Le trèfle à douze feuilles par

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Crossover / Suspense / Aventure

16 Vade-mecum

« Nous répugnons à savoir, parce que savoir signifie changer. »
Ruth Dreifuss


Vade-mecum [vademekum] n. m. invar. littér. Livre (manuel, guide) que l'on garde sur soi pour le consulter.
 


     LST de: SANDRA
      Latitude: 46°23'45'03'56'N
      Longitude: 23°44'65'23'75'O
      Altitude: 82.623
      Date: 21.03.2964
      Heure: 17:44:16:76:87:09

     État: EN CHARGE (74%)

« T'aurais vraiment pas pu le dire plus tôt ? »

Ce qui partit n'était pas une claque : cela eut paru paradoxal de frapper quelqu'un alors qu'on était en train de le soigner. Non, il ne s'agissait tout simplement que d'une ridicule petite tape derrière la tête qui laissait deviner un « espèce d'idiote ». Sandra voulut se faire rassurante, affirmant qu'elle ne sentait déjà plus rien ; et de toute manière, ça ne saignait déjà plus.

« Pauvre idiote... répétait sa mère dans des marmonnements inaudibles. Tu ne te rends vraiment pas compte que ce luxray aurait pu te tuer, s'il le voulait ?
- Il ne l'a pas fait.
- Il aurait pu. Et la prochaine fois qu'on les verra, ils n'hésiteront pas comme ils l'ont fait. »

Les Londoniens regardaient la scène, impuissants, assis sur le canapé et les deux fauteuils assortis du salon. La jeune étrangère ne voulait peut-être pas l'avouer, mais elle devait certainement souffrir : ces plaies dues aux griffes du « luxray » n'étaient pas particulièrement profondes, ce qui les avaient rendues si discrètes au départ. Mais dès que les manches de l'adolescente avaient été retroussées lorsque sa mère avait remarqué quelques traces de décousures légèrement rougies, elle s'était aussitôt inquiétée, courant soigner ces blessures.
Une fois ceci fait, l'enfant dévisagea plusieurs fois avec une moue légèrement dégoûtée les bandes qui recouvraient en partie ses arrière bras ; bien qu'elles fussent quasiment invisibles une fois qu'elle se fut changée dans sa chambre, sous les manches longues de sa chemise vert pâle, elle ne s'empêcha pas pour autant de rougir très légèrement lorsque Flora lui avait demandé si elle allait bien ; elle n'avait d'ailleurs toujours pas répondu à cette question.
Lorsqu'elle avait reparu dans le salon, sans le montrer pour autant Emmy afficha discrètement un regard intensément surpris. La tenue que la jeune fille arborait désormais ne lui était pas inconnue. Elle connaissait déjà cette queue de cheval ; ces jeans à ourlet également ; et il en était de même pour cette chemise aux tons olive qui tiraient vers la couleur des golden, par-dessus un tee-shirt blanc à manches longues. Lui revinrent en tête les images qu'elle avait vues en rêve, toujours ce même rêve qui la hantait depuis ce dix-sept mars. C'était tout à fait illogique, mais c'était là un fait indéniable : c'était la même. Était-ce là une preuve de l'existence des rêves prémonitoires ? Mais à quoi rimait donc, dans ce cas, cette histoire de miroir ?
Malheureusement, la discussion qui reprit aussitôt l'empêcha d'y réfléchir : ayant amené un plateau contenant d'étranges fruits aux airs exotiques ainsi que des biscuits, un pokémon apparut, sortant de la cuisine. D'autres vinrent s'attrouper autour des Anglais, qui eurent du mal à se sentir complètement à leur aise ; instinctivement, Flora se cramponna au bras de son tuteur. En tout, ils purent en compter six : Gabrielle et Nina, les deux autres créatures qui étaient apparues à Dublin – elles nommaient la loutre bleue « Matt », et l'espèce de petit être verdâtre « Myriam » –, et enfin deux qui leur étaient complètement inconnues : celle qui avait apporté le plateau, la plus grande après Nina, une sorte d'humanoïde écarlate aux serres et bec d'aigle qui paraissait s'appeler « Blaze », et une autre, moins impressionnante bien que tout aussi énigmatique, si ce n'était plus. Celle-ci – car il s'agissait vraisemblablement d'une femelle, au vu de son nom : « Edna » –, était immaculée avec certaines nuances de bleu ciel et de violet, n'avait que deux membres aux allures de bras et flottait littéralement dans les airs, échappant à toutes les lois initiales de la gravité. Son ruban écarlate qui l'entourait à la taille contrastait grandement avec son teint pâle – si l'on pouvait nommer cela un teint. Evelyne précisa qu'un certain « Sibelius » manquait à l'appel, mais qu'il ne risquait pas de venir car il n'aimait pas trop les étrangers.
L'apéritif commença, les pokémon s'éclipsant vers un coin de la salle où trônaient des assiettes pleines qui leur étaient visiblement destinées. Seule Gabrielle s'amusait parfois à emprunter quelques biscuits, ne craignant pas les réprimandes de la mère au vu des petits rires étouffés qu'essayait de taire Sandra. Evelyne d'ailleurs n'hésita pas à lui faire remarquer qu'elle devrait réellement être un peu plus stricte sur son dressage – au moins concernant ces règles élémentaires d'hygiène.

Ce fut le professeur Layton qui, finalement, réintroduisit une véritable discussion :

« Je suppose donc que nous nous trouvons aux États-Unis, en ce moment.
- Comment pouvez-vous en être sûr ? »

L'attitude qu'avait pris la mère en prononçant cette phrase était perplexe, mais comportait presque une sorte de méfiance. Cependant, personne n'y prit garde, tous se contentant de s'étonner face à la certitude qu'il montrait dans son ton parfaitement calme et posé.

« À moins que le méridien de référence de votre LST ne soit plus celui de Greenwich, je ne vois que les États-Unis qui pourraient convenir aux coordonnées qu'il affichait. Il en est de même pour l'heure : elle est elle aussi fixée sur le fuseau horaire de Greenwich, n'est-ce pas ? Si nous nous trouvions toujours à Dublin, il devrait faire plus sombre dehors. », avait-il ajouté en regardant calmement à travers la fenêtre à demi voilée par des rideaux orangés.

Sandra parut ravie de voir avec quelle facilité le gentleman avait fait de telles déductions, semblant déjà s'être familiarisé avec une technologie qui lui était pourtant étrangère. La quadragénaire, elle, s'était tue, l'air grave ; elle se contentait désormais de le fixer discrètement avec deux yeux sombres et soupçonneux à chaque fois qu'elle en avait l'occasion. De loin, Blaze lui aussi s'était mis à observer cet homme qui sortait de l'ordinaire ; à la différence près que lui avait plutôt un regard admiratif et intrigué à la fois.

« En réalité, nous sommes à Entrelasque, dans la région d'Unys... » corrigea l'adolescente du futur avec un sourire qui montrait qu'il ne pouvait le deviner.

Elle semblait partie pour continuer, mais sa mère lui lança un regard si autoritaire qu'elle n'osa pas continuer, se mordant la lèvre en ayant un mouvement de recul bien visible. Les Londoniens ne cachèrent qu'avec peine la surprise qu'ils ressentaient : qu'y avait-il de mal à ce que l'enfant leur expliquât quoi que ce fût ? N'avait-elle pas dit qu'ils étaient censés le savoir un jour ou l'autre ? Et puisqu'ils savaient déjà que le mystère était basé sur les voyages temporels, qu'y avait-il d'autre à cacher ?

« Professeur, reprit finalement l'adulte, même si elle s'adressait en réalité à tous. Puisque maintenant vous savez, peut-être serait-il judicieux de vous familiariser avec les Règles. Sachez qu'elles sont plus importantes que tout, quelles que soient les circonstances. »

Le ton particulièrement grave qu'elle avait pris laissait également supposer que cela répondrait indirectement à ces questions silencieuses, aussi les Anglais n'eurent-ils rien de particulier à contester. Luke paraissait presque heureux, même, d'enfin savoir de quoi parlait régulièrement Sandra lorsqu'elle affirmait qu'elle n'avait pas le droit de parler des voyages temporels.
La femme se redressa sur sa chaise, prenant un air particulièrement sérieux – presque solennel. Encore une fois, son regard noir montrait que prendre ses paroles à la légère n'était pas une option seulement envisageable.

« Règle numéro un : le voyage dans le passé ne doit servir en aucun cas à un but personnel, encore moins à changer le cours du temps. Celui-ci doit garder une stabilité que personne ne doit troubler.
« Règle numéro deux : lors d'un voyage dans le passé, en côtoyer les habitants est à éviter, sous risque d'aller à l'encontre de la règle numéro un. Se faire des amis est à tout prix à proscrire.
« Règle numéro trois : ne jamais revenir deux fois à la même époque, au même lieu. En particulier si l'on a manqué à la règle numéro deux.
« Règle numéro quatre : ne jamais inviter qui que ce soit, quelle que soit leur époque d'origine, dans leur futur ou leur passé ; leur passé tout particulièrement, de peur qu'ils ne viennent à l'encontre de la règle numéro un. Règle numéro quatre bis : il est par ailleurs totalement interdit d'annoncer son futur à qui que ce soit, peu importe son contenu.
« Règle numéro cinq : ne jamais révéler l'existence d'une telle machine à qui que ce soit. »

Bien que tous les Londoniens eussent pris conscience que la plupart de ces règles avaient déjà été transgressées rien que par leur présence à une époque différente de la leur, aucun d'entre eux n'osa le faire remarquer. L'adulte avait lancé un regard cette fois dirigé vers sa fille, et tout aussi haineux – si ce n'était plus.

« Bref, reprit-elle soudainement. Je suppose que vous vous êtes tous rendu compte que vous savez déjà de nombreuses choses que vous ne devriez pas connaître.
- Mais ils peuvent nous aider, Maman. »

Le ton incroyablement calme et faible qu'avait employé l'adolescente ne lui ressemblait qu'à peine. Depuis qu'elle s'était retrouvée à son époque, du moins, elle avait paru avoir repris beaucoup plus d'assurance : celle-ci semblait désormais complètement volatilisée.

« J'ai cru voir à vos précédentes déductions qu'en effet, votre aide ne serait pas négligeable, avoua-t-elle en soupirant, ne regardant qu'à peine le professeur d'archéologie. Mais je tiens à ce que vous ne cherchiez pas à en apprendre plus que nécessaire. »

Dans cette dernière phrase se laissait comprendre que les Anglais n'auraient accès qu'à des informations particulièrement bien filtrées au préalable, si bien qu'au final elles n'en auraient pas beaucoup plus d'intérêt que les recherches menées à Dublin. Le gentleman tenta de montrer habilement que tout pouvait avoir son importance dans l'enquête, mais la mère était formelle :

« Connaître le futur ne peut rien vous procurer de bon, bien au contraire. Et ça n'a strictement aucun rapport avec ce pour quoi vous êtes ici. »

Elle se leva alors, sortant de la pièce pour se diriger vers la cuisine, s'occupant du déjeuner. Satisfaite d'être enfin débarrassée d'elle pour le moment, Sandra poussa un long soupir, s'excusant aussitôt de la dureté de l'adulte du futur.

« D'habitude, elle n'est pas du tout comme ça, vous savez. Mais dès qu'on parle de quelque chose qui contredit les Règles, elle change du tout au tout... »

Gabrielle sauta alors sur sa tête, lui faisant soudainement comme un grand poids : en effet, elle venait de prendre le dernier biscuit du plat, et le petit pokémon semblait vouloir le lui supplier de sa petite moue implorante. Légèrement vexée d'être ainsi dérangée en un moment qu'elle jugeait sérieux, l'adolescente fronça les sourcils en lui faisant bien comprendre que ce n'était pas bon pour elle. Déçue, la petite créature voleta jusqu'à Luke, où elle se frotta contre lui jusqu'à parvenir à lui arracher des caresses réconfortantes.

« Professeur... murmura l'enfant du futur comme si elle craignait de se faire entendre de quiconque d'autre. Je ne peux rien vous promettre, mais je peux essayer de vous donner l'accès à quelque chose qui pourrait répondre à toutes vos questions. »

Le concerné n'eut cependant pas le temps de lui demander de quoi elle parlait, car déjà Evelyne était revenue, les invitant tous à venir s'assoir autour de la table où le couvert était déjà mis. Elle ne s'éclipsa encore une fois que pour quelques secondes, juste le temps d'aller chercher le plat qu'elle avait préparé.
 

     LST de: SANDRA
      Latitude: 46°23'45'03'56'N
      Longitude: 23°44'65'23'75'O
      Altitude: 82.623
      Date: 21.03.2964
      Heure: 20:21:34:56:92:07

     État: EN CHARGE (98%)

Le professeur demeurait immobile, assis sur un fauteuil, dévisageant le petit instrument rectangulaire et noir qui trônait sur la table, juste en face de lui. En sortant de table à la fin du repas, Sandra l'avait déposé là d'un air faussement étourdi, faisant mine d'avoir oublié de le ranger. Elle semblait désirer qu'il s'en servît pour trouver des réponses ; mais comment pouvait-il savoir comment s'en servir ? Cela ne se devinait pas.

Ou plutôt, il s'agissait là d'un test. D'une énigme ayant pour but de vérifier une fois de plus qu'il pouvait réellement se débrouiller dans l'affaire, dans un futur qui lui était probablement totalement inconnu.
C'était cela : elle avait fait exprès de ne rien lui dire, afin de voir comment il pouvait bien s'en sortir. S'il voulait des informations, il devait les trouver seul.

Il se décida de se saisir du petit appareil, l'observant sous toutes ses coutures : complètement plat ; un dos et un ventre ne portant qu'un écran noir – éteint, par déduction – et un unique bouton en bas et au centre. C'était tout. Bien ; alors peut-être fallait-il commencer par appuyer sur l'unique bouton pour l'allumer. Le gentleman posa son doigt sur le petit renfoncement orné d'un petit carré blanchâtre : un léger déclic se fit entendre et l'écran s'alluma en effet, faisant apparaître une image bleutée ne représentant rien, et un rectangle en bas de l'écran possédant une flèche indiquant la droite et l'indication : « Déverrouiller ». Mais comment déverrouiller ?
Il n'y avait qu'un seul bouton. Bien qu'il ne comprît pas le sens de la flèche qu'indiquait l'écran, la réaction de l'archéologue fut d'enclencher une deuxième fois le bouton en-dessous de l'écran : celui-ci s'éteignit en réponse, ce qui fit sursauter l'adulte d'incompréhension.

Incorrect.

Il fallait probablement en déduire que l'unique bouton était seulement un bouton « Marche » et « Arrêt » à la fois. Bien, on apprenait de ses erreurs...
L'homme au haut-de-forme alluma de nouveau l'écran, puis observa bien l'image : le rectangle en bas de l'écran clignotait, et la flèche se trouvait dans une case à l'intérieur de ce rectangle. La case se trouvait à gauche ; la flèche indiquait la droite ; il fallait donc déplacer la case dans le sens de la flèche pour « déverrouiller » l'appareil. Cela n'avait rien de sorcier... Sauf qu'il fallait simplement découvrir comment on pouvait déplacer la case dans le sens de la flèche. Et lorsque cela nous échappait, cela était bien plus compliqué.

L'écran comportait de nombreuses traces de doigts, finit-il par remarquer. Et pourtant l'écran devait être régulièrement nettoyé : le dos était bien plus propre. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose... Le gentleman posa son doigt sur l'écran, à l'endroit où se trouvait la fameuse case fléchée : l'appareil vibra légèrement en conséquence. Ne relâchant pas sa pression, l'homme suivit les traces de doigts les plus marquées, qui correspondaient à la longueur du grand rectangle où se trouvait la case : celle-ci suivit le mouvement jusqu'à atteindre l'autre côté de l'écran. L'image se noircit, puis réapparut aussitôt l'image bleutée et abstraite qu'il avait vue en arrière-plan depuis le début ; un cercle composé de points dont la taille variait se trouvait au centre avec l'inscription « Chargement... » au-dessous.
Au bout de quelques secondes, tout cela disparut pour laisser apparaître une liste d'images minuscules avec des mots en-dessous d'elles. Il y avait un appareil photographique nommé « Appareil photo » – ce qui semblait plutôt logique –, celle d'à côté présentait des photographies assemblées appelées « Album »...
Soudainement, l'appareil vibra : ce qui ressemblait à une petite feuille blanche avec des inscriptions dessus apparut. Une petite cloche bleue qui était dessinée en haut de la « page » disparut, apparaissant dans une petite bulle translucide en bas à gauche de l'écran. En cliquant dessus, il n'obtint pas de réponse quant à son utilité, mais que des questions : date et heure. Par analogie, il fallait peut-être en déduire qu'il s'agissait d'une sorte d'alarme qui devait se déclencher à cette heure précise, dans ce cas. En bas à gauche figurait une flèche faisant demi-tour ; il n'était pas difficile d'en conclure que cela permettait d'accéder à l'écran précédent, autrement dit la fiche qu'il n'avait pas pris le temps de lire, et qui lui était peut-être destinée :

« Navigateur »

C'était tout. Peut-être Sandra avait-elle voulu lui laisser un indice, en fin de compte. Mais que signifiait-il au juste ?
La flèche faisant demi-tour était toujours là : il revint à l'écran où s'amassaient les multitudes de petites icônes et commença à chercher, lisant les mots indiqués sous les images : Paramètres, Appareil photo, Album, Calendrier, Calculatrice, Lecteur de musique, Chronomètre...

Navigateur.
Le professeur Layton ne put réprimer un petit mouvement de recul avec un sourire satisfait avant de cliquer sur l'icône qui représentait une sorte de globe terrestre.
Un fond blanc apparut, prenant toute la place ; non, pas exactement : une bande grise contenant un rectangle blanc avec des inscriptions dessus se trouvait en haut. Puis le blanc laissa place à un mot écrit de diverses couleurs :

Google

Il ne chercha pas à saisir sa signification ; peut-être n'en avait-il tout simplement pas.
Un rectangle blanc au contour bleu se trouvait juste en dessous, et encore après deux boutons gris : « Recherche Google » et « J'ai de la chance ». Comprenant alors qu'il s'agissait de ce dont parlait Sandra lorsqu'il recherchait un moyen de recueillir ses réponses, l'archéologue opta aussitôt pour le premier bouton gris. Mais rien ne se passa. Ce ne fut qu'au bout de quelques vaines tentatives de « je tape l'écran un peu partout pour voir ce qui se passe » que, en touchant le grand rectangle blanc, un trait vertical noir clignotant apparut à l'intérieur, et un semblant de clavier sortit du bas de l'écran. Il fallait donc procéder ainsi pour rechercher quoi que ce fût...
La suite des événements se produisit avec une incroyable facilité, et de manière très rapide – sans compter le temps cherché à trouver les différentes lettres sur le clavier, car elles n'étaient évidemment pas dans l'ordre alphabétique :

P – O – K – E – M – O – N
Recherche Google

Essayez avec cette orthographe : pokémon


Tiens ? Pokémon s'écrivait donc avec un accent* ? Décidément, on en apprenait tous les jours.
Une liste de mots en bleu et en noir se trouvait en-dessous ; les titres soulignés et en bleu, les descriptions en noir. Il devait s'agir de la liste de ce qui était proposé par ce « navigateur » à la requête que le Londonien lui avait soumise.
Comme espéré, l'une des propositions l'intéressa tout particulièrement par son aspect plus encyclopédique qu'autre chose ; ce qui semblait être le plus intelligent comme choix dans son cas, lui qui ne savait rien de ces créatures.

Pokémon - Wikipédia
Un pokémon (diminutif de « Pocket Monster ») est un être vivant doté de capacités classées en dix-sept ...


L'Anglais n'hésita pas à cliquer dessus, atterrissant aussitôt sur ce qu'il espérait : une sorte d'article encyclopédique particulièrement détaillé :

Un pokémon (diminutif de « Pocket Monster ») est un être vivant doté de capacités classées en dix-sept types (normal, plante, feu, eau, électrique, glace, combat, poison, sol, vol, psy, insecte, roche, spectre, dragon, ténèbres et acier). Leur création remonte à environ – 200.

En lisant la date, l'homme eut un vif mouvement de recul. Cela ne pouvait être possible. Les pokémon étaient des créatures du futur ; ils ne pouvaient pas exister depuis une date antérieure à la sienne. C'était tout simplement impossible.

On attribue traditionnellement l'idée de départ au docteur Alain Fuji, qui assurait s'être inspiré d'un concept ancien, résultant probablement de légendes urbaines. Au départ, 146 espèces furent créées afin de réduire la crise biologique de l'époque (?), mais d'autres furent ensuite créées selon les besoins croissants.

Décidément, tout devenait de plus en plus obscur... Quelle était cette histoire de crise biologique ?
Les pokémon avaient probablement dû être créés par des généticiens – comme l'affirmaient en effet les forces de l'ordre de son époque –, et il ne faisait nul doute que leurs capacités diverses pouvaient présenter des aspects bien utiles. Mais cela n'aidait pas à rétablir cette histoire de dates, qui ne prenait toujours aucun sens.
Lorsqu'il tapota l'écran afin de deviner comment il pouvait aller plus bas, une flèche indiquant les quatre directions possibles sous forme de boutons apparut de manière translucide ; il n'hésita pas à tapoter sur la flèche indiquant le bas, lui permettant de descendre un peu plus dans la « page » :

Sommaire [masquer]
1 Classification
1.1 Pokédex
1.2 Principe d'évolution
2 Règles des matches et concours
2.1 Match pokémon
2.2 Concours
3 Guide stratégique
3.1 Vocabulaire
3.2 Exemples de stratégies courantes
3.3 Liste des meilleurs dresseurs connus


Bien qu'intrigué par cette histoire de « matches » et de « concours », le professeur d'archéologie préféra ne pas s'attarder sur cette page qui, visiblement, ne lui apprendrait plus grand-chose qui eut pu l'intéresser plus que cela. Il trouva en haut un bandeau avec un rectangle blanc et, à sa gauche, un carré bleu avec un « g » dessiné en blanc à l'intérieur : il cliqua à l'intérieur du rectangle et un clavier apparut. Sachant désormais comment cela fonctionnait, bien qu'il eût toujours du mal à retrouver les lettres sur le clavier, le reste coula à peu près de source :

K – O – T – I – N – O
Recherche Google


En effet, quelque chose le tourmentait à propos de cette famille ; comment était-il possible qu'elle possédât ainsi une machine à voyager dans le temps ? Ce n'était pas logique ; du moins, une telle machine avait dû nécessiter une grande fortune pour être mise en œuvre. En conclusion, la famille de Sandra devait être soit riche, soit connue, soit les deux. Et il était donc normal de penser qu'on pouvait toujours espérer trouver quelque chose à propos de son nom ; ce qui fut apparemment le cas :

Stephen Kotino - Wikipédia
Stephen Kotino (740-762) était un des rares archéologues travaillant à plein temps dans cette ...


L'homme n'hésita pas à appuyer sur le lien, jugeant « Wikipédia » comme une source d'informations plutôt fiable. Il commença de lire, mais de plus en plus de fois les dates apparaissant l'intriguaient ; toutes étaient strictement inférieures à huit cents. Et pourtant, cette personne nommée « Stephen Kotino » était présentée comme le père de l'adolescente du futur. Cela n'avait aucun sens. À moins qu'il n'y eût une ancêtre à Sandra qui portât le même nom qu'elle ?
Tout doute fut finalement écarté lorsqu'enfin trois mots de couleur bleu foncé se présentèrent à ses yeux comme une explication d'une lucidité effrayante. Leur sens était par ailleurs tellement clair que l'archéologue se raidit, yeux écarquillés, regard dans le vide mais comme fixant ces trois mots malgré le fait qu'ils eussent quitté son champ de vision.

Le petit appareil noir lui échappa des mains, rebondissant sur la moquette avant de s'immobiliser dans un bruissement sourd sur le dos, face contre terre.

Adossée dans le cadre de la porte menant à la cuisine, Evelyne Kotino le toisait avec un mélange de mépris et de compréhension, bras croisés. Il y eut un long silence pesant. Puis elle se leva ; s'approcha sans un bruit, sans une réprimande ; s'abaissa pour ramasser le petit outil. Elle se redressa et regarda l'adulte d'un air triste, puis lui murmura :

« Je vous avais dit que cela vous serait inutile. Et que ça ne vous ferait que du mal. »

Et le haut-de-forme acquiesça lentement, comme l'eut fait un petit enfant penaud qui regrettait de ne pas avoir écouté les conseils de sa mère. Il désirait oublier ces trois mots lourds de sens, mais ceux-ci ne cessaient de le hanter.

Note :
*En effet, les accents sont quasiment inexistants dans la langue anglaise : la présence d'un accent sur le « e » de Pokémon a donc de quoi étonner (surtout que, c'est vérifié, l'accent y est aussi chez les Anglais !)

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