D'honnêtes Argonautes
Chapitre 5 : Primum non nocere
Vaisseau Enterprise, infirmerie
Quand le commandeur Spock finit par remonter à bord, le soulagement se peignit sur tous les visages des membres permanents de la passerelle. L’entretien avec le roi s’était prolongé d’une bonne heure et compte tenu de la façon dont il les avait congédiés, la détermination de nombreux scénarios tactiques et diplomatiques s’était imposée et tenue dans une certaine fébrilité. En apprenant qu’il était à bord, le capitaine l’avait rejoint en salle de téléportation, brûlant d’entendre son rapport de situation, mais ils avaient préféré gagner l’infirmerie pour deux raisons. D’abord pour pouvoir y associer McCoy et le Dr Aeson, ensuite pour bénéficier de la relative confidentialité des lieux, les malades étant le plus souvent fort commodément endormis.
M. Spock leur avait fait un compte-rendu étonnamment sommaire, expliquant sans grande surprise que le Basile renouvelait son désir de les voir partir aussitôt les réparations accomplies et ne désirait pas entendre parler d’accords avec Thessalis. Sa fille ne poursuivrait pas son cursus à l’étranger – jugé « superflu » – alors que celui qu’elle avait abandonné sur Kolcid s’avérait plus urgent pour obtenir la certification de Grande Officiante Hiérurgique. Cela fait, elle serait libre de se marier avec un membre de la noblesse locale « puisque la question du mariage l’intéressait tant ».
Jaeson accueillit avec le plus grand émoi son interdiction formelle de conserver toute relation avec elle, de quelque nature qu’elle fût. Pour lui, elle était pire que catastrophique : apocalyptique. Était-ce vraiment exagéré de sa part de le dire ?
Son long périple s’avérait de fait un échec cuisant. Non seulement il revenait les mains vides, sans échantillon de pollen à synthétiser, mais aussi sans capacité de poursuivre seul la conception d’un sérum avec le peu qu’il lui restait. Plus de fiancée, plus de famille à très brève échéance, et plus de foyer sur Thessalis, mise en quarantaine pour un temps indéterminé. Quarantaine à laquelle il devrait être probablement soumis sur 10LC0-5, par sécurité, puisqu’il était encore sur la planète une quinzaine de jours plus tôt.
— Nous voilà donc expulsés sans autre forme de procès... Sans vouloir en rajouter, rajouta pourtant McCoy, ayez conscience que l’Enterprise pourrait subir les mêmes injonctions d’isolement puisque nous avons été en contact avec Jaeson.
— Nous restons de longues périodes sans atterrir, cela ne nous changera pas beaucoup, observa le capitaine.
— Excusez-moi, intervint le Dr Chapel. À ce propos, même si la période d’incubation est courte, j’ai déjà procédé à des contrôles sur les quelques patients que vous auriez pu croiser depuis votre retour, à commencer par moi. Pour l’heure, le personnel de bord est exempt de tout signe de maladie et les relevés sont normaux. Si vous voulez bien vous y soumettre aussi, nous pourrions déjà lever cette incertitude.
Elle saisit trois seringues sur un plateau chromé qu’elle avait apporté.
— Qui veut passer en premier ?
Saluant implicitement son initiative, le capitaine Kirk leva sa manche avec un sourire en coin.
— J’imagine que l’honneur me revient donc. Bones, nous ne sommes pas expulsés mais « cordialement invités à poursuivre au plus vite notre mission initiale »... Spock, vous avez l’air songeur, pourquoi est-ce que ç’a été si long ? Dites-moi que vous avez une idée. Il faut faire entendre raison au Basile.
— J’en ai conscience, Capitaine. Mais ce dernier n’y est pas du tout enclin et pour des motifs bien plus éthiques que nous n’aurions pu le soupçonner, dit-il en relevant sa manche à son tour pour subir le prélèvement.
— Ha ! tiqua McCoy très contrarié en se croisant les bras. Éthique ? L’éthique de la Fédération, c’est de considérer que tout progrès médical est un bien universel ! Où en serions-nous si nous ne partagions pas nos techniques et nos savoirs avec les autres peuples qui nous rejoignent ? Vous vous rendez-compte, si on laissait les gens mourir alors que nous avons le moyen de les sauver ? Ces deux planètes n’ont même pas l’excuse d’être en guerre !
— Cher docteur, là n’est pas la question. Est-ce que, parce qu’on est dans le besoin, on a pour autant le droit d’exiger une ressource rare ? souleva Spock.
— Ah, je ne m’attendais certes pas à débattre de philosophie à cette heure de la nuit, protesta un peu Kirk. Etess est opposé à tout commerce, admettons. Spock, vous avez parlé avec lui. Vous a-t-il donné ses raisons ? Qu’est-ce qui le braque pour céder une dose infime ? En fait-il à ce point une question de principe parce qu’il déteste Pélias ? Est-ce qu’il refuse parce qu’il estime que ni les Thessaliens – ni nous-mêmes en tant qu’intermédiaires – ne sommes dignes cette connaissance ? Vous aurez noté que, sur Kolcid, tout est accordé non en fonction du mérite, mais de la dignité du sang...
— Ce n’est pas exactement cela...
— Bon sang ! bouillait McCoy. Mais nous n’avons besoin que d’une simple analyse moléculaire, on ne demande pas la lune !
— Hélas non ! Pas que de cela. Mayde a insisté là-dessus, distiller ne suffit pas, rappela Jaeson. Il faudrait retrouver les fréquences auxquelles soumettre les solutions et leur bon ordre. De ce que j’ai compris, cette opération essentielle recombine certains ions... Mais lesquels ? Et recombinés à quoi ? Je l’ignore. Sans son aide, je crains qu’on ne perde un temps que nous n’avons plus.
Kirk plissa les yeux en direction de son officier en second. Ce dernier suivait attentivement les interventions de chacun mais alors qu’il se serait attendu à le voir manifester son esprit affûté, le Vulcain restait comme en retrait.
— Spock, vous êtes étonnamment peu loquace alors que la crise couve. Le Basile vous aurait-il révélé des informations sous le sceau du secret, en tant que ressortissant vulcain neutre ?
— En effet.
— D’accord, c’est donc un problème politique et pas seulement sanitaire. Si comme je le crois, vous n’avez rien le droit de nous dire, est-ce que pour autant nous n’avons pas celui de deviner ?
Spock inclina légèrement la tête, avec l’ombre d’un sourire patient.
— J’ai pu maintes fois observer qu’il est dans votre tempérament de ne jamais vous avouer vaincu, même lorsque tout semble perdu, capitaine.
— Ah, ne me regardez pas comme ça ! Des millions de vies sont en jeu !
— Je le sais bien, capitaine, et c’est ce qui rend la situation compliquée pour moi. Vous savez que la philosophie vulcaine tend à privilégier le bien du plus grand nombre mais...
Manifestement agacé par cet adage qu’il entendait peut-être trop souvent et par la pression d’une situation qu’il prenait dorénavant un peu trop à cœur, McCoy écarquilla les yeux et jeta les bras en l’air avec une grimace.
— Mais enfin, on en est là ? À compter si le nombre de morts est suffisant pour qu’on reconnaisse enfin leur besoin de survie ?
Après plusieurs jours d’affilée à examiner des résultats sous tous les angles, voire refaire certains tests et simulations à bord de la navette qui les avait conduits ici, le médecin chef de l’Enterprise ne pouvait plus prétendre à une quelconque neutralité. Il avait haussé la voix et le Dr Chapel, revenue discrètement près d’eux après avoir déposé ses échantillons de sang, le rappela à l’ordre d’un coup d’œil et d’un petit signe éloquent, pour lui recommander de baisser d’un ton. D’autres essayaient de dormir.
— Leonard, intervint Jaeson en posant une main apaisante sur son bras. Mayde a aussi dit qu’elle voulait entreprendre ces études parce que la production d’aurifera était – je la cite – « en léger déclin »... Et s’il s’agissait d’un euphémisme ? Et si c’était ça la raison : il n’y en a plus assez pour faire face aux prochaines années ? Elle travaillait d’arrache-pied. J’ai cru que c’était de la passion mais c’était peut-être dû à la seule nécessité ?
Le Dr Chapel toussota.
— Si je puis me permettre d’intervenir, et sans vouloir minimiser ce qui se passe chez vous, Jaeson, puis-je vous donner mon sentiment, d’un œil plus extérieur ? Depuis le début, je vous entends tous parler de la situation des Thessaliens. Vous semblez partir du principe que tout va bien pour les Kolcidiens et qu’une cueillette et une production plus intensives n’auraient aucune incidence pour eux. Car, ne nous leurrons pas, un produit pur directement exploitable sera plus prisé qu’un produit d’ingénierie qui nécessite des temps et processus de synthétisation... Mais est-ce vrai que ça ne leur coûte rien ? Quoi que ce fût, manifestement l’argent ne le compense pas, puisqu’ils le refusent sans sourciller... Quel serait le prix d'un désastre écologique ? Ou celui de séquelles pour les opératrices qui vont devoir le faire à la chaîne ? C'est important si elles sont peu nombreuses et les seules à pouvoir soigner toute une population avec des besoins croissants et des récoltes en raréfaction...
Les yeux perdus dans des souvenirs qu’il passait en revue, Jaeson opina lentement, un air de regret peint sur son beau visage. Il réalisait que même en se sentant proche de sa fiancée, ils avaient fait passer tous deux certains aspects plus personnels de leur relation au second plan.
— Mayde a parlé de périodes de jeûne mais je ne sais pas combien de temps elles durent, reconnut-il. Je l’ai vue sauter des repas pour continuer à travailler et elle me disait qu’elle y était habituée. Elle m’en parlait comme d’un carême bon pour la ligne... Chaque jeune fille que j’ai connue sur les bancs de l’Académie avait toujours plus ou moins un compte à régler avec les kilos en trop...
— Dr Chapel, vous êtes brillante ! Je me focalisais sur la crainte qu’aurait pu avoir Etess de voir l’usage de l’aurifera militarisé ou même seulement détourné de son objectif. Actuellement les Kolcidiens en ont le monopole mais ils sont apparemment incorruptibles, en tous cas au plus haut niveau de leur gouvernement. Donc, Spock, est-ce que c’est ça ? Clignez une fois des paupières si on s’approche de la vérité...
— Vous avez tous émis plusieurs suppositions, capitaine... Pour reprendre ce que soulignait le Dr Chapel et le refus de vendre ou céder de l’aurifera, je pense que je peux m’autoriser à dire qu’il est notoire que chez de nombreux peuples, une transaction puisse se faire à l’avantage... des deux parties. Et ce n’est ici pas le cas.
Jaeson comprenait bien que le Vulcain venait de dire quelque chose de particulièrement important, en dépit d’une formule qui aurait pu passer pour des plus triviales, et indigne de sa réputation de profondeur.
Les personnes les plus familières des raisonnements de Spock, de son sens de la loyauté et de l’éthique, comme des formulations exemptes de toute tromperie, se mirent à le regarder intensément, réfléchissant à toute allure. Ou en tous cas, aussi vite qu’un cerveau humain puisse le faire, après une journée un peu stressante et à une heure où ils auraient dû pouvoir récupérer...
Kirk pour sa part, connaissait trop bien son officier pour douter qu’il soit juste en train de dire platement que Kolcid n’y trouvait pas son compte. Un bien rare dans le quadrant alpha, vendu à prix d’or (quand il était vendu), on pouvait concevoir qu’ils n’aient aucune envie de le donner pour rien. Mais paiement contre marchandise, c’était la base, rien de mystérieux depuis l’invention du commerce. Alors le cas échéant, quel besoin le Basile aurait-il eu de lui faire jurer le secret ?
— « A l’avantage des deux parties », murmura-t-il en fixant le visage de joueur de poker de son second. Si les règlements de Kolcid imposent de ne pas trop en dire pour ne pas exposer leur vulnérabilité (comme lors de la marée magnétique), c’est donc ça : les habitants vont bien pâtir de l’appauvrissement des récoltes. Mais dans quelle mesure ?
— Imaginons, proposa McCoy. Si, contrairement à ce qu’ils disent, l’aurifera n’est pas « un simple médicament » pour soigner ponctuellement les malades mais peut-être une denrée essentielle à la préservation de leur bonne santé, à consommer très régulièrement... Là, je comprendrais mieux la réticence d’Etess.
Kirk opina, et se tourna en direction de Spock.
— Est-ce que l’enjeu véritable derrière cette affaire est que l’aurifera est nécessaire à la survie des Kolcidiens ? C’est un traitement ?
Le Vulcain cligna en une confirmation muette.
Les trois médecins présents inspirèrent en frémissant, comprenant dans l’instant que si c’était vrai, Etess faisait le choix, sans regret ni scrupule, de préserver son propre peuple – déjà menacé par la raréfaction du pollen – car c’était là son rôle, en tant que monarque. Par ailleurs, ils l’avaient entendu dire à Mayde lors de la réception qu’ils « se devaient d’être exemplaires ». La constitution monarchique de Kolcid prévoyait-elle la destitution des mauvais rois ?
Jaeson en était atterré, parce qu’il comprenait intimement que l’attitude de son oncle Pélias renforçait donc bien la conviction d’Etess : celle qui voulait qu’un bon roi soit un berger bienveillant qui protège son peuple de tout danger, assure son bien-être et sa sécurité. Et pas un individu usurpant le trône pour ensuite s’enfuir lâchement face aux difficultés. Pas un individu qui laisse partir son neveu chez des voisins hostiles, escomptant qu’il n’en reviendrait pas, lui souffla une petite voix intérieure. Il baissa la tête en serrant les poings.
Christine Chapel, qui s’était éloignée pour récupérer les résultats des analyses sanguines, ne revint pas qu’avec eux. Sans un mot, elle tendit son pad vers les autres alors que s’y affichait un fil d’actualités rapportant avec alarmisme les premiers cas de malades sur d’autres mondes que Thessalis. Tous restèrent silencieux quelques secondes.
— Bien. Je crois que maintenant c’est clair, commença Kirk les mains jointes et les doigts écartés, cherchant dans leurs yeux une approbation. On ne se sortira pas de cette situation en opposant les uns aux autres. Les menaces pesant sur la vie des gens de cette planète ne font plus le poids face à une contagion plus étendue qui vient de passer du statut de simple risque, à celui de fait avéré. D’autres planètes sont désormais concrètement touchées. Pour l'heure, je vais d'abord débriefer Archer pour savoir s'il me soutient. Mais je crois qu'il va falloir faire entendre à Etess qu'il est urgent qu'il se laisse aider par les ressources de la Fédération pour contrer la pénurie, par synthétisation moléculaire, clonage ou tout autre procédé que le corps scientifique pourra mettre au point ; et de nous prêter quelques guérisseuses nous montrant comment produire assez de sérum pour tous ! Dans les « besoins du plus grand nombre » on va simplement intégrer maintenant ceux des Kolcidiens. Spock, vous voyez un inconvénient à élargir le scope ?
— Bien sûr que non, capitaine.
— Parfait ! Alors prenez la passerelle et contactez le Basile en mon nom pour solliciter une autre entrevue protocolaire. Quoi que nous ayons à faire pour cela, il faut à tout prix le convaincre que nous sommes des gens honorables, et dignes de foi.
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Le Dr Chapel s’approcha de Jaeson en s’éclaircissant la gorge avec un peu d’embarras, pour dire à mi-voix :
— Dr Aeson-Crethee, je suis désolée, je ne sais pas comment cela a pu se produire mais votre échantillon a été manifestement contaminé, il faut recommencer. J’ai pourtant stérilisé les seringues moi-même juste avant votre arrivée.
— Que voulez-vous dire ?
— J’ai comparé vos résultats aux standards de votre planète et... je ne comprends pas. Je suis extrêmement confuse.
— Aucun problème, les piqûres ne me font pas peur. Voulez-vous me montrer ces résultats ? Moi j’en vois tous les jours des numérations thessaliennes... proposa-t-il gentiment.
Elle acquiesça et il la suivit jusqu’au microscope à quelques pas de là, et dont il consulta l’écran de contrôle en zoomant un peu.
— Ça, là, dit-elle en pointant une cellule en forme de pentagone et qui gigotait fébrilement sur l’écran. Je ne trouve pas dans la base de données. J’ai l’impression que ce n’est pas l’équivalent de nos globules blancs, et pourtant, regardez comment elle se comporte...
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McCoy était resté immobile, bien qu’il se sente inhabituellement fatigué pour quelqu’un qui avait l’habitude d’enquiller des gardes. Il n’avait manifestement pas fini de réfléchir. Les yeux fixes, il scrutait Spock comme s’il cherchait à percer son masque insondable alors qu’il se retirait. Sous cette scrutation, le second officier leva une commissure et un sourcil avant de s’effacer derrière la porte au chuintement discret.
Sur le point d’aller dans ses quartiers pour joindre l’Amiral Archer, Kirk vit le médecin murmurer quelque chose, les traits complètement figés.
— Bones, vous vous sentez bien ? Que se passe-t-il ?
— Je réfléchis. Je le pratique aussi, le gobelin, vous savez. Il ne vous a pas contredit, c’est vrai. Mais, il y a un truc qui ne colle pas bien. Depuis le début, je soupçonne que l’inflexibilité du Basile a une autre cause que la bigoterie. Ce roi est curieux des autres peuples et peut-être qu’une partie de lui déplore les limitations imposées par sa culture en vase clos. Malgré les apparences et la façon dont il traite sa fille, je ne crois pas que ce soit un idiot insensible. Il était à cran quand on l’a vu, c’est certain. Mais la façon dont il est complètement sorti de ses gonds en entendant que vous le taxiez d’organiser un génocide ! Ce type de réaction, ce n’est pas que la petite blessure d’ego d’un autocrate.
— J’aurais tapé sur quelque chose qui fait mal ?
— Bien sûr j’ai écouté quand Mayde a mentionné que la dernière crise sanitaire datait de quatre-vingt-dix ans. Je ne sais pas comment on convertit les années locales en équivalent terrestre (la planète est petite) mais je me demande s’il l’a vécue enfant. Sa réaction était très viscérale, presque hors de proportion...
— Et ?
Il soupira lentement, avant de reprendre plus bas :
— Jim, je n’ai pas de preuves, juste... une intuition qui ne me lâche pas depuis que Spock a parlé.
— Et ?
Le regard du Dr McCoy obliqua, se portant furtivement vers Christine et Jaeson pour savoir s’ils étaient susceptibles de l’entendre.
— Déjà, nous n’aurons aucune visibilité à long terme sur les effets du traitement mis au point par Mayde et Jaeson.
— Comment cela ? Les Kolcidiens consomment régulièrement de l’aurifera et, vous l’avez dit vous-même, les premiers essais cliniques sur Thessalis sont extrêmement encourageants... Biologiquement, tous les habitants des planètes de Marenostre sont très proches. C’est tout de même un bon point pour l’innocuité, ça...
— Jim... Vous savez bien comment fonctionnent les accréditations pour les nouveaux médicaments. Tests cliniques, tests cliniques, re-tests cliniques et re-tests, et suivi sur plusieurs années pour évaluer les effets dans le temps.
— Mais avons-nous ce temps ? demanda le capitaine, en plantant ses yeux clairs dans les siens.
— Non. On ne l’a pas. Mais ce qui me dérange ensuite, c’est de ne pas savoir pourquoi les Kolcidiens sont tenus d’en prendre si ce n’est pas purement rituélique mais en raison d’une pathologie. Et puis, un traitement qui semble fonctionner un peu sur les Thessaliens volontaires, cela ne veut pas dire que c’est sans danger pour eux, ni pour d’autres populations génétiquement différentes. Il n’y a pas de panacée universelle.
— Ah non ? J’aurais pourtant parié que vous seriez très intéressé si c’était le cas. Allons Bones, vous vous inquiétez qu’à terme, le remède soit pire que le mal. Mais à ce que j’en sais, chaque médicament a des effets secondaires et tout le corps médical trouve ça parfaitement normal. Prenez un peu de repos d’abord. Je dois vous laisser mais nous en reparlerons, à fortiori si la Fédération suit mes recommandations.
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McCoy le regarda partir en pinçant les lèvres. Il se passa une main sur le visage, reconnaissant intérieurement qu’il était épuisé comme jamais. Du coin de l’œil, il vit le Dr Chapel en train de refaire un prélèvement sanguin, avant d’en déposer une petite goutte sous l’œil du microscope et de placer le reste de la capsule dans une centrifugeuse.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il en s’approchant avec un brin de curiosité. Christine, vous n’avez pas fait cette analyse il y a vingt minutes ?
— Si, puis j’ai cru que le prélèvement était contaminé, ensuite j’ai vérifié la base de données et si l’ordinateur ne s’était pas servi d’autres profils génétiques par erreur... La numération et l’ionogramme présentaient des anomalies.
— Je confirme, opina le jeune homme.
— Jaeson, ne me dites pas que vous êtes atteint ? Montrez-moi ces résultats... Christine, où sont les profils standards ?
Le jeune homme était penché sur son pad en faisant défiler les pages qu’il lisait rapidement en diagonale, en proie à la plus profonde perplexité, secouant sa tête blonde.
— De deux choses l’une... soit votre matériel de la Fédération est nettement plus perfectionné que le mien...
McCoy afficha côte-à-côte deux projections sur un écran plus grand pour que Christine puisse aussi en bénéficier : celle d’un génome thessalien standard et des relevés sanguins de référence, et ceux qui correspondaient au prélèvement qui venait d’être fait sur Jaeson.
— ...soit je ne suis pas du tout qui je crois.
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