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Chapitre 8 : Recettes et Prime

8862 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 26/02/2026 17:33

Plusieurs heures s'écoulèrent avant que Ritsu n'émerge de sa dissociation. Pas complètement. Jamais complètement. Mais assez pour que son regard vide retrouve un semblant de présence, assez pour qu'elle réalise vaguement où elle était, ce qui s'était passé.

Sa cheville la faisait souffrir. Une douleur sourde et constante qui pulsait en rythme avec son cœur. Elle baissa les yeux et vit les bandages blancs qui entouraient la zone où le granit marin l'avait déchirée. Tachi avait dû nettoyer et panser la blessure pendant qu'elle était partie.

Le bracelet était toujours là. Bien sûr qu'il était toujours là. Solide. Permanent. Froid contre sa peau.

Elle entendit la porte s'ouvrir et tourna légèrement la tête. Yori entra, portant un plateau avec des bandages propres et des médicaments. Il ne sourit pas. Ne fit pas semblant que tout allait bien. Il avait juste cette expression professionnelle et calme qu'il gardait dans les situations difficiles. Il s'assit dans la chaise près du lit, loin comme toujours, assez pour ne pas être menaçant mais assez proche pour parler sans crier.

« Je sais que vous êtes en colère, » commença-t-il sans préambule.

Ritsu ne réagit pas, continua de fixer le plafond.

« Contre nous. Contre la situation. Contre le granit marin. Contre tout probablement. Je veux vous expliquer pourquoi on a fait ça. Pas parce que je pense que ça va vous faire vous sentir mieux. Mais parce que vous méritez de savoir. »

Il se pencha légèrement en avant, mains jointes.

« Le granit marin neutralise les pouvoirs des fruits du démon. Vous le savez déjà. Mais ça fait plus que ça. Ça draine votre énergie vitale. Lentement. Constamment. Comme une sangsue invisible qui aspire votre force. »

Ritsu tourna finalement la tête pour le regarder. Ses yeux portaient une question silencieuse.

« Dans votre état — affaiblie par vos blessures, traumatisée, sous-alimentée — le granit marin vous rend essentiellement immobile. Sans votre fruit, votre corps n'a plus cette force supplémentaire qui compensait votre état. Vous avez pas l'énergie de sortir du lit. Encore moins d'atteindre la porte. Encore moins de faire... ce que vous avez essayé de faire. »

Il disait ça sans émotion. Juste des faits. Des observations médicales.

Ritsu attrapa l'ardoise qui avait été remplacée après qu'elle l'ait jetée et écrivit d'une main qui tremblait encore légèrement.

C'est de la torture

Yori lut les mots et hocha lentement la tête.

« Oui. D'une certaine façon, ça l'est. C'est cruel. C'est inhumain peut-être. Vous enlever même la possibilité de choisir. Mais c'est temporaire. Pas pour toujours. Juste jusqu'à ce qu'on soit sûr que vous n'essaierez plus de vous faire du mal. »

Combien de temps

« Je sais pas. Ça dépend de vous. De quand vous arrêterez de vouloir mourir. De quand vous commencerez à vouloir vivre. »

Ritsu fit un son. Pas vraiment un rire. Sa gorge ne pouvait pas produire ça. Mais quelque chose qui y ressemblait. Amer. Creux. Sans joie. Elle écrivit, appuyant fort sur la craie.

Alors pour toujours

Yori ne contesta pas immédiatement. Il réfléchit un moment, regardant les mots sur l'ardoise.

« Peut-être pas. Les gens changent. Même ceux qui pensent qu'ils changeront jamais. »

Vous savez pas de quoi vous parlez

« Non. Vous avez raison. Je sais pas ce que c'est. J'ai jamais vécu ce que vous avez vécu. J'ai jamais eu mon corps violé, ma gorge tranchée, ma vie détruite. Mais j'ai vu beaucoup de gens souffrir. Beaucoup de blessures — physiques et mentales. Des choses horribles. Impensables. Et j'ai vu que ceux qui survivent trouvent des façons de continuer. Pas parce que la douleur disparaît. Elle disparaît pas. Mais parce qu'elle s'atténue. Avec le temps. Lentement. »

La douleur s'atténue pas. Elle grandit. Chaque jour.

« Pour l'instant, oui. Parce que c'est récent. Parce que les blessures sont encore ouvertes. Mais dans six mois ? Un an ? Deux ans ? »

Je veux pas attendre deux ans. Je veux pas attendre un jour de plus.

Yori soupira, se leva de sa chaise et s'approcha de la fenêtre, regardant l'océan au-delà.

« Je sais que vous pensez que votre vie est finie. Que tout ce que vous étiez est détruit. Et d'une certaine façon, vous avez raison. Votre ancienne vie est finie. Vous pouvez pas retourner à la Marine. Vous pouvez pas redevenir qui vous étiez. Mais ça veut pas dire qu'il y a pas de futur. Juste que ce futur sera différent de celui que vous imaginiez. »

Je veux pas d'un futur différent. Je veux juste mourir.

« Je sais. Maintenant. Mais vous méritez de vivre. Même si vous le croyez pas. Même si vous me haïssez pour dire ça. Vous méritez de vivre. On va vous aider. Si vous nous laissez. On va essayer de vous donner les outils pour guérir. Pour reconstruire. Ça sera pas facile. Ça sera horrible probablement. Mais on sera là. »

Ritsu ne répondit pas. Ne bougea pas. Retourna simplement dans ce lieu sûr dans sa tête où les mots ne pouvaient pas l'atteindre, où les promesses sonnaient creux, où rien n'avait d'importance.

Yori attendit quelques minutes. Quand il devint clair qu'elle ne répondrait pas, il se leva.

« Je reviendrai vérifier votre cheville demain. Tachi sera là si vous avez besoin de quoi que ce soit. Et Ritsu ? La douleur s'atténue. Je vous promets. Peut-être pas aujourd'hui. Peut-être pas demain. Mais elle s'atténue. »

Il sortit, fermant doucement la porte derrière lui. Ritsu resta allongée, fixant le mur maintenant au lieu du plafond. Les mots de Yori résonnaient dans sa tête malgré elle.

La douleur s'atténue.

Mensonge. Elle grandissait chaque jour. Devenait plus lourde. Plus étouffante. Rien ne s'atténuait. Rien ne s'atténuerait jamais.


Trois jours passèrent dans une brume grise et indistincte. Ritsu ne mangeait presque plus. Tachi apportait des plateaux trois fois par jour — bouillon, pain, fruits — et repartait avec des plateaux presque intacts. Parfois Ritsu prenait une ou deux bouchées, juste assez pour que Tachi arrête d'insister, puis elle repoussait le reste. Elle ne communiquait plus non plus, même par ardoise. Tachi essayait de parler, posait des questions simples, racontait des histoires sur l'équipage. Ritsu fixait juste le mur, ne réagissait pas, partie dans sa tête la plupart du temps.

« Elle se laisse mourir doucement, » rapporta Tachi à Yori le troisième soir. Sa voix portait une inquiétude qu'elle essayait de cacher. « Elle mange à peine. Boit juste assez pour pas se déshydrater. Elle parle plus du tout. Même pas avec l'ardoise. »

« Elle est en deuil. De sa vie. De qui elle était. C'est normal. »

« Normal peut-être. Mais dangereux. Si elle continue comme ça, son corps va lâcher. Le granit marin draine déjà son énergie. Si elle mange pas... »

« Je sais. Mais on peut pas la forcer. Pas plus qu'on fait déjà. »

Leur conversation fut interrompue par Thatch qui passa devant l'infirmerie et entendit par la porte entrouverte.

« Comment elle va ? »

Tachi et Yori échangèrent un regard.

« Pas bien. Elle se laisse aller. »

Thatch fronça les sourcils, regardant vers la porte fermée de la chambre où Ritsu se trouvait.

« Je peux... je peux essayer quelque chose ? »

« Quoi ? »

« Juste... être là. Parler. Sans rien attendre. Ça peut pas faire de mal, non ? »

« C'est trop tôt. Elle est terrifiée des hommes. Tu vas juste la stresser plus. »

« Peut-être. Ou peut-être que si je reste loin, si je fais rien de menaçant... peut-être qu'elle verra que tout le monde veut pas lui faire du mal. »

Tachi considéra la proposition.

« Vous restez dans le coin le plus éloigné. Vous vous approchez pas du lit. Vous la touchez pas. Et si elle panique, vous sortez immédiatement. »

« D'accord. Je peux essayer maintenant ? »

Tachi regarda Yori qui soupira mais hocha la tête.

« Je viens avec vous. Pour qu'elle se sente plus en sécurité. »

Ils entrèrent ensemble dans la chambre. Ritsu était dans sa position habituelle — allongée, fixant le mur, apparemment inconsciente de leur présence. Thatch tenait un livre sous son bras, un vieux livre de recettes qu'il avait depuis des années, taché et usé d'utilisation fréquente. Il se dirigea vers le coin le plus éloigné du lit, près de la fenêtre, et s'installa dans un petit fauteuil qui avait été placé là.

Ritsu se raidit immédiatement. Elle n'avait pas bougé, n'avait pas tourné la tête, mais Thatch vit ses épaules se tendre, sa respiration devenir plus rapide. Elle savait qu'il y avait un homme dans la pièce. Son corps le savait même si son esprit était ailleurs.

« Salut. Je m'appelle Thatch. Je sais que tu peux pas parler. C'est bon. J'attends pas de réponse. Je vais juste... lire un peu ici. Ça te dérange pas, j'espère. »

Tachi observait depuis la porte, prête à intervenir si nécessaire. Thatch ouvrit son livre, le posant sur ses genoux, trouva la page qu'il cherchait et commença à lire, à voix haute, doucement, d'un ton apaisant qui ne demandait rien, n'attendait rien.

« Soupe aux légumes d'automne. Ingrédients : carottes, trois moyennes, épluchées et coupées en dés. Oignons, deux gros, émincés finement. Céleri, deux branches, coupées en petits morceaux. »

Ritsu tourna très légèrement la tête. Pas assez pour le regarder directement. Juste assez pour confirmer ce qu'elle entendait.

Il lit... une recette ? Une recette de soupe ? À voix haute ? Dans une infirmerie ?

C'était tellement absurde qu'elle ne savait même pas comment réagir.

« Bouillon de légumes, un litre. Comme si les légumes avaient besoin qu'on leur chuchote leur destin avant de les mettre dans la marmite. »

Il rit doucement à sa propre blague, un rire naturel, pas forcé.

Ritsu le fixait maintenant, pas directement, mais du coin de l'œil, essayant de comprendre ce qui se passait.

« Assaisonnement : sel, poivre, thym frais si disponible. Le thym fait toute la différence. Les gens sous-estiment les herbes fraîches. C'est un crime vraiment. Instructions : faire revenir les oignons dans l'huile d'olive jusqu'à ce qu'ils soient translucides. Pas dorés. Pas brûlés. Translucides. Il y a une différence. »

Sa voix était différente de ce à quoi Ritsu s'attendait. Pas agressive. Pas impatiente. Pas exigeante. Juste calme et constante. Comme s'il lisait pour lui-même et qu'elle se trouvait juste là par hasard.

« Ajouter les carottes et le céleri. Cuire cinq minutes en remuant occasionnellement. Pas constamment. Juste de temps en temps. Laissez-les respirer un peu. »

Thatch continua pendant vingt minutes. Il lut trois recettes complètes — la soupe aux légumes, une tarte aux pommes, un ragoût de bœuf. Il commentait parfois, ajoutant ses propres observations.

« Ah, celle-là est bonne. Je l'ai faite la semaine dernière. Tout l'équipage a adoré. Enfin, sauf Haruta qui aime pas les pommes. Mais on peut pas plaire à tout le monde. »

Il ne demandait jamais de réponse. Ne la regardait même pas directement. Ne s'approchait jamais. Ritsu l'écoutait malgré elle. Pas parce qu'elle le voulait vraiment. Juste parce que c'était là. Une voix qui remplissait le silence oppressant qui était devenu sa seule compagnie. Et c'était tellement bizarre, tellement absurde, que ça occupait une partie de son cerveau qui autrement tournerait en boucle sur la douleur, la peur, le désespoir.

Finalement, Thatch ferma son livre.

« Bon. C'est tout pour aujourd'hui. Je reviendrai demain. Si ça te va. Tu peux me dire de partir si tu veux. Juste... hoche la tête ou quelque chose. Ou demande à Tachi de me dire. »

Ritsu ne répondit pas. Ne bougea pas. Thatch attendit quelques secondes.

« Je prends ça pour un oui. À demain alors. »

Il sortit, suivi de Tachi qui lança un dernier regard à Ritsu avant de fermer la porte. Ritsu resta allongée, fixant maintenant la porte fermée au lieu du mur.

C'était quoi ça ?

Elle ne comprenait pas. Pourquoi il était venu. Pourquoi il avait lu des recettes. Pourquoi il reviendrait. Ça n'avait aucun sens. Les gens ne faisaient pas des choses sans raison. Sans vouloir quelque chose en retour. Alors qu'est-ce qu'il voulait ? Elle n'arrivait pas à trouver la réponse. Et ça la dérangeait presque autant que tout le reste. Mais cette nuit-là, quand Tachi apporta le dîner, Ritsu mangea trois cuillerées de bouillon au lieu de deux. Pas parce qu'elle voulait vivre. Juste parce qu'elle était trop confuse pour se concentrer sur le désir de mourir.

Thatch revint le lendemain, exactement comme il l'avait promis. Même heure, même coin éloigné, même livre. Ritsu l'entendit entrer et sentit le mélange maintenant familier — alerte parce que homme, mais aussi résignation. Il allait venir, tous les jours apparemment, peu importe ce qu'elle faisait ou ne faisait pas.

« Salut. J'espère que t'as bien dormi. Aujourd'hui, on fait les desserts. Parce que pourquoi pas ? La vie a besoin de sucre parfois. »

Et il commença à lire. Recette de tarte aux pommes. Gâteau au chocolat. Crème brûlée. Chaque recette décrite avec le même soin, les mêmes commentaires occasionnels.

« Le secret d'une bonne crème brûlée, c'est pas brûler le sucre. Je sais, ça semble évident avec le nom. Mais tu serais surprise combien de gens la transforment en charbon. »

Ritsu l'écoutait. C'était devenu une routine étrange. Il venait, lisait pendant vingt ou trente minutes, puis partait. Ne demandait rien. N'attendait rien. Était juste là.

Le troisième jour, Thatch apporta du thé.

« Pour moi. Pas pour toi. Enfin, sauf si tu veux. »

Il en posa une sur la table de nuit près du lit de Ritsu — pas trop près, juste à portée si elle voulait. L'autre il la garda, la tenant entre ses mains pendant qu'il lisait. Ritsu regarda la tasse. La vapeur qui montait portait une odeur apaisante — quelque chose d'herbacé avec une touche de menthe peut-être. Elle ne la toucha pas. Mais elle la regarda.

« Recettes de pain aujourd'hui. C'est long mais ça vaut la peine. La levure est une chose vivante, tu vois. Faut la traiter avec respect. »

Le quatrième jour, quelque chose changea. Ritsu écoutait toujours, mais cette fois elle écoutait vraiment. Pas juste comme bruit de fond. Elle entendait les mots, les détails, la façon dont il expliquait pourquoi certaines choses fonctionnaient.

« Le secret d'un bon risotto, c'est la patience. Tu peux pas le précipiter. Tu ajoutes le bouillon lentement. Une louche à la fois. Tu remues constamment. Tu laisses le riz libérer son amidon naturellement. »

Il parlait de cuisine comme d'autres parlaient d'art ou de philosophie, avec passion mais sans prétention, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

Le cinquième jour, Thatch ferma son livre plus tôt que d'habitude.

« Tu sais, je réalise que je connais pas ton nom. J'ai entendu les autres dire 'capitaine' mais c'est pas un nom. Tu veux pas me dire ? »

Silence.

« C'est bon. Je respecte ça. Je vais juste deviner alors. » Il plissa les yeux, feignant de réfléchir profondément. « Hmm... tu ressembles à une... Sakura ? Non, trop doux. Pas assez de caractère. Akane ? Ça veut dire rouge, comme tes cheveux. Mais non, ça sonne pas juste. »

Il continua à énumérer des noms. Kaori. Yuki. Hana. Chaque fois, il secouait la tête comme si le nom ne convenait pas.

« Oh, je sais ! Tsuyoshi ! Parce que t'es clairement forte. Même maintenant. Surtout maintenant. Ah attends, c'est un nom de garçon. Oublie ça. »

Ritsu sentit presque l'envie de lever les yeux au ciel. Presque. Cette absurdité était tellement stupide que c'en était presque... quoi ? Divertissant ? Non. Mais quelque chose.

« Bon, je vais juste t'appeler 'la tigresse' jusqu'à ce que tu me dises. Ça te va ? »

Il se dirigea vers la porte. Ritsu le regarda partir. Quelque chose en elle — peut-être juste l'agacement de ce stupide jeu de devinettes, peut-être autre chose — la poussa à attraper l'ardoise. Elle écrivit un seul mot, rapidement, avant de pouvoir changer d'avis.

Ritsu

Puis elle posa l'ardoise bien en vue sur le lit. Thatch s'arrêta à la porte, se retourna, vit l'ardoise. Son visage s'illumina d'un sourire large et sincère — le premier vrai sourire qu'elle lui voyait.

« Ritsu. C'est joli. Vraiment joli. Ça te va bien. Ravi de te connaître enfin officiellement, Ritsu. »

Et il sortit, ce sourire stupide encore sur son visage. Ritsu resta allongée, se demandant pourquoi elle avait fait ça. Pourquoi elle avait répondu. Pourquoi ça avait semblé important soudainement qu'il sache son nom. Elle ne comprenait pas. Mais quelque chose avait changé, minuscule, imperceptible presque. Elle avait répondu. Elle avait interagi. Et une partie d'elle — très petite, très enfouie — n'était pas sûre si c'était bien ou mal.


Une semaine s'était écoulée depuis que Thatch avait commencé ses visites quotidiennes. Une semaine de recettes lues à voix haute, de thé qui refroidissait sur la table de nuit, de commentaires occasionnels sur la météo ou l'équipage ou rien de particulier. Ritsu ne parlait toujours pas vraiment, écrivait parfois un mot ou deux sur l'ardoise, mais surtout elle observait. Elle observait cet homme qui venait tous les jours sans raison apparente, qui lisait ses stupides recettes, qui souriait facilement, qui semblait n'avoir aucun poids sur les épaules. Et plus elle l'observait, plus ça l'agaçait.

Il était libre. Complètement, totalement libre. Il allait et venait comme il voulait, entrait et sortait de l'infirmerie sans permission, sans contrainte, marchait sur le pont quand ça lui chantait, riait avec l'équipage, cuisinait quand il en avait envie. Aucune chaîne. Aucune limite visible. Aucune prison. Elle, pendant ce temps, était enchaînée à ce lit, prisonnière dans ce corps cassé, incapable de bouger plus de quelques mètres même si elle le voulait. Le contraste était écrasant.

Il était confiant aussi. Pas arrogant. Juste sûr de lui. Confortable dans sa peau. Il disait ce qu'il pensait sans hésitation, riait de ses propres blagues, s'assumait complètement. Elle avait passé toute sa vie à douter, à se remettre en question, à essayer de prouver qu'elle méritait sa place. Et maintenant elle était juste brisée, incertaine de tout, même de si elle voulait continuer à respirer.

Il faisait ce qu'il voulait. Pirate. Il vivait selon ses propres règles, suivait ses propres codes. Si quelque chose ne lui plaisait pas, il le changeait. Si quelqu'un l'emmerdait, il le disait. Si une loi semblait stupide, il l'ignorait. Elle avait toujours suivi les règles, toujours fait ce qu'on attendait d'elle, toujours essayé d'être la Marine parfaite. Et où ça l'avait menée ? Ici, avec une prime sur sa tête et une réputation détruite. Pendant que lui — ce criminel, ce pirate — se promenait librement sans conséquences. L'injustice la rongeait.

Il était entier. Pas cassé. Pas souillé. Pas détruit de l'intérieur. Il souriait facilement, riait souvent, semblait apprécier la vie sans cette lourdeur constante qui écrasait tout. Elle était en morceaux, des fragments qui ne se recollaient plus, des parties d'elle-même qui avaient été arrachées et qu'elle ne retrouverait jamais. Comment pouvait-il être si léger quand elle était si lourde ?

Il était son opposé complet. Là où elle cherchait l'ordre, il embrassait le chaos. Là où elle se contrôlait constamment, il se laissait vivre. Là où elle souffrait en silence, il parlait librement de tout et de rien. Liberté contre captivité. Confiance contre doute. Entier contre brisé. Tout en lui lui rappelait ce qu'elle n'était plus, ce qu'elle ne serait jamais.

Et le pire — le pire absolu — c'est qu'il ne semblait pas la juger. Il ne la regardait pas avec pitié. Ne la traitait pas comme une chose cassée qu'il fallait manipuler avec précaution. Ne parlait pas avec cette condescendance que tant d'autres avaient. Il la traitait comme une personne normale. Comme si elle était juste quelqu'un avec qui il partageait ses recettes, quelqu'un d'intéressant, quelqu'un qui méritait qu'on lui parle. Ça la déstabilisait complètement. Elle ne savait pas comment gérer ça. Cette normalité qui contrastait si violemment avec l'horreur de sa situation.

Un jour, pendant qu'il lisait une recette de poisson grillé, elle l'interrompit en tapant sur l'ardoise avec la craie. Il leva les yeux, surpris. Elle écrivit :

Pourquoi vous faites ça

« Faire quoi ? »

Venir ici. Me parler. Lire ces stupides recettes. Alors que je réponds jamais.

Thatch ferma son livre, la regardant vraiment pour la première fois depuis qu'il avait commencé ses visites.

« Parce que je pense que tout le monde mérite qu'on leur parle. Même ceux qui peuvent pas répondre. Peut-être surtout ceux qui peuvent pas. »

Pourquoi. Pourquoi vous vous souciez. Je suis Marine. Votre ennemie. Ou j'étais.

« T'es humaine. C'est tout ce qui compte vraiment. Marine, pirate, civil — on est tous juste des gens au final. »

Ritsu secoua la tête, agacée par cette réponse trop simple, trop naïve.

Vous êtes pirate. Vous vivez sans règles. Sans conséquences. Libre de faire ce que vous voulez.

« On a des règles. Juste pas les mêmes que les vôtres. Et crois-moi, il y a des conséquences. Peut-être pas de la Marine. Mais il y en a. »

Vous faites ce que vous voulez. Allez où vous voulez. Êtes qui vous voulez. Sans avoir à prouver quoi que ce soit.

« Ouais. C'est vrai. J'ai cette liberté. »

Et moi je suis enchaînée. Prisonnière. Cassée. Sans rien.

Le silence qui suivit fut lourd.

« Tu l'es maintenant. Mais tu le seras pas toujours. »

Ritsu rit — ce son rauque et amer qui sortait de sa gorge blessée. Écrivit : 

Vous savez rien

« T'as raison. Je sais rien de ce que tu ressens. Mais je sais ce que je vois. Du potentiel. De la force. À Sabaody. Avant que... avant tout ça. Je t'ai vue. La vraie toi. Celle qui a capturé ce rookie malgré nous. Celle qui s'est transformée en ce tigre magnifique et terrifiant. Celle qui gardait sa dignité même quand tout s'effondrait autour d'elle. »

Ritsu détourna le regard, ne voulant pas entendre ça.

« Cette femme est encore là. Quelque part sous toute cette douleur. Sous tout ce trauma. Elle est encore là. Enterrée peut-être. Mais pas morte. »

Non. Elle EST morte. Vous la voyez pas. Vous voyez ce que vous voulez voir.

« Peut-être. Peut-être que je vois ce que je veux voir. Mais je crois pas. Je crois que je vois qui tu es vraiment. Même si tu le vois pas toi-même maintenant. »

Ritsu jeta presque l'ardoise. L'agacement montait, montait, menaçant de déborder. Il ne comprenait rien. Rien. Il voyait ce qu'il voulait voir parce que c'était plus facile, plus confortable. Parce que croire qu'elle pouvait guérir était mieux que d'accepter qu'elle était irréparable. Mais c'était des conneries. Elle ÉTAIT irréparable. Cassée au-delà de toute réparation. Et aucun optimisme stupide n'allait changer ça.

Vous comprenez rien. Vous êtes libre. Entier. Confiant. Tout ce que je suis pas. Tout ce que je serai jamais.

Thatch lut les mots et hocha lentement la tête.

« T'as raison. Je suis libre. Et t'es prisonnière. Pour l'instant. Mais la liberté c'est pas juste physique. C'est mental aussi. Et mentalement... je suis peut-être pas aussi libre que tu penses. »

Ritsu fronça les sourcils.

Quoi

Mais Thatch secoua la tête.

« C'est pas important. Ce qui est important c'est que toi, tu peux être libre à nouveau. Différemment peut-être. Mais libre. »

Vous savez rien de ce que je peux ou peux pas être.

« Non. Mais j'aime bien penser que tout le monde peut se reconstruire. Même ceux qui pensent qu'ils le peuvent pas. »

Ritsu détourna le regard, refusant de continuer cette conversation. Thatch comprit le message. Il retourna à sa recette, lisant à voix haute comme si rien ne s'était passé. Mais Ritsu n'écoutait plus vraiment. Elle était trop occupée à ressasser ses pensées, à nourrir son agacement. Ce pirate optimiste avec ses stupides recettes et sa liberté facile et sa confiance inébranlable. Il l'agaçait. Profondément. Parce qu'il représentait tout ce qu'elle avait perdu, tout ce qu'elle ne récupérerait jamais. Et pourtant elle se surprenait à attendre ses visites. Pas parce qu'elle les aimait. Juste parce qu'elles remplissaient le vide. Brisaient la monotonie. Et ça l'agaçait encore plus.


Deux jours plus tard, Marco entra dans l'infirmerie accompagné de Yori. Ritsu le vit immédiatement et se raidit. Marco ne venait jamais. Yori venait régulièrement mais jamais avec Marco. Quelque chose n'allait pas. Leurs expressions le confirmaient. Sérieuses. Graves. Tendues.

« On doit te parler de quelque chose. »

Ritsu attrapa son ardoise.

Quoi

Yori et Marco échangèrent un regard. Puis Yori prit la parole.

« La Marine a émis un avis de recherche. Pour toi. »

Je sais. Je suis portée disparue. Ritsu écrivit rapidement. C'est normal.

Marco secoua la tête.

« Non. Pas disparue, yoi. Désertrice. »

Le monde de Ritsu s'arrêta. Ses mains se figèrent sur l'ardoise. Son cœur manqua un battement. Puis deux. Puis recommença à battre beaucoup trop vite. Elle écrivit frénétiquement, les lettres tremblantes et désordonnées.

QUOI

« Ils disent que tu as déserté. Que tu t'es enfuie avec nous volontairement. Que tu as trahi la Marine. »

Non non non c'est pas vrai je—

Marco s'approcha lentement et posa un papier sur le lit à côté d'elle. Un avis de recherche officiel. Ritsu le regarda et son monde s'effondra complètement. C'était sa photo. Une vieille photo prise il y a quelques années quand elle était lieutenant. Elle portait son uniforme impeccable, regardait l'objectif avec cette expression sérieuse et déterminée qu'elle avait cultivée. Elle paraissait si jeune. Si intacte. Si pleine d'espoir. Mais ce n'était pas la photo qui lui coupa le souffle. C'était le texte.

RECHERCHÉE POUR DÉSERTION

CAPITAINE RITSU

PRIME : 75,000,000 BERRYS

MORTE OU VIVANTE

Morte ou vivante. Même pas "de préférence vivante" comme certains avis de recherche le précisaient. Juste morte ou vivante. Comme si sa vie n'avait aucune valeur. Les mots dansaient devant ses yeux. Elle les lut, puis les relut, puis encore. Désertion. Pas disparue. Pas kidnappée. Pas victime. Désertrice. Traîtresse.

Ses mains commencèrent à trembler violemment. L'ardoise glissa de ses doigts et tomba sur le lit.

Elle attrapa l'ardoise à nouveau, écrivit d'une main qui tremblait si fort que les lettres étaient presque illisibles.

Ils pensent vraiment que j'ai déserté

« Apparemment, yoi. Quelqu'un les a convaincus. Quelqu'un qui savait que t'étais avec nous. »

Ritsu réalisa immédiatement. Vadric. Le nom explosa dans son esprit avec une clarté terrible. Il a fait ça. Bien sûr qu'il l'a fait. Même ma réputation. Même mon honneur. Il a détruit ça aussi.

Elle écrivit avec rage, appuyant si fort que la craie se brisa.

Ma vie est finie. Vraiment finie. Il ne reste RIEN. Je peux pas retourner. Jamais. Ils me tueront. Morte ou vivante. Ils préfèrent probablement morte. Tout ce que j'ai fait. Toutes ces années. Détruit en une nuit.

Elle jeta l'ardoise. Elle s'écrasa contre le mur avec un bruit sec, se fissurant. Puis Ritsu se recroquevilla, se repliant sur elle-même, tremblant violemment.

Non non non c'est pas juste ce n'est PAS JUSTE—

Yori fit un pas vers elle mais Marco l'arrêta d'un geste. Ils savaient qu'elle ne voulait pas être touchée. Surtout pas maintenant.

« Je sais que c'est difficile. »

Ritsu secoua la tête violemment. Difficile. DIFFICILE. Le mot était tellement inadéquat que c'en était presque drôle. Elle attrapa une autre ardoise — celle de secours que Tachi gardait toujours là. Écrivit avec des mouvements saccadés, presque violents.

Vous comprenez pas. MA VIE ENTIÈRE. Mon travail. Ma carrière. Tout ce que j'ai construit. DÉTRUIT. 

Les larmes coulaient maintenant. Elle ne les arrêtait même pas. Ne les essuyait pas.

Et je peux RIEN faire. Je suis prisonnière ici. Enchaînée. Faible. Cassée. 

Elle lança cette ardoise aussi. Puis elle hurla — ce son horrible et rauque qui sortait de sa gorge blessée et qui ne ressemblait même plus à un cri humain. Marco et Yori ne bougèrent pas. Laissèrent juste la tempête se déverser.

Ritsu sanglotait maintenant, silencieusement parce que sa voix ne fonctionnait pas mais son corps secouait de sanglots qui ne produisaient aucun son. C'était peut-être pire. Ces pleurs silencieux qui disaient tellement plus que n'importe quel cri. Finalement, épuisée, elle s'effondra en arrière contre l'oreiller. Ses yeux étaient vides à nouveau. Cette dissociation familière qui la protégeait quand la réalité devenait trop insupportable. Elle fixait le plafond, ne voyait rien, n'entendait rien. Partie dans ce lieu sûr dans sa tête où rien ne pouvait l'atteindre.

Yori et Marco échangèrent un regard lourd.

« On va chercher des informations. Sur qui a vraiment lancé cet avis. Sur ce qui s'est passé. On va découvrir la vérité. »

Ritsu ne réagit pas. N'entendit probablement même pas. Ils sortirent doucement, laissant cette femme brisée seule avec ses pensées et son désespoir.

Dans le couloir, Marco alluma une cigarette d'une main tremblante.

« Elle va pas s'en remettre, yoi. L'avis de recherche... c'est permanent. Ça change pas. »

« Je sais. Mais qu'est-ce qu'on peut faire ? »

« Trouver qui a fait ça. Découvrir la vérité. Au moins elle saura qu'on cherche. Que quelqu'un se bat pour elle. »

« Ça changera rien à l'avis de recherche. »

« Non. Mais ça changera peut-être quelque chose pour elle. Ou peut-être pas. Je sais plus. »

Ils restèrent là dans le couloir, ne sachant pas quoi faire d'autre. Dans l'infirmerie, Ritsu fixait toujours le plafond. Une seule pensée tournait en boucle dans sa tête. Ma vie est finie. Vraiment, définitivement, complètement finie. Il n'y a plus d'issue. Plus d'espoir. Plus rien.


Les jours qui suivirent l'annonce de l'avis de recherche furent les pires depuis que Ritsu avait été enchaînée. Elle refusait complètement de manger maintenant. Même les quelques bouchées qu'elle prenait avant avaient cessé. Tachi apportait des plateaux trois fois par jour et les rapportait intacts.

« Elle va mourir de faim. On doit faire quelque chose. »

« Quoi ? La forcer ? Lui mettre une sonde d'alimentation ? Ça va juste la traumatiser encore plus. »

« Alors on fait rien ? On la regarde juste se laisser mourir ? »

« Je sais pas. Je sais vraiment pas. »

Ritsu ne communiquait plus non plus, même par ardoise. Tachi avait remplacé celles qu'elle avait jetées mais elles restaient inutilisées sur la table de nuit. Elle fixait juste le mur, pendant des heures, des jours, sans bouger, sans réagir.

Thatch essayait toujours de venir. Il s'installait dans son coin, ouvrait son livre, commençait à lire. Mais Ritsu ne réagissait même plus. Ne tournait même plus la tête. C'était comme si elle n'était plus là du tout.

« Elle m'entend même plus. Avant, je voyais qu'elle écoutait. Même si elle voulait pas. Mais maintenant... c'est comme parler à un mur. »

« L'avis de recherche l'a détruite, yoi. C'était son dernier espoir. Même si elle s'en rendait pas compte. »

Sur le navire, la nouvelle s'était répandue rapidement. La marine dans l'infirmerie avait une prime maintenant. Soixante-quinze millions. Pour désertion. Les réactions étaient divisées. Certains membres de l'équipage commençaient à la voir différemment.

« Si la Marine dit qu'elle a déserté, c'est que c'est vrai, non ? »

« Peut-être qu'elle nous a rejoints volontairement. Peut-être que tout ce truc de la trouver blessée était une mise en scène. »

« Soixante-quinze millions c'est beaucoup pour une simple capitaine. Elle devait avoir des informations importantes. »

Les divisions grandissaient. Certains croyaient la version officielle. D'autres doutaient. La plupart ne savaient pas quoi penser. Barbe Blanche dut intervenir à nouveau. Il rassembla l'équipage sur le pont principal un matin, sa stature massive dominant tout le monde.

« J'ai entendu les rumeurs. Sur la femme dans l'infirmerie. Sur l'avis de recherche. Sur ce que ça signifie. Voilà ce que ça signifie : rien. La Marine ment. Ils mentent pour protéger leurs membres. Ils mentent pour cacher leurs crimes. Ils mentent parce que c'est plus facile que d'accepter la vérité. Cette femme n'a pas déserté. »

Il frappa son bisento contre le pont — un coup qui résonna comme le tonnerre.

« Elle a été attaquée. Laissée pour morte. Par un de leurs propres officiers. Et maintenant ils la salissent pour couvrir leurs traces. Elle est sous ma protection. Tant qu'elle est sur mon navire, elle est en sécurité. Quiconque la menace me menace. Quiconque parle contre elle parle contre moi. C'est clair ? »

Des hochements de tête unanimes.

« Bien. Retournez à vos tâches. »

L'équipage se dispersa. Les murmures ne cessèrent pas complètement mais ils devinrent plus prudents. Plus respectueux.

Thatch, qui avait assisté à la scène, sentit quelque chose de chaud dans sa poitrine. De la gratitude. Du soulagement. Mais aussi de la rage.

« C'est des conneries ! Elle a pas déserté ! Il suffit de la regarder ! »

« On sait. Tout le monde qui l'a vue le sait. »

« Elle voulait MOURIR ! Pourquoi elle déserterait ?! Ça a aucun sens ! »

« Les mensonges ont rarement du sens, yoi. Mais ils sont quand même crus. »

« Alors qu'est-ce qu'on fait ? On reste juste assis pendant qu'elle souffre ? Pendant que le monstre qui lui a fait ça est libre ? »

Marco tira sur sa cigarette, réfléchissant.

« J'ai une idée. Jinbei. »

« Le Grand Corsaire ? Pourquoi ? »

« Parce qu'il a des contacts partout. Dans la Marine aussi. Si quelqu'un peut se renseigner discrètement sur qui a lancé cet avis de recherche... c'est lui. »

« Tu penses qu'il le ferait ? »

« Pour Pops ? Ouais. Il le ferait. Je vais l'appeler ce soir. Voir ce qu'il peut trouver. »

« Ça va prendre du temps. Des semaines peut-être. Des mois. »

« On a le temps. Elle va nulle part. » 

« Et si on découvre qui c'est ? Qu'est-ce qu'on fait ? On va le tuer ? »

« On verra. D'abord on trouve la vérité. Ensuite, on décide. »

« Elle doit savoir qu'on cherche. Elle doit savoir que quelqu'un se bat pour elle. »

« On lui dira. Quand j'aurai contacté Jinbei. Quand on aura commencé à chercher vraiment. »


Cette nuit-là, Marco monta sur le pont avec un escargophone. L'air était frais. Le ciel était clair et étoilé. L'océan s'étendait à l'infini dans toutes les directions. Il composa le numéro de mémoire. Attendit. Trois sonneries. Puis une voix profonde et familière répondit.

« Moshi moshi. »

« Jinbei. C'est Marco. De l'équipage de Barbe Blanche. »

« Marco-san. Ça fait longtemps. Comment va Oyaji ? »

« Pops va bien, yoi. Mais on a une situation. J'ai besoin de ton aide. »

Le ton de Jinbei changea — plus sérieux, plus concentré.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« Tu es seul ? Personne peut écouter ? »

« Je suis seul. Parle librement. »

Marco prit une grande respiration et commença à raconter toute l'histoire. Sabaody. La femme qu'ils avaient trouvée. Ses blessures. Son trauma. L'avis de recherche pour désertion. Jinbei écouta sans l'interrompre. Quand Marco eut fini, le silence s'étira pendant plusieurs secondes.

« Je vois. Et tu veux que je cherche des informations. »

« Si tu peux, yoi. Discrètement. On veut savoir qui a lancé l'avis de recherche. Qui a fait le rapport. Qui était son supérieur à Sabaody. Tout ce que tu peux trouver. »

« Son nom ? »

« Ritsu. Capitaine. Cheveux roux. Utilisatrice de fruit du démon — Neko Neko no Mi, modèle tigre blanc. »

« D'accord. Ça va prendre du temps. La Marine protège ses secrets. Mais j'ai des contacts. Des sources. Je peux creuser. »

« Merci. »

« Mais Marco-san... Quand tu trouveras qui a fait ça. Qu'est-ce que tu comptes faire ? »

Marco ne répondit pas immédiatement. C'était une bonne question. Une question à laquelle ils n'avaient pas vraiment de réponse.

« Je sais pas encore. Mais d'abord on veut savoir. La vérité. Pour elle. Pour qu'elle sache qu'on la croit. Qu'on cherche. »

« Elle sait que vous cherchez ? »

« Pas encore. Elle est... très loin. Perdue dans sa tête. Mais on va lui dire. Quand t'auras commencé. Peut-être que ça aide. Un peu. »

« Ou peut-être que ça rend les choses pires. Si elle apprend qui c'est et qu'elle peut rien faire. Que vous pouvez rien faire. »

« C'est un risque. Mais ne rien faire... la laisser penser que personne cherche, que personne se soucie... ça me semble pire. »

Jinbei réfléchit un moment. « D'accord. Je vais chercher. Ça prendra peut-être des semaines. Peut-être des mois. Mais je chercherai. »

« Merci, Jinbei. Vraiment. »

Ils échangèrent encore quelques mots puis se dirent au revoir. Marco resta sur le pont longtemps après avoir raccroché, fumant cigarette sur cigarette, regardant les étoiles.


À Sabaody, dans un bureau luxueux donnant sur le port, Vadric lisait le rapport avec satisfaction. L'avis de recherche avait été émis. Officiel. Signé par le Quartier Général. Soixante-quinze millions de berrys pour la désertrice Ritsu. Morte ou vivante. Il sourit.

Parfait.

Même si elle avait survécu — et il refusait toujours de vraiment croire qu'elle l'avait fait — elle ne pourrait jamais revenir. Jamais expliquer. Jamais l'accuser. Elle était finie. Complètement. Définitivement. Et lui... lui il était célébré pour avoir "découvert" sa trahison. Pour avoir rapporté son départ avec des pirates. Pour avoir protégé la Marine d'une infiltration potentielle. Sa réputation n'avait jamais été aussi bonne.

Il posa le rapport et se servit un verre de whisky. Le leva en un toast silencieux.

À toi, Ritsu. Où que tu sois. Morte ou vivante. Tu as perdu.

Il but, savourant le goût et la victoire. Un coup à la porte interrompit ses pensées.

« Entrez. »

La porte s'ouvrit. Kenji entra, saluant respectueusement.

« Vous m'avez demandé, Vice-Amiral ? »

« Oui. Assieds-toi. »

Kenji obéit, se demandant ce que Vadric voulait. Il avait été convoqué sans explication. Depuis l'annonce de l'avis de recherche, Kenji avait tourné et retourné la situation dans sa tête. Il savait — dans ses tripes, sans preuve mais avec certitude — que quelque chose n'allait pas. Ritsu ne désertait pas. Elle était trop loyale, trop dévouée, trop Ritsu. Quelque chose d'autre s'était passé. Et il avait l'horrible pressentiment que Vadric était impliqué.

« J'ai de bonnes nouvelles. Pour toi. Tu as été un second exemplaire. Loyal. Compétent. Dévoué au capitaine Ritsu pendant toutes ces années. »

« Merci, Vice-Amiral. »

« Donc j'ai pensé... Qui de mieux pour prendre sa place ? Tu es promu capitaine. Effectif immédiatement. Tu prends le commandement de l'équipage de Ritsu. Félicitations. »

Les mots semblaient venir de très loin. Kenji les entendit mais son cerveau refusait de les traiter.

Promotion. Maintenant. Après qu'elle soit déclarée désertrice.

« Je... merci, Vice-Amiral. C'est un honneur. »

« Tu le mérites. Et tu auras l'opportunité de prouver encore plus ta valeur. J'ai une mission pour toi. Grand Line. Escorte de convoi. Important. Dangereux. Six mois minimum. Départ dans trois jours. »

Kenji sentit la pièce se resserrer autour de lui.

Il m'éloigne. Bien sûr qu'il m'éloigne. Parce que je pose trop de questions. Parce que je ne crois pas son histoire de désertion. Parce que je cherche la vérité.

« Trois jours ? C'est... rapide. »

« Les ordres sont les ordres. Tu as un problème avec ça ? »

« Non, Vice-Amiral. Aucun problème. »

« Bien. Tes ordres seront prêts demain. Tu peux disposer. »

Kenji se leva, salua, se dirigea vers la porte. Puis il s'arrêta. Une idée — folle, dangereuse, probablement stupide — germa dans son esprit. Il se retourna.

« Vice-Amiral ? »

« Oui ? »

« Je... Je voudrais demander quelque chose. Un transfert. Vers votre équipage. Pour servir sous vos ordres directement. »

Vadric leva les yeux, surpris.

« Pourquoi ? »

Kenji avait préparé sa réponse. L'avait répétée dans sa tête pendant les deux secondes entre l'idée et les mots.

« Parce que vous êtes un des officiers les plus expérimentés de la Marine. Parce que j'ai énormément à apprendre. Le capitaine Ritsu était excellente mais... vous êtes Vice-Amiral. Vous avez navigué dans des eaux politiques que je ne peux qu'imaginer. Si je veux vraiment progresser dans ma carrière, apprendre comment gérer les situations complexes, comprendre comment la Marine fonctionne vraiment aux niveaux supérieurs... Qui de mieux pour m'enseigner que vous ? »

C'était un mensonge complet et ils le savaient probablement tous les deux. Mais Vadric ne pouvait pas refuser sans raison. Pas sans révéler qu'il voulait spécifiquement que Kenji soit loin. Vadric l'observa pendant un long moment. Kenji pouvait presque voir les rouages tourner dans sa tête.

Accepter signifie le garder près. Où il peut observer. Questionner. Fouiller. Mais refuser sans raison valable serait suspect. Qu'est-ce qui est plus risqué ?

Finalement, Vadric sourit — un sourire qui ne montait pas jusqu'à ses yeux.

« Tu es ambitieux. J'aime ça. »

« Oui, Vice-Amiral. »

« Et tu penses que je peux t'aider dans cette ambition. »

« J'en suis certain. »

Vadric se cala dans sa chaise, les doigts joints devant lui.

« Tu refuses la promotion de capitaine indépendant pour servir sous mes ordres comme lieutenant ? »

« Non, Vice-Amiral. J'accepte la promotion. Mais je demande à l'exercer sous votre commandement. Comme capitaine dans votre flotte personnelle. »

« Intéressant. Tu réalises que servir sous mes ordres directs signifie suivre mes ordres. Sans question. Sans hésitation. »

« Je comprends parfaitement. »

« Et que la mission que j'ai mentionnée... on y va ensemble. Toi. Moi. Mon équipe. Grand Line. Six mois. »

« Ça me convient parfaitement, Vice-Amiral. »

Vadric l'observa encore, cherchant le piège, la ruse, la vraie raison. Kenji garda son expression neutre. Respectueuse. Ambitieuse mais pas trop. Exactement ce qu'un jeune capitaine promu devrait montrer.

« D'accord. Bienvenue dans mon équipe, capitaine Kenji. »

« Merci, Vice-Amiral. Je vous décevrai pas. »

« Je l'espère. Parce que je ne tolère pas les déceptions. Ni les trahisons. Tu comprends ? »

Le sous-texte était clair. Je te garde à l'œil. Un faux pas et tu es fini.

« Je comprends parfaitement, Vice-Amiral. »

« Bien. Maintenant va préparer tes affaires. On part dans trois jours. »

Kenji salua une dernière fois et sortit. Dans le couloir, il s'adossa au mur, son cœur battant si fort qu'il l'entendait dans ses oreilles.

Qu'est-ce que je viens de faire ?

Il venait de se mettre volontairement sous les ordres de l'homme qu'il soupçonnait — savait presque — d'être impliqué dans la disparition ou pire de Ritsu. C'était de la folie. Mais c'était aussi la seule façon. La seule façon de rester proche. De surveiller. De chercher des preuves. De découvrir la vérité. Parce que Kenji savait que Vadric avait menti. Sur tout. L'avis de recherche pour désertion était un mensonge. Quelque chose d'horrible s'était passé à Sabaody et Vadric le couvrait. Et Kenji allait découvrir quoi. Même si ça prenait six mois. Un an. Cinq ans. Il découvrirait la vérité.

Si tu es vivante quelque part, capitaine, je te retrouverai. Je découvrirai ce qui t'est arrivé. Et je ferai payer celui qui t'a fait ça. Je le promets.

Il poussa du mur et se dirigea vers ses quartiers pour commencer à préparer. Il avait trois jours. Trois jours avant de monter sur un navire avec un monstre. Trois jours pour se préparer à jouer le rôle de sa vie. Parce qu'un faux pas — une seule question de trop, un seul regard suspect — et Vadric le détruirait. Mais Kenji était prêt à prendre ce risque. Pour Ritsu. Pour la vérité. Pour la justice que la Marine était censée représenter mais qu'elle avait abandonnée.


Trois jours après l'annonce de l'avis de recherche, Ritsu n'avait toujours pas bougé de sa position — allongée, fixant le mur, partie dans sa dissociation. Tachi entrait régulièrement. Changeait les bandages. Vérifiait les signes vitaux. Apportait de la nourriture qui restait intacte. Parlait doucement même sans recevoir de réponse.

Ce soir-là, au lieu de partir après ses soins habituels, Tachi tira la chaise près du lit et s'assit.

« Je vais vous raconter quelque chose. Vous êtes pas obligée d'écouter. Vous êtes pas obligée de réagir. Mais je vais quand même raconter. »

Ritsu ne bougea pas. Mais quelque part, enfouie sous les couches de dissociation, une petite partie d'elle écoutait.

« Vous savez, j'ai pas toujours été infirmière. J'avais une vie avant. Avant le Moby Dick. Avant Barbe Blanche. J'étais esclave. »

Ces mots flottèrent dans l'air. Lourds. Chargés.

« Vendue à huit ans par mes propres parents. Ils étaient pauvres. Désespérés. Avaient trop d'enfants et pas assez de nourriture. Alors ils ont vendu la plus jeune. Moi. J'ai été achetée par un marchand qui me revendait à quelqu'un d'autre. Puis à quelqu'un d'autre. Encore et encore. J'ai appartenu à sept propriétaires différents avant mes seize ans. Certains étaient cruels. Me battaient pour rien. Pour le plaisir. D'autres étaient juste indifférents. Je n'étais qu'un objet. Un outil. Quelque chose qu'on utilisait et qu'on jetait. Le dernier était le pire. Un noble. Il collectionnait les esclaves comme d'autres collectionnent des timbres. Nous gardait dans des cages. Nous utilisait pour... Vous pouvez imaginer. »

Ritsu pouvait. Trop bien.

« À seize ans, j'ai décidé que j'en avais assez. Que je préférais mourir que continuer comme ça. Alors j'ai volé un couteau aux cuisines. J'ai attendu la nuit. Et j'ai essayé. »

Elle leva sa manche gauche, révélant une longue cicatrice pâle qui courait le long de son avant-bras.

« Mais je savais pas comment le faire correctement. J'ai coupé dans le mauvais sens. Pas assez profond. Un autre esclave m'a trouvée. A alerté les gardes. Ils m'ont sauvée. Puis ils m'ont battue pour avoir 'abîmé la propriété'. »

Elle baissa sa manche.

« Pendant trois mois après ça, j'ai existé dans un brouillard. Comme vous maintenant. Partie. Ailleurs. Parce que c'était plus sûr que d'être présente. Puis notre navire a été attaqué. Pirates. J'ai pensé que c'était la fin. Que ça allait être pire. Que j'allais juste échanger un enfer pour un autre. Mais c'était Barbe Blanche. »

Ritsu tourna enfin la tête pour la regarder directement.

« Il a coulé le navire du noble. Tué les gardes. Libéré tous les esclaves. Et il nous a donné un choix. Rester avec lui. Ou partir libres avec de l'argent pour recommencer ailleurs. La plupart sont partis. Sont retournés chez eux. Ou ont cherché de nouvelles vies. Mais moi... J'avais nulle part où aller. Ma famille m'avait vendue. Je savais rien faire sauf servir. Et j'avais peur. Tellement peur de tout. Alors je suis restée. Pops m'a assignée aux cuisines d'abord. Travail simple. Sûr. Puis j'ai montré un intérêt pour soigner les blessures. Lady m'a prise comme apprentie. Et maintenant je suis ici. Infirmière en chef sur le navire du pirate le plus redouté du monde. Mon point, c'est que quand j'avais seize ans et que j'essayais de me tuer dans cette cage... je pensais que ma vie était finie. Qu'il n'y avait aucun futur pour moi. Que je serais esclave jusqu'à ma mort ou que je mourrais en essayant de m'échapper. Mais je me trompais. Parce que trois mois plus tard, tout a changé. D'une façon que j'aurais jamais pu imaginer. D'une façon que j'aurais jamais crue possible. »

Ritsu attrapa lentement l'ardoise. Écrivit d'une main tremblante.

Vous aviez un choix. On vous a donné un choix. Moi j'ai rien.

« Vous avez le choix de vivre ou mourir. C'est le plus important. Le choix le plus fondamental. »

C'est pas un choix si vous m'en empêchez.

« Vous avez raison. On vous enlève ce choix. Temporairement. Parce qu'on pense que vous le prenez dans la douleur. Dans le désespoir. Et que dans six mois, un an, vous pourriez choisir différemment. »

Vous savez pas ça.

« Non. On sait pas. Mais on espère. Parce que l'alternative — vous laisser mourir quand il pourrait y avoir un futur — c'est quelque chose qu'on peut pas accepter. »

Ritsu secoua la tête, écrivit à nouveau.

Mon futur est détruit. Prime. Désertrice. Traîtresse. Il reste rien.

« Votre ancienne vie est détruite. Oui. Vous pouvez pas retourner à la Marine. Vous pouvez pas redevenir qui vous étiez. Mais ça veut pas dire qu'il y a pas de futur. Une nouvelle vie. Différente de celle que vous imaginiez. Peut-être ici. Peut-être ailleurs. Avec un nouveau nom. Une nouvelle identité. Il y a des îles où la Marine va jamais. Des endroits où les avis de recherche comptent pas. »

En me cachant pour toujours. C'est pas de la liberté. C'est de la survie.

« Au début, oui. Mais avec le temps... la survie devient vivre. Si vous la laissez. »

Elle se leva, se dirigeant vers la fenêtre.

« Vous savez quelle a été ma première vraie pensée libre ? Trois mois après avoir rejoint l'équipage. Thatch racontait une blague stupide pendant le dîner. Et je riais. Vraiment riais. Pour la première fois en huit ans. C'était un petit moment. Presque rien. Une blague stupide et un rire. Mais c'était le début. Le début de redevenir une personne au lieu d'une chose. Le début de vivre au lieu de juste survivre. »

Elle revint vers le lit.

« Ça va venir pour vous aussi. Si vous le laissez. Un jour vous allez rire à quelque chose. Ou sourire. Ou juste ressentir autre chose que de la douleur. Et ce sera le début. Votre début. »

Ritsu écrivit avec amertume.

Je veux pas d'un début. Je veux une fin.

« Je sais. Maintenant. Mais un jour... peut-être que vous voudrez autre chose. Et on sera là. Attendant. Espérant. Se battant pour vous même quand vous voulez pas qu'on se batte. »

Elle posa doucement sa main sur l'ardoise — pas sur Ritsu, juste sur l'ardoise.

« Votre vie n'est pas finie. Elle vient juste de changer de direction. D'une façon horrible, oui. Traumatisante. Injuste. Mais pas finie. Jamais finie tant que vous respirez. »

Ritsu détourna le regard. Ne voulait pas entendre ça. Ne voulait pas cet espoir qui faisait mal. Tachi comprit. Elle retira sa main, se dirigea vers la porte.

« Je reviendrai demain. Comme toujours. Et Ritsu ? La douleur s'atténue. Je vous promets. Lentement. Presque imperceptiblement parfois. Mais elle s'atténue. »

Elle sortit, fermant doucement la porte. Ritsu resta allongée, fixant le mur à nouveau. Les mots de Tachi résonnaient dans sa tête malgré elle.

La douleur s'atténue. Votre vie n'est pas finie. Un jour vous rirez.

Chaque affirmation semblait plus absurde que la précédente. Elle ne pouvait pas imaginer rire. Ne pouvait pas imaginer ressentir autre chose que cette douleur constante qui la consumait. Mais une petite partie d'elle — minuscule, enterrée profond sous toutes les couches de trauma — se demandait si Tachi avait raison. Si peut-être, juste peut-être, il y avait quelque chose d'autre possible. Elle écrasa cette pensée immédiatement. Parce que l'espoir était dangereux. L'espoir faisait croire que les choses pouvaient s'améliorer et puis vous détruisait quand elles empiraient. Non. Mieux valait ne pas espérer. Mieux valait accepter que c'était tout ce qu'il y avait.

Mais cette nuit-là, quand Tachi revint avec le dîner, Ritsu mangea quatre cuillerées de bouillon au lieu de trois. Pas parce qu'elle voulait vivre. Pas parce qu'elle croyait que les choses s'amélioreraient. Juste parce que... Elle ne savait pas vraiment pourquoi. Peut-être juste parce qu'une partie d'elle — très petite, presque imperceptible — n'était pas encore tout à fait prête à abandonner complètement. Même si elle ne l'admettrait jamais. Surtout pas à elle-même.


— À suivre —

Publié : 26//02/2026


La vérité mérite-t-elle qu’on risque sa vie pour elle ?

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