Aura du temps - T3 : Volonté Sans Limites par

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Univers Parallèle / Aventure / Amitié

34 Chapitre 36 : Le plus beau des cadeaux

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Chapitre 36 : Le plus beau des cadeaux



Toujours enfoncée dans son fauteuil dans la petite brasserie, bien au chaud, Shyn raconta ensuite à Aélia et Luyo les origines de Noël et ce en quoi cela consistait aujourd’hui, finissant par la tradition d’offrir des cadeaux à ses proches à Noël.

— Vu que nous sommes ici pour quelques semaines nous allons forcement passer Noël à Autequia…, conclut la jeune femme en buvant une nouvelle gorgée de son vin chaud.

Ça veut dire qu’on va avoir des cadeaux ? demanda la Mysdibule toute contente en s’agitant sur son siège.

Aélia avait semblé intriguée par l’histoire de Shyn, mais ses yeux brillaient d’une lumière de joie intense depuis que la jeune femme avait parlé de l’échange de cadeaux. Shyn lui lança un regard amusé puis opina en souriant.

— Vous, oui, puisque je vais vous en offrir ! répondit la jeune femme tranquillement, avant de déposer sa tasse.

À ses pieds, les Évolitions s’échangèrent un regard ravi tandis qu’Aélia sautillait de joie sur la banquette. Seul Luyo resta assez impassible et fronça ensuite les sourcils en fixant les yeux de la jeune femme. Elle semblait assez triste soudainement, ce que le Lucario ne comprenait pas vraiment.

— Si cette fête est censée apporter de la joie aux gens, pourquoi as-tu l’air triste tout d’un coup ? demanda alors le Pokémon d’une voix sombre en croisant les bras.

Aélia arrêta de sauter en entendant Luyo parler et jeta un regard intrigué à Shyn qui avait redressé la tête et fixait le Lucario d’un air un peu surpris. Puis, elle poussa un faible soupir et fit un petit sourire triste avant de venir croiser ses bras sur la table.

— Ce n’est pas vraiment que je suis triste, mais… tu vois… J’aime bien Noël, avec toutes ces lumières en ville, ces décorations, son ambiance festive et joyeuse… Mais… Noël, c’est avant tout une fête familiale, où les gens se rassemblent autour d’une table, d’un sapin, ou un endroit pour partager, discuter et s’offrir leurs cadeaux…, c’est un peu une tradition… Et moi… je… j’ai jamais vraiment été dans cet état d’esprit là vu que je…, bredouilla la jeune femme d’une voix maladroite avant de se faire couper par Luyo.

— Tu n’as jamais eu de famille…, fit le Lucario d’une voix sombre, mais douce, signe qu’il comprenait la pensée de Shyn.

La jeune femme lui jeta un regard timide et mal à l’aise avant d’opiner sobrement.

— Oui… Oh, j’ai eu des amis… Humains, je parle, selon les périodes de ma vie, et j’ai déjà eu des cadeaux, mais je n’ai jamais eu cette ambiance-là. Je n’ai jamais partagé de repas de Noël avec ma famille, avec mon père, ou ma mère…, quelqu’un qui me connaisse vraiment au final…, reprit Shyn d’une voix plus basse et triste en regardant son verre presque vide devant elle.

La jeune femme fit ensuite une pause, observée d’un œil triste pas Aélia et attentif de Luyo qui arborait un air plus doux. Shyn se redressa quelques secondes après et afficha un petit sourire résigné en soufflant légèrement.

— Tu sais quoi…, si j’avais un seul vœu à faire pour Noël…, ce serait celui de passer ne serait-ce qu’un seul Noël avec ma famille…, fit la jeune femme d’une voix mi-amusée, mi-triste en souriant faussement.

Luyo fronça légèrement les sourcils en entendant sa requête, mais ne dit rien et suivit le mouvement de Shyn qui attrapa son verre et le fixa une seconde d’un air vide avant de rajouter d’une voix d’outre-tombe :

— Mais il est plus que probable que ce vœu-là ne se réalisera sans doute jamais… Certains vœux sont faits pour ne jamais se réaliser de toute façon…

Puis, sans rien ajouter, elle avala le fond de son verre d’une traite et le redéposa bruyamment sur la table en grimaçant. Le Lucario ne fit aucun commentaire et porta son regard sur la table en affichant un air un peu confus et perplexe, car le Pokémon venait de réaliser en écoutant Shyn, qu’en vérité, la jeune femme souffrait beaucoup plus que ce qu’il croyait du manque de sa famille. Il se doutait que cela devait être un poids pour elle, mais Shyn n’en avait jamais fait mention ouvertement à part aujourd’hui.

T’inquiète pas maman, on va t’offrir des cadeaux pour Noël ! Parce que pour moi tu es ma famille ! Vous l’êtes tous ! fit alors Aélia soudainement d’une voix enfantine en se mettant debout sur la banquette, tout en lançant un regard aux Évolitions qui approuvèrent en sortant la tête de sous la table pour approuver.

La jeune femme lui jeta un coup d’œil intrigué et afficha un petit sourire amusé avant de lui caresser la tête.

— T’es adorable, mais ne vous donnez pas cette peine, pour moi votre présence me suffit ! répondit Shyn dans un sourire tendre.

Ravie de te l’entendre enfin dire ! ricana Shorty d’une voix moqueuse.

La jeune femme lui lança un coup d’œil sombre, mais le Noctali poussa un léger cri de surprise et jeta un regard outragé sous la table.

Aie ! Tu m’as frappé ! fit le Pokémon ténèbres en ressortant la tête pour regarder Shyn.

Mais celle-ci arbora un air incrédule, semblant ne pas comprendre, alors que la voix de Luyo se levait de l’autre côté.

— Non, c’était moi ! fit le Lucario d’une voix totalement indifférente en finissant lui aussi son verre.

Recommence et je te bouffe le pied ! rétorqua Shorty dans une grimace agacée en se déplaçant assez pour jeter un œil noir à Luyo.

Mais le Lucario ne sembla pas du tout en être dérangé et ne se donna même pas la peine de regarder le Noctali, préférant se tourner vers Aélia qui pointait son doigt vers Shyn.

Maman ! fit la petite Mysdibule joyeusement avant de tourner son doigt vers Milliu, puis vers Shorty.

Grand frère, grande sœur !

La jeune femme l’observa elle aussi d’un air amusé alors qu’Aélia tournait maintenant son doigt vers Luyo. Les deux Pokémon s’observèrent ensuite comme deux Caninos d’arrêts, semblant se jauger du regard, puis Aélia afficha un petit sourire sadique et cria d’une voix aiguë :

— … PAPA !!!

Prise par surprise, Shyn sursauta et donna un coup de genou sous la table qui la fit trembler avant de pousser un cri de douleur et de ramener son genou vers elle alors que le Lucario fusillait du regard la Mysdibule morte de rire.

— Arrête ça !!! grinça le Pokémon d’une voix forte et grave sous les gloussements d’Aélia qui semblait ravie de son effet. Contrairement à la jeune femme qui jeta un regard mitigé à la Mysdibule entre l’amusement et la douleur avant de lancer un coup d’œil à Luyo qui ne riait pas du tout et poussa un soupir de fatigue en se laissant retomber dans la banquette.


***


Comme Shyn l’avait annoncé à ses Pokémon, elle comptait bien leur offrir à tous un cadeau pour Noël, et décida dès le lendemain de se mettre en quête de leurs présents. Mais ne voulant pas risquer que les Pokémon concernés ne sortent de leur Pokéball pendant ses achats, la jeune femme prit la décision de laisser tout le monde au centre Pokémon pendant qu’elle ferait ses courses.

Shyn laissa donc Aurore et Goultar au parc du centre, puis libéra ses Évolitions et Atémis dans sa chambre qui allèrent rejoindre Aélia devant la télévision.

— Tu peux veiller sur tout le monde pendant mon absence ? Si jamais y a le moindre problème, tu sais comment me trouver et me contacter, demanda ensuite la jeune femme au Lucario en se tournant vers lui.

Le Pokémon n’avait pas semblé dérangé quand Shyn avait parlé d’aller seule en ville, et ne fit aucune objection à sa demande. C’est donc toute seule que la jeune femme partit en ville faire ses achats, se demandant ce qu’elle pourrait acheter pour chacun d’eux.

Mais dans la chambre du centre, à peine quelques minutes après que la jeune femme fut sortie, Luyo se dirigea rapidement vers Milliu qui s’était couchée sur le lit et faisait sa toilette.

— Je dois m’absenter un peu, est-ce que tu penses pouvoir surveiller tout le monde ? demanda le Lucario d’une voix basse pour ne pas attirer l’attention des autres.

La Mentali se stoppa et lui lança un regard doux et intéressé avant de faire un petit sourire.

Laisse-moi deviner…, tu veux trouver un cadeau pour Shyn ? questionna-t-elle d’une voix taquine, mais sans aucune sournoiserie.

Luyo le sentit et hocha vaguement la tête.

— C’est mon idée, oui…, même si je n’ai aucune idée de comment je vais pouvoir faire sans monnaie humaine…, murmura le Pokémon d’une voix sombre.

Tu trouveras…, certains humains sont gentils avec les Pokémon. Et sinon tu peux toujours proposer un service contre une rémunération vu que tu parles leur langue, proposa Milliu en réfléchissant quelques instants.

Luyo sembla trouver l’idée assez bonne et roula des yeux avant de faire un petit sourire.

— Oui, c’est une idée, merci…

Je suppose qu’il ne faudra pas non plus dire à Shyn que tu es partie pendant son absence ? demanda ensuite la Mentali dans un petit sourire amusé.

— Je préférerais, oui…, répondit le Lucario en se redressant légèrement en comprenant que Milliu avait compris sa pensée.

Fais attention de bien rentrer avant elle… Shyn a dit qu’elle reviendrait pour midi…, rajouta la Mentali d’une voix basse en jetant un coup d’œil à l’horloge de la chambre aux murs blancs qui indiquait 10h00.

— Je vais surveiller…, répondit Luyo d’une voix simple, avant de se diriger vers la porte.

Mais à peine l’eut-il ouverte, que la voix grinçante de Shorty résonna derrière lui.

Eh ! Où tu vas ? C’est comme ça que tu nous surveilles ? fit le Noctali alors que le Lucario se tournait de trois quarts vers lui pour lui lancer un regard sombre.

— Ce ne sont pas tes affaires…, rétorqua Luyo d’une voix hachée qui démontrait un certain agacement.

— Laisse-le, Shorty. Il va chercher un cadeau pour Shyn…, murmura Milliu en sautant du lit pour répondre à son frère.

Ohhh, tout seul et dans son dos, c’est mignon… Si ça c’est pas une preuve d’affection ! ricana le Noctali joyeusement en lançant un regard goguenard au Lucario.

Mais Luyo s’en moqua totalement et sortit de la pièce sans rien ajouter sous les moqueries du Noctali.


Luyo y avait réfléchi une bonne partie de la nuit après le récit de Shyn et voulait à tout prix trouver un cadeau pour la jeune femme. Et pas un cadeau qu’un Pokémon pourrait lui offrir, comme une baie, ou un dessin enfantin, mais quelque chose qui aurait de l’importance pour elle et lui permettait d’avoir une meilleure opinion de Noël et de se rappeler de celui-ci. Car comme Aélia l’avait fait remarquer d’une manière enfantine, ils étaient tous une famille maintenant, et même si l’appellation de la Mysdibule lui déplaisait fortement, il était bien obligé de reconnaître qu’il jouait un peu le rôle du père dans cette tribu, tout comme Shyn jouait celui de la mère.

Tout à ses réflexions, le Lucario arpenta plusieurs petites rues de la ville en observant avec attention les vitrines. Il n’avait aucune idée de ce qu’il pourrait trouver pour Shyn, connaissant au final plutôt mal les goûts de la jeune femme et encore plus comment les humains jugeaient ce qui était intéressant et important pour constituer un bon cadeau.

Mais après une demi-heure à arpenter une longue avenue remplie de magasins de vêtements et de boutiques Pokémon, le Lucario se figea soudainement devant une petite bijouterie entre deux grandes maisons. Les objets présentés derrière la vitrine n’avaient pas l’air d’être très variés et n’attiraient pas vraiment le regard, mais l’un d’entre eux attira malgré tout immédiatement l’attention du Pokémon.

Il s’agissait d’une fleur taillée dans ce qui ressemblait à du cristal translucide un peu bleuté qui brillait légèrement. L’éclat à la fois faible et bleuté rappela immédiatement celui du cristal d’aura de Shyn alors que la forme de la fleur rappelait très vaguement quelque chose à Luyo. Mais le Lucario ne parvint pas à se rappeler pourquoi cette fleur lui était familière, et après quelques secondes à réfléchir, se décida finalement à entrer.

Il n’avait évidemment pas d’argent et espérait que le gérant serait compréhensible s’il lui expliquait sa démarche pour le moins originale.


Une fois entré dans la boutique, un petit son de clochette retentit à l’ouverture et la fermeture de la porte, et un vieil homme sortit de derrière un rideau de perles bleues au fond de la pièce derrière le comptoir en fer blanc. L’individu posa ensuite son attention sur Luyo puis prit rapidement une expression mitigée entre l’agacement et le dégoût en voyant le Pokémon s’avancer lentement vers lui.

Remarquant le regard plutôt négatif de l’homme sur lui, le Lucario fronça légèrement les sourcils en sentant très nettement que cette personne risquait de ne pas être des plus agréables avec lui. L’homme plutôt âgé avait des cheveux majoritairement gris hormis quelques mèches noires et avait le crane en partie dégarnis sur le dessus, et une moustache grise mal taillée, ainsi qu’une paire de lunettes sur le nez qui semblait être sur le point de tomber. Il portait un pull gris et vert kaki, ainsi qu’un pantalon marron que Luyo put voir quand l’homme se déplaça de derrière le comptoir pour venir à sa rencontre, comme s’il avait peur qu’il ne s’approche de trop prés.

— Hé, c’est pas le centre Pokémon ici. Si tu cherches ton maître tu vas le faire dehors pas dans la boutique, j’ai pas envie que tu casses quelque chose ! ronchonna le vieil homme en détaillant le Lucario du regard avant de soupirer dans sa moustache.

Luyo s’arrêta de marcher et jeta un coup d’œil perplexe à l’homme avant de répondre d’une voix calme et rauque :

— Je ne cherche personne, et je n’ai pas l’intention de casser quoi que ce soit…

Le vieil homme sembla alors surpris en entendant le Lucario lui répondre et sursauta légèrement en reculant d’un pas :

— Oh, tiens donc, un Pokémon qui parle, c’est pas banal…, balbutia l’homme en remettant ses lunettes droites avant de se renfrogner soudainement. Mais ça change rien à ce que j’ai dit, on sert les humains ici, alors à moins que tu es de quoi payer, dehors !

— Je ne dispose pas d’argent humain sur moi, mais j’aurais voulu des renseignements sur l’un de vos biens exposés dans la vitrine…, répondit Luyo d’une voix incroyablement calme devant l’homme qui lui pointait maintenant la porte d’un doigt ridé.

— Des renseignements…, lequel ? demanda l’individu d’une voix plus calme, semblant légèrement intéressé.

— La fleur en cristal…, fit le Lucario en se tournant pour montrer la vitrine où était la fleur.

— Oh, tu parles de la fleur en cristal bleue ! rétorqua le vieil homme en reprenant sa marche.

Il dépassa ensuite Luyo et alla ouvrir la vitrine pour en récupérer la fleur.

— Oui, c’est ça…, elle est très jolie…, fit le Lucario d’une voix douce et très intéressée en se rapprochant légèrement pour mieux observer l’objet qui brillait encore plus sous les lumières de la boutique.

— Oui, tu as l’œil pour un Pokémon ! C’est une broche en forme de bleuet, elle a été taillée dans un bloc de cristal bleu qui a été trouvé dans la région de Kalos ! Très rare, très chère, unique ! Hé hé hé, expliqua l’homme d’une voix chevrotante et commerciale en déposant la fleur sur une table à côté.

Luyo se pencha légèrement pour continuer de l’observer, mais garda ses distances, n’osant pas tenter de la toucher alors que le vieil homme le surveillait d’un regard sombre.

— Accepteriez-vous de me la céder ? demanda ensuite le Lucario en se redressant.

L’homme leva un sourcil perplexe en affichant une expression blasée.

— Te la donner ? Sûrement pas ! On achète ici ! Et qu’est-ce que tu pourrais me donner si tu n’as pas d’argent ? Tu sais combien elle vaut au moins ??? Tu crois que je vais te la filer contre deux baies Oran ? râla le vieil homme d’une voix mauvaise en grimaçant.

— Je n’ai pas de baie Oran sur moi, mais je pourrais vous rendre des services en paiement…, proposa Luyo en ne comprenant pas pourquoi l’homme lui parlait de baies Oran.

Il avait bien vu et lu le prix de la broche, mais cela ne signifiait rien pour lui, car il ignorait la valeur des biens humains, et ne comprit donc pas que la broche à 12 000 Pokédollars était en vérité très chère. Le vieil homme accentua sa grimace en entendant la réponse de Luyo et poussa un grognement mêlé d’un soupir en croisant les bras.

— On a pas besoin d’aide, on est un petit commerce et on se débrouille très bien à deux. Donc si tu veux cette fleur, je te conseille de trouver l’argent d’abord ! grinça l’homme entre ses dents.

Le Lucario fronça légèrement des sourcils en sentant bien que l’individu ne l’aiderait pas à obtenir ce bijou et l’observa d’un œil sombre aller remettre la broche dans la vitrine.

— Je vois…, de toute évidence, vous ne faites pas partie de ces humains compréhensifs…, marmonna Luyo pour lui-même en lui tournant le dos.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? fit l’homme d’une voix hésitante en plissant les yeux en se tournant vers le Lucario.

— Rien, oubliez ça… excusez-moi pour le dérangement…, répondit Luyo sans se retourner avant de sortir, accompagner par le double son de clochette.

— Mmhh.., ronchonna le vieil homme derrière lui sans le suivre avant de se tourner en entendant le bruit du rideau de perles derrière le comptoir.

— Tu as encore fait partir un client, Michel ? râla alors une femme aux cheveux gris en s’accoudant au comptoir.

Elle avait un visage rond et doux, mais son expression à ce moment-là était celle de l’agacement et du reproche.

Le vieil homme ricana en guise de réponse et alla rejoindre la vieille femme d’un pas clopinant.

— C’était pas un client, et tu vas rire quand je vais te raconter ce qu’il voulait ! fit l’homme d’une voix moqueuse dans un sourire endenté.


Dehors, Luyo, lui, ne souriait pas du tout. Il avait vraiment espéré se procurer cette broche et était maintenant très déçu, surtout qu’il n’avait aucune autre idée pour Shyn et qu’il était bientôt l’heure pour lui de revenir s’il ne voulait pas que la jeune femme ne risque de remarquer son absence.

Mais alors qu’il allait tourner dans l’angle de la rue, une voix essoufflée de femme se fit entendre derrière lui.

— Hé ! Attends un peu, c’est toi le Pokémon qui veut la fleur en cristal ? fit la femme d’une voix rauque en s’arrêtant devant Luyo qui lui porta un regard très perplexe.

La vieille femme était assez ronde et semblait plutôt amicale derrière ses petits yeux noisette en partie cachés par quelques mèches grisâtres qui s’échappaient de son chignon. La femme portait une longue robe gris/bleu clair qui n’avait pas dû l’aider pour courir après le Lucario, agrémenté d’un gilet blanc duveteux ouvert avec un Cerfrousse dans le dos à l’effigie de Noël.

— Euh, oui, en effet…, répondit Luyo en gardant son expression surprise, tout en détaillant du regard cette femme qu’il ne connaissait pas.

Celle-ci fit un petit sourire amical et souffla encore plusieurs fois pour reprendre sa respiration avant de se redresser en arborant un air doux et maternel.

— Je m’appelle Jacqueline, je suis la gérante de la boutique de bijoux. Mon idiot de mari m’a raconté ton histoire et cela m’intrigue beaucoup je dois dire. Pourquoi un Pokémon voudrait une broche comme cela ? demanda la vieille femme en souriant gentiment au Lucario.

Contrairement au vieil homme, elle semblait beaucoup plus ouverte et agréable, ce qui rassura légèrement Luyo qui revit alors un petit espoir naître en lui.

— Je… je souhaiterais l’offrir à quelqu’un…, balbutia le Lucario en jetant un regard gêné sur le côté, comme s’il avait peur que Shyn n’arrive d’un coup et ne le surprenne.

— Vraiment ? Cette personne doit beaucoup compter pour toi dis-moi pour que tu ailles jusqu’à proposer tes services pour la payer…, lui fit remarquer la vieille femme dans un sourire amusé.

— Elle…, oui, elle compte beaucoup pour moi…, répondit Luyo d’une voix hachée en regardant ses pieds.

— Elle ? Mmhh, je vois… c’est ton maître, c’est ça ? Tu voudrais lui faire une surprise ? questionna Jacqueline d’une voix douce.

Le Lucario releva légèrement ses yeux vers elle et lui lança un regard vaguement agacé.

— Ce n’est pas mon maître…, mais oui, je voudrais lui trouver un beau cadeau et j’ai la sensation que cette fleur pourrait lui plaire, marmonna Luyo d’une voix rauque en haussant les épaules.

La vieille femme sembla amusée par sa réponse et ricana doucement avant de faire un grand et doux sourire amical.

— Tu me plais bien ! Allez, viens, suis-moi, on va te trouver quelque chose à faire ! Tu es là pour longtemps ? fit alors Jacqueline d’une voix compréhensive en faisant signe à Luyo de venir avec elle.

— Jusqu’au grand festival, vous… vous acceptez ma demande ? bredouilla le Lucario en ouvrant de grands yeux en réalisant que la femme semblait lui offrir sa chance.

— Eh bien, la fleur coûte assez cher, mais c’est ma boutique, donc c’est moi qui commande ! rétorqua la vieille femme dans un rire gras et aigu.

Cela fit légèrement sourire Luyo qui poussa un soupir de soulagement et commença à suivre Jacqueline.

— Merci beaucoup…, je ne sais pas comment vous remercier pour votre geste …, murmura le Lucario d’une voix reconnaissante en tentant de faire partir le sourire figé sur ses lèvres.

— Tu n’as pas à le faire ! Enfin si, tu peux le faire en travaillant correctement, bien sûr ! répondit la vieille femme dans un sourire amusé.

Luyo hocha la tête, le regard sérieux.

— Je ferais du mieux que je peux…

— Très bien. Mais dis-moi, quel Pokémon es-tu au fait ? questionna soudainement Jacqueline en arrivant devant la boutique.

— Un Lucario, je suis de type combat/acier. Mais Shyn m’a renommé Luyo, et je préfère que l’on m’appelle par ce nom-là…, répondit le Pokémon d’une voix sobre en reprenant son expression impassible.

— Oh, entendu… Shyn c’est ça ? Joli nom…, murmura la femme en rentrant dans la boutique.

La fleur était toujours dans la vitrine et Luyo y jeta un œil en rentrant à son tour sous le son de la clochette. Le vieil homme n’était plus là et ne fit pas son entrée par le rideau de perles une fois la porte refermée tandis que Jacqueline se tournait vers le Lucario, un petit sourire en coin.

— Je suppose que tu voudrais la fleur pour Noël ?

— J’aimerais bien, oui…, confirma Luyo d’une petite voix en opinant.

— Dans ce cas, que dirais-tu de venir chaque matin jusqu’au 24 décembre pour m’aider à ranger les cartons et préparer les stands ? Je me fais vieille et mon mari à tendance à faire la grasse mâtinée, un peu d’aide ne ferait pas de mal, surtout en cette période de fêtes, expliqua alors la vieille femme en se grattant le menton, tout en regardant autour d’elle.

La boutique était plutôt petite et des cartons traînaient par endroits, comme s’il n’avait pas eu le temps de les ranger, ou peut-être pas la force.

— Ce serait avec plaisir… À quelle heure souhaitez-vous que je sois ici ? fit le Lucario d’une voix sérieuse en suivant le regard de la femme.

Celle-ci se retourna alors vers lui et l’observa une seconde en réfléchissant avant de porter son attention vers l’horloge derrière le comptoir.

— Mmhh, quelque chose me dit que tu ne veux pas que cette Shyn sache que tu travailles pour lui payer un cadeau…, commença la vieille femme d’une voix calme en réfléchissant, avant de se tourner complètement vers Luyo qui l’observait attentivement. Alors…, à quelle heure peux-tu venir, et à quelle heure dois-tu repartir ? compléta-t-elle dans un sourire amusé.

Sourire qui s’étendit quand le Lucario ne put retenir ses propres lèvres de s’étirer légèrement devant la proposition qui allait grandement lui simplifier la tâche.


***


Comme convenu, le lendemain matin, très tôt, Luyo sortit discrètement de la chambre du centre Pokémon pour se rendre à la bijouterie. Il s’était mis d’accord avec Jacqueline sur des horaires de début de matinée pour permettre au Pokémon de revenir avant que Shyn ne se rende compte de son absence. Heureusement, la jeune femme se levait généralement assez tard, et encore plus depuis leur arrivée à Autequia, car Shyn avait décrété qu’ils étaient en vacance jusqu’à début janvier.

De ce fait, Luyo n’eut aucun mal à partir à 6h00 de math et à revenir à 10h00 sans éveiller le moindre soupçon. La jeune femme dormait toujours et n’émit qu’un faible gémissement quand le Pokémon retourna se coucher discrètement.

Pour son premier jour, Luyo avait aidé la vieille dame à déménager les cartons qui encombraient les allées du magasin et avait ensuite accroché les décorations de Noël à la devanture. Cela lui avait permis d’observer une nouvelle fois la broche en cristal qu’il convoitait tandis qu’il travaillait et espérait que la vieille femme tiendrait parole d’ici Noël.


Le petit ménage de Luyo dura ainsi plusieurs jours sans que Shyn ne semble se douter de rien. Même si quelques fois la jeune femme était déjà réveillée quand il revenait, le Lucario trouva vite une parade en prétextant être allé prendre l’air. Shyn se contenta alors de hausser les épaules d’un air vague, se fiant à l’explication qui était totalement plausible pour elle.

Mais l’engouement de Luyo à vouloir faire un cadeau personnel à la jeune femme avait réveillé l’envie d’Aélia qui malheureusement ne disposait pas de la même liberté de mouvement que le Lucario, et avait donc décidé de miser sur un dessin, aidée par Atémis. Les Évolitions semblèrent apprécier l’idée et se mirent également à dessiner comme ils le pouvaient sous le regard amusé de Shyn.

Le petit groupe passait maintenant son temps entre le centre Pokémon à se reposer dans la chambre ou dans une salle du bas, et le centre-ville et les alentours pour visiter un peu et occuper leurs journées. Autequia n’était pas vraiment réputée pour son tourisme, mais le Site Météore situé à l’ouest de la ville reliant Mérouville par le nord amenait néanmoins quelques visiteurs curieux et archéologues en quête de mystère et de découverte.

Ainsi, Shyn et Luyo allèrent y faire un tour rapide un après-midi, mais la jeune femme ne sembla pas vraiment passionnée par les lieux qui étaient plus en lien avec les météorites que les pierres, ce qui n’intéressait pas du tout la jeune femme.

Le Lucario semblait, lui, toujours un peu tendu, mais avait néanmoins retrouvé une expression plus neutre, et une fois son travail secret du matin terminé, le Pokémon continuait de travailler auprès de la jeune femme quand il était au centre. Le Pokémon n’avait pas eu beaucoup de temps libre ces derniers jours pour ses exercices d’écriture et profita de leurs vacances de Noël pour reprendre ses livres. Bien qu’il avait déjà énormément progressé et arrivait maintenant à lire des livres simples, Luyo tenait à finaliser son apprentissage. Shyn semblait amusée de voir les efforts que Luyo faisait pour travailler alors qu’elle ne l’y obligeait pas, et finit un matin par tendre un livre au Lucario en lui prenant son livre de travail des mains.

Il s’agissait du livre sur les pierres d’énergie que la jeune femme conservait bien précieusement dans son sac, ce qui intrigua légèrement Luyo.

— Si tu tiens tant que ça à travailler, lis ça plutôt. Les phrases sont plutôt simples et tu apprendras sûrement des choses qui devraient t’intéresser…, expliqua Shyn en souriant tranquillement.

Le Lucario lui rendit son sourire et récupéra le livre tandis que la jeune femme prenait elle aussi un ouvrage dans son sac dans l’idée de bouquiner. Assis dans un fauteuil de la pièce, Aélia et Atémis se partageaient la console de jeux tandis que les Évolitions discutaient en jetant des regards par la fenêtre.

À l’extérieur, des cris d’enfants se faisaient entendre par moments, signe que les vacances scolaires venaient de démarrer.


Mais bien que Luyo n’en laissait maintenant plus rien paraître, le Pokémon était en vérité toujours un peu perturbé par les paroles de Shorty, et plus les jours passaient, plus il se demandait si le Noctali n’avait pas raison.

Un matin dans la boutique de bijoux, alors que le Lucario poussait une grosse horloge contre le mur entre deux présentoirs de bracelets, un homme et une femme rentrèrent dans la boutique en discutant. Ils avaient l’air particulièrement guillerets et s’approchèrent rapidement du présentoir à bagues situé à côté du comptoir.

La vieille dame qui était dernière les accueillit avec un grand sourire et les conseilla ensuite dans leur recherche. La jeune fille désirait une bague ornée d’un petit diamant blanc, ce qu’elle finit par trouver en essayant un anneau argenté agrémenté d’une petite pierre brillante, puis l’homme paya le bijou avec un grand sourire.

Toujours devant son horloge, semblant arrêté dans le temps, Luyo les observa sans bouger durant leur achat, puis les suivit du regard quand ils sortirent. Ils avaient l’ait très amoureux et la femme embrassa son compagnon sur la bouche juste avant de sortir pour le remercier du cadeau. Luyo fronça légèrement les sourcils en les voyant disparaître de son angle de vue, puis se décida enfin à bouger en ramenant un carton vide derrière le comptoir.

Jacqueline y était retournée et jeta un coup d’œil intrigué au Pokémon qui la rejoignit. Il semblait un peu ailleurs et tourna rapidement un regard plein de questions vers elle une fois son carton déposé.

— Hum, dites-moi, vous qui êtes en ménage…, commença Luyo d’une voix vague en lançant un regard rapide sur le côté.

— Oui ? fit Jacqueline en fermant sa caisse d’un coup de coude.

Le Lucario sembla alors hésiter une seconde et fronça les sourcils d’un air inquiet avant de poser sa question :

— Comment fait-on pour savoir si l’on est amoureux ?

Luyo avait parlé d’une voix assez rauque et hésitante sans la regarder en face, comme s’il avait honte. Sa question sembla d’ailleurs assez surprendre Jacqueline qui entr’ouvrit légèrement la bouche en affichant un air intrigué.

— Amoureux ? Tu en as des drôles de questions, tu ne le sais pas ? demanda la vieille femme dans un rire mal contenu.

— Pas vraiment, non…, répondit le Lucario d’une petite voix en regardant de côté.

— Alors c’est que tu n’as jamais été amoureux toi-même !!! rétorqua Jacqueline en ricanant avant d’afficher un air plus grave en dévisageant le Pokémon figé dans une expression fade. Ou bien, si tu me poses la question…, c’est que tu te la poses à toi-même…, n’est-ce pas ? demanda-t-elle d’une voix plus mesurée.

— Je me pose beaucoup de questions étranges en ce moment …, lui répondit le Lucario d’une voix grave et cassée en détournant le regard.

Son attitude sembla un tant soit peu contrarier Jacqueline qui fronça les sourcils en grimaçant légèrement. Mais la vieille femme n’avait pas l’air énervé ou déçu, juste un peu perturbée, et se redressa pour finalement répondre à la question du Pokémon :

— Mhhh, eh bien… quand on est amoureux… on le sait en général assez facilement, car nos sentiments pour la personne que l’on aime sont plus forts que pour un proche ou un ami.

On pense à la personne tout le temps, on est triste sans elle, heureux avec elle, on aime son odeur, sa présence, son humour, on veut faire des choses avec elle, partager nos idées, notre passé, notre avenir. En gros, on veut partager notre vie avec elle, être sans arrêt avec elle, voire même, fonder une famille avec elle…, expliqua la vieille femme d’une voix douce et réfléchie.

Elle semblait connaître son sujet et Luyo reporta un regard sérieux sur elle en l’écoutant.

— Je vois, oui…, murmura le Pokémon en hochant sobrement la tête dans une expression mitigée.

— Cela répond à ta question ? demanda ensuite Jacqueline en n’ayant pas trop l’air de savoir si le Pokémon était satisfait ou pas au vu de son regard figé et impassible.

— En partie…, murmura Luyo d’une voix sombre sans la regarder.

— Et quelle partie te manque-t-il ? questionna la vieille femme d’une voix douce d’où une légère tristesse pouvait s’entendre.

Le Lucario lui jeta un regard en biais et poussa un petit soupir en affichant une expression confuse.

— … Je ne sais pas…, je crois, que je la cherche encore…, souffla le Pokémon d’une voix basse.

Jacqueline ne sembla pas vraiment convaincue par sa réponse, mais ne répondit rien, et suivit du regard le Pokémon qui se dirigea ensuite vers une étagère en verre mal fermée.

Mais même si Luyo n’avait pas été d’une grande clarté dans ses réponses, la vieille femme connaissait bien les symptômes de l’amour et la difficulté à avouer ses sentiments. Et elle en était sûre maintenant tandis qu’elle observait le Lucario refermer l’armoire d’un air impassible, ce Pokémon-là était amoureux et cherchait à se le confirmer lui-même.



Le matin du 24 décembre, alors que Luyo espérait passer son dernier jour de travail et enfin récupérer la fleur, Jacqueline lui fit la mauvaise surprise d’être absente le matin, ce qui amena le Pokémon à se confronter au vieil homme qui était seul ce jour-là. Le Lucario ne l’avait pas beaucoup vu pendant ces deux semaines, mais il avait très bien senti que l’individu ne l’aimait pas beaucoup.

— Je dois revenir ce soir ? fit Luyo en écho en affichant un air ahuri.

— Ouais, c’est ce que Jacky a dit. Elle veut te parler avant de te donner la fleur et que tu disparaisses dans la nature, et de toute façon c’est pas moi qui gère les articles, alors soit tu reviens ce soir, soit tu reviens pas ! répondit le vieil homme d’une voix aigrie et mauvaise avant de s’éclipser dans l’arrière-boutique pour travailler.

Le Lucario ne trouva rien à dire aux paroles de l’homme, mais se renfrogna grandement, car cela allait l’obliger à laisser Shyn, et donc à se trouver une excuse pour venir récupérer la broche. Cela ne plaisait pas du tout au Lucario, mais il avait très bien compris qu’il n’avait pas le choix et fit le travail qui lui restait avant de revenir au centre Pokémon en bougonnant.

Dans la chambre, Shyn était déjà levée et faisait sa toilette dans la salle de bain quand Luyo revint, avant d’aller s’asseoir sur le lit. Le Pokémon tenta ensuite de rapidement reprendre son air neutre malgré son amertume et sa peur d’échouer, puis regarda la jeune femme sortir tout habillée de l’autre pièce.

Shyn fit ensuite un petit sourire au Lucario et jeta un coup d’œil à Aélia et Atémis qui finissaient leur dessin et le pliaient soigneusement avant de le signer.

C’est fini ! fit ensuite joyeusement la Mysdibule alors que Shorty lançait un regard en biais à Luyo qui réprimait une grimace d’agacement destinée au mur.

Le Noctali leva alors un sourcil intrigué, mais n’osa rien dire devant Shyn qui alla récupérer un prospectus posé sur la table et le montra ensuite à tout le monde.

— Ce soir, il y a le marché de Noël sur la place que l’on a vu la dernière fois. Ça vous intéresse d’y aller ? Y aura sûrement plein de trucs sympas à voir, à manger, et des lumières qui brillent partout !proposa la jeune femme joyeusement en tendant le fascicule à Luyo.

Les Évolitions, Aélia et Atémis approuvèrent alors joyeusement l’idée tandis que le Lucario affichait un léger sourire en réfléchissant.

— Ça te dit Luyo ? Ça m’étonnerait que tu en aies déjà vu un avant ! demanda Shyn en allant s’asseoir à côté du Pokémon qui regardait d’un air vide le papier dans sa main qui arborait une photo du grand sapin de la place qu’ils avaient vu.

Le Lucario tourna son visage vers la jeune femme et hocha la tête en souriant légèrement.

— Oui, bien sûr…, murmura le Pokémon d’une voix tranquille.

Shyn lui rendit son sourire et se releva ensuite dans l’idée d’aller récupérer sa veste et son bonnet, ne se doutant pas que Luyo était maintenant légèrement rassuré, car cette sortie en ville aller lui permettre de s’éclipser beaucoup plus facilement, surtout que le magasin de bijoux se trouvait dans une rue adjacente à la grande place.


Et comme convenu, une fois le soir arrivé, le petit groupe rejoignit le centre-ville, puis la grande place pour assister au marché. Tous les cabanons en bois étaient maintenant construits et couverts de guirlandes multicolores clignotantes et des vendeurs de différentes babioles les occupaient en criant pour attirer les passants qui déambulaient entre eux.

Il faisait plutôt froid ce soir-là et, bien qu’il ne neigeait pas, des fines pellicules de cendre se promenaient dans l’air et s’accrochaient au toit des maisons et au couvre-chef des passants, ce qui donnait au paysage un aspect gris blanchâtre qui rappelait légèrement la neige et égayait certains visiteurs en vacance en ville. Shyn en fut d’ailleurs elle aussi assez étonnée et se demanda même si cela n’était pas mauvais pour la santé des riverains d’être aussi proche d’un volcan, mais personne d’autre ne sembla s’en préoccuper, trop occupé à profiter du marché bruyant.

Déambulant parmi les cabanons en reniflant l’air ambiant rempli de sucre et de gras, les Évolitions et Aélia furent plus d’une fois tentées par certains vendeurs. Mais une fois un premier tour fait, Shyn invita les trois Pokémon et Atémis à rejoindre un petit parc Pokémon installé entre deux cabanons où l’infirmière Joëlle de la ville surveillait les Pokémon que les passants lui laissaient pour qu’eux aussi profitent de la fête en jouant sur des installations faites pour eux. Une petite patinoire avait même été préparée, ce qui convaincu rapidement Aélia qui fonça dessus dès qu’elle passa la barrière.

Ses Pokémon laissés au parc, Shyn se retourna ensuite vers Luyo dans l’idée de continuer la balade avec lui, mais la jeune femme leva un sourcil très intrigué en se rendant alors compte que le Pokémon avait totalement disparu.

— Luyo ? fit Shyn à haute voix en regardant autour d’elle dans l’idée d’apercevoir le Pokémon qui, elle le pensait, avait dû se perdre en marchant tout seul.

Mais rien. Le Lucario n’était apparemment plus à porté de voix, et quand la jeune femme tenta de le contacter par la pensée, il ne lui répondit pas.

— Où il est passé ? se demanda alors Shyn en fronçant les sourcils avant de se mettre à la recherche du Pokémon disparu.


— Ha te voila, j’espérais que tu viendrais ! fit Jacqueline d’une voix joyeuse devant sa boutique en voyant Luyo arriver en courant.

Il n’était pas essoufflé, mais faillit déraper sur une flaque d’eau en s’arrêtant brutalement devant la vieille femme qui fermait sa boutique.

— Je n’ai pas beaucoup de temps, j’ai dû m’éclipser discrètement, mais Shyn va vite se rendre compte de mon absence…, expliqua le Lucario d’une voix pressée en regardant Jacqueline se tourner vers lui.

La vieille femme portait toujours sa robe bleu-gris, mais avait revêtu un long manteau marron assez épais pour se protéger du froid.

— Oui, je suis désolée de te faire venir maintenant, je ne pouvais vraiment pas venir ce matin et je voulais te la donner moi-même…, fit Jacqueline d’une voix désolée en fouillant dans sa poche.

Elle en retira ensuite un petit paquet blanc orné du logo de la boutique surmonté d’un petit nœud rouge qu’elle tendit à Luyo. Le Lucario sembla alors immédiatement soulagé et prit délicatement le paquet qui contenait ce qu’il était venu chercher.

— Merci beaucoup…, souffla Luyo d’une voix soulagée en souriant légèrement.

Puis, le Pokémon tourna les talons pour repartir vers le marché, mais la voix de Jacqueline résonna derrière lui.

— Attends, j’ai encore une chose pour toi…, fit la vieille femme d’une voix hésitante en refouillant dans ses poches avant de tendre un petit paquet gris au Pokémon.

Luyo y jeta alors un regard intrigué avant de lever un regard perplexe vers le visage de la vieille femme.

— De l’argent ? questionna le Lucario qui semblait un peu perdu.

— Oui, c’est un petit cadeau pour toi, pour te remercier de ton aide. Et puis comme ça, la prochaine fois, tu pourras payer directement pour lui offrir quelque chose…, répondit la vieille femme d’une voix amusée en agitant le paquet sous le nez du Pokémon.

Celui-ci sembla légèrement hésiter, puis dégagea l’une de ses mains pour prendre l’argent et le rangea rapidement dans une poche de sa veste.

— Je…, merci…, balbutia ensuite Luyo d’une voix hagarde, comme s’il ne comprenait pas le geste de la vieille femme qui était décidément très généreuse avec lui et venait de lui faire cadeau de 500 Pokédollars.

Celle-ci lui fit un nouveau sourire, puis fronça un peu les sourcils d’un air gêné avant de reprendre d’une voix plus hasardeuse :

— Luyo… Mhh…

— Oui ? fit le Lucario d’une voix pressée en jetant un regard rapide derrière lui vers la ruelle.

— Eh bien, je ne sais pas trop comment dire ça, mais… Enfin, je ne sais pas vraiment comment pensent les Pokémon à ce sujet, mais… j’aurais un dernier conseil à te donner…, fit la vieille femme d’une voix hésitante en se grattant la tête.

— Lequel ?

Jacqueline l’observa quelques secondes avant de répondre d’une voix sérieuse et douce :

— Sois honnête avec toi-même…, arrête de te poser des questions et regarde juste dans ton cœur et tu auras la réponse que tu cherches…

Luyo afficha alors un air assez perdu et perplexe en ouvrant de grands yeux, semblant ne pas comprendre ses paroles.

— Euuh, je…

— Vas-y maintenant, avant qu’elle ne s’inquiète…, rajouta la vieille femme en souriant, comme si elle voulait soudainement voir disparaître le Pokémon.

Celui-ci ne se fit pas prier pour bouger, et lui lança un dernier regard perplexe avant de reprendre sa route.

— Je…, merci…, fit Luyo une nouvelle fois en se retournant, tout en serrant son petit paquet contre lui.

La vieille femme accentua son sourire, mais le perdit légèrement une fois le Lucario disparu dans la rue voisine. Elle semblait un peu inquiète pour lui, bien qu’elle ne savait en vérité rien de l’histoire du Pokémon.


De son côté, Shyn cherchait toujours Luyo dans le marché, se demandant où il avait bien pu disparaître aussi soudainement, surtout que le Lucario n’était pas du genre à s’éloigner d’elle normalement.

— C’est vraiment bizarre…, marmonna la jeune femme pour elle-même en fronçant les sourcils, tout en jetant un regard vers des cabanons de sucrerie qui vendaient des gaufres, des crêpes et des boissons chaudes.

Shyn n’avait pas encore utilisé son aura pour retrouver le Pokémon, mais au bout de dix minutes à tourner en rond, elle finit par le faire en espérant qu’il ne soit rien arrivé à Luyo. Elle ferma alors les yeux et se concentra quelques secondes pour trouver l’aura du Lucario qui était reliée à elle, donc très facile à repérer normalement.

Et elle la trouva rapidement, une aura assez forte d’un Pokémon bipède qui sortait d’une ruelle de l’autre côté de la place et rentrait dans le marché. Shyn rouvrit alors les yeux en fronçant les sourcils et se tourna vers là où Luyo se trouvait.

— Il était bien sorti du marché, c’est pour ça que je ne sentais plus sa présence…, mais qu’est-ce qu’il est allé faire par là-bah ? marmonna la jeune femme entre ses dents en reprenant sa marche entre les passants surexcités qui discutaient bruyamment.


Ne se doutant pas que Shyn se dirigeait vers lui, Luyo était lui un peu inquiet tandis qu’il avançait entre deux cabanons de marchands. Il serrait dans ses mains son précieux chargement et esquiva d’un geste vif un petit garçon qui courut très près de lui, avant de porter son attention sur un couple de jeunes humains accoudé à un cabanon vendant des frites. Mais alors qu’il s’apprêtait à les dépasser d’un air hagard, les deux jeunes tournèrent leur attention vers lui en se donnant des coups de coude avant d’afficher des sourires intéressés et sournois.

— Hé, toi, le Pokémon bleu avec un masque ! l’interpella alors soudainement le jeune homme d’une voix grinçante en se positionnant devant lui.

L’individu portait une veste en jeans ouverte agrémentée d’un tee-shirt gris, ainsi qu’un jean noir troué aux genoux. Ses cheveux noirs étaient légèrement bouclés et en bataille et un Pokémon rose-violet à ses pieds regardait Luyo d’un œil vide.

— C’est quoi comme Pokémon d’ailleurs ce machin ? fit ensuite une jeune fille d’une voix traînante à côté du garçon en venant le rejoindre, tout en mâchonnant un chewing-gum en fixant les mains de Luyo qui tenait toujours son précieux paquet.

La demoiselle était habillée d’un short noir court, très court même, agrémenté de bottines noires et d’une veste en jeans fermée. Ses cheveux châtain clair mi-longs lui tombaient légèrement dans les yeux et son visage était un peu trop maquillé pour ne pas donner une mauvaise impression.

Luyo s’arrêta et les observa silencieusement en fronçant les sourcils. Leurs tenues et leurs attitudes ne lui plaisaient pas du tout, et il fit un léger pas en arrière en jetant un regard sombre au Pokémon entre eux deux qui se trouvait être un Nidorino.

— On s’en fout ! Hé ! C’est la marque de la bijouterie de la petite ruelle que tu as là ? fit ensuite l’homme d’un air intéressé en portant lui aussi son regard aux mains du Pokémon.

Le Lucario ne répondit rien, mais resserra son étreinte sur le paquet avant de reculer de nouveau d’un pas.

— Fait voir ça, une seconde ! rajouta le jeune homme en s’avançant alors vers lui, la main tendue.

Mais Luyo poussa un vif grognement pour le tenir à distante et se mit de côté en tendant son bras tenant le paquet derrière lui pour le mettre le plus loin possible des deux individus.

— Ne touchez pas à ça ! fit le Lucario d’une voix rauque en avertissement, tout en vrillant le regard noir de l’homme.

Celui-ci s’arrêta alors subitement et écarquilla les yeux de surprise.

— Ohh, il parle ma parole ! ricana le jeune homme d’une voix grinçante.

— Un Pokémon ça doit pas parler, c’est hyper malsain ! fit la jeune fille à son tour dans une grimace dégoûtée en fixant Luyo.

Sa remarque fit rire son compagnon qui se redressa et passa sa main dans ses cheveux, les ébouriffant encore plus.

— Ouais t’as raison c’est glauque ! Et t’avais raison bébé, c’est bien le logo de la boutique d’à côté le paquet qu’il porte ! rajouta l’homme dans un rictus mauvais en regardant le bras droit du Pokémon qui tentait de dissimuler le paquet dans son dos.

Luyo se renfrogna alors encore plus en sentant bien que les deux humains en voulaient à son bien et poussa un autre grognement de prévention.

— Ah ouais ? fit la fille d’un air intéressé en écarquillant les yeux avant de se rapprocher de l’homme rapidement. Oh, je veux tellement un bijou, vas-y pique lui !!! rajouta la demoiselle d’une voix mauvaise et aiguë en pointant grossièrement le Lucario du doigt.

Le jeune homme lui répondit par un petit sourire sadique puis tenta une nouvelle fois de s’approcher de Luyo qui recula en fixant l’homme d’un air mauvais.

— Allez, donne-moi ça gentiment, ou je vais devoir demander à mon Pokémon de te faire mal ! fit l’homme d’une voix sombre en tournant son regard vers son Nidorino.

Le Pokémon sembla approuver sa remarque et rejoignit son maître dans un grognement ravi, prêt à combattre s’il le fallait.

— Ce n’est pas à vous, c’est un présent que j’ai gagné ! On ne vous a jamais appris à ne pas prendre ce qui ne vous appartient pas ? rétorqua Luyo d’une voix mauvaise en grimaçant, semblant se moquer totalement du Nidorino face à lui.

— Nahh ! Nous on veut, on prend, c’est tout ! répondit l’homme dans un sourire moqueur en agitant ses mains, suivi des rires de la jeune fille derrière lui.

Le Lucario grimaça devant leur mépris total du respect d’autrui, puis fit volte-face dans l’intention de partir. Il n’avait aucune envie de se battre maintenant, surtout qu’il y avait plein de passants autour d’eux et qu’ils risqueraient de blesser quelqu’un s’ils combattaient.

Mais le jeune homme ne sembla pas apprécier de voir le Pokémon lui tourner le dos, et se tourna alors avec son Pokémon dès que l’attention de Luyo fut détournée.

— Nidorino, attaque Charge !

Le Pokémon rose à cornes ne se fit pas prier pour obéir, et fonça immédiatement sur le Lucario pour l’empêcher de fuir, et le frappa dans le dos avec sa corne. Luyo poussa un léger cri de surprise mêlé de douleur sous le choc soudain, puis tomba de tout son long au sol. Heureusement, il eut le réflexe de protéger le paquet dans sa chute, mais à peine commença-t-il à se relever, que le bout des chaussures de la jeune fille vint se mettre dans sa vision.

— Donne ça on t’a dit !!! grinça la demoiselle d’une voix mauvaise en s’agenouillant devant le Lucario pour lui prendre le paquet des mains.

Luyo grimaça en tentant d’empêcher la fille de le lui arracher, mais une vive douleur dans son dos suite au choc le fit desserrer sa prise sans le vouloir, et la fille récupéra le paquet d’un air triomphant avant de s’écarter de lui.

— Rendez-le-moi !!! rugit alors le Lucario d’une voix caverneuse en finissant de se relever pour lancer un regard assassin sur les deux jeunes qui avaient reculé et s’échangeaient des coups d’œil ravis.

Mais en guise de réponse à sa demande, la jeune fille lui tira grossièrement la langue, tout en tirant la peau sous son œil. Luyo se redressa en grommelant et fit quelques pas vers eux, mais le Nidorino se plaça devant lui en grognant.

— Haaa, c’est à nous maintenant ! fit la demoiselle d’une voix d’enfant ravi en agitant légèrement le paquet devant son visage.

Excédé et sentant une légère douleur dans son dos, le Lucario fit alors une longue grimace de colère, avant de faire soudainement apparaître une Aurasphère dans sa main qu’il lança l’instant d’après sur la fille. Le Nidorino fut trop surpris pour réagir et regarda la boule de lumière passer au-dessus de lui d’un air perplexe alors que la demoiselle sautait sur le côté pour esquiver l’attaque.

La boule d’énergie ne la toucha pas et alla ensuite exploser sur un carton entre deux cabanons contenant des peluches. Les gérants des cabanons et quelques passants se mirent à râler, mais un autre bruit de casse plus subtil se fit entendre au même moment alors que la jeune fille réalisait qu’elle avait lâché le paquet sous le coup de la surprise.

Un léger bruit de verre brisé se fit alors entendre et Luyo ouvrit de grands yeux horrifiés en fixant le sol là où le paquet était tombé. Le Lucario avait très bien compris au son du verre que la broche venait de se briser sous le choc, tout comme les deux jeunes gens qui s’échangèrent un regard agacé.

— Ah bah c’est malin, t’as vu ce que t’as fait ? ragea la jeune fille en pointant du doigt le paquet.

Mais Luyo ne sembla même pas l’entendre et alla délicatement récupérer le petit carton blanc couché sur le sol en s’agenouillant devant. Le bruit de verre qu’il entendit alors en le déplaçant ne fit que lui confirmer ce qu’il pensait.

— Elle est… brisée…, murmura le Pokémon d’une voix d’outre-tombe en affichant un air catastrophé.

— Prfff, quel crétin celui-là, pour une fois que j’aurais pu avoir un bijou de cette boutique ! grinça la jeune fille dans une moue d’enfant mécontent derrière son maquillage grossier.

Mais un bruit léger de couinement attira soudainement l’attention des deux jeunes qui ouvrirent tous les deux de grands yeux surpris en se tournant vers Luyo. Le Lucario était toujours agenouillé par terre et fixait le paquet dans ses mains d’un air désespéré tandis que de fines larmes commençaient à couler sur ses joues sans qu’il ne puisse le contrôler.

La scène du Pokémon en train de pleurer pour un bijou brisé fit alors beaucoup rire les deux jeunes qui s’échangèrent un regard profondément moqueur avant de ricaner.

— Ha ha, t’as vu ça, il chiale ! Il chiale vraiment !!! fit la jeune fille d’une voix aiguë en pointant Luyo du doigt.

Autour d’eux, les passants semblaient tous un peu perplexes par la scène du Pokémon en pleure agenouillé à côté d’un cabanon de marrons chauds, mais une jeune femme en short avec un bonnet et une veste bleue sortit alors de derrière un stand de bonbons et friandises et fit quelques pas vers les deux jeunes et le Lucario.


Shyn n’était plus très loin de Luyo quand elle avait entendu un bruit sourd à quelques pas d’elle résonner parmi le brouhaha autour d’elle. Elle sentit alors très nettement l’aura du Lucario émaner de l’endroit d’où venait le bruit et fronça les sourcils avant de se mettre à courir entre les cabanons, sortant du chemin des passants.

Mais quand elle trouva enfin Luyo, elle fut plus que surprise de le découvrir en train de pleurer avec deux jeunes ados qui riaient en le pointant du doigt. Non seulement le Lucario ne pleurait jamais, mais en plus, ses jeunes se moquaient de lui pour une raison qui lui échappait, ce qui ne lui plut pas du tout tandis qu’elle s’approchait d’eux, une expression froide et mauvaise au visage.

— Hé ! Pourquoi il pleure ? demanda Shyn d’une voix grinçante en s’adressant à la fille qui continuait de mâcher son chewing-gum en ouvrant grand la bouche à chaque mastication.

La demoiselle s’arrêta de ricaner en se tournant vers la jeune femme, puis fit un petit sourire amusé en pointant Luyo du doigt.

— Hein ? Ouais, ce nul, il a voulu récupérer son paquet et il s’est cassé en tombant quand il m’a attaqué !!! Hahaha, et maintenant il chia…, commença la fille d’une voix moqueuse, avant de se faire brutalement couper par Shyn.

— Donc, c’est de ta faute…, murmura la jeune femme d’une voix mielleuse d’où la colère était palpable.

La demoiselle leva alors un sourcil perplexe en grimaçant, mais le poing de Shyn alla violemment s’abattre contre son visage la seconde d’après, ce qui la fit tomber en arrière et s’écrouler au sol. Le jeune homme s’arrêta subitement de rire en voyant sa copine se faire frapper et tourna un regard colérique sur la jeune femme qui affichait un air totalement impassible.

— Hoo, mais ça va pas non, connasse !!! fit l’homme d’une voix mauvaise en serrant les poings.

Shyn tourna son attention vers lui et lui lança un regard dégoûté tandis que Luyo relevait la tête vers la jeune femme, semblant s’apercevoir de sa présence.

— Nidorino, attaque ! rajouta ensuite l’homme dans un mouvement du bras pour inciter son Pokémon à bouger.

Le Pokémon obéit et courut alors vers Shyn, mais la jeune femme l’esquiva sans même le regarder en sautant par-dessus lui, puis fonça rapidement sur le jeune homme avant de lui décocher un violent coup de pied dans l’entrejambe. Shyn n’affichait toujours aucune expression, mais son regard noir transpirait de haine et de colère contenues alors qu’elle fixait l’individu se tordre de douleur au sol en se tenant les parties.

De son côté, Luyo ne bougea pas et entr’ouvrit la bouche de stupéfaction en regardant la jeune femme mettre à terre les deux jeunes en quelques secondes. La demoiselle était d’ailleurs en train de se redresser en se tenant la joue et alla rapidement rejoindre le jeune homme pour l’aider à se relever.

Celui-ci avait maintenant l’air de vouloir se battre physiquement avec Shyn pour se venger, mais le regard glacial plein de colère de la jeune femme braqué sur lui le dissuada finalement, et l’homme préféra partir rapidement avec sa copine en rappelant son Pokémon.

Autour d’eux, trois passants avaient regardé la scène d’un air intrigué, puis s’éclipsèrent rapidement une fois les jeunes parties, comme si l’aura de colère de la jeune femme leur faisait peur.


Les deux individus partis, Shyn poussa ensuite un grand soupir et se retourna vers Luyo qui ne pleurait plus et continuait de la regarder d’un air mitigé entre de la surprise et de la tristesse.

— Je suis désolé, Shyn…, murmura alors le Pokémon une fois que la jeune femme fut à sa portée.

Il était toujours agenouillé par terre avec le paquet dans ses mains et baissa légèrement le regard quand Shyn s’arrêta devant lui, levant un sourcil intrigué.

— Pourquoi ?

L’expression de tristesse de Luyo s’accentua et son regard se posa sur le paquet un peu abîmé.

— Je voulais…, te faire une surprise… Mais il s’est brisé…, fit le Pokémon d’une voix cassée en levant légèrement ses mains pour montrer le paquet à la jeune femme.

Shyn eut l’air alors assez surprise par sa révélation, semblant juste remarquer le petit cadeau dans les mains du Lucario. Puis, sans rien dire, elle s’agenouilla à son tour devant Luyo et récupéra délicatement le paquet des mains du Pokémon.

Mais à peine l’eut-elle touché, que le bruit de verre brisé monta à ses oreilles. La jeune femme fronça alors les sourcils en comprenant mieux de quoi le Lucario parlait, et posa délicatement le petit paquet blanc sur ses genoux avant de l’ouvrir précautionneusement.

Et comme Luyo s’en doutait alors qu’il observait les mains de Shyn finir d’ouvrir le paquet, la broche normalement dedans c’était presque entièrement brisé en petits morceaux. Elle ne ressemblait maintenant plus à rien alors que la jeune femme découvrait l’intérieur du paquet, fixant le contenu quelques secondes.

Shyn n’avait l’air ni déçu ni en colère, et sembla ensuite réfléchir avant de remonter son regard impassible vers celui de Luyo.

— Tends tes mains …, fit alors la jeune femme au Pokémon d’une voix douce en prenant l’un des bouts de verre pour le tendre vers le Lucario.

Le Pokémon releva lui aussi son regard vers le sien et ouvrit légèrement les yeux, semblant se demander pourquoi Shyn lui demandait ça. Mais le silence de la jeune femme ne l’aida pas à comprendre, et il tendit finalement ses mains vers elle en l’observant d’un air intrigué.

Sans rien dire, Shyn déposa ensuite le bout de cristal dans l’une des mains de Luyo, avant de mettre un à un tous les bouts brisés dans les paumes du Pokémon. Le Lucario l’observa faire sans rien dire en se demandant ce qu’elle faisait, avant de regarder la jeune femme poser ses propres mains sur les siennes et les bouts de cristal une fois qu’elle eut fini.

Le Pokémon ne comprenait pas le manège de Shyn, mais écarquilla rapidement les yeux en voyant soudainement une légère lumière émaner entre leurs mains.

Luyo entr’ouvrit alors la bouche de surprise et fixa le visage de la jeune femme qui, elle, regardait ses mains d’un air concentré, son pendentif brillant légèrement dans l’ouverture de sa veste.

Shyn était en train d’utiliser son aura pour faire réagir les bouts de cristal, et quand elle retira ses mains quelques secondes après, le Lucario fut totalement estomaqué de voir la fleur de cristal recomposée dans ses mains, comme si elle n’avait jamais été brisée.


— Comment… comment as-tu…, bredouilla Luyo en affichant un air totalement sidéré en fixant à tour de rôle la jeune femme et la broche dans ses mains qui semblait maintenant comme neuve.

— Certains cristaux sont assez réceptifs à l’énergie de l’aura…, répondit Shyn d’une voix vague en fixant la fleur en cristal d’un air figé avant de remonter son regard sur les yeux rouges du Lucario qui avait l’air toujours assez halluciné.

— Tu… C’est pour moi ? murmura alors la jeune femme en semblant juste prendre conscience du destinataire de cette broche, bien qu’elle avait clairement vu son nom marqué sur le dessus de la boite en l’ouvrant.

— Ou-Oui… J’ai dû travailler tous les matins en cachette dans la boutique pour la payer… Je voulais que ce soit une surprise…, répondit Luyo d’une voix hésitante et timide en n’osant pas bouger ses mains de peur que la fleur ne se brise de nouveau.

Shyn ne répondit rien. Elle semblait figée dans une expression de surprise mêlée de confusion alors qu’elle fixait la fleur, les yeux écarquillés.

— Est-ce que… est-ce que ça te plaît ? demanda alors le Lucario d’une petite voix rauque en tentant de capter le regard de la jeune femme dont il avait du mal à saisir la réaction à cause de son expression figée.

Celle-ci ne répondit pas tout de suite, et avança alors doucement ses mains vers la fleur pour la prendre délicatement pour l’observer de plus près. Le cristal taillé en forme de bleuet devait faire dans les douze centimètres et était d’une incroyable légèreté, cela mêlé à la couleur bleutée du cristal qui le faisait briller comme un éclat de lune sur de l’eau.

— Je… j’ai même pas de mot… c’est…, bredouilla alors Shyn quelques secondes après en changeant son expression surprise pour de l’effarement mêlé de confusion.

Luyo leva légèrement les sourcils en récupérant ses mains maintenant libres et observa la jeune femme rebaisser la broche pour tourner enfin son attention vers lui, le regard brillant.

— C’est magnifique… C’est le plus cadeau que quelqu’un mais jamais offert…, murmura ensuite Shyn d’une voix émue et tremblante, suivie de quelques larmes qui semblaient couler toutes seules.

Le Lucario afficha un air surpris et entr’ouvrit la bouche en voyant et sentant la jeune femme réellement touchée par son geste, et fut également grandement soulagé qu’elle apprécie la broche.

Le Pokémon poussa ensuite un petit soupir accompagné d’un léger sourire rassuré, mais fut brutalement coupé par Shyn qui se jeta presque sur lui pour l’enlacer en pleurant légèrement.

— Merci… merci…, bredouilla la jeune femme dans son cou en laissant quelques larmes couler sur ses joues.

Luyo ouvrit de grands yeux sous le coup en sentant la chaleur de Shyn l’entourer, et fit une légère grimace de tristesse en répondant à son étreinte tout en tentant de refréner ses propres larmes. Il n’était pas réellement triste, mais l’émotion qu’il sentait dans la jeune femme l’affectait et le touchait beaucoup tandis qu’il cachait son visage dans l’écharpe de Shyn qui faisait de même en le serrant dans ses bras.

Puis, la jeune femme décala soudainement son visage de son cou, et se mit alors à déposer plein de baisers papillon sur le visage du Pokémon qui ferma les yeux et afficha un petit sourire amusé. Autour d’eux, quelques passants passèrent à côté d’eux en leur jetant des regards perplexes, mais aucun des deux amis n’y fit attention, et restèrent ainsi à s’enlacer plusieurs minutes avant d’enfin se relever pour repartir vers le centre du marché. Shyn affichait maintenant une expression ravie derrière ses joues légèrement rougies par ses émotions et le froid grandissant, et ne lâcha pas la main de Luyo de toute leur ballade jusqu’à ce qu’il ne rentre au centre Pokémon.


Une fois qu’ils furent tous de retour dans la chambre, Shyn et Luyo allèrent s’installer sur le lit et la jeune femme sortit les cadeaux des Pokémon qu’elle avait enfermés dans le placard de la chambre. Tout le monde fit ensuite sa distribution, et la jeune femme fut amusée de voir le dessin d’Aélia qui représentait tout le monde avec Luyo et Shyn au milieu qu’elle avait nommé comme ses parents, ce qui fit une fois de plus froncer les sourcils au Lucario. Mais le Pokémon ne dit rien, étant encore sur un petit nuage après son moment d’émotion avec Shyn.

La jeune femme ne s’était d’ailleurs pas gênée de montrer à tout le monde la broche que Luyo lui avait offerte, ce qui provoqua des étoiles dans les yeux d’Aélia, Atémis et Milliu et un sourcil levé à Shorty qui fut assez surpris de la beauté du bijou, surtout que Shyn avait l’air de beaucoup l’aimer et ne cessait de le faire tourner dans ses doigts en souriant.

Une fois que les Évolitions aient, elles aussi, donné leur dessin qui représentait plus un étalage de coups de crayon sans queue ni tête, Shyn distribua ensuite ses cadeaux en commençant par Aélia qui fut ravie d’obtenir un nouveau jouet pour sa console. Atémis eut l’air alors un peu déçu, mais la jeune femme lui redonna rapidement le sourire en lui tendant un petit paquet contenant une nouvelle console agrémentée d’un jeu.

— Comme ça vous arrêterez de vous disputer pour savoir qui jouera ! fit Shyn dans un sourire amusé en regardant Atémis découvrir son nouveau jouet.

Les Évolitions eurent ensuite toutes les deux droits à un assortiment de gâteaux Pokémon et de produits de soins pour le pelage des quadrupèdes et n’attendirent pas pour commencer à déguster des gâteaux venant apparemment de Sinnoh qui portait le nom de Poffins. Pour Goultar et Aurore, Shyn avait acheté des produits de soins Pokémon correspondant à leur type et les mit de côté pour le lendemain avant de se tourner vers Luyo à côté d’elle qu’elle avait gardée pour la fin.

Mais avant de lui donner son présent qu’elle avait soigneusement caché dans sa poche, la jeune femme alla récupérer son bonnet avant de se rasseoir sur le lit et d’accrocher sa nouvelle broche dessus sur le côté gauche, tout en souriant.

— Comme ça je ne l’enlèverais jamais ! Et avec mon aura autour, elle ne devrait plus se briser aussi facilement ! fit Shyn joyeusement en montrant son bonnet à Luyo.

Celui-ci approuva dans un sourire et sentit une bouffée de bonheur le parcourir en voyant à quel point la jeune femme aimait son cadeau. Mais son attention revint rapidement vers Shyn alors que celle-ci sortait quelque chose de sa poche. Il s’agissait à première vu d’un papier avec un texte écrit dessus, et la jeune femme lui tendit en souriant timidement. Le Lucario le prit en arborant un air un peu perplexe et lut ensuite ce qui y était écrit.


"J’ai su dès l’instant où j’ai croisé ton regard que tu étais quelqu’un de très particulier, mais je n’aurais jamais pu découvrir à quel point si tu n’avais pas voyagé avec mes côtés.


C’est un cadeau assez simple, mais j’espère que grâce à cette photo tu garderas toujours une trace de moi dans ton cœur.


Que notre aura te protège et te guide sur ton chemin à travers les obstacles de la vie.


Mon aura veillera toujours sur toi, Shyn "


Luyo lut deux fois le mot en écarquillant de plus en plus les yeux. Puis, sans rien dire, il retourna le papier et entr’ouvrit légèrement la bouche de surprise. Il s’agissait bien d’une photo au dos de laquelle Shyn avait écrit ses quelques lignes, une photo d’eux deux.

Le Lucario avait complètement oublié cette photo, mais se rappela soudainement très bien du jour et la circonstance où elle avait été prise. Il s’agissait de la photo que Sily avait prise sur le bateau quand Shyn et lui s’étaient enlacés la première fois. Une photo poignante et touchante qui lui rappela soudainement ce moment d’émotion qu’il avait partagé alors qu’ils découvraient tous les deux leur attachement mutuel.

— Ça te plaît ? lui demanda alors la jeune femme tout d’un coup, le sortant de ses souvenirs.

Luyo releva lentement son regard vers elle, la bouche entr’ouverte, l’air un peu ailleurs. Shyn fit un petit sourire amusé avant de regarder de côté d’un air mal à l’aise.

— Je sais que ce n’est qu’une photo, mais je la trouve assez jolie et importante pour nous deux…, rajouta la jeune femme en rougissant légèrement. Puis comme ça tu auras une photo de moi…, continua Shyn dans un petit rire gêné.

— C’est beaucoup plus que ce que j’aurais pu souhaiter…, répondit alors le Lucario d’une voix rauque et émue, avant d’enlacer la jeune femme pour la remercier.

Shyn afficha un petit air surpris, mais répondit vite à son étreinte et passa ses bras autour des épaules du Pokémon avant de fermer les yeux. La tête posée sur son épaule, Luyo afficha une expression apaisée et se laissa ensuite bercer par l’odeur et la chaleur de la jeune femme qui lui étaient tellement agréables.

« Mon plus beau cadeau…, c’est lui… » pensa Shyn en souriant tendrement alors que le Lucario ouvrait et fermait lentement les yeux, comme bercé par une douce torpeur.

Il se sentait extrêmement bien et souhaitait que ce moment ne se termine jamais tandis que les bruits de la télévision résonnaient à l’autre bout de la pièce.

« Shorty avait raison…, je suis épris de Shyn… » pensa alors Luyo en fermant les yeux tout en souriant de bonheur.

Puis, il les rouvrit brutalement en affichant un air horrifié en réalisant ce qu’il venait de penser.

« Oh seigneur…, je suis amoureux de Shyn !!! » hurla le Lucario dans sa tête en fixant le mur avec de grands yeux catastrophés.

Luyo venait de brutalement réaliser, que non seulement Shorty avait raison, et que sa grande affection pour Shyn était bien de l’amour alors que les paroles du Noctali et de Jacqueline résonnaient à tour de rôle dans sa tête. Tout lui parut alors subitement clair dans son esprit tandis que son expression décomposée s’agrandissait.

Car même si son amour pour la jeune femme était sincère, le Lucario connaissait les règles des humains dans ce domaine-là. Il savait très bien que l’amour entre un humain et un Pokémon était quasiment impossible et très tabou, et surtout interdit et puni par la loi pour les humains.


Le visage de Luyo n’exprimait maintenant plus aucune joie alors qu’il tentait de refréner la peur et l’inquiétude qui le prenait face à cette réalité qui lui sautait au visage. Son amour pour Shyn était interdit et risquait de ce fait de lui poser des problèmes. Mais il savait également qu’il ne pourrait jamais vivre sans la jeune femme et que la date de leur retour à Cameran continuait de se rapprocher à grands pas.

Il réalisait maintenant dans quelle situation inconfortable il se trouvait alors que Shyn relâchait doucement ses bras avant de le regarder d’un air doux et tendre. Luyo tenta de lui rendre son regard, mais le malaise qu’il ressentait était trop grand et il ne parvint qu’a faire une légère grimace en détournant le regard.

Mais la jeune femme sembla prendre cela pour de la pudeur et sourit de plus belle avant de lui caresser la joue et de l’embrasser dessus. Le Lucario rougit alors fortement et détourna encore plus les yeux sous le rire amusé de Shyn, qui se leva ensuite et disparut dans la salle de bain.

Luyo l’a suivi d’un regard en coin et attendit que la porte soit fermée pour se lever du lit et se diriger vers la fenêtre. Il faisait nuit dehors et le ciel brillait de milliers d’étoiles autour du Mont Chimné que l’on voyait au loin.

Mais le Lucario ne se préoccupa pas de la beauté du ciel et regarda par la fenêtre d’un air douloureux et désespéré. Shorty, qui avait bien sûr vu l’expression totalement gênée de Luyo quand Shyn l’avait embrassé, se dirigea alors vers lui en affichant un sourire sournois.

Ça y est ? T’as enfin compris ? Je t’avais bien dit que tu étais amoureux d’elle !!! fit le Noctali d’une voix grinçante en ricanant.

Le Lucario ne bougea pas, mais jeta un regard en coin à Shorty, l’air foncièrement agacé avant de reporter son attention sur le ciel.

— Shorty…, murmura le Pokémon d’une voix caverneuse.

Ouais ? répondit le Noctali dans un sourire amusé.

Luyo tourna alors mollement la tête vers l’Évolition en se retournant et lui lança un regard haineux dans une expression de mépris non dissimulé.

— Ta gueule ! fit alors le Lucario d’une voix rauque, avant de retourner s’asseoir sur le lit.

Shorty ouvrit brutalement la bouche de stupeur en entendant le Lucario. Il ne trouva rien à répondre à son insulte et regarda Luyo se déplacer en gardant son expression effarée et choquée qui semblait crier : « Comment ??? », mais aucun son ne sortit de sa bouche.

C’était la première fois que le Lucario insultait quelqu’un, et il n’était pas mécontent que Shorty ait été sa première victime, et cela le soulagea légèrement alors qu’il s’allongeait sur le lit pour fixer le plafond d’un air vide et rempli de questions…



Fin du Tome 3 – Volonté sans limites


À suivre dans le Tome 4 – La fleur de cristal


........…

Le Tome 3 est officiellement terminé !


La suite devrait normalement arriver en septembre, le temps que je finisse le Tome 4.

Merci à tous ceux qui ont lu jusqu’ici et j’espère que l’histoire continue de vous intéresser :)


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