Cœur d'Émeraude
Je voudrais remercier toutes les personnes qui me suivent, qui ce sont abonnées, ont laissées des reviews. Ça me motive et m'aide beaucoup, de savoir que ça vous plaît.
Désolé si je mets du temps à écrire, j'essaie vraiment de faire au mieux et surtout de vous offrir de la qualité.
J'espère que la suite va rester à la hauteur,
D'ici-là, bonne lecture à toutes et à tous :-)
En chemin, Hinata médite sur son comportement. Elle n'est pas très âgée, elle a seulement vingt-neuf ans, mais elle a néanmoins assez d'expérience professionnelle pour avoir du recul, puisqu'elle fait ce travail depuis qu'elle est en âge d'être diplômée et de travailler. Et elle a toujours, toujours veillé à rester dans les limites du protocole, ne jamais franchir de ligne, tout en se renseignant sur les disciplines et notions médicales annexes et liés aux pathologies et blessures de ses patients. Du moins jusqu'à aujourd'hui, ou elle se plie en quatre, plus que d'accoutumé pour les sœurs télékinésistes. Alors certes elle n'a rien fait d'illégal, mais elle n'a jamais pour autant pris de risques ou franchie de ligne. Mais alors pourquoi ? Pourquoi se lie-t-elle tant à Fubuki, pourquoi le rétablissement de Tatsumaki en devient presque une nécessité vitale pour elle ? Est-ce juste la fatigue ? Le fait que ce soit des héroïnes ? Et qu'elle se sente redevable ? Ou qu'elle découvre les femmes derrière le pouvoir ? Hinata ne saurait le dire. Mais elle sait qu'elle doit faire très attention à sa relation avec Fubuki, et à ce que ses sentiments n'interfèrent pas avec les soins. Et pourtant, elle va raccompagner Fubuki chez elle, alors que n'importe quel professionnel aurait fait appel à un taxi. Hinata soupire, un peu perdu dans les méandres de son esprit. Elle retourne au bureau des infirmiers, fait ses transmissions, et se change, heureuse de sortir de son uniforme et de sa blouse après près de 24 h de garde d'affilée. Elle se rend ensuite à la chambre 777, et toque doucement, mais pas de réponse. Elle ouvre timidement, et voit les deux sœurs, toutes deux endormies, Fubuki assise sur une chaise, la tête posée sur le lit. Ça lui fend presque le cœur de devoir la réveiller, car la cadette doit être profondément épuisée pour s'être endormie si rapidement.
-Fubuki ? Réveillez-vous, Fubuki ! Appelle doucement Hinata, en secouant légèrement la télékinésiste qui papillonne alors des yeux. L'infirmière laisse le temps à la jeune femme de reprendre ses esprits.
-C'est l'heure c'est ça ? Demande Fubuki, encore endormie, mais d'une voix blanche.
-Oui, il est temps pour vous de dormir dans un vrai lit, vous pourrez revenir plus tard, quand vous serez reposée, allez venez avec moi, répond Hinata, se redressant pour aller chercher la doudoune blanche iconique de la télékinésiste.
-J'aimerais rester encore un peu, s'il-vous-plaît, lui dire au revoir, demande alors Fubuki, après un petit silence hésitant.
-Je suis pas sûre que votre sœur serait ravie de vous voir, pas après vous avoir expressément demandé de rentrer chez vous, répond Hinata, s'attendant à de la résistance.
-Vous ne comprenez pas, elle a besoin de moi, je ne peux pas la laisser seule. Et s'il lui arrivait quelque chose ? Qui la protégera ? Veillera sur elle ? Il n'y a que moi qui puisse faire ça, c'est à moi de...
-Fubuki, stop, calmez-vous, s'il-vous-plaît, calmez-vous, l'interrompt Hinata, s'agenouillant à côté d'elle. Fubuki a les yeux rouges, secs à force de pleurer et d'essayer de sécréter des larmes qui ne peuvent venir, ses glandes lacrymales étant vides depuis longtemps et ne se remplissant plus à cause de la déshydratation.
-Votre sœur est en sécurité ici, il ne lui arrivera rien, je vous le promets, tente de la rassurer l'infirmière.
-Ah oui ? Il y a des photos qui ont fait les gros titres du journal il y a quelques semaines qui prouvent le contraire ! Rétorque aussitôt Fubuki, acide.
-Et depuis des mesures ont été prises, la sécurité a été renforcée, et depuis personne n'a pu passer incognito, répond Hinata du tac-au-tac.
-Regardez-moi, regardez-moi Fubuki, insiste-t-elle ensuite. L'héroïne tourne un visage dévasté vers la soignante, qui lui sourit gentiment.
-Vous ne l'abandonnez pas, vous prenez juste soin de vous, pour à nouveau pouvoir prendre soin d'elle, c'est aussi simple que ça. Maintenant, je vous demande de me laissez vous aider, et vous ramenez chez vous, allez venez, explique Hinata avec une infinie douceur, mais aussi de la fermeté, le tout en se levant et tendant sa veste à Hinata, qui reste à la regarder, se battant contre la culpabilité, l'hésitation et sa propre obstination. Mais après un soupire résigné, elle se lève enfin, et prend mollement son vêtement. Voulant absolument surfer sur la vague et ne pas donner une seule occasion à Fubuki de revenir sur sa décision, Hinata s'empresse, sans que ça ne se voit de trop, d'ouvrir la porte de la chambre. Fubuki s'arrête au pas de la porte, et jette un dernier coup d'œil à sa sœur, endormie et alitée, comme si elle la voyait pour la dernière fois. Ses traits s'agitent, ses yeux et ses lèvres tremblent, mais elle trouve le courage de sortir, et de laisser la porte se refermer derrière elle, sur Tatsumaki. Hinata observe un silence respectueux tandis qu'elle reste aux côtés de l'héroïne qui se bat contre elle-même pour ne pas craquer, que ce soit en éclatant en sanglots ou en faisant machine arrière. La marche jusqu'à l'ascenseur se fait dans un silence pesant, Hinata n'osant pas trop intervenir, craignant que la moindre interaction ne brise la volonté de la Classe B. Elle ne sera soulagée et n'osera respirer que lorsqu'elle appuyera sur le bouton du rez-de-chaussée et que les portes se refermeront doucement. C'est aussi à ce moment précis que Fubuki craquera, laissant libre cours à des larmes qui ne viennent pas, assaillie par la culpabilité et la peur. Hinata se surprend à hésiter de poser un bras réconfortant sur les épaules de l'héroïne, alors qu'une heure plus tôt, elle n'a pas hésité à l'attirer contre elle. L'infirmière franchie donc le pas, et aussitôt le bras posé, Fubuki se laisse aller contre Hinata, prise de court. Jamais elle n'aurait pensé Fubuki assumer sa vulnérabilité de cette façon, elle qui tâchait de rester si digne et forte. Néanmoins, Hinata ne montre rien, se contentant de rester un réconfort silencieux. Mais aussitôt les portes de l'ascenseur s'ouvrent-elles que Fubuki reprend sa contenance et s'écarte d'Hinata, reprenant son masque d'impassibilité. L'infirmière ne s'en offusque pas, et les deux femmes reprennent leur route, traversant le hall de l'hôpital jusqu'à son entrée. Le soleil ébloui les deux femmes, habituée à la lumière artificielle, mais c'est Fubuki qui en souffre le plus, cette dernière étant restée enfermée plusieurs semaines d'affilée. Elles vont jusqu'à la voiture d'Hinata, une petite Toyota Yaris rouge. Et une fois les deux femmes assises et attachées, et le moteur démarré, Fubuki craque à nouveau, hoquetant sans contrôle comme une petite fille. Hinata ne dit rien, se contentant de quitter le parking, le cœur en miettes. Fubuki pleurera pendant dix bonnes minutes, ne s'arrêtant que pour somnoler, bercée par la conduite fluide et tranquille d'Hinata.
L'infirmière finit par se garer dans la cour d'un immeuble, immense et luxueux, légèrement en périphérie du centre-ville. Hinata détaille les alentours de son habitacle, s'attendant clairement à ce que Fubuki baigne dans le confort, mais elle aurait aussi parié que la télékinésiste serait restée dans le centre-ville.
-On est arrivée Fubuki, prévient Hinata, mais la jeune femme semble s'être endormie, témoignant de son état d'épuisement. Hinata sort donc, pour être aussitôt interpelée.
-Halte ! Ne bougez plus ! Vous n'avez rien à faire ici !! Hurle un jeune homme, faisant sursauter Hinata. Elle a tout juste le temps de se retourner, pour voir deux hommes en costume, dont un colosse de près de deux mètres.
-Vous êtes sur la demeure du Blizzard Infernal ! Première de Classe B de l'Association des Héros !! Hurle-t-il, bombant le torse avec fierté. Hinata comprend immédiatement qu'il parle de Fubuki. Elle jette un coup d'oeil sur la place passager, constatant que l'intéressée est toujours endormie. Et alors qu'une certaine tension s'installe inexorablement, celle-ci monte d'un cran quand elle voit les deux hommes ainsi que d'autres, sortis d'elle-ne-sait-où, avancer vers elle. Une sueur froide coule dans le dos et la tempe d'Hinata, elle bafouille des excuses inintelligibles, ne sachant ni ce qu'ils ont en tête, encore moins ce qu'ils pourraient faire lorsqu'ils constateront que Fubuki est endormie dans sa voiture. Hinata est figée, incapable de réagir, vivant l'un des pires cauchemars qu'une femme puisse vivre, son cœur battant la chamade dans sa cage thoracique. Soudain, ils s'arrêtent, leur regard passant d'une détermination sourde, à une surprise effrayée. Hinata suit leur regard, et voit Fubuki, sortie de la voiture, au visage méconnaissable. Ses yeux jusque-là fatigués et tristes sont maintenant brûlants de colère, foudroyants l'assemblée d'hommes en costume en face d'elle.
-D... Dame Fubuki ! S'écrie le meneur en s'inclinant précipitamment, aussitôt imités par les autres.
-Bande d'imbéciles ! Hinata est l'infirmière de ma sœur ! Tatsumaki la Tornade Tragique ! Sans qui ni moi ni elle ne serions là ! Je lui dois la vie ! Alors témoignez-lui autant de respect que vous m'en devez !! S'emporte Fubuki.
-Oui Dame Fubuki ! Acquiescent-ils, s'inclinant plus bas encore.
-Pardonnez-nous Dame Hinata ! Articulent-ils ensuite en cœur. Prise de court et encore sous le choc, la jeune femme ne réagit pas, se contentant de balbutier.
-Je vais rentrer chez moi, Hinata va venir avec moi, et sera amenée à revenir. Nous ne voulons pas être dérangée. Et si j'apprends que vous lui avez fait quoi que ce soit, ou que vous lui avez mal parlé, vous aurez à faire à moi, prévient la télékinésiste, tâchant de garder une posture et un air noble malgré la fatigue. Mais de toute manière, ses subordonnés sont tellement inclinés et effrayés qu'ils n'oseraient probablement pas risquer un regard sur l'héroïne, et se rendre compte de son état. Hinata la suit prudemment, l'armée d'hommes ayant ouvert une véritable haie d'honneur jusqu'au palier, dans lequel elles s'engouffrent. La soignante se permet alors de respirer, soulagée de ne plus être entourée de ces brutes.
-Désolée pour tout ça. Ils sont gentils, et serviables, mais ils manquent parfois de jugeote et de matière grise, je te garantis que ça ne se reproduira pas, assure Fubuki, reprenant un ton et un air plus fatigué, ça petite bravade lui ayant visiblement coûté.
-Ils ont l'air très... très dévoués, répond Hinata, cherchant un mot assez fort, mais sans être insultant.
-Oui... et parfois ça l'emporte sur leur réflexion, mais ils ne sont pas méchants juste... un peu trop zélés, approfondie Fubuki. Hinata ne répond rien. Cette brusque montée d'adrénaline l'a achevé, et elle ne désire que du calme et un endroit où s'assoir. Les deux femmes prennes donc silencieusement l'ascenseur jusqu'au dernier étage ou se situe la suite de Fubuki, avec une vue imprenable la Ville A, laissant l'infirmière sans voix, malgré la fatigue.
-C'est donc ici que tu vis ? C'est... très... luxueux, constate-t-elle en détaillant la pièce de vie.
-Oui, fais comme chez toi, il y a ce qu'il faut dans le frigo et les placards et il y a une deuxième chambre par-là, propose la télékinésiste.
-Je ne vais pas m'imposer Fubuki, donc...
-Heu... en fait... j'aimerais que... que tu restes... un peu... s'il-te-plaît... je n'ai pas envie d'être seule et... tu es... la seule personne qui... enfin qui...
-Amie ? Se risque Hinata, devant les bredouillements de l'héroïne. Fubuki semble réfléchir à ce mot, puis elle hoche de la tête, son visage déformé par l'émotion.
-Oui... enfin... si... si tu veux bien... je n'ai plus ma sœur et... Hinata n'y tenant plus, elle ouvre à nouveau ses bras et laisse Fubuki s'y réfugier, sans un mot. L'héroïne y sanglote quelques minutes, avant de se calmer petit à petit, bercée par Hinata qui se balance doucement et instinctivement.
-Bon aller Fubuki, tu es épuisée, alors va te coucher, je vais rester quelques minutes sur le canapé, et je te laisserais mon numéro pour que tu puisses m'appeler, d'accord ? La Classe B hoche de la tête, les yeux mi-clos.
-Merci, murmure-t-elle, avant de prendre la direction de la chambre. Hinata se pose alors sur le divan dans un immense soupire de soulagement et d'aise. Mais pensant n'y rester que quelques minutes, le temps de remettre de l'ordre dans sa tête, l'infirmière ferme les yeux, et s'assoupie.