Le trèfle à douze feuilles par

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Crossover / Suspense / Aventure

18 Vanité

« La probabilité que quelque chose arrive est
inversement proportionnelle à sa désirabilité. »
Loi de Gumperson


Vanité n. f. 1. vieilli Caractère de ce qui est vain. 2. Défaut d'une personne vaine, trop satisfaite d'elle-même. fatuité, prétention, suffisance.
Vanité n. f. didact. Image, tableau évoquant la vanité, la futilité des choses humaines et la mort.
 


Le réveil fut relativement difficile. L'adulte souleva lentement une paupière, puis l'autre. Il vit que Sandra était assise sur le bord du lit, le regardant avec anxiété. Non loin derrière elle, ses amis étaient là aussi, le fixant de même.
Au vu du décor, tous se trouvaient probablement dans une chambre : un bureau rangé contenant quelques semblants de gadgets électroniques aux fonctions inconnues, mais appartenant probablement au domaine du quotidien de l'époque se trouvait face à une petite fenêtre fermée qui devait probablement donner sur la ville – quelques petits bruits caractéristiques se faisaient entendre sourdement au loin –, mais celle-ci se trouvait trop haute pour qu'il pût voir quoi que ce fût d'autre que le ciel sans se lever. Quelques autres meubles comme une commode et de petites étagères rassemblant d'autres engins plus ou moins futuristes se trouvaient contre les murs peints uniformément, d'une couleur vert pâle. Le professeur ne tarda pas à constater l'ordre remarquable de la salle ; mais peut-être avait-elle tout simplement préféré la ranger en prévision de la venue de ses invités.
Ainsi, il se trouvait dans la chambre de l'adolescente, c'était indéniable : il était par ailleurs allongé sur un matelas, donc dans un lit par définition – puisque ce dernier n'était pas totalement moelleux et qu'il sentait aisément qu'il était relativement éloigné du sol ; et cela lui expliquait également pourquoi il ne voyait pas autour de lui le lit lui-même, puisqu'il y était allongé. Il ne fallut pas longtemps à Luke pour se précipiter vers son mentor, le bousculant de multitudes de questions qui étaient prononcées tellement rapidement que leur sens lui échappait, pour lui qui venait tout juste de reprendre conscience et sentait encore son esprit divaguer dans des brumes dignes de Misthallery.
Il ne fallut pas longtemps non plus à Emmy pour aussitôt calmer le jeune garçon ; l'apprenti se résigna à éloigner sa tête de celle de son mentor, préférant partir dans un énième débat avec l'assistante. Flora, ne sachant que faire, demanda à l'adolescente du futur si elle pouvait préparer du thé afin de lui remettre les idées en place ; la concernée, à défaut de lui répondre, demanda à Matt d'aller la conduire à la cuisine. Le pokémon, bien qu'il dormît, roulé en boule dans le creux de la chaise de bureau de sa dresseuse, n'eut pas tant de mal à se lever sur ses deux pattes arrière pour faire signe à la Londonienne de le suivre. Les deux assistants du professeur Layton s'étaient décidés à continuer leurs taquineries ailleurs, afin de ne pas troubler le réveil de celui-ci.
Ainsi, une fois de plus, il se retrouvait donc seul avec Sandra. Celle-ci ne tarda pas par ailleurs à lui demander s'il se sentait bien. Il répondit doucement par l'affirmative, tout en se redressant de manière à se retrouver en position demi-assise dans le lit, adossé contre le mur derrière lui tout en ayant un oreiller entre les deux. Se tournant vers la table de nuit à sa droite, il se saisit de son haut-de-forme qui s'y trouvait. Une fois le couvre-chef bien posé sur sa tête, il jeta un rapide coup d'œil autour d'eux, puis sourit.

« C'est une jolie chambre. Le style est différent de celles que l'on trouve au Royaume-Uni en général, mais je me doute que ce soit à cause de l'époque.
- Professeur... coupa-t-elle doucement, mais presque sèchement. Que s'est-il passé ? »

Il y eut un silence. Le regard de l'homme se fit soudainement totalement vide, perdu. Il voulait répondre à cette question, et pourtant il se taisait ; il fronça les sourcils, tentant de se remémorer ses souvenirs les plus récents. Mais à ce moment précis ne se trouvait dans son esprit que du blanc. Rien d'autre. Il ne voyait qu'une seule explication à cela : il ne pouvait se le rappeler, et l'avait donc par définition oublié. Mais pourquoi donc ? S'il avait fini par s'évanouir et que ses amis s'étaient inquiétés, cela signifiait que « ce qui s'est passé » était quelque chose qu'il aurait normalement gardé en mémoire.
Ce regard paraissait presque vitreux, crut distinguer l'enfant qui eut un petit mouvement de recul en conséquence. Elle baissa alors les yeux, se faisant grave. Comme si ce silence pourtant dénudé d'informations l'avait en réalité éclairée sur ce qu'elle désirait savoir.

« Bon. Alors ne cherchez pas à vous en souvenir, vous n'y arriverez pas. »

L'adulte lui demanda tout naturellement de lui expliquer ce à quoi elle pensait, car il ne lui fut pas difficile de deviner qu'elle avait une explication à cette soudaine et injustifiable amnésie.
Un seul mot lui fut donné comme réponse : Sibelius.

« Vous l'avez croisé, continua-t-elle au bout d'une courte pause. Et il semblerait qu'il ne tienne pas à ce que vous vous souveniez de la discussion que vous avez eue avec lui.
- Tu veux dire qu'il m'aurait fait oublier ?
- Oui. N'y aurait-il pas autre chose que vous auriez pu oublier en même temps ? »

Sandra baissa aussitôt le regard, réprimant à peine un petit rire nerveux sans attendre sa réponse.

« Désolée, c'était une question idiote. Si vous l'avez oublié, vous ne pouvez pas non plus vous souvenir que vous l'avez oublié. »

Il y eut un silence à peine marqué, de seulement quelques secondes ; en effet, l'archéologue demanda aussitôt des explications plus concrètes vis-à-vis de ce Sibelius. Comment pouvait-il contrôler ainsi la mémoire des autres ? C'était absurde. Enfin... Tant de choses paraissaient tellement absurdes avec les pokémon ; tout en étant parfaitement réelles.

« Pour faire court, c'est un alakazam, un pokémon de type psy. Et comme la plupart des pokémon de ce type, il a des pouvoirs psychiques en tous genres : télépathie, télékinésie, téléportation... et j'en passe.
- Et il peut donc effacer les souvenirs des gens. », déduisit le gentleman.

L'adolescente du futur fit une petite moue en détournant le regard.

« En fait, il ne les efface pas vraiment. C'est un peu comme s'il les enfermait dans un coffre-fort dont on n'a pas la clé... Ça reste dans la tête, mais on ne peut plus y accéder, et donc s'en souvenir. »

L'homme acquiesça, montrant qu'il avait compris.

« Et il n'y a aucun moyen de « forcer » ce coffre-fort ?
- Je dois avouer que je n'en ai aucune idée. Mais ne vous en faites pas, même si Sibelius a souvent des idées bizarres, il ne va jamais faire quelque chose de vraiment stupide. Si vous voulez mon avis, ce que vous avez oublié ne devait pas être particulièrement important. »

Malgré tout, le professeur n'était pas rassuré pour autant. Et pour cause : était-il seulement possible de se sentir pleinement à son aise lorsqu'on savait qu'un pokémon à proximité avait un pouvoir sur son esprit, et pouvait peut-être même le manipuler à sa guise s'il le désirait ? La réponse n'était pas difficile à trouver.
Lorsque l'adolescente lui expliqua que la créature prenait parfois un malin plaisir à se servir des points faibles des personnes qu'elle rencontrait pour les torturer mentalement avant de leur faire oublier ce mauvais moment, sa crainte se justifia plus encore.

« Vous savez, la plupart des pokémon psy sont plus ou moins sadiques. En ce qui concerne Sibelius, il a tendance à l'être surtout depuis ces dernières années...
- Pourquoi donc ? »

Silence. Hésitation.

« C'était... Un pokémon appartenant à mon père. Ils étaient très proches.
- Oh. Je vois...
- Peut-être qu'en fait, il est jaloux. »

Ce mot si incongru étonna tellement le Londonien qu'il lui parut gravé dans la tête comme sur du marbre.

« Jaloux ? répéta-t-il, interloqué.
- Oui. Parce que lui, il ne peut pas oublier. Il n'a rien oublié depuis sa naissance, lui... Et peut-être qu'il voudrait. Surtout pour... Enfin, vous voyez. »

Le professeur Layton acquiesça. Lui aussi eut aimé pouvoir oublier Claire ; car il savait qu'il ne la reverrait plus, et que son souvenir lui encombrait l'esprit d'idées noires plus qu'autre chose.

Une salle sombre. Une grande cave entassant des merveilles de l'Histoire.

« Minute. Comment avez-vous su pour mon père... ? »

Un gigantesque ordinateur futuriste. La machine à voyager dans le temps.

L'archéologue eut un vif mouvement de recul, ses yeux plongés dans le vague qui ne fixaient plus rien.

« Professeur ? demanda aussitôt Sandra, légèrement inquiète. Professeur, est-ce que ça va ? »

Une voix. Ou plutôt, une pensée qui venait s'incruster dans son esprit.

« Professeur ? » insista-t-elle, plus doucement toutefois.

L'adulte paraissait totalement en transe, plongé dans ce qui ressemblait à une réflexion. Il paraissait presque lutter contre quelque chose. Oui, c'était désormais certain : il luttait. Il tremblait, bien que ce fût imperceptiblement. Il serrait les dents et fronçait les sourcils. Sa concentration évidente paraissait extrêmement intense.

Une créature. Un pokémon. Pelage doré et cuillers d'argent.

Sandra n'osa plus l'appeler, se contentant de le regarder avec inquiétude et incompréhension.

Regard perçant...

Vive lumière.


L'enseignant fut pris d'un soubresaut soudain et brutal. Il se redressa, toujours le regard dans le vide, puis s'affaissa aussitôt contre le mur dans son dos, se cogna violemment la tête et lança une petite interjection qui confirma la douleur due au choc – et son retour à la réalité, probablement. Son haut-de-forme glissa sur ses yeux. L'enfant se releva aussitôt, effarée, et se précipita vers lui en lui demandant comment il allait, et ce qui s'était passé.
Il ne lui répondit pas. Il ne songea même pas à rajuster son couvre-chef. Il ne pensait plus qu'à une seule chose :

Blanc.

Il baissa le regard, puis murmura quelque chose d'à peine compréhensible :

« Tu avais raison. On ne peut vraiment pas s'en souvenir. »

Puis il se saisit tristement du rebord de son chapeau, le rehaussant légèrement avant de l'ajuster convenablement sur sa tête. À ce moment même parut Flora, un plateau contenant une tasse à café à la main.

« Ah, c'est vrai, soupira Sandra comme si elle se sentait embarrassée par ce détail. Nous n'avons pas de service à thé. Disons que c'est devenu une tradition un peu moins... courante. »

Le professeur ne parut pas particulièrement gêné par ce changement d'habitude et ne broncha pas. Il ne tarda pas à engloutir une première gorgée, puis une autre afin de se libérer de ses pensées ; au moins pour un moment.
Emmy et Luke ne tardèrent pas à revenir afin de demander des nouvelles : l'adolescente du futur leur répéta ce qu'elle avait expliqué à leur mentor, assurant qu'elle aurait une petite discussion avec Sibelius, et qu'elle s'excusait vraiment pour cet incident.
Pendant que les adultes discutaient avec la jeune fille, l'apprenti avait saisi une petite boule rouge et blanche de la taille d'une grosse bille qui traînait sur le bureau de la dresseuse, et s'amusait distraitement à la faire rouler entre ses doigts, la dévisageant sous toutes ses coutures et paraissant se poser des myriades de questions à son sujet. Le professeur Layton finit par remarquer l'étrange petit objet et n'hésita pas :

« Luke, qu'est-ce que c'est exactement ? »

La question n'était pas réellement adressée au jeune garçon, puisque peut-être n'en savait-il rien ; mais cela attirait plutôt l'attention sur ce qu'il tenait, et permettait donc à Sandra de voir aussitôt de quoi l'adulte parlait.
Cependant le concerné, subitement sorti de ses pensées, eut une réaction plutôt inattendue : il sursauta légèrement, mais cela suffit pour que la boule bicolore lui échappât des mains. Il tenta aussitôt, dans un réflexe, de la rattraper au vol tout en marmonnant quelque chose qui semblait en dire long sur le fond de sa pensée. Tous sauf le professeur eurent d'ailleurs la même réaction presque effarée. Il n'y avait qu'une seule explication possible : ils savaient tous ce que c'était, et ce qui allait se passer. Et cela n'allait probablement pas être un fracas brisant le petit objet en bris de verre. Non ; ils craignaient autre chose, l'homme le sentait. Mais quoi ? Et comment ses assistants savaient-ils quelque chose qu'il ignorait ? Peut-être Sandra leur avait-elle expliqué pendant qu'il était en discussion avec ce Sibelius...

La grosse bille atteignit le sol sur l'unique bouton blanc qu'elle possédait, rebondit sur la moquette. Puis elle doubla soudainement de volume avant de s'ouvrir et de libérer comme un grand faisceau de lumière blanche, qui vint former petit à petit dans la salle la silhouette, puis le corps tout entier de Nina lorsque la lueur s'évanouit.

Il y eut un grand silence consterné. Les assistants et Sandra regardaient avec anxiété l'archéologue, qui fixait Nina, qui elle se grattait nonchalamment l'arrière de son cou.

« Euh... Oups ? » murmura l'apprenti, penaud et se sentant légèrement rougir face à sa maladresse.

L'homme au haut-de-forme était complètement paralysé d'incompréhension, mais n'avait rien dit. Finalement, au bout d'un temps, il se décida enfin à parler d'un ton incroyablement calme :

« Pouvez-vous m'expliquer ce qui se passe ? Je crois que j'ai manqué quelque chose... »

Emmy lui confirma qu'en effet, Sandra avait pris du temps pour leur détailler les principales bases qu'il leur était plus ou moins nécessaires de savoir dans l'époque présente, et que donc en effet, ils savaient de quoi il s'agissait.

« Ça s'appelle une poké ball, Professeur. En fait, les dresseurs de notre époque s'en servent pour stocker plus facilement leurs pokémon, particulièrement les plus imposants... Comme Nina. »

L'enseignant songea que son apprenti devait probablement se demander comment cela pouvait bien fonctionner, vu qu'il s'agissait évidemment de la question qui lui trottait en tête à ce moment précis. Cependant, lorsqu'il posa cette question à l'adolescente, celle-ci s'excusa de ne pas pouvoir lui répondre, faute de le savoir elle-même.
Luke se tourna vers le bureau et se saisit d'un livre particulièrement épais qui s'y trouvait, le montrant à l'archéologue. Il n'eut pas besoin de préciser qu'il s'agissait d'une encyclopédie détaillant largement les bases du dressage, puisque le titre de l'ouvrage l'annonçait de manière totalement évidente.
 

21 mars 2964, 03:08 p.m.


Il fallait bien que cela arrivât au bout d'un moment. Sandra devait s'y attendre : ces Londoniens ne tenaient vraiment pas en place, il fallait toujours leur donner quelque chose à étudier afin de rassasier momentanément leur curiosité insatiable. Certes, ils avaient un mystère à résoudre et donc des indices à rechercher, ce qui expliquait leur vivacité et leur soif avide de connaissances ; et il était normal de vouloir comprendre tout ce qui se passait autour d'eux, perdus au beau milieu d'un monde qui, tout en étant le leur, leur était paradoxalement totalement inconnu à cause du poids du temps. Mais l'enfant s'imaginait bien qu'il s'agissait là tout simplement d'une manifestation de leur tempérament habituel : déjà, depuis leur rencontre à Dublin, elle avait pu observer leur étrange manie de s'échanger des énigmes durant leur temps libre, lorsqu'ils cherchaient à se libérer l'esprit de l'enquête. Personnellement, elle, quand elle cherchait à se libérer de ses problèmes, elle prenait son téléphone portable, une bonne paire d'écouteurs, et s'allongeait pour écouter distraitement de la musique tout en lisant ; certes, les Anglais ne connaissaient ni le téléphone portable, ni les écouteurs ; mais ils avaient déjà le livre et la musique. Comment s'appelait déjà leur gigantesque engin, déjà ? Ah, oui. Le gramophone. Ça ressemblait presque à grammaire, tiens.
Enfin ; ses pensées étaient en train de s'éloigner du sujet initial. Elle devait permettre ou non à ses amis du passé de visiter l'extérieur. Le futur. D'après le professeur, il désirait se renseigner sur quelque chose, dans un commissariat. Qu'espérait-il y trouver ? C'était un véritable mystère. Même ses assistants n'avaient pas l'air d'en avoir l'ombre d'une idée.
Sa mère était récemment partie au laboratoire. Elle avait expliqué aux Londoniens qu'elle était scientifique – ce dont ils se doutaient déjà depuis longtemps, en fait –, mais ne leur en avait pas dit plus. Ce n'était pas nécessaire, ils avaient probablement déjà deviné également qu'elle était une physicienne experte en informatique et électronique.
Ainsi, l'absence de sa mère faisait qu'elle était la seule responsable désormais de ses amis – car oui, il fallait les prendre en charge ; il ne s'agissait pas là d'un manque de sens des responsabilités ou d'intelligence, mais tout simplement d'une question de principe : les gens du passé devaient être surveillés afin de ne pas risquer un quelconque trouble de l'Histoire du temps. Qu'ils en fussent responsables ou non, d'ailleurs. Cela ne changeait absolument rien au fait que cela ne devait pas arriver.

Finalement, la réponse de l'adolescente du futur fut positive ; elle se prépara rapidement, accrochant quatre poké balls à sa ceinture, mettant les clés de la demeure et son téléphone portable dans la poche de ses jeans et enfilant une petite veste qu'elle ne boutonna pas.
Elle se retourna vers ses amis avec, soudainement, un regard qui se fit presque inquisiteur ; elle dévisagea chaque détail de chacun avec une lente minutie, puis poussa un soupir de tonalité neutre.

« Bon ; pour votre tenue, ça pourrait être mieux, mais au moins ce n'est pas trop voyant. Tâchez juste de rester discrets, et à la limite on va penser que vous êtes des touristes... Ce qui, d'ailleurs, n'est pas complètement faux. »

En effet, il n'était pas étonnant que la mode vestimentaire eût changé un minimum en un millénaire ; mais si Sandra disait que cela faisait l'affaire, alors cela ne pouvait être faux.
L'enfant eut quelques dernières recommandations à ce propos :

« Ne vous étonnez de rien. Ne parlez à personne, sauf nécessaire, et contentez-vous d'avoir l'air naturel. »

Et sur ce, elle les avait menés jusqu'à l'entrée, qui déboucha sur une rue calme, qui pouvait presque paraître habituelle... S'il n'y avait pas de pokémon çà et là, déambulant tranquillement en accompagnant ce qui était logiquement leur dresseur.
Contrairement à Londres, ou même Dublin, les bâtiments semblaient relativement récents ; les murs étaient tous complètement blancs, et en effet le soleil se faisait doux et chaleureux – peut-être même un peu trop, pour un mois de mars. L'architecture était bien simple, les murs étant bien droits, carrés, sans aucune aspérité notable. Le cadre des fenêtres était régulier, moderne, d'un style qui ne se faisait que ses débuts au vingtième siècle. Visiblement, l'ère du polychlorure de vinyle était dès lors à son apogée ; si cependant il ne s'agissait pas d'un matériau nouveau qui lui ressemblait et avait été inventé entre temps.

« Est-ce que le commissariat est loin ? » fut la première question posée, au grand soulagement de Sandra : en effet, cela signifiait que le conseil du « ne vous étonnez de rien » avait été suivi. Et elle avait donc évité bon nombre de questions plus ou moins gênantes – si elles se faisaient entendre, du moins.

« Non, nous y serons dans moins de cinq minutes si tout se passe bien. »

Si tout se passe bien. Qu'est-ce qui pouvait bien se cacher derrière ces quelques mots qui avaient été prononcés d'une manière quasiment anodine ? Personne ne paraissant y avoir fait attention, le professeur jugea bon de ne pas relever sa remarque. Pas tout de suite, du moins.

La marche fut relativement longue, toutefois ; en effet, la distance et le temps furent réduits, mais le silence d'une discussion dont l'absence se faisait cruellement ressentir avait paru rallonger ces deux données. Certes, l'observation des alentours avec une incroyable minutie avait été un passe-temps efficace, mais il demeurait insuffisant pour combler le vide occasionné par ce silence ; et comme si cela ne suffisait pas, il avait fait chaud durant tout le trajet. Encore heureux, l'adolescente du futur avait su choisir les trottoirs à l'ombre.
En tous les cas, tous parvinrent finalement à un bâtiment qui ressemblait aux autres, sauf qu'une grande plaque marquée de grandes lettres noires qui se trouvait au-dessus de la porte principale indiquait clairement qu'ils étaient arrivés à destination. Question originalité, il eut été possible de faire mieux.
L'accueil était quasiment aussi plein qu'à Dublin ; c'est-à dire complètement vide : le peu de monde qui s'y trouvait était une preuve que soit les problèmes se faisaient rares dans les alentours, soit la chaleur du dehors décourageait nombres de personnes à s'y rendre. D'un certain côté, c'était une chance : ils auraient moins longtemps à attendre, puisqu'il n'y avait pas de queue.
Un jeune homme en uniforme noir leva la tête de son écran d'ordinateur lorsque le groupe approcha du bureau d'accueil où il se trouvait, et il ne put s'empêcher de considérer un court instant le haut-de-forme étrangement élevé de celui qui se trouvait juste face à lui. Ses yeux bruns se ravisèrent cependant rapidement, reprenant son sérieux en se disant que, de toute manière, il avait déjà vu bien pire, et qu'en plus ça lui allait bien, en fin de compte, à ce monsieur.

« Bonjour. Vous désirez ?
- Bonjour, répéta-t-il. J'aimerais juste me renseigner. Existe-t-il un dossier à propos d'une affaire qui serait du nom de Kotino ? »

Sandra, la plus en arrière du groupe, sursauta brusquement. Mais quel était le rapport entre l'affaire et sa famille ? Que cherchait-il au juste ? De toute manière, sa requête était purement idiote : même à son époque, il devait être totalement inconcevable de permettre à n'importe qui d'avoir accès à des archives censées être confidentielles.
Le policier demeura stoïque pendant quelques courts instants, le regard globuleux plongé dans le visage de son interlocuteur.

« Vous savez, les dossiers sont censés être confidentiels... expliqua-t-il en effet, d'un ton lent et calme qui montrait cependant sa surprise face à une question aussi incongrue. Je peux vous dire s'il existe, mais je ne peux pas livrer leur contenu à n'importe qui, vous comprenez... »

Il se pencha sur le côté afin de voir derrière les visiteurs : l'accueil était totalement vide, à part les autres gendarmes.

« Bah, je suppose que j'ai du temps à perdre si personne n'attend derrière vous... Le nom du dossier, déjà ?
- Kotino. » répéta le professeur Layton.

_____CHERCHER: ENTRELASQUE
_____CODE RÉGION: 5
_____CODE VILLE: 9
_____OK
_____CHERCHER: COMMISSARIAT
_____RÉSULTATS TROUVÉS: 18
_____TRAITEMENT EN COURS ...


Il y eut quelques clics, puis les doigts du jeune adulte tambourinèrent le clavier pendant quelques secondes, enfin il saisit de nouveau la souris de sa main droite afin de faire quelques autres clics. L'écran de l'ordinateur n'étant tourné que vers lui, il était impossible de voir ce qu'il était en train de lire sur le moment.

_____RECHERCHE TERMINÉE
_____IP: 0101.1001.1010.0011
_____CONNEXION ...
_____MOT DE PASSE
_____CHERCHER MOT DE PASSE
_____TRAITEMENT EN COURS ...


Au bout de quelques courtes minutes de silence et d'immobilité, le policier se redressa et regarda gravement l'adulte tout en croisant ses mains et posant son menton juste derrière.

« Il y a bien un dossier de ce nom-là... Un décès qui date de huit ans.
- Une crise cardiaque. », lâcha gravement l'archéologue.

L'homme le considéra encore. Visiblement, ce civil s'était déjà renseigné un minimum. Qu'espérait-il trouver de plus dans les archives de la police ? Et, surtout, à quoi cela lui servirait-il ?

_____ENTRER MOT DE PASSE
_____MOT DE PASSE: **********
_____VALIDER
_____CODE BON
____  PÉRIPHÉRIQUE CONNECTÉ
____  ACCÈS AUX DOSSIERS EN COURS ...


« Dites-moi, pourquoi vous intéressez-vous à cette affaire ?
- Si c'était une crise cardiaque, je ne vois pas l'intérêt de créer un dossier comme s'il s'agissait d'un meurtre. De plus, Monsieur Kotino n'était pas naturellement de santé fragile, n'est-ce pas ? Il aurait été pris en charge rapidement par un médecin, et cet accident n'aurait pas pu arriver ainsi. »

_____ENTRER RECHERCHE
_____RECHERCHER: KOTINO
_____RECHERCHE EN COURS ...


Encore un silence consterné. À bien y réfléchir, c'était vrai. C'était étrange ; suspect, même. Et cela prouvait que ce parfait inconnu au chapeau bizarre était quand même plutôt calé niveau enquêtes, pour mettre à jour aussi facilement un détail qui avait échappé à pas mal de policiers lambda.
À bien y réfléchir, lui aussi était louche.

« Vous êtes quoi, au juste ? Un détective ?
- Je recherche seulement la vérité sur un dossier qui n'est pas clos, Monsieur l'agent.
- Et vous vous appelez comment ? »

Le gentleman hésita un instant avant de décliner son identité. Mais en fin de compte, ce n'était pas un nom qui allait mettre à jour la machine à voyager dans le temps ; il n'y avait rien à craindre.

« Hershel Layton.
- Jamais entendu parler. »

C'eut été le contraire qui l'eut étonné, à vrai dire.

_____RÉSULTATS TROUVÉS: 0
_____ERREUR
_____AUCUN DOCUMENT TROUVÉ


« Mais le problème, c'est que l'affaire a été traitée hors de la région : même si je le voulais, je ne pourrais pas vous le transférer sans la permission du commissariat de Hoenn, vous voyez... »

_____DÉCONNEXION
_____INFORMATIONS INSUFFISANTES
_____RECHERCHE INTERROMPUE


Le gendarme réfléchit un instant ; ce civil l'intriguait réellement, et avait de quoi étonner. D'autre part, ce dossier qu'il désirait datait de huit ans... et il ne s'agissait pas d'une affaire particulièrement « importante ». Alors pourquoi s'y intéresser ? Peut-être aurait-il un moyen de le découvrir s'il se montrait un peu plus généreux... et prudent. Cet homme, il ignorait pourquoi, lui semblait suspect ; ses airs de gentleman inspiraient confiance, mais d'un autre côté... il avait l'air un peu trop intelligent. Assez pour bien cacher son jeu, par exemple. Donc il fallait rester méfiant.

« Bon ; je vais vous faire une fleur, je peux contacter le commissariat d'Algatia. »

_____CHERCHER: ALGATIA
_____CODE RÉGION: 3
_____CODE VILLE: 15
_____OK
_____CHERCHER: COMMISSARIAT
_____RÉSULTATS TROUVÉS: 14
_____TRAITEMENT EN COURS ...


Et en effet, tout en disant cela, il pianotait encore sur son clavier, fixant l'écran de l'engin électronique plus que son interlocuteur.

_____RECHERCHE TERMINÉE
_____IP: 0011.1111.1010.0001
_____CONNEXION ...
_____MOT DE PASSE
_____CHERCHER MOT DE PASSE
_____TRAITEMENT EN COURS ...


« Je croyais que l'accès aux dossiers...
- Vous avez vraiment l'air de vouloir vous y accrocher, alors je me vois mal refuser ça... Vous étiez un proche de Monsieur Kotino et vous voulez tenter votre chance là où la police a échoué, c'est ça ?
- Je voudrais comprendre ce qui a pu se passer, en effet. »

Cela restait malgré tout bien vague, tout ça... Malgré tout, l'agent se saisit finalement d'un casque muni de deux grandes oreillettes et d'un microphone, et l'enfila avant de continuer de faire quelques clics. Finalement, il parla tout seul un moment, saluant et résumant la situation à quelqu'un dont personne d'autre n'entendait les répliques.

_____ENTRER MOT DE PASSE
_____MOT DE PASSE: **********
_____VALIDER
____  CODE BON
____  PÉRIPHÉRIQUE CONNECTÉ
____  ACCÈS AUX DOSSIERS EN COURS ...


Au bout d'un long moment, finalement, l'agent se remit à pianoter sur son clavier tout en marmonnant au professeur, le sourire aux lèvres, que le dossier allait lui être envoyé et qu'il lui serait disponible d'ici quelques minutes.

_____ENTRER RECHERCHE
_____RECHERCHER: KOTINO
____  RECHERCHE EN COURS ...


« Je tiens tout de même à vous dire que ces archives ne vous appartiennent pas, alors vous ne pourrez les consulter qu'ici. »

_____RÉSULTATS TROUVÉS: 1
_____OUVRIR FICHIER
_____MOT DE PASSE
_____CHERCHER MOT DE PASSE
_____TRAITEMENT EN COURS ...


« Cela me semble logique. De toute manière, je n'ai pas besoin de beaucoup plus. », assura l'homme au haut-de-forme.

_____ENTRER MOT DE PASSE
_____MOT DE PASSE: **********
_____VALIDER
_____CODE BON
____  AUTORISATION D'OUVRIR LE FICHIER


« Vous pouvez me répéter pourquoi vous voulez résoudre une affaire qui ne vous concerne pas et qui a été close il y a huit ans à cause du manque d'indices ? »

_____SUPPRIMER
_____SUPPRESSION EN COURS ...


« Je fais ça en partie pour la famille de la victime. », répondit-il en posant une main douce et réconfortante sur l'épaule d'une Sandra qui était de plus en plus nerveuse d'instant en instant, et se retenait visiblement pour ne pas réagir.

_____FICHIER SUPPRIMÉ
_____DÉCONNEXION
_____OK
_____CHERCHER: ENTRELASQUE
_____CODE RÉGION: 5
_____CODE VILLE: 9
_____OK
_____IP: 0101.1001.1010.0011
_____CONNEXION ...
_____MOT DE PASSE
_____ENTRER MOT DE PASSE
_____MOT DE PASSE: **********
_____VALIDER
_____CODE BON
____  PÉRIPHERIQUE CONNECTÉ
____  ACCÈS AUX DOSSIERS EN COURS ...


Elle savait que le professeur Layton ne faisait pas cela sans avoir une bonne raison. C'était pour cela qu'elle le laissait faire. Même si elle n'aimait pas le voir fouiner dans les secrets les plus profonds de sa vie privée. Et même si elle ne voyait absolument pas le rapport entre ce qu'il recherchait et l'affaire sur laquelle ils se trouvaient sur le moment.

_____OUVRIR DOSSIER TÉLÉCHARGEMENTS
_____ENTRER RECHERCHE
_____RECHERCHER: KOTINO
_____RECHERCHE EN COURS ...


Et encore une fois, elle n'avait toujours pas eu la réponse à sa question : comment savait-il ce qui était arrivé à son père ? Elle ne le lui avait jamais dit !

_____RÉSULTATS TROUVÉS: 1
_____OUVRIR FICHIER
_____MOT DE PASSE
_____ENTRER MOT DE PASSE
_____MOT DE PASSE: **********
_____VALIDER
_____OUVERTURE DU FICHIER IMPOSSIBLE
____  TÉLÉCHARGEMENT NON TERMINÉ


« Vous n'êtes pas de la famille de Monsieur Kotino, si ?
- Ce sont des amis de la famille, Monsieur. » prononça l'adolescente du futur du tac-au-tac.

Et pourtant elle avait le regard dans le vide lorsqu'elle parlait ; ces paroles avaient l'air d'avoir été prononcées par un automate. C'était presque comme si elle avait répliqué par réflexe, sans même en être totalement consciente. Mais ça, le policier parut ne pas l'avoir remarqué.
Une sorte de petit bruit aigu, comme un signal, sortit soudainement de l'ordinateur. L'homme en uniforme noir se retourna aussitôt vers l'écran, affichant un petit sourire et affirmant qu'il venait de finir de télécharger le document. Bien que n'ayant pas bien saisi le sens exact de ces mots, les Londoniens ne laissèrent rien paraître, prenant cette expression comme une sorte de « j'ai reçu le dossier et vous pouvez désormais le consulter ».

_____ENTRER MOT DE PASSE
_____MOT DE PASSE: **********
_____VALIDER
_____CODE BON
____  AUTORISATION D'OUVRIR LE FICHIER

_____SUPPRIMER
_____SUPPRESSION EN COURS ...


Le jeune représentant des forces de l'ordre se saisit encore de la souris, puis cliqua sur un bouton que personne d'autre que lui ne pouvait voir.
Ce fut au moment même où son index droit s'enfonça sur le côté gauche du petit engin que la situation dégénéra dans la plus grande surprise de chacun, et ce en seulement quelques secondes.
Les civils n'eurent pour explication qu'un deuxième bruitage de la part de l'ordinateur ; une suite de deux sons rauques, graves, courts, qui survint au même moment que le bruit du cliquetis de l'index sur le mécanisme de la souris. Cependant, seules les personnes originaires du futur savaient ce que cela signifiait, côtoyant plus ou moins quotidiennement cet univers encore nouveau pour les Londoniens. Heureusement pour eux, ils purent tous distinguer le murmure stupéfait du policier fronçant les sourcils :

« Comment ça, supprimé... ? »

Soudainement, ses yeux s'écarquillèrent de stupeur et d'un semblant d'effroi. Le policier bondit aussitôt de sa chaise, s'écartant le plus possible de l'écran ; la seule justification qu'il avait fut une sorte de recommandation non facultative :

« Attention, écartez-vous ! »

Il avait porté la main à la ceinture, en détachant une de ces fameuses poké balls et l'ouvrant dans le même mouvement : en sortit une sorte de grand yorkshire aux longs poils satin sombre et au dos recouvert d'une fourrure d'un bleu-gris foncé. Le pokémon mesurait environ trois pieds de haut, ce qui était évidemment une bien grande différence avec la race de chien qu'avaient en tête les Londoniens, mais ils ne présentèrent aucune surprise : depuis le temps, ils avaient appris à ne plus s'étonner de rien ; mais en même temps, ils avaient surtout autre chose en tête. Il s'agissait tout simplement de tenter de comprendre ce qui se passait ; et l'explication vint au bout de quelques fractions de secondes supplémentaires.
En effet, l'ordinateur se mit à trembler un instant, puis en sortit une créature aux vives couleurs carmin et azur qui se jeta à vive allure sur le canidé. Celui-ci cependant évita non sans mal l'attaque d'un rapide pas sur le côté, puis revint aussitôt à la charge en montrant les crocs. Le mystérieux ennemi qui paraissait sorti de l'écran de la machine était toutefois bien trop rapide, et il était ainsi d'autant plus difficile de voir son apparence avec précision à cause de sa mobilité constante que de parvenir à le rattraper ; la sorte de course-poursuite engagée dans l'accueil du commissariat alerta bien évidemment les autres agents se trouvant sur place, et eux aussi sortirent leurs propres pokémon afin de prêter main forte à leur collègue de travail. Au beau milieu de ce capharnaüm où personne ne savait réellement où l'on était en sécurité ou non, les Londoniens reculèrent instinctivement vers la sortie du bâtiment ; ce fut finalement Sandra qui les convainquit, s'élançant discrètement au-dehors. Ils n'avaient plus rien à faire dans ce commissariat, et perdre du temps à comprendre la situation et attendre un dossier que plus personne ne pourrait plus jamais consulter n'était plus désormais qu'une chose vaine et inutile.
Le jeune policier, parmi les autres, était bien trop concentré sur ce que tous nommaient porygon-Z pour remarquer le départ des civils. Toutefois, une fois la créature finalement arrêtée au bout de longues minutes de lutte, ses yeux se plissèrent lorsqu'il remarqua que l'accueil n'était désormais comblé que par les forces de l'ordre.

Hershel Layton... Il s'agissait donc de son nom. Curieux qu'il n'en eût jamais entendu parler, tout de même. Et encore plus curieux que ce type s'intéressât à un dossier en apparence totalement anodin mais qui, comme par hasard, fut mystérieusement supprimé alors qu'il allait y avoir accès.

Un discret sourire en coin lui frôla les lèvres. Il ne voyait pas pourquoi lui n'aurait pas droit à sa propre petite enquête.

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