Sad Song
L'aube se levait à peine sur le Nouveau Monde, peignant le ciel de nuances roses et dorées qui se reflétaient sur les vagues calmes autour du Moby Dick. Ritsu était déjà debout depuis une heure, incapable de dormir plus longtemps, son corps réclamant maintenant le mouvement et l'activité après des semaines passées dans un lit d'hôpital. Elle s'étirait dans sa petite chambre, suivant la routine que Marco lui avait enseignée, sentant ses muscles se réchauffer progressivement, se préparant pour la session d'entraînement matinale qui était devenue aussi essentielle à sa journée que respirer.
Aujourd'hui marquait le début de la cinquième semaine depuis les révélations sur Vadric et les trois femmes disparues. Cinq semaines pendant lesquelles Ritsu avait travaillé sans relâche pour reconstruire non seulement son corps mais aussi son esprit, pour redevenir la guerrière qu'elle avait été avant que tout soit brisé dans cette ruelle sombre.
Elle rejoignit Marco sur le pont comme chaque matin, trouvant le commandant déjà là avec deux bouteilles d'eau et une expression qui suggérait qu'il avait préparé quelque chose de plus exigeant que d'habitude. Le soleil levant illuminait ses cheveux blonds et faisait briller les lunettes qu'il portait parfois pour lire les rapports médicaux.
« Prête pour quelque chose de différent aujourd'hui ? » demanda-t-il en lui lançant une des bouteilles qu'elle attrapa facilement, ses réflexes revenus presque à leur niveau d'avant.
Ritsu hocha la tête, curieuse de voir ce qu'il avait en tête. Marco sourit et commença à lui montrer une série de mouvements qui ressemblaient beaucoup plus à du combat réel qu'aux exercices de réhabilitation qu'ils avaient fait jusqu'à maintenant. Des enchaînements complexes qui combinaient coups de poing, coups de pied, esquives et contre-attaques, le genre de techniques qu'on utilisait quand on se battait vraiment pour sa vie.
« On passe aux choses sérieuses maintenant, yoi, » expliqua-t-il en démontrant un enchaînement fluide qui terminait avec un coup de coude dévastateur. « Ton corps est assez fort maintenant pour gérer ça. »
Ritsu suivit ses mouvements avec une concentration intense, copiant chaque geste aussi précisément que possible. Son corps se souvenait de ce genre d'entraînement même après des semaines d'inactivité, la mémoire musculaire s'éveillant comme si elle n'avait jamais dormi. C'était plus difficile qu'avant, ses muscles protestaient encore contre l'effort intense, mais c'était aussi incroyablement satisfaisant de sentir cette puissance revenir progressivement.
Ils travaillèrent ensemble pendant plus d'une heure, Marco la corrigeant quand nécessaire, l'encourageant quand elle réussissait un mouvement particulièrement complexe. Ritsu était couverte de sueur et tremblait d'épuisement quand ils eurent terminé, mais elle se sentait aussi plus vivante qu'elle ne s'était sentie depuis des mois.
« Excellent travail, » commenta Marco en lui tendant une serviette. « Dans quelques semaines, tu seras presque au niveau d'avant. Peut-être même meilleure si tu continues comme ça. »
Ritsu attrapa l'ardoise qu'elle gardait toujours à portée de main et écrivit :
Meilleure comment ?
« Plus motivée, » répondit Marco simplement. « Avant tu t'entraînais parce que c'était ton travail, parce que c'était ce qu'on attendait de toi. Maintenant tu t'entraînes parce que tu VEUX le faire, parce que c'est important pour toi. Ça fait toute la différence. »
Ce fut pendant qu'elle s'étirait après l'entraînement, faisant un mouvement qui tirait particulièrement sur ses muscles abdominaux encore sensibles, qu'un son étrange sortit de sa gorge. Un grognement bref et involontaire provoqué par l'effort et la légère douleur, mais indéniablement un son vocal.
Ritsu se figea immédiatement, ses yeux s'écarquillant de choc. Sa main vola vers sa gorge, touchant doucement la cicatrice qui marquait l'endroit où Vadric l'avait tranchée, incapable de croire ce qui venait de se passer.
Marco s'était également figé, la regardant avec une expression mélangée de surprise et d'excitation prudente.
« Tu viens de faire un son, yoi, » dit-il lentement, comme s'il avait peur que parler trop fort pourrait briser ce moment fragile.
Ritsu continua de tenir sa gorge, sentant les vibrations résiduelles sous ses doigts, cette sensation étrange et merveilleuse de quelque chose qui bougeait là où tout avait été silencieux pendant si longtemps. Elle essaya de reproduire le son volontairement, ouvrant sa bouche et forçant l'air à travers ses cordes vocales endommagées, mais rien ne sortit cette fois.
« Ne force pas, » conseilla Marco en s'approchant prudemment. « Viens, on va voir Yori tout de suite. »
Ils trouvèrent médecin dans son bureau, déjà réveillé et en train de réviser des notes médicales avec une tasse de café fumant près de son coude. Quand Marco lui expliqua ce qui s'était passé, Yori posa immédiatement sa tasse et se leva avec une vivacité qui contredisait sa fatigue.
« Assieds-toi, » ordonna-t-il en indiquant la chaise d'examen. « Je veux vérifier ta gorge. »
Ritsu obéit, nerveuse mais aussi remplie d'un espoir fragile qu'elle n'osait pas vraiment reconnaître. Yori examina sa gorge avec des instruments délicats, palpant doucement la cicatrice externe, utilisant un petit miroir pour regarder à l'intérieur, demandant à Ritsu d'ouvrir la bouche et de tirer la langue, de déglutir, de respirer profondément.
« Les tissus se sont suffisamment régénérés pour permettre des vibrations, » annonça-t-il finalement en reculant et en rangeant ses instruments. « Tes cordes vocales sont endommagées mais fonctionnelles, ce qui signifie que oui, tu peux techniquement parler maintenant. »
Ritsu sentit son cœur bondir dans sa poitrine, un sourire commençant à se former sur ses lèvres, mais Yori leva immédiatement une main pour tempérer son enthousiasme.
« MAIS, » continua-t-il avec fermeté, « et c'est un mais très important que tu dois comprendre, Ritsu. Ta voix ne sera JAMAIS comme avant. Les dommages sont permanents. Ta voix sera rauque, éraillée, probablement douloureuse à utiliser au début. Tu auras des limitations, certains sons seront peut-être impossibles à produire, tu ne pourras probablement pas crier ou chanter. »
Il s'assit en face d'elle, s'assurant qu'elle comprenait vraiment la gravité de ce qu'il disait.
« La récupération vocale va prendre des mois, peut-être même des années pour atteindre le niveau maximum que tes cordes endommagées peuvent supporter, » expliqua-t-il. « Tu devras y aller très lentement, quelques minutes par jour au début, sinon tu risques d'aggraver les dommages. »
Ritsu hocha la tête, comprenant les limitations mais ne se souciant pas vraiment. Elle pouvait parler. Endommagée, imparfaite, douloureuse peut-être, mais elle pouvait parler. C'était plus qu'elle n'avait osé espérer il y a quelques semaines.
Elle écrivit sur l'ardoise :
Je peux essayer maintenant ?
« Oui, mais juste un son simple, » permit Yori. « Essaie juste de produire une voyelle. Un 'ah' peut-être. Rien de plus pour aujourd'hui. »
Ritsu prit une grande inspiration, se concentrant sur cette sensation qu'elle avait ressentie plus tôt quand le grognement était sorti involontairement. Elle ouvrit la bouche, força l'air à travers sa gorge, essaya de faire vibrer ces muscles qui n'avaient pas fonctionné depuis si longtemps.
La douleur fut immédiate et brûlante, comme si on frottait du papier de verre contre sa gorge de l'intérieur. Mais un son sortit aussi, faible et tremblant et à peine reconnaissable comme venant d'un être humain, mais indéniablement là.
« Ahhh... »
C'était rauque, éraillé, douloureux même à entendre, mais c'était sa voix. Ou du moins ce qu'il en restait. Ritsu porta immédiatement sa main à sa gorge, les larmes montant dans ses yeux à cause de la douleur mais aussi de l'émotion pure de pouvoir faire ce son.
« Très bien, » encouragea Yori. « C'est suffisant pour aujourd'hui. Ta gorge a besoin de repos maintenant. On va faire des exercices progressifs, quelques minutes par jour, et on verra comment ça évolue. »
Les jours suivants établirent une nouvelle routine centrée autour de sa récupération vocale. Chaque matin après l'entraînement avec Marco, Ritsu passait exactement cinq minutes avec Yori à faire des exercices vocaux soigneusement contrôlés. Fredonnement doux d'abord, juste des vibrations sans vraiment former de sons, puis progressivement des voyelles simples répétées lentement et douloureusement.
Chaque son était un effort, chaque tentative brûlait sa gorge comme du feu, mais Ritsu persistait avec une détermination féroce. Elle voulait sa voix en retour, même si cette voix était brisée et différente, même si elle ne serait jamais ce qu'elle avait été avant.
Pendant la deuxième semaine d'exercices vocaux, elle commença à essayer de former des syllabes complètes, combinant consonnes et voyelles en sons qui ressemblaient presque à des mots. Ma. No. Ta. Si. Les consonnes étaient encore plus difficiles que les voyelles, nécessitant des mouvements plus complexes de sa langue et de ses lèvres, demandant plus de contrôle sur l'air qui passait à travers sa gorge endommagée.
Sa voix restait terriblement rauque, presque méconnaissable, beaucoup plus grave qu'elle ne l'avait jamais été avant. Certains sons sortaient bizarrement, déformés par les tissus cicatriciels qui ne vibraient pas correctement. Mais c'était quand même du progrès, et Ritsu s'accrochait à chaque petite victoire comme si c'était la chose la plus précieuse au monde.
L'entraînement avec Marco continuait également à s'intensifier. Ils avaient progressé au-delà des simples enchaînements et commençaient maintenant à pratiquer du combat léger et contrôlé, Marco se retenant énormément mais donnant quand même à Ritsu l'opportunité de tester ses compétences dans une situation plus réaliste.
« Défends-toi, » ordonnait-il en lançant un coup de poing au ralenti vers son épaule.
Ritsu bloquait, esquivait, contre-attaquait avec des mouvements qui devenaient de plus en plus fluides à mesure que son corps se souvenait de ses années d'entraînement. C'était frustrant de sentir à quel point elle était encore faible comparée à ce qu'elle avait été, mais c'était aussi exaltant de sentir cette force revenir progressivement.
Un jour, après une session particulièrement intense, Marco s'arrêta et la regarda avec une expression sérieuse.
« Tu te prépares vraiment à te battre contre lui, n'est-ce pas ? »
Ritsu hocha la tête sans hésitation, aucun besoin de demander de qui il parlait.
« Tu veux te venger ou tu veux survivre ? » demanda-t-il directement.
Ritsu attrapa son ardoise et écrivit après une longue réflexion :
Les deux
« Alors écoute-moi bien, » dit Marco en se penchant légèrement en avant, s'assurant qu'elle comprenait vraiment ce qu'il allait dire. « La vengeance va te rendre imprudente. La rage va te faire commettre des erreurs. Si tu te bats juste pour lui faire mal, tu vas probablement te faire tuer. »
Il marqua une pause pour laisser ses mots s'installer.
« Mais si tu te concentres sur survivre, sur rester vivante coûte que coûte, sur être plus maligne que lui plutôt que juste plus forte, alors tu as une vraie chance, yoi, » continua-t-il. « Concentre-toi sur la survie d'abord. La justice viendra après, mais seulement si tu es encore en vie pour la voir. »
Ritsu absorba ses paroles lentement, reconnaissant la vérité dans ce qu'il disait. Elle avait passé tellement de temps à fantasmer sur la vengeance, sur faire souffrir Vadric comme il l'avait fait souffrir, qu'elle n'avait pas vraiment pensé de façon stratégique à comment survivre à une confrontation avec lui. Vadric était un Vice-Amiral avec des décennies d'expérience en combat, un homme sans conscience ni limites morales. Sous-estimer sa dangerosité serait suicidaire.
Elle écrivit :
Vous avez raison. Survivre d'abord
« Bien, » approuva Marco. « Alors on va t'entraîner pour survivre. Pas pour gagner nécessairement, pas pour la vengeance, mais pour rester en vie assez longtemps pour que nous puissions t'aider. »
L'entraînement changea après cette conversation, devenant plus axé sur la défense, l'esquive, la survie contre un adversaire plus fort et plus expérimenté. Marco lui enseignait comment utiliser son agilité et sa vitesse contre quelqu'un de plus puissant, comment créer des ouvertures pour s'échapper plutôt que pour attaquer, comment reconnaître quand un combat était perdu et qu'il fallait fuir plutôt que persister stupidement.
Ce fut également pendant cette période que Vista revint avec une proposition qui fit battre le cœur de Ritsu plus vite. Il apparut un matin avec deux sabres de bois sous le bras, son expression habituellement détendue remplacée par quelque chose de plus sérieux.
« Je pense que tu es prête, » annonça-t-il sans préambule. « Si tu veux bien sûr. Pas d'obligation. »
Ritsu regarda les sabres de bois avec un mélange de désir intense et de terreur. Elle n'avait pas tenu d'arme depuis l'agression, n'avait même pas voulu en voir une pendant des semaines. Mais maintenant, regardant ces sabres d'entraînement inoffensifs, elle sentit quelque chose en elle qui criait pour les prendre, pour sentir à nouveau le poids familier d'une arme dans ses mains.
Elle tendit lentement la main et Vista lui donna un sabre avec un sourire encourageant. Le bois était lisse et chaud sous ses paumes, le poids exactement comme elle s'en souvenait même si ce sabre d'entraînement était plus léger que sa vraie arme. Ses mains tremblaient en le tenant, pas de peur mais d'émotion pure.
« On va y aller doucement, » promit Vista en prenant position en face d'elle avec ses propres sabres de bois. « Juste des mouvements de base pour commencer. Je veux voir ce que tu sais faire. »
Ritsu prit une grande inspiration et leva son sabre en position de garde, son corps tombant automatiquement dans la posture qu'elle avait pratiquée pendant des années. C'était comme retrouver une vieille amie après une longue absence, cette sensation de complétude qui venait du fait de tenir des armes.
Vista attaqua lentement, télégraphiant clairement son mouvement pour qu'elle ait tout le temps de réagir. Ritsu para instinctivement, le choc des sabres de bois résonnant dans ses bras d'une façon qui était presque douloureuse mais aussi merveilleusement familière. Elle contra avec un mouvement fluide, Vista bloqua facilement, et soudainement ils étaient en train de danser, échangeant des coups au ralenti dans une chorégraphie de combat qui était à la fois nouvelle et profondément ancrée dans la mémoire de Ritsu.
Ses muscles se souvenaient même quand son esprit hésitait. Les enchaînements qu'elle avait pratiqués des milliers de fois revenaient comme s'ils n'étaient jamais partis, son corps se déplaçant avec une grâce qui la surprenait elle-même. Elle était encore faible, encore lente comparée à ce qu'elle avait été, mais la technique était là, intacte et vivante.
Ils combattirent pendant plusieurs minutes avant que Vista ne recule et n'abaisse ses sabres avec un sourire approbateur. « Magnifique. Tu as du talent naturel, une technique solide, et une excellente mémoire musculaire. Avec du temps et de l'entraînement, tu seras vraiment redoutable. »
Ritsu baissa son propre sabre, haletante et épuisée mais aussi exaltée d'une façon qu'elle n'avait pas ressentie depuis des mois. Elle pouvait encore faire ça. Elle pouvait encore se battre. Vadric ne lui avait pas tout pris après tout.
Elle écrivit sur l'ardoise qu'elle avait posée à proximité :
Encore. S'il vous plaît
Vista rit et reprit position. « Avec plaisir. »
Leurs sessions d'entraînement devinrent régulières après ça, Vista venant plusieurs fois par semaine pour croiser le fer avec elle. Il ne se retenait pas autant que Marco, la poussant plus fort, la défiant vraiment, mais toujours avec ce contrôle parfait qui garantissait qu'elle ne serait jamais blessée. Ritsu perdait chaque combat, bien sûr, Vista était un des meilleurs épéistes du monde et elle était encore loin de son niveau d'avant, mais chaque défaite lui enseignait quelque chose de nouveau.
Un jour, pendant un combat particulièrement intense, Vista fit un mouvement ridiculement exagéré et théâtral, pivotant sur lui-même avec un mouvement dramatique qui était clairement destiné à la faire rire plutôt qu'à être efficace en combat. Ritsu esquiva facilement le coup et Vista "trébucha" de façon exagérée, s'effondrant sur le pont dans une position absurde qui ne trompait personne.
Un rire sortit de Ritsu avant qu'elle puisse l'arrêter, silencieux comme tous ses rires depuis qu'elle avait perdu sa voix, mais accompagné cette fois d'un petit son hésitant.
« Hh hh. »
Ce n'était presque rien, juste un souffle d'air qui portait le fantôme d'un rire, mais c'était quand même là. Vista se releva immédiatement, son visage s'illuminant de joie.
« Ah ! Un rire ! J'ai gagné ! »
Ritsu sourit malgré elle, sentant quelque chose de chaud et de léger dans sa poitrine. Elle avait ri. Vraiment ri, avec un son même si celui-ci était à peine audible. C'était un autre petit morceau d'elle-même qu'elle récupérait progressivement.
Les après-midis appartenaient généralement à Izou, qui continuait ses visites quotidiennes avec du thé et sa présence calme. Mais un jour il arriva avec quelque chose de différent, un paquet soigneusement emballé qu'il posa délicatement sur le lit de Ritsu.
« J'ai pensé que tu aimerais peut-être porter quelque chose de différent, » expliqua-t-il avec son sourire doux habituel. « Les vêtements peuvent nous aider à nous sentir nous-mêmes, à nous reconnecter avec qui nous sommes vraiment. »
Ritsu ouvrit le paquet avec curiosité et découvrit à l'intérieur un kimono magnifique, de couleur bleue profonde avec des motifs de tigres blancs brodés délicatement sur le tissu. C'était élégant et confortable à la fois, clairement choisi avec soin pour elle spécifiquement.
« C'est... pour moi ? » demanda-t-elle avec l'ardoise, touchée par l'attention et le soin évidents qui avaient été mis dans ce cadeau.
« Bien sûr, » répondit Izou. « Je me suis dit que les tigres blancs étaient appropriés. »
Avec l'aide d'Izou, Ritsu enfila le kimono, sentant le tissu doux et frais contre sa peau. C'était la première fois depuis des semaines qu'elle portait quelque chose qui n'était pas purement fonctionnel, quelque chose qui était vraiment beau plutôt que juste pratique. Quand Izou eut fini de l'ajuster correctement, il la guida vers le miroir qu'il avait apporté lors d'une visite précédente.
Ritsu se regarda et faillit ne pas se reconnaître. La femme dans le miroir était encore maigre et pâle, portait encore les marques visibles de ce qu'elle avait traversé, mais elle était aussi belle d'une certaine façon. Le kimono tombait parfaitement sur son corps, les tigres blancs brodés semblant presque vivants dans la lumière, et ses cheveux coiffés avec soin par Izou encadraient son visage d'une façon qui ajoutait de la dignité à ses traits tirés.
Pour la première fois depuis l'agression, Ritsu vit quelque chose dans ce miroir au-delà de juste brisé. Elle vit quelqu'un qui survivait, qui se reconstruisait, qui était toujours là malgré tout ce qui avait essayé de la détruire.
Les larmes vinrent doucement, coulant sur ses joues sans sanglots, juste un relâchement silencieux d'émotion trop longtemps contenue. Izou se tenait près d'elle, ne disant rien, juste là comme il l'avait toujours été.
« Tu es toujours belle, » murmura-t-il finalement. « Les cicatrices ne changent pas ça. Elles font juste partie de ton histoire maintenant. »
Ritsu écrivit avec une main qui tremblait légèrement :
Merci. Pour tout
« De rien, » répondit Izou en arrangeant une dernière mèche de ses cheveux. « C'est ce qu'on fait pour la famille. »
Ce mot, famille, revenait de plus en plus souvent maintenant. Thatch le disait, Izou le disait, même Marco l'avait mentionné plusieurs fois. Et Ritsu commençait lentement à l'accepter, à comprendre que ces pirates qui l'avaient sauvée et soignée étaient devenus quelque chose de plus que juste des alliés temporaires ou des gardiens obligés. Ils étaient devenus sa famille d'une façon qu'elle n'avait jamais vraiment eue même dans la Marine.
L'ancienne marine commença à prendre ses repas dans la grande salle commune plus régulièrement maintenant, non plus cachée dans un coin près de la sortie mais assise à une des tables principales avec Izou, Vista, Marco et souvent Thatch qui insistait toujours pour lui apporter personnellement son assiette.
« Pour mon chaton, » annonçait-il systématiquement avec son sourire habituel, posant devant elle une assiette généreusement remplie.
Ritsu levait les yeux au ciel à chaque fois, ce geste étant devenu presque affectueux maintenant plutôt que vraiment agacé. Elle écrivait parfois sur l'ardoise : Je ne suis pas un chaton mais sans vraie conviction, sachant qu'il continuerait quoi qu'elle dise et que d'une certaine façon, elle ne voulait pas vraiment qu'il arrête.
L'équipage avait appris à l'inclure dans leurs conversations sans la forcer à participer, parlant naturellement autour d'elle, la laissant observer et écouter, intervenir via son ardoise quand elle le voulait. Ritsu se surprenait à vraiment écouter leurs histoires, à s'intéresser à leurs vies, à ces gens qui étaient censés être ses ennemis mais qui s'étaient révélés être plus humains et bienveillants que beaucoup de ses collègues marines.
Un soir, quelqu'un raconta une blague particulièrement stupide qui fit rire toute la table. Ritsu sourit sans s'en rendre compte, un sourire spontané et non forcé qui illumina brièvement son visage. Thatch, qui l'observait du coin de l'œil comme il le faisait souvent maintenant, sentit son cœur faire quelque chose d'étrange dans sa poitrine en voyant cette expression.
Ce fut lors d'un après-midi ordinaire, alors que Ritsu était venue l'aider en cuisine pour la première fois, que Thatch réalisa pleinement ce qui était en train de lui arriver. Elle avait demandé via son ardoise si elle pouvait apprendre à cuisiner quelque chose de simple, et Thatch avait été tellement surpris et ravi qu'il avait immédiatement accepté.
Il lui montrait maintenant comment couper correctement des légumes, se tenant près d'elle pour guider ses mains, expliquant l'angle du couteau et la technique de coupe. Leurs mains se frôlèrent accidentellement quand il ajusta la position de ses doigts sur le couteau, et Ritsu ne se figea pas, ne recula pas en panique, continua simplement à couper comme si de rien n'était.
C'était un progrès énorme, Thatch le savait, qu'elle puisse tolérer ce contact occasionnel sans réagir négativement. Mais il réalisa aussi avec un choc qu'il avait retenu son souffle à ce léger contact, que son cœur battait trop vite, que quelque chose dans sa poitrine se serrait douloureusement en la regardant concentrée sur sa tâche.
Il observa son profil pendant qu'elle travaillait, notant la façon dont elle fronçait légèrement les sourcils quand elle se concentrait, comment une mèche de cheveux s'était échappée de la tresse complexe qu'Izou lui avait faite ce matin, la détermination visible dans chaque mouvement précis de ses mains. Elle avait tellement changé depuis ce premier jour où il l'avait vue dans l'infirmerie, cette femme brisée qui voulait juste mourir. Maintenant elle était là, debout à côté de lui, apprenant à couper des légumes avec ce sérieux qu'elle appliquait à tout ce qu'elle faisait.
Ritsu leva les yeux vers lui, un petit sourire timide sur ses lèvres, et attrapa son ardoise posée à proximité.
Comme ça ? écrivit-elle.
« Parfait, chaton, » répondit Thatch automatiquement, sa voix sortant légèrement rauque. « Tu apprends vite. »
Elle retourna à sa tâche, satisfaite, et Thatch dut détourner le regard avant qu'elle ne remarque l'expression sur son visage.
Oh merde. Oh non.
C'était pas juste de la fierté fraternelle, pas juste de l'affection pour quelqu'un qu'il avait aidé à guérir. C'était quelque chose de beaucoup plus profond, de beaucoup plus compliqué, de beaucoup plus dangereux.
Il était en train de tomber amoureux de son chaton.
La réalisation le frappa comme un coup de poing dans l'estomac. Comment avait-il laissé ça arriver ? Elle était traumatisée, vulnérable, elle lui faisait confiance comme à un frère, comme à une figure de sécurité dans sa vie chaotique. Il ne pouvait absolument pas, ne devait absolument pas avoir ce genre de sentiments pour elle. Ce serait profiter de sa vulnérabilité, ce serait dégueulasse et inapproprié et tout simplement mal.
Mais son cœur ne semblait pas comprendre la logique de tout ça. Son cœur voulait juste être près d'elle, voulait la faire sourire, voulait la protéger de tout ce qui pourrait lui faire du mal, voulait...
Non. Il ne pouvait pas penser comme ça. Elle avait besoin d'un ami, d'un frère, d'une personne sûre dans sa vie. Pas de sentiments romantiques compliqués qui rendraient tout bizarre et inconfortable. Thatch prit une grande inspiration et se força à remettre son masque habituel de décontraction amicale.
« Bon, maintenant on va essayer avec les carottes, » annonça-t-il avec un sourire qui, espérait-il, avait l'air normal. « C'est un peu différent à cause de la forme. »
Les jours suivants furent une torture pour Thatch. Il continuait ses visites quotidiennes dans la chambre de Ritsu, continuait de la taquiner et de l'appeler chaton, continuait d'être exactement la même personne qu'il avait toujours été avec elle. Mais maintenant il remarquait tout d'une façon qu'il n'avait jamais remarqué avant.
La façon dont elle jouait distraitement avec la craie avant d'écrire sur l'ardoise, tournant et retournant le petit morceau de craie entre ses doigts pendant qu'elle réfléchissait à ce qu'elle voulait dire. Comment son rire silencieux faisait plisser légèrement le coin de ses yeux même sans son. La fierté visible dans son expression quand elle réussissait quelque chose de difficile pendant l'entraînement. Les petits détails qu'il n'avait jamais vraiment vus avant mais qui étaient maintenant impossibles à ignorer.
Il se surprit à la chercher du regard quand elle n'était pas là, à ressentir ce soulagement disproportionné quand il la voyait en sécurité sur le pont, à vouloir être près d'elle même quand il n'y avait aucune raison particulière. C'était pathétique et il le savait, mais il ne semblait pas capable de s'en empêcher.
Ce fut Izou qui remarqua le changement, bien sûr. Izou remarquait toujours tout, cette capacité à lire les gens étant une de ses forces principales. Un après-midi, alors que Thatch se tenait sur le pont en regardant Ritsu s'entraîner avec Marco au loin, Izou s'approcha silencieusement et s'appuya contre le bastingage à côté de lui.
« Tu la regardes différemment maintenant, » observa Izou calmement, sans jugement dans sa voix, juste une constatation factuelle.
Thatch sursauta, pris en flagrant délit, essayant de formuler un déni.
« Quoi ? Non, je... »
Izou leva juste un sourcil parfaitement dessiné, cette expression qui disait clairement qu'il ne croyait pas un mot de ce que Thatch allait dire. Thatch soupira profondément et s'effondra contre le bastingage, abandonnant toute prétention.
« Merde, » marmonna-t-il en se passant une main dans les cheveux. « C'est si évident que ça ? »
« Pour moi oui, » répondit Izou. « Pour elle ? Non. Elle te voit toujours comme son grand frère agaçant qui l'appelle chaton et lui apporte des plateaux de nourriture trop remplis. »
Thatch ne savait pas s'il devait être soulagé ou déçu par cette information.
« Je sais que c'est pas le bon moment, » admit-il à voix basse. « Je sais qu'elle verra probablement jamais ça comme... autre chose. Elle a été tellement brisée, elle a besoin de temps, d'espace, de stabilité. »
« Alors sois juste là pour elle, » conseilla Izou simplement. « Comme tu l'as toujours été. Ne change rien. Elle a besoin de cette stabilité plus que tout maintenant. »
« Mais qu'est-ce que je fais de ces sentiments ? » demanda Thatch avec frustration. « Je peux pas juste les ignorer. »
« Tu les gardes pour toi, » répondit Izou fermement. « Tu les mets dans une boîte et tu les enterres profondément. Si quelque chose doit arriver entre vous un jour, ça arrivera naturellement, dans des mois ou des années peut-être, quand elle sera vraiment guérie et prête. Mais là, maintenant ? Sois son frère. C'est ce qu'elle a besoin de toi. »
Thatch hocha lentement la tête, sachant qu'Izou avait raison même si ça faisait mal de l'admettre. « Ouais. T'as raison. Je vais... juste être là. Comme toujours. »
« Bien, » approuva Izou en posant brièvement une main réconfortante sur l'épaule de Thatch. « Elle a de la chance de t'avoir comme grand frère, tu sais. Même si tu es parfois insupportable avec tes taquineries. »
Thatch rit malgré lui, reconnaissant la tentative d'Izou d'alléger l'atmosphère.
« Insupportable c'est mon style. »
Donc Thatch continua exactement comme avant, du moins en apparence. Il taquinait Ritsu, l'appelait chaton, lui apportait de la nourriture, racontait des histoires stupides pour la faire sourire. Mais à l'intérieur, il était douloureusement conscient de chaque moment partagé, de chaque sourire qu'elle lui donnait, de chaque fois qu'elle écrivait quelque chose de sarcastique sur son ardoise en réponse à ses taquineries.
Il gardait tout ça enfermé profondément, une petite boîte scellée dans son cœur qu'il ne laisserait jamais s'ouvrir. Parce qu'elle avait besoin de lui comme grand frère, pas comme quelque chose de plus compliqué. Et si être son grand frère était tout ce qu'il pourrait jamais être pour elle, alors il serait le meilleur grand frère possible.
Trois semaines après le premier son que Ritsu avait produit, tard dans la nuit alors que la plupart de l'équipage dormait déjà, Marco reçut un appel via escargophone. Il était sur le pont en train de faire sa ronde habituelle quand l'escargot spécial qu'il utilisait pour les communications sécurisées avec Jinbei commença à sonner.
« Jinbei, » répondit Marco en décrochant, allumant immédiatement une cigarette parce que les appels nocturnes de Jinbei n'apportaient jamais de bonnes nouvelles.
« Marco, » salua la voix profonde et grave du Grand Corsaire. « J'ai des nouvelles urgentes. »
Marco sentit quelque chose de froid s'installer dans son estomac.
« Dis-moi. »
« Vadric a été aperçu dans le Nouveau Monde, » annonça Jinbei sans détour. « Il a traversé via Mary Geoise il y a une semaine, utilisant ses connexions pour obtenir un passage express. Il voyage avec un petit groupe, six hommes seulement, tous loyaux à lui personnellement. »
Marco tira profondément sur sa cigarette, laissant la nicotine calmer légèrement ses nerfs tendus.
« Et il fait quoi exactement ? »
« Il pose des questions sur le Moby Dick, » continua Jinbei. « Mes sources disent qu'il interroge les informateurs, paie généreusement pour des informations sur vos mouvements. Il évite les îles principales, voyage vite, ne veut clairement pas être repéré par quelqu'un qui pourrait alerter Barbe Blanche. »
« Il la traque, » conclut Marco, une affirmation plutôt qu'une question.
« Activement et méthodiquement, » confirma Jinbei. « Mes estimations suggèrent qu'il pourrait être dans vos eaux d'ici une à deux semaines maximum. Il est déterminé, Marco. Et dangereux. Un Vice-Amiral avec rien à perdre et tout à cacher. »
Marco ferma les yeux un moment, réfléchissant aux implications.
« On sera prêts. Merci pour l'info. Continue à surveiller ses mouvements si tu peux. »
« Bien sûr, » promit Jinbei. « Et Marco ? Prends soin d'elle. Elle est la clé pour faire tomber ce monstre. »
« Je sais, yoi, » répondit Marco avant de raccrocher.
Il resta debout sur le pont pendant un long moment après l'appel, fumant cigarette sur cigarette pendant qu'il réfléchissait à comment exactement il allait annoncer ça à Ritsu. Elle faisait tellement de progrès, était tellement plus forte mentalement et physiquement qu'elle ne l'avait été il y a quelques semaines. Mais apprendre que Vadric était maintenant dans le Nouveau Monde, qu'il était activement en train de la traquer, ça allait probablement la terroriser.
Mais elle méritait de savoir. Elle méritait d'être préparée.
Le lendemain matin, après le petit-déjeuner mais avant leur session d'entraînement habituelle, Marco demanda à Ritsu de venir avec lui dans sa chambre. Elle le suivit avec curiosité, notant son expression inhabituellement grave.
« Assieds-toi, » suggéra-t-il en indiquant le lit.
Ritsu obéit, son cœur commençant déjà à battre plus vite dans sa poitrine, sentant instinctivement que quelque chose d'important et probablement mauvais allait être dit. Marco s'assit dans la chaise en face d'elle, se penchant en avant avec ses coudes sur ses genoux.
« J'ai reçu un appel de Jinbei hier soir, » commença-t-il sans détour, sachant que prolonger les choses ne ferait que rendre ça plus difficile. « Il a des nouvelles sur Vadric. »
Ritsu devint instantanément tendue, tous ses muscles se raidissant comme si elle se préparait à recevoir un coup. Ses mains se crispèrent sur l'ardoise qu'elle tenait toujours.
« Il est dans le Nouveau Monde, » continua Marco, observant attentivement sa réaction. « Il a traversé via Mary Geoise il y a une semaine. Il te cherche activement, pose des questions sur le Moby Dick, paie des informateurs pour avoir des informations sur nos mouvements. »
Le visage de Ritsu devint livide, toute couleur disparaissant de ses joues déjà pâles. Ses mains commencèrent à trembler violemment et sa respiration devint rapide et superficielle, le début évident d'une crise de panique. Marco se leva immédiatement et s'agenouilla devant elle, attirant son attention.
« Regarde-moi, yoi, » ordonna-t-il fermement mais gentiment. « Respire avec moi. Inspire. Expire. Inspire. Expire. »
Ritsu essaya de suivre son rythme respiratoire, luttant contre la terreur viscérale qui menaçait de la submerger complètement. Après plusieurs minutes de respiration contrôlée, elle réussit à reprendre assez de contrôle pour attraper son ardoise avec des mains qui tremblaient toujours.
Combien de temps ? écrivit-elle, les lettres à peine lisibles tant sa main tremblait.
« Une à deux semaines, peut-être, » répondit Marco honnêtement. « Il voyage vite, évite d'être repéré. Mais Ritsu, écoute-moi très attentivement maintenant. »
Il attendit qu'elle le regarde vraiment, qu'elle se concentre sur ses mots plutôt que sur sa panique.
« Tu n'es pas seule dans ça, » dit-il avec force. « Il devra passer par nous tous d'abord. Par Pops, par moi, par tous les commandants, par cet équipage entier de plus de mille pirates qui te protégeront. Personne ne va te laisser affronter ça toute seule. »
Ritsu tremblait toujours mais écrivit :
Je serai prête. Je DOIS être prête
« Tu seras prête, » promit Marco. « On va s'assurer de ça. On intensifie l'entraînement, on te prépare pour tous les scénarios possibles. Mais tu ne seras pas seule quand il arrivera. »
Il voyait qu'elle était toujours terrifiée malgré ses paroles braves, voyait la peur pure dans ses yeux qui n'avait rien à voir avec la peur rationnelle d'un combat dangereux et tout à voir avec le trauma profond que Vadric lui avait infligé. Décidant qu'elle avait besoin de quelque chose de positif pour équilibrer cette terrible nouvelle, Marco changea délibérément de sujet.
« Il y a autre chose, » annonça-t-il, son ton devenant légèrement plus léger. « Quelque chose de bien cette fois. »
Ritsu le regarda avec confusion, se demandant ce qui pourrait possiblement être bien dans cette situation.
« On s'approche d'une île dans deux jours, » expliqua Marco. « Une des îles sous la protection de Pops. C'est un endroit pacifique, sûr, avec un bon port et des gens accueillants. Pops a dit que tu pouvais y aller si tu voulais. »
Il vit l'incompréhension dans ses yeux et continua.
« Te promener sur la terre ferme pour une fois, » détailla-t-il. « Voir autre chose que ce navire, respirer un air différent, voir des gens normaux qui vivent des vies normales. Explorer un peu, visiter les boutiques si tu veux, juste... être quelque part de différent. »
Je peux vraiment ? écrivit Ritsu, la surprise totale remplaçant momentanément la terreur.
« Oui, » confirma Marco avec un sourire. « Bien sûr, tu auras une escorte pour ta sécurité. Probablement moi, Thatch, Izou et Vista. Mais tu serais libre de te balader, de voir l'île, de faire ce que tu veux dans les limites raisonnables. »
Il se pencha en avant, voulant qu'elle comprenne vraiment pourquoi il offrait ça.
« Pops pense que tu as besoin de ça, » expliqua-t-il. « Un peu de normalité avant ce qui va venir. Voir le monde en dehors du trauma, en dehors du navire, en dehors de l'entraînement constant. Te rappeler qu'il y a encore de la beauté et de la vie normale là-bas quelque part. »
Quand ? écrivit Ritsu, une étincelle d'excitation perçant à travers la peur.
« Après-demain matin, » répondit Marco. « On mouille l'ancre pour réapprovisionner de toute façon. Tu auras toute la journée pour explorer si tu veux. »
Ritsu sentit un mélange complexe d'émotions tourbillonner en elle. L'excitation d'une vraie sortie, la première fois qu'elle serait vraiment libre depuis l'agression, la possibilité de voir quelque chose de normal et de beau. Mais aussi la terreur paralysante sachant que Vadric se rapprochait, qu'il chassait activement, qu'une confrontation était maintenant inévitable et proche.
Marco sembla lire ces émotions conflictuelles sur son visage.
« Hey, » dit-il doucement. « Profite de l'île. On s'occupe de surveiller pour Vadric. On a des centaines d'yeux qui cherchent, des contacts partout. On saura s'il se rapproche trop. »
Il sourit légèrement.
« Tu as le droit de vivre un peu avant la tempête, yoi, » continua-t-il. « En fait, je dirais que tu en as besoin. Ces prochaines semaines vont être difficiles. Autant prendre les moments de paix et de normalité quand tu peux les avoir. »
Ritsu hocha lentement la tête, comprenant la logique même si une partie d'elle se sentait coupable de vouloir profiter de quoi que ce soit alors que Vadric était là-bas quelque part, se rapprochant progressivement. Mais Marco avait raison. Elle ne savait pas ce qui allait se passer quand Vadric arriverait finalement, combien de temps elle avait avant cette confrontation. Autant vivre pleinement chaque moment qu'elle avait.
Elle écrivit :
Merci. Pour tout
« De rien, » répondit Marco en se levant. « Maintenant viens. On a un entraînement à faire et pas beaucoup de temps pour te préparer. »
La nouvelle que Ritsu allait visiter l'île se répandit rapidement parmi les commandants. Izou arriva dans sa chambre cet après-midi là avec une excitation visible, portant plusieurs vêtements soigneusement sélectionnés.
« Tu ne peux pas visiter une île habillée en vêtements d'entraînement, » annonça-t-il avec autorité. « Le kimono que je t'ai donné serait parfait. Élégant mais confortable, et tu seras magnifique dedans. »
Ritsu ne put s'empêcher de sourire devant l'enthousiasme d'Izou. Elle écrivit :
Vous êtes excité pour moi
« Bien sûr que je suis excité, » confirma Izou en commençant à étaler les vêtements sur le lit. « C'est ta première vraie sortie, ta première chance de voir le monde normal à nouveau. C'est important. »
Il passa l'heure suivante à l'aider à essayer différentes combinaisons, ajustant ici et là, s'assurant que tout tombait parfaitement. Ritsu se laissa faire, touchée par son soin et son attention, se sentant presque comme une personne normale se préparant pour une sortie ordinaire plutôt qu'une femme brisée qui avait survécu à l'impossible.
Thatch passa également la voir ce soir-là, son excitation à peine contenue derrière son sourire habituel.
« J'ai entendu dire que mon chaton allait enfin voir le monde au-delà de ce bateau, » taquina-t-il.
Arrêtez avec le chaton, écrivit Ritsu automatiquement, mais sans vraie conviction.
« Jamais, » répondit Thatch joyeusement. « C'est notre truc maintenant. Mais sérieusement, tu vas adorer l'île. C'est un endroit vraiment sympa, avec de bonnes boutiques et de bons restaurants. Je te ferai découvrir les meilleurs endroits. »
Il s'assit dans sa chaise habituelle, son expression devenant légèrement plus sérieuse.
« Marco t'a dit pour Vadric, hein ? » demanda-t-il doucement.
Ritsu hocha la tête, sentant immédiatement la tension revenir dans ses épaules rien qu'en pensant à ça.
« Ça va aller, » promit Thatch avec une conviction qui semblait absolue. « On sera tous là. Il devra littéralement passer sur nos corps morts pour t'atteindre, et crois moi, aucun de nous a l'intention de mourir. »
Je veux pas que vous mouriez à cause de moi, écrivit Ritsu, cette peur qu'elle portait depuis des semaines refaisant surface.
« On mourra pas, » assura Thatch. « On est les putains de pirates de Barbe Blanche. On survit à tout. Et puis, » il sourit, « je peux pas mourir maintenant. Qui appellerait mon chaton par ce surnom agaçant si je n'étais plus là ? »
Ritsu leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher de sourire légèrement. Thatch avait ce don pour alléger l'atmosphère même dans les pires moments, pour trouver l'humour et la légèreté quand tout semblait sombre.
Cette nuit-là, Ritsu dormit peu, trop de pensées tourbillonnant dans sa tête. L'île demain. Vadric qui se rapprochait. L'entraînement qui s'intensifiait. Sa voix qui revenait progressivement. Tous ces changements qui s'accumulaient, tous ces progrès mélangés avec la terreur de ce qui venait.
Elle se leva finalement avant l'aube, incapable de rester allongée plus longtemps, et sortit sur le pont désert pour regarder le soleil se lever. L'air marin était frais et vivifiant, portant cette odeur saline qu'elle avait appris à associer avec la liberté plutôt qu'avec l'emprisonnement.
Elle pensa à la femme qu'elle avait été il y a des mois, cette capitaine confiante de la Marine qui croyait en la justice et l'ordre. Cette femme était morte dans cette ruelle, ou du moins une version essentielle d'elle était morte là. Mais peut-être qu'une nouvelle personne naissait à sa place, forgée dans le trauma et la douleur mais aussi dans la gentillesse inattendue de ces pirates qui l'avaient sauvée.
Elle ne savait pas encore qui elle deviendrait finalement, quelle forme prendrait cette nouvelle identité qui se construisait lentement. Mais elle savait qu'elle n'était plus seule dans ce processus, qu'elle avait une famille maintenant même si cette famille était aussi improbable qu'un groupe de pirates notoires.
Le lendemain passa dans une anticipation nerveuse. Ritsu s'entraîna avec Marco le matin comme d'habitude, mais elle pouvait à peine se concentrer, son esprit déjà sur l'île qu'elle verrait le jour suivant. Marco remarqua sa distraction mais ne dit rien, souriant juste légèrement et la laissant finir plus tôt que d'habitude.
L'après-midi, Izou insista pour lui faire une coiffure particulièrement élaborée en préparation pour le lendemain, créant quelque chose de magnifique et complexe qui prenait presque une heure à compléter. Ritsu resta assise patiemment, appréciant les soins attentifs d'Izou, la façon dont ses mains travaillaient avec une précision artistique.
Thatch vint pour le dîner comme toujours, apportant un plateau particulièrement généreux. « Tu dois manger correctement, » insista-t-il. « Tu vas avoir besoin d'énergie demain pour toute cette exploration. »
Ritsu mangea docilement, trop nerveuse pour vraiment avoir faim mais comprenant qu'il avait raison. Elle avait besoin de garder ses forces.
« Tu vas bien ? » demanda Thatch après qu'elle ait fini, notant son agitation visible.
Ritsu hésita puis écrivit :
Nerveuse. Excitée. Terrifiée. Tout en même temps
« C'est normal, » assura Thatch. « C'est une grande étape. Mais tu vas gérer ça parfaitement, chaton. Tu gères tout parfaitement maintenant. »
Ritsu le regarda, voulant lui dire quelque chose, voulant exprimer combien sa présence constante avait compté pour elle pendant ces semaines difficiles. Mais les mots sur l'ardoise semblaient insuffisants pour capturer l'ampleur de sa gratitude.
Elle essaya quand même.
Merci. D'avoir été là. Toujours
Thatch sentit quelque chose se serrer douloureusement dans sa poitrine en lisant ces mots. Il voulait lui dire tellement de choses, voulait lui avouer ces sentiments qu'il gardait enfermés, voulait la prendre dans ses bras et lui promettre que tout irait bien. Mais il ne fit rien de tout ça.
À la place, il sourit juste et ébouriffa doucement ses cheveux.
« C'est ce que font les grands frères, chaton. »
Cette nuit-là fut la plus difficile. Ritsu ne pouvait pas dormir, trop d'anticipation et de peur mélangées ensemble. Elle se tournait et se retournait dans son lit, son esprit refusant de se calmer. Finalement, aux environs de deux heures du matin, elle entendit un bruit dans le couloir à l'extérieur de sa chambre.
Des pas, hésitants, puis un coup léger à sa porte.
Ritsu se leva et ouvrit pour trouver Thatch debout là, l'air légèrement coupable.
« Désolé, » murmura-t-il. « Je passais dans le couloir et j'ai cru entendre... tu dors pas ? »
Ritsu secoua la tête, reconnaissante qu'il soit là même si elle ne pouvait pas expliquer pourquoi exactement elle avait besoin de compagnie en ce moment.
« Cauchemar ? » demanda-t-il avec inquiétude.
Elle secoua à nouveau la tête et écrivit :
Juste... trop de pensées
Thatch comprit immédiatement.
« Tu veux que je reste un moment ? Juste jusqu'à ce que tu sois fatiguée ? »
Ritsu hocha la tête avec gratitude et s'écarta pour le laisser entrer. Thatch s'installa dans sa chaise habituelle, gardant une distance respectueuse, et commença à raconter doucement une de ses histoires ridicules sur les premiers jours avec l'équipage de Barbe Blanche.
Ritsu s'allongea et écouta sa voix, le ton doux et apaisant, et progressivement sentit la tension commencer à quitter son corps. La présence de Thatch était réconfortante d'une façon qu'elle ne pouvait pas vraiment expliquer, cette assurance que quelqu'un veillait, que quelqu'un se souciait assez pour rester éveillé juste pour qu'elle puisse dormir.
Elle s'endormit finalement au milieu d'une de ses histoires, glissant dans un sommeil sans rêves pour la première fois depuis des jours. Thatch s'arrêta de parler quand il entendit sa respiration devenir régulière et profonde, et resta assis là dans le noir, la regardant dormir paisiblement.
« Bonne nuit, chaton, » murmura-t-il si doucement qu'elle ne pouvait pas l'entendre. « Demain va être un bon jour. Je te le promets. »
Il resta toute la nuit dans cette chaise, veillant sur elle comme un gardien silencieux, s'assurant que rien ne viendrait troubler son sommeil. Et quand le soleil commença à se lever, peignant le ciel de couleurs douces, Thatch se leva silencieusement et sortit de la chambre, laissant Ritsu dormir encore un peu avant que cette journée importante ne commence.
Ritsu se réveilla au son de quelqu'un frappant doucement à sa porte. La lumière du matin filtrait à travers la petite fenêtre, illuminant la chambre d'une douce lueur dorée. Elle s'assit, sentant immédiatement l'excitation mélangée d'anticipation et de nervosité dans son estomac.
« Ritsu ? » C'était la voix de Tachi. « Tu es réveillée ? On arrive à l'île dans une heure. »
Ritsu se leva rapidement et ouvrit la porte, trouvant Tachi avec un plateau de petit-déjeuner et un sourire encourageant.
« Je me suis dit que tu aimerais manger avant de partir, » expliqua Tachi en entrant. « Izou arrive dans quelques minutes pour t'aider à t'habiller. Il est déjà en train de préparer tous les accessoires. »
Le petit-déjeuner fut rapidement suivi par Izou qui arriva effectivement avec une sélection impressionnante de vêtements, accessoires, et même un peu de maquillage léger qu'il insista pour appliquer.
« Juste un peu, » promit-il en voyant l'hésitation de Ritsu. « Pour te donner un peu de couleur. Tu es encore un peu pâle. »
Une heure plus tard, Ritsu se tenait devant le miroir et faillit ne pas se reconnaître. Le kimono bleu avec les tigres blancs brodés tombait parfaitement sur son corps, ses cheveux étaient coiffés dans une tresse élaborée ornée de quelques épingles décoratives qu'Izou avait produites de nulle part, et le maquillage léger donnait effectivement un peu de couleur à ses joues pâles et faisait ressortir ses yeux.
Elle ressemblait presque... normale. Presque comme quelqu'un qui allait juste passer une belle journée en ville plutôt que comme une survivante traumatisée qui se cachait sur un navire pirate.
« Parfait, » déclara Izou avec satisfaction. « Tu es magnifique. Prête ? »
Ritsu hocha la tête, son cœur battant trop vite dans sa poitrine mais d'excitation cette fois plutôt que de peur. Elle suivit Izou sur le pont où Marco, Vista et Thatch l'attendaient déjà.
Thatch la regarda et son cœur fit se serra douloureusement dans sa poitrine. Elle était magnifique dans ce kimono, coiffée et maquillée avec soin, souriant nerveusement mais avec une vraie anticipation visible dans ses yeux. Il dut se rappeler fermement de respirer normalement et de ne rien laisser paraître de ce qu'il ressentait.
« Notre chaton s'est fait beau, » taquina-t-il avec son sourire habituel.
Ritsu leva les yeux au ciel mais sourit malgré elle.
« L'île est juste devant, » annonça Marco en indiquant la masse de terre qui devenait progressivement plus visible à l'horizon. « On devrait être amarrés dans vingt minutes. »
Ritsu s'approcha du bastingage et regarda l'île se rapprocher, son premier vrai aperçu de terre ferme depuis des semaines. Elle pouvait voir un port animé avec des bateaux de pêche et des navires marchands, des bâtiments colorés qui grimpaient doucement sur la colline derrière le port, des gens qui bougeaient comme de petits points au loin.
C'était normal. C'était beau. C'était exactement ce dont elle avait besoin.
Mais alors même qu'elle regardait l'île avec excitation, une pensée sombre traversa son esprit. Quelque part là-bas dans le Nouveau Monde, Vadric la chassait. Dans une ou deux semaines, peut-être moins, il serait là. Et alors...
Non. Elle repoussa fermement cette pensée. Aujourd'hui, elle allait profiter de l'île, de la normalité, de la vie. Elle s'inquiéterait de Vadric demain. Aujourd'hui était pour vivre.
Le navire s'ancra finalement dans le port, et une passerelle fut abaissée. Ritsu regarda cette passerelle comme si c'était un pont vers un autre monde, ce qui en un sens c'était. Un monde de normalité qu'elle n'avait pas vu depuis si longtemps.
« Prête, chaton ? » demanda Thatch en lui offrant son bras dans un geste théâtralement galant.
Ritsu le regarda, puis regarda l'île, puis prit une grande inspiration. Elle allait descendre cette passerelle. Elle allait marcher sur cette île. Elle allait vivre aujourd'hui.
Mais alors même qu'elle prenait le premier pas, sentant le bois stable de la passerelle sous ses pieds, elle voulut dire quelque chose. Voulut exprimer sa gratitude à tous ces gens qui l'avaient sauvée, soignée, reconstruite. Voulut leur dire merci d'une voix réelle plutôt que juste des mots écrits sur une ardoise.
Elle s'arrêta au milieu de la passerelle, se tournant vers Thatch qui marchait à côté d'elle. Il la regarda avec curiosité, remarquant qu'elle essayait de faire quelque chose, que sa bouche s'ouvrait légèrement, que ses mains se portaient à sa gorge.
« Ritsu ? » demanda-t-il avec inquiétude. « Ça va ? »
Elle prit une grande inspiration, ignorant la douleur qu'elle savait viendrait, concentrant toute son énergie sur ce qu'elle voulait dire. Les semaines d'exercices vocaux, tous ces sons laborieusement produits, tout ce travail pour un seul mot.
« Mer...ci. »
Le mot sortit rauque, brisé, douloureux, à peine reconnaissable comme du langage humain. Mais c'était là. Un mot réel, prononcé avec sa voix réelle, même si cette voix était à jamais changée.
Thatch se figea complètement, ses yeux s'écarquillant de choc. Derrière eux sur le pont, tous ceux qui avaient entendu s'arrêtèrent également, le silence tombant soudainement sur tout le navire.
« Tu... tu viens de parler, » murmura Thatch, sa voix étranglée par l'émotion.
Ritsu hocha la tête, des larmes commençant à couler sur ses joues, mélange de douleur physique de sa gorge brûlante et d'émotion pure de pouvoir enfin, ENFIN dire ce qu'elle voulait dire avec sa propre voix.
Elle essaya encore, forçant un autre mot à travers sa gorge endommagée malgré la douleur.
« Tha...tch. »
Son nom. Elle avait dit son nom. Thatch sentit quelque chose se briser dans sa poitrine, toutes les émotions qu'il gardait soigneusement enfermées menaçant de déborder. Sans réfléchir, il la prit dans ses bras, la serrant fort contre lui.
Ritsu se raidit d'abord par pur réflexe, tous ses instincts criant au danger du contact physique avec un homme. Mais c'était Thatch. Son grand frère agaçant qui l'appelait chaton, qui lui lisait des recettes de cuisine pour lui changer les idées et qui restait éveillé toute la nuit juste pour qu'elle puisse dormir. Elle se força à respirer, à se détendre, à accepter ce contact qui était offert avec affection pure et non avec intention de faire du mal.
Progressivement, très progressivement, elle leva ses propres bras et les enroula autour de lui, rendant l'étreinte. C'était la première fois qu'elle initiait volontairement un contact physique avec un homme depuis l'agression, la première fois qu'elle choisissait activement d'être tenue plutôt que juste de tolérer passivement.
« Tu as parlé, » répéta Thatch contre ses cheveux, sa voix tremblante. « Tu as vraiment parlé, chaton. »
Ritsu pleurait ouvertement maintenant contre son épaule, des sanglots silencieux qui secouaient tout son corps, un relâchement émotionnel massif de toutes les semaines de frustration et d'effort. Thatch la tenait simplement, murmurant des mots apaisants, la laissant pleurer autant qu'elle avait besoin.
Quand elle se calma finalement, elle recula légèrement, essuyant ses larmes avec le dos de sa main. Elle regarda Thatch, puis les autres qui s'étaient rassemblés sur le pont, tous la regardant avec des expressions qui mélangeaient le choc et la fierté et l'émotion.
Elle ouvrit la bouche encore une fois, ignorant la douleur brûlante, voulant dire une dernière chose.
« Fa...mille, » réussit-elle à produire, le mot sortant encore plus brisé que les précédents mais toujours reconnaissable.
Marco souriait largement, Izou avait des larmes dans les yeux, Vista applaudissait doucement, et même quelques autres membres d'équipage qui avaient entendu regardaient avec des expressions touchées. Plus loin caché, Ace souriait aussi, ravi de voir les progrès de la jeune femme.
« Oui, » confirma Thatch en souriant à travers ses propres larmes qu'il ne s'embêtait pas à cacher. « Famille. Tu fais partie de la famille maintenant, chaton. »
Ritsu hocha la tête, comprenant pleinement maintenant ce que ce mot signifiait vraiment. Pas le sang, pas les uniformes, pas les serments forcés. Juste les gens qui restaient, qui se souciaient, qui vous aidaient à reconstruire ce qui avait été brisé.
Elle se retourna vers l'île qui l'attendait, sentant quelque chose qui ressemblait presque à de l'espoir dans sa poitrine. Elle avait sa voix qui revenait endommagée mais fonctionnelle. Elle avait une famille qui la protégeait. Elle avait la force qui revenait jour après jour.
Et même si Vadric venait, même si la confrontation était inévitable, elle n'était plus seule. Elle n'était plus cette femme brisée dans la ruelle qui voulait juste mourir. Elle était une survivante, une guerrière, quelqu'un qui avait trouvé des raisons de vivre au-delà de la simple vengeance.
Elle prit la main de Thatch et ensemble ils descendirent la passerelle vers l'île, vers la normalité, vers la vie qui continuait malgré tout. Derrière eux, Marco, Izou et Vista suivaient, une garde discrète mais constante.
Ritsu fit son premier pas sur la terre ferme en des semaines et sentit quelque chose de fondamental changer en elle. Elle était vivante. Elle était libre. Elle avait une voix.
Et quelque part dans les profondeurs de son être, là où elle gardait sa détermination et sa rage et sa volonté de survivre, une flamme brûlait maintenant avec une intensité nouvelle.
Vadric pouvait venir. Elle serait prête.
— À suivre —
Publié : 03/03/2026
Que voudriez-vous voir Ritsu faire en premier sur l'île ?