"Je t'attendrai" par

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Continuation / Action / Romance

27 Chapitre vingt-septième

Catégorie: M , 8935 mots
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Chapitre vingt-septième,

La pièce était grande. Il y avait deux commodes collées près du mur, un dressing dans l’entrée ainsi qu’un grand lit au centre de la pièce. Il y avait même une coiffeuse, un bureau, ainsi qu’un petit salon composé de deux fauteuils, d’un canapé et d’une table. Le soleil pénétrait la pièce par une grande baie vitrée qui faisait tout le côté gauche de la chambre, et qui menait à un petit balcon.

Zoro se tenait devant cette même baie vitrée de la chambre d’hôtel qu’il avait louée. Adossé contre le verre, il fixait sans but l’horizon, dans un silence profond. Un grand bois s’étendait sous ses yeux. Au loin, les falaises, la mer, le coucher de soleil. Il n’y avait aucun bruit dans la pièce, si ce n’était l’eau qui coulait dans la salle de bain. Deux oiseaux s’élevèrent dans le ciel puis disparurent dans la forêt. 

Zoro avait les yeux plongés dans le vide, quand il croisa son propre regard dans le reflet. Il resta immobile quelques instants puis s’éloigna légèrement de la fenêtre pour mieux y voir. Et il s’y observa, immobile et pensif, s’examinant silencieusement. Il se passa la main dans les cheveux, et se fit alors la remarque qu’il allait bientôt devoir les couper. Mais au-delà de ça, il avait changé. Il avait changé, il s’en rendait maintenant compte. Et il savait que c’était grâce à Elle

A l’évocation de cette femme, il se tourna et fixa la porte fermée de la salle de bain, là où elle se douchait, à seulement quelques mètres de lui. Cette femme l’avait bouleversé. En ce moment même, elle occupait toutes ses pensées. Elena Cewall. Elle, et uniquement elle. Il n’y avait qu’elle, dans sa tête. Poussé par cette même force invisible qui l’avait poussé à la suivre dans la forêt lors de leur rencontre, il se mit à marcher presque inconsciemment et se retrouva devant la porte de la salle d’eaux, qu’il ouvrit silencieusement. Dès qu’il pénétra la pièce, l’air imprégné de sa succulente odeur exotique vint enivrer ses narines et son cœur se mit à battre à un rythme irrégulier. Il considéra la robe jaune d’Elena qui traînait sur le sol, près de ses sous-vêtements. Son pouls se mit à accélérer, avant de se calmer brusquement et de recommencer aussitôt. Il faisait chaud, la vapeur recouvrait le miroir, mais pas les vitres de la douche, restées entrouvertes.

Il pouvait la voir. Elle était là, nue, sous la douche. Ses cheveux sombres comme la nuit tombaient dans son dos tels une avalanche ténébreuse. Les plaies ornaient son dos sculpté, ses fesses délicieusement formées, et ses jambes bronzées, blessées. Son corps était esquinté de cicatrices, témoins de l’Enfer qu’elle avait traversé, vestiges des combats qu’elle avait dû mener. Zoro ne s’en était jamais rendu compte mieux que ces derniers temps : Elena était majestueusement magnifique. 

Loin d’être surprise, elle tourna légèrement la tête et lui lança un regard en coin. A la vue de son œil doré et empli de malice, une décharge électrique parcourut le corps tout entier de Zoro. Il referma la porte derrière lui et ôta son tee-shirt d’une traite. La passion foudroyait ses membres, l’excitation lui donnait des sueurs froides, le désir le transcendait. 

Il se sépara de ses habits et s’approcha. A chaque pas qu’il faisait, il lui semblait que leur aura se frôlaient, se touchaient. Comme si leurs deux énergies dansaient l’une avec l’autre pour mieux s’unir le moment venu. Puis, il pénétra la cage de douche et referma la porte vitrée derrière lui avec malice. Elena ne fit pas un geste, mais il vit le sourire qui étirait ses lèvres. Il la sentit frémir lorsqu’il se rapprocha d’elle jusqu’à frôler sa peau électrisée et fit une grimace. Il la désirait tant que c’en était douloureux et insupportable. 

Elle l’attirait sur tous les tableaux. Personnalité, esprit, physique, cœur, pouvoir, énergie, aura : tout chez elle était sujet à un désir fou chez lui. Sa présence le remuait, sa voix le bouleversait, ses lèvres le détruisaient. Même son odeur, son regard lui faisait perdre la tête. Sa malice le poussait à bout, sa force l’impressionnait, son intelligence le surprenait. Son caractère joueur le stimulait, ses mystères l’attiraient et son côté sombre attisaient en lui quelque chose qu’il ne comprenait pas. Jamais il ne pourrait mettre de mot sur ce qu’il ressentait. C’était plus puissant que l’Amour, plus terrifiant que la Passion, plus intense que l’Addiction. C’était foudroyant, ardent et frigorifiant à la fois. C’était sauvage et doux, hostile et tendre, brutal et raffiné en même temps. C’était physique, mais aussi incorporel. C’était inexplicable. 

Ils n’eurent pas besoin de prononcer un mot. Leurs yeux parlaient pour eux, et leur corps illustraient le dialogue. Il passa derrière elle, et alors que les mains du bretteur parcouraient son corps, les lèvres de Zoro allèrent embraser le cou d’Elena. Celle-ci, de dos, se pressa contre lui et leurs deux énergies semblèrent alors fusionner dans une explosion de sensations. C’était surnaturel.

Il la voulait toujours plus fort, et plus intensément. Il la fit se retourner pour lui faire face et se mit à l’embrasser. La vague de puissance qui le parcourait lorsqu’il la voyait combattre, la tentation qui le torturait lorsqu’il l’observait simplement. Le frisson d’excitation qui l’empoignait lorsqu’elle le repoussait dans ses retranchements, le plaisir qui s’emparait de lui lorsqu’elle le défiait. La fureur qui l’envahissait lorsqu’il la touchait, la folie qui l’assiégeait lorsqu’il la voyait nue. La frénésie qui le dévorait lorsqu’elle le regardait avec désir, la fièvre qui l’assaillait lorsqu’il se sentait au plus près d’elle. 

Elle grogna son nom à son oreille, et il se sentit perdre pied. Elle était terrifiante. Un mot, un regard même lui suffisait pour lui retourner l’esprit et lui faire perdre la tête. Sans cesser de l’embrasser, il la souleva de ses bras.

Elena avait marqué son corps, son esprit et son âme. Tout comme son corps réagissait naturellement au sien, elle était faite pour lui. Elle avait beau avoir les cicatrices les plus éprouvantes du monde, son corps était le plus délicieux qu’il ait jamais eu la chance de voir. Elle avait beau avoir le caractère le plus dur du monde, elle était la seule à pouvoir le calmer et le contenir. Elle avait beau être la femme la plus ténébreuse du monde, elle était la seule qu’il pourrait aimer à jamais. Elle était la seule. La seule à pouvoir le faire rire comme elle le faisait, à pouvoir l’attendrir, à pouvoir l’énerver, à pouvoir le calmer, à pouvoir le challenger, à pouvoir le stimuler. Elle était la seule capable de l’aimer, la seule pouvant le plonger dans un bonheur sans limite. Elle était l’Unique.

L’eau chaude coulait sur leurs enveloppes charnelles ondulant l’une contre l’autre, étouffant les bruits. Les vitres étaient recouvertes d’une buée opaque, de la vapeur emplissait la pièce. Les ongles d’Elena s’enfonçaient dans la peau de Zoro, les lèvres du bretteur aspiraient les soupirs de la métisse. Zoro n’avait jamais été si heureux. A vrai dire, « heureux » n’était pas le terme. Il n’y avait aucun mot assez puissant pour décrire ce qu’il était en train de vivre, ce qu’il vivait depuis qu’elle était entrée dans sa vie. Ni extase, ni euphorie. Même le Paradis ne lui semblait pas assez incroyable. Et tout ça uniquement grâce à elle. 

Son ventre n’était pas aussi plat que celui de Nami, ses jambes pas aussi fines que celles de Robin, ses fesses pas aussi discrètes que celles d’Estel. Elle était plus formée, plus ronde et plus musclée que ses camarades. Ses jambes étaient enroulées autour de son bassin et ses hanches dansaient contre sa peau, le narguant, le torturant. Son regard couleur or était rivé à celui de l’escrimeur et brillait, le provoquant langoureusement, l’aimant et le bouleversant à la fois, le poussant à bout. Elle était exquise à un point inimaginable et elle ne s’en rendait même pas compte. 

Elle était incroyable. Elle lui faisait perdre ses esprits, supprimait toute forme de contrôle chez lui. Et pour elle, l’escrimeur était prêt à tout. Et il savait qu’il en était exactement de même du côté de la belle, ce qui ne le faisait que l’aimer davantage.

De nombreuses heures après – l’histoire ne nous dit pas combien –, le bretteur se trouvait à quatre pattes au-dessus d’Elena, ses bras encadrant le visage de la belle. Celle-ci était allongée sur le lit défait, complètement nue, le souffle aussi court que le sien. Ses cheveux bouclés formaient un halo noir autour de sa tête, contrastant avec le blanc pur des draps. L’or de ses yeux semblait ressortir dans la pénombre, la lune faisait luire sa peau hâlée aux reflets dorés. Elle était sublime. Elle était si belle que c’en était inhumain. Extraordinaire, c’était le mot. Elle était extraordinaire, dans tous les sens du terme, dans tous les domaines. Un sourire étira ses lèvres, révélant ses canines légèrement plus aiguisées que la normale. Et elle souffla, malicieuse :

« Au combat ou au lit, tu ne cesseras jamais de m’impressionner. Je n’en attendais pas moins de toi, Roronoa Zoro. »

Ces mots arrachèrent un sourire félin au concerné, qui descendit sa tête près du ventre d’Elena. Alors qu’il continuait sa descente, il glissa :

« Ce n’est pas fini. Tu n’as pas encore tout vu. »

Au simple son de sa voix, il vit la poitrine de la métisse se soulever avec violence et son désir prit une telle ampleur qu’il crut perdre toute propriété sur son corps. Il incendia sa peau de baisers plus foudroyants les uns que les autres, quand soudain, il s’arrêta. Quelque chose venait d’attirer son attention. Comme captivé, il remonta sa main près du sein droit d’Elena. Puis, il la fit glisser le long de ses côtes, caressant son ventre, frôlant son nombril, jusqu’à la naissance de sa cuisse opposée. La concernée le regarda tracer les contours de sa cicatrice avec sensualité, toucher sa peau avec douceur et insistance, puis en baiser les extrémités.

« D’où vient-elle, cette cicatrice ? » S’enquit-il finalement.

Elle soupira en le sentant effleurer l’intérieur de sa cuisse, avant de répondre :

« C’est ma grand-mère qui me l’a faite... J’avais insisté pour qu’elle utilise Shodai Kitetsu contre moi lors d’un combat. Enfin, si on peut appeler ça un combat... Il lui aura suffit d’un coup pour m’envoyer aux portes de la mort. »

Zoro eut un sourire à cette réponse, avant de tomber sur une deuxième cicatrice et de reposer la question. 

« Celle-ci m’a été infligée par un geôlier appartenant au groupe de mercenaires de Charles. Il m’a plantée alors que j’étais prisonnière et a tenté de me violer. Shado m’a sauvée avant de lui arracher la tête. Ironique, non ? »

A l’évocation d’un tel souvenir, n’importe qui aurait été mis mal à l’aise. Mais ce n’était le cas pour aucun des deux, au contraire. Tout en continuant de la faire gémir, Zoro se mit à explorer son corps de ses yeux et de son corps. Et à chaque nouvelle cicatrice qu’il croisait, la même question revenait.

  • Je veux toutes les connaître, avait-il susurré en baisant sa jambe.

  • C’est un peu drôle, comme hobby, tu ne trouves pas ? Avait-elle rigolé entre deux soupirs. 

Mais alors, il s’était redressé, et avait plongé son regard dans le sien. Ses lèvres à seulement quelques centimètres des siennes, il avait dit :

« Je te l’ai dit : je te veux tout entière. Je veux connaître chaque facette de ton être, chaque parcelle de ton corps, chaque ombre qui t’habite, chaque recoin de ton âme. Je veux te connaître. Toi, entièrement. »

Et alors, sans même lui laisser le temps d’être surprise, il l’avait embrassée. Une dizaine de minutes plus tard, emportée par l’élan de désir qui les régissait tous les deux, Elena le renversa et le plaqua à son tour sur le lit. Elle s’apprêtait à l’embrasser, mais Zoro la vit soudainement changer d’humeur. Ses yeux furent traversés par une lueur furtive qu’il n’eut pas le temps de décrypter, et elle resta là, assise sur le bas de son ventre, immobile, à l’observer comme pour la première fois. Elle ne prononça aucune parole. Mais Zoro savait très bien ce qui se tramait dans sa tête. Tout comme elle, il vivait sans cesse cette même scène. Et sa thèse fut confirmée lorsqu’elle se colla à son torse nu et gronda :

« Tu es mien, Zoro. Tu es à moi. »

De longs instants s’écoulèrent. Instants durant lesquels ils savourèrent tous deux de se sentir l’un près de l’autre. Puis, Elena se redressa et jeta un coup d’œil par la baie vitrée qui donnait sur une grande forêt et sur l’horizon.

« Le soleil va se lever dans quelques heures, observa-t-elle. C’est une belle journée qui s’annonce. »

Elle quitta les cuisses de Zoro pour venir s’asseoir sur le lit.

  • Que vas-tu répondre à Luffy ? 

  • Tu parles de sa demande pour qu’Estel et moi rejoignions l’équipage ?

  • Oui.

  • Hm... Qu’en dis-tu, toi ? Tu aimerais ? 

  • Tu en fais déjà partie, baka, rétorqua-t-il en soupirant.

Un sourire illumina le visage d’Elena et elle se mit à rire.

« Combien de temps ? »

La question résonna aux oreilles de la métisse qui sentit son cœur se serrer. Avait-elle mal entendu ? Prenant le soin de ne pas regarder le bretteur, elle feignit la surprise et l’incompréhension :

« Nani ? »

Mais Zoro n’était pas dupe. Elle sentait son regard sur elle. Il s’adossa contre le mur et lâcha d’une voix neutre :

« Combien de temps te faudra-t-il ? »

Cette fois-ci, Elena ne put s’empêcher de masquer sa surprise. Alors lui aussi, il avait deviné. Depuis quand ? Avait-il toujours su ?

« Alors tu savais... glissa-t-elle après avoir attendu un peu. Tu lis en moi comme dans un livre. C’est effrayant, tu sais. C’est mon truc, ça, normalement. »

Elle se laissa aller jusqu’au rebord du lit. Il y eut quelques secondes de silence avant qu’elle ne reprenne :

« En vérité, je ne sais pas... »

Zoro resta muet. Il reporta son regard sur le plafond et resta impassible. Il paraissait calme, mais il n’en était rien. Il ferma les yeux. Le lit grinça légèrement puis il entendit le froissement du drap qui tombait parterre et en déduisit qu’Elena s’était levée. Toutefois, elle était si silencieuse quand elle se déplaçait qu’il ne l’entendit pas marcher, et se contenta de le deviner. Elle paraissait hésiter, et Zoro le sentait, même les yeux fermés. 

Il rouvrit alors ses yeux et roula légèrement sur le côté pour la regarder. Et s’il avait su, il aurait rouvert ses paupières depuis bien longtemps. Elle était debout près de la grande baie vitrée qui donnait sur la forêt, exactement comme lui quelques heures plus tôt, une de ses paumes posées à plat sur le verre. Le jeu d’ombres entre l’obscurité de la chambre et la clarté de la lune offrait à ses yeux un spectacle incroyable. Elena était somptueuse. La faible lumière du ciel éclairait les courbes de son corps et dessinait délicatement la forme de ses seins, de son ventre. 

« Zoro, commença-t-elle. Est-ce que tu- »

Ses muscles développés semblaient rouler sous l’effet du vent, du tremblement des feuilles, du mouvement des nuages. Son nez était magnifiquement tracé dans la pénombre, ses lèvres brillaient sous l’éclat de la lune. Elle était grande, droite, et dégageait toujours cette même puissance.

« Ne pose pas de question stupide. » la coupa-t-il.

Ses envoutants longs cheveux couleur ébène et indisciplinés tombaient intégralement dans son dos, scintillant tels une rivière de diamants noirs. Comme si de l’or s’était glissé à la racine de ses cheveux. 

« Oi, tu peux me laisser finir ? Grogna-t-elle. Tu ne savais même pas ce que j- »

Sa peau métissée était délicieusement illuminée par la faible luminosité, sa cambrure hypnotique était sublimée par l’obscurité. 

« Je t’attendrais. » Lâcha-t-il sans même lui laisser le temps de poursuivre sa phrase.

A ces mots, Elena se retourna et le regarda avec stupéfaction. Et ses yeux... Ses yeux ambrés qui lui apparaissaient pourtant d’une couleur ambiguë reflétaient à cet instant tout ce dont il avait toujours rêvé.

Il soutint son regard et eut même un sourire qui la déboussola davantage. Elena était effroyablement belle. Elle était éblouissante, tout ce que vous voulez, tout ce qui pouvait être dit. Il n’y avait juste pas d’adjectifs assez forts pour l’exprimer. Il ne parvenait pas à détacher ses yeux de son corps, de son visage et imprimait silencieusement cette image dans son cerveau. Son corps, son énergie, son esprit, son âme. C’était un tout. Elena Cewall.

Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Le sourire sur les lèvres de Zoro s’étira. Elle était d’autant plus belle quand elle était surprise de la sorte. Alors, il se leva à son tour avec lenteur et se débarrassa des draps qui l’encombraient. Il se passa une main dans ses cheveux verts tout en s’avançant vers la jeune femme, aussi nue qu’il l’était. Elle le regarda venir près d’elle les yeux brillants et il s’approcha jusqu’à ce que leurs deux corps soient pressés l’un contre l’autre. 

Alors, Zoro, bien que l’on aurait pu penser que cela ne lui ressemblait pas, passa sa main dans le cou d’Elena pour venir lui caresser son visage. Il s’amusa à faire glisser ses doigts sur ses joues, sur sa lèvre inférieure tout en l’attirant davantage à lui. Elle avait ses yeux en amande plongés dans les siens. Plus rien ne semblait exister autour.

Puis, Zoro se pencha sur son visage sans toutefois la toucher et affirma d’une voix à la fois grave, douce et sensuelle :

« Je t’attendrais. Le temps qu’il te faudra. » 

-

Alors que le ciel commençait tout juste à s’éclaircir, Elena et Zoro, qui n’avaient pas dormi de la nuit, s’habillèrent et sortirent. Ils quittèrent l’hôtel après avoir laissé l’argent sur le comptoir vide et pénétrèrent dans la forêt qu’ils avaient eu le loisir d’observer depuis leur fenêtre. Ils marchèrent durant une dizaine de minutes, Zoro s’étant perdu au moins trois fois alors qu’il lui suffisait de la suivre. Puis, ils s’arrêtèrent sur une plaine. Ils s’allongèrent sur l’herbe et discutèrent ensemble un long moment. Et plus tard, exactement comme lors de leur première rencontre, ils décidèrent de se mesurer l’un à l’autre. Exactement comme lors de leur première rencontre, ils dégainèrent leurs sabres. Et exactement comme lors de leur première rencontre, ils se ruèrent l’un sur l’autre avec un gigantesque sourire sauvage sur les lèvres. 

« Jusqu’au lever du soleil », c’était le repère qu’ils s’étaient donné. Et lorsque le soleil pointa le bout de son nez dans le ciel, ils étaient déjà de retour sur le bateau. Elena tendit l’oreille : il n’y avait aucun bruit. Et en jetant un coup d’œil à la cuisine et à la chambre des filles, elle comprit bien vite que tout l’équipage dormait, y compris Sanji, achevé par cette soirée qu’ils venaient de passer. Zoro, complètement épuisé, alla lui aussi dormir dans sa chambre. Elena resta alors seule.

Presque aussitôt, elle grimpa le long du mat pour s’élever sur l’observatoire. Ses yeux se mirent à briller. Elle était arrivée juste à temps pour voir le lever du soleil. Elle l’observa avec une joie sans pareille, détaillant le moindre détail du ciel coloré qui se dressait devant elle. Elle avait toujours aimé regarder le ciel, celui-ci était devenu son refuge depuis la mort de sa mère. Selon son père, c’était elle qui l’avait initiée et lui avait partagé sa passion des Cieux, sa passion du monde. Et à sa mort, tout comme elle l’avait fait, son père avait appris à aimer le ciel, à aimer le soleil, la lune et les étoiles. 

Les premiers oiseaux se mirent à voler dans le ciel, et l’un d’eux passa près d’elle, lui arrachant un sourire d’enfant. Elena ressemblait assez à sa mère, finalement. Elle qui avait toujours rêvée de liberté, de voyage, avait été enfermée la majeure partie de sa vie, y compris par des chaînes qu’elle n’avait pas pu voir. Jusqu’à l’arrivée de l’équipage au Chapeau de Paille. Elle vit alors surgir devant elle les visages des Mugiwara, un par un :

Brook, le squelette musicien.

Franky, le robot charpentier.

Usopp, le menteur, sniper et bricoleur.

Chopper, le renne médecin.

Robin, la mystérieuse archéologue.

Sanji, le cuisinier gentleman.

Nami, la voleuse navigatrice.

Zoro, l’escrimeur surpuissant.

Luffy, l’hilarant capitaine.

Bien sûr, il y avait eu Estel aussi, sa toute première nakama.

Elle se rappelait les scènes. Les comiques et les hilarantes, les joyeuses et les dansantes, les moins drôles et les fatigantes. Les disputes, les réveils, les câlins, les fêtes et les compétitions, les repas, les sorties. Elle se rappelait quand Luffy avait mis un requin dans l’aquarium, requin qui avait mangé tous les poissons qu’avait pêché l’équipage, et qu’Elena avait dû aller le sauver lorsque celui-ci s’était jeté dans l’eau pour réparer son erreur. Elle se rappelait avoir confondu un remède de Chopper avec une boisson préparée par Sanji et avoir été droguée pendant des heures et des heures. Elle se rappelait les nuits qu’elle avait passé avec Nami et Robin, puis celles avec Estel, et les bains qu’elles avaient pris ensemble. Elle se rappelait les cours de cuisine que lui avait donné Sanji et les nombreux combats de nourriture avec Luffy. Elle se rappelait les leçons de danse que lui avait offert Brook tout comme les conseils de Franky pour l’aménagement. Elle se rappelait les jeux avec Chopper, les blagues avec Usopp. 

Les nuits qu’elle avait passé avec Sanji à observer les étoiles dans l’observatoire, les journées à rire avec Luffy, les après-midis à s’instruire auprès de Robin, les soirs à se baigner dans la mer avec Nami, les matins à comparer son style d’épée à celui de Brook, les heures à écouter les histoires d’Usopp, celles à aider Franky dans son travail de charpentier et Chopper dans son rôle de médecin. Il y avait aussi ces années passées avec Estel, bien qu’elles aient dû maintenir une relation particulière.

Et pour finir, elle vit le visage de Zoro, sous toutes ses formes. 

Son visage naturellement fermé, son rictus carnassier lorsqu’il combattait, ses sourcils froncés lorsqu’il réfléchissait, son visage apaisé lorsqu’il dormait, sa veine qui battait sur sa tempe lorsqu’il s’agaçait, ses yeux lorsqu’il la voyait, et surtout... surtout, le sourire sincère qu’il lui faisait. 

Tous autant qu’ils étaient, ils l’avaient sauvée. Ils étaient devenus ses nakama, ses amis, sa famille. Et désormais, ou plutôt lorsqu’elle aurait laissé son passé derrière elle, elle se battrait pour eux. Pour Luffy, son Capitaine.

Elena coinça une mèche de cheveux derrière son oreille, son sourire s’étira sur ses lèvres.

C’était une nouvelle page qui se tournait aujourd’hui, un nouveau chemin qu’elle empruntait pour pouvoir commencer sa nouvelle vie.

Elle resta là, le regard rivé vers l’horizon, vers l’avenir. Elle resta là, un sourire fixé sur ses lèvres, son visage et ses cheveux caressés par le vent. Elle resta là, durant des heures et des heures, plongée dans sa contemplation du ciel, plongée dans ses pensées. Ses pensées desquelles elle ne fut tirée que lorsqu’elle entendit la porte de la chambre des garçons s’ouvrir discrètement. Elle n’eut pas même besoin de regarder en direction du pont pour reconnaître la présence de Zoro. Elle s’arracha au magnifique tableau de la mer, quitta son observatoire et descendit silencieusement le rejoindre. Ils se regardèrent, à quelques mètres l’un de l’autre, et le bretteur souffla :

« C’est l’heure. Elle arrive. »

Elena hocha la tête. A cette annonce, la porte de la chambre des filles s’ouvrit sur une jeune femme aux cheveux bleus qui portait un pantacourt moulant bleu marine et un débardeur blanc, ainsi que deux sacs sur ses épaules. Mais alors qu’Elena s’apprêtait à ouvrir la bouche, elle vit Nami et Robin sortir sur ses pas. Estel lui fit un signe et un regard hésitant du haut de l’escalier avant de venir la rejoindre. Les trois femmes descendirent les escaliers, faisant le moins de bruit possible, et se postèrent devant Elena et Zoro. Nami, un sourcil haussé, lâcha d’une voix qui se voulait dure mais qui ne trompait personne :

« Alors tu comptais vraiment partir sans nous dire au revoir. »

A cette remarque, Elena ne donna aucune réponse. Elle se contenta simplement de sourire et de fermer les yeux quelques secondes. Elle était si bête, des fois. Bien sûr qu’elles allaient s’en rendre compte. Avec un regard compatissant, Robin glissa :

« C’était sûrement la meilleure idée, ç’aurait été le plus facile. »

Estel hocha la tête et approuva les dires de son amie. Puis, elle se posta aux côtés d’Elena, alors que la porte de la cuisine s’ouvrait simultanément. Les yeux de la métisse s’écarquillèrent quand elle vit Sanji débarquer comme si de rien n’était. Elle échangea un regard avec Estel et comprit que celle-ci n’y était pour rien. Le blond, cigarette à la bouche et costume dès l’aube, descendit les escaliers opposés et vint également se poster devant elles. 

« S-Sanji ? S’exclama-t-elle, estomaquée. Toi aussi ? »

Elle ouvrit la bouche de stupéfaction. Lui aussi avait lu en elle. Le gentleman ne prit pas le temps de répondre à sa question, tira sur sa cigarette, souffla, puis renchérit :

« Surtout que s’il se réveillait. Luffy ne vous laisserait pas partir. »

Il planta alors son regard dans celui d’Elena et lui adressa un sourire en coin. Robin reprit :

« Mais que comptez-vous faire, alors ? Etes-vous sûres de vouloir partir ici ? »

Estel, qui avait prit le sac d’Elena, le lui tendit, avant de répondre :

« Elena veut libérer les femmes qui ont été emprisonnées et faites esclaves par sa faute, ou plutôt, celle de Charles. Nous allons élaborer notre plan et nous y préparer.»

Cette annonce eut l’effet d’une implosion retardée chez chacun des membres de l’équipage présent. Réaction à laquelle s’attendaient Estel et Elena. Silencieusement, chacun d’entre eux considérait mentalement tout ce que cette phrase impliquait. Et ce fut Nami qui réagit la première. Le visage décomposé, elle s’écria :

« Les Tenrybito ! Vous comptez vous en prendre aux Tenryubito ! Pour leur reprendre les esclaves ! »

La jeune femme, les yeux écarquillés, chercha le regard de ses deux amies, espérant y lire qu’elle se trompait. Mais elle sut saisir que non. Nami fut mortifiée. Et l’ayant bien saisi, Robin s’approcha d’elle et lui souffla de ne pas crier. Mais son regard démontrait qu’elle aussi, elle ne comprenait pas.

« Vous êtes complètement malades, souffla la rousse, aberrée. Vous... Vous ne pouvez pas. »

Un silence de plomb s’installa sur le pont. De longues secondes s’écoulèrent, peut-être même des minutes dans cette terrible atmosphère. La navigatrice voyait rouge. Sanji avait arrêté de fumer, choqué, et regardait sans un bruit, Zoro était à l’écart, le visage impassible et décomposé à la fois, Estel se tenait droite et Elena soutenait le regard de Nami.

  • Je dois faire mon deuil, annonça la bretteuse. Je dois me séparer de ce fardeau qui me pèse, me laver de mes pêchés.

  • Ne raconte pas n’importe quoi, reprit Nami. Tu... Les Tenryubito ! Est-ce que tu réalises ?

  • Bien sûr que oui. C’est pensé, réfléchi et re-réfléchi. Elles ont été faites esclaves par ma faute. Je leurs dois au moins ça. Je dois leur rendre leur liberté.

  • Non, ce n’était pas ta faute ! Et non, tu ne réalises pas ! Ce sont les Dragons Célestes ! Ils sont protégés par la Marine tout entière, par les Amiraux et même le Gouvernement Mondial ! Sais-tu ce qu’il s’est produit la dernière fois que l’un d’entre eux a été attaqué ? Vous ne-

  • Nami, la coupa Elena d’une voix à la fois calme, assurée et sans appel. Vous m’avez sauvée. Vous m’avez délivrée. Vous m’avez rendu la vie. Mais c’est ici la dernière marche que je dois franchir pour pouvoir entamer ma nouvelle vie. Pour pouvoir joindre votre équipage, joindre officiellement cette famille qui est devenue la mienne. Sanji, continua-t-elle en s’adressant au cuisinier. Tu m’as dit de me pardonner moi-même. J’y ai bien réfléchi, et c’est la seule solution pour que je puisse y arriver un jour. Je dois répondre de mes actes, assumer mes erreurs et les réparer. Que vous le vouliez ou non.

Les yeux de Nami étaient grands ouverts et sa bouche aussi. Elle connaissait Elena. Elle avait donc compris qu’elle ne pouvait dissuader son amie et le constat lui faisait monter les larmes aux yeux. Elle revivait l’attaque de Kuma sur l’Archipal Sabaody et la séparation de l’équipage. Si Elena et Estel s’en prenait à eux, elles n’auraient pas cette chance et mourraient.

  • Elena..., souffla-t-elle. Tu...

  • Ne me retiens pas, Nami. C’est mon choix.

  • Mais... Vous... On peut vous aider ! Il suffit de demander à Luffy... Nous vous aiderons ! Nous irons avec vous ! 

  • Non, assena Elena. C’est impossible. C’est mon combat. Et même si Estel m’accompagne, je ne peux accepter que vous en fassiez de même. Je ne vous impliquerais pas. Pas cette fois-ci, dit-elle avant de souffler un bon coup. 

Robin, qui semblait pourtant encaisser le choc, était elle aussi hésitante. Mais alors, Nami se mit à crier :

« Mais réagissez, vous autres ! On... On ne peut pas les laisser partir, elles vont mourir ! Oi !! Sanji !! »

Elle jeta un coup d’œil au blond et fut stupéfaite de voir que son visage était sombre et qu’il serrait les poings jusqu’à la blessure. Et pourtant, il déclara :

« On ne peut la retenir. Et même si je ne peux me résigner à les voir y aller, je comprends Elena... Elle doit le faire. »

Nami se retourna : « Et toi, Zoro ! »

Mais alors qu’elle prononçait le nom du bretteur, elle posa ses yeux sur le concerné et ceux-ci s’écarquillèrent. Ce fut alors que tous le remarquèrent. Zoro se tenait à l’écart, le visage sombre, les mâchoires serrées et s’empoignait si violemment l’avant-bras droit que du sang en dégoulinait. Elena se mordit les lèvres, consciente de ce qu’elle leur infligeait. Elle sentit alors la main d’Estel venir trouver la sienne et fut consternée en découvrant que celle-ci ne cillait pas et la soutenait du regard. 

« Partez..., souffla-t-il. Elena, Estel... Partez... Vite. J’arrive à me contenir maintenant, mais ça risque de changer rapidement. »

Il releva le visage et lorsqu’Elena croisa son regard, elle comprit. Zoro était déchiré. Déchiré par son honneur et par ses sentiments. Ces mêmes sentiments qui le poussaient à comprendre son choix, à l’accepter et à respecter son honneur ; ces mêmes sentiments qui le poussaient toutefois aussi à l’empêcher de partir, à la protéger. Et l’émotion d’Elena n’en fut que plus forte. Elle échangea un regard entendu avec Estel et prit alors sa décision. Estel alla faire ses adieux.

Elena jeta un coup d’œil à Sanji et se rapprocha de lui. Elle le fixa longuement, il fit de même. Elle n’avait jamais eu besoin de beaucoup parler avec lui, ils se comprenaient sans. Ils s’étreignirent avec émotion, sans un mot. Et alors qu’elle lui tournait le dos, Sanji l’interpela :

« Elena. »

Elle se retourna. Il lui adressa un regard dur :

« Je te laisse un an. Pas plus. »

A ces mots, Elena eut un temps de réaction. Puis un sourire étira ses lèvres et elle remercia son ami du regard. Elle lui devait beaucoup. Puis, ce fut au tour de Robin qui, le regard inquiet, lui fit promettre de prendre soin d’elle et d’Estel en la prenant contre elle. Vint le tour de Nami. Et le cœur d’Elena se serra lorsqu’elle vit que celle-ci pleurait, la tête baissée, le regard ombragé.

Elena s’approcha. De ses mains, elle fit relever le visage de la navigatrice, la forçant à la regarder. 

  • Arrête de pleurer... Chuchota-t-elle.

  • J’arrive pas...

Les deux amies se regardèrent longuement, avant de se prendre dans les bras l’une de l’autre. Nami fondit en larmes et Elena dut retenir les siennes. Elle caressa le dos de la navigatrice qui fourra son visage dans son cou. 

  • Je ne devrais pas te laisser partir, sanglota-t-elle.

  • Pardonne-moi...

  • Je devrais aller réveiller Luffy et lui demander de te retenir.

  • Personne n’en serait capable, répondit Elena.

  • Je devrais t’attacher au mât avec du kairoseki.

  • Je sais, Nami... Mais comprends-moi, s’il te plaît. C’est mon choix. Je dois le faire.

Elena la serra plus fort contre elle. De longues secondes s’écoulèrent avant qu’elle n’obtienne une réponse.

  •  Je te comprends, reprit Nami. Je ne peux juste pas me résigner à vous voir y aller, toutes les deux, sans nous. J’ai déjà peur pour vous. Je sais que tu es forte, et que tu peux entraîner Estel, mais ils le sont aussi. Ils sont effrayants, Elena...

  • Nami, demanda Elena. Est-ce que tu me fais confiance ?

  • Bien sûr... Pourquoi ?

  • Si tu me fais confiance, crois-en moi. Crois-en nous. On ne se fera pas attraper.

  • Alors... Jure-le moi. Que vous reviendrez ici. Que vous nous reviendrez et qu’on voyagera ensemble. Tous ensemble. Jure-le-moi, Elena.

La concernée sourit dans les cheveux roux de son amie.

« Je le te jure, Nami. On sera de retour avant même que nous commencions à te manquer. »

Puis, après quelques minutes, Estel la rappela à l’ordre en affirmant que le temps était venu. Elles devaient faire vite. Nami et Elena se détachèrent, puis, après s’être embrassées du regard une dernière fois, la métisse se détourna.

Elle regarda Zoro. Elle avait compris son message et ce qui le tiraillait. Mais elle fit le choix de ne pas suivre ses conseils. D’un pas lent et contrôlé, elle s’approcha du sabreur aux cheveux verts. Il la regarda et elle vit qu’il luttait vraiment, encore plus que lors de son combat contre Shado.

« Elena... »

Et alors, tout comme il l’avait si souvent fait, elle brandit son bras et colla son poing contre son front. Ce geste soudain fit sursauter intérieurement Zoro qui ouvrit grands ses yeux. Il se calma presque instantanément au contact de sa peau et des sentiments qu’elle avait placé dans son poing. De longues secondes s’écoulèrent avant qu’un des deux ne bouge. Et ce fut Elena qui franchit le cap. Elle encadra son visage de ses deux mains et colla son front à celui du jeune homme, les yeux fermés, un sourire sur le visage. Et elle lui souffla :

« Un an. Donne-moi un an. Attends-moi, une année... Et je serais de retour. » 

Ce furent les seules paroles qu’elle prononça. Mais à travers sa voix et son regard, Zoro en comprit bien plus. Il comprit tout, tout ce qu’elle avait à lui dire, tout ce qu’elle ressentait pour lui.

Elle posa ses lèvres contre les siennes, simplement pour ressentir ce toucher une dernière fois avant de se détacher de lui. Elle se retourna alors et se mit à marcher pour rejoindre Estel. Elle entendit Sanji dire à son amie : « Veille sur toi et sur elle, s’il te plaît. Raisonne-là quand elle s’emporte. », ce à quoi la bleutée répondit avec un sourire : « Compte sur moi. »

Puis, il l’interpela : « Elena. » 

Elle tourna alors la tête et regarda Sanji.

  • Je compte sur toi pour protéger Estel.

  • Tu n’as pas besoin de me le dire, répondit-elle avec sérieux.

  • Et ne meurs pas. La Marine et le Gouvernement sont puissants. Plus que tu ne le crois.

Elena hocha la tête, puis railla avec un sourire :

  • Fuzakenaideyo (te fous pas de moi*). Tenryubito ou pas, je dois réparer mes erreurs. Et puis, tu as sûrement du oublier, mais je vais devenir la meilleure sabreuse au monde. Alors ne t’en fais pas pour moi. Ne t’en fais pas pour nous.

  • Vous avez intérêt à tenir vos promesses, fit Robin tout en serrant une dernière fois Estel dans ses bras.

Mais ce ne fut pas Elena qui répondit. 

« Elles reviendront. »

Ce fut la réponse que lança Zoro, à mi-chemin entre l’affirmation, l’ordre et la question. Estel le regarda avec un sourire, Elena se retourna et croisa le regard du bretteur. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’elle vit la lueur qui brillait dans celui-ci. Ils se regardèrent longuement, puis Elena eut un sourire, et le poids sur ses épaules disparut. L’unique œil de l’homme aux cheveux verts brillait d’une confiance, d’une détermination et d’une sincérité inébranlables qui lui firent chaud au cœur. Elle n’en avait jamais attendu moins de lui. Dans un froissement d’air, elle dégaina l’une de ses épées. Puis, elle planta son regard dans le sien et lâcha :

« Bien sûr que nous allons revenir. J’en fais le serment sur mon épée, sur mon honneur de sabreuse. Alors, attendez-nous. Attends-moi, Zoro. »

Ils échangèrent un dernier sourire.

Estel et Elena se mirent ensuite à courir vers le rebord du bateau et sautèrent sur ce dernier. Elena mit son sac sur son dos et rengaina son sabre. Puis, les deux amies échangèrent un regard et s’exclamèrent, synchrones : 

« Au fait, dites à Luffy qu’on est d’accord pour rejoindre l’équipage ! »

Et sur cette phrase, elles sautèrent dans les airs, le sourire aux lèvres, prêtes à l’aventure.

Zoro s’approcha du rebord dès qu’elles l’eurent quitté. Il les regarda courir sur le port, leur faisant de grands signes de bras, comme des enfants. Ou plutôt, il laregardait. Le sourire qui étirait ses lèvres était figé sur son visage, tout comme celui d’Elena dont il intercepta une dernière fois le regard. Un regard. C’était tout ce dont ils avaient besoin. Et lorsqu’il croisa ses yeux dorés, Zoro en oublia complètement le reste.

Un an. Un an, et elle reviendrait, avec Estel. Un an, et elle reviendrait, métamorphosée et libérée du fardeau qui l’entravait. 

Sanji vint près de lui et posa sa main sur son épaule, tout en tirant sur sa cigarette.

« Je n’aurais jamais cru qu’un truc pareil puisse t’arriver. » lui avoua-t-il. 

Zoro ne démentit pas : « Si tu savais... Moi non plus. »

« Prenez soin de vous !! Hurla Nami en portant ses mains à sa bouche, émue. Vous allez nous manquer !!! »

Et ils restèrent là, à les regarder disparaître sous le ciel orangé du matin. La scène de leur rencontre revint en mémoire du bretteur et son cœur se haussa au souvenir du premier sourire sauvage qu’elle lui avait adressé, du premier regard intéressé qu’elle avait posé sur lui, du premier coup d’épée qu’ils avaient échangé. Ils étaient définitivement liés et rien, ni même le temps, n’y changerait quelque chose.

Il s’accouda sur le bois blanc et laissa le vent caresser son visage, lui apportant les derniers effluves de son parfum particulier. 

Elle était son âme sœur, il le savait. Alors oui, il pouvait le dire.

« Je t’attendrais, Elena Cewall. »

 

 

 

 

(Ce n'est pas le dernier chapitre)

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