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Deviation / Aventure / Romance

7 Nouvelles d'autres mondes

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Nouvelles d'autres mondes


Dans un petit clapotis régulier, les mouvements des vaguelettes ridaient la surface du lac s’étendant au pied du monastère. La fraîcheur habituellement inhérente au bord des étendues d’eau était réchauffée graduellement par le brûlant soleil de l’après-midi, englobant de sa nitescence ensemble trois immenses rochers semblables à des doigts rocheux gigantesques, supportant les constructions composant ce qui était communément appelé « le monastère ». Des ponts de bois rigides, détruits plus d’une fois au cours de ces dernières années mais toujours reconstruits avec une habileté dérivant de l’expérience, reliaient ces parcelles entre elles. L’arène circulaire, au sol et à la lourde porte à deux battants gravés du symbole du Redakaï, était encore bien silencieuse, exempte des bruits d’entraînements et de combats quotidiens. Cela ne durerait pas, juste le temps de la pause du midi accordée aux novices du kaïru. Servant également d’antichambre gigantesque au monastère, elle était ouverte à ses deux bouts, d’abord par un long et imposant escalier permettant d’accéder au monastère, son autre entrée prolongée par l’un des pontons rustiques. Celui-ci menait à un bâtiment taillé à même la pierre d’un jaune pâle tirant sur le gris, rigoureusement carré. Percé de fenêtres sans vitres protégées par des auvents de chêne, l’une des seule espèces à pouvoir grandir sur le sol des environs. Ses deux étages étaient particulièrement haut de plafond, construits perchés sur la montagne au sein de laquelle plusieurs réseaux de souterrains multipliaient la surface utilisable. A l’intérieur se trouvaient les pièces communes, la bibliothèque, l’infirmerie, les réserves de nourriture, ainsi que la chambre de Maître Baoddaï, l’autorité du monastère, présentement en pleine méditation. Un dernier ponton menait à une cour d’un gris clair ceinturée de quatre piliers, un bonsaï gigantesque s’étendant à son extrémité. Sans toit ni barrière de protection, sur son côté est était construit un échafaudage à flanc de falaise menant au X-Scaper, le vaisseau transportant l’équipe des Stax aux quatre coins du monde. Et, accessoirement, ce qui leur servait d’habitation. Enfin, une cascade s’écoulant du pied du bonsaï se jetait en une ligne verticale rigoureuse dans le gigantesque lac entourant le monastère, créant une petite crique dans laquelle les combattants et novices du kaïru aimaient se baigner, délassant leurs muscles des missions périlleuses ou des entraînements intensifs. Le vénérable bâtiment se trouvait également entouré de montagnes et de petites îles rocheuses transperçant la surface lisse de l’eau, tutoyant le ciel dans un dialogue millénaire et silencieux. Un peu plus loin, là où l’archipel laissait place à une plateforme composée d’un amalgame de pierre dure comme la roche et de poussière rocheuse, se dressait une forêt clairsemée de clairières. Cependant, malgré le sol peu propice au développement d’une jungle, les bois devenaient de plus en plus denses, jusqu’à former un véritable havre de verdure paisible. Excepté si Maître Baoddaï décidait d’exercer ses élèves en conditions réelles.

A travers la fenêtre de sa chambre, d’un ovale allongé, Maya contemplait avec sérénité cet environnement si familier. Ayant grandi au sein de ce lieu sacré, elle connaissait sur le bout des doigts les sentiers, les petites particularités, la faune et la flore. Par exemple, si l’on prenait la peine de se lever aux aurores, en même temps que le crépuscule, et se glissait jusqu’à la cascade, il était possible d’observer en silence une famille de faisans, habitant depuis des générations dans le tronc du bonsaï, venir s’abreuver et faire leur toilette de la journée. Elle savait aussi que la quatrième latte du ponton menant de l’arène à la dépendance était la seule à être d’origine, jamais suffisamment abîmée pour être remplacée. Aussi était-elle la seule à éviter la planche, plus molle que les autres, ce qui en avait surpris plus d’un.

Mais cette fois, le spectacle apaisant de son cadre de vie ne parvint pas à la distraire de ses sombres pensées. Préoccupée par le déséquilibre entre les forces du bien et celles du mal (et encore, ce n’était qu’une manière simpliste d’exprimer à haute voix un concept ressenti), elle se retrouvait souvent plongée dans ses pensées, essayant de trouver une solution afin de revenir à une stabilité nécessaire pour l’Univers. En effet, le kaïru étant son essence, son énergie vitale, un chamboulement aussi énorme que la perversion de cette énergie, à la base positive, en énergie négative, le kaïru obscur, pouvait amener à des conséquences désastreuses. Si l’adolescente était heureuse d’avoir pu contrecarrer les plans de Lokar à cet égard, quels qu’ils furent, récolter ce pouvoir remanié restait une priorité. Mais pour cela, il fallait réussir à comprendre cette nouvelle équipe d’extraterrestres, étonnamment versée dans l’art de sa manipulation. Les Hiverax. Des triplés, exactement identiques à l’exception de leurs yeux, verts, rouges ou bleus, et du petit symbole sur la poitrine de leurs combinaisons. Leur origine restait un mystère, et leurs apparitions sonnaient comme l’annonce d’un combat intense et difficile, pas toujours remporté par les Stax. La combattante n’avait que deux pistes. La première, bien que cela lui arrache la langue de le reconnaître, s’appelait Radikors et était dotée d’un caractère épouvantable. Maya ne les avait pas revus depuis le duel entre Ky et Zane, mais le souvenir de cette étrange mission sur la falaise continuait à la perturber. Autant dire que c’était peine perdue. La seconde résidait en un portrait-robot dessiné par son coéquipier, à partir d’une créature aperçue quelques secondes, et de manière incertaine.

Un soupir s’échappant de ses lèvres, Maya écarta quelques papiers disposés en vrac sur son lit, avant de retrouver une copie de ce dessin. Maître Baoddaï ne voulant toujours pas laisser sortir l’original de la bibliothèque, elle avait fini par demander à son chef d’équipe de lui faire un double, qu’elle conservait précieusement. Pour la énième fois, elle scruta avec attention la gueule démesurée, les ailes musculeuses, la couleur étrange de l’animal. D’aussi loin, Ky n’avait pu voir s’il possédait des pattes, ou combien, aussi le bas de la créature restait neutre. De mémoire, Maya ne se souvenait pas avoir rencontré pareille chose, et les recherches menées avec rigueur ne lui avaient pas encore apporté de réponse.

Reposant la feuille sur le sol recouvert de parquet violet, elle rangea les trois derniers livres épluchés plus minutieusement que des oignons sur les étagères déjà bien garnies de sa tête de lit. Presque tous les ouvrages traitant des symboles étaient passés entre ses mains expertes, et elle avait lu près de la moitié de ceux dissertant des divers peuples maîtrisant le kaïru. Elle fut surprise d’apprendre qu’en réalité, il n’y en avait pas tant que cela : parmi les quelques cinq-cent vingt-trois planètes habitables accessibles par l’homme en cette fin de vingt-huitième siècle, seules une centaine de races, y compris les humains, possédaient la capacité de manipuler le kaïru. Cela avait posé bien des questionnements à Maya. Elle avait toujours appris que le kaïru était présent partout dans l’Univers, une force positive assurant la cohésion de la matière, et de tant d’autres choses. Chaque être vivant possédait en lui du kaïru, en plus ou moins grandes proportions, lui permettant au minimum de vivre. Aussi, pensait-elle que la capacité de passer à l’étape supérieur, c’est-à-dire mobiliser cette énergie afin d’apprendre l’art ancestral de sa manipulation, dépendait exclusivement de la puissance de la personne. S’en ouvrant à son Maître, il l’avait observé attentivement, un sourire fier sur le visage. De sa voix calme et posée, il lui avait expliqué, pour commencer, que l’énergie kaïru était effectivement universelle. Cependant, chez la plupart des peuples, elle ne se trouvait présente qu’à l’état de traces sur leur planète, aussi était-il impossible de la mobiliser, elle se contentait d’être, tout simplement.

-Je ne comprends pas, avait avoué l’adolescente en secouant la tête, il est donc bien question de puissance ?

-Pas exactement. Il s’agit d’une question de capacité. Peux-tu demander à un homme de notre planète, sans prendre en compte les particularités de certaines races extraterrestres, de porter un enfant ?

-Bien sûr que non ! Sa nature l’en empêche, et ce de manière biologique.

-C’est cela. La comparaison peut se transposer au kaïru : certains peuples peuvent naturellement avoir la possibilité d’apprendre la maîtrise du kaïru, et seulement à leur propos est-il possible de parler en terme de puissance. Les autres peuples ne peuvent pas saisir l’énergie, ils se contentent de vivre avec ce qu’elle leur a donné.

-En ce cas, si le kaïru n’est tangible uniquement par un groupe réduit de peuples dans l’Univers, pourquoi se trouve-t-il présent dans l’ensemble des planètes ?

-Il s’agit de l’étincelle de la vie, Maya. Chaque être vivant vient au monde, respire, boit et mange. Pourtant, seule une faible fraction aura une souplesse hors du commun, une force herculéenne, une intelligence particulièrement développée, et ainsi de suite. La généralité se contente de correspondre à un standard appelé la normalité, par ailleurs extrêmement volatil. Pourtant, toutes ces personnes vivent, marchent et grandissent. De même, telle plante aura évoluée en fonction de son environnement, et les caractéristiques varient énormément d’une espèce à une autre. Nous sommes tous vivants, Maya, simplement nos capacités diffèrent.

-Je crois que je commence à comprendre. Il n’est possible de parler de différentes échelles de puissance dans le kaïru que pour les peuples capables de le maîtriser, car il est stupide, par exemple, de comparer les possibilités de défense entre un sanglier et un homme. Le sanglier a des cornes, pas l’homme. Évaluer quelqu’un en fonction de ce qu’il n’a pas, n’apporte rien, et est hors de propos.

-Il est possible de le voir ainsi, confirma Maître Baoddaï. Cependant, n’oublie pas qu’il n’est nullement question de supériorité. Les Fraës font partie de ceux incapables de simplement saisir la nature du kaïru. Pourtant, leurs pouvoirs, certes différents, sont tout aussi redoutables.

-D’accord, mais pourquoi, dans ce cas, toutes les personnes faisant partie des peuples capables de manipuler le kaïru ne le peuvent pas ?

-Encore une fois, il s’agit de probabilités. Potentiellement, tous les humains pourraient exceller en études, car chacun est doté d’un cerveau et de yeux pour lire. Pourtant, certains y arrivent mieux que d’autres, voir ont besoin de plus de temps. Et peu peuvent être appelés des génies. Le kaïru est ainsi : l’étincelle est présente dès la naissance, ou ne l’est pas. Les raisons ne peuvent être comprises simplement, même si ce n’est pas à proprement parler juste. Nous savons seulement qu’il est probablement question de prédispositions, car un père doué dans l’art du kaïru a de grandes chances d’avoir un enfant possédant au minimum l’étincelle. S’il ne s’élève pas aussi haut que lui. Comme Ky, et son père Connor. Saisit-tu la nuance, Maya ?

-Oui, Maître, merci beaucoup, les choses sont bien plus claires désormais. Une dernière chose, si vous permettez. Ne craignez-vous pas que cet état de fait attise la jalousie de certains peuples, et que ceux-ci décide de créer, je ne sais pas, un moyen d’égaler ceux capables de manipuler l’énergie kaïru ? Pour reprendre mon exemple, afin de se défendre, l’homme a inventé le fusil contre le sanglier.

-Tu poses beaucoup de questions aujourd’hui, avait alors brutalement déclaré Maître Baoddaï. J’apprécie ta soif de connaissances, mais trop en apprendre en une fois serait inapproprié. Il se fait tard, et tu devrais achever tes exercices quotidiens avant que la nuit ne tombe.

-Mais, Maître…

-Pour ma part, je souhaiterais méditer. Si tu le permets.

-Bien évidemment. Pardon de vous avoir dérangé.

Préférant ne pas insister devant l’air fermé du visage de son Maître, Maya s’était contenté d’une brève inclinaison du buste, avant de ressortir de la pièce. Cela n’avait pas tari sa soif de réponse, bien au contraire. C’était la première fois, depuis qu’elle connaissait Maître Baoddaï, que se produisait un tel revirement dans son attitude. Instinctivement, elle sentait avoir mis le doigt sur quelque chose, et elle était bien décidée à savoir quoi. Et puisque Maître Baoddaï ne voulait rien dévoiler, elle devrait trouver les réponses par elle-même !

Aussi ses recherches s’en étaient trouvées intensifiées, accordant une part plus importante aux peuples de l’Univers possédant ce don mystique du kaïru. Mais, si ses connaissances personnelles en étaient grandement enrichies, pour son plus grand plaisir, cela ne l’avait pour le moment mené à rien de concret concernant la situation actuelle. Même l’imposante collection de livres du monastère ne connaissait l’étrange créature ailée vue par Ky, ni n’expliquait la réaction de Maître Baoddaï. Quoique, pour cette dernière, le fait de ne pas vraiment savoir ce qu’elle cherchait ne contribuait guère à faciliter sa tâche.

Son dernier espoir de faire avancer les choses restait la convocation prochaine du Redakaï. L’ensemble des individus ayant atteint un niveau de puissance suffisant pour être nommé au rang de Maître devait avoir un ou deux éléments de réponse tout de même ! Bien évidemment, elle avait tenté sa chance auprès de Maître Connor, le père de Ky. Hélas, nouvellement élevé, celui-ci avait certes le pouvoir, mais il lui manquait encore bien des connaissances propres à l’élite. La venue des Maîtres était une chance pour lui aussi ; entre deux discussions, il espérait de tout coeur pouvoir s’entretenir avec chacun d’entre eux, afin d’acquérir le savoir lui faisant actuellement défaut.

Le plus pénible restait l’attente. Chaque Redakaï habitait sur différentes planètes afin de veiller à l’équilibre du kaïru dans l’ensemble de l’Univers, parfois très éloignées de la Terre. Signifiant que l’entièreté du Conseil ne serait réunie qu’en fin de semaine prochaine. Maya se consolait en caressant l’espoir que Maître Atock, le seul Redakaï nomade en dépit de son monastère implanté sur Terre, devait arriver incessamment. Avec un peu de chance, Ekayon, son élève, serait avec lui. Cela faisait bien longtemps que l’adolescente ne l’avait pas vu, et elle devait avouer que les longues discussions avec le jeune homme lui manquait, ce dernier en ayant un nombre suffisant pour la faire rêver, quoique leurs sujets de prédilection restaient éloignés.

Tout à coup, un éclair lumineux claqua tel un fouet devant la fenêtre de sa chambre.

Sursautant, elle se reprit très vite, sautant sur ses pieds avant de se précipiter dans le hall du X-Scaper. Là, elle y croisa Ky et Boomer, tout autant sur leurs gardes qu’elle. Les manettes hâtivement jetées sur la banquette en face de l’écran indiquaient qu’ils avaient été interrompus en pleine partie de jeu vidéos.

-Vous avez vu cet éclair ? s’enquit-elle.

-Oui, confirma Ky, et cela ressemblait à une attaque kaïru !

-C’est pas vrai, gémit Boomer, les E-Teens ne peuvent pas se tenir tranquilles cinq minutes ?!

D’un accord tacite, les trois adolescents sortirent en trombe du vaisseau, en position d’attaque. Un mouvement au-dessus de leur tête, grimpant l’échafaudage à toute vitesse, se dirigea vers la cour ouverte du monastère.

-Là-haut ! cria Maya. Suivons-le !

Escaladant souplement les escaliers de bois, les Stax débouchèrent, quelques secondes à la suite de l’ombre, à côté de l’immense bonsaï, obombrant les dalles devenant peu à peu brûlantes. Leurs yeux parcoururent l’ensemble du lieu, sans rien remarquer de suspect. Pourtant, impossible de croire avoir rêvé !

Un instant avant l’impact, l’instinct de Maya l’avertit du danger, juste dans son dos.

Un dixième trop tard.

-Bouh ! cria une voix provenant de derrière le pilier le plus au nord.

Se retournant prestement, Boomer poussant même un petit cri de surprise, les Stax s’apprêtèrent à riposter avec virulence…avant de se stopper net.

-Ah, mes chers élèves, s’exclama Maître Baoddaï débouchant tout juste dans la cour, je suis heureux de vous voir tous présents. J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, surtout à toi, Maya.

-Laissez-nous deviner, soupira Ky avec un soupir désabusé. Maître Atock vient d’arriver au monastère, et Ekayon est avec lui…

Les yeux arrondis de surprise, le vénérable Maître faillit demander comment, alors que lui-même venait à peine de recevoir son homologue, avaient-ils pu le deviner si facilement. Cependant, il n’en eut pas besoin. Les adolescents s’écartèrent, laissant découvrir la silhouette d’un homme entré depuis peu dans l’âge adulte, au large sourire très autosatisfait, et quelque peu retors. Juste un peu moins grand que Maître Baoddaï, il était au moins aussi large d’épaules. Ses cheveux châtain foncé, très près du crâne, étaient de la même couleur que ses sourcils, dont le droit était fendu en son milieu. Ces derniers surplombaient des yeux aux iris d’un superbe gris-bleu intense prolongé par un nez large, un peu épaté. Ses vêtements étaient sombres, composés d’un pantalon noir accompagné d’une ceinture supportant l’emblème du Redakaï, de couleur blanche, de laquelle partait une épaisse cordelette vers la gauche reposant sur son bassin. Il avait un sweat à capuche légèrement plus clair, avec une épaulette sur le côté gauche rouge prolongée par une bande de tissu barrant sa poitrine en diagonale, au bout de laquelle était reliée la pochette contenant son X-Reader. Il portait également des mitaines sombres reliées à des protections épaisses aux avant-bras, à l’extérieur rouge, et des bottes solides montant sur ses tibias. Présentement, l’homme était nonchalamment adossé au pilier, les bras croisés.

-Oui, ajouta Maya, et il s’est empressé de nous l’annoncer…

-Ne faites pas cette tête ! Bon j’avoue, je n’ai pas résisté à l’envie de vous faire une petite blague, rit l’intéressé.

-Parfait, reprit Maître Baoddaï. Ainsi, les Maîtres sont définitivement en route, et d’ici peu le Redakaï au complet pourra prendre une décision quant à la situation. J’ai à informer ton Maître des évènements récents, rajouta-t-il à l’intention d’Ekayon. En notre absence, essaie de ne pas trop brusquer mes élèves, je te prie.

-Mais bien évidemment. L’idée ne m’a même pas frôlé l’esprit.

Visiblement peu convaincu, Maître Baoddaï n’ajouta cependant rien, tournant les talons avec un air méfiant peint sur le visage. Dès qu’il fut hors de vue, les quatre combattants éclatèrent de rire.

-Personne n’y a cru à ton visage d’ange, déclara Ky, lui faisant un clin d’oeil complice.

-Pourtant j’étais tout ce qu’il y a de plus sincère !

-Mais bien sûr, ricana Boomer. Alors, jeune loup solitaire, que nous racontes-tu ?

-Eh bien, pas grand-chose, Maître Atock m’a seulement dit que les choses avaient changées, et qu’il devait absolument en discuter avec Maître Baoddaï. Il a l’air préoccupé, mais prétend seulement que ce n’est pas nécessaire de s’alarmer pour le moment. Et vous ?

-Un peu la même chose, enfin quelque chose de ressemblant, marmonna Ky. Pourtant, la situation est inquiétante ! Pour faire court, tu te souviens des Hiverax ?

-La nouvelle équipe de combattants, manipulant le kaïru obscur ? Oui, mais je ne les ai toujours pas rencontrés.

-Eh bien tu es le seul. Il y a quelques temps, nous avons découvert qu’ils sont suffisamment forts pour mettre à terre les Radikors, et qu’apparemment ils utilisent un animal aérien pour se déplacer.

-Bizarre, je n’aurais pas cru que cela leur correspondrait. Plus sérieusement, ça me ferais plaisir de voir les Radikors mordre la poussière !

-Peut-être, intervient Maya, mais ils ont tout de même réussi à vaincre les triplés, et à récolter de l’énergie. Seulement, il y a quelque chose de bizarre avec cette histoire.

-Ah oui. Quoi donc ?

-Je ne sais pas trop, justement. Et impossible d’en apprendre davantage. Tu as déjà essayé de faire parler ces trois-là ?

-Oui.

-… ? Ah bon ? Et ?

-Tekris m’a dit qu’il aimait les femmes, et n’était pas intéressé. Le pire, je suis certain qu’il était sérieux, étant donné que Zane ne se trouvait pas dans les parages pour le faire flipper.

-Pitié, dis-moi que c’est une blague !

Ekayon sembla soudainement se rendre compte de ce que sa réponse impliquait, puisqu’il changea brusquement de sujet, une légère rougeur montant aux joues.

-Hum, je viens d’avoir une idée plutôt. En attendant que nos Maîtres respectifs papotent autour d’un thé fumant en levant le petit doigt, et si nous allions essayer de trouver des réponses par nous-mêmes ?

-Qu’est-ce que tu as derrière la tête ? demanda Maya, soudainement soupçonneuse.

-C’est très simple : nous ne savons pas où se trouvent les Hiverax, d’accord ? Mais une autre équipe, si je vous suit, semble avoir quelques informations…

-Oh, je crois que je saisis, fit Ky, une petite étincelle brillant dans son regard. Supposons que nous voudrions savoir quels plans Zane mijote, pour le bien du monde évidemment, nous serrions obligés d’aller chercher des réponses là où elles se trouvent…En l’occurrence, à l’ancienne forteresse de Lokar. C’est ça ?

-Exactement, confirma Ekayon. En tout bien tout honneur, puisque nous voulons aider le Redakaï.

-Je ne suis pas d’accord, protesta Maya. Ce n’est pas honnête vis-à-vis de Maître Baoddaï ! Et n’essayez pas de me faire changer d’avis, ça ne marchera pas !

-Tu en es sûre ? Même si je te le demande avec le sourire made in Ky Stax ?

-Absolument certaine, alors, n’insistez pas.


µµµ


Un premier remous de conscience l’effleura, s’éloignant aussi rapidement qu’il était venu. Mais cela suffisait, elle savait qu’elle dormait, et surtout, son réveil était nécessaire. Pourquoi, au fait ?

Rassembler ses pensées fut un exercice pénible, pour lequel elle dut mobiliser toutes ses forces mentales. La forteresse, les réserves de kaïru, ce maudit petit alien vert la toisant narquoisement… Tant de kaïru, tant de puissance, à portée de main, si proche, mais impossible à atteindre…Elle avait chuté, lourdement. Cela la frappa de plein fouet. Un seconde, elle se précipitait droit sur cet impudent, si stupidement dans une position de défense laissant la moindre secousse le déséquilibrer. Et juste après, le sol s’était effacé sous ses pieds, comme par enchantement, révélant une salle dans laquelle trônait une cuve pleine de kaïru obscur. Elle avait faillit y plonger, se ressaisissant juste assez pour dévier sa trajectoire initiale. Non, pas suffisamment rapidement. Elle se souvenait d’une prise, immatérielle mais si forte, broyant tout ce autour de quoi l’énergie s’était enroulée, telle un boa. Ou plutôt, d’une sensation atroce rongeant sa chair spectrale, suçant la moelle de son pouvoir…

Son pouvoir !

Se réveillant en un sursaut violent, la respiration erratique, Adriel observa fixement ses mains, les tournant et retournant sans arrêt. Se forçant à inspirer profondément, elle se concentra brièvement, plongeant mentalement en elle-même, ouvrant son esprit.

Un soupir de soulagement lui échappa quand elle sentit son pouvoir pulser doucement en elle. Plus affaibli qu’à l’habitude, certes, mais toujours aussi présent. L’adolescente se laissa retomber doucement sur les draps de soie fine, ne prenant pas la peine de relever la couverture sur son corps alangui. Puis, elle prit le temps de déglutir, plusieurs fois, essayant de déterminer si elle avait mal quelque part. Passées quelques secondes, elle en conclut que non, et ne se trouvait pas du tout dans un état critique. Sa tête gardait un léger bourdonnement, sûrement en grande partie provoqué par son réveil brutal, et ses muscles restaient endoloris, signe d’avoir utilisé un long moment son pouvoir à un haut degré de concentration. Mais excepté ces manifestations typiques, rien ne venait l’alarmer concernant son intégrité physique. Après une courte réflexion, elle réalisa avoir eut une bonne dose de chance malgré tout. Pour s’être trouvée en contact direct avec cette énergie, elle avait ressenti sa soif de vie, son désir de voler la force de sa proie. Suite à cela, Adriel se souvenait avoir réintégré en catastrophe son corps, brûlant telle un brasier infernal. Peut-être avait-elle criée. Toujours était-il que, visiblement, elle avait finit par perdre connaissance.

Elle tourna la tête, balayant la pièce du regard. Ce n’était pas non plus les immenses steppes glacées dans lesquelles elle s’était évanouie. Il lui était aisé de reconnaître cet endroit, et pour cause : il s’agissait de sa propre chambre, dans sa suite, au Dôme d’Honneur, la résidence du Seigneur Régent – puisse sa main vigoureuse gagner encore nombre de batailles ! -, de sa famille et quelques autres privilégiés. Son lit se trouvait composé d’un moelleux matelas posé à même le sol, recouvert de draps délicieusement doux d’un doré reluisant, et garni de nombre de coussins dont les couleurs passaient par toutes les nuances de rouge, orange, crème et pourpre. Le plafond en clé de voûte représentait une scène fantasmagorique, où l’on voyait un homme robuste, le visage noyé dans les ombres et richement vêtu, frapper de sa lourde lance à deux pointes une ligne rigoureusement droite de six ensembles de personnes, des familles. A chaque illustration, des éclairs d’un gris nitide, soigneusement lustré de façon à le rendre presque insupportable à mirer, jaillissait de son arme. Cependant, ces éclats n’illuminaient jamais le visage de l’homme. Des moulures aux motifs ésotériques surplombaient le haut des murs, ceux-ci étant recouverts de milliers de petits carreaux couleurs grenat, turquin et incarnat. De petites niches, éclairées par des braseros diffusant également une odeur âcre, creusées à intervalles régulières renfermaient divers petits bibelots qu’affectionnait Adriel. D’autres coussins restant dans les mêmes tons de couleurs recouvraient le sol, un épais tapis flavescent destiné au confort des visiteurs, car aucune chaise n’était présente. Y compris autour de la table basse, mais longue, gravée de figures fantastiques possédant au minimum quatre membres et une paire d’ailes, trônant au milieu de la pièce. Un dressing était encastré dans le mur en face de son lit, et des étagères supportant divers ouvrages occupait la majeure partie de celui à sa droite, qui disposait également d’une grande fenêtre à double battant, montant presque jusqu’au plafond. De légères tentures jamais soulevées par un souffle extérieur l’encadrait, coupées en dégradé. Enfin, une porte d’un matériau ressemblant à de l’acier, mais trop sombre pour que ce soit le cas, rompait la monotonie du mur gauche.

Des bruits de pas résonnèrent dans le couloir, et le symbole de la Famille Régente, un arsank d’une taille à peine croyable, possédant deux paires d’ailes, et aux écailles mordorées, se rompit en deux, dans un léger bruissement feutré. Franchissant le seuil, aussi silencieux qu’une ombre, Teos referma habilement du pied le battant incroyablement léger, contrairement à ce que son apparence pouvait laisser supposer. Dans ses mains, un plateau doré finement ciselé de motifs végétaux transportait un repas consistant : du pain, de la viande en sauce accompagnée de légumes orangés rayés de vert, une cruche d’eau, du fromage. Adriel sentit son estomac se réveiller à cette si délicieuse vue.

Le regard de Teos, constatant le réveil de sa promise, se verrouilla immédiatement sur Adriel. Il cligna plusieurs fois des yeux, avant de reprendre contenance, marchant de son pas habituel cette fois. Déposant le plateau près du lit, il posa sa main sur le front de l’adolescente, puis lui prit le menton et le releva vers lui, semblant vérifier l’apparence de ses pupilles. Il parut imperceptiblement soulagé, mais cela fut si rapide qu’Adriel pouvait tout aussi bien avoir rêvé.

Nombre de questions se pressaient sous son crâne, seulement elle attendit patiemment que Teos prenne la parole le premier. Heureusement, il ne fut pas nécessaire d’attendre longtemps.

-Comment te sens-tu ? s’enquit-il. As-tu mal quelque part ?

-Non. Enfin, j’ai un léger mal de tête, mais rien de particulier. A la vérité, je me sens très bien. Prête à reprendre la mission nous ayant été confiée.

Teos eut une petite moue pincée, poussant les chaussures d’Adriel, au pied du lit, pour pouvoir s’y installer. Ses yeux ne parvenaient pas à lâcher le visage de l’adolescente, comme s’il avait du mal à croire ce qu’elle disait. Plusieurs fois, elle crut qu’il allait parler, mais au dernier moment, il se ravisait, se contentant de continuer à la scruter. Peut-être voulait-il que le premier pas vienne d’elle ?

-Puis-je savoir précisément ce qu’il s’est passé ?

-Bien sûr. Tu as été retrouvée évanouie dans la neige, tremblant, comme en proie à un mal inconnu. Lorsque tu es arrivée sur le Dôme, tu n’étais plus totalement toi-même, et tes yeux avaient pris une teinte violette parsemée d’éclats flavescents. Heureusement, notre nouvel allié t’as guéri, bien que ce fut assez technique d’après ses dires. Je n’ose imaginer les conséquences, si tu n’avais pas été ramenée à temps. Et si notre allié, justement, ne s’était pas trouvé sur les lieux au bon moment.

-C’est pour cette raison que tu dû revenir brusquement au Dôme ?

-Oui. Un accord a finalement été trouvé, satisfaisant les deux parties. Mais nous y reviendrons. Jamais je n’aurais cru que nos cibles puissent posséder quelconque capacité pouvant te mettre dans cet état. La prochaine fois, je serais plus prudent, et resterais proche, acheva-t-il pensivement.

-Je… Enfin, ce n’est pas toi qui m’as découverte ?

Teos détourna un moment le regard, penchant la tête en arrière pour admirer la mosaïque accrochée au plafond. Adriel connaissait cette façon de faire. Il déterminait la meilleure manière de lui annoncer une chose qui, selon lui, ne plairait pas à sa promise.

-Saïn. C’est elle qui as senti ta détresse, et a abandonné sa tâche en cours, afin de te venir en aide. C’est également elle qui, prenant tous les risques, a lancé Evdam à travers les cieux, afin de rejoindre le Dôme le plus rapidement possible.

-Vraiment ? fit Adriel, pour le coup surprise.

Pas de la réaction de sa coéquipière, celle-ci était d’une normalité insignifiante. La brune étant plus élevée dans la hiérarchie, Saïn lui devait assistance et dévouement, au nom du respect du Pouvoir. Non, son étonnement provenait d’apprendre que la vipère avait ressenti le brusque vacillement de ses pouvoirs, alors qu’elle se trouvait bien loin d’elle. Le kaïru de Thiers permettait, si son camarade gardait son énergie à l’écoute, de communiquer certaines sensations, parfois sur de longues distances. Mais Adriel, consciente de l’importance de sa place, n’usitait cette particularité, eh bien, en réalité avec personne. En théorie, elle accepterait de se lier à une personne digne de son rang. Seulement, elle n’en connaissait qu’une seule : Teos. Hors, jamais elle ne se serait permise de juste suggérer à son promis de lui laisser tant accès à son esprit. Le Seigneur Héritier se devait d’être inatteignable, y compris pour elle. Intouchable. Alors comment Saïn…

Le souffle d’Adriel se bloqua dans sa gorge.

-Sa Compétence s’est révélée, n’est-ce pas ?

Teos opina affirmativement du chef, un air sournois s’étalantsur son visage.

-Et étant donné qu’elle m’a probablement sauvé la vie, je suppose qu’elle va être promue membre de l’Élite Royale. La garde rapprochée du Trône. Le rang le plus élevé pour une Élitiste.

-Père s’est montré très satisfait de son respect du Trône et du Pouvoir. Sais-tu qu’elle a d’abord affirmé ne pas être digne d’un tel honneur, car n’avoir fait que son devoir ? La cérémonie se déroulera très prochainement. Avant, Père doit régler quelques affaires, l’empêchant de présider l’évènement. Hors, il tient à lui faire cet honneur. En attendant, nous devrons continuer notre mission sur Terre. Dès que tu seras rétablie, bien entendu.

-Je me sens parfaitement capable de poursuivre la tâche nous ayant été assignée, crois-moi. Il me faut seulement quelques minutes pour me préparer, et nous pourrons repartir.

Joignant le geste à la parole, Adriel repoussa les couvertures ceignant sa taille, sans remarquer le regard assombri de son Seigneur Héritier suivant les courbes de son corps fin. La chemise longue dont elle avait été revêtue épousait à la perfection la forme de ses hanches, laissant deviner ses cuisses fermes et puissantes. Teos détourna le regard, empressé, la laissant se vêtir à son aise.

-Ce n’est pas tout. Comme je le supposais, Père a également ressenti cette brutale montée en puissance, et la disparition temporaire de nos cibles. Enfin, pour lui, les choses sont plus complexes, mais là n’est pas la question. Tu te souviens de notre ordre de mission ? Il était stipulé que nous devions éliminer la descendante du Deuxième Maître, pour cause de haute trahison, tout en ramenant en jugement l’impudent ayant osé briser le Tabou. Tout les autres devaient subir le même sort. Eh bien, Père a apporté quelques modifications.

-Voilà qui me surprend. Notre Seigneur Régent – puisse son nom être loué à jamais – n’a encore jamais décidé de changer de route, une fois le chemin tracé.

-Il est vrai. Cette « disparition » a remaniée les cartes de son esprit. Mais, cette fois, il doit également respecter l’accord passé avec notre allié, ce dernier ayant quelques projets en réserve. Voici ce qu’il a ordonné…


µµµ


-Alors, tu pousses ou tes muscles ne sont que de la pure guimauve inutile ?!

-Qu’est-ce que tu crois que je fais, là ? Que je bronze ?

Si les yeux de Zane pouvaient matérialiser ses regards, Tekris aurait depuis longtemps été grillé sur place plus sûrement qu’un tournedos oublié sur le feu. Habitué aux mouvements d’humeur de son chef d’équipe, il n’en fit pas grand-cas, se reconcentrant sur son exercice matinal du moment. A savoir, pousser un rocher deux fois plus grand que lui encombrant jusque là la plateforme sur laquelle il se tenait, et beaucoup plus lourd, de manière à le faire basculer dans l’océan en contrebas. Tout ça, avec un Zane levé du pied gauche (si encore il en avait un autre, à la réflexion) en guise de paire de bras supplémentaire. Non, se corrigea mentalement le colosse. Lors de son réveil, Zane était d’humeur encore passable. Seulement, il avait souhaité s’entraîner un peu avec Zair, afin de déterminer quelles étaient les attaques kaïru lui faisant défaut. Finalement mis au courant du « petit problème » frappant l’adolescent à la peau verte, Tekris faisait prudemment mine de rien. Son vis-à-vis le regardait toujours en chien de faïence, et il savait pertinemment que l’avertissement fort peu subtil prononcé lors de son réveil enchaîné, restait valide.

-La ferme ! Canalise tes frustrations et pousse !

Vu l’énergie de son chef d’équipe, il devait avoir bien des frustrations à évacuer. Après maintes négociations, Zane avait finalement consenti à détacher Tekris, néanmoins très frustré de son comportement impeccable l’ayant empêché de défouler un peu ses nerfs à vif. Heureusement, dans un sens, il n’avait pas eu à attendre longtemps une occasion de laisser libre cours à son énervement, car quelques heures à peine plus tard, les Imperiaz étaient revenu de leur mission. Bredouilles, en dépit de leurs nouveaux monstres de l’ombre. Si Zane était plutôt d’accord pour laisser à l’équipe princière ces créatures issues du kaïru obscur, il n’appréciait pas du tout cette défaite malvenue. Aussi, sans Zair – encore endormie – ni Tekris – toujours attaché, cette fois à un bloc de béton par prudence, Zane n’étant plus là pour le surveiller – pour le canaliser, il put exprimer sans tournures délicates son avis profond sur l’incompétence de Diara en tant que chef d’équipe. Par précaution, il décida au dernier moment d’épargner – un peu – Koz et Teeny, la docilité dont ils faisaient montre depuis leur « recrutement » ayant jouée en leur faveur. Au contraire de la benjamine de cette équipe. Si encore, persuadée de sa légitimité, n’avait-elle pas voulu à toute force se justifier, protestant dans un premier temps contre les invectives de Zane…Mais ce dernier, déjà fort peu patient de nature, et rendu très chatouilleux, lui avait bien fait comprendre que son avis divergeait énormément du sien. Bref, ce petit incident écarté et les Imperiaz renvoyés d’où il venait (c’est-à-dire n’importe où pourvu que Zane ne les voient pas pendant un bon moment), Tekris s’arrangeait depuis pour ne pas le contrarier outre mesure. Étonnement, Zane n’en avait pas trop profité, se débattant déjà avec la seule fille de leur équipe, qui prenait régulièrement la défense du colosse.

Bref, les choses ne s’étaient pas très bien déroulées, puisque Zane avait quitté le lieu d’entraînement une aura meurtrière déployée tout autour de lui et des marmonnements incompréhensibles (que Tekris ne voulait surtout pas analyser) dans sa barbe.

Une fois l’incarnation de la colère frustrée hors de portée d’oreilles, le colosse était venu trouver sa coéquipière, lui demandant ce qu’il s’était passé. Un soupir las franchissant la barrière de ses lèvres, elle lui expliqua que Zane n’avait pas réussi à invoquer une seule des attaques kaïru de son X-Reader, excepté celles issues du kaïru obscur. Pourtant, il parvenait encore à invoquer Bruticon, et Bruticon or. Incapable de comprendre, et certainement pas en état de réfléchir calmement, il s’était énervé exponentiellement. Elle n’avait rien ajouté, pensant que cela suffirait à justifier cette attitude. Sauf que, par la suite, Tekris apprit que quand il avait commencé à s’en prendre à sa coéquipière, comme habituellement, celle-ci ne s’était pas laissé faire, répliquant au moins aussi vertement. Cela n’avait rien arrangé, évidemment. Juste avant de recourir aux insultes, disons plus virulentes, Zane avait poussé un hurlement de rage (ce qui avait attiré Tekris jusqu’à eux, alors que le chef d’équipe lui interdisait toujours de trop s’approcher de Zair), avant de tourner les talons. A peu de choses près, Tekris restait convaincu que cela était sur le point de dégénérer. Surtout en voyant les mains crispées de la jeune fille sur ses bras croisés, à deux doigts de coller une baffe au premier idiot venant la titiller. Ce n’était pas le moment pour les Imperiaz de montrer le bout de leur frimousse…

Cependant, il soupçonnait une autre origine au problème. En effet, depuis l’attaque contre la forteresse, une sorte de conflit latent semblait avoir pris place entre ses deux coéquipiers. Cela ne se montrait pas, n’était pas évoqué, mais pour le colosse vivant avec eux en permanence, c’était bien là, larvé, nié, mais présent. N’osant guère poser directement la question, il s’était contenté d’observer, pour essayer de comprendre un peu. Il en était arrivé à deux conclusions : la première, Zair ne supportait plus que moyennement les crises d’autorité, ce qui était légitime d’après Tekris. Cependant, elle s’opposait presque systématiquement à toutes les injonctions de Zane, soit n’en démordant pour rien au monde, ou laissant rapidement tomber, comme si elle s’apercevait soudain de l’inutilité de ses récalcitrances. Il avait l’impression qu’elle ne savait pas tout à fait ce qu’elle voulait, ni comment l’obtenir. Et plutôt que de risquer l’échec, elle testait toutes les manières possible d’y parvenir. D’un autre côté, ce n’était pas compliqué de le deviner, Zane était plus qu’agacé de ce changement soudain de comportement. Tentant de l’ignorer la plupart du temps, il prenait énormément sur lui, ce dont Tekris ne l’aurait jamais cru capable. Mais en conséquence, ses sautes d’humeur n’en étaient que plus brutales, incapable de trouver quelconque activité dans laquelle reverser sa frustration croissante. Et Zair ne se laissait plus faire. Pris entre deux feux, Tekris n’avait pas la moindre idée d’une solution pouvant permettre de résoudre pacifiquement cette guerre froide. Autre souci pour lui, le plus gros point d’achoppement entre les deux Radikors, c’était sa propre personne. Zane peinait à lui faire de nouveau confiance, optant pour une semi-surveillance. Zair, elle, affirmait qu’il s’agissait d’une manipulation mentale totalement opposée à la personnalité du colosse, et qu’en l’état actuel cette idée était stupide. Surtout que Tekris s’en voulait déjà bien assez.

Résumant sa pensée, Tekris la compléta en ajoutant qu’il fallait marcher sur des œufs, guettant le moindre assaut prochain de colère dévastatrice, qui ne manquerait pas de poindre le bout de son nez.

Aussi fut-il surpris quand, se dirigeant vers la plateforme à mi-hauteur de la forteresse (il était prévu depuis un bon moment de déblayer cette surface, une fois les fondations consolidées et habitables. Ceci étant fait, l’extérieur restait le plus gros endroit à dégager afin de s’installer désormais confortablement), Zane avait déclaré que Zair ne les aiderait pas. Accélérant son débit de parole afin de ne pas se la faire couper, il affirma que l’adolescente était encore trop peu assurée pour se charger des travaux de bourri. Tekris avait retenu un soupir de soulagement quand, sans un mot, elle était allé s’installer sur des affleurements rocheux suffisamment plats pour servir de siège.

Si elle avait retrouvé une bonne partie de ses pouvoirs, ceux-ci restaient à un niveau bien en-dessous de ses capacités habituelles. Depuis, morose, elle les regardait se démener avec une mauvaise volonté évidente. Tekris n’émit pas d’objection, mieux, il était secrètement heureux de cette décision. Lui aussi préférait laisser à l’adolescente un peu plus de temps de repos. La fatigue venait rapidement la cueillir, bien qu’elle refusa de l’admettre, et durant les trois premiers jours, elle ne put seulement quitter son lit sans rendre tripes et boyaux peu après. Le quatrième, elle réussit enfin à sortir prendre un peu l’air, surveillée comme du lait sur le feu par le chef des Radikors. Le cinquième, son visage avait repris un peu de couleur, et enfin, ce matin même, elle avait pu échanger quelques passes d’attaques kaïru. Même si cela ne s’était pas bien terminé. Durant les trois jours, Zane avait été extrêmement vigilant, impassible devant les argumentaires répétés de sa coéquipière comme quoi, elle pouvait se lever et même s’entraîner. Il était allé jusqu’à veiller sur son sommeil, vérifiant régulièrement si elle n’avait pas de fièvre, lui posant des questions diverses sur ce qu’elle ressentait. Tekris ne voyait pas en quoi des oreilles bouchées pouvaient avoir un rapport avec le kaïru, mais il devait reconnaître que, pour la première fois depuis longtemps, le visage de Zane s’était plissé en une sorte d’inquiétude véritable. Cela fut fugitif, mais le colosse était certain de ce qu’il avait vu. Zair ne pouvait pas le savoir, comme elle dormait à ce moment. Aussi, la réaction de l’adolescente était encore plus incompréhensible pour Zane. Une fierté mal placée lui refusait de demander la raison de cette agressivité, et cela le contrariait plus que tout.

Enfin, le fichu rocher se trouva au bord de la promenade métallique. Dans une dernière poussée, accompagnée de deux cris destinés à auto-encourager leurs propriétaires, le roc aux arêtes anguleuse tangua une seconde, avant de basculer bruyamment dans le vide. Tekris suivit du regard sa masse imposante devenir de plus en plus petite, perdant à chaque rebond un peu de son ensemble, puis plonger à pic dans les eaux glacées.

-Tu vois, quand tu veux, grogna Zane.

Mais cela sonnait plus comme une habitude qu’autre chose. Son regard restait braqué sur l’endroit où avait disparut leur charge, étrangement songeur. Comme cela lui arrivait régulièrement ces derniers temps, Tekris se surprit à se demander ce qu’il pouvait bien y avoir dans cette caboche.

-Ca ne devrait pas être à nous de faire les basses besognes, intervint Zair, se redressant prudemment. Pourquoi ne pas engager les Imperiaz comme ouvriers ? Ca ne leur ferait pas de mal de se souvenir d’où est leur place.

-Oui, acquiesça Tekris (l’adolescente lui dédia un sourire ravi, auquel il ne put s’empêcher de répondre). Quitte à suer à grosses gouttes, je préférerais que ce soit dans une bataille. Contre les Stax !

-Faites-moi confiance (à ces mots, Zair se renfrogna, une petite moue plissant ses traits. Encore une fois, Zane n’y fit pas attention, ou le laissa croire). Pour que je puisse reprendre la place laissée par Lokar, il est important de reconstruire le repaire, et de s’y installer. Et ce, en n’utilisant aucune autre main d’œuvre que la nôtre. Ainsi, nous n’aurons de compte à rendre à personne, et nos ennemis devront bien le reconnaître !

-Belles paroles, seulement elles ne serviront à rien si nous mourrons d’épuisement avant.

-C’est bien pour cela que je t’ai écartée du travail ce matin.

Cette allusion déloyale à sa faiblesse momentanée acheva de rendre l’adolescente maussade. Pour une fois assez satisfait, Zane enchaîna sur la suite de ses pensées, son regard devenant soudainement rêveur.

-Mais, pour régner sur le monde (Tekris constata par là la diminution de ses ambitions ; un mois plus tôt, c’était l’Univers qu’il souhaitait conquérir), il va falloir aussi récolter beaucoup de kaïru, et éliminer l’équipe des Stax une bonne fois pour toutes !

Cette réflexion améliora considérablement son humeur, et cette fois, même Zair hocha affirmativement la tête. Peut-être, osa espérer Tekris en observant l’adolescent se retourner vers eux, la journée pourra-t-elle bien se terminer ?


µµµ


Perchés sur l’une saillie rocheuse parsemant les murs de l’ancien repaire de Lokar, les Stax, accompagnés d’un Ekayon au visage concentré, ne perdait pas une miette de la scène se déroulant sous leurs pieds.

-Alors comme ça, Zane se prend pour le nouveau Lokar, commenta Ky, sourcils froncés.

Maya, qui jusque là n’avait pas décroché un mot, plongée dans une intense réflexion afin de trouver comment ses homologues masculins avaient finit par la convaincre de venir, laissa fleurir un soupir sur ses lèvres songeuses.

-Il a toutes les qualités requises (elle compta sur ses doigts au fur et à mesure de son énumération). Il est égocentrique, mégalomane, manipulateur, avide de pouvoir et… c’est quoi la dernière chose déjà ? Voyons…

-La mauvaise haleine, répondit Boomer avec un petit clin d’œil.

Les deux amis éclatèrent de rire, étouffant le bruit qu’ils faisaient dans leurs mains. Cela fit lever les yeux d’Ekayon au ciel. Étaient-ils au courant qu’ils étaient censés être discrets ?

-Ca ne ressemble pas à Zane, de se salir les mains avec les corvées, alors que sa coéquipière reste les bras croisés. On ne peut pas dire exactement dire que c’est un parangon de galanterie.

Les Stax se contentèrent de hausser les épaules, et seule Maya sembla considérer le question. Se penchant un peu plus au-dessus du vide, Ky finit par déclarer :

-Venez, allons voir de plus près ce qu’il mijote.

Si Maya et Boomer s’apprêtait à se relever sans discuter, Ekayon le retint un instant par le bras.

-Attends, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Regarde, les corniches inférieures n’ont pas l’air très solides, objecta-t-il.

-Vous, les combattants solitaires, vous êtes tellement pessimistes, charria Ky.

D’une petite poussée, il récupéra son bras, sautant pour commencer sa descente, Boomer à sa suite. Après un bref regard vers Ekayon, qui se contenta de hausser les épaules, Maya s’engagea à son tour, quoique plus prudente que ses coéquipiers. Le combattant solitaire, pour sa part, progressa plus lentement, mais s’assura de la sûreté de sa prise avant chacun de ses sauts.

La première partie de cette escalade à l’envers se déroula sans accroc, au grand soulagement d’Ekayon. Les Stax bondirent sur des tiges métalliques verticales, soutenues solidement par des câbles rigides soudés au mur de tôle, leur conférant une immobilité solide. Le solitaire se demanda à quoi cela pouvait bien servir, avant de comprendre qu’il s’agissait des futures bases servant à reconstruire pour de bon les parties détruites de la forteresse. Ainsi, il ne s’agissait pas seulement d’une lubie d’un adolescent à qui le pouvoir était monté à la tête, les Radikors avaient réellement l’intention de prendre quartier entre les murs d’acier trempé.

Mais, les disgracieuses piques cessèrent à mi-chemin, laissant la place aux affleurements rocheux inquiétant tant Ekayon. Ky n’y prit pas garde, atterrissant sans douceur sur l’une de ces arches en partie détruite.

Et ce qui devait arriver arriva.

Trop fragile pour supporter le choc, l’extrémité trembla, puis commença à s’effondrer sur toute sa longueur quand Boomer se posa à côté de son ami. Maya, les voyant en difficulté, poussa un cri d’horreur spontané, Ekayon grimaçant, les dents serrées.

-Ky, non !

Et pour ne rien arranger, les deux Stax en chute libre laissèrent le champ libre à leurs cordes vocales, alertant le moindre phoque planqué sur le plus minuscule bout d’iceberg au fin fond des contrées glaciales entourant la forteresse. Quoique cela, au fond, ne changeait pas grand-chose, le vacarme de l’éboulement aurait pu réveiller un mort de la période primitive.

L’atterrissage fut rude, et même Ekayon, agacé de la négligence des Stax, compatit sincèrement pour les dos des adolescents.

Interrompus en pleine discussion, l’attention des Radikors se reporta immédiatement sur eux, Zair relevant le nez sans quitter sa couche pierreuse, repérant en quelques secondes les deux derniers membres de l’expédition, Tekris se penchant pour voir à son aise la déconfiture en cours, et Zane se contentant de suivre des yeux leur pitoyable écrasement, bras croisés et air désabusé.

La fumée générée se dissipa rapidement, laissant Ky et Boomer face à un Zane à la fois ravi de les voir douiller, et fort mécontent de s’être fait épier.

-Tiens tiens tiens, quand on parle du loup, fit-il avant de ricaner allègrement.

-Oh, Zane, quelle bonne surprise ! Sympa ta nouvelle cape, tenta Boomer sur le ton de la conversation.

-N’est-ce pas ?

L’intéressé lança un regard lourd de sens à sa coéquipière, attendant visiblement quelque chose. Qui ne vint jamais, Zair se contentant de regarder ostensiblement ailleurs. Néanmoins, juste après ce regard peu concerné, Zane sursauta, bouché bée, avant de foudroyer du regard l’adolescente. Elle peine à dissimuler le sourire étirant ses lèvres, consentant à faire tout de même un effort. Et au vu de l’expression de Tekris, lui non plus ne saisissait pas très bien ce qu’il venait de se passer.

-Comment osez-vous vous introduire sur mon territoire pour m’espionner, grinça le chef des Radikors, sans la lâcher du coin de l’oeil.

-Ton territoire ? releva Ky, à nouveau debout. Cet endroit appartient toujours à Lokar, de ce que je sache.

Ekayon, rattrapant sans peine Maya à quelques mètres du sol, ne manqua pas la crispation discrète de l’E-Teens à ces mots. Tiens, il était prêt à parier sa chemise qu’il allait mal le prendre…Pas que ça l’intéressait, juste une lourde supposition venant titiller sa réflexion.

-Qu’est-ce que je t’avais dit Ky, soupira Ekayon. La prochaine fois, tu m’écouteras peut-être.

-C’est pas le moment ! Redescends sur Terre, Zane, tu n’as aucun droit sur les propriétés de ton maître.

-Lokar, c’est de l’histoire ancienne. C’est moi qui suit aux commandes, maintenant. Et je te conseille de ne plus l’appeler « mon maître ». Je ne suis sous les ordres de personne désormais !

La voix était basse, menaçante. Comme si Zane les défiait de seulement imaginer le contraire. Seulement, il en fallait bien plus pour impressionner Maya, à présent au même niveau que le reste du groupe.

-Ah oui, et depuis quand ?

-Depuis que je l’ai décidé ! Avec mon nouvel ami Bruteron !

L’E-Teens était revenu dans sa zone de confort : la bataille brute. Ekayon sut qu’il allait passer à l’attaque avant même que son X-Reader ne se mette à luire d’une aura orangée.

Saisissant les X-Drives nécessaires à l’invocation de son monstre, Zane se transforma en un cri de rage mêlée d’anticipation. Franchement, déclara pour lui-même Ekayon, s’il était aussi frustré quand il était persuadé d’être le futur maître du monde, les jours ne devaient pas toujours être agréables dans la chambre à coucher.

Ce n’était plus l’adolescent à la peau verte qui leur faisait face, mais un monstre bien plus grand, aux yeux allongés d’un jaune presque terne, sans l’être tout à fait. L’ensemble du corps était rouge, à l’exception de la moitié gauche du visage teintée de gris. L’autre face, ainsi que le bras droit, étaient comme recouverts d’une masse bubonneuse greffée à même la peau du monstre, s’étendant sur une petite partie du torse. Si Ekayon observait avec curiosité cette créature, les Stax parurent l’avoir déjà rencontré, à son étonnement.

-Woh, ça ne serait pas le monstre affreux que l’on aurait vu dans les marécages ?

-Si Boomer, mais on avait pas eu le temps de faire les présentations. Cette fois il veut nous montrer de quoi il est capable.

Sitôt sa confirmation énoncée, Ky dégaina à son tour son X-Reader, sans l’ombre d’une hésitation sur ce qu’il allait faire. Ekayon avait beau savoir les compétences stratégiques du chef des Stax, il ne put empêcher une légère inquiétude de faire surface.

-Métanoid ! clama-t-il, mais en restant sous forme humaine.

Poussant un cri au pâle soleil falot, Zane continua d’engager les hostilités, et même le solitaire pouvait ressentir l’humeur massacrante de l’adolescent.

-Épée de l’ombre !

-Griffe de plasma !

-Ky, non ! tenta-t-il d’intervenir.

Trop tard. L’arme nimbée d’une lueur verte fila à toute allure vers l’attaque de Ky, une main griffue, pour sa part d’un rouge orangé. Les attaques rouges étaient considérées comme des attaques en force ; face à une verte, les plus rapides, la « griffe de plasma » avait en principe une chance de contrer l’« épée de l’ombre », moins puissante.

En pratique, elle trancha net l’offensive de Ky, comme si c’était une baratte de beurre pommade, et continua sa course sans même freiner. Trop surpris pour réagir, l’humain ne put l’esquiver, violemment éjecté contre le mur le plus proche dans une épaisse fumée brune.

S’il n’y avait eu que cela, à part quelques regards fâchés envers l’E-Teens aurait conclu cette bousculade. Mais les trois autres compagnons de Ky virent clairement de petits éclairs bleutés s’échapper de son X-Reader, accompagnés d’un grésillement ne leur disant rien de bon.

Ils ne purent s’y attarder, déjà Zane revenait à la charge, sur le point d’attaquer de nouveau le chef des Stax encore à terre.

-Ky, attention !

Détournant le regard de son X-Reader, le jeune garçon réagit dès qu’il vit son ennemi bien trop proche à son goût. Prenant appui sur les gravats, il bondit afin de prendre de la hauteur, et avoir l’avantage de la position.

-Boules de feu !

Ekayon se ramassa, prêt à répliquer sitôt les Radikors distraits par l’attaque.

Sauf que rien ne vint. Seul un grésillement contrarié se fit entendre, suivit de petits éclairs.

-Oh non ! Mon X-Reader ne fonctionne plus ! s’affola Ky.

-Ne t’inquiètes pas, je te couvre !

Prenant place à ses côtés, Boomer invoqua un « raz-de-marée », qu’il dirigea vers la mer baignant les alentours de la forteresse. De gigantesques trombes d’eau en jaillirent, encerclant la petite plateforme sur laquelle se tenait les Radikors, les empêchant de fuir. Enfin, presque.

Deux choses se passèrent en même temps. Zane lança à ses coéquipiers un « on dégage ! » empressé, utilisant sa capacité à voler pour passer au-dessus du piège aquatique, y échappant de justesse. Ensuite, Tekris eut le geste le plus stupide jamais observé de sa part par Ekayon. Contre tout bon sens, il courut vers sa coéquipière, toujours sur les stalles de pierre. Puis il l’entoura de son corps, avec l’intention de la protéger apparemment. Le geste était peut-être noble, mais dépourvu d’utilité face à l’attaque en force de Boomer, et Zane ne put que suivre du regard, impuissant, les deux E-Teens se faire emporter au loin par les flots tumultueux.

Un grognement de colère sourda de sa gorge. Alors comme ça, les Stax voulaient jouer. D’accord, il allait participer à la petite fête !

Les quatre monastèriens faisaient bloc face à lui, perpétrant sûrement le stupide symbole comme quoi l’union fait la force. Mais cette fois, cela allait causer leur défaite !

-Fureur Radikors !

Outre le nom très autosatisfaisant de l’attaque, et son appartenance à la catégorie des attaques en force (absolument pas pour rendre la monnaie de sa pièce à ce blondinet de Boomer, du tout), il l’utilisa en visant le sol, juste devant les Stax. Balayée, l’équipe fit un vol plané dans les airs, avant de tomber sans douceur au pied de la forteresse, sur de petits îlots rocheux envahis par des espèces de têtards mutants gris. Pour le plus grand plaisir de Zane. Mais il ne put achever sa besogne, interpellée par une voix crispée sous l’effort.

-Maintenant que tu as fini de t’amuser, tu pourrais nous aider à remonter ?

Ce n’était pas que Tekris détestait particulièrement avoir réussit à éviter une chute douloureuse à sa coéquipière encore affaiblie. Tout comme il ne se trouvait pas dérangeant que Zair s’accroche à lui comme si sa vie en dépendait ( ce qui était un peu le cas quand même). Par contre, si la prochaine fois, il pouvait éviter de se retrouver accroché au rebord d’une seule main, l’autre se trouvant occupée à retenir l’adolescente, ça l’arrangerait bien. Et si Zane pouvait se dépêcher, ce serait encore mieux !


µµµ


Se relevant péniblement sur les genoux, Ekayon fit un rapide contrôle mental de la situation. Tous s’étaient retrouvés projetés soit au sol (tel Ky et Boomer, quoique ce dernier soit le dos à moitié sur une dalle de pierre), ou, pour Maya qui fut la moins chanceuse, à plat ventre sur un rocher, gémissant de douleur contenue. Pragmatique, Boomer fut le premier à reprendre la parole.

-Bon, eh bien, on s’est fait battre à plate couture.

-Ouais, confirma Ky, ôtant avec dégoût une sorte de branchage aquatique inconnu de son épaule. On a été lamentable. Notre mission de reconnaissance est un vrai fiasco.

-Ne soyez pas si défaitiste, les garçons. On a au moins appris quelque chose. En plus d’être mégalomane, Zane est de plus en plus puissant.

Tous les regards se tournèrent vers Ky. Il venait de sortir son X-Reader de sa pochette, et observait avec une inquiétude mêlée de consternation le petit appareil. Une fêlure concentrique était apparue sur sa moitié supérieure, de laquelle partait d’autres cassures plus petites zigzaguant.

-Oui, ça doit être pour ça que son attaque a réussi à casser mon X-Reader.

-Et je suppose qu’il ne suffit pas de remplacer l’écran ? proposa Ekayon.

-Aucune idée, mais le mien fonctionne à merveille, et il m’indique qu’une nouvelle source kaïru a été détectée sur l’île de Pâques.

-Très bien ! On retourne en vitesse au X-Scaper, il faut à tout prix la récolter avant les Radikors. Ekayon, tu viens avec nous ?

Alors que le solitaire s’apprêtait à donner son accord, un détail, capturé du coin de l’oeil, attira son attention. Sourcils froncés, il leva la tête, scrutant l’agitation régnant sur la plateforme d’où les quatre amis venaient de se faire éjecter. Zane avait repris forme humanoïde, et Zair avait l’air de les informer de la nouvelle relique. Cependant, quelque chose clochait. Les deux sbires du vert s’agitaient, l’adolescente finissant même par taper sa tempe de son doigt. Un désaccord assez sérieux, donc. Mais pourquoi ?

La réponse ne tarda pas à venir. Après un mouvement d’humeur destiné à faire taire ses coéquipiers, Zane s’approcha du bord de son perchoir. Prenant son élan, il s’envola à travers les cieux. La mine renfrognée, même visible de là où se tenait Ekayon, les deux autres Radikors ne tardèrent pas à suivre son exemple.

Mais ils ne partirent pas dans la même direction.

Ekayon n’hésita qu’à peine.

-Non, partez sans moi. Les Radikors viennent de se séparer, il faut bien quelqu’un pour suivre Zane. Il a prit un chemin totalement différent, et seul.

-Mais pourquoi faire une chose pareille ?

-Je l’ignore, Maya. Mais j’ai la ferme intention de le découvrir.


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Bonjour! Voilà un chapitre contenant moins d'action, mais nécessaire pour voir les choses se mettre en place. Et pour amener un nouveau personnage: Ekayon, le fameux combattant solitaire! Quelques explications plus complètes sur le kaïru également. N'hésitez pas à laisser un commentaire pour dire ce que vous en pensez, ou si vous avez des questions!

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