Pour le reste de sa vie, chaque fois qu'elle se regarderait dans un miroir, elle verrait cette ligne rouge qui disait : Quelqu'un a essayé de te tuer. Quelqu'un t'a presque tuée.
Quelqu'un avait réussi, en un sens. Parce que la personne qu'elle était avant cette nuit — cette jeune capitaine idéaliste qui croyait encore en la Justice, qui pensait que travailler dur et faire le bien comptaient pour quelque chose — cette personne était morte dans cette ruelle. Ce qui restait maintenant était juste... des morceaux. Des fragments d'une personne qui ne savait plus comment s'assembler.
Elle bougea son bras droit, testant sa force. Il tremblait sous l'effort. Deux semaines d'immobilité avaient atrophié ses muscles au point où elle pouvait à peine soulever son propre poids. Elle qui pouvait se transformer en tigre blanc, qui avait arrêté des pirates avec ses seules griffes, qui s'était entraînée pendant des années jusqu'à ce que son corps soit une arme — maintenant elle ne pouvait même pas se redresser sans aide.
Faible.
Le mot résonna dans sa tête avec le poids de la vérité. Elle était faible. Brisée. Inutile.
Je me hais.
C'était la première pensée vraiment claire qu'elle avait eue depuis son réveil, et elle la frappa avec la force d'un coup de poing dans l'estomac. Elle se haïssait. Haïssait ce corps cassé qui ne lui obéissait plus. Haïssait cette gorge qui ne pouvait plus produire de sons. Haïssait cette peau marquée, souillée, violée. Haïssait cette faiblesse qui l'avait rendue incapable de se défendre.
Elle ferma les yeux et essaya de respirer, mais même ça faisait mal. Tout faisait mal. Physiquement, oui — les blessures qui guérissaient, les muscles atrophiés, la gorge qui brûlait à chaque déglutition. Mais surtout mentalement. Cette douleur qui ne se situait pas dans un endroit précis mais qui imprégnait tout, qui colorait chaque pensée, chaque souffle.
Ma vie est finie.
Cette réalisation vint progressivement, s'installant dans son esprit comme de l'eau froide qui s'infiltre lentement dans du tissu. Pas d'un coup. Juste une compréhension qui grandissait, se cristallisait, devenait impossible à ignorer.
Elle ne pouvait pas retourner à la Marine. C'était évident. Comment pourrait-elle ? Même si elle arrivait à retourner à Sabaody, même si elle trouvait un moyen de rejoindre son équipage — qu'est-ce qui l'attendait ? Des questions. Des interrogatoires. Où étiez-vous, capitaine ? Qu'est-ce qui vous est arrivé ? Pourquoi étiez-vous avec des pirates ?
Et si elle disait la vérité ? Si elle racontait ce que Vadric avait fait ?
Elle imaginait la scène. Elle, brisée et marquée, debout devant des officiers supérieurs. Le Vice-Amiral Vadric m'a violée. Il a essayé de me tuer. Et ils la regarderaient. Ils verraient ses blessures. Et peut-être que certains la croiraient. Peut-être.
Mais Vadric avait du pouvoir. Des connexions. Des décennies de service. Des amis haut placés. Et elle... elle était juste une jeune capitaine avec une histoire impossible. Une accusation qui détruirait la réputation d'un Vice-Amiral respecté.
Ils choisiraient de le croire lui. Bien sûr qu'ils le feraient. C'était toujours comme ça que ça fonctionnait. Les puissants protégeaient les puissants. Et elle serait... quoi ? Rétrogradée ? Emprisonnée pour diffamation ? Tuée discrètement pour faire disparaître le problème ?
Et même si — dans un monde hypothétique où la justice existait vraiment — même si ils la croyaient et punissaient Vadric... Elle devrait vivre avec ça. Tout le monde saurait. Chaque soldat, chaque officier, chaque civil. Ils sauraient ce qui lui était arrivé. Ils la regarderaient avec pitié. Ou pire — avec dégoût. Avec cette suspicion insidieuse : Qu'est-ce qu'elle a fait pour mériter ça ? Elle a dû faire quelque chose. Séduire un supérieur et puis refuser ? Provoquer un homme puissant ?
Parce que c'était toujours la faute de la victime, n'est-ce pas ? Toujours.
Je ne peux pas y retourner.
Cette certitude s'installa dans sa poitrine comme du plomb.
Mais alors... quoi ? Rester ici ? Sur le Moby Dick ? Le navire de Barbe Blanche ?
Elle pensa à ce que Tachi lui avait dit. Ils vous ont sauvée. Vous êtes sous leur protection. Mais pourquoi ? Ça n'avait aucun sens. Les pirates ne sauvaient pas les marines par bonté d'âme. Ils voulaient forcément quelque chose. Information ? Rançon ? Un otage à utiliser contre la Marine ?
Et même si — encore ce "si" impossible — même si leurs intentions étaient pures, même si ils ne voulaient vraiment rien en échange... Elle serait quoi ? Leur invitée ? Leur prisonnière ? Une marine sur un navire pirate, dépendant de leur charité, incapable de partir, incapable de se défendre ?
Une autre forme de cage.
Vadric l'avait piégée dans une cage faite de peur et de douleur. La Marine serait une cage faite de règles et de jugements. Et ici... ici ce serait une cage faite de dettes impayables et de dépendance forcée.
Il n'y avait pas d'issue. Nulle part où aller. Rien qui l'attendait. Juste... ça. Cette existence brisée dans un corps cassé.
Tout mon travail. Toutes ces années.
Elle avait rejoint la Marine à dix-huit ans. Jeune, idéaliste, convaincue qu'elle pouvait faire une différence. Elle s'était entraînée jusqu'à l'épuisement. Avait étudié la tactique jusqu'à ce que ses yeux brûlent. Avait mangé son fruit du démon malgré la terreur de ne jamais pouvoir nager à nouveau. Avait grimpé les échelons un par un, prouvant sa valeur encore et encore.
Pour quoi ?
Pour finir dans une ruelle sombre, violée et égorgée par l'homme qui était censé être son mentor. Pour être sauvée par ses ennemis. Pour se réveiller faible et brisée sur un navire pirate.
Tout est détruit.
Non. Pire que détruit. Elle était détruite. Son corps. Son esprit. Sa carrière. Sa vie. Tout ce qu'elle avait construit, tout ce qu'elle était — réduit à rien en une seule nuit.
Et Vadric... Vadric était libre. Il respirait. Marchait. Riait probablement. Pensait qu'il avait gagné. Et il avait raison. Il avait gagné.
Ritsu ouvrit les yeux et regarda à nouveau le plafond. Les larmes coulaient maintenant, silencieuses et chaudes, glissant sur ses tempes et se perdant dans ses cheveux. Elle ne sanglotait pas. Ne faisait aucun bruit. Juste ces larmes qui ne s'arrêtaient pas.
Il a gagné.
Cette pensée était insupportable. Plus insupportable que la douleur physique. Plus insupportable que l'humiliation. Vadric avait fait ça — l'avait brisée, détruite, laissée pour morte — et il s'en était tiré. Continuerait sa vie. Sa carrière. Probablement ferait la même chose à quelqu'un d'autre un jour.
Et elle... elle était censée quoi ? Vivre avec ça ? Continuer à respirer dans ce corps qu'il avait souillé ? Dans cette vie qu'il avait détruite ?
Non.
La pensée vint clairement, calmement, avec une logique froide et implacable.
Non. Je refuse.
Elle évalua ses options avec le même esprit analytique qu'elle utilisait pour planifier des missions tactiques. Retourner à la Marine : impossible. Rester ici : insupportable. Vivre avec ce qui s'était passé : inacceptable.
Il ne restait qu'une option. Une seule issue.
Je ne veux plus de ça.
Ce n'était pas vraiment une décision. C'était juste... la seule conclusion logique. La seule chose qui avait du sens. Arrêter. Tout arrêter. La douleur, la peur, l'humiliation, cette existence brisée qui n'était plus vraiment une vie.
Je ne peux plus.
Elle tourna la tête légèrement, regardant la perfusion dans son bras. Le tube transparent. L'aiguille enfoncée dans sa veine. Les gouttes régulières qui tombaient dans la chambre compte-gouttes.
Ils la gardaient en vie avec ça. Fluides. Nutriments. Médicaments.
Mais elle ne leur avait pas demandé de la garder en vie.
Sa main bougea vers le tube. Lentement. Ses doigts tremblaient mais ils trouvèrent le point où l'aiguille entrait dans sa peau. Du ruban médical la maintenait en place.
C'est simple, pensa-t-elle avec une clarté étrange. Il suffit d'arracher. Et puis... partir.
Partir où ? Elle ne savait pas encore. Mais loin de ce lit. Loin de cette infirmerie. Loin de cette vie qu'elle ne voulait plus.
Elle ferma les yeux un instant, rassemblant son courage. Puis, avant de pouvoir changer d'avis, elle tira.
La douleur fut aiguë et brève. L'aiguille sortit de sa veine avec un petit bruit humide. Le sang commença à couler immédiatement — pas beaucoup, juste un filet rouge qui descendait le long de son bras.
Elle regarda le sang avec un détachement curieux. Mon sang. Encore. Toujours.
Elle pressa sa main contre le point de saignement et se redressa lentement.
Le monde bascula immédiatement. Des étoiles explosèrent dans sa vision. Sa tête tourna si violemment qu'elle pensa vomir. Mais elle serra les dents et attendit que ça passe.
Ça prit presque une minute. Une minute où elle resta assise, tremblante, luttant contre l'envie de se rallonger et d'abandonner.
Mais non. Elle avait pris sa décision.
Debout.
Elle balança ses jambes hors du lit. Ses pieds touchèrent le sol froid. Elle essaya de se lever.
Ses jambes refusèrent de la porter.
Elle s'effondra immédiatement, ses genoux cédant comme s'ils étaient faits de papier. Elle s'accrocha au lit de justesse, évitant de s'écraser complètement au sol.
Faible. Si faible.
La rage monta — une rage contre elle-même, contre ce corps qui la trahissait, contre cette faiblesse qu'elle haïssait.
Debout !
Elle essaya encore. S'accrocha au bord du lit. Poussa avec ses jambes tremblantes. Se hissa lentement, douloureusement, centimètre par centimètre.
Cette fois, elle tint debout. À peine. Ses jambes tremblaient violemment, menaçant de céder à chaque seconde. Mais elle tint.
Un pas. Juste un pas.
Elle lâcha le lit et essaya de marcher.
Ses jambes bougèrent mais c'était plus une chute contrôlée qu'une vraie marche. Elle s'écrasa contre le mur opposé, s'y accrochant désespérément pour ne pas tomber.
Pathétique.
Mais elle ne s'arrêta pas. Elle longea le mur, main pressée contre le bois, avançant centimètre par centimètre vers la porte. C'était lent. Tellement lent. Et chaque mouvement demandait un effort qui la laissait haletante.
Mais elle progressait.
Elle atteignit la porte après ce qui sembla être une éternité. Sa main trouva la poignée. La tourna. La porte s'ouvrit.
Le couloir s'étendait devant elle, désert pour l'instant. Elle entendit des voix au loin — l'équipage qui vaquait à ses occupations quotidiennes. Mais ici, maintenant, personne.
Elle sortit dans le couloir.
Marcher était un cauchemar.
Chaque pas exigeait une concentration totale. Ses jambes tremblaient sous son poids. Ses muscles criaient leur protestation. Plusieurs fois elle faillit tomber, se rattrapant au mur de justesse.
Le couloir semblait interminable. Elle ne savait même pas vraiment où elle allait — juste vers le haut, vers la lumière qu'elle voyait au bout. Vers le pont. Vers l'air libre.
Elle entendit des pas qui approchaient et se figea, la panique montant dans sa gorge. Elle se pressa contre le mur dans une alcôve sombre, retenant son souffle alors qu'un pirate passait en sifflotant, portant une caisse. Il ne la vit pas. Ne regarda même pas dans sa direction.
Quand il fut passé, elle continua. Un pas. Puis un autre. Puis un autre.
Elle ne comptait pas combien de temps ça prit. Le temps n'avait plus vraiment de sens. Il n'y avait que le mouvement — avancer, toujours avancer, même quand chaque fibre de son être hurlait de s'arrêter.
Finalement, elle atteignit l'escalier qui menait au pont. Elle le regarda avec désespoir. Des marches. Elle devait monter des marches.
Je ne peux pas.
Mais elle devait. Elle n'avait pas d'autre choix.
Elle s'agrippa à la rampe et commença à grimper. Chaque marche était une agonie. Ses jambes menaçaient de céder à chaque seconde. À mi-chemin, elle dut s'arrêter, s'effondrant presque contre le mur, haletant si fort qu'elle avait peur que quelqu'un l'entende.
Mais personne ne vint.
Elle continua. Une marche. Puis une autre. Puis une autre.
Et puis, finalement, elle émergea sur le pont.
L'air frais la frappa comme une gifle.
Elle cligna des yeux, éblouie par la lumière même si elle était filtrée par la bulle de résine qui entourait le navire. Ils étaient dans les profondeurs, en route vers... quelque part. Elle ne savait pas où et s'en fichait.
Le pont était relativement désert — la plupart de l'équipage devait être en bas, travaillant ou se reposant. Quelques pirates s'affairaient ici et là, mais personne ne regardait dans sa direction pour l'instant.
Elle s'adossa au mur près de l'escalier, essayant de reprendre son souffle. Son bras gauche saignait toujours légèrement là où elle avait arraché la perfusion. Le sang avait trempé la manche de sa chemise d'hôpital simple.
Puis elle leva les yeux et le vit.
Le drapeau.
Il flottait majestueusement au sommet du mât principal — noir avec ce symbole impossible à manquer. Une croix. Un croissant. Le symbole de Barbe Blanche. Le symbole du pirate le plus redouté du monde.
Et elle était sur son navire.
Prisonnière.
Non. Pas officiellement peut-être. Mais qu'est-ce qu'elle était d'autre ? Trop faible pour partir. Trop brisée pour se battre. Dépendant de leur charité pour chaque respiration.
Je ne veux pas être encore une fois une victime.
Cette pensée vint avec une clarté terrible. Elle avait été victime de Vadric. Victime de son propre corps qui ne la défendait plus. Et maintenant elle serait quoi ? La Marine brisée que Barbe Blanche gardait par pitié ? Un trophée ? Une curiosité ?
Non.
Elle regarda autour d'elle, cherchant... elle ne savait pas quoi exactement. Une issue. Une solution. N'importe quoi.
Et puis elle la vit.
La bulle de résine qui les entourait. Fine. Transparente. Entre eux et l'eau écrasante des profondeurs marines.
C'était si simple.
Il suffisait de traverser. Juste quelques pas à travers cette membrane presque invisible. Et puis l'eau. La pression. Les profondeurs qui ne pardonnaient pas.
Rapide. Définitif. Fini.
Elle se poussa du mur et commença à marcher vers le bord du navire. Ses jambes tremblaient mais elle les força à bouger. Un pas. Puis un autre.
Je ne veux pas qu'ils m'utilisent contre la Marine.
Je ne veux pas être un pion dans leurs jeux.
Je ne veux plus être une victime.
Je veux juste que ça s'arrête.
Le bord du navire se rapprochait. La bulle de résine scintillait légèrement, séparant l'air respirable de l'eau mortelle. Au-delà, elle pouvait voir l'obscurité des profondeurs. Froide. Finale.
Juste quelques pas de plus.
Elle tendit la main vers la bulle.
« COMMANDANT THATCH ! »
Le cri résonna sur le pont, aigu et terrifié.
Ritsu se figea, main à quelques centimètres de la résine.
Thatch, qui était en train de superviser le rangement de provisions près de la cuisine, se retourna immédiatement.
« Quoi ?! »
Un jeune pirate — l'une des recrues qu'ils avaient vengées à Sabaody, un gamin de peut-être vingt ans aux cheveux bruns ébouriffés — pointait vers le bord du navire, visage blanc comme un linge.
« Là ! La... la femme ! »
Thatch suivit son doigt et son cœur s'arrêta.
La Capitaine. Debout près du bord. Main tendue vers la bulle. Si proche. Trop proche.
Il comprit immédiatement ce qu'elle s'apprêtait à faire.
« MERDE ! »
Il lâcha tout ce qu'il tenait — les caisses s'écrasèrent au sol dans un fracas qui attira l'attention de tout le pont — et courut.
Il avait jamais couru aussi vite de sa vie. Ses bottes martelaient le bois. Son cœur battait si fort qu'il l'entendait rugir dans ses oreilles. Le monde se réduisit à un seul point — l'atteindre avant qu'elle traverse.
Ritsu l'entendit arriver, se retourna une fraction de seconde, vit Thatch qui sprintait vers elle, et la panique pure envahit son visage.
Elle se précipita vers la bulle.
« NON ! »
Thatch plongea. Ses bras l'attrapèrent autour de la taille juste au moment où sa main touchait la résine. Il la tira violemment en arrière, l'arrachant au bord, la serrant contre lui alors qu'ils tombaient tous les deux sur le pont.
Ils atterrirent lourdement. Thatch roula pour absorber l'impact, la protégeant instinctivement même si elle se débattait déjà.
Le toucher.
Des mains sur elle.
Des bras qui la serraient.
Un corps masculin contre le sien.
Non non non non NON !
Ritsu se figea une fraction de seconde — juste assez longtemps pour que son cerveau enregistre homme homme danger danger — puis explosa.
Elle donna un coup de coude en arrière avec toute la force qu'elle avait et toucha l'estomac de Thatch.
« Ouch ! »
Le son qui sortit de Thatch était plus surpris que vraiment douloureux — elle n'avait pas assez de force pour vraiment lui faire mal — mais il ne la lâcha pas.
Elle se débattit plus violemment, griffant, donnant des coups de pied, essayant désespérément de se libérer. Des sons sortaient de sa gorge maintenant — pas des mots, elle ne pouvait toujours pas parler, juste des cris étranglés et terrifiés.
« Hey hey hey ! » Thatch essayait de la calmer sans la lâcher. « C'est bon ! Tu vas pas mourir comme ça ! »
Mais elle ne l'écoutait pas. Ne pouvait pas l'écouter. Elle était coincée dans un flashback si violent que le présent n'existait plus. Il n'y avait que des mains, une prise, un homme qui la tenait, qui ne la lâchait pas, qui—
Elle hurla. Un son horrible, rauque, déchirant qui sortit de sa gorge blessée et qui fit grimacer tout le monde sur le pont.
Thatch encaissa un coup de pied dans les tibias. Puis un autre coup de coude dans les côtes. Elle se tordait dans ses bras comme un animal pris au piège, toute logique disparue, juste la panique pure qui la consumait.
« Je te lâche pas ! » Thatch serra les dents contre la douleur. « Tu m'entends ?! Je te lâche pas ! »
Elle le mordit. Ses dents s'enfoncèrent dans son avant-bras. Il jura mais ne la lâcha pas.
Puis le monde changea.
Le claquement du bisento résonna comme le tonnerre.
Barbe Blanche marchait vers eux, chaque pas faisant trembler le pont. Son arme massive frappa le bois encore une fois — CLAC — un son qui commandait l'attention, qui exigeait le silence.
Tout le pont se figea. Les pirates qui s'étaient rassemblés pour voir ce qui se passait s'écartèrent immédiatement, créant un chemin pour leur capitaine.
Barbe Blanche s'arrêta à quelques mètres d'eux. Il regarda la scène — Thatch qui tenait Ritsu qui se débattait toujours, terrorisée et brisée, essayant désespérément de s'échapper vers une mort qu'elle préférait apparemment à cette vie.
Ses yeux se durcirent.
Il avait vu beaucoup de choses dans sa longue vie. Des batailles. Des morts. Des tragédies de toutes sortes. Mais ça... voir quelqu'un si désespéré de mourir qu'il essayait de se jeter dans les profondeurs marines...
Non. Pas sur mon navire.
Il ferma les yeux un instant, rassemblant son pouvoir. Puis il les rouvrit et regarda directement Ritsu.
Sa volonté se déploya.
Ce n'était pas quelque chose de visible pour la plupart des gens. Juste une pression soudaine dans l'air. Une sensation de poids. Mais ceux qui comprenaient — Marco qui venait d'arriver en courant, Vista qui observait depuis le mât — ils le sentirent immédiatement.
Le Haki des Rois.
Barbe Blanche le contrôla, le dirigea, le focalisa comme un scalpel plutôt qu'un marteau. Il ne visait qu'elle. Personne d'autre. Juste cette femme brisée qui se débattait toujours, qui voulait mourir, qui refusait d'accepter la vie.
Dors.
L'onde de volonté pure la frappa comme une vague invisible.
Les yeux de Ritsu se révulsèrent. Son corps se relâcha immédiatement, toute tension disparaissant d'un coup. Elle s'effondra dans les bras de Thatch, inconsciente avant même de réaliser ce qui s'était passé.
Le silence qui suivit fut absolu.
Même les pirates les plus aguerris avaient senti quelque chose — pas le Haki directement, mais ses échos, cette pression dans l'air qui disait que quelque chose d'immense venait de se produire.
Thatch tenait Ritsu maintenant immobile, haletant, couvert de sueur et de sang là où elle l'avait mordu. Il regarda Barbe Blanche avec quelque chose qui ressemblait à de la gratitude et du soulagement mêlés.
« Merci, Pops. »
Barbe Blanche hocha la tête une fois. Puis sa voix résonna, s'adressant à tout le pont.
« Ramenez-la à l'infirmerie. Immédiatement. »
Thatch se leva, la portant avec précaution dans ses bras. Elle était si légère. Trop légère.
« Et que quelqu'un aille chercher Yori, » continua Barbe Blanche. « Maintenant. »
Un pirate partit en courant.
Barbe Blanche regarda son équipage — tous figés, tous le regardant, attendant.
« Bien. Retournez à vos tâches. »
Ils obéirent immédiatement, se dispersant rapidement. Mais Barbe Blanche vit les regards qu'ils échangeaient, entendit les murmures malgré ses ordres. Ça se saurait. Bien sûr que ça se saurait. Mais au moins ils ne le crieraient pas sur les toits.
Il regarda Thatch qui se dirigeait vers l'infirmerie, portant Ritsu inconsciente.
Pauvre fille, pensa-t-il. Elle a survécu à l'enfer. Mais elle veut pas vivre avec ça.
Il comprenait. Vraiment. Mais il ne la laisserait pas abandonner. Pas comme ça. Pas sur son navire.
Pas pendant que je suis responsable d'elle.
Yori arrivait en courant au moment où Thatch entrait dans l'infirmerie. Il vit immédiatement le bras qui saignait, la perfusion arrachée, l'état dans lequel Ritsu était.
« Qu'est-ce qui s'est passé ?! »
« Elle a essayé de... » Thatch ne finit pas sa phrase.
Yori comprenait déjà.
« Merde. » Yori désigna la table. « Pose-la là. Doucement. »
Thatch obéit, déposant Ritsu avec une douceur qui contrastait avec la violence de quelques minutes plus tôt. Elle était complètement inconsciente, respirant lentement, visage paisible dans le sommeil forcé.
Yori travaillait déjà, évaluant les dégâts. Le bras qui saignait. La faiblesse générale. Le choc traumatique qui empirait au lieu de s'améliorer.
« Elle aurait jamais dû pouvoir se lever, » marmonna-t-il en nettoyant la plaie. « Son corps est trop faible. Mais elle l'a fait quand même. La détermination pure. »
« La détermination à mourir, » murmura Thatch amèrement.
« Ouais. »
La porte s'ouvrit. Marco entra, portant quelque chose que Thatch reconnut immédiatement et qui lui donna envie de vomir.
Granit marin.
Une chaîne fine mais solide, avec un bracelet qui s'attachait autour de la cheville. Assez long pour permettre du mouvement dans l'infirmerie. Mais pas assez pour atteindre la porte.
« Non, » dit Thatch immédiatement.
Marco le regarda calmement.
« C'est nécessaire. »
« C'est de la torture. »
« C'est de la prévention. » Marco s'approcha du lit. « Yori, elle peut supporter ça ? Le granit marin dans son état ? »
Yori ne répondit pas immédiatement, continuant à nettoyer et rebander le bras de Ritsu.
« Physiquement ? Oui. Ça drainera son énergie mais elle en a pas beaucoup de toute façon. » Il marqua une pause. « Mentalement ? Ça va probablement la détruire encore plus. »
« Mais elle essaiera pas de se tuer à nouveau, » dit Marco pragmatiquement.
« Non. Elle pourra pas. Sans son fruit, elle est trop faible pour même sortir du lit. »
Le silence qui suivit fut horrible.
Thatch voulut protester encore. Voulut dire que c'était mal, que c'était cruel, qu'ils n'avaient pas le droit. Mais il regarda la marine allongée là — si proche de la mort quelques minutes plus tôt, sauvée seulement par chance et le Haki de Pops — et il ne trouva pas les mots.
Parce que Marco avait raison. C'était nécessaire.
Même si c'était horrible.
Marco s'agenouilla à côté du lit. Il prit la cheville de la Capitaine avec précaution, comme si elle était faite de verre. Ouvrit le bracelet de granit marin.
Le plaça autour de sa cheville fine.
Le referma.
CLAC.
Le son résonna dans le silence comme un coup de feu. Tout le monde sursauta.
C'était fait.
Yori se détourna, mâchoires serrées. Thatch ferma les yeux. Marco se leva, visage indéchiffrable.
La rousse dormait toujours, inconsciente de ce qui venait de se passer. Mais quand elle se réveillerait... quand elle réaliserait qu'elle était enchaînée...
Thatch ne voulait même pas imaginer.
Yori finit de poser une nouvelle perfusion, travaillant en silence. Quand il eut fini, il se lava les mains et se retourna vers les deux commandants.
« Elle va rester inconsciente probablement plusieurs heures. L'effet du Haki de Pops. »
« Bien, » dit Marco. « Ça lui donnera le temps de... se calmer. »
« Se calmer ? » Thatch ouvrit les yeux, fixant Marco. « Elle va se réveiller enchaînée. Comment elle est censée se calmer ? »
« Je sais pas, yoi. Mais c'est mieux qu'elle se réveille en vie plutôt que morte au fond de l'océan. »
Thatch ne pouvait pas argumenter contre ça.
Ils sortirent de l'infirmerie ensemble, laissant Yori et ses infirmières surveiller Ritsu. La porte se ferma derrière eux avec un petit clic qui sembla trop final.
Dans le couloir, Marco s'adossa au mur et regarda Thatch.
« Je croyais qu'on lui laissait le choix. »
Sa voix était neutre. Pas accusatrice. Juste... constatant un fait.
Thatch s'adossa au mur opposé. Il regarda le sang séché sur son avant-bras où elle l'avait mordu, les bleus qui commençaient déjà à apparaître là où elle l'avait frappé.
« On devait, » admit-il. « C'est ce qu'on avait dit. Si elle voulait mourir... on la laisserait. »
« Mais ? »
Thatch hésita. Il cherchait une excuse. Quelque chose de logique. De rationnel. Quelque chose qui justifierait ce qu'il avait fait.
Il trouva celle qui était techniquement vraie.
« La bulle, » dit-il finalement. « Si elle était sortie de la bulle protectrice... ça aurait pu la fragiliser. Mettre tout l'équipage en danger. On peut pas prendre ce risque. Pas dans les profondeurs. »
Marco le regarda pendant longtemps. Trop longtemps. Avec cette expression qui disait qu'il voyait à travers le mensonge mais qu'il ne dirait rien.
Puis il haussa les épaules.
« Si tu le dis, yoi. »
Il s'éloigna dans le couloir, laissant Thatch seul avec ses pensées et sa culpabilité.
Thatch resta là longtemps après que Marco soit parti, fixant le mur opposé sans vraiment le voir.
La vérité.
La vraie vérité qu'il n'avait pas dite à Marco, qu'il pouvait à peine s'avouer à lui-même.
Il savait que la bulle ne risquait rien. Ça prendrait bien plus qu'un seul corps traversant la résine pour la fragiliser. C'était juste une excuse. Une justification après coup.
Alors pourquoi ?
Pourquoi j'ai couru ?
Pourquoi je l'ai arrêtée ?
Il ferma les yeux et se permit de repenser à ce moment à Sabaody. À cette femme qu'il avait vue pour la première fois.
Elle était capitaine. Marine. Techniquement leur ennemie. Mais il avait vu quelque chose en elle dans ces quelques minutes de confrontation.
De la détermination. Pure et inflexible. Elle avait chassé ce rookie pendant des jours et elle l'avait eu. Peu importe que des commandants de Barbe Blanche soient là. Peu importe qu'elle soit surclassée. Elle avait une mission et elle l'accomplirait.
Puis la transformation. Il avait vu des fruits du démon avant. Beaucoup. Mais celui-là... c'était quelque chose de spécial. Un tigre blanc, magnifique et terrifiant, contrôlé avec une précision qui parlait d'années d'entraînement et de discipline.
Et puis après, quand elle était redevenue humaine et qu'elle les avait reconnus, qu'elle avait compris que tout l'équipage de Barbe Blanche savait ce qui s'était passé avec Ace... Elle n'avait pas craqué. N'avait pas pleuré ou supplié. Elle était restée digne. Fière. Même mortifiée, même humiliée, elle avait gardé la tête haute.
« On oublie les deux, » avait-elle dit. Pas une question. Pas une supplication. Juste un constat de ce qui allait se passer parce qu'elle le décidait ainsi.
Il avait admiré ça. Cette force. Cette dignité sous pression.
Et il avait vu autre chose aussi. Quelque chose qu'elle essayait de cacher mais qui transparaissait dans ses yeux, dans la ligne de ses épaules, dans cette façon qu'elle avait de se tenir comme si elle portait un poids invisible.
De la tristesse. Profonde et ancienne. Comme si elle se battait contre quelque chose depuis longtemps. Comme si elle était fatiguée mais refusait de l'admettre.
Elle souffrait déjà alors, réalisa-t-il maintenant. Avant ce qui lui est arrivé. Elle portait déjà quelque chose de lourd.
Et maintenant...
Il repensa à la femme qu'il avait attrapée sur le pont. Brisée. Terrorisée. Désespérée au point de préférer la mort à une vie qu'elle ne supportait plus.
Ce n'était pas la même personne. Le monstre qui l'avait attaquée l'avait détruite. Avait pris cette femme forte et fière et l'avait réduite en morceaux.
Mais...
Mais les morceaux sont encore là, pensa Thatch. Sous la douleur. Sous la peur. Sous tout ce traumatisme... elle est encore là quelque part.
Cette détermination qu'il avait vue. Cette force. Cette dignité.
Enfouie. Peut-être inaccessible maintenant. Mais pas morte.
Pas encore morte.
Je veux la revoir, admit-il finalement dans le silence de ses pensées. Cette femme qu'elle était. Cette force que j'ai entrevue.
Mais plus que ça...
Je veux la voir libre.
Vraiment libre.
Pas enchaînée au granit marin dans une infirmerie. Pas prisonnière de son traumatisme. Pas brisée et diminuée et vidée de tout ce qui faisait d'elle quelqu'un de spécial.
Libre.
Courant sur un pont avec cette grâce qu'elle devait avoir avant. Se transformant en tigre par choix et non par terreur. Riant peut-être. Ou au moins capable de sourire sans que ça fasse mal.
Vivant sa vie avec cette dignité farouche qu'il avait vue.
Cette femme qu'elle pourrait être.
Qu'elle pourrait redevenir.
Si on lui donnait la chance.
Si elle acceptait de se battre pour ça.
Il savait que c'était peut-être impossible. Qu'on ne guérissait peut-être pas de ce qu'elle avait subi. Que le trauma avait peut-être détruit quelque chose en elle qui ne se réparerait jamais.
Mais il voulait quand même essayer.
Je veux voir son potentiel.
Je veux voir ce qu'elle devient quand elle choisit de vivre au lieu de mourir.
Je veux...
Il s'arrêta, refusant de finir cette pensée. Parce que c'était dangereux. Parce que Marco avait raison — s'attacher à elle était stupide. Elle était brisée. Peut-être irréparable. Et même si elle guérissait... elle était Marine. Il était pirate. Leurs mondes ne se mélangeaient pas.
Mais malgré toute la logique, malgré tous les avertissements...
Je n'ai pas pu la laisser faire.
Je ne pouvais pas.
Je ne peux toujours pas.
Il ouvrit les yeux et regarda la porte de l'infirmerie. De l'autre côté, elle dormait. Enchaînée. Prisonnière. Mais vivante.
Désolé, pensa-t-il. Désolé de pas te laisser choisir. Désolé de t'obliger à vivre quand tu veux mourir.
Mais je peux pas te laisser partir. Pas encore.
Pas avant d'avoir vu si tu peux redevenir cette femme.
Celle que je sais que tu es encore quelque part.
De l'autre côté de la Grand Line, à Sabaody, dans un salon de thé chic de la grove quarante cinq, Kenji faisait son rapport.
Vadric était assis en face de lui, une tasse de thé fumante devant lui qu'il n'avait pas encore touchée. Il écoutait calmement — trop calmement — alors que Kenji détaillait chaque étape de la recherche, chaque zone fouillée, chaque témoin interrogé.
L'attitude du Vice-Amiral dérangeait Kenji profondément. Il était trop détendu. Trop... serein. Sa capitaine était portée disparue — probablement morte — et cet homme buvait son thé comme si de rien n'était.
« ...et nous avons retrouvé son sabre, » conclut Kenji, sa voix tendue. « Dans un étal de marchand louche. Il l'avait trouvé dans la zone sans loi, grove dix. Il y avait... » Il s'arrêta, la gorge serrée. « Il y avait beaucoup de sang. La forme d'un corps. Mais pas de corps. »
Vadric hocha lentement la tête, son expression appropriée au rapport tragique. Préoccupée. Attristée même.
Mais pas surprise.
Kenji le remarqua et nota ce petit détail qui ne collait pas.
« C'est... tragique, » dit finalement Vadric. « Vraiment tragique. Le capitaine Ritsu était une jeune femme talentueuse. »
Était. Passé. Comme si c'était déjà fini.
« Pauvre fille, » continua Vadric en soupirant. « Elle a fait de mauvais choix. Fréquenté les mauvaises personnes. On l'a prévenue sur les dangers des zones sans loi mais... » Il haussa les épaules avec une tristesse feinte. « Certaines leçons s'apprennent trop tard. »
Kenji serra les poings sous la table.
« Avec votre permission, Vice-Amiral, je voudrais continuer les recherches. Peut-être que— »
« Non. » Vadric leva une main. « C'est fini, Kenji. Assez de ressources gaspillées. Le capitaine Ritsu est morte. On doit l'accepter et aller de l'avant. »
« Mais nous n'avons pas de corps. »
« Vous avez trouvé assez de sang pour savoir que personne ne survit pas à ça. » Vadric but une gorgée de thé. « Et le marchand a mentionné le trafic d'organes. C'est probablement ce qui est arrivé. Son corps a été... »
Il n'eut pas besoin de finir.
Kenji sentit son estomac se retourner.
« Je vais faire mon rapport au Quartier Général, » dit Vadric d'un ton final. « Le capitaine Ritsu sera déclarée morte au service. Tuée par des criminels dans les zones sans loi pendant une mission de reconnaissance. Une héroïne. »
L'ironie faillit faire vomir Kenji. Héroïne. Ritsu qui détestait le système. Qui voyait ses failles. Qui se battait quand même parce qu'elle croyait pouvoir faire une différence.
Maintenant morte. Déclarée héroïne par les mêmes personnes qui n'avaient rien fait pour la protéger.
« Vous devriez rentrer chez vous, » dit Vadric en posant sa tasse. « Prendre quelques jours. Faire votre deuil. C'est difficile de perdre un captaine. Je comprends. »
Il se leva, ajustant son uniforme.
« Et Kenji ? » Il le regarda. « N'oubliez pas que c'est une tragédie. Mais ça arrive. Les zones sans loi sont dangereuses. Elle a pris des risques. Ça a mal tourné. »
C'est sa faute, disait le sous-texte. Elle l'a cherché.
Kenji voulut hurler, voulut attraper Vadric par le col et exiger la vérité. Parce qu'il savait — dans ses tripes, sans preuve mais avec certitude — que cet homme cachait quelque chose.
Mais il n'avait rien. Aucune preuve. Juste un pressentiment.
Vadric commença à se diriger vers la sortie. Kenji le suivait mécaniquement.
Puis un homme les interpella.
« Excusez-moi... Vice-Amiral ? »
Ils se retournèrent. C'était un vieux marin, visage tanné par des années en mer, vêtements simples mais propres. Il tenait son chapeau dans ses mains, manifestement nerveux de s'adresser à un officier de haut rang.
« Oui ? » Vadric fronça légèrement les sourcils. « Qu'est-ce que c'est ? »
« Je... j'ai entendu parler d'une capitaine marine disparue. Cheveux roux. Jeune. » L'homme hésita. « C'est bien elle que vous cherchez ? »
Kenji se redressa immédiatement.
« Oui ! Vous l'avez vue ? Vous savez où elle est ?! »
« Je... peut-être. Il y a quelques semaines. La nuit. » Le vieil homme fronça les sourcils, se concentrant sur le souvenir. « J'étais près du port. J'ai vu des hommes courir. Des pirates. J'ai reconnu les tatouages — Barbe Blanche. »
Vadric se figea imperceptiblement. Kenji le remarqua.
« Et ? » pressa Kenji. « Qu'est-ce qu'ils faisaient ? »
« Ils couraient vers leur navire. Portaient quelqu'un. » Le vieil homme plissa les yeux. « Une femme. Cheveux roux. Longs. Portait quelque chose de blanc — peut-être un uniforme. Elle était... en mauvais état. Beaucoup de sang. Inconsciente ou morte, je pouvais pas dire. »
Le monde bascula pour Kenji.
« Quand ?! » Sa voix se brisa. « Quand exactement ?! »
« La nuit où le navire de Barbe Blanche est parti. Il y a... quoi, deux semaines et demie ? Trois ? »
La nuit de la disparition de Ritsu.
Elle était vivante.
Les pirates l'ont prise.
Elle est peut-être encore...
Kenji se tourna vers Vadric, espoir et confusion mêlés sur son visage.
« Vice-Amiral, vous entendez ?! Elle est peut-être vivante ! Kidnappée par Barbe Blanche ! On doit— »
« Intéressant. » La voix de Vadric était froide maintenant. Très froide. « Très intéressant. »
Il se tourna vers le vieil homme.
« Vous êtes absolument certain de ce que vous avez vu ? Une femme aux cheveux roux. Avec les pirates de Barbe Blanche. Partant volontairement vers leur navire. »
« Je... » Le vieil homme hésita. « Volontairement ? Non, je pense pas. Elle semblait blessée. Ils la portaient. »
« Ou, » coupa Vadric, « elle fuyait avec eux. Se cachait parmi eux. »
Le silence qui suivit fut chargé de tension.
« Quoi ? » Kenji le fixa. « Non. Vous dites pas que— »
« Je dis exactement ça. » Vadric se tourna vers lui, visage dur. « Le capitaine Ritsu a déserté. Elle s'est enfuie avec des pirates. C'est de la trahison. »
« NON ! » Kenji explosa. « Elle déserterait JAMAIS ! Vous la connaissez ! Elle était loyale ! Dévouée ! »
« Je la connaissais, » corrigea Vadric froidement. « Apparemment pas aussi bien que je pensais. Les faits parlent d'eux-mêmes, Kenji. Elle est partie avec des pirates. De Barbe Blanche, en plus. »
« Elle était blessée ! Le témoin l'a dit ! »
« Peut-être blessée pendant sa fuite. Ou peut-être que c'était une mise en scène. » Vadric haussa les épaules. « Peu importe. Le résultat est le même. Elle a quitté son poste. Rejoint l'ennemi. C'est de la désertion. »
« Il y a autre chose, » insista Kenji désespérément. « Il doit y avoir une explication ! Peut-être qu'ils l'ont kidnappée pour l'interroger ! Pour des informations ! »
« Alors pourquoi on a trouvé tout ce sang dans la zone sans loi ? » contra Vadric. « Avant qu'elle soit 'kidnappée' ? »
Kenji ouvrit la bouche. La referma. Il n'avait pas de réponse à ça.
Vadric se pencha plus près, baissant sa voix pour que seul Kenji puisse l'entendre.
« Écoutez-moi bien. Cette femme était une déserteuse et une traîtresse. Si vous racontez une histoire différente... si vous suggérez autre chose... votre carrière est finie. » Ses yeux se durcirent. « Et votre vie pourrait l'être aussi. Je me fais comprendre ? »
Kenji le fixa, comprenant soudainement tellement plus.
Il sait.
Il sait ce qui lui est vraiment arrivé.
Ou pire... il est impliqué.
Mais sans preuve... qu'est-ce qu'il pouvait faire ? Accuser un Vice-Amiral respecté sur la base d'un pressentiment ? Il serait détruit. Arrêté. Peut-être tué.
« Je... je comprends, Vice-Amiral, » dit-il finalement, les mots comme du verre brisé dans sa gorge.
« Bien. » Vadric se redressa, souriant à nouveau. « Maintenant rentrez chez vous. Oubliez cette histoire. Le capitaine Ritsu est morte ou pire. Et on peut rien y faire. »
Il partit, laissant Kenji seul avec le vieil homme et sa culpabilité écrasante.
« Désolé, » murmura le vieil homme. « J'ai causé des problèmes ? »
« Non. » Kenji secoua la tête. « Vous avez juste... confirmé quelque chose que je craignais. »
Il regarda dans la direction où Vadric était parti.
Ritsu est vivante. Quelque part.
Sur le navire de Barbe Blanche.
Et il n'y a rien que je puisse faire.
Absolument rien.
La frustration et l'impuissance le submergèrent. Il voulut hurler. Frapper quelque chose. Mais il resta juste là, debout dans la rue, sachant que la vérité mourrait avec lui parce qu'il n'avait ni le pouvoir ni les preuves pour la révéler.
— À suivre —
Publié : 24/02/2026
Qu'est-ce que Kenji pourrait faire pour aider Ritsu ?