Ce que l'on façonne
Bienvenue sur cette fanfic!
Je me décide enfin à partager cette histoire qui me trotte dans la tête depuis de nombreuses années...
J'ai déjà un bon morceau écrit, j'essaierai de publier un à deux chapitres par semaine.
N'hésitez pas à me faire vos retours, positifs ou négatifs c'est toujours apprécié 😇
Le taxi s’arrêta devant le portail métallique du complexe. La grille, massive et surmontée de caméras à angles multiples, semblait observer chaque mouvement avec une vigilance presque humaine.
Sherlock descendit, ajusta son manteau et scruta attentivement l’ensemble. Chaque badge, chaque capteur, chaque signal lumineux racontait quelque chose. Il chercha les angles morts… mais n’en trouva aucun.
Ce n’était pas Scotland Yard. Ici, c’étaient les services secrets.
Watson s’extirpait du siège arrière, soupirant, son regard déjà fatigué.
— Fascinant, murmura Sherlock, sans détourner les yeux.
Watson le suivait, ses pas moins assurés sur le gravier, observant la rigueur du lieu comme s’il s’agissait d’un musée militaire.
L’air était sec, chargé d’une discipline que l’on pouvait presque toucher. Les jeunes agents, silhouettes fines et nerveuses au loin, se déplaçaient dans les couloirs vitrés, gestes précis, yeux attentifs. Chaque détail était calculé, chaque mouvement évalué. Sherlock ressentait un malaise diffus, un décalage avec ce monde trop précis, trop contrôlé.
Un garde sortit : on les attendait.
— Holmes, c’est vous ? La voix était neutre, un peu rude. Votre frère nous a prévenus.
Sherlock hocha la tête. L’homme était grand, brun, dans un uniforme gris anthracite qui durcissait son visage. Il jeta un œil suspicieux à John.
— Le docteur Watson, précisa Sherlock. Il est avec moi.
— Je n’ai pas eu d’ordres le concernant.
Sherlock soupira. Il venait de se rappeler pourquoi il ne travaillait pas avec les services secrets.
Sa voix se fit plus basse :
— Je vous dis qu’il est avec moi.
Un silence pesant tomba. Le garde hésita, pesant chaque mot, chaque geste.
Sherlock sentit Watson se raidir à ses côtés.
— Appelez Mycroft, si vous voulez.
L’homme hésita, fronçant les sourcils, avant de capituler.
— Bien. Suivez-moi. Je vais avoir besoin de vos empreintes biométriques, si ça ne vous dérange pas.
L’agacement était perceptible dans sa voix, mais aucun des deux hommes ne releva.
Ils entrèrent dans un sas aux murs blancs. La porte qui menait au complexe était lourde, bardée de systèmes de sécurité. Deux agents les guidèrent pour les procédures : empreintes, scan rétinien, fouille complète. Le détective leva les yeux au ciel.
— Pas d’arme sur vous ? demanda l’un.
— Tout peut être une arme, si l’on sait s’en servir.
Watson lui lança un regard réprobateur : ce n’était vraiment pas le moment de jouer au plus malin.
Heureusement, personne ne releva. Être le frère de Mycroft avait quelques avantages, après tout.
Une fois la paranoïa des agents calmée, la lourde porte s’ouvrit enfin. Derrière s’étendait un monde qui n’avait rien à voir avec la vie civile.
Le métal froid des bâtiments, l’écho sec de chaque pas sur le sol en bitume, l’odeur subtile de désinfectant et de métal brûlé : tout respirait l’efficacité, la discipline, la surveillance constante.
Sherlock nota les petites anomalies immédiatement — un badge légèrement rayé ici, un capteur dont le clignotement semblait légèrement décalé là — rien de vraiment exploitable pour l'instant.
Il ignorait l’existence de ce lieu avant que Mycroft ne lui en parle. On y récupérait des orphelins, des gamins des rues, triés sur le volet pour leurs capacités hors du commun. Et on en faisait des armes. Des agents insoupçonnables.
Sherlock observa les visages de quelques adolescents passant à portée de son regard : assurance, sérieux, une tension subtile dans la nuque et les épaules. Tous s’adaptaient à la discipline, ici. Leur survie en dépendait.
C’était l’un d’eux qu’il venait voir.
Ce n’est pas éthique, avait objecté Watson. Mycroft s’était contenté de rire : « Peu importe. Ces gamins ne manquent à personne. ». Et la méthode était diablement efficace.
L’agent qui les accompagnait alluma son talkie.
— Holmes est là.
Quelques secondes plus tard, un autre apparut. Quarantaine approximative, silhouette sèche et sculptée par des années de rigueur.
Sherlock nota l’équilibre de sa démarche malgré une légère boiterie : un réflexe compensatoire, probablement lié à une ancienne blessure par balle. Ses mains étaient larges, mais non brutales ; ses doigts fins, tendus comme des ressorts prêts à se contracter. Il tendit la main vers Sherlock.
— Vous venez parler à Lena, c’est ça ?
Il y avait une tension dans sa voix, un fil presque imperceptible de possessivité. Sherlock l’enregistra mentalement : ce n’était pas simplement un supérieur, il y avait autre chose. Un attachement inattendu.
— En effet. Et je doute qu’il s’agisse de vous.
L’homme eut un sourire glacial, calculé, mais les micro-expressions ne trompaient pas Sherlock : une admiration qu’il tentait de masquer, la certitude que cette Lena lui donnait son statut autant que l’inverse.
— Je suis son référent, répondit-il à la question muette. Lena est sous mes ordres, et moi, je m’assure qu’elle puisse travailler dans les meilleures conditions possibles.
Sherlock nota la précision dans le choix des mots.
À l’évidence, cette jeune femme était exceptionnelle, même ici. Et le référent le savait.
L’homme les conduisit dans le dédale de bitume entre les bâtiments, identiques, sévères, fonctionnels. Il entra dans l’un d’eux sans hésiter, et les deux hommes le suivirent.
À l’intérieur, l’atmosphère changea : feutrée, presque intime, étouffante de concentration. Sherlock nota immédiatement l’absence quasi totale de fenêtres. Tout ce qui se faisait ici était confidentiel. Il sentit le froid métallique du sol sous ses semelles et l’air sec, chargé d'électricité statique.
Les jeunes agents grouillaient autour d’eux, vêtus à l’identique : uniforme gris presque noir, près du corps, pensé pour être fonctionnel. Certains étaient rivés sur des ordinateurs aux multiples écrans, doigts rapides, yeux immobiles et précis. D’autres discutaient à voix basse, chuchotant des informations que Sherlock ne capta pas. D’autres encore passaient sans un regard, trop pressés pour se détourner de leur tâche.
Et pourtant, aucun de ces mouvements n’était naturel. Sherlock sentit les regards pesants, méfiants mais curieux, qui les suivaient. Watson s’agitait derrière lui, maladroit, nerveux.
Un gamin surgit, sept ans à peine, portant un lourd dossier comme un PDG transportant ses bilans. Ses gestes précis, sa posture droite, son regard concentré donnaient l’impression qu’il savait exactement ce qu’il faisait. Une scène presque comique… si elle n’avait pas été si terriblement réelle.
Le référent fit un geste circulaire, et un silence instantané tomba. Les murmures s'éteignirent. Chacun retourna à son poste sans bruit.
— Caleb ! appela l’homme.
Un blondinet aux mouvements souples, presque félins, s’approcha, le regard vif. Il attendait l’ordre.
— Où est Lena ? demanda le référent.
Caleb jeta un œil aux deux inconnus derrière son chef, un éclair d’intrigue traversant son regard.
— Ils viennent pour elle ?
Une étincelle de défi dans ses yeux, et pourtant une loyauté immédiate à l’autorité. Intéressant, nota Sherlock : la discipline n’était pas aussi rigide qu’on le prétendait. Loin d'être des larbins dociles, ces enfants avaient leur place dans l'organisation.
Le référent sourit, parfaitement habitué.
— Peut-être. Ça ne te regarde pas.
Le gamin hésita, mesurant la vérité derrière les mots.
— Elle est partie s’entraîner.
— Il y a longtemps ?
— Deux minutes.
— Ramène-la dans la salle de réunion.
Caleb hocha la tête et s’éloigna, silencieux. Sherlock nota la fluidité de ses mouvements, sa conscience corporelle impeccable.
L’homme les guida à travers des couloirs plus calmes, moins fréquentés, l’air se faisant légèrement plus respirable. Il sembla se détendre légèrement.
— Alors, vous enquêtez sur Voss, c’est ça ?
— Je pensais que c’était confidentiel, répondit Sherlock, observant les micro-réactions de l’homme. Une élévation subtile des sourcils, un sourire contrôlé, trop rigide.
— Je ne suis pas un simple exécutant, Holmes, dit-il.
— Alors dites-moi ce que vous savez.
Il prit un instant avant de répondre, pesant chaque mot.
— J’ai lu les rapports de mission. Cet homme est profondément malade… et dangereux.
— Et vous avez envoyé cette Lena dans ses griffes, commenta Sherlock d’un ton faussement détaché. Six mois.
Le regard de l’homme se fit dur. Sherlock nota la crispation subtile de sa mâchoire. Watson, derrière lui, serrait les poings, visible dans sa posture : désapprobation évidente.
— Vous n’êtes pas d’ici, vous ne comprenez pas, dit le référent. Lena, comme tous les gamins ici, ne fait que son boulot… et elle le fait bien.
— J’ai cru comprendre, commenta Sherlock, volontairement impassible.
Le référent mordit à l’hameçon.
— Vous comprendrez vite, ajouta-t-il, si vous avez ne serait-ce qu’une once du talent que Mycroft nous a promis. Cette gamine est… purement exceptionnelle.
Sherlock sentit son intérêt s’aiguiser.