Dans ta chute, élève-toi.

Chapitre 1 : Dans ta chute, élève-toi

Chapitre final

3779 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 27/11/2025 12:22

Je te vois chuter.

Toi, le dragon ascendant, tu tombes.

Moi, la lame abattante, je m’envole.

Ton Rozan Kō Ryū Ha [L’ultime dragon de Lushan], ta cosmo-énergie portée à son paroxysme – non… au-delà de son apogée – nous a propulsés tous deux vers l’espace. C'était ta seule chance contre moi : te sacrifier, faire exploser ta vie, me priver de la mienne en abandonnant la tienne. Après avoir brillamment esquivé ma dernière attaque, après t’être plaqué désespérément dans mon dos, après m’avoir fermement agrippé par les aisselles, tu nous as emmenés vers les cieux, vers notre destin que tu voulais commun. Mais à présent, à l'orée de l’exosphère, nos corps se séparent et, alors que ta chute te ramène vers la vie, mon élévation m’emporte vers la mort.

C’est le contraste final, le dernier sarcasme, l’ultime trait d’ironie que le cosmos me lance, à moi, Shura, chevalier d’or du Capricorne. Moi qui ai vécu dans l’erreur en pensant être lucide, qui ai obligé l’ombre en croyant servir la lumière, c’est de ma propre combustion que je rayonne à présent, alors que mon existence s’éteint. Ce n’est plus de l’air que je respire, mais l’éther brûlant de la haute atmosphère. Ce ne sont plus des astres que je vois briller, mais les particules de mon propre corps qui se désagrège sous l’effet de ton arcane.

Je grimpe l’escalier céleste des Gémonies et les étoiles seront mon échafaud. Encore cette dérision… J’ai toujours pensé qu’elles étaient la récompense de la vertu d’un chevalier. Ce soir, elles sont les témoins impitoyables de ma sentence. Elles pulsent au rythme de ma désintégration. Leurs éclats de lumière m’évoquent des éclats de rire.

Elles se moquent.

Elles se moquent parce que plus je m’élève, plus je chute vers le néant du trépas. 

Elles se moquent parce que plus je me consume, plus je m’abîme vers l’enfer glacé du Cocyte.

Elles se moquent…

Je ne mérite rien d’autre. J’ai failli en tant que chevalier. J’ai failli en tant qu’homme. J’ai failli en tant que camarade. J’ai failli… 

Je me revois, cette nuit-là, la nuit où ma main a voulu trancher la vie d’un bébé, ma déesse que je n’ai pas su respecter : Athéna. La nuit où cette même main s’est abattue sur son protecteur, le chevalier d'or du Sagittaire, mon modèle de droiture que je n’ai pas su croire : Aiolos.

À cette époque, j’étais la foi personnifiée, la certitude faite homme. J’étais l’épée du Sanctuaire. Mais une épée n’est qu’un outil entre les mains de celui qui la brandit et je n’ai été que celui du Grand Pope, sans le moindre discernement. Moi, le Capricorne, j’ai agi par excès de zèle. Je n’ai pas douté. Je n’ai pas voulu douter. J’ai été le pion le plus redoutable parce que le plus dévoué. Il n’y a pas pire serviteur que celui qui obéit sans réfléchir à la vertu de l’ordre donné.

Quand le Grand Pope a proclamé la traîtrise du Sagittaire, quand il a annoncé que l’enfant-déesse tout juste réincarnée avait été enlevée et que le ravisseur n'était autre qu’Aiolos, quand il a ordonné l’exécution de mon frère d’armes, j’en ai voulu à ce dernier. Je n'ai pas cherché à comprendre car je ne voyais qu'une chose : sa folie me mettait dans l’obligation d’un combat entre pairs. À l'aune des signes annonciateurs d’une nouvelle Guerre Sainte, c'était irresponsable, surtout venant d’un Saint tel que lui. 

La déception s’est immédiatement muée en aversion. Aiolos avait bafoué l’image que j’avais de lui, il avait terni sa réputation impeccable, il avait trahi Athéna, lui que tout désignait pour être le futur régent de son Sanctuaire. Ma colère a été à la hauteur de ma désillusion et a duré encore jusqu’à aujourd’hui. Honte à moi qui ai eu besoin d’un chevalier de bronze pour m’éclairer, alors que c’est à nous, Saints d’or, de guider les moins expérimentés. Honte à moi qui ai mis treize ans à comprendre que la justice que j’avais appliquée n’était qu’un vice travesti.

C’est là mon péché, moins les actes eux-mêmes que l’aveuglement qui les a occasionnés.

Je n’aurais pas dû remettre en question les motivations d’Aiolos. J’aurais dû les deviner à sa fuite éperdue et pacifique. J’aurais dû les discerner à son refus de contre-attaquer pour préserver l’armée dont Athéna aurait besoin dans sa prochaine Guerre Sainte. J’aurais dû les comprendre devant son évertuement à soustraire le nourrisson divin d’un danger que je n’ai pas su admettre. J’aurais dû…

Au lieu de cela, je me suis délecté de sa consternation et de son effroi, quand j’ai refusé de l’écouter. Je me suis fermé à ses contestations, ses admonestations et ses supplications, lorsque j’ai refusé de le croire. J’ai préféré la parole de l’autorité à celle de l’amitié, privilégié l’allégeance à la confiance. En raison de cela, je n’ai pas hésité à les précipiter, le bébé et lui, dans l’insondable ravin qui entoure le Sanctuaire et à les y laisser pour morts.

C’était plus humain ainsi. J’épargnais mon âme d’un crime fratricide et infanticide en remettant leur destin à l’impitoyable gravité. En vérité, au dernier moment, j’ai eu pitié d’Aiolos par égard au respect que je lui vouais. Je n’ai pas pu me résoudre à lui infliger directement le coup de grâce, alors j’ai sectionné les cordages qui soutenaient le pont sur lequel il s’était engagé et qui devait les mener vers le territoire des hommes ordinaires. Je me suis dédouané sur les lois de la Nature. C’était pour moi la meilleure façon d’agir selon mon cœur, sans contrevenir aux ordres du Grand Pope. Et puis, ce bébé étant Athéna, elle ressusciterait certainement sous peu et nous reviendrait à coup sûr, dans un Sanctuaire épuré de son traître. Oui, nouvelle preuve s’il en est du début de ma déchéance, ma présomption est alors allée jusqu’à jouer la vie d’Athéna pour me débarrasser du félon. J’ai utilisé la véritable nature de cette enfançonne pour parvenir à mes fins. Quelle bassesse !

Quand, des années plus tard,  Saori Kido s’est présentée en tant qu’Athéna, je n’ai pas cru qu’elle puisse en être la réincarnation. Cette jeune fille, si elle avait l’âge adéquat, ne pouvait pas être le bébé qui était forcément décédé de sa chute dans le gouffre. De plus, je m'étais mis en tête que notre déesse nous avait abandonnés, avait omis de nous revenir après que je l’avais occise. 

À présent sur le point de quitter l'atmosphère terrestre, je paye le prix de ce manque de foi envers celle que j’étais censé servir. Chaque particule de mon corps non protégé est maintenant un grain de souffrance, mais aussi un grain de mensonge qui se mue en poussière de vérité. La douleur physique m’absout et n’est rien comparée à l’acidité qui a rongé insidieusement ma probité ces treize dernières années, un poison que j’ai distillé moi-même, jour après jour, au nom d’un faux serment. Ou devrais-je dire, d’un vrai serment au nom d’une cause fallacieuse. Heureusement, ma traîtrise involontaire prend fin et mon opprobre avec elle.

Grâce à toi, Shiryu.

Je sens ta chaleur s’éloigner, jeune Dragon. Tu es une étincelle de vie qui tombe, tandis que je suis un foyer de mort qui s'élève.

Shiryu, mon ultime adversaire.

Dans mon empressement à faire régner la justice du Sanctuaire, j’ai voulu te tuer. Tu étais l’un de ces indigents, l'un de ces rebelles qui s'élevaient contre le Grand Pope. Je croyais que même s'il était illégitime, même s'il avait pris la direction du domaine sacré par la force, même s'il était le mal personnifié, il restait néanmoins la seule voie que nous avions, le seul rempart viable dans la Guerre Sainte à venir. En fin de compte, la désincarnation de notre déesse n’était peut-être pas un abandon ou une punition divine. C’était certainement une preuve de confiance. Cela signifiait sûrement qu’elle cautionnait la suprématie de son représentant et qu’elle lui avait remis les pleins pouvoirs, faute de pouvoir être présente suite à mon déicide. 

Que n’étais-je pas prêt à croire pour m’éviter de culpabiliser, de m’avouer ma faute, d’accepter mon égarement ?

Quoi qu’il en soit, pour moi, les chevaliers de bronze, en pleine traversée des douze Maisons du Zodiaque, n’étaient par conséquent que des envahisseurs dont le seul désir était de détrôner le Grand Pope, afin qu'une fausse Athéna puisse usurper sa position. Ils n’étaient rien de moins qu’une menace pour l’humanité toute entière. C’est donc pour défendre les intérêts de mon hégémon, le seul capable de protéger la Terre des velléités divines en l’absence d’Athéna, que je me suis battu contre toi, le garçon qui a finalement sauvé mon âme. J’ai tranché ton corps, j’ai percé son cœur, j’ai fendu ta Cloth. Mais toi, dans ta faiblesse bronzine, tu as trouvé une force infinie : ton septième sens, un pouvoir d’ordinaire détenu par les seuls chevaliers d’or. Sans protection, blessé, éreinté, tu m’as surpassé. À mains nues, tu as stoppé Excalibur là où même ton bouclier avait échoué.

Shiryu, l’héritier involontaire et temporaire de mon armure.

Alors que nous parvenions à la frontière de l’espace, je te l’ai transférée et tu ne le sais même pas. Tu étais déjà inconscient lorsque je te l’ai cédée et t’ai projeté loin de moi, vers la Terre. Il fallait que je te protège, que tu survives, et seule l’armure d’or pouvait t’offrir cette chance. Pas à moi. Plus à moi. Je te contemple alors que tu t'éloignes, irrémédiablement attiré par notre planète mère. Tu es beau. Digne. Tu honores l’or que j’ai profané. Même si ce n'est pas celle à laquelle tu es destiné, la Cloth du Capricorne te va bien. Le Capricorne, cette chèvre à moitié poisson, tiraillée entre la terre ferme et l'océan mouvant. On dit qu’elle représente le dieu Pan, lorsqu'il voulut fuir le monstre Typhon. Métamorphosé alors en bouc, le dieu satyre avait sauté dans l’eau pour échapper à son poursuivant et raté sa transformation en poisson, résultant en une créature mi-caprine, mi-ichtyenne. Symbole préétabli de mon propre échec ? Peu importe.

En attendant, je me demande si je peux faire mieux que simplement te revêtir de mon armure. Jusqu'au bout, jusqu'à ton propre sacrifice, tu es resté fidèle à Athéna. Tu as fait preuve d’une loyauté sans faille, inintéressée, gratuite, à l’instar de celle que j’aurais dû avoir en tant que chevalier du Capricorne. Depuis des temps immémoriaux, le Saint de cette constellation est celui qui représente le plus haut degré de dévotion envers la déesse aux Yeux Pers. La détention d’Excalibur en est la preuve.

Excalibur.

Je sens sa fraîcheur métallique dans le cosmos de ce qui reste de mon bras droit. Elle compense quelque peu l'incandescence de ma mort. Pourtant, je ne sais pas s’il s’agit de la froideur de sa déception ou d’une tentative d’apaiser ma peine. Que va devenir Excalibur alors que je n’ai pas eu l’occasion de former mon successeur ? Va-t-elle disparaître à jamais et serais-je alors le Capricorne responsable de sa perte définitive pour la chevalerie ?

Un éclair jaillit dans mon esprit en combustion. Je sais ce que je peux faire.

Excalibur, l'épée sacrée, est clivage. Le tranchant indéfectible et universel. Sa lame immatérielle est la séparation franche entre le bien et le mal, la distinction nette entre la vie et la mort.

Shiryu, tu es fusion. Tu es l’union entre la passion et la raison, l’eau qui refroidit les ardeurs et bouillonne d’honneur. Tu es la carpe transcendée en dragon qui a dévoré la chèvre.

Shiryu, tu mérites l’épée sacrée.

Je me retourne, alors que je suis déjà hors d’atteinte. Mon corps n’est plus qu’un brasier rouge luttant contre les lois de la physique. Je rassemble ce qui me reste de cosmos et guide les particules qui furent mon bras droit vers le tien. J’ai l'impression d’une lame que je glisse délicatement hors de son fourreau. Son fil sort de mon membre fantôme en l'effleurant d'une ultime caresse d'adieu.  Sur toi, mon gantelet rentre au diapason avec mon intention et s’enrobe de flammes vertes. Il me semble entendre mon épée s’encliqueter dans son nouveau réceptacle. 

C’est fait.

Ne te méprends pas, Shiryu. Excalibur n’est pas qu’une arme ou une technique. Elle est une âme, une transmission, le blason d’une lignée de chevaliers dévoués à la déesse de la Guerre Juste. Pour la première fois depuis son legs au premier Saint du Capricorne, elle va se détacher de cette constellation pour en rejoindre une autre. Et pas n’importe laquelle, la tienne, celle du Dragon.

Quand j’y pense, ce n'est pas anodin. J’aurais dû m’en rendre compte plus vite, dès que j’ai tâté de ton poing et me suis heurté à ton bouclier. J’aurais dû y déceler aussitôt la griffe et l’écaille intégrées, celles-là même remises à Athéna par le dragon qu’elle a défait, lors de la Titanomachie, avant de changer son corps en la constellation éponyme. J’aurais dû me rappeler de suite cette légende que m'a conté un jour mon maître, Izô du Capricorne, et qui nous relie, Shiryu. Depuis le début, Excalibur t’était prédestinée. 

L’histoire raconte qu’Athéna a vaincu ce dragon – je ne me souviens plus son nom – de sa lance, Chalydóry. La triste créature venait d’une contrée lointaine et avait été lâchement trompée par les Titans de l’Othrys au point de s’engager ingénument dans leur camp contre les armées des Dieux de l’Olympe. Émue par cette tragédie, Athéna a gracieusement accepté les présents de repentance du pauvre dragon. Elle a ensuite détaché le fer de lance de sa hampe, jurant qu’elle ne combattrait plus jamais avec. 

Bien après que la chevalerie avait été fondée, Athéna a incorporé la griffe dans le poing de la future armure du Dragon et l’écaille dans le bouclier associé. Puis, elle s’est rappelée le fer qu’elle avait délaissé et a décidé de le confier à son guerrier le plus juste, lui faisant confiance pour qu’il en fasse un meilleur usage qu’elle. La lame divine, encore ointe du sang draconique, a ensuite été reforgée en une épée sacrée que l’élu a fini par intégrer à son cosmos. Ce combattant, en l’occurrence une Saintia du nom de Xiphogone, était chevaleresse du Capricorne. Ainsi s’est transmise Excalibur, l'épée née de la lance Chalydóry.

La lignée des Capricornes comme modèles de justesse et de loyauté s'arrête avec moi. Mais Excalibur ne doit pas s'éteindre. Capricorne ou non, elle doit revenir au chevalier idoine. À partir d’aujourd'hui, ce sera toi, chevalier du Dragon. Shiryu, je t’offre la lame de la déesse forgée dans le sang de ton totem ancestral. Je sais que tu en seras digne.

Je suppose d’ailleurs que cela ne sera pas toujours ta seule épée. À l’épée intangible que je te cède, il se peut qu’à terme s’en ajoute une autre, bien matérielle, celle que ton destin te promet : le glaive de la Balance. L'une des douze armes formidables de l’armure de ton maître Dohko, une Cloth qui incarne l’équilibre.

Le glaive de la justice et la lame de la justesse, deux épées sacrées, une qui tranche sans appel, l’autre qui pondère avec impartialité. J’ai toujours été le trancher sans peser. Tu serais le peser avant de trancher. Ma transmission est donc un héritage physique et spirituel, un espoir animique. Je te confie le trésor du Capricorne pour qu’il soit purifié par l’ardeur du Dragon. L’épée du bourreau que j’ai été devient l’arme du gardien que tu seras.

Mon corps est maintenant un météore. Je suis une étoile filante qui s’échappe au lieu de s’écraser. Ma trajectoire n’est pas celle de l’accessit, mais celle de l’amende. Mon chemin est une ascension forcée, conséquence de ma chute morale. Le temps s’étire. Je te vois encore, Shiryu, là-bas, descendant vers la planète, sauvé par moi qui t’ai tailladé. J’espère que cela suffira pour que tu survives. Il le faut.

Je m'élève. Encore. La Terre est maintenant un disque immense, bleuté, d’une beauté terrible et déchirante. Je n'ai plus d'attache, mes sens sont brouillés par la vitesse, la friction et le froid ardent. Je suis au-delà de l'air que j'ai respiré, au-delà des nuages qui ont abrité ma colère, au-delà de l’atmosphère protectrice qui nous donne le droit d'exister. J’entre dans le cosmos, non pas l'énergie de mon univers intérieur, non pas cette pâle analogie de l’Univers, mais le vrai. Le berceau sidéral des étoiles et des planètes. 

La constellation du Capricorne s’illumine. 

Celle du Dragon s’apaise. 

Ce n’est plus toi qui es en train de mourir. 

C’est moi. 

C’est mieux comme ça.

Mon ascension mortelle est le contrepoids de ta chute salvatrice. Le Dragon doit tomber pour vivre. Le Capricorne doit s'élever pour mourir. Le contraste est parfait. Je suis le sacrifice nécessaire qui rétablit l’équilibre que j’ai brisé et que tu devras préserver.

Mon corps s’est presque entièrement vaporisé à présent. Je me détourne une dernière fois vers ma planète mère. La sphère bleue et verte se confond un instant avec un œil pers et je les vois toutes deux, Athéna et la Terre, cette double obsession que j'ai manquée : Athéna, la déesse que j'ai failli assassiner ; la Terre, le foyer que j'ai mis en péril par ma stupide fidélité. Elles me fixent, mais elles ne semblent pas se réjouir du spectacle de ma mort. Au contraire, je ressens leur tristesse, non-feinte, sincère. Elles sont meurtries de me perdre malgré mes exactions. Je leur souris de mes lèvres qui se désagrègent. Il ne reste plus grand chose de moi, maintenant.

Le feu me dévore, mais il ne brûle plus. Il me polit, il me nettoie. Je me sens léger, libre de la pierre de mon cœur. Je n'ai plus de corps, plus de poids, plus de vice. Je n'ai plus qu'une conscience, une âme enfin lavée. Je sens la limite de l’atmosphère. L’air se fait rare, la combustion s’intensifie. Mon corps n’est plus qu’une silhouette dilacérée, celle du Saint qui a assassiné le Saint, du juste qui a servi l’injuste, de l’or qui s’est montré moins valeureux que le bronze.

Loin, très loin en dessous de moi, minuscule point doré qui scintille, tu poursuis ta chute qui te ramène vers Athéna, vers la Terre, vers tes frères, vers ton maître, vers ton aimée. Tu tombes en emportant avec toi ma hoirie. Je n’ai plus qu’un souhait : que tu deviennes le chevalier que je n’ai pas su être. Non. Que tu deviennes meilleur que n’importe quel Saint du Capricorne ou de la Balance ayant existé. Que tu combines les héritages de l’un et de l’autre et que tu t’éveilles à un niveau d’intégrité jamais atteint par quiconque auparavant.

À présent, je pars. Mon dernier souffle s’évanouit dans celui de la célérité que j’ai atteinte. Mon corps n’est plus qu’atomes incandescents, étoiles miniatures issues de mon univers intérieur qui rejoignent leurs sœurs sidérales. Mon âme est déjà attirée par les terribles Enfers, où elle sera torturée à hauteur de mes torts. Mon esprit rejoint ceux de mes prédécesseurs, aspiré par l’armure d’or du Capricorne qu’il nourrira de son expérience. Il s’estompe à mesure qu’il se fond dans la mémoire atavique de ma Cloth et porte jusqu’à toi mes dernières volontés.

Shiryu, promets-moi de ne jamais faillir.

Shiryu, jure-moi de ne jamais trahir.

Shiryu, ne tombe jamais aussi bas que moi.

Shiryu… dans ta chute, élève-toi.



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