Aesragen

Chapitre 6 : Faux-semblants

10082 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 18/08/2020 15:12

Faux-semblants


Rien ne venait troubler l’impassibilité débilitante du voile obscur recouvrant l’entièreté de son environnement. Les sons, qu’il crut d’abord ouatés, enveloppés dans un cotonneux brouillard les empêchant d’atteindre son oreille, se trouvaient en réalité inexistants. Pas plus que le bruit, les fragrances chatouillant ses narines depuis plusieurs semaines maintenant – le pétrichor d’une nuitée orageuse, les émanations de l’humus lentement réchauffé par l’astre diurne, ou, moins agréable, celle de la peau recouverte de sueur après une longue journée de marche – ne montraient le moindre signe d’existence. Seul le noir demeurait, chape immatérielle, et pourtant plus lourde que du plomb. Ombre oblitérant toute chose, à part le silence angoissant, il enveloppait son corps frêle, le cajolait, semblait le guider vers des limbes ou certes, rien ne pourrait plus emplir son cœur ; mais tous ces sentiments rendant sa vie insupportable – peine, douleur, honte, mal-être – disparaîtraient en même temps.

Constatant ce vide, absent mais omniprésent, une pensée dériva à la lisière de sa conscience, mettant un certain temps avant qu’il ne réussisse à la saisir. Était-il en train de mourir ? En tout cas, cela ressemblait beaucoup à l’idée qu’il se faisait de l’au-delà ; à ses yeux, paradis et félicité rimaient avec disparition de ce qui faisait l’essence même de la vie, les émotions. Car comment souffrir, s’il nous est impossible d’éprouver ? Débarrassée de ses sensations, la vie serait sûrement bien plus facile…

Aussitôt, il sut que l’empyrée lui était encore refusée. Piquant sa poitrine de son dard douloureux, une peur indicible l’envahit un bref instant. Le temps qu’il lui fallut pour forcer cette vague menaçant de l’engloutir à refluer, la repoussant sous la surface de sa conscience. S’il pouvait encore craindre de mouiller son pantalon, incapable de maîtriser son angoisse, le reste suivrait on ne peut plus rapidement.

L’obsédante déception qui suivit le lui prouva plus sûrement qu’une longue démonstration.

Dès ce constat établi, Marc n’eut aucune difficulté à se souvenir des récents évènements. Pourtant, il croyait dur comme fer que toutes les personnes perdant connaissance, que ce soit à cause d’une châtaigne mal placée, ou d’une chute de trois mètres de haut, mettaient un moment pour retrouver la mémoire sur les causes de leur évanouissement. Une des raisons pour lesquelles, coincé dans un coin du vestiaire sous la coupe de Victoire et ses sbires, il priait aussi fort que possible afin de finir en sieste programmée. Oublier, même juste une fraction de seconde, l’état misérable de sa vie. Et voilà qu’aujourd’hui, par un concours de circonstances totalement imprévu, il expérimentait ce souhait si cher à sa personne. Découvrant qu’en réalité, il ne s’agissait ni plus ni moins d’une fable élevée aux nues par son esprit maltraité. L’émotion qu’il ressentit fut proche de celle d’un fan suivant sa série préférée, renommée dans le monde entier, pour découvrir que sa fin idéalisée ne valait guère mieux qu’un Scoubidou en 3D.

Puisqu’il aurait manifestement à supporter encore la cruauté du monde, autant revenir au présent, songea-t-il. Quoique, il ne se sentait pas certain de vouloir découvrir les trois Radikors pieds et poings liés, tout aussi moroses que lui. Sans possibilité de s’enfuir, donc…

Son corps décida à la place de sa volonté. Déjà, une multitude de petits poinçons parcouraient sa chair, sans vraiment pénétrer plus avant, mais tenant à signaler leur présence. Ou peut-être le nom de l’attaque influençait-il sa perception de la douleur ? L’un dans l’autre, il avait mal. Mal partout, mais plus intensément au niveau de ses côtes encore fragiles (rarement maudit-il autant sa faible constitution). Quand il tenta confusément de se retourner, ce fut comme si un élastique usagé, craquelé, se trouva sur le point de se casser.

Dans un gémissement, presque inaudible à ses oreilles, il retomba lourdement sur le dos. Mobilisant toute l’énergie disponible dans ses réserves, Marc fronça les paupières, lourdes d’un sommeil artificiel, et peu réparateur. Enfin, il réussit à les entrouvrir, papillonnant plusieurs fois afin de s’habituer à la luminosité bien plus présente qu’à sa perte de connaissance (« évanouissement » faisant bien trop demoiselle en détresse à son goût, il bannit soigneusement le mot de sa pensée pour le moment). Incapable de s’y accommoder dans l’immédiat, il les referma rapidement, bercé par une mélopée lancinante dont il ne parvenait encore à identifier la teneur.

Se prendre une attaque à kaïru portant – puisqu’il s’agissait du nom de la mystérieuse énergie – faisait un mal de chien ! Bon, il s’en doutait quand même, néanmoins la douleur ne correspondait pas tout à fait à l’idée qu’il s’en était fait. Par exemple, établissant brièvement un premier état des lieux, il conclut ne pas être sur le point de se vider de son sang, traversé par un ensemble de lame tel une vulgaire volaille le soir su réveillon de Noël. Cela l’étonna, étant donné les trous parsemant encore la sente menant à Takeo – ou Phnom Penh ? Bah, cela n’avait plus tellement d’importance au fond. Cela ressemblait un peu à une barre de fer passant à tabac presque l’entièreté de son corps d’un seul geste. Ne laissant aucun doute sur le point d’impact cependant…

Une alternance d’ombre et de lumière caressa son visage ballotté de droite et de gauche. Il pensa un instant au pont d’un navire en partance pour un pays imaginaire et exotique. Censura mentalement cette idée : seuls les marécages bordaient la sylve dans laquelle ils évoluaient, comme dans un tunnel d’éclats smaragdins, ponctué de poisseux étangs où la seule marche s’accompagnait de bruits spongieux à vous retourner l’estomac. Un lieu fort peu propice à la navigation en somme. Il n’empêchait, ce roulis perpétuel malmenait son estomac, déjà rendu fragile par la palette d’émotions qu’il éprouvait depuis quelques heures.

Au moins s’extirpait-il du cocon avide empli de sommeil. Il parvenait même à distinguer que l’ariette n’ayant cessé de s’exprimer ressemblait bien plus à des éclats de voix, qu’une réelle mélodie.

Quand, tentant de s’y concentrer, il en comprit le discours, ses yeux se rouvrirent d’eux-mêmes, largement écarquillés. Le monde vacilla un instant autour de lui, cependant il n’eut aucun effort à fournir pour rester conscient cette fois, sentant ses oreilles chauffer.

– Zair, je suis réveillé ! fit-il instinctivement, la bouche encore pâteuse.

Arrêtant net ses imprécations véhémentes, l’adolescente se retourna, visiblement agacée de s’être ainsi faite interrompre. Toute sa personne représentait l’incarnation de la plus pure dignité outragée. Devant son menton pointant vers le haut, sa posture raide comme la Justice (à moins que l’arbre contre lequel elle se trouvait attachée n’y soit pour quelque chose), ou la petite moue plissant ses traits, il se serait bien déclaré coupable ! De quoi, il l’ignorait encore.

– Et alors ? finit-elle par répondre, suite à un examen attentif de sa personne.

– Je ne suis pas obligé d’entendre ce… ces mots-là !

Un petit ricanement monta des huit soldats assis en demi-cercle, quelques mètres plus loin. Certains lui jetèrent même un regard compatissant, et derrière leurs moqueries, Marc put en distinguer deux ou trois pas si vaillants que cela. Si des hommes forgés au combat et à la grossièreté (enfin, il supposait, n’en ayant jamais vu en vrai jusqu’à présent) rougissaient des propos outrageux d’une donzelle, le collégien s’estimait chanceux de ne pas avoir repris ses esprits plus tôt…

Les quelques métaphores imaginatives ouïes juste avant lui suffisaient amplement !

– Où sont Tekris et Zane ? demanda-t-il plutôt, gêné de se retrouver centre de l’attention.

– Ils ont réussi à fuir avant de se faire capturer. Tu vois les deux hommes sur le côté, à ta gauche ?

Il suivit du regard la direction indiquée par son menton. Allongés sur d’étroites couchettes improvisées, faites de couverture et de quelques vestes inusitées, les intéressés étaient les seuls à ne pas se tenir à la petite assemblée se tenant quelques mètres plus loin. Leurs armes reposaient près d’eux, ainsi que leur plastron étincelant, leurs bottes, et une petite trousse de premiers secours. De là où il se tenait, Marc ne distinguait aucune plaie ouverte ; mais les gémissements montant parfois des corps étendus laissaient supposer nombre de contusions qu’il ne pouvait voir. L’un gardait même sa jambe immobilisée, pantalon remonté jusqu’au genou, enserrée dans une sorte d’attelle, encore dans les nuances bleu et or. S’il ne se trompait pas, il distinguait d’ailleurs le blason de Koz – tour devant un soleil aux nombreux rayons – soigneusement dessiné. Un détail qui le renseigna sur l’organisation de ce petit détachement armé, s’il arrivait même à placer leur symbole sur un objet aussi pratique qu’une attelle.

– Zane ? devina-t-il.

L’adolescente hocha affirmativement la tête, l’indignation cédant un instant la place à une fierté mal contenue, étirant ses lèvres sèches en un sourire flottant.

– Tekris a dû l’aider un peu. Mais de ce que j’ai entendu – Koz devrait savoir que faire faire son rapport à un soldat, devant les prisonniers, ce n’est pas l’idéal – c’est bien Zane qui a fait la majeure partie du boulot. Mon cher coéquipier se trouvait, paraît-il, en difficulté, mais notre irascible extraterrestre s’est empressé de lancer des attaques kaïru à tout bout de champ, jusqu’à pouvoir filer à l’anglaise !

Le collégien aurait bien voulu partager son hilarité ; seulement, évoquer lesdites attaques raviva par anticipation ses propres douleurs. Entre son dos en compote, sa poitrine douloureuse à chaque inspiration, et le léger vertige ne se dissipant pas totalement, il s’était rarement senti si faible.

Sa tête ne devait pas être très belle à voir, car une fois sa tirade achevée, sa compagne d’infortune continua de l’observer, une barre soucieuse prenant place entre ses sourcils. Depuis le jour de leur rencontre, et en exceptant la veille autour du feu pour mener son petit interrogatoire, elle ne lui avait guère accordé tant d’attention. Il ignorait s’il fallait s’en trouver réjoui, ou particulièrement inquiet.

– Tu survis ? finit-elle par demander, le ton aussi neutre qu’il était possible.

– J’ai mal, gémit-il, oubliant à l’instant toute résolution de faire bonne figure. J’ai l’impression qu’un immeuble s’est effondré sur moi…

– Pas étonnant. Tu t’es tout de même pris une attaque de front, pour la première fois. Une rouge qui plus est. Alors que le Code d’Honneur interdit de s’en prendre aux civils, termina-t-elle en élevant la voix.

Par contre, si quelqu’un pouvait lui expliquer ce qu’était le Code d’Honneur… Le précepte dont parlait Tekris, la veille ? S’il avait raison, Koz ne semblait pas particulièrement assidu de sa pratique.

Un rire couvrit rapidement les autres. Descendant de son estrade – donc, Marc avait vu juste lors de leur première rencontre, l’espèce de siège sur échasses servait bien de transport forestier au prince – en affectant nombre de gestes maniérés, Koz s’avança au travers de l’assemblée de ses hommes. Semblant profiter d’un moment de répit, une bonne moitié d’entre eux s’allongeait pieds nus parmi les herbes folles, prenant soin d’éviter les fougères et leurs feuillages râpeux. D’autres remontaient leur pantalon, inspectant la chair ainsi dévoilée. Une semaine plus tôt, le collégien aurait cru à une invitation grivoise, mais il savait désormais qu’ils cherchaient l’éventuelle présence de tiques. Lui-même avait dû en retirer une bonne dizaine de ses poils, permettant de prouver qu’une balade en short au sein de la mangrove serait à éviter à l’avenir. Aucun feu n’était encore allumé, ni aucune tente montée, aussi la halte devait être récente. Les armes se trouvaient pour la plupart déposées aux côtés de leur propriétaires, quelques ceinturons se trouvant même débouclés.

Omettant involontairement l’avancée de Koz vers lui, Marc sursauta brusquement quand sa face canine oblitéra son champ de vision. Tassant par réflexe les épaules, le regard jaunâtre captait toute son attention, ainsi que sa bouche moqueuse, prête à lui lancer quelques réflexions désagréables, imaginait-il. Certes, cela serait probablement moins tranchant que les sous-entendus à peine voilés de Zane, mais quand même…

Heureusement, au moins pour le moment, il ne fut pas le sujet de son intérêt.

– Tu me fais bien rire, fit-il, toisant l’adolescente. Parce que toi, tu respectes les règles maintenant ?

– Moi, je ne suis pas le toutou de garde du monastère ! rétorqua l’intéressée, jetant un regard au collégien. D’ailleurs, ajouta-t-elle immédiatement, tu as également été celui de Zane un petit moment, si je ne m’abuse.

Si l’on se fiait à son ton, elle pouvait tout aussi bien demander quel temps prévoyait la météo. Pourtant, cela suffit pour apporter un nouvel éclairage sur la situation, au moins aux yeux de Marc. Et sur l’irritabilité permanente de Zane aussi. Pour un peu, il pourrait presque le comprendre, se faire pourchasser par celui qui fut à son propre service ne devait pas être particulièrement agréable, s’il comprenait bien.

Un sujet sensible pour le prince visiblement, et tout autant pour ses hommes. Déjà bien nerveux, ceux-ci mettaient à présent l’impudente en joue, guettant un geste de leur seigneur pour ouvrir le feu.

– Regardez-moi ça, sans Illian, tes soldats paraissent bien indisciplinés, soupira Zair, moqueuse.

Bizarrement, elle ne sembla pas s’apercevoir pas que son instinct de survie se trouvait définitivement en berne. Faisant volte-face, le prince se dirigea droit sur elle, menaçant. Mais avant qu’il n’ait totalement franchit la distance les séparant, elle reprit, réussissant l’exploit de parler vite sans sembler pressée.

– Ose seulement me toucher, et ce ne sera pas uniquement une défaite cuisante que t’imposera Zane.

– Tu crois vraiment que j’ai peur d’un renégat ? fit Koz, s’arrêtant néanmoins.

– S’il y a un renégat ici, c’est bien toi, rétorqua-t-elle. Le Redakaï nous recherche justement parce que nous restons fidèles à Lokar. Ce qui n’est pas ton cas, mais ça, tu le sais très bien, n’est-ce pas ?

– Le Redakaï vous recherche parce que vous avez refusé de subir son jugement !

– Qu’avons-nous à faire de l’avis de vieillards séniles, tout juste bon à éviter l’incontinence ?

– Tu parles des plus puissants combattants de l’Univers !

– L’avis des masses crédules ne m’intéresse pas.

– Je reconnais bien là l’arrogance coutumière des Radikors, ricana Koz, tentant de paraître désinvolte.

Cette confrontation verbale aurait pu durer très longtemps encore, en tout cas Marc, qui en écoutait les réparties sans pouvoir cacher son intérêt, en était intimement convaincu. Seulement, le prince devina qu’il ne gagnerait pas à ce jeu-là, Zair semblant posséder sans cesse une réplique ironique au pire, sinon moqueuse.

Aussi changea-t-il de cible, privilégiant celle qu’il était sûr de pouvoir dominer.

Marc se rapetissa plus encore quand le prince mit sa main près de sa figure, écrasant au passage quelques mèches érable indisciplinées, se rapprochant encore de lui. Au point de ne garder qu’un faible espace entre leurs bouches respectives. Plus que de la crainte, il en ressentit un certain dégoût face à cette promiscuité imposée.

– Alors comme ça, c’est toi la nouvelle recrue des Radikors ? susurra-t-il. Comment l’équipe réputée pour être la pire de Lokar, a-t-elle pu engager un minable comme toi?

– Le Redakaï est bien suffisamment désespéré de nous retrouver pour faire appel à toi, rétorqua Zair, dispensant le jeune garçon de trouver une répartie refusant obstinément de venir.

La mâchoire de l’intéressé se contracta vivement, de même que le poing resté le long de son corps. Il se tourna vers elle, sans pour autant retirer sa main du tronc de l’arbre, se redressant. Il était grand, Marc ne pouvait le nier, peut-être un petit peu moins que Zane sans sa coupe de cheveux étrange. Pourtant, s’il se sentait de moins en moins à l’aise, Zair ne détourna pas le regard malgré sa petite taille. Plutôt, elle paraissait le défier d’aller plus loin, ou de faire quelque chose, Marc le ressentit sans pouvoir le définir clairement. Aucune inquiétude ne transparaissait sur son visage, au contraire, elle parvenait à paraître presque ennuyée de devoir adresser la parole à un vulgaire péon. Il ne fut pas le seul à voir les choses ainsi.

Derrière Koz, chaque soldat se tendit, toute trace de détente effacée de leur posture. La plupart serraient les poings, brûlant visiblement d’intervenir. Quelques soldats saisirent leur ceinturon à terre, l’un se releva même, poings serrés. Tous dévisageant le petit coin où les prisonniers se trouvaient attachés – par ces mêmes liens d’énergie ayant mis Zair à terre, constata le garçon, tirant presque involontairement dessus pour les éprouver. Son geste offrit involontairement une diversion au prince.

– Tu peux essayer autant que tu veux, il te sera impossible de briser ces petites merveilles, ricana-t-il, se forçant à se décrisper. On ne t’a donc rien apprit ?

Peut-être pas autant que je le voudrais, c’est vrai, mais vous vous m’avez enseigné le visage de la lâcheté.

De toutes ses forces, Marc voulut le lui crier en pleine face, pour une fois qu’une réplique bien sentie daignait se présenter à son esprit. Pourtant, sa bouche resta affreusement scellée, refusant de laisser sortir les mots qu’il rêvait de prononcer. Honteux de sa faiblesse, il baissa le regard, retenant péniblement ses larmes. L’idée que Koz puisse le voir à la fois enchaîné et en train de pleurer lui fut insupportable.

– Quel courageux combattant, t’en prendre à un petit garçon pour compenser ton complexe d’infériorité, commenta Zair.

Marc fut étonné d’une telle sympathie. D’accord, elle ne se montrait pas particulièrement agressive à son égard. Mais aucune chaleur ne venait ponctuer les phrases lui étant adressées non plus. Malgré la situation, et son incapacité à comprendre sa réaction, une agréable chaleur atténua légèrement la glace coulant à présent dans ses veines. À moins qu’elle ne déteste Koz plus encore qu’elle le méprisait, lui ?

Loin d’imaginer les pensées du collégien, le prince rit de plus belle, prenant son menton pour le regarder dans les yeux. Son air triomphant manqua de faire tomber sa toute nouvelle résolution à l’eau. Réunissant quelques bribes de courage, il le toisa aussi dédaigneusement que possible, se représentant mentalement tous les regards mauvais et hautains subits ces derniers temps.

Le résultat ne devait probablement pas être excellent ; cependant, cela fut suffisant pour lui valoir un regard intrigué de la part de Zair, et pour effacer le sourire de l’homme. Et, il se l’avoua avec un rare plaisir, cela le réjouit au-delà des mots ! Réprimant un geste de fuite – qui serait de toute manière proprement inutile –, il continua de le fixer. Enfin, il se concentra sur les épais sourcils broussailleux; croiser le regard sans nul doute furibond l’aurait poussé à obéir à l’ordre du prince par réflexe. Et de toute manière, la peur fermement accrochée à ses entrailles le pétrifiait sur place, l’empêchant de bouger ne serait-ce que l’orteil.

Une réaction qui n’arrangea guère son cas, de l’avis de son vis-à-vis.

– Tu te crois malin, hein ?

– Fiche-lui la paix, Koz. Il ne te sera utile en rien, intervint de nouveau Zair, une certaine tension, presque imperceptible, dans la voix.

– Zane t’as sûrement dit de toujours te montrer le plus insupportable possible, gronda l’intéressé, l’ignorant grossièrement. Ou de faire celui qui n’a peur de rien, pour compenser ta nature geignarde. Ne nie pas, ça se voit que tu es seulement son toutou de compagnie. Fais-tu la vaisselle ? Laves-tu son linge dans l’espoir qu’il te laisse récolter des reliques ? Ou l’idéalise-tu ? Peut-être est-ce carrément ton héros, non ? Sans peur, sans reproches, sans foi ni loi aussi, comme il aime à s’en vanter, j’en suis sûr. Un véritable mentor, hein ? Ah ! À part toi et son équipe, il ne commande personne ! Mais t’a-t-il dit aussi qu’il flatte et s’agenouille sans vergogne, quitte à s’humilier volontairement ? Voir à poignarder son propre maître dans le dos ! T’a-t-il avoué être un expert du lèche-bottes, pourvu qu’il ait seulement l’impression que la personne en face soit plus forte que lui ? C’est ce qu’il faisait chaque jour devant Lokar !

« Je ne sais même pas qui est Lokar ! », hurla l’esprit dépité de Marc, sans toutefois occulter totalement une certaine curiosité.

– Je suppose qu’il n’a jamais ployé le genou devant vous alors, répondit sa bouche, son ton ne tremblant pas, pour une fois.

La stupéfaction figea Koz sur place, persuadé que la lavette en face de lui n’oserait seulement ouvrir la bouche, tandis que des murmures furieux parcoururent le cercle d’hommes dans son dos. De ce que Marc distingua, tous s’étaient relevés, la majorité ayant définitivement récupérée ses pistolets.

Entièrement contracté, le prince ôta sa main, sous le regard inquiet du collégien. Puis, il recula de quelques pas, un rictus mi-mauvais, mi-furieux plaqué comme un masque de cire.

Finalement, au bout d’un moment qui lui parut une éternité, empli d’une tension à couper au couteau, l’expression du prince se mua en une moue dédaigneuse. Peinant à comprendre son objectif, le collégien finit par réaliser qu’il tentait d’avoir l’air totalement désintéressé.

– Tu ne vaut certainement pas la peine que je me fatigue à répondre, fit-il, haussant les épaules.

Koz leur dédia un sourire triomphant, tournant les talons dans un jeu de cape soigneusement exécuté. Mettant ainsi fin à cette affreuse discussion malaisante, au grand soulagement de Marc. L’homme repartit, épaules raides, dans son demi-cercle d’admirateurs au sein duquel il se trouva sûrement félicité, enfin quelque chose comme ça. Il voyait mal ces soldats, si attachés au respect de leur seigneur, le critiquer de quelque manières que ce soit !

– Comment un tel crétin peut-il être autant adulé, soupira rhétoriquement Zair.

Haussant les épaules, Marc expira bruyamment – quand avait-il retenu son souffle d’ailleurs ? Sans grand espoir, il testa de nouveau ces liens à énergie si chers aux extraterrestres. Peine perdue ; la consistance équivalait à celle du caoutchouc ayant perdu son élasticité. Le résultat étant des entraves redoutablement solides. Il voulait bien ne pas céder à la panique, mais bon, il n’avait pas l’impression d’être beaucoup aidé ! Et pour ne rien arranger, le stress recommençait à lui donner la nausée !

– Évite de t’agiter. Je n’ai pas envie que tu te vomisses dessus, soupira Zair.

– Tu crois que Zane va venir nous délivrer ? demanda-t-il sans réfléchir.

Le soldat chargé de les surveiller pouffa moqueusement. Tiens, Marc ne l’avait pas remarqué avant d’ailleurs ! Ou peut-être se trouvait-il là depuis le début ? Accaparé par Koz et ses expériences capillaires, l’un comme l’autre pouvait bien être correct, sans qu’il ne se soit rendu compte de rien.

– Lui ou quelqu’un d’autre, voir nous-mêmes, répondit Zair (une petite grimace passa fugitivement sur ses traits, disparaissant aussi vite qu’elle était venue). En tout cas, soit certain que nous ne resterons pas longtemps au milieu de ces imbéciles congénitaux.

– N’espérez pas vous enfuir, rétorqua leur garde, confiant (Marc eut soudainement l’envie de lui demander son nom ; l’appeler seulement « le garde » lui apparaissant fort peu respectueux. Mais renonça tout aussi rapidement à cette idée. Il refuserait probablement de lui répondre, s’il ne se persuadait pas qu’un piège se cachait derrière cette demande innocente. Et puis, se l’avoua-t-il à demi-mots, il n’oserait jamais…). Quant à vos si chers amis, le capitaine Illian les ramènera pieds et poings liés d’ici peu.

– Parce que vous croyez que quatre hommes, sans celui capable de maîtriser le kaïru, suffiront à les capturer ? Illian est peut-être un peu moins primaire que vous, ça ne suffira pas.

Comme Marc aurait aimé partager cette vision des choses ! Cependant, au lieu d’essayer d’avoir le dernier mot, l’homme se retourna, non sans leur avoir jeté un regard étrange. Sans parvenir à mettre totalement le doigt dessus, le collégien trouvait que cette histoire sentait franchement mauvais !

Tentant de se détourner d’un mauvais pressentiment, il examina les alentours, à la recherche d’un indice quelconque pouvant les mener à une évasion rapide, et surtout, plausible.

La première chose qu’il remarqua fut l’orée de la forêt cambodgienne. Pas les marécages, ni une clairière miraculeuse au milieu des temples de la Voie Royale, non. Un coup d’œil vers l’arrière lui prouva qu’ils étaient bel et bien sortis de cette interminable jungle hostile. Effectivement, commenta-t-il mentalement, les Radikors et lui n’avaient plus que quelques kilomètres à parcourir, avant d’enfin revoir un soleil franc, quoique falot, autrement qu’au travers de la couverture végétale formée par une frondaison piquetée d’éclats smaragdins. L’astre diurne entamait seulement sa lente descente vers l’ouest, en partie dissimulé par un amas grisâtre de nuage de plomb, disharmonieux par leur forme modelée à la guise du vent. S’il ne s’agissait pas encore d’une tempête digne de ce nom, le souffle moite ne tenait guère de la petite bise, forçant les hommes à garder un pied sur leur ceinturon, afin de l’empêcher de tutoyer le ciel. Loin d’être rafraîchissant, il réchauffait les corps recouverts de vêtements, collant le tissu à la moindre parcelle de peau en contact, soulevant de petites colonnes de poussière sur son passage.

Néanmoins, si la ville – ou le village, d’après les dires de Zane – se situait non loin de leur ancien campement, nulle habitation ne venait troubler la monotonie abrutissante s’étalant sous ses yeux noisettes. Aussi loin qu’il pouvait regarder, un échalas de tons ocre, beige, brun. Les environs prenaient une consistance arénacée, flagrant contraste avec la tourbe dans laquelle il pataugeait depuis des jours. Le doux bruissement des rameaux se frottant les uns contre les autres, aria délicate d’un soliste donnant le ton à son congénère, en devenait irréelle. Marc se retourna même une fois, peinant à croire de tels contrastes, à si peu de distance l’un de l’autre. Le bloc d’écorces multicolores s’éclaircissait à mesure qu’il ne se trouvait plus protégé des rayons ardents frappant le pays presque sans discontinuer, prenant une teinte uniforme d’un brun brûlé. Les bordures partant en tous sens d’agaviers, fougères et autres adventices luttaient encore farouchement là où Koz avait décidé de s’arrêter, mais déjà ils en étaient moins hauts, moins serrés, ne formant plus qu’un ensemble de buissons, rapetissant à mesure de leur éloignement de la sylve. En frottant le sol terreux de son pied, le garçon constata qu’en plus d’avoir considérablement durcies, les touffes écartées finissaient en petit tas de cendre. Il ne se voyait pas planter des piquets de tente là-dedans !

Le souvenir de la toile partant en fumée fit monter une boule chagrinée dans sa gorge, coupant net son observation. S’il ne s’était pas fait capturer par Koz, le jour du duel kaïru, celui-ci n’auraient sans doute pas retrouvé les Radikors, bien plus discrets que lui. Et jamais l’un d’entre eux ne se serait fait capturer…

Le visage pâle de Zair ne l’aida en rien à atténuer sa culpabilité. Comme soudainement écrasée par la chaleur, maintenant que personne ne lui prêtait plus attention, elle semblait somnoler. Un petit sursaut la ramenait au présent chaque fois qu’elle se trouvait sur le point de sombrer dans le sommeil, râpant son dos contre l’écorce sèche comme un parchemin.

Au-delà de la petite clairière – n’en étant, au final, pas réellement une –, le mince tapis herbacé parcourait encore quelques lieues, avant de céder sans transition la place à divers buissons racornis, recroquevillés sur eux-mêmes, comme privés de vie. Étrangement, cette nouvelle forme de végétation ne disparaissait pas complètement, continuant de ponctuer la terre battue aussi loin que pouvait observer Marc. Quelques rochers ocre semblaient sortir tout droit des entrailles de la terre, tout en circonvolutions finissant chaque fois abruptement en arêtes saillantes. Par moment, une touche de gris poussiéreux, ou un argent granuleux reflétant les rayons du soleil apparaissait dans l’une ou l’autre anfractuosité. Au-delà de la ligne d’horizon, il distinguait un ensemble serré d’ombres encore informes, mouvantes sous le vent, lui rappelant le premier rang de fans un jour de concert, serré toute en brandissant de petits briquets au rythme d’un slow. Probablement une autre partie forestière, conclut-il, inexplicablement soulagé de ne pas voir uniquement un abrupt désert d’un nouveau genre. Mais pourquoi Koz les gardait-il précisément à cet endroit ? S’ils fuyaient, il leur était toujours possible de rejoindre les arbres avoisinants, et ainsi échapper rapidement à…

– Mais c’est pas vrai ! pesta Zair, soudainement sorti de sa torpeur, fixant un point dans le ciel.

Levant à son tour le nez, Marc ne vit tout d’abord rien, à part les sempiternels nuages presque immobiles en dépit des rafales. Puis, plissant les paupières, il parvint à distinguer une petite forme se détachant de l’azur zébré de gris-vert par endroit, sans réaliser pourquoi cette chose en particulier avait attiré son attention.

Il comprit en la voyant grossir crescendo, d’abord cercle éloigné à l’horizon, avant qu’un son caractéristique d’hélices tournoyantes ne résonne dans le silence abruptement tombé sur le petit campement. Enfin, quand, entamant sa descente au sein de la clairière, l’appareil apparut de toute sa taille, le doute ne fut plus permis.

La cause de l’agacement de Zair n’était autre qu’un vaisseau, spatial, rajouta d’office Marc dans ses pensées.

Sa morphologie ne correspondait pas à l’image qu’il se faisait de ce genre d’engin. À première vue, elle lui rappela un P, courbure vers le bas, sa queue prenant place à l’arrière. Deux couleurs dominaient : le jaune sur le corps de l’appareil, les deux ailerons situés tout à l’arrière, au-dessus de son extrémité, pointant en diagonale vers le ciel (il distingua sur leur face extérieure un étrange symbole, qu’il ne se rappelait pas avoir vu auparavant ; une secte vaudou peut-être ?), et en partie sur un autre plus petit, en-dessous, formant comme un L un peu tordu. Ah non, se corrigea-t-il, il y avait également une capsule ovale en relief, sur la droite du vaisseau, mais il ne put sur le coup en deviner l’usage. L’autre couleur était un noir métallisé, coupant sa consœur en deux parties, supérieure et inférieure, sur le corps de l’appareil (plusieurs fenêtres teintées, à l’avant et sur les côtés, permettant la vision extérieure de ses occupants), le reste de l’aileron arrière, les moteurs en forme de cônes démesurés dans le creux du P, et les deux hélices permettant le vol, situées au-dessus du vaisseau. Celles-ci partait d’un cercle sur la capsule aperçue précédemment – et son équivalent gauche –, avant de partir en légère diagonale vers le haut, rappelant au collégien des sucettes géantes noires, à la tête un peu aplatie.

Juste avant de se poser, un train d’atterrissage se déploya en éventail au niveau de la queue du P, lui aussi noir, quoique nécessitant un bon nettoyage au vu des traces de boue le maculant.

– Génial, le X-Scaper, soupira Zair, éprouvant la solidité de ses liens. Je comprends mieux pourquoi Koz paraissait si réjoui tout à l’heure.

Constatant son incapacité à se délivrer, elle fouilla du regard l’orée dense derrière eux, comme espérant une intervention miraculeuse de Zane. Marc, quant à lui, y cherchait la stature rassurante de Tekris.

Une fois le vaisseau – X-Scaper, donc ? - immobilisé, soulevant quantité de poussière, la capsule intriguant Marc s’ouvrit en coulissant, émettant un petit bruit de dépressurisation. Fixé au seuil, un escalier métallique (vraisemblablement relevé en vol) s’abattit presque sans un bruit.

Koz descendit de son trône portatif, tout sourire, pour se planter quelques mètres devant la dernière marche.

– J’ai vraiment beaucoup trop dormi, marmonna Marc, se forçant à relever un peu plus la tête.

Il s’attendait à une armada extraterrestre, lourdement armée, ou des sortes d’androïde interstellaires peut-être. Aussi se trouva-t-il surprit de ne voir que des humains émerger de la coque jaune voyant. Constatant que décidément, il ferait mieux de cesser laisser courir son imagination, puisque la plupart du temps elle se révélait avoir tort, à divers degrés.

La première personne à descendre fut un adolescent à la musculature développé, de type caucasien. Marc l’imaginait très bien en garçon de ferme, malgré ses vêtements bien entretenus – et dénués de paille. Du visage de l’homme heureux de se dégourdir les jambes après un long voyage, il prit appui sur les deux rambardes ceignant l’escalier, se laissant glisser jusqu’à son seuil, ne posant pas le pied avant d’avoir terminé sa descente. Il se frotta un instant les mains, son sourire disparaissant tandis qu’il observait le petit groupe d’hommes stationnés. Passant sa langue sur ses lèvres, il réajusta son bandeau rouge (la couleur rappela au collégien celle du sang ; mais s’il fallait être honnête, n’importe quelle autre nuance produirait un tel effet dans son état d’esprit), mal à l’aise. L’accessoire maintenait ses cheveux blonds, ces derniers descendant jusqu’au milieu de la nuque, vers l’arrière, dégageant son visage large, un peu comme un grand carré dont les arêtes auraient été adoucies. Les oreilles décollées, ses grands yeux d’un jaune-vert clair, sa bouche étirée et son nez très retroussé (cela rappela un peu à Marc le groin du cochon qu’il vit une fois en vacances, petit, dans une mini-ferme ; une ressemblance certes vague, mais qui contribuait à l’impression de voir un garçon de ferme enfermé dans une tenue ne lui convenant guère) lui composaient un air avenant, auquel le collégien aurait volontiers accordé sa confiance en d’autres circonstances. Tout était épais chez ce jeune homme, heureusement suffisamment grand pour que cela ne le grossisse pas. Faisait-il la taille de Tekris ? Si jamais Marc le revoyait, il faudrait qu’il lui pose la question. Un T-shirt marron recouvrait sa poitrine, sous une veste sans manches grise excepté une bande blanche horizontale au niveau des pectoraux. Le pantalon arborait la même couleur, mais légèrement plus foncé et aux bas blancs, tombant sur des baskets marrons à la pointe également blanche. Deux lourds brassards recouvraient ses poignets et une partie des avant-bras, seule une petite boule verte tranchant avec le gris clair. Enfin, une ceinture blanche s’enroulait autour de sa taille, sertie d’une pochette rectangulaire dont Marc en voyait de semblables depuis un bon moment déjà. Outre ceci, l’étrange symbole circulaire déjà aperçu sur le vaisseau posé sur son devant l’intrigua terriblement.

Pouvait-il y avoir un rapport avec celui ornant les propres ceintures des Radikors ? Il croyait qu’il ne s’agissait que d’une babiole fabriquée par un trio d’amis, mais les deux autres jeunes gens qui suivirent l’arboraient également fièrement. Il commençait à saisir la réelle importance de ces emblèmes…

– Puisque nous en sommes à ce point, grogna Zair, le visage plus fermé qu’il ne l’eut jamais vu, autant te les présenter. L’imbécile heureux, c’est Boomer.

La femme qui suivit le blond se trouvait être une métisse à la taille élancée, descendant à la fois rapidement et prudemment les marches. Une douceur certaine émanait de ses traits et de ses gestes, et ce fut la première à s’apercevoir de sa présence. Son regard doré manqua d’hypnotiser le collégien, seule sa concentration à ne pas laisser ses genoux claquer l’empêchant de répondre à sa soudaine envie de lui sourire. Cependant, il pensa qu’elle devait avoir quelques origines extraterrestres ; d’abord, à cause des marques azur ornant ses joues, une sur chaque, comme deux rectangles horizontaux posés l’un sur l’autre, légèrement décalés. Ou deux éclairs horizontaux épais, il ne réussit à se décider. Ensuite, sa chevelure arborait un bleu profond, couleur inhabituelle chez les humains. La seule personne ayant les cheveux bleus, même en plus clair, se trouvait être extraterrestre et particulièrement irascible. L’adolescente avait beau posséder une certaine beauté, il ne put éviter de se sentir stupéfié de voir une autre coiffure défiant la gravité. D’accord, sa frange s’arrêtant un peu au-dessus des sourcils, et les deux longues mèches le long de ses tempe descendant en-dessous du menton étaient on ne peut plus normales. Cependant, le reste de sa chevelure, noué à l’arrière de son crâne, se divisait en plusieurs rectangles droits malgré la pesanteur, faisant irrésistiblement penser à une sorte de ventilateur portatif. En d’autres circonstances, il aurait peut-être sourit, et cela lui rappela la nuit où Tekris, après lui avoir fait promettre de ne jamais le répéter, lui avoua que jusqu’à peu, Zair attachait sa propre chevelure crépue en chignon, pour un effet boule-de-neige…original. Contrairement à Boomer, son visage était plus petit, se terminant en une pointe volontaire. Ses oreilles plaquées, sa bouche étroite, ainsi que son nez fin formaient un ensemble harmonieux, de ceux que les élèves de Terminale faisant connaissance avec leur libido auraient observé sans vergogne. Outre sa ceinture similaire à celle du blond, elle portait une tunique, s’arrêtant en haut de ses cuisses, et un pantalon tous deux d’un vert foncé que recouvraient d’épaisses bottes dans le style mocassins. Elle aussi portait une veste sans manches, blanche bordée de rouge sur le col et sur ses épaules. Un collier serré ornait son cou, une pierre dorée au milieu entourée de deux autres rouges prenant la forme de dents effilées, et deux brassards d’or, l’un classique enserrant son biceps droit, l’autre surmonté d’un ovoïde (évoquant seulement la nouvelle collection de montre Golex aux yeux de Marc) à son poignet.

– Celle-là, c’est Maya, l’informa sa compagne d’infortune.

– Oh, j’avais un hamster qui s’appelait comme ça !

L’extraterrestre n’ajouta rien, cependant, elle lui fit clairement comprendre que cela ne l’intéressait nullement. Gêné, le collégien préféra se reconcentrer sur les nouveaux arrivants.

Enfin, la dernière personne à descendre fut un deuxième garçon, sourcils froncés. Tout son être exprimait clairement son déplaisir de se retrouver ici, sensation s’accentuant quand il croisa le regard totalement autosatisfait de Koz. D’ailleurs, il ne semblait pas non plus enchanté d’avoir affaire à lui, quelle qu’en soit la raison. Immédiatement, Marc sentit une forte autorité émaner de cet adolescent, pourtant bien moins imposant que son camarade Boomer. Il en fut impressionné, malgré lui, quoique l’autre ne lui donnait pas cette envie presque irrépressible de se mettre au garde-à-vous, comme avec Zane. Sans hésitation, il sut qu’il s’agissait du chef des deux précédents. Il était brun, les cheveux épais au point de former comme un casque épousant la forme de son crâne. Deux petits favoris encadraient ses tempes, et sa frange pointait vers la droite, tout comme le reste de sa coiffure. Son visage avait sensiblement la même forme que celui de la Maya, ses yeux bleus turquoise prolongés par un nez fort sans être excessivement prononcé, et des lèvres soit boudeuses, soit moqueuses. Au contraire de Koz, il paraissait légèrement hautain sans nécessiter d’expression particulière. Assez petit pour un homme, une veste ajustée en diverses nuances de bleu recouvrait un T-shirt rouge (encore ! Marc finissait par détester cette couleur). Sa pochette était cette fois noire, tout comme son pantalon ample retombant sur ses chevilles. De solides chaussures rouges traversées par une zébrure blanche verticale, sur les côtés, enserraient ses pieds. Pour finir, un brassard similaire en matière à celui de Boomer apparut quand il releva sa manche droite, appuyant sur un petit triangle au dos en murmurant quelque chose ressemblant à « nous sommes bien arrivés ». Sauf s’il disait « pas de pièges ». Ou encore…Bon, en fait, l’imagination du collégien l’empêchait de décrypter clairement le message !

– Et voici monsieur Ky Stax, conclut Zair, grinçant significativement sur le nom.

Pourtant, aucune aménité particulière ne se vit sur son visage. Plutôt un autre sentiment, que Marc ne réussit à déterminer clairement. De toute façon, il n’y prêtait pas tellement attention.

– C’est le chef ? questionna-t-il à la place, afin d’en être certain.

– Exact.

– Pourquoi il parle à son bracelet exactement ? C’est bizarre !

– Parce que il s’agit d’un X-Com – ne me demande pas pourquoi ils mettent des X partout, je n’en sais rien ! Pour faire simple, ce sont de petits appareils permettant de communiquer sur de longues distances, à condition qu’il n’y ait pas non plus de perturbations électromagnétiques. Un peu comme un portable, en plus efficace, si tu veux.

– Ah d’accord, j’ai compris !

– Je savais bien que cette comparaison te parlerais.

Un chouïa vexé, Marc choisit de ne pas répondre, curieux d’en savoir plus sur les trois adolescents ayant émergé du X-Scaper. Une fois regroupés, ils refermèrent le sas de sortie, s’assurant de son étanchéité avant de marcher d’un pas mesuré vers Koz. Celui-ci inclina la tête en guise de salut, soudain bien plus nerveux.

– Vous avez fait vite, commenta-t-il platement.

– Maître Baoddaï nous a envoyé dès qu’il a reçu ton message, répondit Ky, bras croisés. Tu disais avoir retrouvé les Radikors, et les avoir capturés, c’est ça ?

– En guise de preuve de bonne volonté, confirma le prince, je vous avais promis de vous aider à les traduire en justice ! Je tiens ma parole, j’ai même juré sur mon statut de respecter le Code d’Honneur !

– Non mais c’est une plaisanterie ?! s’étonna Zair, on ne peut plus abasourdie. Hier, tu as attaqué un gosse, un civil ! Zane est un bien meilleur menteur que toi.

– Zane se fiche bien de mentir, tant que cela sert ses intérêts, rétorqua Ky. C’est différent.

– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? intervint Maya, reportant son regard sur le collégien. Il s’agit de ce garçon, n’est-ce pas ? Il n’a pas l’air très vaillant…

– En même temps, il s’est prit une attaque rouge en pleine figure, rétorqua l’extraterrestre. Dis-leur, toi !

De nouveau centre de l’attention, Marc se rapetissa malgré lui, fixant ses pieds pour ne pas croiser les regards inquisiteurs l’attendant. Dommage que toute l’assemblée écoutait sa réponse…

– Je…Enfin, oui, mais c’était pas la tête, mais la poitrine…finit-il par répondre. (Une idée lui traversant soudain l’esprit, il rajouta, plus fort) Je dois avoir plein de bleus maintenant ! Vous n’avez qu’à soulever mon vêtement, vous verrez bien !

– C’est ridicule, grogna Koz. D’accord, je l’ai attaqué, mais uniquement pour me défendre ! Les Radikors ont recruté ce gamin, sûrement parce qu’il s’est trouvé trop crédule, ou pour obéir à des ordres cachés de Lokar. De la légitime défense, voilà ce que c’était !

– Menteur ! siffla Zair. J’étais par terre quand tu m’as envoyé ton Mur de lames, et le gosse ne possède pas d’X-Reader ! Comment pouvions-nous t’attaquer ?!

– L’autre peut bien avoir jeté son appareil avant que je ne le trouve, jouant sur son physique de victime pour paraître innocent ! Et il me semble bien t’avoir vu utiliser les Vapeurs vertige, non ? Comment pouvais-je savoir que la prochaine attaque ne serait pas destinée à me mettre par terre ?

Sur l’écorce râpeuse, les poings de Zair se serrèrent au moins autant que sa mâchoire. Elle ne pouvait nier avoir employé ses propres attaques, et Marc reconnaissait sans problème l’expression qu’elle arborait. Celle de la personne disant la vérité devant un menteur utilisant le moindre détail pour la décrédibiliser.

– Ça suffit, déclara Boomer en s’interposant. On réglera l’histoire de l’enfant plus tard. Pour le moment, je vois surtout que des Radikors, il n’y a que Zair. Où sont Zane et Tekris ?

Perdant de sa superbe, Koz balbutia quelques mots, cherchant l’inspiration divine parmi les soldats, tous relevés pour l’occasion. Finalement, à court d’excuses, il dut avouer sur le bout des lèvres :

– Ils se sont échappés…Provisoirement ! J’ai lancé des hommes à leurs trousses, et ils devraient bientôt revenir ! Seulement, comme cela fait plus d’un an que nous les cherchons, je me suis dit que vous aimeriez déjà avoir la moitié des Radikors au monastère, pour le jugement.

– Le nouveau, le petit garçon, n’est pas concerné par cette histoire, déclara Maya.

Elle se rapprocha de l’intéressé, qui réussit l’exploit de ne pas se rapetisser, le coeur battant la chamade.

– Il est terrorisé, ça se voit, continua-t-elle en repoussant une mèche de cheveux rebelles. Mieux vaudrait le laisser partir, avant que la doctrine de Lokar ne le contamine tout à fait. Un enfant de cet âge ne peut pas être totalement mauvais !

– Sauf s’il s’agit d’un plan B des Radikors, objecta Ky. Zane est prêt à tout pour éviter d’assumer ses actes, alors employer un humain pour nous attendrir, ce n’est qu’une formalité pour lui. Comment être sûr qu’il ne courra pas informer ses camarades dès qu’il sera libre de ses mouvements ? Et puis, que je sache, Zane n’avait pas douze ans quand il s’est engagé au service de Lokar.

Une réflexion qui fit lever au ciel les yeux de Zair, excédée. Quant à Marc, il finissait par devenir complètement perdu, incapable de saisir la moitié des enjeux sous-jacents.

– Bon, tenta Boomer, s’accroupissant à sa hauteur. Dis-moi la vérité, et on pourra peut-être t’aider. Tu es quoi, une sorte de nouveau novice du kaïru ? Les Radikors t’ont promis la puissance, quelque chose comme ça ?

– Ben non, plutôt de me noyer si je n’arrêtais pas de les suivre, répondit spontanément Marc, piteux.

Trop de tension nerveuse, ou véritable amusement, Zair éclata de rire, cherchant sans y parvenir à calmer rapidement son hilarité. Incrédules, les nouveaux venus l’observèrent comme si elle venait soudainement de perdre l’esprit, sans trop savoir comment réagir. Au bout d’un long moment, elle réussit à reprendre contenance, lâchant un soupir fatigué. Le collégien craignit qu’elle ne parvienne à ne maintenir très longtemps l’illusion d’une adolescente en pleine forme, prête à en découdre.

– Je dois dire que ça ne m’étonne qu’à moitié, commenta Boomer.

– Bon, ça suffit les bavardages, coupa Ky. Écoute, je ne vais pas y aller par quatre chemins : quoi que t’ont proposé les Radikors, ils ne pourront pas te le donner, eux ou Lokar. Tu es jeune, tu peux encore emprunter le bon chemin, en nous rejoignant par exemple, ou au pire en te détachant de leurs belles paroles. Aide-nous à retrouver Zane et Tekris, et nous t’aiderons à reprendre une vie normale !

Le pire, constata Marc, était que le brun croyait réellement à ce qu’il déclamait. Peut-être disait-il la vérité?! Peut-être était-ce là sa chance d’avoir une vraie vie, loin de la boue, du soleil ardent et des réflexions moqueuses de Zane ? D’un autre côté, il y avait Tekris, le colosse protégeant sa faible personne de l’ire de son chef, le garçon qui accepta de laisser un inconnu dormir sous sa propre tente. Et Zair, qui depuis leur capture tentait tant bien que mal de convaincre Koz de le laisser tranquille. Et puis, le vert lui sauva la vie une fois aussi ; c’était beaucoup aux yeux du collégien. Personne n’avait jamais fait une aussi gentille chose, à part sa petite Emma évidemment. Confronté à une situation lui échappant, l’absence de sa sœur lui pesait terriblement…Mais il ne pouvait pas trahir, pas comme ça, le trio l’ayant prit en charge sans – trop – discuter. Bon, les extraterrestres étaient persuadés de ne pas devoir le supporter longtemps, mais cela signifiait bien quelque chose ! Et puis, il se sentait en grande partie responsable de l’incendie, et de la capture de Zair, entre autres choses.

Aussi haussa-t-il les épaules, décidant de répondre selon ce que lui dictait sa conscience.

– Je ne connaissais rien de vos histoires sur le kaïru jusqu’au mois dernier, commença-t-il, encouragé du regard par Maya. Et je ne sais pas ce que vous reprochez aux Radikors d’ailleurs, ils n’ont jamais voulu m’en dire plus sur cette histoire, ni sur autre chose d’ailleurs. Moi, je sais juste qu’ils ont accepté de m’amener au village le plus proche au lieu de me laisser tout seul dans la forêt. Et que sans eux, je serais mort depuis un sacré paquet de jour. J’suis pas une balance, alors débrouillez-vous tous seuls…

Mordillant sa lèvre inférieure à sang, il n’eut pas à attendre leurs réactions. Ky secoua négativement la tête d’un air désolé, un Koz triomphant planté derrière lui. Boomer se gratta la nuque, sans paraître savoir comment le considérer, finissant par se ranger de l’avis de son chef après lui avoir jeté un œil.

– Peut-être changeras-tu d’avis durant le trajet pour rejoindre le monastère, tenta Maya, effectuant un geste d’apaisement en direction du brun. C’est d’accord, Koz, nous les prenons avec nous, mais seuls les cas des trois Radikors seront examinés par le Redakaï. Et tu devras attendre que ces deux-là soient en sécurité avec Maître Baoddaï, avant que nous ne revenions récupérer leurs coéquipiers, si tes hommes les ont capturés.

– Mais, et la demi-portion alors ?! s’étrangla le prince, pour le plus grand plaisir de Zair.

– Nous ne savons rien de lui, alors il faudra d’abord déterminer son rôle avant de pouvoir décider quoi faire. Au fait, termina-t-elle en reportant son attention sur le collégien, comment t’appelles-tu ?

– Si tu arrives à le lui faire cracher…soupira Zair. Ça fait des semaines qu’il reste muet là-dessus !

– Pas autant, si ? s’étonna sincèrement Marc. Oh, c’est une façon de parler ? Oui, bien sûr…

– Donc ? intervint Ky, scrutant d’un air agacé la dense frondaison de l’orée, comme si elle détenait la clé de la localisation des deux derniers Radikors.

Restant obstinément muet, Marc fit passer son regard de l’un à l’autre, inclinant légèrement la tête sur le côté. Si seulement les Deus ex Machina marchaient aussi dans la vraie vie !

– Je vois, finit par soupirer le brun. Allez, on les embarque. Direction le monastère, nous aviserons là-bas.


µµµ


Ayant eut la permission de s’allonger sur un canapé, près de la porte d’entrée – pouvait-il appeler « porte d’entré l’espèce de petit sas menant à l’extérieur, au fait ? –, Marc s’autorisa une pause, fermant doucement les paupières. Pour les rouvrir quasiment aussitôt, le temps de se retourner, tentant de trouver une position confortable, et surtout, non douloureuse.

– Paré à décoller ? demanda Boomer, empoignant l’espèce de volant du vaisseau, assis devant un poste de contrôle ouvert, légèrement surélevé du sol.

– Absolument, confirma Ky. Plus tôt nous sortirons de cette jungle, plus tôt nous pourrons aider Koz à retrouver Zane et Tekris. Il serait capable de rater un éléphant un peu caché par l’obscurité…Rien à signaler de ton côté, Maya ?

L’interpellée, observant le campement de fortune par la fenêtre, plissa un peu plus les paupières, comme intriguée, tandis que Zair marmonnait un « vas-tu te tenir tranquille ! » à Marc.

– Je ne sais pas trop…Koz vient de prendre tous ses hommes avec lui, sauf deux encore allongés sur le sol, d’un seul coup. On aurait dit qu’il avait vu quelque chose.

– Dans ce cas, méfiez-vous. Zane va peut-être tenter de récupérer ses coéquipiers.

Il ne continua pas sa phrase, s’appuyant au mur pour ne pas finir fesses par terre au moment du décollage. Le vaisseau s’éleva lentement, presque sans secousses, manié vraisemblablement par la main d’un habitué. Marc se demanda confusément si, un jour, il pourrait essayer de piloter l’un de ces engins. Et puis, qu’est-ce que c’était que ce monastère dont les trois humains n’arrêtaient pas de parler ? Rien qui enchantait Zair, évidemment, mais s’il trouvait quelques réponses là-bas ?

Quoique, il préférerait les chercher de son propre chef, sans afficher le statut de « prisonnier »…

– Tous les…combattants sont-ils adolescents ? demanda-t-il à l’attention de Zair, pour détourner le cours de ses pensées. Je n’ai vu aucun adulte pour l’instant.

– Ne dis jamais ça à Zane, fit-elle. Dans quelques mois, il fêtera ses dix-huit ans, et crois-moi, il a hâte ! Tiens, mais au fait, Koz est quoi à ton avis ?

Un ange passa, durant lequel Marc maudit une fois de plus sa bêtise.

– Ho, j’avais oublié…N’empêche, il est jeune, non ?

– Jeune, oui, mais surtout…

Tout à coup, un éclat rougeâtre attira l’œil du collégien, coupant également Zair au milieu de sa phrase. Le vaisseau, qui décollait d’une dizaine de mètres à peine, plongea en piqué. La secousse du métal heurtant la terre battue projeta Marc sur le sol, grimaçant. Autant les humains lâchèrent un cri surpris (lui compris), autant n’entendit-il rien venant de Zair. Craignant un choc lui ayant fait perdre connaissance, il se retourna péniblement, ses mains liées dans le dos lui donnant probablement l’image d’une larve peinant à sortir de son cocon.

Droite, sourire aux lèvres, l’adolescente ne parut pas se formaliser d’avoir tout aussi durement heurté la moquette du X-Scaper. Au contraire, seule une certaine satisfaction, mêlée de soulagement, transparaissait. Le garçon supposa qu’elle était ravie de ne pas être emmenée aussi vite à ce monastère.

– Est-ce que tout le monde va bien ? questionna Ky, gardant péniblement son équilibre en se cramponnant à une corde de rideau.

– Oui, je crois, répondit Maya, frottant son nez. Qu’est-ce qu’il s’est passé, Boomer ?

L’intéressé ne répondit pas tout de suite, pianotant un instant sur le clavier étalé devant lui. Indécis, il releva la tête, effectuant un examen visuel des lieux.

Finalement, il tendit le bras vers la gauche, chacun, y compris les prisonniers, suivant la direction de son doigt. L’hélice, jusque-là rigoureusement droite, présentait désormais une courbure en son centre.

– Quelque chose nous a heurté en plein vol, expliqua-t-il, et le choc nous a fait perdre de l’altitude. Au moins, même si ce sera plus difficile et que gérer la trajectoire sera plus délicat, je devrais pouvoir nous faire redécoller.

– D’accord, mais qui a fait ça ? Ou quoi ? répondit Maya, s’éloignant prudemment du carreau ovale.

Personne n’eut à répondre. S’élevant de l’extérieur, une voix aux intonations tranchantes tonna, franchissant sans peine la tôle de la coque.

– Ky foutu de Stax ! Sort de là, si tu en as le courage ! Ou je continue à massacrer ton vaisseau à coups d’attaques kaïru !

– Zane ?! cria presque Marc, se relevant brusquement.

– Qui d’autre ? rétorqua Zair. Il doit être énervé, c’est toujours le cas quand il ne travaille pas ses répliques.


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Comme promis, la suite est arrivée bien plus vite ! J’espère que cela vous aura plu !

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