Les Train Twins

Chapitre 21 : Une histoire de linge sale et de famille.

9062 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 07/11/2021 23:36

Chapitre 21

 

Une histoire de famille et de linge sale

 

Fry se réveilla brutalement mais vaseux sur le canapé du salon du laboratoire du Bourg Palette. Le soleil brillait fort pour une matinée d’automne et éclairait largement la pièce. La professeure Léon junior se tenait devant lui les bras croisés. Lorsqu’il l’aperçut il se redressa avec maladresse en s’agrippant aux coussins.

« Ab, bon-bonjour professeure. »

Florine le toisa mais ne lui dit rien, en revanche elle appela son mari dans la cuisine.

« Seb ! Tu me feras le plaisir d’installer le matelas gonflable sur la mezzanine pour Fry !

- Oui Flo, je m’en occupe cet après-midi ! Lui répondit une voix lointaine. Elle hocha la tête en direction de Fry.

- La salle de bain est libre si tu veux, les filles ne sont pas encore descendues.

- Euh, d’accord, merci… »

Florine avait déjà mangé, elle prit donc la direction de son laboratoire. Fry alla saluer Seb et Robin dans la cuisine avant d’aller se laver. Lorsqu'il sortit de la salle de bain quinze minutes plus tard, le papa et son fiston n’étaient plus là. Fry supposait qu’ils étaient partis pour l’école. Le jeune champion se sentit un peu abandonné au milieu du couloir, il ne savait pas trop où aller en l’absence des jumelles et de Seb. Il n’osait pas se rendre au laboratoire où rodait la professeure tyrannique, alors il sortit dans le jardin avec l’intention de libérer ses pokémon. Devant le bâtiment, il tomba nez à nez avec le professeur Jacky Léon.

« Oh ça alors ! Fry c’est ça ? Florine vient de me dire que les filles étaient rentrées.

- Bonjour professeur !

- Al ! Viens que je te présente l’ami des jumelles !

- Al ? » Répéta Fry à voix basse en se demandant à qui il parlait. Dans la pâture, une femme aux cheveux poivre-sel bien en chair était en train de soigner un mackogneur blessé sur un de ses bras. Elle tourna la tête dans leur direction avant de s’approcher. Elle avait les mêmes yeux verts foncés que Florine et son visage rond, presque sans ride, lui donnait l’air un peu plus jeune que Jacky alors qu'ils avaient le même âge. Par contre, elle commençait à avoir pas mal de tâches de vieillesse sur les joues et les pommettes. Elle offrit un grand sourire chaleureux à Fry.

« Bonjour ! Alors c’est toi le fameux Fry Morgan ?

- Bonjour ! Euh… Le fameux ? Releva Fry en retenant un rire.

- Tu es bien le nouveau champion de la Ligue Orange non ?

- Ouais... J’ai un peu honte de vous avouer que papa est toujours en place pour l’instant.

- Et plus impressionnant : tu as sympathisé avec les jumelles ! Plaisanta Al. Jessy et Jenny n’ont jamais eu beaucoup d’amis, même lorsqu’elles vivaient ici, alors on est tous un peu rassurés de les voir ramener un être humain vivant au laboratoire pour changer.

- Alice est une mamie gâteau, se moqua le professeur Léon.

- Ce qui veut dire que je mange des gâteaux, pas que je les fabrique ! Compléta Al en riant à moitié.

- Vous êtes madame Léon ?

- Les gens m’appellent Al ici tu sais mon grand.

- Al… Maître Al ?!? » S’écria brusquement Fry dont les neurones s’étaient enfin connectés entre eux. Il était mal réveillé, mais même lorsque Seb lui avait raconté sa vie, il n’avait pas percuté que Al c'était cette Al là.

« Pardon maître ! Je viens juste de réaliser !

- Relax Fry, on est entre nous ici, dit Al d’une voix douce.

- Nous sommes une grande famille, au sens propre comme au figuré… Précisa Jacky avec le même sourire bienveillant que son épouse. Au fait, si tu n’es pas trop occupé ça te dit de venir nous aider ?

- Oui ! Bien sûr professeur ! » Répondit aussitôt Fry rattrapé par son enthousiasme.

Fry croyait rêver : il était au Bourg Palette et le Prof. Pokémon de Kanto lui demandait son aide. Al, de son nom complet Alice Greenburgh-Léon, était maîtresse pokémon, mais elle n’était pas très connue par rapport à d’autres natifs du Bourg Palette comme Sacha Ketchum et Régis Chen. Agée de deux ans de plus que Sacha et Régis, elle avait arrêté assez tôt les compétitions pokémon pour se consacrer à d’autres activités, plus scientifiques. Elle avait épousé Jacky Léon avec qui elle travaillait régulièrement, en tant que son assistante, et ils avaient eu ensemble six enfants. Florine était leur troisième née. Depuis quelques années, dans les cercles de dresseurs pokémon, les gens l’appelaient Maître Al, un surnom évoquant le titre honorifique de Maître de Ligue, car deux de ses fils étaient entrés au Conseil des Quatre, or il n’y avait aucun précédent dans l’histoire des Ligues Pokémon.

En passant sa journée auprès du professeur Jacky Léon et de son épouse, Fry en vint à se demander comment un couple aussi charmant avait pu donner naissance à un monstre tel que la professeure Florine. Jacky était un homme humble, serviable et discret. Maître Al était drôle et bienveillante. Même après toutes ces décennies de vie commune, elle regardait son mari comme s’il était la huitième merveille du monde. Al râlait de temps en temps et Jacky était dépassé par certains comportements un peu sauvages de ses pensionnaires, mais tous les deux demeuraient très doux avec les pokémon et faisaient preuve d'une gentillesse touchante avec Fry.

Cependant, en aidant les professeurs à ranger le laboratoire, Fry ouvrit le mauvais placard et une pile de carnets à croquis noircis lui tomba sur les pieds. Quelques-uns s’ouvrirent en tombant au sol : ils ne contenaient que des portraits de jolies filles, heureusement toutes habillées, mais ça faisait quand même un poil pervers.

« Ah non ! Pas ce placard-là ! » Couina le professeur Léon en se précipitant sur ses carnets.

"C’était donc de ça que parlait Jenny…" Songea Fry qui ne savait plus où se mettre.

A l’autre bout de la pièce, Al jeta un regard en biais à Jacky. Elle ne fit aucun commentaire, mais en quelques secondes, son regard doux et jovial céda la place à une expression tellement sombre et terrifiante qu’elle n’avait plus rien à envier au plus ténébreux des noctunoirs… Ou à Jessy dans ses mauvais jours. Ce petit incident cassa l’ambiance pendant une bonne heure.

Fry n’aperçut aucune des deux jumelles de la journée, et pour cause : elles ne sortirent de leur chambre que pour se rendre aux toilettes. Le soir, leurs places à table étaient vides. Seb s’inquiétait, à sa connaissance elles n’avaient pris ni déjeuner, ni petit déjeuner. Florine, elle, exultait sur sa chaise alors que le plat était en train de refroidir, seul Robin avait commencé à manger. Fry regardait sa grosse portion de ratatouille agrémentée de riz avec envie, il avait les crocs, comme un ronflex après sa sieste.

« Mais qu’est-ce qu’elles fichent encore ? Pestait Florine. Tu les as bien prévenues ?

- Oui Florine, elles savent que c’est l’heure de manger, répondit Seb.

- Bon ben alors quoi ? Râla de plus bel la professeure.

- Flo, elles ne vont pas bien. Il faut leur laisser le temps de…

- De quoi ? D’aller encore plus mal en mourant de faim ? De prier Arceus pour que leurs affaires réapparaissent comme par magie ? Ironisa Florine. Tu sais qu’elles sont plus coriaces que ça, là elles veulent juste me faire tourner en bourrinos.

- Je vais aller les chercher, soupira Seb, mais promets-moi de ne pas leur faire de remarque et de les laisser manger en paix.

- Rah ! Mais…

- Promets le moi Flo, insista Seb.

- Laisse Sébastien, je vais aller les chercher, déclara Fry en se levant de table. Ça passera mieux si c’est moi qui leur demande.

- Ah, ok. Merci Fry. Florine ?

- Oui bon, tu as ma parole ! » Bougonna Florine en servant une louche de ratatouille supplémentaire à son fils qui avait déjà mangé le plus gros de son assiette.

Fry monta au premier et frappa à la porte des jumelles. Il n’avait pas encore eu l’occasion d’aller à l’étage mais il devina facilement quelle était la bonne chambre en voyant l’agencement des portes par rapport au récit des souvenirs de Sébastien. Il toqua à la porte et s’annonça aussitôt.

« C’est Fry. »

Il se retourna en entendant des pas légers de pokémon dans l’escalier. Deux paires d’oreilles brunes apparurent, puis les têtes jaunes et joufflues de Pit et Chu qui y étaient raccordées. Les raichus l’observaient depuis la dernière marche. Il se retourna à nouveau quand le loquet de la serrure pivota. Timidement, la porte s’entrouvrit et le visage de Jenny apparut dans l’interstice. Elle sourit vaguement à son camarade.

« On est à table. Vous descendez manger ? Demanda doucement Fry.

- Pas faim ! » Beugla la voix lointaine de Jessy.

Fry chercha le regard de Jenny mais elle trouvait brusquement la plinthe du seuil absolument fascinante. Le jeune homme posa sa tête contre le cadre de la porte pour que sa voix pénètre au mieux dans la chambre par la fine ouverture. Il espérait aussi que ce pseudo rapprochement avec Jenny, à peine à trois centimètres de son visage, l’aiderait à convaincre sa sœur et à se convaincre elle-même.

« Soyez raisonnables, tout le monde s’inquiète en bas…

- Peuh ! Tu parles ! Si c’est pour se prendre un nouveau savon non merci, on est très bien ici !

- Pit et Chu s’inquiètent eux aussi. Jess, même si tu ne manges pas beaucoup, tu ne peux pas sauter tous tes repas… Steu’plaît. Je te promets que ta mère ne te fera plus de remarque. »

Il n’obtint aucune réponse. Il tenta à nouveau de regarder Jenny, elle lui sourit avec plus de reconnaissance, puis elle s’adressa à sa sœur d’une voix douce.

« Jessy, j’ai faim moi aussi… »

Finalement, Jenny s’écarta et ouvrit la porte en grand quand sa sœur se décida à la rejoindre. Elle avait la mine lugubre, alors Fry lui adressa un de ses sourires de lover, avec Jessy ce n’était pas garantie que ça fonctionne, mais au moins il essayait. La jeune femme lui lança un regard distrait avant de suivre sa sœur en trainant les pieds dans le couloir. Jenny caressa discrètement la main de Fry pour le remercier. Florine tint parole au grand soulagement de Seb et ne fit aucune remarque désobligeante à ses filles, malgré tout l’ambiance à table restait pesante, vu que personne ne parlait.

Aussitôt le repas terminé, Jessy fila dans la salle de bain, il était impossible de la capter, elle était plus furtive qu’un zorua. Fry tenta sa chance avec Jenny, elle cherchait un livre dans la bibliothèque avant de remonter dans sa chambre.

« Jenny, vous faites quoi là-haut toute la journée ?

- Jessy rumine et moi je lis. Et j’avoue que je ne lis pas dans un état d’extase total non plus.

- S’il te plaît, essaye de convaincre ta sœur de descendre demain.

- Je vais essayer, soupira Jenny. Mais je ne peux rien te promettre.

- J’ai parlé à Seb hier. Il m’a raconté pour vos parents… Je suis désolé.

- Tout ça c’est du passé et tu n’as pas à être désolé, tu n’y es pour rien. Bonne nuit, à demain.

- A demain… »

Elle l’embrassa furtivement sur la joue pour le remercier de sa sollicitude avant de filer dans l’escalier du couloir et Fry partit s’installer sur la mezzanine en passant par le labo. Seb lui avait préparé un matelas d'appoint posé au sol à côté du lit de Robin. Le petit garçon était totalement survolté. Partager sa chambre avec un autre garçon, plus âgé que lui qui plus est, le mettait dans un état d’euphorie excessif. C’était encore mieux que d’inviter un copain à la maison, pour lui c’était carrément comme avoir un grand frère. Florine fut obligée d’aboyer comme un démolosse depuis son laboratoire pour qu’il se calme.

 

Le lendemain, les jumelles sortirent de leur antre. C’était un mercredi, il n’y avait donc pas école. Ces jours-là, normalement, Robin aimait les passer dans le jardin, à entrainer ses pokémon ou à aider ses parents. Il n’était pas encore dix heures lorsque Florine réquisitionna tout le monde pour nettoyer le parc, elle n’avait pas souvent autant de bras sous la main et le parc du laboratoire commençait à ressembler à une petite jungle. Pour la première fois de sa vie, Fry vit un grotadmorv à l’œuvre : c’est lui et ses petits tadmorvs qui débarrassaient le plus gros des crottes de leurs congénères, en les mangeant. Le champion avait plutôt l’estomac solide mais pour le coup cette scène l’obligea à courir derrière le laboratoire pour vomir. Florine vociféra parce qu’il salissait davantage le jardin. Jenny préféra éloigner Fry avant qu’il n’apprenne que sa vomissure aussi serait grignotée par les tadmorvs…

Fry avait remarqué que Jessy fuyait systématiquement la présence de Seb, elle ne lui parlait presque jamais et quand elle le faisait, c’était avec un style télégraphique. Avec Robin, c’était un peu différent, elle ne le fuyait pas mais sa présence l’indisposait clairement. Le petit garçon devait bien le sentir mais c’était plus fort que lui, régulièrement, il cherchait le contact. Comme Jenny était beaucoup plus avenante, il passait le plus clair de son temps dans ses pattes à lui poser des tas de questions. La présence amicale de Fry ne faisait qu’empirer la chose, Robin suivait Fry et Jenny partout comme un voltoutou.

Peu avant midi, Al débarqua avec un petit carton de pokéballs.

« Livraison de starters !

- Ah parfait ! » S’exclama Florine, visiblement soulagée. Jacky vint récupérer le carton des bras de sa femme et Fry s’approcha avec curiosité. En captant le regard pétillant du jeune homme, Al se fit un plaisir de lui expliquer.

« Ma fille ainée tient une pension pokémon avec son mari à Jadielle. Ce sont eux qui élèvent les carapuces et les bulbizarres que Florine propose aux nouveaux dresseurs.

- Et les salamèches et les pikachu ?

- Florine préfère gérer les salamèches elle-même, quant aux pikachu c’est une légende urbaine à cause de Sacha. Je crois que Jacky n’en a jamais donné un seul à qui que ce soit de toute sa carrière… Moi par contre, quand un gamin me plaît bien, je lui propose un évoli.

- Aaah… Soupira Fry d’un air rêveur. J’aurais tellement aimé pouvoir démarrer mon voyage ici ! J’adore mon colhomard, c’est pas le soucis, mais c’est moins exaltant quand même… »

Il y eut une pause dans la conversation et le regard d’Al Léon se mit à briller d’une lueur étrange.

« Dis-moi, Fry… Reprit lentement la grand-mère des jumelles d'une voix tentatrice. Tu voudrais un évoli ?

- Un évoli ? Carrément ouais !

- Maman ! Arrête de vouloir donner des évoli à tout le monde sans qu’on te le demande ! Ce ne sont pas des bonbons ! » Pesta Florine à l’encontre de sa mère.

Une joie immense envahit Fry avant que la réalité ne lui revienne à l’esprit pour broyer ses rêves.

« J’aurais adoré avoir un évoli mais… J’ai déjà sept pokémon, et pour mes parents c’est déjà un de trop.

- Oh c’est dommage… Chouina Al, plus abattue par sa propre déception que par empathie pour Fry.

- A ce propos Fry, fit doucement Jenny, si tu veux on peut garder tes pokémon de rechange au Bourg Palette, c’est aussi à ça que sert le laboratoire.

- Jenny, tu pourrais me demander l’autorisation avant de proposer des trucs comme ça ! Protesta la professeure Florine Léon.

- Sérieusement ? » Intervint Jessy, les sourcils froncés.

Jenny sentait que ça allait encore dégénérer.

« T’as jamais refusé ça à personne et là, parce que c’est notre pote, tu fais des histoires ! C’est du foutage de gueule !

- Tu me parles sur un autre ton Jessica ! Répliqua Florine. Fry est le champion de la Ligue Orange, il est censé pouvoir gérer ses pokémon lui-même, comme tous les champions d’arènes du pays. Le laboratoire n’est pas extensible, je dois donner priorité aux dresseurs qui n’ont aucune autre alternative !

- Fry n’a pas d’autre alternative ! Sinon il le prendrait l’évoli de mamie !

- Du calme Jess… Reprit doucement Fry. Ce n’est pas grave, j’ai l’habitude.

- Si c’est grave ! C’est pas juste ! Et elle fait ça juste pour nous emmerder ! »

Florine poussa un profond soupir d’agacement et se pinçant l’arête du nez. Ceux qui la connaissaient bien voyaient qu’elle fulminait et qu’elle se retenait pour ne pas craquer et entrer dans une rage folle contre sa fille. Jenny prit les devants et éloigna Jessy, Al trouva un prétexte bidon pour pousser Florine à retourner voir Jacky et elle se retrouva seule avec Fry. Elle lui sourit avec gentillesse.

« Pardon pour cette maladresse de ma part…

- Non je vous assure que ça va, y a pas de mal.

- Si un jour tu veux un évoli, reviens me voir. Ma proposition n’a pas de limite dans le temps.

- Merci Maître Al… » Fry offrit à la mamie un sourire charmant dont il avait le secret.

Al n’osa pas poser la question, mais comme tout le monde elle voulait lui demander : "Avec laquelle des jumelles tu sors ?" Elle s’éloigna à son tour, tandis que Robin, poussé par sa gentillesse et sa générosité naturelles, se ruait sur Fry.

« Eh ! Si tu veux moi je peux m’occuper de tes pokémon de rechange pendant que tu dresses l’évoli de mamie !

- C’est très gentil Robin,mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée d’aller contre la volonté de ta mère… Répondit Fry, toujours avec son sourire avenant.

- Plus tard je serai Prof. Pokémon, comme maman et comme papi ! Et j’refuserai jamais d’accueillir un pokémon ! Annonça joyeusement Robin. Fry agrandit son sourire.

- Merci… Alors comme ça tu veux devenir professeur pokémon ? Comme Jenny alors ?

- Ouais ! Même que papi il m’apprend à dessiner les pokémon et… Ah ! J’ai un truc trop cool à te montrer ! Tu m’attends là hein ? J’en ai pour une minute ! »

Et le blondinet fonça vers le laboratoire à la vitesse d’un linéon. La présence de Fry le grisait. Le jeune champion profita de ce petit instant de répit pour chercher les jumelles des yeux. Elles avaient voulu être sympas avec lui pour le coup de l’évoli, il voulait les remercier pour ça et il restait assez préoccupé par leur état mental à toutes les deux. Il aperçut Jenny devant l’étang et alla à sa rencontre. Elle venait d’abandonner sa sœur auprès de son lamantine.

« Tu peux rester dans les parages pour surveiller Jessy ? Lui demanda-t-elle à voix basse. J’ai peur qu’elle finisse par exploser… Désolée de te demander ça.

- T’inquiète ça ira. Merci pour toute à l’heure… »

Après un bref instant d’hésitation, il posa une main amicale sur l’avant-bras de Jenny. Il misait sur le fait que Jane, la sensuelle séductrice, n’oserait pas lui faire du rentre dedans ouvert devant sa famille, il pouvait donc se risquer à un geste tendre sans se faire agresser sexuellement. Jenny lui offrit un sourire charmant mais fatigué. Seb disait qu’elle était solide comme le roc, mais toute cette tension ambiante était malgré tout en train de l’user. Elle imita son geste en posant sa propre main sur le bras de Fry puis passa son chemin.

"Elle a vraiment l’air fatiguée…" Songea le jeune homme avant de regarder vers Jessy. La rouquine était assise au bord de l’eau, en train de regarder son lamantine et son aquali batifoler ensemble dans l’eau. Ils semblaient très heureux de se retrouver. Jessy ne gardait quasiment jamais deux pokémon eau dans son équipe, alors les deux amis n’avaient pas souvent l’occasion de se voir. En approchant lentement de l’étang, Fry remarqua que le mot "ami" n’était pas forcément le plus approprié… Les deux pokémon semblaient beaucoup plus proches en réalité. Jessy regardait leur parade amoureuse aquatique avec un air absent, presque sinistre.

Fry hésitait à parcourir les derniers mètres la séparant d’elle. Qu’est-ce qu’il pouvait bien lui dire ? La remercier pour son soutien ? Ça n’allait faire que l’énerver davantage contre sa mère… Lui parler de lamantine ? Peut-être, mais il sentait venir le coup de l’accouplement en live avec Méditerranée et Jessy et lui se sentiraient idiots devant ce documentaire animalier pornographique. En réalité, il savait ce qu’il devait faire mais il hésitait...

Quand Jessy avait besoin de se défouler, elle dégainait ses pokéballs et elle allait mieux après. Fry ne se sentait pas prêt à l’affronter, il en avait envie, et même très envie au fond, sauf que Jessy était un adversaire redoutable et que lui était rouillé. Il savait qu’il ne pourrait pas lui tenir tête longtemps en étant réglo, sauf qu’elle était au bord de l’implosion, donc il ne voulait pas utiliser une de ses petites ruses fourbes comme la fois où il avait affronté les frères raichus, ça ne ferait qu’empirer la situation…

Fry restait planté derrière elle, immobile, alors Jessy finit par ressentir sa présence, elle avait l’impression d’être observée. Elle se tourna vers lui et après un instant de flottement, elle finit par lui demander d’une voix morose :

« Qu’est-ce que tu veux ?

- Hem. Ben, en fait, je… » Fry réfléchissait encore à ce qu’il pouvait lui dire quand une voix stridente de garçonnet le fit sursauter.

« Fry ! »

Robin courait vers lui, un carnet de croquis à la main.

« Tada ! »

Pensant que Robin voulait lui montrer ses chefs d’œuvres pokémonesques, Fry attrapa le bloc de feuilles avec confiance et l’ouvrit en souriant gentiment. Son sourire se crispa dans la perplexité lorsque ses yeux se posèrent sur le dessin noir et blanc très réaliste d’une jolie fille en maillot de bain sexy. Il se dépêcha de tourner la page en espérant que ce n’était qu’un croquis isolé mais sur la page suivante aussi il y avait une fille en bikini. Tout le carnet était rempli de filles à moitié dénudées.

« Euh… Pourquoi tu me montres ça au fait ? Finit par demander Fry.

- Bah en général les garçons aiment bien les filles en maillot de bains, répondit simplement Robin un peu étonné par la réflexion de Fry.

- Oh… Ouais… Euh, tu sais j’ai grandi dans l’Archipel Orange, alors les filles en maillot de bains c’est un peu mon quotidien, ça ne me fait plus grand-chose à force. »

Les dessins ne lui faisaient aucun effet, certes, mais il fut obligé de chasser de son esprit l’image de Jenny en micro-bikini et de Jessy dans son deux pièces bandeau carmin.

« Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?!? » Vociféra Jessy.

Elle s’était levée d’un bond et avait arraché le carnet des mains de Fry. En captant la conversation, elle avait compris ce qu’il y avait sur les feuilles, pourtant ses joues prirent une couleur cramoisie lorsque son regard se posa sur la silhouette voluptueuse d’une fille assoupie bronzant seins nus sur une plage.

« Où t’as trouvé ce machin ?!? Gronda la rouquine à l’adresse de son frère. Elle agitait le carnet tel un prêcheur fanatique de la Team Plasma.

- C’est mon trésor de guerre ! Déclara fièrement Robin. Je l’ai récupéré avant que mamie ne le brûle !

- Mais t’es complètement con ! Déjà c’est pas de ton âge, ensuite pourquoi tu montres ça à Fry ?!? Ça se fait pas ! Et il va se passer quoi si mamie s’en aperçoit hein ?!?

- Roh c’est bon ! C’est juste les dessins de papi…

- Y a tata Daisy là-dedans ! Cracha Jessy. Déjà que mes parents ont divorcé à cause de ton connard de père, t’as aussi envie de voir mamie et papi s’étriper ?!?

- Mais n’importe quoi ! Rend-le moi !

- Non ! Gronda Jessy en lui assenant un violent coup de carnet sur le crâne.

- Aïe !!! Cria de douleur Robin.

- Merde Jessy, doucement ! » S’exclama Fry, choqué.

La rouquine se tourna vers l’étang et jeta le carnet dedans. Ses deux pokémon eau regardèrent le bloc de feuilles passer par-dessus leurs têtes et retomber dans l’eau trouble.

« Non !!! » S’écria Robin d’une voix tragique.

Le carnet s’enfonçait mollement dans la mare aux tarpauds et le demi-frère de Jessy réalisa que c’était foutu, il ne pourrait jamais récupérer les dessins de son grand-père. Il fit volte-face et fusilla sa sœur du regard.

« T’es méchante ! Pourquoi t’as fait ça ?

- Je viens de te le dire ! Brailla Jessy. T’es complètement stupide comme ton père ! »

Elle tourna le dos à Robin qui tremblait de la tête aux pieds. Elle commença à s’éloigner d’un pas lourd de rhinoféros. Elle lui avait déjà donné un gros coup de bloc à dessin sur la tête, elle savait que si elle restait trop longtemps, elle allait finir par le tabasser.

« T’as de la chance d’être une fille ! Cria Robin.

- Quoi ? Fit Jessy en se retournant vivement.

- J’ai envie de te frapper ! Te frapper tellement fort qu’après si on te voit avec Jenny on saura pas que c’est ta jumelle ! »

Jessy revint vers le petit garçon qui faisait une tête de moins qu’elle et le regarda droit dans les yeux, une lueur de haine et d’arrogance dans ses iris bleu électrique.

« Ben vas-y le débugant, n’hésite pas... Vas-y… Siffla-t-elle en séviper avant d’écarter les bras en messie.

- Je… Je ne frappe pas les filles, MON père il m’a appris ça. Le tien sans doute pas. »

Ce fut au tour de Jessy de trembler de fureur. Fry s’interposa entre le frère et la sœur, il sentait que ça allait mal finir. Alors que Fry la bloquait avec son bras droit et repoussait Robin avec le gauche, Jessy attrapa une pokéball dans un geste vif.

« Du calme ! » Ordonna Fry d’une voix qu’il pensait assez forte, mais personne ne l’écoutait.

Les deux adversaires reculèrent chacun de quelques pas sans se quitter des yeux.

« Faut toujours que tu appelles tes pokémon ! Cria Robin. T’es vraiment nulle !

- Tu veux pas me frapper la larveyette ? Très bien : alors combats ! Même si tu sais très bien que tu vas perdre face à moi parce que t’es qu’un minus.

- Pt’être mais tu mérites pas de gagner ! Tu nous détestes papa et moi alors qu’on t’a jamais rien fait ! Tu sais juste te battre encore et encore, sans réfléchir ! C’est toi qui es stupide, pas nous !

- Bâtard !

- La ferme !

- Misdy ! »

Jessy libéra sa mysdibule et brailla à l’encontre de Robin en le pointant du doigt.

« Sors tes foutus pokéballs et conduis toi en dresseur pour une fois ! »

Mysdibule cligna lentement des yeux en regardant le petit garçon chevrotant, elle tourna la tête vers sa dresseuse, avec un air moralisateur, elle fit :

« Mys mysdibule…

- Je ne t’ai pas demandé ton avis Misdy. » Répliqua sèchement Jessy à l’adresse de sa pokémon. Mysdibule fronça un peu ses semblants de sourcils mais ne protesta pas davantage. Elle se contenta d’attendre que le petit garçon réagisse.

Robin avait des larmes de rage au coin des yeux, il hésitait encore à envoyer ses pokémon. Il savait qu’il allait perdre et il ne voulait pas faire du mal à ses amis, mais il ne savait pas quoi faire d’autre. Il se décida et attrapa le trois capsules qu’il avait dans la poche : une copainball, une luxeball et une pokéball classique. Il libéra ses trois pokémon en même temps. Des faisceaux lumineux croisés jaillirent une évoli, un fantominus et un salamèche.

Jessy ricana, c’était nerveux. Trois très jeunes pokémon face à son pokémon acier… Le spectacle était risible. Elle aurait aimé se moquer de Robin, lui dire qu’il n’était qu’un lâche d’envoyer trois pokémon en même temps, mais qu’aurait-il pu faire d’autre ? Une seule attaque les mettrait tous K.O. C'était du grand n'importe quoi, elle en était consciente, cependant elle était tellement frustrée et tellement en colère… Elle avait besoin de se battre. Elle voulait que Robin souffre. Elle voulait voir ses pokémon s’esquinter inutilement face à sa mysdibule. Elle voulait les ridiculiser tous les quatre…

« T’attends quoi microbe ? » Lâcha-t-elle avec arrogance.

Avec un petit frisson anxieux, Robin se lança dans la bataille.

« Onde-folie ! Flammèche !

- Niiii…

- Sala-sala ! Raw ! »

Son fantominus tenta de rendre confuse mysdibule. La pokémon de Jessy grimaça sous l’effet de l’onde-folie, c’était très désagréable mais elle était capable de rester lucide. Au même moment, une nuée de flammèches la recouvrit. Elle était sensible aux attaques feu mais l’intensité des flammes de salamèche étaient insignifiante, elle fut à peine blessée.

« Vent féérique ! »

A contrecœur, Mysdibule riposta contre ses adversaires, au hasard. Evoli recula et fantominus disparut pour éviter l’attaque, seul salamèche fut touché. Misdy était consciente du faible niveau de ses adversaires, alors son attaque était peu puissante. Elle fit malgré tout beaucoup de mal au salamèche, cela la contrariait, ce n'était encore qu'un bébé. Robin sentit sa tension monter, il était inquiet pour son salamèche, pourtant il ne voulait pas perdre et encore moins renoncer aussi vite.

« Red, utilise draco-rage ! »

Son salamèche n’avait pas encore tout à fait atteint le niveau 16, il ne maitrisait donc pas encore complètement la draco-rage, mais c’était l'attaque la plus puissante qu'il avait en stock. Malheureusement pour Robin, il avait complètement oublié que mysdibule était du double type acier-fée, les attaques dragon ne lui faisaient donc ni chaud, ni froid. Lorsque les flammes bleues se dissipèrent, Misdy réapparut au milieu du terrain, immaculée, sans la moindre brûlure. Elle toisait le salamèche avec affliction. Elle le trouvait un peu pitoyable mais elle avait surtout beaucoup de peine pour ces jeunes pokémon obligés de l’affronter pour calmer les nerfs de leurs dresseurs respectifs, ce n’était agréable pour aucun d'entre eux.

« T’es vraiment stupide… » Commenta Jessy avec un sourire dédaigneux. Connaître la table des types c’était la base du dressage. Robin resserra les poings. Il décida de changer de tactique.

« Brouillard ! »

Salamèche cracha un nuage noir épais qui enveloppa la mysdibule. Au moins comme ça, elle ne verrait plus venir les attaques. Robin se concentrait pour choisir ses prochaines techniques, hélas son panel était extrêmement réduit.

« Mélo mélo mélo ! »

Une mélodelfe femelle arriva vers les deux combattants en se dandinant et en criant, elle avait l’air très préoccupée. Distrait, Fry n’y fit pas attention dans un premier temps, puis il réalisa qu’il devait s’agir de la mélodelfe de Justine, dont Seb lui avait tant parlé deux soirs plus tôt. Jessy fusilla la mélodelfe du regard.

« Toi, t’es toujours de son côté.

- Mélo, mélo… Se lamenta la femelle.

- T’en mêle pas Mélo ! Lança Robin avant de donner ses nouveaux ordres. Flammèches ! Ombre nocturne ! Météores ! »

Fantominus et Salamèche attaquèrent de manière combinée. Mysdibule dans le brouillard encaissa sans broncher. Puis, Victoria, alias Vivi, l’évoli de Robin, se lança dans la bataille en effectuant une rotation sur elle-même pour lancer ses météores. Elle avait encore du mal à viser juste avec cette nouvelle technique, le brouillard n’arrangeait rien. Elle voulait tant que son dresseur soit fier d’elle, alors elle s’appliqua au mieux.

« Evo voo !

- Feinte Misdy. »

La mysdibule surgit du brouillard et balaya tous ses adversaires dans un geste furtif. Salamèche fut projeté en arrière et s’étala sur le sol à plat ventre. Il geignit sans se relever, il n’était plus en état de se battre.

« Et d’un. » Lâcha Jessy dans un rictus.

Robin lui lança un regard noir. Devant la porte vitrée du laboratoire, Jenny faisait des aller-retours pour transporter des sacs de croquettes. Elle remarqua l’animation au loin près de l’étang.

« Non mais je rêve là… » S’agaça Jenny quand elle se rendit compte que Jessy était en train d’affronter Robin. Elle se précipita vers eux.

« Mémo ombre nocturne !

- Coup bas ! »

Mysdibule ne chercha pas à éviter l’attaque de fantominus, elle traversa l’onde spectrale oppressante avec une quasi-indifférence pour aller frapper son adversaire. Fantominus ne résista pas à cette attaque ténèbres. Misdy regarda le fantominus disparaître comme un nuage de fumée pour rejoindre de lui-même l’intérieur de sa luxeball.

« Et de deux. » Fit platement Jessy.

Vivi jeta un coup d’œil en arrière, en direction de son dresseur, elle n’était pas très rassurée de faire face seule à mysdibule. La pokémon ne se montrait ni agressive, ni hostile, mais l’évoli n’était pas stupide, elle avait mesuré l’ampleur de leur écart de niveaux.

« Ça va aller Vivi, tenta de la rassurer Robin. Météores ! »

Evidemment, des attaques de type normal n’étaient absolument pas adaptées face à un pokémon acier.

« Fini de jouer : morsure ! »

Jessy avait décidé d’en finir, mais obnubilée par sa suprématie de maîtresse pokémon, elle se fit surprendre par le petit effet de Robin et évoli.

« Jet de sable ! » Cria Robin.

Dans un vigoureux coup de queue, Vivi envoya une giclée de terre dans le museau de Mysdibule qui fut aveuglée.

« Retour ! »

L’évoli enchaina parfaitement ses deux attaques. La pokémon de Robin était rapide et agile, déterminée aussi. Elle utilisait son retour à la perfection. Même si elle manquait d’expérience, on voyait qu’elle s’entrainait dur avec son dresseur. Evidemment, face à une type acier d'un tel niveau, son retour n’eut quasiment aucun effet. En outre, Vivi n’était pas assez lourde pour faire basculer son adversaire.

« Qu’est-ce que vous faites tous les deux ? Arrêtez ça tout de suite ! » S’écria Jenny. On sentait à son intonation qu’elle commençait à perdre patience.

« Comme tu veux, cracha Jessy. Tête de fer ! »

Mysdibule s’exécuta. Elle modéra son attaque pour ne pas blesser gravement son adversaire : la tête de fer était un peu le coud’krâne des pokémon acier, la jeune et frêle évoli ne pouvait pas résister à ça. Vivi fut propulsée aux pieds de son dresseur. Elle gémit avec doléance. Bouleversé par la lamentation de sa précieuse évoli, Robin l’attrapa dans ses bras pour lui faire un câlin.

« Et de trois. »

Un très bref instant, Jessy ressentit de la satisfaction, mais cette sensation fugace s'évapora en un battement cil. Elle était toujours en colère et, en voyant le minuscule salamèche épuisé, affalé dans la pelouse, avec Robin tout penaud sa petite évoli dans les bras, sa frustration redoubla. Ce n’était qu’un gamin stupide avec des pokémon à peine sortis de l’œuf… Pourquoi cet être insignifiant la dérangeait autant ? Juste parce qu’il existait ? Parfois elle avait envie qu’il disparaisse. Dès qu’elle se mettait à penser à ça, elle ressentait un terrible mal-être, une sorte de dégoût d'elle-même.

Elle ne voulait plus le voir, elle voulait s’en aller... Son match était fini et c’était elle qui avait gagné, alors normalement c’était à Robin de s’en aller, la queue entre les jambes comme un caninos honteux. Elle attendait qu’il parte chialer dans son coin en pleurnichard qu’il était, mais il ne bougeait pas. A la place, il toisa sa sœur de ses petits yeux verts plein de rancœur, en serrant contre lui son évoli blessée. A cet instant, il avait exactement le même regard perçant et mauvais que sa mère.

« De toute façon, t’es juste jalouse parce que ton père à toi il est parti.

- Mon père n’est pas parti ! Protesta Jessy. Mon père a un vrai travail contrairement au tien, et il serait encore chez lui ici si ton père n’était pas venu prendre sa place !

- C’est n’importe quoi ! Maman et papa sont amoureux, tu risques pas de comprendre ça toi, t’aimes personne ! »

"Ouuh... Ça c’est fait…" Songea Fry en entendant la réplique cinglante de Robin.

Les joues de Jessy s’empourprèrent de colère et d’orgueil blessé, son regard était d’une noirceur infinie, son combat l’avait légèrement fait redescendre en pression, malheureusement les mots de Robin et sa seule existence ré-attisaient sa rage.

« T’aurais jamais dû venir au monde ! Cracha la rousse.

- Jessy ! » Gronda Fry, profondément scandalisé par l'horreur de ces propos.

Cette fois, les larmes se mirent à couler le long des joues de Robin. Sa demi-sœur réalisa ce qu’elle venait de dire, elle sentit une boule de regrets se former dans la gorge, pourtant sa colère de léviator était toujours là, envahissante et sournoise... Robin finit malgré tout par articuler difficilement :

« C’est… Faux… Celles qui n’auraient jamais dû venir au monde, c’est vous. »

Fry jeta un regard oblique vers Jenny, il avait mal pour elle. La rouquine ne laissait rien transparaître, elle était immobile, muette, placide… Jessy explosa à nouveau de colère, non pas contre Robin cette fois, mais contre sa sœur. Elle fit volte-face et se mit à beugler.

« Et toi tu dis rien ?!? Bordel c’est ton père aussi, dis quelque chose pour le défendre chiffe molle ! »

Fry n’en revenait pas d’entendre Jessy parler sur ce ton à sa jumelle. Jessy le léviator se débattait contre ses propres démons, elle ne savait plus qui il fallait mordre pour se calmer, pour ne plus avoir mal. Jenny écarquilla les yeux et ses poings se resserrèrent. Autant les mots de Robin ne l’avaient pas fait réagir, autant ceux de sa sœur étaient de trop. Elle avait les yeux noirs, les muscles crispés, elle sentait monter en elle une vraie colère, intense et bouillonnante, cent fois pire que lorsqu'elle avait rembarré Scott Network en public.

« Mais j’en ai rien à battre moi de vos histoires de super papa ! Vous êtes tous les deux aussi cons et bornés l’un que l’autre ! Vous idéalisez vos pères comme s’ils étaient parfaits ! Papa nous a abandonnées Jess ! Tu as bien entendu ? A-ban-don-nées ! » Cria Jenny en regardant sa sœur droit dans les yeux, bien décidée à lui faire entendre raison cette fois et à arrêter tout ce cirque.

« Il nous a abandonné, tout ça parce qu’il aime plus voyager qu’il ne nous aime nous ! Seb lui il a toujours été là pour maman, pour Robin et même pour nous ! Alors peut-être qu’il vit dans l’ombre de maman et peut-être qu’il lui obéit comme un pantin, mais il est encore là lui ! Et il s’occupe de son enfant lui ! Maintenant tu me lâches avec ces conneries, je ne défendrai plus papa devant qui que ce soit ! »

Sur ces mots, elle tourna les talons en se retenant de faire un doigt d’honneur à son frère et à sa sœur pour ne pas avoir l’air encore plus vulgaire devant Fry, elle avait déjà suffisamment honte que toute sa famille se donne ainsi en spectacle devant le jeune champion.

Robin, en pleurs, s’enfuit de son côté. Finalement, Jessy et Fry se retrouvèrent seuls. Jessy semblait avoir oublié sa présence jusqu’à cet instant. Le jeune champion jeta un regard en biais incisif à sa compagne de voyage.

« T’es fière de toi ? T’as battu un enfant de huit ans. Ça mérite au moins une médaille…

- On t’a pas sonné toi… Marmonna Jessy en regardant la pelouse.

- Que t’en veuilles à Seb et à ta mère j’comprends, mais t’as pas à t’en prendre à un gosse. Pas plus qu’à ta sœur d’ailleurs. Eux tout ce qu’ils veulent c’est ton affection, si t’es capable d’en donner à quelqu’un d’autre qu’à tes pokémon… »

Jessy voulut lancer une réplique acerbe, mais elle ne trouva rien de pertinent à dire et Fry s’en allait déjà. Pour lui, la discussion était terminée, il n’avait plus rien à dire et surtout il ne voulait plus rien entendre. Jessy se sentait abandonnée et un peu stupide. C’est vrai que c’était lâche de s’attaquer à un enfant. Elle, la maîtresse pokémon victorieuse de toutes les ligues du pays, elle avait affronté un gosse juste pour lui faire mal, ce n'était pas son style normalement. Voilà pourquoi elle détestait séjourner au Bourg Palette, ça partait toujours en vrille… Elle dégoupilla la pokéball de sa dracaufeu et grimpa sur son dos.

« Vers le sud Etna ! »

La rouquine et son pokémon s’envolèrent aussitôt en direction de Cramois’île. Fry de son côté était parti à la recherche de Robin, ignorant complètement la silhouette dragonesque qui survolait le terrain. Il avait la désagréable impression que le retour des jumelles, légitime puisqu’elles étaient chez elles, n’était rien de moins qu’un ouragan dans la vie du pauvre petit Robin Lavandson, il n’avait pourtant rien demandé à personne.

Les jumelles ravageaient tout sur leur passage, mais dans le cas du Bourg Palette, il ne pouvait pas les en blâmer. Seb lui avait expliqué la situation et Jessy avait lourdement insisté sur le fait qu’elle ne voulait pas rentrer, elle l’avait bien prévenu, mais Fry ne s’attendait pas à un tel carnage…

Il repéra la présence de Robin grâce à la mélodelfe de Justine. Elle regardait fixement, avec une grande inquiétude, en direction d’un arbre à double souche planté entre le terrain de la famille Léon-Greenburgh et celui du laboratoire. Robin était assis par terre, adossé sur la scission entre les troncs, sa jeune évoli épuisée allongée sur ses jambes étendues. Il sanglotait silencieusement en caressant le poil brun de sa pokémon. Fry s’approcha lentement en faisant un maximum de bruit pour ne pas surprendre le blondinet. Avant qu’il n’arrive à sa hauteur, Robin essuya ses yeux avec le revers de sa manche.

« Tu t’es bien débrouillé toute à l’heure face à Jessy, dit gentiment Fry en se laissant glisser contre le tronc d’arbre.

- Te moque pas de moi. Je me suis fait humilier… Geignit Robin en reniflant bruyamment. D’façon je le savais d’avance, Jessy est maître pokémon, moi j’suis… Qu’un p’tit garçon.

- C’était quand même impressionnant. Tu n’as pas encore dix ans et tu as déjà trois pokémon entraînés, tu t’es bien défendu pour un débutant. Je m’attendais à bien pire… Surtout face à Jessy.

- C’est vrai ? Tu ne dis pas ça pour me consoler ?

- Bien sûr que je te le dis pour te consoler, mais ça ne m’empêche pas de le penser sincèrement.

- Merci Fry… T’es vraiment un gars sympa.

- Il faut au moins ça je crois pour supporter tes sœurs.

- Ah-ah, oui c’est vrai. »

Le petit garçon semblait retrouver le sourire, au grand soulagement de Fry. L’ado continua sur sa lancée, bien décidé à changer les idées de Robin et à en apprendre davantage sur cette famille improbable.

« Alors dis-moi, tu les as eu comment tes pokémon ? Non, laisse-moi deviner, comme pour Jane et Jess, ton évoli est un cadeau de ta grand-mère c’est ça ?

- Ouais ! Mamie Al elle est trop cool, j’adore ma Vivi !

L’évoli était encore à moitié dans les vapes, mais elle remua légèrement en entendant le compliment de son jeune dresseur. Il la gratta avec affection derrière les oreilles.

- C’était ton premier pokémon ou alors c’est salamèche ?

- Non, mon premier pokémon c’est fantominus.

- Vraiment ? C’est pas courant.

- Pas moins qu’un écrapince, répliqua Robin avec un sourire amusé.

- Comment tu l’as eu ?

- C’est papa qui me l’a donné. Il m’a expliqué que c’est sa fiancée d’avant maman qui l’a capturé pour moi avant ma naissance.

- Par tous les pokémon légendaires… C’est quoi encore cette histoire ? Souffla Fry.

- Tu ne savais pas que papa avait eu une fiancée avant maman ? Elle est morte maintenant.

- Oui oui, ça il me l’a raconté, mais comment Justine pouvait-elle deviner qu’il allait avoir un fils et quand ? »

Fry se rendit compte qu’il posait des questions tordues à un gamin de huit ans, il culpabilisait et se trouvait sans-gêne. Robin fronça légèrement les sourcils, sans agressivité, il se concentrait juste pour rassembler ses souvenirs.

« Elle ne savait pas, c’est pour ça qu’elle a choisi un fantominus, c’est un pokémon qui ne grandit pas et qui ne vieillit pas. Maman dit que les pokémon spectre peuvent vivre éternellement sans manger, enfermés dans une pokéball. Papa pouvait le garder longtemps avant de trouver une autre fiancée. »

Brusquement le blondinet se mit à sourire.

« Mais finalement Papa a retrouvé Maman très vite et moi j’suis né. Voilà.

- Une belle histoire comme on les aime, pas vrai ? Lança Fry.

- Oui… » Le sourire du petit blond s’ébranla. Il repensait à toutes les abominations qu’ils s’étaient dit avec Jessy. En plus, il savait qu’il avait aussi fait du mal à Jenny… Robin tourna la luxeball de son fantominus dans sa main droite, tandis qu’il caressait toujours évoli de sa main gauche. Il reprit d’une voix faible.

« Je sais que mes sœurs ne m’aiment pas. Mais moi… Je voudrais qu’elles m’aiment, et j’sais pas quoi faire pour ça. Tu ferais quoi toi à ma place ?

- Euh… Tu me poses une colle là. »

Fry fut assommé par la phrase de Robin. Il n’avait ni frère, ni sœur, ses parents étaient en couple depuis la fin de leur adolescence, leur idylle perdurait comme au premier jour, son oncle Dan filait le parfait amour avec Lizzie et tous les deux adoraient leur neveu, alors il n’avait aucune compétence en matière de problèmes de famille recomposée.

« Bah tu dois bien avoir une idée, reprit Robin. Elles t’aiment toi au moins.

- Comment ça elles m’aiment ? Répéta Fry avec une grimace.

- C’est ce que mes parents disent tout bas : elles n’ont aucun ami à part toi.

- Elles m’aiment, elles m’aiment, c’est un bien grand mot… » Soupira Fry en se grattant la tête. Il repensa à Jenny allongée sur lui sur la plage de l’Etoile de Jade, puis se dit à lui-même en pensée : "C’est pas de l’amour ça, c’est du sexe."

Pris d’empathie pour le gamin, il réfléchit malgré tout sérieusement à sa question. Cela faisait six mois qu’il voyageait avec les jumelles Ketchum, il n’avait pas encore dompté les bêtes mais il connaissait leur fonctionnement à toutes les deux. Jessy était en colère, sans musique, le seul moyen de canaliser sa rage c’était le combat pokémon. S’il voulait épargner Robin, il n’avait pas d’autre choix que de l’emmener avec lui dans les arènes de Kanto, mais vu qu’elle avait déjà ses badges, ça risquait d’être difficile de la convaincre. L’autre solution était de rejouer de la musique avec elle, mais pour ça il fallait au moins trouver un deuxième instrument…

Jessy n’était toujours pas revenue à l’heure du diner, toute la famille à l’exception de Florine commençait à s’inquiéter. Quand Seb tenta d’évoquer le sujet, Florine répliqua que Jessy était une Ketchum, et que les Ketchum peuvent partir des mois, voire des années, sans donner de nouvelle, ce n’est pas pour autant qu’il leur arrive un malheur. La tablée n’était qu’à moitié convaincue, certes elle était partie avec ses pokémon, mais Jenny et Fry se rappelaient des risques inconsidérés qu’elle avait pris face à Lucario. Sans l’intervention des Irish Japanese et de Fry, elle aurait probablement été gravement blessée, voire pire. Finalement, elle revint au Bourg Palette peu avant minuit, au grand soulagement de sa jumelle qui n’arrivait pas à fermer l’œil avec le lit vide de sa sœur en face d’elle. Seb lui avait mis de côté sa part de diner dans une assiette de la cuisine, Jessy la vit, mais n’y toucha pas.

 

A suivre…

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